Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les mécanismes de l'économie 2

50 idées reçues déchiffrées

Mieux comprendre l'économie

Économie BTS

100% BTS

Les grands débats économiques

Les grands débats économiques actuels

La grande saignée économique

grande-saignee-economique couv

Comprendre la dette

dette2

Dictionnaire révolté d'économie

Les mécanismes de l'économie

Gds Mecas eco

Le capitalisme en clair

Les marchés financiers en clair

Concours commun IEP 2016

Concours commun IEP 2015

Mondialisation-IEP.jpg

Concours commun IEP 2014

Travail et culture

Concours commun IEP 2011

63548

Concours commun IEP 2010

iep

Recherche

26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 13:26

 

 

Il n'aura échappé à personne que la grande banque d'affaires Goldman Sachs fait souvent parler d'elle ces dernières années, et pas uniquement dans le domaine financier. Il n'est qu'à compter le nombre de dirigeants politiques passés par cette banque pour comprendre l'énorme influence qu'elle peut avoir dans le monde. C'est ce que l'on appelle désormais le Government Sachs... Ce billet, loin d'accréditer quelque théorie conspirationniste, a pour modeste ambition d'aborder la consanguinité entre politique et finance, et bien entendu d'évoquer ce qu'il convient déjà d'appeler l'affaire Barroso.

 

Goldman Sachs

 

Si l'on va sur le site de la banque, on peut y lire la présentation suivante : "fondée en 1869, Goldman Sachs est une banque d’investissement internationale de premier plan. Leader incontesté des métiers traditionnels de la banque d’affaires, des marchés de capitaux et du conseil financier, Goldman Sachs est également un acteur majeur de la gestion d’actifs. Le Groupe offre une large gamme de services financiers à une clientèle diversifiée constituée d’entreprises, d’institutions financières, de gouvernements, d’entités du secteur public et de clients privés. Grâce à son réseau international, Goldman Sachs apporte des conseils et une expertise qui couvrent les marchés de capitaux du monde entier."

 

Mais le plus beau est le paragraphe suivant où Goldman Sachs s'affiche clairement comme une "entreprise citoyenne" : "Goldman Sachs joue un rôle actif au sein de la collectivité. Dans le monde entier, nos employés contribuent, par leur temps, leurs ressources et leurs savoir-faire, à différents programmes caritatifs qui visent à améliorer la situation des collectivités dans lesquelles nous travaillons et vivons."

 

Pour ma part, au-delà des délires communicationnels, je préfère largement cet excellent documentaire pour me faire une vraie idée de cette banque (Goldman Sachs: Les nouveaux Maîtres du Monde ?) :

 

 

Le pantouflage

 

Le pantouflage consiste pour un haut fonctionnaire à s'en aller travailler dans une entreprise privée (souvent une banque). C'est une pratique légale, sous certaines conditions que vérifie la Commission de déontologie de la fonction publique. Pour le dire simplement, il s'agit d'examiner si les activités privées qu'exercera le haut fonctionnaire ne sont pas incompatibles avec ses précédentes fonctions tant en termes pénaux que déontologiques. La question se pose par exemple avec acuité lorsqu'il s'en va travailler pour une entreprise dont il a assuré le contrôle dans une administration d'État...

 

Le cas d'école reste bien entendu celui de François Pérol, qui avait été poursuivi (puis relaxé) pour prise illégale d’intérêts suite à sa nomination à la tête du groupe bancaire BPCE, dont il avait suivi la fusion à l’Élysée en qualité de conseiller économique du Président de la République. D'autres préfèrent pantoufler dans des entreprises liées de proche ou de loin à l'État et qui apprécient (et monnayent) fortement leur carnet d'adresses. Ils récupérèrent alors très souvent des titres pompeux comme directeur des affaires publiques ou directeur de la communication...

 

Là où je m'inquiète, c'est lorsque j'entends de plus en plus d'énarques évoquer le pantouflage bien avant d'être diplômé de l'ENA. Autrement dit, l'ENA n'est plus une école qui forme les futurs hauts fonctionnaires des administrations françaises, mais une rampe de lancement pour trouver un poste très rémunérateur dans le privé. Et le service de l'État dans tout cela ? L'équation magique serait-elle devenue la suivante : ENA + cabinet ministériel = poste à 15 000 euros par mois dans le privé ?

 

Le rétro-pantouflage

 

D'autres hauts fonctionnaires, après avoir roulé leur bosse dans des entreprises privées et s'être enrichis décident de réintégrer la fonction publique dans l'espoir d'accéder à un poste prestigieux. C'est le cas de François Villeroy de Galhau, ancien directeur général délégué de BNP Paribas, nommé gouverneur de la Banque de France... J'avais été tellement scandalisé par cette pratique d'un autre temps, que j'avais écrit un billet de blog à ce sujet.

 

En effet, personne ne remettait en cause les connaissances et compétences de François Villeroy de Galhau. X, ENA et inspection des finances, ancien directeur de cabinet de DSK de 1997 à 1999 au ministère de l'Économie et des Finances, puis directeur général des impôts de 2000 à 2003. Mais ce sont les douze années passées chez BNP Paribas qui posaient un réel problème. Étant issu du milieu bancaire où il a tissé des liens professionnels aussi nombreux que forts, n'est-on pas en droit de se demander s'il sera en mesure d'imposer de manière impartiale une réglementation et une surveillance strictes aux banques ? Conflit d'intérêts, appelait-on cela naguère...

 

L'affaire Barroso

 

Pantouflage ou rétro-pantouflage, que les Américains résument par une seule formule revolving doors, dans tous les cas il s'agit d'un capitalisme de connivence, d'une consanguinité malsaine entre élites politiques et économiques. D'autant que les exemples se multiplient à une vitesse inégalée jusque-là :

 

 * Jean-Pierre Jouyet passé du cabinet de Lionel Jospin à l'AMF, en passant par la direction du Trésor et Barclays-France ;

 

 * Nicolas Namias, passé du Trésor à BPCE pour ensuite arriver au cabinet de Jean-Marc Ayrault et enfin atterrir chez Natixis ;

 

 * Emmanuel Macron, dont certains fous s'imaginent désormais qu'il ferait un bon président de la République (ce qui prouve au passage l'état de décomposition du paysage politique français...), passé de l'inspection des finances à la banque Rothschild, avant de devenir secrétaire général adjoint de l’Élysée, puis carrément ministre de l’Économie lorsque le gouvernement PS a tombé définitivement le masque.

