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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 13:54

 

 

Le référendum constitutionnel en Italie a vu le non l'emporter à près de 60 %, ce qui a conduit le Président du conseil, Matteo Renzi, à démissionner. Mais derrière la question des institutions politiques, se cachait à l'évidence celle de la crise économique (et bancaire) qui secoue le pays.

 

Le référendum en Italie

 

Matteo Renzi s'était engagé à mener plusieurs réformes durant son mandat : celle du marché du travail, un changement de loi électoral et une modification du Sénat. En ce qui concerne le jobs act, la réforme est entrée en vigueur au début de l'année 2015 et a consisté notamment en une libéralisation comme en Espagne, ce qui passait entre autres par la création d'un CDI à protection croissante avec une période d'essai de trois ans. Bref, Mattéo Renzi a rejoué la célèbre partition du plus de précarité pour plus d'emplois, mais ceux qui pensent que ce fut une réussite en raison de la baisse du taux de chômage se trompent d'analyse...

 

Pour en revenir au référendum du 04 décembre, celui-ci avait pour objectif de mettre fin à une particularité du système politique institutionnel italien, qui laisse à la Chambre des députés et au Sénat le même pouvoir dans l'élaboration de la loi, ce que l'on appelle dans le jargon juridique le bicamérisme parfait. La réforme prévoyait par conséquent de modifier la composition et le rôle du Sénat, afin tout à la fois d'économiser les grasses indemnités des sénateurs, d'accélérer le travail parlementaire et éventuellement de donner un peu plus de stabilité au gouvernement italien.

 

Comme toujours, le référendum a pris des allures de plébiscite. Résultat : NON 60 % - OUI 40 %. Démission de Matteo Renzi.

 

Une période d'incertitudes

 

Bien que certains indicateurs macroéconomiques semblent s'améliorer, les citoyens italiens ressentent une dégradation (réelle) de leurs conditions de vie et de travail. C'est que la croissance à beau afficher un taux plus élevé que l'année dernière, cela ne se traduit pas en pouvoir d'achat supplémentaire ou en création massive d'emplois... Et les banques sont toujours dans un état catastrophique, que l'incertitude actuelle devrait encore aggraver. C'est précisément ce que j'ai cherché à expliquer dans une petite vidéo :

 


La crise en Italie par Economiste57

 

Après avoir visionné cette vidéo, le lecteur comprendra mieux pourquoi je suis atterré de lire que Pierre Moscovici et Jeroen Dijsselbloem considèrent l'économie italienne comme solide tout en réclamant à terme des privatisations et de l'austérité. Heureusement que l'Eurogroup a martelé que la stabilité de la zone euro n'était pas remise en cause par le résultat de ce référendum !

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 10:57

 

 

Mon précédent billet sur le choc libéral proposé par François Fillon a donné lieu à quelques passes d'armes intéressantes quoique souvent orientées politiquement. Aujourd'hui, je souhaite le compléter par quelques précisions supplémentaires sur la courbe de Laffer, cette vague idée selon laquelle "trop d'impôt tue l'impôt"...

 

La courbe de Laffer

 

Il s'agit d'une vague intuition, que certains historiens de la pensée économique font remonter au XIVe siècle, sur le lien entre taux d'imposition des ménages et montant des recettes fiscales perçues par l'État. Elle n'est au fond que la traduction du célèbre adage "trop d'impôt tue l'impôt", que l'on retrouve chez de nombreux auteurs économiques comme Adam Smith ou Jean-Baptiste Say. Mais c'est la schématisation en courbe en U inversée, donnée par Arthur Laffer à la fin des années 1970, qui rendit cette intuition médiatique :

 

 

Le retour de la courbe de Laffer dans les discours

 

Très simple à comprendre et suffisamment consensuelle pour attirer les électeurs de toutes obédiences, la courbe de Laffer figura dans de nombreux programmes politiques - mais de plus en plus souvent elle ne concernait que les impôts des entreprises - depuis le tournant néolibéral du début des années 1980. En particulier, Ronald Reagan en prit prétexte pour baisser la pression fiscale aux États-Unis dès le début de son mandat, avec pour résultat catastrophique une forte hausse du déficit public :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

On croyait alors la courbe de Laffer enterrée pour de bon, mais comme tout concept zombie elle n'a cessé de polluer les campagnes politiques suivantes tant aux États-Unis qu'en Europe. Et aujourd'hui on la retrouve d'une part chez François Fillon, qui veut mettre en place une baisse d'impôts et de cotisations sociales pour les entreprises tout en augmentant la TVA (ce qui n'est rien d'autre qu'une forme de TVA sociale à laquelle j'ai consacré un chapitre dans mon livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées), et d'autre part chez Donald Trump.

 

Dans les deux cas, la croyance est que l'on se trouve du côté droit de la courbe, c'est-à-dire que la pression fiscale est devenue dissuasive et pèse donc sur les rentrées fiscales de l'État. Dès lors, il suffirait de baisser la pression fiscale sur les entreprises pour que la relance de l'activité correspondante permette une augmentation des ressources fiscales de l'État. Autrement dit, le déficit public qui résulterait d'abord de la baisse du taux d'imposition serait entièrement compensé par les nouvelles recettes fiscales liées à la hausse de l'activité, ce qui revient à supposer que le multiplicateur budgétaire est très élevé, probablement le double de ce qu'il est actuellement...

