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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 11:00

 

 

Alea jacta est ! La voix du peuple a parlé au Royaume-Uni et elle s'est prononcée pour la sortie de l'Union européenne. Quelle analyse peut-on en faire à ce stade ? Éléments de réponses dans ce billet plus long que d'habitude...

 

Le résultat du référendum

 

Les chiffres sont les suivants :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Géographiquement, en dehors de l'Écosse, l'Irlande du Nord et quelques métropoles comme Londres ou Liverpool, les autres zones ont voté pour la sortie de l'UE, parfois massivement :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Jeunes contre vieux ?

 

Telle est la question soulevée par de nombreux médias britanniques au vu des chiffres suivants :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Pour ma part, je trouve la ficelle un peu grosse, car ces chiffres doivent être mis en regard avec le taux de participation de chaque tranche d'âge, qu'à ma connaissance on ne connaît pas précisément, même si les extrapolations qui circulent laissent à penser que l'abstention fut massive chez les plus jeunes.

 

Disons-le clairement : on ne sait pas grand-chose des abstentionnistes et en particulier on n'a aucune idée du camp qu'ils auraient soutenu. Dès lors, publier un tableau comme celui-ci relève de la pure manipulation médiatique de chiffres :

 

 

[ Source : Yougov.co.uk ]

 

En effet, il laisse entendre que ce sondage réalisé par Yougov a été capable d'estimer pour chaque tranche d'âge une opinion, certainement avec la même précision que ces estimations d'ensemble publiées la veille au soir et donnant 52 % pour le remain :

 

 

[ Source : Yougov.co.uk ]

 

Mais surtout, vous remarquerez que la dernière colonne donne le nombre d'années moyen durant lequel l'électeur devra vivre avec la décision qu'il aura prise lors du référendum. C'est évidemment une ineptie pour plusieurs raisons, et en premier lieu parce que cela sous-entend que les jeunes prennent plus de risque que les vieux en votant mal, car la punition durera très longtemps.

 

J'ai à dessein employé l'adverbe mal, car c'est bien ça qui se cache dans les interprétations données par les grands médias depuis la victoire du camp du Brexit : pour résumer mes nombreuses lectures, celui qui a voté pour le Brexit était au mieux incompétent au pire inconscient voire suicidaire. Voilà sans doute pourquoi Peter Sutherland, dont le profil est symptomatique de la consanguinité entre politique et affaires, déclarait qu'il fallait purement et simplement annuler le résultat de ce référendum. 

 

Et maintenant ?

 

Dans la foulée de l'annonce des résultats, David Cameron a bien entendu annoncé sa démission pour l'automne prochain. Il appartiendra donc à son successeur d'entamer la procédure de sortie de l'UE, conformément à l'article 50 TUE dont je rappelle la teneur :

 

1) Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

 

2) L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

3) Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

 

4) Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

 

5) Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.

 

En pratique, l'intention de quitter l'UE doit donc être notifiée au Conseil européen, qui ensuite négociera avec le Royaume-Uni les modalités de retrait dans le cadre d'un accord validé au niveau européen à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

Bref, la route de la sortie est encore longue et elle l'est d'autant plus que le gouvernement ne semble pas presser d'officialiser son départ du navire EU, bien que le triumvirat Merkel, Hollande et Renzi pressent le Royaume-Uni de s'en aller au plus vite à l'instar de Jean-Claude Juncker. C'est seulement une fois formalisé officiellement, que le départ du Royaume-Uni pourra donner lieu à des négociations sur les futures relations entre le pays et le marché unique à 27. 

 

Le plus difficile, et le plus chronophage, sera à n'en pas douter de détricoter les lois du droit communautaire déjà intégrées au corpus législatif du Royaume-Uni pour reprendre la main sur tous les aspects de la vie politique et économique. Pendant ce temps, ce sera la grande inconnue sur le rôle que jouera le Royaume-Uni au sein des institutions européennes et sur l'obligation ou non de continuer à respecter la totalité des textes européens...

 

Et quant aux conséquences pour les ressortissants étrangers et les expatriés britanniques, la réponse vous est donnée en vidéo  :

 

 

Les conséquences du Brexit

 

Les grandes institutions économiques (Trésor britannique, OCDE, FMI, BoE,...) avaient fait assaut de publications économiques pour prouver le danger d'un Brexit. Leur argumentaire se fondait sur l'hypothèse qu'une sortie de l'UE conduirait à un recul marqué du commerce du Royaume-Uni et des investissements directs étrangers entrants, donc à une amputation significative de la croissance :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Ce ralentissement pèserait également sur ses partenaires commerciaux, comme le montre cette étude d'Euler Hermes :

 

 

[ Source : Euler Hermes ]

 

Tout dépendra en dernier ressort de la manière dont le Royaume-Uni compte s'associer à l'avenir avec les autres pays membres de l'UE. Si pour éviter de se retrouver en autarcie, le pays décidait de s'engager dans un accord de libre-échange avec l’UE - ce qui équivaut à dire que le Royaume-Uni intégrerait l'AELE - alors il lui faudrait adopter l'essentiel des réglementations européennes, ce qui semble a priori contradictoire avec un Brexit. Il lui resterait sinon l'option de devenir une nouvelle Suisse, et donc de signer des accords bilatéraux qui prennent cependant beaucoup de temps. À moins que le Royaume-Uni ne se transforme à terme en Singapour européen...