 

Et l'on pourrait encore ajouter Gerhard Schröder chez Rothschild, Tony Blair chez JP Morgan, et tous les pères-la-vertu des institutions européennes : Peter Mandelson, Luc Frieden, Mario Draghi, Mario Monti et depuis quelques jours Manuel Barroso chez Goldman Sachs !

 

Cette dernière nomination ne manque d'ailleurs pas d'ironie, à moins que ce ne soit justement un pied de nez à une Union européenne qui prend l'eau, puisque Goldman Sachs a joué un rôle prépondérant dans la crise de 2008 et dans le trucage des comptes de la Grèce... Et pour faire bonne figure, Paris par la voix très autorisée et pertinente d'Harlem désir, a demandé à Manuel Barroso d'abandonner son nouvel emploi de banquier, puisque cela risque de "faire le lit des antieuropéens". On croit rêver, à moins que ce ne soit l'hôpital qui se moque de la charité.

 

Le pire est que les intéressés feignent toujours de ne pas comprendre les cris d'orfraie que suscite leur nomination, ce qui ne fait que confirmer l'arrogance des élites dont j'ai parlé dans ce billet. C'est à mon sens précisément ce qui caractérise le capitalisme actuel : une déconnexion totale entre les élites et le peuple, les premiers ne prenant même plus la peine de mettre les formes lorsqu'ils accaparent les richesses du pays, le mot étant entendu dans un sens large qui englobe bien plus que la seule richesse financière.

 

Jusqu'au moment où tout s'écroulera, parce que les petits demanderont des comptes qu'on leur refusera avec arrogance, ce qui débouchera sur une révolte dont je n'ose imaginer les conséquences ! Mais comme le disait l'ancien patron de Citigroup, Charles Prince, pour décrire l'effondrement en 2007 du marché subprime aux États-Unis : "tant qu'il y a de la musique, il faut danser"... Et certains ne s'en privent pas !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du Monde.

Partager cet article

12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 12:30

 

 

Après quatre semaines de tittytainment footballistique, voici venu le temps de l'indispensable réveil pour éviter la gueule de bois économique. En effet, à force de parler de ballon rond, certains ont fini par oublier que l'économie européenne s'enfonce dans une nouvelle crise de grande ampleur...

 

À suivre les médias grand public, on finirait par croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. On y parle de prouesses des millionnaires du football, de supporters en liesse, de dépassement de soi au cyclisme, de réussite extraordinaire au baccalauréat, de reprise économique en France, bref de la joie de vivre, mais on oublie sciemment tous les nuages noirs qui forment déjà un front dense et menaçant à l'horizon.

 

Retour sur le Brexit

 

Commençons par le Brexit qui, faut-il encore le rappeler, est un événement majeur de l'histoire politique européenne. La voix du peuple a parlé au Royaume-Uni et elle s'est prononcée pour la sortie de l'Union européenne, comme je l'avais analysé dans ce billet. Il appartiendra donc au successeur de David Cameron d'entamer la procédure de sortie de l'UE, conformément à l'article 50 TUE.

 

Le plus difficile, et le plus chronophage, sera à n'en pas douter de détricoter les lois du droit communautaire déjà intégrées au corpus législatif du Royaume-Uni pour reprendre la main sur tous les aspects de la vie politique et économique. Pendant ce temps, ce sera la grande inconnue sur le rôle que jouera le Royaume-Uni au sein des institutions européennes et sur l'obligation ou non de continuer à respecter la totalité des textes européens...

 

Les premières conséquences de la hausse de l'incertitude liée au Brexit se sont manifestées sur les marchés financiers, avec un dévissage en règle des principales places financières dans le monde et une hausse de la volatilité. À cela s'ajoute une chute de la livre sterling, qui ne manquera pas d'avoir des conséquences sur les bilans des banques exposées aux produits dérivés sur la livre...

 

L'arrogance des élites

 

Bien entendu, si le référendum au Royaume-Uni avait donné le remain gagnant, on aurait entendu les élites politiques et économiques expliquer que les citoyens ont compris les enjeux de ce vote et ont fait preuve de discernement. Or, avec la victoire du Brexit, c'est au contraire à un déferlement de propos arrogants et abjects que nous avons assisté. Petit pot-pourri :

 

 * Alain Minc dans le Figaro (extraits et commentaires dans Marianne) : "Ce référendum n'est pas la victoire des peuples sur les élites, mais des gens peu formés sur les gens éduqués. On ne peut pas tout le temps nous expliquer que les études supérieures sont la chose la plus importante dans la vie et dénoncer en permanence les diplômés. Si les élites diplômées représentaient 48 % du peuple anglais, cela ferait un pays très démocratique !"

 

 * BHL dans le Monde : "Ce « Brexit », c’est la victoire, non du peuple, mais du populisme. Non de la démocratie, mais de la démagogie. C’est la victoire de la droite dure sur la droite modérée, et de la gauche radicale sur la gauche libérale. C’est la victoire, dans les deux camps, de la xénophobie, de la haine longtemps recuite de l’immigré et de l’obsession de l’ennemi intérieur. [...] L’Europe était, certes, indigne d’elle-même. [...] Mais ce qui vient en lieu et place de ce jardin des Finzi-Contini, c’est une zone pavillonnaire mondialisée où, parce qu’il n’y aura plus que des nains de jardin, l’on oubliera qu’il y eut Michel-Ange".

 

 * Jacques Attali sur son site web : " Un tel référendum implique qu'un peuple peut remettre en cause toute évolution considérée jusque-là comme irréversible, telle qu'une réforme institutionnelle, une conquête sociale, une réforme des mœurs. (…) Selon notre conception occidentale du Droit, il existe des progrès irréversibles, (par exemple, la démocratie, la liberté du culte, l'interdiction du travail des enfants, l'abolition de la peine de mort) qu'un vote simple ne peut défaire (...) Toute décision ayant un impact lourd sur le sort des générations suivantes, écrit-il encore, ne devrait pas pouvoir être prise par une majorité de moins de 60% des votants, réaffirmée à trois reprises à au moins un an d'écart".

 

Ces propos antidémocratiques donnent la nausée, au point que Chantal Delsol a décidé de publier une tribune dans le Figaro afin d'analyser ces réactions qui, selon elles, témoignent de "la plus grande crise de la démocratie jamais connue depuis ses origines modernes". Et si tout simplement après la crise grecque de l'année dernière, le Brexit avait permis de faire une fois pour toute tomber les masques quant au prétend fonctionnement démocratique des institutions européennes ?

