Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les mécanismes de l'économie 2

50 idées reçues déchiffrées

Mieux comprendre l'économie

Économie BTS

100% BTS

Les grands débats économiques

Les grands débats économiques actuels

La grande saignée économique

grande-saignee-economique couv

Comprendre la dette

dette2

Dictionnaire révolté d'économie

Les mécanismes de l'économie

Gds Mecas eco

Le capitalisme en clair

Les marchés financiers en clair

Concours commun IEP 2017

Concours commun IEP 2016

Concours commun IEP 2015

Mondialisation-IEP.jpg

Concours commun IEP 2014

Travail et culture

Concours commun IEP 2011

63548

Concours commun IEP 2010

iep

Recherche

24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 12:45

 

 

Dans un précédent billet, j'avais évoqué les dangers liés à l'énorme excédent extérieur de la zone euro. Il faisait suite à plusieurs autres billets : le danger de la hausse des taux d'intérêt, l'absence de circulation des capitaux entre pays de la zone euro, les scandales en cascade à la Commission, la crise bancaire en Italie, la réalité du travail détaché au sein de l'UE, les conséquences du passage à une économie de service, une sortie de l'euro est-elle possible ?, la crise grecque, etc.

 

Aujourd'hui, nous allons nous intéresser aux problèmes de compétitivité-coût des pays membres de la zone euro et voir que ceux-ci ne peuvent être corrigés que très partiellement, et encore au prix d'une casse sociale massive...

 

La compétitivité-coût des pays

 

Bien entendu, la compétitivité d'un pays (notion au demeurant délicate à définir) ne dépend pas que des coûts, mais ces derniers en constituent tout de même une part importante dans une économie de marché. C'est pourquoi, l'indicateur le plus souvent retenu est le coût salarial unitaire (coût salarial par unité produite) :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Le problème est évidemment grave lorsque des pays ont des niveaux de gamme de production proches mais des coûts de production divergents. C'est hélas ce qui se passe pour la France, l'Italie et l'Espagne...

 

Comment corriger les différentiels de compétitivité-coût au sein de la zone euro ?

 

Avant la mise en place de la monnaie unique, les problèmes de compétitivité-coût pouvaient se régler par un mécanisme de marché simple : le taux de change. Mais depuis, puisque par définition toute dévaluation monétaire est impossible, les gouvernements utilisent d'autres moyens :

 

 * la dévaluation interne : également appelée ajustement nominal, elle consiste en une baisse de coûts salariaux et des prix dans le but d'améliorer la compétitivité d'un pays. Selon la théorie, comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et la compétitivité s'améliore à l'export. Mais, ce remède de cheval, contrairement aux attentes, conduit le plus souvent à l'effondrement de la demande des ménages en raison de la baisse des salaires réels. Cela débouche alors sur une compression de l'activité à court terme et donc sur une hausse du chômage.

 

 * la dévaluation fiscale : il s'agit d'une substitution d'impôt censée produire les mêmes effets qu'une dévaluation monétaire. On pense notamment à la TVA sociale (qui n'a de social que le nom), qui consiste à basculer sur la TVA une partie des cotisations sociales patronales, de sorte que la TVA augmenterait et le coût du travail baisserait. Ainsi, les prix de la production hors taxes et les prix des exportations baisseraient, tandis que les prix des importations augmenteraient en raison de la hausse de TVA qui pèseraient sur les produits importés. En théorie, cela serait donc équivalent à une dévaluation monétaire : hausse du prix des importations et baisse du prix des exportations. Enfin sur le papier, parce qu'en pratique le pouvoir d'achat souffre lorsque la TVA augmente, car les vases communicants ne fonctionnent jamais aussi parfaitement...