 

La panique sur les marchés financiers

 

La City de Londres a bien entendu été frappée de plein fouet par le Brexit, puisque les filiales d’entreprises du secteur financier installées à Londres n’auront certainement plus accès au financement en euros offerts par la BCE et ne pourront plus compter sur le passeport européen pour vendre leurs produits financiers dans toute l’Europe. Et c'est peu dire que le 24 juin fut un vendredi noir sur les marchés financiers, d'autant qu'ils n'avaient pas anticipé ce résultat au référendum...

 

On a donc assisté à un dévissage en règle des principales places financières dans le monde : -8 % à Paris, -6,8 % à Francfort, -12,3 % à Madrid, -3,4 % à New York. L’indice phare de la Bourse de Londres, le FTSE 100, n’aura finalement quant à lui dévissé que de 2,7 %, en raison du faible impact que le Brexit peut avoir sur les nombreuses multinationales qui composent l’indice.

 

En revanche, les valeurs bancaires furent sévèrement touchées par l’onde de choc du Brexit et pas seulement au Royaume-Uni, ce qui a poussé les investisseurs à se réfugier sur les titres de dette allemands dont le taux à 10 ans est repassé en territoire négatif, le franc suisse et bien entendu l’or. Avec pour effet secondaire de provoquer la hausse des taux à 10 ans sur la dette grecque ou portugaise. Bien entendu, la volatilité a beaucoup augmenté sur les marchés et la livre sterling s'est effondrée, ce qui ne manquera pas d'avoir des conséquences sur les bilans des banques exposées aux produits dérivés sur la livre...

 

Là encore, tout dépendra des mesures mises en oeuvre par les institutions économiques et politiques pour calmer les incertitudes. Certains se prennent même à penser que la liberté retrouvée, notamment en matière réglementaire, offrira au Royaume-Uni la possibilité de renégocier des accords bilatéraux plus favorables à sa croissance, dans le cadre d’un libre-échange encore plus abouti qu’aujourd’hui. De plus, selon eux, les conséquences pour le monde de la finance devraient être modérées, car si une partie des acteurs financiers se décident peut-être à quitter le Royaume-Uni, la plupart comprendront l’intérêt de rester dans une juridiction qui proposera à terme une réglementation financière bien moins contraignante que ses concurrents. En particulier, les fonds spéculatifs seront certainement très intéressés par ce nouvel environnement financier.

 

La conséquence de cette incertitude croissante a en outre été la dégradation de la note souveraine du Royaume-Uni par les agences de notation.

 

Une refondation de l'Union européenne ?

 

Il suffit d'écouter François Hollande et Angela Merkel lors du mini-sommet de lundi pour comprendre que derrière les grands mots il n'y a aucune volonté de refonder l'Union européenne sur d'autres bases.

 

 

À ce stade, on peut même s'interroger à bon droit sur l'existence d'une telle possibilité. En effet, les traités successifs ayant tous entériné à leur façon un approfondissement de la logique néolibérale en économie et internationaliste (à défaut de fédéraliste) en politique, on ne voit pas très bien comment il serait possible de revenir à une Europe des nations. Le seul moyen d'y parvenir serait de quitter cette UE pour recréer une union plus petite sur des bases saines, c'est-à-dire en plaçant la solidarité plutôt que la concurrence au coeur des relations économiques, i.e en plaçant l'Homme au centre des préoccupations !

 

Mais il suffit d'entendre John Kerry espérer à haute voix que malgré le Brexit le traité transatlantique soit signé avant 2016, pour comprendre que les intérêts économiques prendront toujours le devant de la scène dans cette Union européenne là !

 

Et que dire de l'ineffable Jacques Attali, qui déteste à l'évidence les référendums qui ne donnent pas le bon résultat comme en témoignent ces quelques mots trouvés sur son site : " Un tel référendum implique qu'un peuple peut remettre en cause toute évolution considérée jusque-là comme irréversible, telle qu'une réforme institutionnelle, une conquête sociale, une réforme des mœurs. (…) Selon notre conception occidentale du Droit, il existe des progrès irréversibles, (par exemple, la démocratie, la liberté du culte, l'interdiction du travail des enfants, l'abolition de la peine de mort) qu'un vote simple ne peut défaire (...) Toute décision ayant un impact lourd sur le sort des générations suivantes, écrit-il encore, ne devrait pas pouvoir être prise par une majorité de moins de 60% des votants, réaffirmée à trois reprises à au moins un an d'écart".