 

Les banques en crise

 

Les valeurs bancaires furent sévèrement touchées par l’onde de choc du Brexit et pas seulement au Royaume-Uni, ce qui a poussé les investisseurs à se réfugier sur les titres de dette allemands, le franc suisse et bien entendu l’or. D'où de nouvelles aberrations sur les taux d'intérêt : le rendement de l'emprunt d'État suisse à 50 ans est passé en territoire négatif tout comme celui de l'Allemagne à 10 ans ! Sur ces entrefaites, les  taux à 10 ans sur la dette grecque ou portugaise ont quant à eux augmenté... Bref, c'est tout le système de croyances des banques qui est en train de prendre l'eau :

 

 

Prises en étau entre les nouvelles obligations prudentielles et des taux de marge d'intérêt ridiculement bas, les banques voient leur rentabilité s'effondrer. Certaines ont alors cherché à prendre plus de risques pour se refaire une santé financière, à l'image de la Deutsche Bank, engluée aujourd'hui dans d'innombrables scandales et problèmes, qui ne seraient au fond que ceux de l'Allemagne si la banque ne venait d'être classée par le FMI comme l'une des plus dangereuses pour le système financier (on parle donc de risque systémique). Imaginez une faillite d'un tel géant, contrepartie dans tant d'opérations financières ? Les mânes de Lehman Brothers ne sont pas loin...

 

Et le développement de la finance de l'ombre (shadow banking) est loin d'être une bonne nouvelle comme on peut l'entendre çà et là, puisque les entreprises de ce secteur échappent en partie à toute régulation :

 

 

Et la Banque centrale européenne ne pourra pas indéfiniment injecter des liquidités dans le système, car l'effondrement de la marge d'intérêt des banques, la hausse de la volatilité sur certaines classes d'actifs et la formation d'une bulle obligataire résultent pour l'essentiel de cette politique monétaire ultra-expansionniste de la BCE.

 

Les banques italiennes en difficulté

 

L'été sera chaud... pour les banques italiennes dont certaines sont à l'agonie ! Un graphique suffira pour comprendre le problème :

 

 

[ Source : Bruegel ]

 

La part des créances douteuses et litigieuses (appelées prêts non performants) dans les bilans bancaires atteint désormais 18 % en Italie, 12 % au Portugal et 34 % en Grèce. Pour fixer les idées, au-delà de 1 à 2 % les petits problèmes des banques deviennent de gros problèmes pour tout le système bancaire du pays (360 milliards d'euros pour l'Italie tout de même...). Vous aurez donc compris, comme je l'ai déjà expliqué sur mon blog, que l'Italie fait face à une grave crise bancaire que les quelques bonnes nouvelles liées à la baisse des prix du pétrole n'arrivent plus à cacher...

 

Le plus grave est que l'augmentation des prêts non performants en Italie ne résulte pas de bulles immobilières comme en Espagne, mais bien de la stagnation économique qui empêche les PME italiennes destinataires de ses prêts de les rembourser rubis sur l'ongle. Or, selon les nouvelles règles de l'Union bancaire européenne entrée en vigueur le 1er janvier 2016, et à laquelle j'avais consacré un long billet, les règles de renflouement sont désormais les suivantes (accrochez-vous, les termes officiels sont un peu techniques) : le Fonds de résolution ne pourra pas être utilisé  avant que 8 % du passif de la banque ait fait l’objet d’un bail-in. Par ailleurs, l’intervention du Fonds ne pourra être supérieure à 5 % du passif de la banque.

 

En termes clairs, cela signifie simplement que lorsqu'une banque sera en faillite, les premiers à mettre au pot seront les actionnaires et les prêteurs (d'où le nom de bail-in), qui devront couvrir au minimum 8 % des pertes de la banque. Si cela ne suffit pas, il sera possible de faire appel à des fonds nationaux de résolution, abondés par le secteur bancaire. Enfin, les ménages et les PME seront partiellement protégés puisqu'il a été confirmé que leurs dépôts seront garantis à hauteur de 100 000 euros.

 

Et si je vous disais que des retraités italiens, pas forcément très riches du reste, ont placé leur argent dans des titres de dette de leur banque ? Vous comprenez alors tout de suite pourquoi Matteo Renzi veut à tout prix éviter un bail-in qui ruinerait les petits épargnants et conduirait dans le climat actuel à une explosion sociale ! Mais faire passer l'idée d'un renflouement des banques en faillite par l'État italien à rebours des nouvelles règles européennes, va déclencher à n'en pas douter l'ire du chef de locomotive allemand. Et si le gouvernement italien passe en force, alors c'est vers une nouvelle crise de la zone euro que l'on se dirigera, qui sera autrement plus grave que celle en Grèce... Au reste, même les néolibéraux commencent désormais à penser que l'UE vit son crépuscule !

 

En définitive, pendant que le peuple avait les yeux tournés vers ses ludi circenses et s'est interdit de réfléchir, les nuages à l'horizon économique se sont accumulés pour donner un front menaçant. Hélas, certains ne découvriront cette nouvelle crise que lorsque l'été sera passé. Et aux mauvaises langues qui diront que je joue les Cassandre, je répondrai simplement que je fais preuve de réalisme... même en été !

Partager cet article

29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 11:00

 

 

Alea jacta est ! La voix du peuple a parlé au Royaume-Uni et elle s'est prononcée pour la sortie de l'Union européenne. Quelle analyse peut-on en faire à ce stade ? Éléments de réponses dans ce billet plus long que d'habitude...

 

Le résultat du référendum

 

Les chiffres sont les suivants :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Géographiquement, en dehors de l'Écosse, l'Irlande du Nord et quelques métropoles comme Londres ou Liverpool, les autres zones ont voté pour la sortie de l'UE, parfois massivement :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Jeunes contre vieux ?

 

Telle est la question soulevée par de nombreux médias britanniques au vu des chiffres suivants :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Pour ma part, je trouve la ficelle un peu grosse, car ces chiffres doivent être mis en regard avec le taux de participation de chaque tranche d'âge, qu'à ma connaissance on ne connaît pas précisément, même si les extrapolations qui circulent laissent à penser que l'abstention fut massive chez les plus jeunes.