 

Et lorsqu'il ne reste plus aucune solution et que le pays s'enfonce dans la crise économique et sociale, la sortie de l'euro reste l'ultime viatique, malgré ses conséquences potentiellement graves. En effet, le poids de la dette extérieure brute en euros deviendrait colossal et parallèlement il y aurait des pertes massives en capital pour les prêteurs des autres pays. Pour sûr, la zone euro serait alors soumise à une incertitude gigantesque et livrée à la spéculation des marchés financiers, ce qui pourrait être autoréalisateur en ce sens que si les opérateurs de marché anticipaient une sortie d'un autre État de la zone euro, alors les taux d’intérêt souverains augmenteraient et rendraient l'équilibre budgétaire très compliqué jusqu'au point où le gouvernement n'aurait d'autre choix que de quitter lui aussi la zone euro. Mais face à la crise, la fonction première d'un gouvernant c'est aussi de se rendre compte des impasses et d'en tirer les conclusions qui s'imposent...

 

Bien entendu, l'idéal, comme je le proposais déjà dans ce billet par exemple, serait une sortie ordonnée de l'euro avant qu'elle n'arrive par la force des choses, comme l'explique avec brio Jacques Sapir ou plus récemment Joseph Stiglitz. Personne ne nie qu'une  telle solution aurait des conséquences négatives notamment en matière d'inflation et de taux d'intérêt, mais elle constitue en l'état des lieux la seule solution crédible à mes yeux pour reprendre notre destin européen en main. Le chemin sera difficile, mais l'enjeu est de redonner du souffle aux économies meurtries par le carcan monétaire en imaginant peut-être une monnaie commune en substitution à la monnaie unique. 

 

Hélas, nous vivons dans un monde où l'immobilisme le dispute au conformisme, tout en donnant l'illusion du changement. Dès lors, lorsque vous ne proposez pas de solution, on vous taxe de Cassandre, et lorsque vous en faites, on vous déclare fou à lier ! On s'achemine par conséquent vers le pire alors que le meilleur est encore à (re)construire...

Partager cet article

Repost 0
10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 11:04

 

 

Je sais que l'été n'est pas propice à la réflexion sur les nuages noirs, mais il me semble important de poursuivre mes analyses, même si c'est à un rythme un peu moins élevé pour me donner le temps d'écrire un nouveau livre grand public. Pourtant, dans la torpeur estivale, l'actualité économique continue à bouillonner partout en Europe, des banques faisant même faillite en Italie. J'ai déjà eu l'occasion de vous parler du danger que pourrait représenter une hausse des taux d'intérêt à long terme sur la solvabilité des États. Aujourd'hui, je vous propose d'examiner plus en détail l'énorme excédent extérieur de la zone euro qui, s'il fait plaisir à certains commentateurs patentés, inquiète la majorité des économistes.

 

Le constat

 

Tout est résumé par ce graphique :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Ainsi, depuis 2008, la zone euro semble connaître un excédent courant structurel. Dans un précédent billet sur le modèle économique allemand, j'avais par ailleurs montré que l'essentiel de cet excédent extérieur de la zone euro résulte de celui de l'Allemagne dont voici l'évolution :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Pour compléter, il faudrait également rappeler que suite à la crise de la zone euro (en sommes-nous d'ailleurs sortis ?), de nombreux pays en difficulté (Espagne, Italie, Portugal, Irlande et bien entendu la Grèce) ont été contraints de faire disparaître au plus vite leur déficit extérieur par la mise en place de politiques d'austérité pudiquement appelées dévaluations internes (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Un recul du taux d'investissement

 

Pour comprendre ce gigantesque excédent extérieur, il nous faut comparer le taux d’épargne et le taux d’investissement de la zone euro :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

On voit depuis 2010/2011 à la fois une hausse du taux d'épargne de la Nation et une baisse du taux d'investissement. Mais le recul sensible de ce dernier explique certainement l'essentiel de l'excédent extérieur de la zone euro, ce qui est un problème grave puisqu'il implique que la zone euro pourrait investir cet excédent dans une relance globale de son économie !

 

À défaut, ce volume de fonds est prêté hors zone euro, c'est-à-dire placé sous forme de titres... Seul point éventuellement positif de cette situation, c'est qu'un tel excédent de la balance courante crée une importante force de rappel sur l'Euro pour l'empêcher de trop se déprécier face aux autres devises malgré les taux d'intérêt très bas et les sorties de capitaux à long terme.

 

Comment résorber cet excédent extérieur ?