 

Tout est dit sur le mode de fonctionnement économico-politique de l'actuelle Union européenne (et de la zone euro), qui permet de comprendre pourquoi de plus en plus de personnes n'en veulent plus. Fermez le ban !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article des Échos.

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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 12:42

 

 

Dans le cadre de mon précédent billet consacré à la segmentation des marchés financiers au sein de la zone euro, j'avais évoqué brièvement les problèmes insolubles auxquels la zone euro (et plus généralement l'UE) fait face. L'une de ces difficultés est la volonté déclinante du Royaume-Uni à poursuivre l'aventure commune en Europe...

 

La politique économique du Royaume-Uni

 

Disons-le d'emblée, la politique économique du Royaume-Uni n'est que très peu coordonnée avec celle de la zone euro :

 

 * la politique budgétaire n'est pas soumise aux mêmes règles que les autres États membres de l'UE (en particulier le Royaume-Uni n'a pas signé le Pacte budgétaire européen TSCG) et cela finit par se voir !

 

[ Source : Natixis ]

 

 * la politique fiscale est devenue un véritable outil pour concurrencer les autres pays de l'UE, en particulier depuis que George Osborne, chancelier de l'Échiquier du royaume, a annoncé une baisse de l'impôt sur les sociétés de 20 % à 17 % dès 2020, afin d'attirer les multinationales.

 

 

[ Source : MEDEF ]

 

 * la politique monétaire est évidemment différente de celle de la zone euro, puisque le Royaume-Uni dispose encore du pouvoir régalien de battre monnaie.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

À cela, pour bien comprendre les enjeux du Brexit, il faut ajouter que le Royaume-Uni a une industrie de petite taille, mais compensée par des exportations de services de grande taille (pas que financiers du reste, mais tout de même). Au total, les estimations économétriques laissent entrevoir qu'une hausse des droits de douane ne serait pas insurmontable pour la croissance du pays.

 

La promesse de campagne

 

David Cameron avait promis en 2013 d’organiser un référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE, dans le but de remporter les élections législatives face au parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (Ukip) et aux eurosceptiques de son propre camp. Il s'est donc retrouvé à devoir honorer cette promesse après sa victoire, alors même qu'il avait réussi à négocier un plan anti-brexit très avantageux avec ses partenaires européens en février 2016.

 

Les deux camps en présence sont les suivants :

 

 

[ Source : Ouest France ]

 

Le référendum

 

Le 23 juin 2016 sera organisé un référendum sur la sortie (Brexit ou British exit) ou non du Royaume-Uni de l'Union européenne auquel participeront les Britanniques résidant au Royaume-Uni, mais aussi fort opportunément les Irlandais et entre autres les citoyens du Commonwealth résidant au Royaume-Uni ou à Gibraltar. L'enjeu est évidemment inédit, car en dehors de la Grèce qui joue depuis 2010 à chat perché avec l'UE, aucun gouvernement n'a jamais affiché une quelconque volonté de quitter l'UE.

 

D'ailleurs, une telle sortie n'a guère fait l'objet que d'un tout petit article du Traité sur l'UE, tant elle paraissait hors de propos.

 

Art.50 TUE :

 

1) Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

 

2) L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

3) Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

 

4) Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

 

5) Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.

 

Faut-il du reste rappeler qu'avant celui de Lisbonne, les traités ne prévoyaient même pas de retrait volontaire ? En bref, la doctrine considérait qu'une fois à bord du navire UE, vous n'aviez plus la possibilité unilatérale de le quitter...

 

Toujours est-il que d'après les derniers sondages, les deux camps sont donnés au coude-à-coude :

 

 

Mais attention, de nombreux biais subsistent dans ces sondages, de sorte que l'issue de ce référendum dépendra avant tout du taux de participation.

 

Les conséquences d'un Brexit

 

Les grandes institutions économiques (Trésor britannique, OCDE, FMI, BoE,...) font assaut de publications économiques pour prouver le danger d'un Brexit. Leur argumentaire se fonde sur l'hypothèse qu'une sortie de l'UE conduirait à un recul marqué du commerce du Royaume-Uni et des investissements directs étrangers entrants, donc à une amputation significative de la croissance :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Ce ralentissement pèserait également sur ses partenaires commerciaux, comme le montre cette étude d'Euler Hermes :

 

 

[ Source : Euler Hermes ]

 

Quant à la City de Londres, elle serait frappée de plein fouet par le Brexit, puisque les filiales d’entreprises du secteur financier installées à Londres n’auraient plus accès au financement en euros offerts par la BCE et ne pourraient plus compter sur le passeport européen pour vendre leurs produits financiers dans toute l’Europe.

 

Dans le camp des pro-brexit, on avance au contraire que la liberté retrouvée, notamment en matière réglementaire, offrira au Royaume-Uni la possibilité de renégocier des accords bilatéraux plus favorables à sa croissance, dans le cadre d'un libre-échange encore plus abouti qu'aujourd'hui. De plus, le rêve thatchérien atteindrait son paroxysme, en ce sens que le Royaume-Uni ne verserait plus son écot au budget européen dont il reste contributeur net.