 

Disons-le clairement : on ne sait pas grand-chose des abstentionnistes et en particulier on n'a aucune idée du camp qu'ils auraient soutenu. Dès lors, publier un tableau comme celui-ci relève de la pure manipulation médiatique de chiffres :

 

 

[ Source : Yougov.co.uk ]

 

En effet, il laisse entendre que ce sondage réalisé par Yougov a été capable d'estimer pour chaque tranche d'âge une opinion, certainement avec la même précision que ces estimations d'ensemble publiées la veille au soir et donnant 52 % pour le remain :

 

 

[ Source : Yougov.co.uk ]

 

Mais surtout, vous remarquerez que la dernière colonne donne le nombre d'années moyen durant lequel l'électeur devra vivre avec la décision qu'il aura prise lors du référendum. C'est évidemment une ineptie pour plusieurs raisons, et en premier lieu parce que cela sous-entend que les jeunes prennent plus de risque que les vieux en votant mal, car la punition durera très longtemps.

 

J'ai à dessein employé l'adverbe mal, car c'est bien ça qui se cache dans les interprétations données par les grands médias depuis la victoire du camp du Brexit : pour résumer mes nombreuses lectures, celui qui a voté pour le Brexit était au mieux incompétent au pire inconscient voire suicidaire. Voilà sans doute pourquoi Peter Sutherland, dont le profil est symptomatique de la consanguinité entre politique et affaires, déclarait qu'il fallait purement et simplement annuler le résultat de ce référendum. 

 

Et maintenant ?

 

Dans la foulée de l'annonce des résultats, David Cameron a bien entendu annoncé sa démission pour l'automne prochain. Il appartiendra donc à son successeur d'entamer la procédure de sortie de l'UE, conformément à l'article 50 TUE dont je rappelle la teneur :

 

1) Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

 

2) L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

3) Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

 

4) Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

 

5) Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.

 

En pratique, l'intention de quitter l'UE doit donc être notifiée au Conseil européen, qui ensuite négociera avec le Royaume-Uni les modalités de retrait dans le cadre d'un accord validé au niveau européen à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

Bref, la route de la sortie est encore longue et elle l'est d'autant plus que le gouvernement ne semble pas presser d'officialiser son départ du navire EU, bien que le triumvirat Merkel, Hollande et Renzi pressent le Royaume-Uni de s'en aller au plus vite à l'instar de Jean-Claude Juncker. C'est seulement une fois formalisé officiellement, que le départ du Royaume-Uni pourra donner lieu à des négociations sur les futures relations entre le pays et le marché unique à 27. 

 

Le plus difficile, et le plus chronophage, sera à n'en pas douter de détricoter les lois du droit communautaire déjà intégrées au corpus législatif du Royaume-Uni pour reprendre la main sur tous les aspects de la vie politique et économique. Pendant ce temps, ce sera la grande inconnue sur le rôle que jouera le Royaume-Uni au sein des institutions européennes et sur l'obligation ou non de continuer à respecter la totalité des textes européens...

 

Et quant aux conséquences pour les ressortissants étrangers et les expatriés britanniques, la réponse vous est donnée en vidéo  :

 

 

Les conséquences du Brexit

 

Les grandes institutions économiques (Trésor britannique, OCDE, FMI, BoE,...) avaient fait assaut de publications économiques pour prouver le danger d'un Brexit. Leur argumentaire se fondait sur l'hypothèse qu'une sortie de l'UE conduirait à un recul marqué du commerce du Royaume-Uni et des investissements directs étrangers entrants, donc à une amputation significative de la croissance :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Ce ralentissement pèserait également sur ses partenaires commerciaux, comme le montre cette étude d'Euler Hermes :

 

 

[ Source : Euler Hermes ]

 

Tout dépendra en dernier ressort de la manière dont le Royaume-Uni compte s'associer à l'avenir avec les autres pays membres de l'UE. Si pour éviter de se retrouver en autarcie, le pays décidait de s'engager dans un accord de libre-échange avec l’UE - ce qui équivaut à dire que le Royaume-Uni intégrerait l'AELE - alors il lui faudrait adopter l'essentiel des réglementations européennes, ce qui semble a priori contradictoire avec un Brexit. Il lui resterait sinon l'option de devenir une nouvelle Suisse, et donc de signer des accords bilatéraux qui prennent cependant beaucoup de temps. À moins que le Royaume-Uni ne se transforme à terme en Singapour européen...

 

La panique sur les marchés financiers

 

La City de Londres a bien entendu été frappée de plein fouet par le Brexit, puisque les filiales d’entreprises du secteur financier installées à Londres n’auront certainement plus accès au financement en euros offerts par la BCE et ne pourront plus compter sur le passeport européen pour vendre leurs produits financiers dans toute l’Europe. Et c'est peu dire que le 24 juin fut un vendredi noir sur les marchés financiers, d'autant qu'ils n'avaient pas anticipé ce résultat au référendum...

 

On a donc assisté à un dévissage en règle des principales places financières dans le monde : -8 % à Paris, -6,8 % à Francfort, -12,3 % à Madrid, -3,4 % à New York. L’indice phare de la Bourse de Londres, le FTSE 100, n’aura finalement quant à lui dévissé que de 2,7 %, en raison du faible impact que le Brexit peut avoir sur les nombreuses multinationales qui composent l’indice.

 

En revanche, les valeurs bancaires furent sévèrement touchées par l’onde de choc du Brexit et pas seulement au Royaume-Uni, ce qui a poussé les investisseurs à se réfugier sur les titres de dette allemands dont le taux à 10 ans est repassé en territoire négatif, le franc suisse et bien entendu l’or. Avec pour effet secondaire de provoquer la hausse des taux à 10 ans sur la dette grecque ou portugaise. Bien entendu, la volatilité a beaucoup augmenté sur les marchés et la livre sterling s'est effondrée, ce qui ne manquera pas d'avoir des conséquences sur les bilans des banques exposées aux produits dérivés sur la livre...

 

Là encore, tout dépendra des mesures mises en oeuvre par les institutions économiques et politiques pour calmer les incertitudes. Certains se prennent même à penser que la liberté retrouvée, notamment en matière réglementaire, offrira au Royaume-Uni la possibilité de renégocier des accords bilatéraux plus favorables à sa croissance, dans le cadre d’un libre-échange encore plus abouti qu’aujourd’hui. De plus, selon eux, les conséquences pour le monde de la finance devraient être modérées, car si une partie des acteurs financiers se décident peut-être à quitter le Royaume-Uni, la plupart comprendront l’intérêt de rester dans une juridiction qui proposera à terme une réglementation financière bien moins contraignante que ses concurrents. En particulier, les fonds spéculatifs seront certainement très intéressés par ce nouvel environnement financier.