 

Répétons-le : faire disparaître cet excédent extérieur est indispensable pour relancer la demande intérieure de la zone euro. La première façon d'y arriver est évidemment de soutenir la consommation écologiquement soutenable et surtout l'investissement, puisque cela aura un effet d'entraînement sur la productivité et partant la croissance potentielle de la zone euro.

 

À défaut d'investissements privés, c'est l'investissement public qui est visé, car contrairement à ceux qui affirment que l'État ne doit pas intervenir dans l'économie, c'est le moment où jamais qu'il intervienne, ne serait-ce que parce que les taux d'intérêt à long terme sont très bas (la politique monétaire est d'ailleurs arrivée très largement au bout de ce qu'elle peut faire) et que l'activité privée reste globalement atone.

 

Prendre des mesures d'incitation à l'investissement des entreprises est une excellente idée, à condition qu'il ne s'agisse pas d'un miroir aux alouettes comme le plan Juncker. Il faudrait donc imaginer un dispositif qui prenne appui sur un budget de l'UE autrement plus important que ce qu'il pèse actuellement (environ 1 % du PIB de l'UE)...

 

Quoi qu'il en soit, il faut impérativement que l'épargne surabondante de l'Allemagne (et des Pays-Bas) finance des investissements supplémentaires dans les autres pays de la zone euro et non ailleurs dans le monde, comme c'est le cas actuellement ! Au demeurant, c'est précisément l'un des facteurs qui me rend très pessimiste sur l'avenir de la zone euro, d'autant que la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro n'est plus qu'un lointain souvenir (ce qui contraint toujours les pays à rester à l'équilibre commercial)...

 

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin sur ces questions, j'ai consacré plusieurs fiches de mon dernier livre, Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, à ces questions d'importations/exportations, d'épargne de la nation, de compétitivité allemande et de balances courantes.

Partager cet article

Repost 0
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 12:40

 

 

Pendant que la France glisse dans une torpeur estivale, l'actualité économique continue à bouillonner partout en Europe, sous le regard hagard des uns qui pensent que l'élection d'un nouveau président de la République réglera tous les problèmes, et sous le regard incrédule des autres qui s'imaginent que si le système ne s'est pas encore écrasé jusque-là il résistera bien encore quelques décennies.

 

Est-ce à dire que la misère économique est moins pénible à supporter au soleil pour paraphraser Aznavour ? Ou bien l'optimisme devient-il sans borne en cette période, au point de ne pas voir que l'état du système bancaire européen est préoccupant comme le montre le cas des banques italiennes ?

 

Bref retour en arrière sur le cas Monte dei Paschi

 

Il est utile de commencer par un bref retour en arrière pour évoquer la situation de Monte dei Paschi (BMPS), qui en 2016 avait défrayé la chronique avec ses 26 milliards d'euros de créances douteuses. Pour lui éviter la faillite, le gouvernement italien avait volé à son secours dans le cadre de ce que la Commission européenne appelle pudiquement une "recapitalisation préventive", qui normalement n'est réservée qu'aux banques en difficulté mais solvables.

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Coût de l'opération : 6,6 milliards d'euros pour l'État italien sur les 8,8 milliards d'euros nécessaires au sauvetage de la banque, ce qui revient de facto à une nationalisation... Or, contrairement aux règles de l'Union bancaire exposées dans le dernier paragraphe de ce billet, les créanciers n'ont pas systématiquement été mis à contribution, les porteurs d'obligations ayant même obtenu le privilège de demander un remboursement !

 

17 milliards pour sauver deux banques ?

 

À force de n'évoquer que les sauvetages réussis comme ceux d'UniCredit, qui a levé 13 milliards d'euros sur les marchés, on finit par ne plus voir le gros grain de sable qui enraille la machine bancaire. Ce sont en effet deux banques vénitiennes, Banco Popolare di Vicenza et Veneto Banca, qui risquent désormais la faillite. Dans un premier temps, l'État italien va dépenser 4,7 milliards d'euros pour permettre à une autre banque, Intesa Sanpaolo, de reprendre les activités saines des deux banques vénitiennes... pour un euro symbolique ! Mais le total des garanties publiques pourra monter jusqu'à 17 milliards d'euros !