 

Quant aux conséquences pour la finance, elles seraient modérées selon les partisans du Brexit. Ils avancent ainsi l'argument que certes une partie des acteurs financiers quitteraient le Royaume-Uni pour retrouver le continent, mais que la plupart y réfléchiraient à deux fois en raison de la réglementation financière moins contraignante que Londres pourrait offrir après le Brexit. Ne doutons pas que les fonds spéculatifs seraient certainement très intéressés par ce nouvel environnement financier...

 

En outre, certains affirment, avec raison comme nous l'avons vu plus haut, que le Royaume-Uni a déjà un pas en dehors de l'UE et que sa sortie serait au pire sans grandes conséquences sur son économie. Et ce d'autant que l’élasticité-prix des exportations en volume du Royaume-Uni est très faible et que ses exportations de services sont suffisamment spécialisées pour ne pas être trop affectées par un changement de législation.

 

Néanmoins, si pour éviter de se retrouver en autarcie, le pays décidait de s'engager dans un accord de libre-échange avec l’UE - ce qui équivaut à dire que le Royaume-Uni intégrerait l'AELE - alors il lui faudrait adopter l'essentiel des réglementations européennes, ce qui semble a priori contradictoire avec un Brexit. Il lui resterait sinon l'option de devenir une nouvelle Suisse, et donc de signer des accords bilatéraux qui prennent cependant beaucoup de temps. À moins que le Royaume-Uni ne se transforme à terme en Singapour européen...

 

Voici pour finir une infographie qui récapitule les principaux arguments développés par les deux camps :

 

 

[ Source : La Croix ]

 

En définitive, quel que soit le résultat de ce référendum, il est à craindre qu'une ligne de fracture durable demeure entre les deux camps. Le Brexit fut en effet trop présenté sous ses enjeux économiques, laissant ainsi les experts économiques s'appropriaient un peu trop le débat, ce qui a fait oublier qu'il s'agissait avant tout d'une question politique, de souveraineté même !

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 11:08

 

 

Après avoir longuement écrit sur l'onde de choc des "panama papers", je reviens aujourd'hui à l'affaire des Luxleaks. Dans un ancien billet, j'avais en effet détaillé le scandale des tax rulings, qui permettaient à des sociétés de payer moins d'impôts au Luxembourg. Pour résumer, grâce à des lanceurs d'alerte employés au sein de la filiale luxembourgeoise de la société d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC), on découvrait que les tax rulings, qui sont des accords avec l'administration des impôts du Luxembourg servant normalement à sécuriser sur le plan juridique une opération (transfert du siège social, création d'une filiale,...), ont été détournés de leur fonction.

 

Les spécialistes de l'optimisation fiscale - notamment les célèbres cabinets d'audit, les Big4 -, ont ainsi transformé les tax rulings en accords fiscaux avantageux, qui permettent aux multinationales de dissocier le lieu réel de leur activité du lieu où elles vont déclarer leurs bénéfices et donc payer leurs impôts. Les tax rulings participent par conséquent de l'environnement favorable à l'implantation des multinationales qu'a souhaité créer le Luxembourg, qui n'est d'ailleurs pas le seul pays à proposer de tels accords, puisque la Suisse, les Pays-Bas et l'Irlande en font aussi une spécialité...

 

C'est dans ce contexte, qu'ATTAC Moselle, Basta et leurs partenaires m'ont invité à une soirée de débat et de soutien aux lanceurs d'alerte de l'affaire Luxleaks - dont l'un d'eux sera présent -, vendredi 17 juin à 20h au Grand grenier des Récollets à Metz. Entrée libre et gratuite, venez nombreux !

 

 

Cette soirée a également été annoncée par Mediapart et d'autres médias.

 

N.B : pour en savoir plus sur le lanceur d'alerte Raphaël Halet et les enjeux de son procès, vous pouvez consulter cet article du Quotidien luxembourgeois.

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 10:34

 

 

Après mes billets sur la rémunération des grands patrons, sur une initiative pour lutter contre le chômage, sur la segmentation des marchés financiers dans la zone euro, j'en reviens aujourd'hui à mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition (Ellipses). Écrit dans une langue simple, tous les concepts sont présentés de manière abordable, illustrés d’exemples et de schémas ! En neuf chapitres, il vous guidera dans les méandres de l’économie et vous apprendra à en décrypter le jargon.

 

Le Républicain Lorrain a publié dans ses colonnes une entrevue concernant la parution de mon livre :

 

 

[ Cliquer sur l'article pour l'agrandir ]

 

Ce livre s'adresse donc à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie, sans aucune connaissance préalable, et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 11:00

 

 

Au moment où la question du Brexit agite les esprits (j'en parlerai prochainement), peu nombreux sont ceux qui soulèvent le problème de la segmentation des marchés financiers à l'intérieur de la zone euro. Et pourtant, cette situation à des conséquences majeures sur l'économie européenne et sur la pérennité de la monnaie unique...