 

La conséquence de cette incertitude croissante a en outre été la dégradation de la note souveraine du Royaume-Uni par les agences de notation.

 

Une refondation de l'Union européenne ?

 

Il suffit d'écouter François Hollande et Angela Merkel lors du mini-sommet de lundi pour comprendre que derrière les grands mots il n'y a aucune volonté de refonder l'Union européenne sur d'autres bases.

 

 

À ce stade, on peut même s'interroger à bon droit sur l'existence d'une telle possibilité. En effet, les traités successifs ayant tous entériné à leur façon un approfondissement de la logique néolibérale en économie et internationaliste (à défaut de fédéraliste) en politique, on ne voit pas très bien comment il serait possible de revenir à une Europe des nations. Le seul moyen d'y parvenir serait de quitter cette UE pour recréer une union plus petite sur des bases saines, c'est-à-dire en plaçant la solidarité plutôt que la concurrence au coeur des relations économiques, i.e en plaçant l'Homme au centre des préoccupations !

 

Mais il suffit d'entendre John Kerry espérer à haute voix que malgré le Brexit le traité transatlantique soit signé avant 2016, pour comprendre que les intérêts économiques prendront toujours le devant de la scène dans cette Union européenne là !

 

Et que dire de l'ineffable Jacques Attali, qui déteste à l'évidence les référendums qui ne donnent pas le bon résultat comme en témoignent ces quelques mots trouvés sur son site : " Un tel référendum implique qu'un peuple peut remettre en cause toute évolution considérée jusque-là comme irréversible, telle qu'une réforme institutionnelle, une conquête sociale, une réforme des mœurs. (…) Selon notre conception occidentale du Droit, il existe des progrès irréversibles, (par exemple, la démocratie, la liberté du culte, l'interdiction du travail des enfants, l'abolition de la peine de mort) qu'un vote simple ne peut défaire (...) Toute décision ayant un impact lourd sur le sort des générations suivantes, écrit-il encore, ne devrait pas pouvoir être prise par une majorité de moins de 60% des votants, réaffirmée à trois reprises à au moins un an d'écart".

 

Tout est dit sur le mode de fonctionnement économico-politique de l'actuelle Union européenne (et de la zone euro), qui permet de comprendre pourquoi de plus en plus de personnes n'en veulent plus. Fermez le ban !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article des Échos.

Partager cet article

18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 12:42

 

 

Dans le cadre de mon précédent billet consacré à la segmentation des marchés financiers au sein de la zone euro, j'avais évoqué brièvement les problèmes insolubles auxquels la zone euro (et plus généralement l'UE) fait face. L'une de ces difficultés est la volonté déclinante du Royaume-Uni à poursuivre l'aventure commune en Europe...

 

La politique économique du Royaume-Uni

 

Disons-le d'emblée, la politique économique du Royaume-Uni n'est que très peu coordonnée avec celle de la zone euro :

 

 * la politique budgétaire n'est pas soumise aux mêmes règles que les autres États membres de l'UE (en particulier le Royaume-Uni n'a pas signé le Pacte budgétaire européen TSCG) et cela finit par se voir !

 

[ Source : Natixis ]

 

 * la politique fiscale est devenue un véritable outil pour concurrencer les autres pays de l'UE, en particulier depuis que George Osborne, chancelier de l'Échiquier du royaume, a annoncé une baisse de l'impôt sur les sociétés de 20 % à 17 % dès 2020, afin d'attirer les multinationales.

 

 

[ Source : MEDEF ]

 

 * la politique monétaire est évidemment différente de celle de la zone euro, puisque le Royaume-Uni dispose encore du pouvoir régalien de battre monnaie.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

À cela, pour bien comprendre les enjeux du Brexit, il faut ajouter que le Royaume-Uni a une industrie de petite taille, mais compensée par des exportations de services de grande taille (pas que financiers du reste, mais tout de même). Au total, les estimations économétriques laissent entrevoir qu'une hausse des droits de douane ne serait pas insurmontable pour la croissance du pays.

 

La promesse de campagne

 

David Cameron avait promis en 2013 d’organiser un référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE, dans le but de remporter les élections législatives face au parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (Ukip) et aux eurosceptiques de son propre camp. Il s'est donc retrouvé à devoir honorer cette promesse après sa victoire, alors même qu'il avait réussi à négocier un plan anti-brexit très avantageux avec ses partenaires européens en février 2016.

 

Les deux camps en présence sont les suivants :

 

 

[ Source : Ouest France ]

 

Le référendum

 

Le 23 juin 2016 sera organisé un référendum sur la sortie (Brexit ou British exit) ou non du Royaume-Uni de l'Union européenne auquel participeront les Britanniques résidant au Royaume-Uni, mais aussi fort opportunément les Irlandais et entre autres les citoyens du Commonwealth résidant au Royaume-Uni ou à Gibraltar. L'enjeu est évidemment inédit, car en dehors de la Grèce qui joue depuis 2010 à chat perché avec l'UE, aucun gouvernement n'a jamais affiché une quelconque volonté de quitter l'UE.

 

D'ailleurs, une telle sortie n'a guère fait l'objet que d'un tout petit article du Traité sur l'UE, tant elle paraissait hors de propos.

 

Art.50 TUE :

 

1) Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

 

2) L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

3) Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

 

4) Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

 

5) Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.

 

Faut-il du reste rappeler qu'avant celui de Lisbonne, les traités ne prévoyaient même pas de retrait volontaire ? En bref, la doctrine considérait qu'une fois à bord du navire UE, vous n'aviez plus la possibilité unilatérale de le quitter...

 

Toujours est-il que d'après les derniers sondages, les deux camps sont donnés au coude-à-coude :

 

 

Mais attention, de nombreux biais subsistent dans ces sondages, de sorte que l'issue de ce référendum dépendra avant tout du taux de participation.