 

Or, les études économiques sérieuses menées sur la question ne démontrent pas l'existence d'une telle courbe, ni d'un côté de l'Atlantique ni de l'autre. Pire, certaines montrent, à l'exemple de cet article célèbre de Blanchard et Leigh de 2013 concernant les multiplicateurs en temps de crise, qu'une baisse de la pression fiscale concomitante d'une baisse des dépenses publiques (et en France, si j'ai bien compris une baisse du traitement des fonctionnaires payés 37h pour 39h de travail, sic !) peut déboucher sur un double choc dépressif, l'un pour les finances publiques l'autre pour la consommation, les deux étant évidemment liés.

 

Bien entendu, si un gouvernement taxe les ménages ou les entreprises à 100 %, il n'est pas besoin de théorie très élaborée pour comprendre que cela débouchera sur un blocage de l'économie. Mais en réalité les choses sont loin d'être aussi simples que Laffer le pensait, comme le prouvent les taux marginaux d'imposition élevés pratiqués aux États-Unis jusqu'à la fin des années 1970, mais qui n'ont pas empêché les États-Unis de connaître la prospérité selon les critères habituels utilisés à l'époque (croissance quand tu nous tiens...) et d'être jalousés par les Européens (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : http://piketty.blog.lemonde.fr ]

 

En dernier ressort, j'ajouterai que si l'on n'y prend garde, la politique de baisse d'impôts conduira à un surplus de déficit public alors même qu'elle a été mise en oeuvre pour le réduire... La France fera alors la course à la déflation salariale et au moins-disant social, oubliant les leçons de l'histoire : déflation Laval en France, déflation Brüning en Allemagne !

 

Un choc libéral tardif

 

Pour finir, je reviens un instant sur les arguments esquissés dans mon précédent billet. En raison d'un zeste de soutien à la demande, certains pensent pouvoir affirmer que la politique économique selon Fillon n'est pas libérale. Mais Olivier Passet, dans une vidéo de synthèse publiée chez Xerfi où il est directeur des synthèses, explique avec brio pourquoi une telle politique libérale est à la fois anachronique, dangereuse et sans effet certain sur l'économie à long terme :

 

 

N.B : l'image de ce billet provient du blog https://prof2ses.wordpress.com/

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 12:27

 

 

La victoire de François Fillon lors de ce 1er tour de la primaire de droite est non seulement une surprise mais surtout un coup de pied dans la fourmilière du politiquement correct. En effet, à force de répéter qu'Alain Juppé gagnerait cette primaire et affronterait Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle en 2017, les médias ont omis que les sondages pouvaient être déjoués par la réalité comme aux États-Unis, comme au Royaume-Uni, comme en Colombie, comme...

 

Dans ce billet, je vais revenir sur une proposition qui semble faire consensus à droite (et curieusement aussi dans ce qui reste de Parti socialiste dans ce pays), à savoir réduire massivement la dépense publique dans le but d'abaisser le déficit public et la dette publique. Beaucoup de public donc dans cette proposition, qu'il va falloir examiner de près !

 

Les résultats surprenants du 1er tour

 

C'est peu dire que dimanche soir le grand perdant fut Nicolas Sarkozy et qu'Alain Juppé en est sorti sonné :

 

 

[ Source : Europe 1 ]

 

Les programmes des candidats à la primaire

 

J'ai trouvé une infographie sur Nice Matin qui résume à peu près l'essentiel du programme des uns et des autres (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Nice Matin ]

 

Si vous souhaitez connaître les détails des différents programmes, il vous suffit par exemple de consulter cette page du Figaro qui vous permet de créer votre petit comparateur personnalisé, ce que j'ai fait pour les besoins de ce billet.

 

Pour ma part, bien qu'il y ait tant à dire sur toutes les facettes des programmes, comme annoncé plus haut je vais me concentrer sur la réduction de la dépense publique et l'éternelle question de la dette publique. Voici ce que proposent les candidats, tout d'abord du côté des dépenses puis des recettes (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

 

[ Source : La Croix ]

 

Au total, la plupart des candidats proposent une baisse drastique des dépenses publiques, conjuguée assez curieusement à une baisse des recettes fiscales (abaissement du taux d'impôt sur les sociétés, des droits de succession, suppression de l'ISF, etc.). Bref, le cocktail idéal pour que le déficit public ne se réduise pas et que l'endettement public continue sa progression.

 

Pourquoi un tel programme est-il voué à l'échec ?

 

Rappelons tout d'abord que cette volonté de réduire drastiquement les dépenses publiques pour abaisser le déficit public sous les 3 % du PIB est l'alpha et l'oméga des politiques économiques européennes depuis au moins trois décennies, avec les résultats que l'on connaît et dont j'ai souvent rendu compte sur ce blog et dans un des chapitres de mon précédent livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées aux éditions Ellipses. J'avais même publié une tribune dans Le Monde pour alerter sur les conséquences de ce mauvais remède apporté à un mauvais diagnostic.

 

Hélas, je suis forcé de constater que nombreux sont encore les politiques persuadés que la crise est la résultante d'un endettement excessif des administrations publiques. D'où la multiplication des règles et autres corsetages imposés par l'ordolibéralisme allemand (TSCG, "six-pack", "two-pack", etc.), et repris comme un mantra par la majorité des dirigeants européens.

 

Pour résumer mon propos pour ceux qui n'auraient pas envie de lire mon livre ou les nombreux billets de blog que j'ai consacrés à la question, on peut dire que ces politiques de coupes drastiques dans les dépenses publiques procèdent d'une incompréhension du rôle de l'État dans le fonctionnement économique d'une nation. Il est en effet facile de répéter que les dépenses publiques représentent 57 % du PIB en France, ce qui place notre pays quasiment en tête du classement des pays européens selon ce critère.