 

Bien entendu, Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, n'a rien trouvé à redire à ce nouveau coup de canif dans les règles européennes. Pire, ses services ont approuvé ce plan de sauvetage, car il sera réalisé "conformément aux lois nationales d’insolvabilité" (sic !). Et si l'établissement bancaire avait été grec ?

 

À ce stade, j'imagine que le lecteur averti se demande où vont passer les créances douteuses qu'Intesa Sanpaolo n'a pas achetées ? Il s'agira comme toujours de les loger dans une structure de défaisance (bad bank en anglais), à charge pour cette dernière de recouvrer une partie des créances ou de les liquider d'une manière ou d'une autre avec la garantie de l'État au passif, bref de trouver dans quelques années des pigeons pour acheter à un prix pas trop vil ces actifs illiquides et souvent pourris... D'où les 17 milliards d'euros de garanties publiques évoqués plus haut si d'aventure personne n'était intéressé !

 

Mais que se passe-t-il donc en Italie ?

 

Il y a un an, j'ai expliqué dans un billet qu'il fallait s'attendre à une crise bancaire imminente au sein de la zone euro, car le système demeure fragile. Et je ne m'étais pas trompé, puisque l'on assiste désormais à l'agonie de certaines banques italiennes ! Et ceux qui soutiennent que les nouveaux mécanismes européens en vigueur empêchent un tel scénario de se réaliser sont dans l'erreur ou le déni, comme le prouve l'intervention massive de l'État italien vue plus haut pour juguler ces défaillances bancaires.

 

Un graphique suffira pour comprendre l'ampleur du problème :

 

 

[ Source : Bruegel ]

 

La part des créances douteuses et litigieuses (appelées prêts non performants) dans les bilans bancaires atteint désormais 18 % en Italie, 12 % au Portugal et 34 % en Grèce. Pour fixer les idées, au-delà de 1 à 2 % les petits problèmes des banques deviennent de gros problèmes pour tout le système bancaire du pays (360 milliards d'euros pour l'Italie tout de même...).

 

Sur la base d'un indicateur un peu différent, le Texas ratio, l'on obtient le tableau suivant des banques en difficulté face à la croissance des créances douteuses :

 

 

[ Source : Bloomberg ]

 

Le plus grave est que l'augmentation des prêts non performants en Italie ne résulte pas d'une bulle immobilière comme en Espagne, mais bien de la stagnation économique qui empêche les PME italiennes destinataires de ces prêts de les rembourser rubis sur l'ongle.

 

Or, selon les nouvelles règles de l'Union bancaire européenne entrée en vigueur le 1er janvier 2016, et à laquelle j'avais consacré un long billet, les règles de renflouement sont désormais les suivantes : le Fonds de résolution ne pourra pas être utilisé  avant que 8 % du passif de la banque ait fait l’objet d’un bail-in. Par ailleurs, l’intervention du Fonds ne pourra être supérieure à 5 % du passif de la banque.

 

En termes clairs, cela signifie simplement que lorsqu'une banque sera en faillite, les premiers à mettre au pot seront les actionnaires et les prêteurs (d'où le nom de bail-in), qui devront couvrir au minimum 8 % des pertes de la banque. Si cela ne suffit pas, il sera possible de faire appel à des fonds nationaux de résolution, abondés par le secteur bancaire. Enfin, les ménages et les PME seront partiellement protégés puisqu'il a été confirmé que leurs dépôts seront garantis à hauteur de 100 000 euros.

 

Hélas, ce ne sont pas toujours les plus riches qui ont placé leur argent dans des titres de dette de leur banque :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Voilà pourquoi l'État italien semble vouloir éviter à tout prix un bail-in, qui ruinerait les petits épargnants et conduirait dans le climat actuel à une explosion sociale ! Il y a un an, j'avais d'ailleurs réalisé une petite vidéo pour expliquer la crise économique et financière en Italie :

En définitive, certaines banques italiennes sont dans un état épouvantable, mais bien entendu leurs dirigeants ne sont pas inquiet(és), puisqu'en tout état de cause ce sont à nouveau les citoyens-contribuables qui vont mettre la main à la bourse pour sauver ces établissements ! Et dire que ce sont les Italiens qui ont inventé le mot banqueroute avec l'expression banca rotta, qui désignait au Moyen-Âge le fait de casser la table de comptoir qui servait à un financier à effectuer ses affaires.