 

Les conséquences d'un Brexit

 

Les grandes institutions économiques (Trésor britannique, OCDE, FMI, BoE,...) font assaut de publications économiques pour prouver le danger d'un Brexit. Leur argumentaire se fonde sur l'hypothèse qu'une sortie de l'UE conduirait à un recul marqué du commerce du Royaume-Uni et des investissements directs étrangers entrants, donc à une amputation significative de la croissance :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Ce ralentissement pèserait également sur ses partenaires commerciaux, comme le montre cette étude d'Euler Hermes :

 

 

[ Source : Euler Hermes ]

 

Quant à la City de Londres, elle serait frappée de plein fouet par le Brexit, puisque les filiales d’entreprises du secteur financier installées à Londres n’auraient plus accès au financement en euros offerts par la BCE et ne pourraient plus compter sur le passeport européen pour vendre leurs produits financiers dans toute l’Europe.

 

Dans le camp des pro-brexit, on avance au contraire que la liberté retrouvée, notamment en matière réglementaire, offrira au Royaume-Uni la possibilité de renégocier des accords bilatéraux plus favorables à sa croissance, dans le cadre d'un libre-échange encore plus abouti qu'aujourd'hui. De plus, le rêve thatchérien atteindrait son paroxysme, en ce sens que le Royaume-Uni ne verserait plus son écot au budget européen dont il reste contributeur net.

 

Quant aux conséquences pour la finance, elles seraient modérées selon les partisans du Brexit. Ils avancent ainsi l'argument que certes une partie des acteurs financiers quitteraient le Royaume-Uni pour retrouver le continent, mais que la plupart y réfléchiraient à deux fois en raison de la réglementation financière moins contraignante que Londres pourrait offrir après le Brexit. Ne doutons pas que les fonds spéculatifs seraient certainement très intéressés par ce nouvel environnement financier...

 

En outre, certains affirment, avec raison comme nous l'avons vu plus haut, que le Royaume-Uni a déjà un pas en dehors de l'UE et que sa sortie serait au pire sans grandes conséquences sur son économie. Et ce d'autant que l’élasticité-prix des exportations en volume du Royaume-Uni est très faible et que ses exportations de services sont suffisamment spécialisées pour ne pas être trop affectées par un changement de législation.

 

Néanmoins, si pour éviter de se retrouver en autarcie, le pays décidait de s'engager dans un accord de libre-échange avec l’UE - ce qui équivaut à dire que le Royaume-Uni intégrerait l'AELE - alors il lui faudrait adopter l'essentiel des réglementations européennes, ce qui semble a priori contradictoire avec un Brexit. Il lui resterait sinon l'option de devenir une nouvelle Suisse, et donc de signer des accords bilatéraux qui prennent cependant beaucoup de temps. À moins que le Royaume-Uni ne se transforme à terme en Singapour européen...

 

Voici pour finir une infographie qui récapitule les principaux arguments développés par les deux camps :

 

 

[ Source : La Croix ]

 

En définitive, quel que soit le résultat de ce référendum, il est à craindre qu'une ligne de fracture durable demeure entre les deux camps. Le Brexit fut en effet trop présenté sous ses enjeux économiques, laissant ainsi les experts économiques s'appropriaient un peu trop le débat, ce qui a fait oublier qu'il s'agissait avant tout d'une question politique, de souveraineté même !

Partager cet article

15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 11:08

 

 

Après avoir longuement écrit sur l'onde de choc des "panama papers", je reviens aujourd'hui à l'affaire des Luxleaks. Dans un ancien billet, j'avais en effet détaillé le scandale des tax rulings, qui permettaient à des sociétés de payer moins d'impôts au Luxembourg. Pour résumer, grâce à des lanceurs d'alerte employés au sein de la filiale luxembourgeoise de la société d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC), on découvrait que les tax rulings, qui sont des accords avec l'administration des impôts du Luxembourg servant normalement à sécuriser sur le plan juridique une opération (transfert du siège social, création d'une filiale,...), ont été détournés de leur fonction.

 

Les spécialistes de l'optimisation fiscale - notamment les célèbres cabinets d'audit, les Big4 -, ont ainsi transformé les tax rulings en accords fiscaux avantageux, qui permettent aux multinationales de dissocier le lieu réel de leur activité du lieu où elles vont déclarer leurs bénéfices et donc payer leurs impôts. Les tax rulings participent par conséquent de l'environnement favorable à l'implantation des multinationales qu'a souhaité créer le Luxembourg, qui n'est d'ailleurs pas le seul pays à proposer de tels accords, puisque la Suisse, les Pays-Bas et l'Irlande en font aussi une spécialité...

 

C'est dans ce contexte, qu'ATTAC Moselle, Basta et leurs partenaires m'ont invité à une soirée de débat et de soutien aux lanceurs d'alerte de l'affaire Luxleaks - dont l'un d'eux sera présent -, vendredi 17 juin à 20h au Grand grenier des Récollets à Metz. Entrée libre et gratuite, venez nombreux !

 

 

Cette soirée a également été annoncée par Mediapart et d'autres médias.

 

N.B : pour en savoir plus sur le lanceur d'alerte Raphaël Halet et les enjeux de son procès, vous pouvez consulter cet article du Quotidien luxembourgeois.

Partager cet article

10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 10:34

 

 

Après mes billets sur la rémunération des grands patrons, sur une initiative pour lutter contre le chômage, sur la segmentation des marchés financiers dans la zone euro, j'en reviens aujourd'hui à mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition (Ellipses). Écrit dans une langue simple, tous les concepts sont présentés de manière abordable, illustrés d’exemples et de schémas ! En neuf chapitres, il vous guidera dans les méandres de l’économie et vous apprendra à en décrypter le jargon.

 

Le Républicain Lorrain a publié dans ses colonnes une entrevue concernant la parution de mon livre :

 

 

[ Cliquer sur l'article pour l'agrandir ]

 

Ce livre s'adresse donc à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie, sans aucune connaissance préalable, et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


Amazon I Fnac I Ellipses I Decitre I Chapitre I Joseph Gibert

Partager cet article

2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 11:00

 

 

Au moment où la question du Brexit agite les esprits (j'en parlerai prochainement), peu nombreux sont ceux qui soulèvent le problème de la segmentation des marchés financiers à l'intérieur de la zone euro. Et pourtant, cette situation à des conséquences majeures sur l'économie européenne et sur la pérennité de la monnaie unique...

 

Qu'appelle-t-on segmentation des marchés financiers ?

 

Comme je l'explique dans mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition), la segmentation des marchés financiers dans la zone euro signifie que les capitaux privés circulent mal, voire pas du tout, entre les différents pays membres. Les marchés financiers sont donc segmentés par pays.