 

Mais qui expliquera que ce niveau de dépense trouve son origine essentiellement dans des choix de société faits par un État qui demeure, qu'on le veuille ou non, jacobin ? Qui expliquera que les dépenses publiques correspondent moins à du fonctionnement (salaires, électricité, loyers, etc.) comme certains le laissent insidieusement penser, qu'à des dépenses au service de l'intérêt général (infrastructures, services publics, etc.) ? Qui expliquera que la différence entre fonctionnement et investissement n'est que très peu pertinente en comptabilité publique, en ce sens que le salaire d'une infirmière est comptabilisé en fonctionnement alors qu'il représente assurément un investissement ? Qui expliquera qu'une grande partie des dépenses de l'État sont des transferts vers d'autres agents économiques comme les collectivités (Dotations...) et que par conséquent, couper ces dépenses revient à condamner nos communes et nos départements à ne plus assurer leurs missions sociales dans le cadre de l'État providence ?

 

Alors bien sûr nul ne peut nier l'existence de dysfonctionnements à certains endroits, dans certains services. Mais on ne voit pas très bien comment les choses pourraient aller mieux avec 110 milliards de coupes budgétaires et 500 000 emplois publics en moins. En lieu et place d'une véritable réorganisation de la fonction publique et d'une mise à plat des missions poursuivies par l'État, le gouvernement à venir se contentera comme les autres de passer un coup de rabot sur les dépenses en espérant que cela réglera les problèmes... ce qui peut hélas améliorer les chiffres à très court terme et donner l'illusion d'une politique efficace.

 

Mais à long terme, horizon qui n'est jamais l'objet des discours politiques actuels, la réalité nous reviendra en pleine figure lorsque l'État aura été totalement désorganisé et sera dès lors incapable de remplir ses missions même régaliennes ! Et si cette politique du chiffre doit conduire à privatiser le système de santé pour faire baisser les dépenses de santé, je crains que les patients en paient le prix fort dans quelques années lorsque les objectifs de rentabilité, qui existent par ailleurs déjà dans les hôpitaux avec le résultat qu'on sait (pensez aux effets de la T2A...), seront la norme.

 

Enfin, le choix de baisser parallèlement les impôts des uns tout en augmentant la TVA pour tous (ce qui n'est rien d'autre qu'une forme de TVA sociale à laquelle j'ai consacré un chapitre dans mon livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, car cette TVA est un très vieux serpent de mer...) est curieux, car il revient à plomber la consommation au moment où elle commence déjà à tousser.

 

Mais j'imagine que dans les concepteurs de ce programme économique, on en est resté à la bonne vieille antienne "trop d'impôt tue l'impôt" qui préside à toutes ces mesures et qui n'a jamais fonctionné, même pas aux États-Unis sous Reagan, et que Trump a également sortie du formol. À l'arrivée, ce genre de politique s'achève en général par une augmentation du déficit public puis de la dette publique...

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

En définitive, c'est bien un choc libéral de grande ampleur que nous promet François Fillon (report de l'âge de la retraite à 65 ans, retour aux 39h dans la fonction publique, négociation du temps de travail dans le privé, 110 milliards de baisses de dépenses publiques, réduction des impôts sur les entreprises, révision des seuils sociaux, etc.) doublé d'un conservatisme sur les questions de société (universalité des allocations familiales, restriction pour la PMA, retour du récit national, etc.).

 

Certains évoquent même depuis quelques jours le côté thatchérien du programme économique de François Fillon. Mais qui se souvient encore qu'au mois de juin dernier les Britanniques ont rejeté le libéralisme en votant pour le Brexit ? Et qui se souvient encore que dès sa nomination au poste de Premier ministre, Theresa May a annoncé une politique industrielle interventionniste au Royaume-Uni à des années-lumière de celle de la Dame de fer ?

 

Mais je prends d'ores et déjà le pari qu'à la primaire de gauche, on entendra bon nombre de candidats répéter inlassablement le même catéchisme sur la nécessité de baisser les dépenses publiques...

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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 11:27

 

 

Après le grand succès de ma conférence d'hier soir à l'UPT de Forbach, je retourne à l'écriture pour vous proposer un article sur les États-Unis. En effet, si le Brexit au mois de juin fut un choc pour de nombreux commentateurs, voilà qu'un nouveau séisme politique vient de secouer planète mondialisation heureuse : Donald Trump va devenir le 45e président des États-Unis d'Amérique !

 

Qui est Donald Trump

 

Difficile de ne pas avoir un jour entendu parler des frasques de Donald Trump, tant elles sont nombreuses depuis trois décennies ! Mais plutôt qu'un long discours, voici un résumé en vidéo :

 

 

Un bref état des lieux économique aux États-Unis

 

Durant la campagne très acrimonieuse qui s'est déroulée aux États-Unis, les deux candidats ont fait assaut de propositions pour convaincre les électeurs qu'ils oeuvreraient en faveur des laissés-pour-compte de la première puissance mondiale. Il est vrai que le seul tableau suivant en dit long sur la mondialisation malheureuse que subit une immense majorité d'Américains (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Ce tableau nous montre en effet qu'une majorité d'Américains connaît une stagnation ou un recul du revenu réel depuis le début des années 1990. Pire, si on regarde le haut de la distribution, ce sont 85 % de la hausse des revenus entre 2009 et 2013 qui ont été captés par le 1 % les plus riches...

 

L'un dans l'autre, le taux de pauvreté mesuré par le Census Bureau atteint 15,5 % de la population en 2015, soit une augmentation de 2 points depuis 2013 ! Ainsi, le nombre d'Américains qui se nourrissent grâce aux bons alimentaires a quasiment doublé depuis le déclenchement de la crise pour atteindre 43 millions, soit 13 % de la population ! Quant aux inégalités de patrimoine elles sont criantes : 10 % des ménages détiennent près de 75 % du patrimoine américain !