 

Qu'appelle-t-on segmentation des marchés financiers ?

 

Comme je l'explique dans mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition), la segmentation des marchés financiers dans la zone euro signifie que les capitaux privés circulent mal, voire pas du tout, entre les différents pays membres. Les marchés financiers sont donc segmentés par pays.

 

À quoi voit-on la segmentation des marchés ?

 

On peut affirmer qu'il y a segmentation des marchés financiers au sein de la zone euro depuis 2008 pour plusieurs raisons :

 

 * la détention de dettes publiques par les banques reste essentiellement domestique, c'est-à-dire que ces dernières logent dans leur portefeuille surtout des titres de dette de leur pays

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * les balances TARGET 2 restent importantes, ce qui équivaut à dire que les marchés interbancaires des pays de la zone euro sont désolidarisés

 

 

[ Source : BNP Paribas ]

 

 * les taux d'intérêt sur la dette publique ont beaucoup divergé avant l'intervention de la BCE (quantitative easing)

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Quelles sont les conséquences d'une telle segmentation ?

 

Une telle segmentation des marchés de capitaux rend la zone euro inefficace sur le plan économique, en ce sens qu'elle empêche l'épargne de s'investir dans les projets les plus rentables. Or, qui se souvient encore qu'il s'agissait là de la première raison qui présidait à la création de la monnaie unique ? Pour ceux que la technique intéresse, je fais ici référence aux critères de Mundell sur la pertinence et l'efficacité d'une union monétaire.

 

Bref, je suis en train de vous expliquer que la zone euro ne fonctionne plus ! Ce ne sera pas une surprise pour les lecteurs réguliers de ce blog, puisque j'ai déjà souvent expliqué les problèmes insolubles auxquels la zone euro fait face (liste loin d'être exhaustive) :

 

 * croissance et emploi en berne,

 

 * politiques d'austérité dont l'échec est patent, 

 

 * absence de coordination et de volonté fédérale,

 

 * mise en place d'une usine à gaz pour contrôler les banques,

 

 * utilisation de solutions non-démocratiques pour résoudre les crises, en particulier en Grèce

 

 * tolérance excessive à l'égard des déséquilibres macroéconomiques des uns et sanctions très lourdes contre les autres.

 

Pour en revenir à notre sujet, la segmentation des marchés financiers conduit à une divergence inévitable des taux d'intérêt à long terme des pays de la zone euro. Depis peu, comme le montre parfaitement le dernier graphique ci-dessus, les taux d'intérêt ont recommencé à converger à la faveur de l'action vigoureuse de la BCE (quantitative easing).

 

Mais dès que ce puissant aiguillon s'estompera en 2017 ou 2018, on peut craindre le pire d'autant que les économies européennes sont indubitablement très hétérogènes. À moins que l'on ne condamne la BCE à jouer les Sisyphe ad vitam aeternam, i.e. à poursuivre indéfiniment sa politique de rachat des dettes publiques afin d'en faire baisser les taux.

 

Une autre conséquence de la segmentation des marchés financiers, est qu'elle empêche de corriger l'excès d'épargne de l'Allemagne la zone euro et donc de relancer l'économie. En effet, à défaut d'espérer une improbable union fédérale avec transferts obligatoires ou un plan massif de relance en Allemagne, on ne peut amorcer de reprise durable de la zone euro qu'à la condition expresse d'investir l'excédent extérieur allemand dans le reste de la zone euro et non dans le Caucase...

 

Mais comment fait-on si la circulation des capitaux est quasi inexistante dans la zone euro, c'est-à-dire que les marchés financiers sont segmentés ?

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 11:16

Après mon passage sur TV8, j'ai été invité sur le plateau de TV Cristal pour évoquer la parution de mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition) et plus généralement le fonctionnement de l'économie.

 

Mon intervention, d'une durée de 18 minutes, est à voir gratuitement sur le site de TV Cristal en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]

 

Pour mémoire, mon livre s'adresse à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 10:36

 

À ceux qui affirmaient que "contre le chômage, tout a été essayé", un démenti vient d'être apporté par une nouvelle expérimentation appelée Territoires zéro chômeur de longue durée. Votée à l'unanimité en première lecture à l’Assemblée nationale et soutenu par le CESE, sa mise en oeuvre est prévue pour la rentrée 2016. Après vous avoir parlé de la rémunération des grands patrons précédemment, ce billet sera par conséquent l'occasion de revenir à la vraie vie en analysant les tenants et aboutissants de ce projet de lutte contre le chômage !

 

Le chômage de longue durée

 

Selon l'INSEE, un chômeur de longue durée est un actif sans emploi (ou en activité réduite selon les catégories B et C de Pôle Emploi) depuis plus d'un an. Et au-delà de deux ans, on parle même de chômage de très longue durée. Les derniers chiffres fournis par Pôle Emploi pour l'année 2015 font état d'une augmentation du nombre de chômeurs de longue durée de 9,5 % sur un an. Désormais, ils sont 2,466 millions, soit 45 % des inscrits !