 

Et si à défaut de casser on se contentait déjà de retourner la table, pour éviter que les bénéfices soient systématiquement privatisés et les pertes socialisées ?

 

P.S : l'image de ce billet provient de ce blog.

Partager cet article

Repost 0
19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 11:08

 

 

Après mes billets politiques (la politique économique selon Macron, l'absence de choix et la crise qui couve et les vrais résultats de l'élection présidentielle) et de nombreuses analyses plus économiques (la flexisécurité, le danger de la hausse des taux d'intérêt, les problèmes économiques de la Chine), on m'a demandé de m'exprimer sur le résultat des élections législatives. Je vais m'y prêter de bonnes grâces d'autant que guette le danger d'une démocratie sans opposition...

 

Les résultats des élections législatives

 

Tout est dit sur l'infographie suivante pour le 1er puis le second tour :

 

 

[ Source : le JDD ]

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Vous noterez au passage la relative contre-performance par rapport aux prévisions des sondage après le 1er tour, dont j'avais expliqué dans ce billet pourquoi il fallait les interpréter avec prudence...

 

Le peuple emporté par une passion collective ?

 

Rares auront été les observateurs avisés capables d'expliquer pourquoi le projet de loi du travail défendu par le gouvernement conduira inévitablement à la casse sociale, comme je l'analysais dans ce billet sur la flexisécurité. Pourtant, on notera l'excellente tribune dans le Monde de Marie Wierink, chercheur à l'IRES, qui montrait que les réformes du marché du travail aux Pays-Bas, très proches de celles dont rêve Macron, ont eu un bilan désastreux...

 

Mais emportés par une vague de passion collective dont Simone Weil nous montrait tout le danger, les rares électeurs semblaient prêts à voter pour n'importe quel candidat affublé de la couleur orange LREM, quitte à oublier la loi El Khomri, simple préfiguration de l'horreur de la prochaine loi travail. Ils ne semblent même plus se souvenir que le député, bien qu'élu dans une circonscription, est un représentant de la nation et donc qu'il n'a pas vocation à oeuvrer au niveau local (sauf pour sa réélection...) mais bien à voter les lois ! Et lorsqu'on connaît les dégâts qui ont résulté par le passé de l'obligation de respecter la ligne du parti, quel qu'il soit du reste, on ne peut que s'inquiéter lorsque l'opposition est réduite à peau de chagrin...

 

Dans trente ans, les historiens qualifieront probablement cette Assemblée nationale de 8e "Chambre introuvable", dans le sens où elle n'offre aucune possibilité de débat véritable comme les 7 précédentes :  Restauration (août 1815 - septembre 1816), retour des monarchistes (février 1871 - février 1875), victoire du camp républicain avec Gambetta notamment (septembre 1881 - octobre 1885), la Chambre bleu horizon du bloc national conduit par Clemenceau qui compte beaucoup d'anciens combattants et de néophytes (novembre 1919 - mai 1924), la Chambre anti-chienlit de juin 1968, la vague rose de 1981 et enfin le retour de la droite en 1993. Gageons qu'elle ne devienne pas non plus "plus royaliste que le Roi" pour reprendre les mots de Louis XVIII effrayé par la surenchère des députés ultra-royalistes de 1815...

 

Comment espérer dans ces conditions que l'expression du peuple puisse être conforme à la justice et à la vérité, bref à l'intérêt général pour faire simple ? Je passe du reste sur l'emploi de l'expression "société civile", détournée de son sens gramscien pour ne plus désigner que des candidats sans mandat, mais qui peuvent avoir des fonctions d'auxiliaires dans la vie politique ou être militants. Bref, encore un détournement de sens à des fins de marketing politique. Les Romains faisaient en pareil cas utilement la distinction entre populus et turba...