 

De plus, à l'instar de ce qui est en train de se produire en Europe, les États-Unis font face à la destruction des emplois intermédiaires, que certains appellent aussi de manière évocatrice la malédiction des classes moyennes. Il s'agit en fait d'une disparition des emplois intermédiaires accompagnée d'une concentration des emplois aux extrémités (emplois peu qualifiés et emplois très qualifiés), c'est-à-dire à une bipolarisation du marché du travail, que le développement des outils numériques ne fait qu'accélérer. Vous avez dit american dream ? Je dirais plutôt chimère...

 

En ce qui concerne l'emploi dans le secteur manufacturier, qui traditionnellement offre des conditions de revenus bien meilleures, il est lui aussi en perte de vitesse depuis 20 ans même si la valeur ajoutée du secteur se maintient, comme le montre le graphique suivant :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

La désindustrialisation, que d'aucuns attribuent peut-être un peu vite à la concurrence des pays émergents (la Chine étant nommément visée par Trump), conduit quant à elle à un déficit commercial structurel :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et en ce qui concerne la dette publique, qui pèse désormais plus de 19 000 milliards de dollars, il reste du travail pour la faire baisser en pourcentage du PIB... Vous remarquerez au passage qu'en France, alors que le thème de la dette publique polluait les campagnes électorales précédentes, il ne semble plus être une priorité pour 2017.

 

 

[ Source : http://www.tradingeconomics.com ]

 

Face à un tel constat, une croissance assez soutenue et surtout un taux de chômage très faible (<5 % de la population active) apparaissent comme de beaux chiffres que les politiciens mettent en avant dans les médias, mais qui dissimulent de plus en plus mal la réalité vécue par tant de millions de ménages et d'entreprises.

 

Comment pourrait-il en être autrement lorsque sait que ce plein-emploi tant vanté est associé à un taux d’emploi (rapport entre les personnes en emploi et la population active) toujours inférieur à celui d'avant la crise et surtout à un taux de participation (rapport entre la population active et la population en âge de travailler) très bas, ce qui signifie que de nombreux travailleurs se découragent et quittent le marché de l'emploi. Et ceux qui ont encore un emploi témoignent année après année d'une peur grandissante du déclassement.

 

Rien d'étonnant donc à ce que lassés des promesses de vie meilleure qui ne dépassent jamais la rampe de lancement électorale, tant d'électeurs américains aient décidé de donner leur voix à Donald Trump, le candidat déclaré de l'anti-establishment.

 

Le programme global de campagne de Trump

 

[ Source : Ouest France ]

 

La démondialisation selon Trump

 

Au vu du bref état des lieux économique que nous avons fait ci-dessus, on comprend que la tentation protectionniste fut partie intégrante du programme de Donald Trump qui, à l'image d'Hillary Clinton, ne voit pas d'un bon oeil les actuelles négociations de traités commerciaux internationaux (TPP, TTIP). Avec son accession à la magistrature suprême et le pouvoir important dont dispose le président des États-Unis en matière de diplomatie et plus généralement dans les affaires extérieures au nom des intérêts stratégiques du pays, je pense que ces grands traités de libre-échange sont probablement condamnés.

 

Mais Trump compte aussi réviser l'ALENA, c'est-à-dire le traité de libre-échange signé en 1994 avec la Canada et le Mexique. Or, s'il est aujourd'hui bien documenté que l'ALENA est très loin d'avoir apporté les millions d'emplois promis à l'époque par Bill Clinton, il n'en demeure pas moins qu'une remise en cause de l'accord pourrait déstructurer les chaînes de production et de donc de valeur qui se sont développées entre ces trois pays.

 

Quoi qu'il en soit, renégocier des traités est une opération au long cours, qui risque de lui prendre tout son mandat... Peut-être cette prise de conscience des embûches qui l'attendent explique-t-elle son revirement sur le Traité climatique de Paris, lui qui s'était prononcé pour un abandon pur et simple des objectifs de réduction d'émissions de CO2 avant de se raviser.

 

Pour en revenir au commerce international, si le déficit extérieur vis-à-vis des pays émergents s'est aggravé depuis 20 ans, il ne s'agit pas non plus d'une dégradation abyssale, tant s'en faut ! Surtout, il faut remarquer qu'il y a une très faible substituabilité entre importations et production domestique aux États-Unis, car certaines industries n'existent tout simplement plus dans le pays. D'où la très mauvaise idée en l'état actuel des choses de pratiquer un protectionnisme trop fort ou une dépréciation exagérée du dollar, puisque cela n'aurait pour seul résultat concret que d'augmenter le prix des importations et donc d'amputer le pouvoir d'achat déjà passablement écorné des ménages américains et partant la croissance des États-Unis. C'est pourtant un point cardinal des trumponomics !

 

Quant à l'immigration, que Donald Trump voue aux gémonies au point d'évoquer la construction d'un mur entre son pays et le Mexique, celle-ci est en effet très importante mais toutes les études confirment qu'elle contribue substantiellement à la croissance :

 

 

[ Source : Population survey ]

 

Les mesures fiscales de Trump

 

Un petit résumé du programme économique encore très flou de Trump en image, mélange peu subtil de courbe de Laffer, de théorie keynésienne et de beaucoup d'incantations :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

La fiscalité plus indubitablement un des thèmes phares de sa campagne avec les questions étrangères. Dans son programme de campagne, il proposait une baisse d'impôt généralisée de 4 400 milliards de dollars sur dix ans :

 

 * pour les ménages : suppression de l'impôt pour la tranche basse, trois tranches d'imposition au lieu de 7, diminution du taux d’imposition marginal de 39,6 % à 33 %, suppression de l’impôt sur les successions, réduction de la taxation des plus-values mobilières, réductions d'impôts ciblées, etc.