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Si l'on adopte la définition de Pôle Emploi, qui appelle chômeur de longue durée toute personne inscrite sur les listes de Pôle Emploi au moins 12 mois au cours des 24 derniers mois, alors on obtient cette carte de France (du vide salarial) :

 

 

[ Source : Pôle Emploi ]

 

Quant à l'évolution du chômage de très longue durée, elle est proprement affolante :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Pourquoi le chômage de longue durée est-il un problème épineux ?

 

Quelle que soit la raison invoquée pour expliquer le chômage de longue durée (absence de diplôme, absence de qualification, localisation géographique, etc.), le phénomène tend évidemment à éloigner définitivement ces actifs de l'emploi. Et la destruction des emplois intermédiaires, conjuguée à un délirium tremens numérique, ne va qu'aggraver la situation...

 

Outre les conséquences que cela peut avoir sur la vie familiale et sociale de ces personnes (Freud ne disait-il pas que le travail est ce qui nous unit aux autres hommes ?), une étude américaine souligne les conséquences lourdes du chômage de longue durée sur la personnalité... De plus, un tel sous-emploi des forces vives du pays débouchera inévitablement sur une baisse de la croissance potentielle, cette dernière étant définie comme celle qui réalise le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main d'oeuvre disponibles.

 

Les initiatives actuelles du gouvernement

 

Face à ce constat d'aggravation du chômage de longue durée, François Hollande vient d'annoncer un plan d'urgence de lutte qui persiste dans les voies (de garage) classiques :

 

 * baisse des cotisations patronales sur les bas salaires (CICE) ;

 

 * renforcement du suivi par des agents Pôle Emploi déjà dépassé par le nombre de chômeurs ;

 

 * formations de 500 000 chômeurs en plus, alors même que le système de formation dans son état actuel (i.e. calamiteux) ne permet pas d'absorber de tels volumes à court terme ;

 

 * corollaire du point précédent, les formations viseront les secteurs du numérique, de la croissance verte et les secteurs traditionnels sous tension ; c'est toujours autant de chômeurs qui quitteront subrepticement la catégorie A pour s'en aller en catégorie D, invisible dans les statistiques mensuelles commentées par le gouvernement ;

 

* prime à l’embauche, sous conditions, de 2 000 euros par an pour les entreprises de moins de 250 salariés qui recrutent un salarié ;

 

 * renforcement des aides de Pôle emploi à la création d’entreprise (se mettre à son compte lorsque la demande est en berne, en voilà une idée lumineuse...)

 

 * plus grande ouverture du contrat de professionnalisation aux chômeurs et bien entendu aide à l'apprentissage après les cafouillages depuis 2 ans ;

 

J'avais par ailleurs analysé dans ce billet pourquoi la flexibilisation à outrance du marché du travail était une erreur.

 

Territoires zéro chômage de longue durée

 

Cette idée est née dans l'esprit de militants de l'insertion et se trouve désormais portée par ATD Quart Monde. Elle part du constat suivant, qui mérite réflexion :

 

"Le projet proposé par ATD Quart Monde s’inscrit dans un pays où les choix d’organisation économique permettent à une majeure partie de la population d’obtenir un emploi et de vivre dignement mais où, dans le même temps, ces choix privent durablement plusieurs millions de personnes d’emplois ou les contraignent à accepter des emplois précaires dans des conditions qui ne permettent pas une existence digne".

 

Bref, personne n'est inemployable, mais ce sont des choix d'organisation économique, faits volontairement par des gouvernements (c'est là le point nodal), qui expliquent la situation actuelle. Ces choix, pour faire simple, consistent essentiellement à laisser un certain capitalisme broyer l'économie réelle au profit d'une finance à qui on a laissé la bride sur le cou !

 

ATD Quart Monde affirme ainsi qu'il serait plus avantageux pour la société de réorienter l'argent dépensé pour compenser le chômage (selon leur étude, 15 000 euros par personne et par an), vers le financement des emplois manquants en assurant de bonnes conditions de travail. Ce faisant, elle rappelle un point que j'avais développé dans un précédent billet, où j'insistais sur le fait que le chômage n'est pas qu'un chiffre dont certains se servent pour occulter à dessein toutes les questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel.

 

En pratique, le projet d'ATD Quart Monde consiste à expérimenter pendant 5 ans la création d’emplois en CDI et payés au moins au SMIC, pour les chômeurs de longue durée qui seraient volontaires. Elle concernerait au départ 10 territoires et tous les entrepreneurs, qu’ils soient de statut public, associatifs ou à but lucratif :

 

 

[ Source : Courrier des Maires ]

 

La personne embauchée le sera donc en CDI, appelé "emploi-formation disponible, ce qui signifie :


• que l’emploi qui lui est proposé est conçu pour lui permettre de monter en compétences (transfert de savoir-faire par les collègues, mobilité entre différents postes de travail, formation externe…) ;


• qu’il reste disponible pour évoluer vers un emploi en entreprise « classique » et doit donc demeurer ouvert aux propositions qui pourraient lui être faites en ce sens..."