 

Toujours est-il qu'à l'arrivée, comme le faisait remarquer Jacques Sapir après le 1er tour des élections législatives, la majorité présidentielle est en fin de compte historiquement très faible au regard du grand nombre de sièges obtenus :

 

 

[ Source des données : Jacques Sapir ]

 

Les ressorts de l'abstention

 

Certes, ces résultats doivent être tempérés en raison de l'abstention massive au 1er tour et encore plus au second (record depuis 1969 !), qui démontre certainement au passage l'existence d'un (re)sentiment diffus à l'égard d'un mode de fonctionnement électoral qui fait la part belle au vainqueur et ne laisse que des miettes aux autres candidats. Vae victis disaient nos ancêtres latins, winner takes all disent de nos jours les jeunes branchés de la Silicon Valley...

 

[ Source : Les Échos ]

 

 

[ Source : Le Parisien ]

 

Mais il y a fort à parier que si les élections législatives, plutôt que d'être au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, étaient à la proportionnelle intégrale, de nombreux électeurs qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen au 1er tour de l'élection présidentielle iraient aux urnes conscients que leur vote pèse dans la balance électorale. Il est donc honteux d'accuser tous les électeurs abstentionnistes de fainéants (même s'il y en a), comme j'ai pu le lire çà et là sous la plume de commentateurs de la vie politique réputés avertis...

 

Pour ma part, lorsque je vois l'évolution de la participation, qui n'est bien sûr que le symétrique de l'abstention, je ne peux m'empêcher d'y voir un grave dysfonctionnement de la démocratie annonciateur d'une crise politique majeure typique de la fin d'un régime : 

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Il suffit par ailleurs de jeter un oeil sur cette enquête IPSOS, que nos politiques préfèrent ignorer d'un revers de la main, pour comprendre que de plus en plus de citoyens perdent confiance dans la démocratie :

 

 

[ Source : IPSOS ]

 

Pire, ils tiennent de moins en moins à ce régime, quand bien même serait-il "le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres" (Churchill), et sont tentés par d'autres horizons dont on peut raisonnablement supposer qu'ils seront beaucoup plus liberticides. Mais seule la génération des plus de 80 ans peut encore nous l'affirmer avec certitude pour l'avoir vécu, les autres se contentant de penser que la paix est nécessairement un projet perpétuel, comme le pensaient à tort d'illustres savants comme l'abbé de Saint-Pierre, Rousseau ou Kant.  

 

 

[ Source : IPSOS ]

 

De plus, à force de faire d'un adversaire politique un ennemi honni contre lequel il faut absolument faire barrage, on transforme l'élection sinon en combat à mort au moins en simulacre d'élection où le vainqueur tout relatif du premier tour est systématiquement vainqueur par KO au second ! Élections, piège à cons disait-on en 1973 dans les Temps Modernes... 

 

Lors d'une discussion animée, une personne m'expliquait qu'elle prenait le risque d'une majorité macroniste écrasante à l'Assemblée nationale, afin que ce gouvernement puisse (enfin) faire avancer les choses sans tergiversations inutiles. C'est oublier simplement que la démocratie est par définition le régime de la confrontation d'idées et de points de vue, seul moyen viable trouvé par les Hommes pour éviter de les exprimer au travers de conflits violents. Au fond, en poussant plus avant cette logique d'efficacité, il eût été bien préférable de (re)mettre au pouvoir un monarque sans Assemblée nationale et tout bonnement sans corps intermédiaires. Curieusement, lorsque j'ai dit cela, la discussion s'est arrêtée...

 

Et si l'Assemblée nationale était élue au scrutin proportionnel ?

 

Tout dépend évidemment de la "dose de proportionnelle" pour reprendre les termes employés par le Premier ministre, Édouard Philippe. Le Figaro a calculé, sur la base des résultats du 1er tour, quelle serait la composition de l'Assemblée nationale avec 10 % de proportionnelle et une proportionnelle intégrale : 

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Avec une proportionnelle de 10 %, le visage de l'Assemblée nationale n'en ressort pas profondément modifié, alors qu'avec une proportionnelle intégrale du type IVe République, c'est un rapport de force différent qui se dessine nécessitant de négocier des alliances politiques. Gouverner devient alors un exercice bien plus périlleux, comme l'a démontré l'exemple français entre 1946 et 1958 !