 

 * pour les entreprises : taux d'IS ramené de 35 à 15 %, clémence pour les fonds rapatrier depuis les paradis fiscaux et l'étranger qui ne seraient taxés qu'à 10 %,

 

J'imagine la tête du déficit public et de la dette publique à mi-mandat, et je ne pense pas m'avancer trop en affirmant que Trump risque de déchanter de ce côté comme Reagan avant lui.

 

Conjugué à cette baisse massive d'impôts, Trump souhaite également lancer un vaste programme de relance keynésienne en construisant ou rénovant des infrastructures à hauteur de 1 000 milliards de dollars sur dix ans, financées par des partenariats public-privé et des investissements privés obtenus par incitation fiscale. Les dépenses publiques seraient également abaissées, à l'exception des programmes militaires et sociaux. Quant à la Sécurité sociale voulue et obtenue de haute lutte par Obama, il semble qu'elle vit ses dernières heures, car Trump a annoncé vouloir supprimer au plus vite l'Obamacare, pour revenir à un système privé subventionné par l'État. À moins qu'il ne se contente de "l'amender" pour reprendre ses dernières déclarations à ce sujet...

 

Et contrairement à ce que certains médias laissaient penser, il n'y a pas eu de tempête sur les marchés financiers. Comment pourrait-il en être autrement, puisque Donald Trump est un pur produit du capitalisme débridé aux États-Unis, qui a même évoqué la remise en cause de la régulation financière - la célèbre loi Dodd-Frank dont j'avais parlé dans ce billet - pourtant bâtie à grand-peine depuis la crise des subprimes ? À défaut de croissance durable bâtie sur l'industrie et un salariat traité avec dignité, Trump propose le retour au dangereux modèle de croissance par la dérégulation financière et l'endettement, qui a conduit à la grande récession de 2008.

 

Au reste, même la Banque centrale américaine (Fed) redoute Trump, qui pourrait remettre partiellement en cause son indépendance par un changement de statuts ou à tout le moins une réduction de ses marges de manoeuvre dans la conduite de la politique monétaire.

 

Et si tout simplement les problèmes économiques des États-Unis venaient des États-Unis ? En effet, les salariés sont peu protégés aux États-Unis et ont donc peu de pouvoir dans les négociations salariales (d'où la stagnation des revenus vue plus haut), la formation universitaire devient hors prix, la précarisation (flexibilité ?) de l'emploi gagne du terrain mais s'appelle encore progrès pour certains, etc.

 

Mais à force d'avoir vanté les mérites d'une mondialisation qui a pourtant fait tant de perdants dans la classe moyenne, et après une crise terrible en 2008 due à la libéralisation des marchés financiers qui aura surtout permis à une infime minorité de se remplir les poches en laissant à l'immense majorité le droit de déblayer les cendres, on ne peut reprocher aux électeurs américains d'avoir crié dans les urnes leur volonté de changement, que les élites sourdent n'entendent plus !

 

En définitive, c'est une période d'incertitude majeure qui s'ouvre en économie, d'autant que les Républicains détiennent désormais toutes les clés du pouvoir depuis la Maison blanche jusqu'au Congrès...

 

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 12:53

 

Dans mon précédent billet, je vous avais annoncé ma conférence qui aura lieu à l'UPT de Forbach ce mardi 15 novembre à 19h. Le Républicain Lorrain vient par ailleurs de l'annoncer dans ses colonnes :

 

 

Cette conférence ne nécessite aucune connaissance préalable et s’adresse à tous. De nombreux points seront abordés sans langue de bois, comme le Brexit, le fédéralisme européen, la crise migratoire, l’aveuglement des élites, l’extrême fragilité du système bancaire, le chômage, etc.

 

L’entrée est fixée à 5€ pour les personnes non inscrites au cycle de conférences économiques de l’UPT.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 16:20

 

 

Dans la série l'Union européenne se porte mal, j'ai rédigé récemment de nombreux billets : l'absence de circulation des capitaux entre pays de la zone euro, les scandales en cascade à la Commission, la crise bancaire imminente, la réalité du travail détaché au sein de l'UE et les conséquences du passage à une économie de service. Et je les complète par une conférence-débat qui aura lieu à l'UPT de Forbach, le mardi 15 novembre à 19h.


En effet, il apparaît désormais clairement que l’Union européenne est au bord du gouffre, et le référendum au Royaume-Uni aura surtout mis en lumière les fractures économiques, sociales et politiques qui n’ont cessé de s’amplifier depuis une décennie au sein de l’Europe : chômage endémique dans certains pays mais précarisation de l’emploi pour tous, évasion fiscale pour les uns et hausse des impôts pour les autres, concurrence qui loin d’être saine prend désormais la forme d’une compétition à mort entre les entreprises et même les États, etc.

 

L’Europe économique, à défaut d’être politique, semble donc dans l’incapacité de répondre aux principales préoccupations des citoyens. D’où la multiplication des discours lénifiants notamment sur la mondialisation heureuse, le vivre-ensemble, le multiculturalisme et la nécessité d’être compétitif pour sauver des emplois, qui sont autant de moyens de cacher temporairement une réalité dérangeante et une crise imminente.