 

Les entreprises conventionnées, c'est-à-dire celles qui s’engagent à créer des conditions adaptées pour employer ces chômeurs, toucheront par conséquent une subvention pour compenser la moindre productivité du salarié embauché et la solvabilité faible des services ou produits qu’elles offrent. En effet, tout l'enjeu est de ne pas entrer en concurrence frontale avec des emplois existants, au risque évidemment de laminer les secteurs non subventionnés.

 

Il faudra donc cibler des emplois dont la rentabilité marchande n'est pas assurée, car "aucune concurrence déloyale n’est possible avec les produits existants, car ce serait en fin de compte une concurrence entre emplois" ! Ce pourrait même être un effet d'aubaine pour certaines entreprises ... La question sera alors de savoir comment se comporteront les entreprises conventionnées, lorsqu'un nouveau secteur prometteur se développera. Cela équivaut à se demander sous quelles conditions les entreprises privées accepteront de devenir partenaire du projet (cadre de la RSE, développement subventionné de nouvelles activités, etc.) et comment ne pas stigmatiser le chômeur.

 

Et afin de promouvoir le projet, recenser les personnes susceptibles d'en bénéficier, arbitrer les éventuels conflits de concurrence, etc., chaque territoire zéro chômage comportera un comité local de pilotage de l'expérimentation. Quoi qu'il en soit, il faudra un peu de temps avant de savoir si l'expérimentation est concluante.

 

Mais d'ores et déjà, malgré la qualité du projet, il faut garder à l'esprit qu'on vise 1 500 à 2 000 créations de postes dans cette première phase, où seuls l’État et les quelques collectivités volontaires citées ci-dessus abonderont le fonds (l'Unédic ne semble pas encore associer à ce stade de l'expérimentation). En outre, le bouclage du financement me semble un tantinet difficile à mettre en oeuvre, puisque les sources de financement sont très différentes, donc dépendantes de décideurs pas toujours enclins à dialoguer ensemble. Et après les 5 ans, le CDI s'arrête-t-il ? L'ancien chômeur devient-il un nouveau chômeur ?

 

En définitive, on ne peut que soutenir ce projet, car il part d'un constat juste, cherche à proposer de nouvelles solutions pour lutter contre le chômage et s'appuie sur une expérimentation qui viendra, ou non, en étayer la pertinence. Une chose est certaine : contre le chômage, tout n'a pas été essayé !

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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 13:52

 

 

Après avoir analysé la rémunération des grands patrons, je consacrerai ce nouveau billet à mon passage sur le plateau de TV8. J'y évoquais la parution de mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition), la question de la monnaie unique et enfin les ressorts de la croissance actuelle.

 

Mon intervention, d'une durée de 13 minutes, est à voir gratuitement sur le site de TV8 en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV8 ]

 

Pour mémoire, mon livre s'adresse à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 12:21

 

 

Dans la série rémunération astronomique des grands patrons, les épisodes su succèdent avec pour seule évolution le montant en millions d'euros. On est alors en droit de s'interroger sur le bien-fondé de tels montants au regard de la réalité économique vécue par l'immense majorité des salariés.

 

Les rémunérations des grands patrons en France

 

Commençons par fixer les idées en examinant le niveau (stratosphérique) des rémunérations des grands patrons en 2014 :

 

 

[ Source : Sud Ouest ]

 

Si on met ces montants en regard avec le SMIC, on obtient cette image à peine supportable :

 

 

[ Source : Capital ]

 

Comme le montre les chiffres, crise ou pas crise, la rémunération globale des patrons semble ne jamais s'ajuster à la situation économique réelle contrairement à celle des salariés qui se doit, d'après la vulgate néolibérale, d'être flexible pour permettre des gains de compétitivité. C'est qu'entre salaires fixes, avantages en tous genres, primes, actions gratuites (dont le régime fiscal a considérablement été assoupli par Macron...), stock-options et autres réjouissances, il devient plus facile de conserver le cap du million... Qui peut alors soutenir que les grands patrons sont rémunérés uniquement sur la base du risque et du talent plutôt que de la rente ?

 

 

[ Source : Capital ]

 

Les inégalités salariales

 

Commençons par rappeler la distribution des salaires en France afin de saisir le grave problème que ces inégalités formidables soulèvent :

 

 

Au niveau mondial, les écarts entre la rémunération moyenne des grands patrons et celle des salariés sont à un niveau difficilement explicable autrement que par la captation d'une rente :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Dans le concert d'incompréhension et de dénégation du problème (Carlos Ghosn pense ainsi être payé conformément à son talent et efforts, Tavares croit qu'il l'est en fonction des risques qu'il a pris et Franck Riboud affirme qu'il n'a rien demandé...), qui se souvient encore qu'à la fin du XIXe siècle, le célèbre banquier John Pierpont Morgan estimait qu'un écart de salaire maximum de 1 à 20 était raisonnable au sein d'une entreprise ? Henry Ford fixera quant à lui le ratio à 1 pour 40...