 

À quoi voit-on la segmentation des marchés ?

 

On peut affirmer qu'il y a segmentation des marchés financiers au sein de la zone euro depuis 2008 pour plusieurs raisons :

 

 * la détention de dettes publiques par les banques reste essentiellement domestique, c'est-à-dire que ces dernières logent dans leur portefeuille surtout des titres de dette de leur pays

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * les balances TARGET 2 restent importantes, ce qui équivaut à dire que les marchés interbancaires des pays de la zone euro sont désolidarisés

 

 

[ Source : BNP Paribas ]

 

 * les taux d'intérêt sur la dette publique ont beaucoup divergé avant l'intervention de la BCE (quantitative easing)

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Quelles sont les conséquences d'une telle segmentation ?

 

Une telle segmentation des marchés de capitaux rend la zone euro inefficace sur le plan économique, en ce sens qu'elle empêche l'épargne de s'investir dans les projets les plus rentables. Or, qui se souvient encore qu'il s'agissait là de la première raison qui présidait à la création de la monnaie unique ? Pour ceux que la technique intéresse, je fais ici référence aux critères de Mundell sur la pertinence et l'efficacité d'une union monétaire.

 

Bref, je suis en train de vous expliquer que la zone euro ne fonctionne plus ! Ce ne sera pas une surprise pour les lecteurs réguliers de ce blog, puisque j'ai déjà souvent expliqué les problèmes insolubles auxquels la zone euro fait face (liste loin d'être exhaustive) :

 

 * croissance et emploi en berne,

 

 * politiques d'austérité dont l'échec est patent, 

 

 * absence de coordination et de volonté fédérale,

 

 * mise en place d'une usine à gaz pour contrôler les banques,

 

 * utilisation de solutions non-démocratiques pour résoudre les crises, en particulier en Grèce

 

 * tolérance excessive à l'égard des déséquilibres macroéconomiques des uns et sanctions très lourdes contre les autres.

 

Pour en revenir à notre sujet, la segmentation des marchés financiers conduit à une divergence inévitable des taux d'intérêt à long terme des pays de la zone euro. Depis peu, comme le montre parfaitement le dernier graphique ci-dessus, les taux d'intérêt ont recommencé à converger à la faveur de l'action vigoureuse de la BCE (quantitative easing).

 

Mais dès que ce puissant aiguillon s'estompera en 2017 ou 2018, on peut craindre le pire d'autant que les économies européennes sont indubitablement très hétérogènes. À moins que l'on ne condamne la BCE à jouer les Sisyphe ad vitam aeternam, i.e. à poursuivre indéfiniment sa politique de rachat des dettes publiques afin d'en faire baisser les taux.

 

Une autre conséquence de la segmentation des marchés financiers, est qu'elle empêche de corriger l'excès d'épargne de l'Allemagne la zone euro et donc de relancer l'économie. En effet, à défaut d'espérer une improbable union fédérale avec transferts obligatoires ou un plan massif de relance en Allemagne, on ne peut amorcer de reprise durable de la zone euro qu'à la condition expresse d'investir l'excédent extérieur allemand dans le reste de la zone euro et non dans le Caucase...

 

Mais comment fait-on si la circulation des capitaux est quasi inexistante dans la zone euro, c'est-à-dire que les marchés financiers sont segmentés ?

Partager cet article

27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 11:16

Après mon passage sur TV8, j'ai été invité sur le plateau de TV Cristal pour évoquer la parution de mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition) et plus généralement le fonctionnement de l'économie.

 

Mon intervention, d'une durée de 18 minutes, est à voir gratuitement sur le site de TV Cristal en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]

 

Pour mémoire, mon livre s'adresse à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


Amazon I Fnac l Ellipses I Decitre I Chapitre I Joseph Gibert

Partager cet article

20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 10:36

 

À ceux qui affirmaient que "contre le chômage, tout a été essayé", un démenti vient d'être apporté par une nouvelle expérimentation appelée Territoires zéro chômeur de longue durée. Votée à l'unanimité en première lecture à l’Assemblée nationale et soutenu par le CESE, sa mise en oeuvre est prévue pour la rentrée 2016. Après vous avoir parlé de la rémunération des grands patrons précédemment, ce billet sera par conséquent l'occasion de revenir à la vraie vie en analysant les tenants et aboutissants de ce projet de lutte contre le chômage !

 

Le chômage de longue durée

 

Selon l'INSEE, un chômeur de longue durée est un actif sans emploi (ou en activité réduite selon les catégories B et C de Pôle Emploi) depuis plus d'un an. Et au-delà de deux ans, on parle même de chômage de très longue durée. Les derniers chiffres fournis par Pôle Emploi pour l'année 2015 font état d'une augmentation du nombre de chômeurs de longue durée de 9,5 % sur un an. Désormais, ils sont 2,466 millions, soit 45 % des inscrits !

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Si l'on adopte la définition de Pôle Emploi, qui appelle chômeur de longue durée toute personne inscrite sur les listes de Pôle Emploi au moins 12 mois au cours des 24 derniers mois, alors on obtient cette carte de France (du vide salarial) :

 

 

[ Source : Pôle Emploi ]

 

Quant à l'évolution du chômage de très longue durée, elle est proprement affolante :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Pourquoi le chômage de longue durée est-il un problème épineux ?

 

Quelle que soit la raison invoquée pour expliquer le chômage de longue durée (absence de diplôme, absence de qualification, localisation géographique, etc.), le phénomène tend évidemment à éloigner définitivement ces actifs de l'emploi. Et la destruction des emplois intermédiaires, conjuguée à un délirium tremens numérique, ne va qu'aggraver la situation...

 

Outre les conséquences que cela peut avoir sur la vie familiale et sociale de ces personnes (Freud ne disait-il pas que le travail est ce qui nous unit aux autres hommes ?), une étude américaine souligne les conséquences lourdes du chômage de longue durée sur la personnalité... De plus, un tel sous-emploi des forces vives du pays débouchera inévitablement sur une baisse de la croissance potentielle, cette dernière étant définie comme celle qui réalise le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main d'oeuvre disponibles.