 

C’est précisément pour analyser ces problèmes politiques, économiques et sociaux que l’Europe n’ose plus regarder en face, que je propose une conférence grand public à l’Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach, le mardi 15 novembre à 19h, intitulée L’Europe est-elle assise sur une bombe à retardement ? De nombreux points seront abordés sans langue de bois, comme le Brexit, le fédéralisme européen, la crise migratoire, l’aveuglement des élites, l’extrême fragilité du système bancaire, le chômage, etc.

[ Clique-droit sur l'affiche puis "afficher" pour agrandir ]

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. Toutes les questions seront les bienvenues à la suite de la présentation. L’entrée est fixée à 5€ pour les personnes non inscrites au cycle de conférences économiques de l’UPT.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 13:24

 

 

Après toute une série de billets sur l'Union européenne (banques, scandales, travailleurs détachés, etc.) et avant d'en publier un prochainement sur les difficultés de fonctionnement de la zone euro en particulier, j'ai souhaité faire un détour par un pays réputé libéral par le patron du MEDEF... En effet, dans un ancien billet sur la Chine, j'avais conclu que nous faisons face à un changement fondamental dans le fonctionnement du système monétaire international tel que nous l'avons connu depuis 20 ans. Et j'avais promis d'y revenir dans le cadre d'un prochain billet, ce que j'honore aujourd'hui !

 

Le système monétaire international avant la crise

 

Du début des années 1990 à 2008, le système monétaire international se caractérisait par les éléments suivants :

 

 * des flux de capitaux de long terme en provenance des pays de l’OCDE et à destination des émergents (Chine incluse), en raison de la forte rentabilité du capital et d'un faible coût salarial unitaire ;

 

 * une balance commerciale largement et structurellement excédentaire dans les pays émergents ;

 

 * une accumulation massive de réserves de change par les pays émergents, pour éviter l'appréciation trop importante de leur monnaie. Comme rappelé dans ce billet, le plus souvent, en fait de devises, ce sont plutôt des titres en devises (essentiellement des bons et obligations du Trésor) qui constituent les avoirs de réserve. Ces réserves de change permettent alors aux Banques centrales d'intervenir sur le marché des changes afin de réguler les taux de change, et de maintenir la confiance dans leur monnaie. Le montant des réserves de change dépend des flux de capitaux et du solde de la balance courante. On obtient donc l'identité suivante :

 

 

* ces importantes réserves de change conduisent à l’accroissement de la liquidité mondiale et à des achats massifs d'obligations publiques libellés en dollars et en euros, principales monnaies de réserve.

 

Ce système monétaire international était favorable à la croissance mondiale, puisqu'il permettait une accumulation de capital dans des régions du monde à fort déficit et où les opportunités d'investissement étaient fortes.

 

Accessoirement, si l'on prend l'exemple de la Chine qui est très parlant, pendant 20 ans la Banque centrale chinoise recyclait l'énorme excédent extérieur de la Chine et les entrées de capitaux en achetant des actifs étrangers qui venaient donc grossir le montant des réserves de change. Parallèlement, ces achats de titres permettaient de financer les déficits publics aux États-Unis et en Europe !

 

Le nouveau système monétaire international

 

Mais depuis quelques années, on assiste à une dégradation de la situation économique des émergents (en raison notamment des multiples goulets d'étranglement au niveau de l'offre) et de la Chine (en raison de la dégradation de la compétitivité-coût et de la nécessité de changer de modèle économique).

 

Cela a débouché sur d'importantes sorties de capitaux à long terme, qui l’emportent sur les excédents extérieurs des pays, d'où une baisse des réserves de change. En effet, les autorités, en régime de changes quasi fixes, se servent des réserves de change pour stabiliser leur monnaie. Pendant 20 ans, elles ont cherché à empêcher l'appréciation du Renminbi, puisqu'il y avait des entrées massives de capitaux dans le pays ; mais depuis peu, les sorties de capitaux les conduisent à lutter contre une dépréciation.

 

Ainsi, les Banques centrales des émergents et de Chine ont cessé de facto de contribuer à l’accroissement de la liquidité mondiale, ce qui signifie aussi qu'elles n'achètent plus de titres de la dette des pays de l'OCDE, donc qu'elles ne financeront plus les futurs déficits publics des pays de l'OCDE (États-Unis, zone euro, etc.).

 

En définitive, ai-je besoin de vous dire que la croissance mondiale, après avoir carburé pendant deux décennies à l'endettement international, va subir un choc terrible suite au changement de système monétaire international que nous venons d'examiner ?

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article d'Economie Matin.

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 18:49

 

Cet ouvrage collectif est destiné aux étudiants préparant le concours commun d'entrée aux IEP. Composé de 504 pages et de 150 fiches, il permet une préparation efficace à l'épreuve de questions contemporaines du concours (durée : 3h, coefficient 3, dissertation sur un sujet à choisir parmi deux), dont les thèmes pour 2017 sont la sécurité et la mémoire.

 

Rappelons que celle-ci évalue la connaissance, la capacité à analyser et à argumenter sur les grands thèmes et débats inscrits dans l'actualité des années récentes. Le candidat doit dès lors mobiliser une palette de savoirs variés : économie, histoire, science politique, géographie, philosophie, actualité des sciences et techniques..., pour traiter des grandes problématiques actuelles.

 

Dans cette perspective, nous avons été nombreux (enseignants en classes préparatoires, responsables de formation IEP et universitaires spécialistes du thème) à nous réunir pour concevoir des dissertations et fiches de lecture/synthèse pour une préparation optimale des candidats à l'épreuve. Pour ma part, j'ai apporté la contribution suivante : L'intelligence économique et la sécurité des entreprises.

 

Ce livre peut être utilement complété par les autres ouvrages de la même collection et par mes livres, notamment Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition et Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, toujours aux éditions Ellipses.