 

Les ratios actuels signifieraient-ils que les grands patrons ont tant besoin d'être rémunérés 1000 fois le salaire minimum ? Ou bien est-ce simplement la preuve qu'ils ont perdu toute forme de bon sens ? Lier la rémunération du patron à la création de valeur pour l'actionnaire (suivant la théorie de l'agence pour jargonner un peu) conduit depuis le tournant néolibéral des années 1980 à occulter les autres parties prenantes à la réussite de l'entreprise comme les salariés. Pire, cela ravale l'entreprise cotée en Bourse à une simple machine à cash pour actionnaires, souvent au détriment d'une vision de long terme !

 

De plus, l'idée de fixer la part variable de la rémunération du patron sur des indicateurs de productivité, pour intelligente qu'elle apparaisse, se révèle une ineptie si l'on garde à l'esprit que la productivité est liée à un ensemble de facteurs difficilement individualisables. Il s'agit donc d'une rente de productivité. Quant à l'argument d'un marché mondial du PDG qui fixerait selon une offre et une demande le niveau de rémunération d'équilibre, il est des plus fallacieux, puisque nombre de dirigeants doivent leur poste à l'État (qui fait encore l'ENA pour servir l'État ?) ou sont nommés à l'étranger en raison de leur carrière... à l'étranger !

 

Le pouvoir des actionnaires

 

Suite à la polémique liée au départ de Michel Combes, le patron d’Alcatel-Lucent qui devait initialement toucher près de 14 millions d'euros pour 10 000 emplois supprimés, le gouvernement évoquait la possibilité de plafonner légalement la rémunération des dirigeants d'entreprises privées comme c'est déjà le cas pour celles du public (450 000 euros brut par an).

 

Il est vrai que si l'on compte sur le code de bonne conduite de l'AFEP on risque fort d'attendre longtemps un changement de mentalité dans les comités de rémunération. Faut-il rappeler que dans le cas de Renault, le vote en AG de 54,12 % d'actionnaires contre la rémunération du PDG (qui touche par ailleurs aussi une rémunération faramineuse du groupe Nissan) a été littéralement piétiné par le comité qui, moins d'un quart d'heure après ce coup de semonce, a décidé de passer outre l'opinion exprimée par les actionnaires... en prenant appui sur le code de l'AFEP !

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

En effet, le vote des actionnaires n'est que consultatif en France, contrairement au Royaume-Uni où la lutte contre les fat cats (patrons gloutons) a débouché sur le say on pay qui donne le droit aux actionnaires de se prononcer de manière contraignante depuis 2013 (seulement !) sur la politique de rémunération tous les 3 ans et sur les indemnités de départ. Aux États-Unis le vote des actionnaires est comme en France consultatif pour les questions de rémunération du dirigeant, mais les comités ont plutôt une boule au ventre lorsqu'il s'agit de croiser le faire avec eux ! Ce qui n'a pas empêché le patron de BP de toucher ses 19,6 millions de dollars alors que l'entreprise est dans une marée noire après une perte de 6,5 milliards de dollars...

 

Il y a quelques jours, le gouvernement par le truchement d'Emmanuel Macron a ressorti des cartons la possibilité de légiférer pour plafonner la rémunération des dirigeants d'entreprises, après avoir mis en place des droits de vote doubles pour les actionnaires qui conservent leurs titres pendant au moins deux ans. Outre que cela risque fort d'être encore une fois une simple opération de communication politique, je m'attends à une temporisation du gouvernement français dans l'espoir que la directive européenne prévue en 2018 règle les problèmes (ou serve de bouc-émissaire).

 

Mais comment dire, le renforcement du pouvoir des actionnaires a déjà été brandi tant de fois à Bruxelles depuis 2014 notamment, que l'on se demande s'il n'y aurait pas un intérêt bien compris à se regarder en chiens de faïence puisque "pour que tout reste comme avant, il faut que tout change"... Pendant ce temps, les PME restent livrées à leur sort.

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 11:08

 

 

Dans ce précédent billet, je vous avais annoncé la parution de mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition). Sans aucun prérequis, ce livre vous offre la possibilité de comprendre le fonctionnement de l’économie en très peu de pages, mais avec de nombreux exemples ! En neuf chapitres, il vous guidera dans les méandres de l’économie et vous apprendra à en décrypter le jargon.

 

Pour en parler, j'ai été invité à l'émission Juste avant de zapper de Mirabelle TV. Mon intervention commence à la 44e minute environ et dure quelques minutes :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur Dailymotion ]

 

Ce livre s'adresse donc à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


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