 

Les initiatives actuelles du gouvernement

 

Face à ce constat d'aggravation du chômage de longue durée, François Hollande vient d'annoncer un plan d'urgence de lutte qui persiste dans les voies (de garage) classiques :

 

 * baisse des cotisations patronales sur les bas salaires (CICE) ;

 

 * renforcement du suivi par des agents Pôle Emploi déjà dépassé par le nombre de chômeurs ;

 

 * formations de 500 000 chômeurs en plus, alors même que le système de formation dans son état actuel (i.e. calamiteux) ne permet pas d'absorber de tels volumes à court terme ;

 

 * corollaire du point précédent, les formations viseront les secteurs du numérique, de la croissance verte et les secteurs traditionnels sous tension ; c'est toujours autant de chômeurs qui quitteront subrepticement la catégorie A pour s'en aller en catégorie D, invisible dans les statistiques mensuelles commentées par le gouvernement ;

 

* prime à l’embauche, sous conditions, de 2 000 euros par an pour les entreprises de moins de 250 salariés qui recrutent un salarié ;

 

 * renforcement des aides de Pôle emploi à la création d’entreprise (se mettre à son compte lorsque la demande est en berne, en voilà une idée lumineuse...)

 

 * plus grande ouverture du contrat de professionnalisation aux chômeurs et bien entendu aide à l'apprentissage après les cafouillages depuis 2 ans ;

 

J'avais par ailleurs analysé dans ce billet pourquoi la flexibilisation à outrance du marché du travail était une erreur.

 

Territoires zéro chômage de longue durée

 

Cette idée est née dans l'esprit de militants de l'insertion et se trouve désormais portée par ATD Quart Monde. Elle part du constat suivant, qui mérite réflexion :

 

"Le projet proposé par ATD Quart Monde s’inscrit dans un pays où les choix d’organisation économique permettent à une majeure partie de la population d’obtenir un emploi et de vivre dignement mais où, dans le même temps, ces choix privent durablement plusieurs millions de personnes d’emplois ou les contraignent à accepter des emplois précaires dans des conditions qui ne permettent pas une existence digne".

 

Bref, personne n'est inemployable, mais ce sont des choix d'organisation économique, faits volontairement par des gouvernements (c'est là le point nodal), qui expliquent la situation actuelle. Ces choix, pour faire simple, consistent essentiellement à laisser un certain capitalisme broyer l'économie réelle au profit d'une finance à qui on a laissé la bride sur le cou !

 

ATD Quart Monde affirme ainsi qu'il serait plus avantageux pour la société de réorienter l'argent dépensé pour compenser le chômage (selon leur étude, 15 000 euros par personne et par an), vers le financement des emplois manquants en assurant de bonnes conditions de travail. Ce faisant, elle rappelle un point que j'avais développé dans un précédent billet, où j'insistais sur le fait que le chômage n'est pas qu'un chiffre dont certains se servent pour occulter à dessein toutes les questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel.

 

En pratique, le projet d'ATD Quart Monde consiste à expérimenter pendant 5 ans la création d’emplois en CDI et payés au moins au SMIC, pour les chômeurs de longue durée qui seraient volontaires. Elle concernerait au départ 10 territoires et tous les entrepreneurs, qu’ils soient de statut public, associatifs ou à but lucratif :

 

 

[ Source : Courrier des Maires ]

 

La personne embauchée le sera donc en CDI, appelé "emploi-formation disponible, ce qui signifie :


• que l’emploi qui lui est proposé est conçu pour lui permettre de monter en compétences (transfert de savoir-faire par les collègues, mobilité entre différents postes de travail, formation externe…) ;


• qu’il reste disponible pour évoluer vers un emploi en entreprise « classique » et doit donc demeurer ouvert aux propositions qui pourraient lui être faites en ce sens..."

 

Les entreprises conventionnées, c'est-à-dire celles qui s’engagent à créer des conditions adaptées pour employer ces chômeurs, toucheront par conséquent une subvention pour compenser la moindre productivité du salarié embauché et la solvabilité faible des services ou produits qu’elles offrent. En effet, tout l'enjeu est de ne pas entrer en concurrence frontale avec des emplois existants, au risque évidemment de laminer les secteurs non subventionnés.

 

Il faudra donc cibler des emplois dont la rentabilité marchande n'est pas assurée, car "aucune concurrence déloyale n’est possible avec les produits existants, car ce serait en fin de compte une concurrence entre emplois" ! Ce pourrait même être un effet d'aubaine pour certaines entreprises ... La question sera alors de savoir comment se comporteront les entreprises conventionnées, lorsqu'un nouveau secteur prometteur se développera. Cela équivaut à se demander sous quelles conditions les entreprises privées accepteront de devenir partenaire du projet (cadre de la RSE, développement subventionné de nouvelles activités, etc.) et comment ne pas stigmatiser le chômeur.

 

Et afin de promouvoir le projet, recenser les personnes susceptibles d'en bénéficier, arbitrer les éventuels conflits de concurrence, etc., chaque territoire zéro chômage comportera un comité local de pilotage de l'expérimentation. Quoi qu'il en soit, il faudra un peu de temps avant de savoir si l'expérimentation est concluante.

 

Mais d'ores et déjà, malgré la qualité du projet, il faut garder à l'esprit qu'on vise 1 500 à 2 000 créations de postes dans cette première phase, où seuls l’État et les quelques collectivités volontaires citées ci-dessus abonderont le fonds (l'Unédic ne semble pas encore associer à ce stade de l'expérimentation). En outre, le bouclage du financement me semble un tantinet difficile à mettre en oeuvre, puisque les sources de financement sont très différentes, donc dépendantes de décideurs pas toujours enclins à dialoguer ensemble. Et après les 5 ans, le CDI s'arrête-t-il ? L'ancien chômeur devient-il un nouveau chômeur ?

 

En définitive, on ne peut que soutenir ce projet, car il part d'un constat juste, cherche à proposer de nouvelles solutions pour lutter contre le chômage et s'appuie sur une expérimentation qui viendra, ou non, en étayer la pertinence. Une chose est certaine : contre le chômage, tout n'a pas été essayé !

Partager cet article

15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 13:52

 

 

Après avoir analysé la rémunération des grands patrons, je consacrerai ce nouveau billet à mon passage sur le plateau de TV8. J'y évoquais la parution de mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition), la question de la monnaie unique et enfin les ressorts de la croissance actuelle.

 

Mon intervention, d'une durée de 13 minutes, est à voir gratuitement sur le site de TV8 en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV8 ]

 

Pour mémoire, mon livre s'adresse à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


Amazon I Fnac l Ellipses I Decitre I Chapitre I Joseph Gibert

Partager cet article

Archives