 

Cet ouvrage de préparation au concours IEP peut être acheté dans toutes les bonnes librairies et en ligne :

 

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 11:07

 

 

Dans la série l'Union européenne se porte mal, j'ai rédigé récemment les billets suivants : les scandales en cascade à la Commission, la crise bancaire imminente, la réalité du travail détaché au sein de l'UE et les conséquences du passage à une économie de service. Aujourd'hui, pour compléter le tableau, je vous propose un billet sur un problème majeur de la zone euro, qui reste pourtant méconnu : la disparition de la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro, depuis le déclenchement de la crise en 2008...

 

Qu'appelle-t-on segmentation des marchés financiers ?

 

Comme je l'explique dans mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition), lorsque les capitaux privés circulent mal voire pas du tout entre les différents pays membres, les économistes parlent de segmentation des marchés financiers dans la zone euro, ce qui est précisément l'objet de ce billet.

 

Les outils du diagnostic

 

Le déclenchement de la crise en 2008 a conduit à une méfiance (défiance ?) généralisée des institutions bancaires, puisque chacune ignore la qualité réelle du bilan de la concurrente. D'où la segmentation du marché interbancaire, qui se voit à l’ouverture des positions Target 2 (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : BCE ]

 

Pire, les pays avec de forts excédents extérieurs comme l'Allemagne ne prêtent plus aux pays de l'UE qui ont un déficit extérieur, préférant faire profiter des pays hors UE de leur manne financière.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Enfin, dernière manifestation de l'absence de mobilité des capitaux entre pays de la zone euro, c'est le large biais domestique des banques dans l'investissement. En effet, comme le montre le tableau ci-dessous issu des stress tests auxquels elles ont été soumises au mois de juin 2016, les banques de la zone euro investissent essentiellement dans les titres publics de leurs pays (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : ABE ]

 

Les conséquences de la disparition de la mobilité des capitaux

 

Une telle segmentation des marchés de capitaux (=disparition de la mobilité des capitaux entre pays) rend la zone euro inefficace sur le plan économique, en ce sens qu'elle empêche l'épargne de s'investir dans les projets les plus rentables. Or, qui se souvient encore que c'est justement pour profiter des avantages d'un grand marché sans risque de change que la monnaie unique fut créée ? Autrement dit, pour ceux qui s'intéressent aux fondements théoriques de l'analyse économique, dorénavant plus aucun critère de Mundell sur la pertinence et l'efficacité d'une union monétaire n'est rempli... Une vraie réussite en somme !

 

Or, s'il y a absence de mobilité des capitaux au sein de la zone euro, alors on doit s'attendre à une divergence inévitable des taux d'intérêt à long terme des pays de la zone euro, même si actuellement l'action vigoureuse de la BCE (quantitative easing) a permis de faire converger artificiellement certains taux souverains. Mais qu'en sera-t-il lorsque ce puissant viatique s'estompera en 2017 ou 2018 ?

 

Bien entendu, avec une telle segmentation des marchés financiers européens, les pays qui font face à un déficit extérieur n'ont guère d'autre choix que d'équilibrer brutalement leur balance courante par une dévaluation interne, au prix hélas d'une récession comme je l'ai notamment expliqué dans ce billet. Le corollaire est qu'il devient impossible de corriger l'excès d'épargne de la zone euro et donc de relancer l'économie, puisque l'excédent extérieur allemand ou néerlandais n'est plus investi chez les voisins européens mais chez des partenaires hors UE.

 

Comment rétablir la mobilité des capitaux au sein de la zone euro ?

 

À ce stade de mon billet, il devient clair que le seul moyen de relancer la circulation des capitaux entre les pays de la zone euro est de redonner confiance aux agents économiques et en particulier à ceux du secteur bancaire. Malheureusement la confiance ne se décrète pas, même si l'Agence Bancaire Européenne multiplie les stress tests pour nous (r)assurer d'une probable solidité bancaire dont j'ai déjà dis un (gros) mot ici.

 

C'est pourquoi, certains pensent qu'il faudrait d'abord nettoyer les écuries d'Augias que constituent les bilans bancaires, car l'économie européenne est surtout financée par le système bancaire. Or, la part des créances douteuses et litigieuses (=prêts non performants en franglais) dans les bilans bancaires atteignant désormais 18 % en Italie, 12 % au Portugal et 34 % en Grèce, qui sera l'Hercule capable d'effectuer ce travail sans doucher les épargnants et sans faire la quête auprès des États (solution du reste "interdite" depuis la mise en place de l'Union bancaire) ?

 

Une autre réponse à ce problème serait la mutualisation des investissements dans la zone euro ou même dans toute l'Union européenne. C'est évidemment ce qui était recherché avec le plan Juncker. Mais force est de constater qu'il est bien difficile de trouver des projets intéressants et rentables par les temps qui courent, et que très peu d'entre eux concernent les pays périphériques de l'UE qui ont pourtant tant besoin d'investissements ! En même temps, soyons réalistes : quel investisseur privé, à l'exclusion du spéculateur-charognard, est assez fou pour placer de l'argent dans un État en grande difficulté financière comme la Grèce ? Et ce d'autant plus qu'en ce qui concerne la Grèce, le FMI a quitté un navire sans capitaine et sans cap qui coule inexorablement...

 

En définitive, ce problème s'apparente très vite à la quadrature du cercle pour ne pas dire au cercle vicieux, en ce sens que pour remettre en marche la circulation des capitaux dans la zone euro il faudrait avant tout que les agents économiques se refassent confiance, alors même que la situation économique les incite encore plus à la défiance et au repli sur soi...

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 11:31

 

 

J'ai souvent écrit, en particulier sur mon blog, sur les problèmes que soulève la désindustrialisation, que certains dirigeants appelaient pourtant de leurs voeux à l'orée des années 2000. Ne boudons donc pas notre plaisir et citons ces grands visionnaires, qui nous ont mis la tête dans le sable.

 

La palme (de quoi ?) revient bien entendu à Serge Tchuruk, patron d'Alcatel en 2001, qui popularisa le terme fabless pour désigner l'entreprise sans usine ! L'idée était alors, et elle semble toujours l'être dans la tête de certains patrons, d'abandonner les segments de la chaîne de valeur qui rapportent peu de marge et de se concentrer sur ceux à haute valeur ajoutée. Autrement dit, exit les usines de production et bienvenue dans le monde de la recherche-développement. Sauf que... au même moment les géants de l'électronique en Corée du Sud (Samsung, LG, etc.) faisaient le pari inverse et conservaient leurs usines à proximité du siège social. Et devenez qui domine aujourd'hui au niveau mondial ?

 

Ce billet sera ainsi consacré à l'analyse des conséquences du passage de l’économie mondiale à une économie de services, qui trop souvent ont été sous-estimées.

 

Vers une économie (monde) de service

 

Ce passage de l'économie mondiale à une économie de services a commencé il y a déjà trois décennies, mais s'est accéléré avec la crise de 2008 :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Bien entendu, ce constat est également vrai à l'échelle de la France où de profonds changements sont intervenus dans la structure de l'emploi :

 

Emploi total par secteur

 

[ Source : INSEE ]

 

Complétons ensuite par l'évolution de l'emploi entre 1982 et 2002 en France :

 

 

[ Source : Dares ]

 

Ces graphiques nous permettent de conclure que les trente dernières années ont été marquées par une tertiarisation de l'économie, c'est-à-dire un recul du poids de l'industrie au profit des services.

 

Les conséquences d'un passage à une économie de services

 

1) Tout d'abord, lorsqu'une telle évolution est mal anticipée - ce qui est peu ou prou le cas de toutes les mutations - , les capacités de production industrielles deviennent très vite largement excédentaires par rapport à une demande qui s'amenuise. Cela débouche sur une chute des prix industriels et une baisse de l'investissement dans ce secteur, donc très probablement sur une baisse globale de l'investissement puisque le secteur industriel investit en général bien plus que les services. 

 

Ensuite, le prix des matières premières employées dans l'industrie va lui aussi connaître une baisse si l'industrie n'investit plus autant que par le passé. La chute des prix du pétrole, de l'acier et d'autres matières premières qui étaient injectées encore naguère en grande quantité dans l'antre du monstre industriel chinois, sont évidemment des cas d'école...

 

Bien entendu, les profits industriels risquent rapidement de décroître et de conduire à du chômage supplémentaire, doublé ou non d'une délocalisation des derniers sites de production vers les pays à bas coûts (Vietnam, Indonésie, Philippines, Thailande, éventuellement PECO), nouveaux réservoirs d'esclaves après la Chine devenue trop chère.

 

2) L'affaiblissement du commerce mondial, s'il résulte de nombreux facteurs, doit cependant beaucoup au fait que les échanges de services sont de beaucoup plus petite taille que les échanges de biens.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Le passage à une économie de services n'est donc pas une bonne nouvelle pour le commerce mondial et encore moins pour les pays qui ont misé leur croissance sur les exportations (Allemagne, Japon, Australie,...). On peut aussi craindre la fin de la corrélation entre les cycles économiques des différentes régions du monde, qui était justement assurée par les échanges internationaux.

 

Pour le dire simplement, jusqu'à présent, lorsqu'une région du monde souhaitait sortir d'une crise elle pouvait s'appuyer sur les importations d'une autre région dynamique du monde, ce qui lui permettait de relancer son économie en favorisant les exportations. Mais le passage à une croissance domestique remet tout en cause.

 

3) L'évolution que nous venons de décrire va certainement amplifier le phénomène de bipolarisation de l'emploi dont j'avais déjà parlé dans ce billet. Il s'agit, pour le dire clairement, d'une disparition des emplois intermédiaires et d'une concentration aux extrémités (emplois peu qualifiés et emplois très qualifiés).

 

On peut alors craindre que cette disparition des emplois à qualification intermédiaire conduise à un recul de la productivité globale et, en tout état de cause, à une faible progression des gains de productivité. Or, comme la croissance dépend à long terme de la productivité par tête et de la croissance future de la population active, on en déduit par conséquent que cette évolution de la structure de l'emploi débouchera sur une baisse de la croissance de long terme.

 

Ce phénomène soulève aussi le problème de l'augmentation des inégalités de revenus, qui ne sont rentrées dans le radar de la politique économique que depuis quelques mois, alors qu'elles deviennent insupportables si on en juge par les nombreuses revendications et manifestations dans la plupart des pays développés. Et l'ubérisation de l'économie ne va rien arranger, puisqu'on s'achemine vers des emplois peu protégés et mal rémunérés, qui achèveront à terme le concept de classe moyenne ! Seul point positif, ces entreprises du monde numérique feront des bénéfices mirobolants et n'auront pas à s'inquiéter des revendications salariales, qui avaient permis jusqu'à présent à la société humaine de ne pas imploser...

 

Et pendant ce temps, les dirigeants européens, cependant qu'ils soutiennent sans réserve la numérisation du monde, pratiquent l'incantation en espérant que cela suffira à sauver une industrie qu'ils laissent par ailleurs soumise aux vents mauvais de la concurrence à outrance. Allez comprendre...

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