 

Pour ceux qui ne sont pas trop à l'aise avec cette notion de scrutin proportionnel, voici une petite vidéo très didactique :

Gardons toujours à l'esprit que le 1er tour de l'élection présidentielle n'a pas permis de départager les candidats, malgré une participation massive et des médias qui répétaient à l'envi qu'Emmanuel Macron serait très largement en tête, comme je le rappelais dans ce billet. L'infographie ci-dessous montre si besoin est qu'au premier tour de l'élection présidentielle ce sont quatre candidats qui sont arrivés en tête :

 

 

[ Source : Europe 1 ]

 

Dans ces conditions, il devenait évident que le nouveau président de la République serait minoritaire dans les coeurs des citoyens quand bien même le "dégagisme" (que nous avons déjà connu en France avec Pierre Poujade et son célèbre mot d'ordre "sortez les sortants") permettrait-il d'obtenir une majorité absolue à l'Assemblée nationale, ce qui est advenu du reste...

 

Seul un scrutin assez largement proportionnel, avec tout ce qu'il suppose hélas de problème à gouverner et dont je ne suis pas nécessairement partisan, aurait alors pu éventuellement empêcher le régime actuel de sombrer corps et biens. Mais l'Assemblée nationale dans ce cas aurait été bien plus proche des préférences politiques réelles, en ce qu'elle aurait renoué le lien distendu entre la représentation légale et la nation réelle.

 

Et si le vote pour le parti de Macron n'était au fond qu'un vote réactionnaire peinturluré des couleurs du progressisme tant à la mode ? Autrement dit, les électeurs du parti macroniste ne défendent-ils pas en premier, peut-être à leur corps défendant, le système actuel qui protège leurs acquis (financiers, politiques,...) et répond à leur vision d'une mondialisation heureuse au travers d'une Europe unie ? Comme l'affirmait Tancredi dans le Guépard de Lampedusa : "il faut que tout change pour que rien ne change"...

 

Face à ce raz-de-marée orange, il n'existe donc officiellement plus d'opposition au sein de l'Assemblée nationale en France et cela ne semble pas déranger outre mesure médias et citoyens. Nous courons donc le risque d'une hyper-présidentialisation, qui ferait passer le mandat Sarkozy pour une aimable coquetterie politique.

 

Or, quand plus aucune voix discordante ne peut se faire entendre au sein des institutions politiques, il ne reste alors plus que la rue pour s'exprimer au risque d'y voir les tensions et le ressentiment atteindre un paroxysme. Et encore, les manifestations seront-elles encore envisageables lorsque nous vivrons sous l'état d'urgence permanent dont s'inquiètent même les éditorialistes du New York Times

Partager cet article

Repost 0
13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 12:25

 

 

Depuis le Brexit et surtout l'élection de Donald Trump, nous sommes entrés dans un monde dominé par l'incertitude. Or, qui dit incertitude dit pression sur les taux d'intérêt et possible dégradation de la solvabilité des États membres de la zone euro. Ce billet va donc examiner quels sont les risques qu'une telle hausse des taux d'intérêt ferait courir aux finances publiques des pays européens.

 

Une hausse des taux d'intérêt prévue des deux côtés de l'Atlantique

 

En dehors du séisme politique Trump et de l'incertitude qu'il a fait naître, une hausse des taux d'intérêt, déjà partiellement visible, peut être anticipée pour plusieurs raisons économiques.

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Tout d'abord, aux États-Unis la relance voulue par Trump alors que l'économie se situe au plein-emploi entraînera des tensions inflationnistes sur les salaires qui, cumulées à une hausse probable des prix du pétrole, conduiront à de l'inflation et une hausse des taux d'intérêt à long terme.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Or, comme les taux d'intérêt à long terme dans la zone euro restent corrélés à ceux des États-Unis, on devrait assister à une hausse des taux longs en Europe. De plus, si les prix du pétrole augmentent, la BCE devra réagir par un resserrement de sa politique monétaire, quand bien même les salaires resteraient à la remorque, puisque son objectif principal est la stabilité des prix liée au taux d'inflation totale.

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

En particulier, il faudra bien que la Banque centrale européenne mette un jour un terme à l'assouplissement quantitatif (Quantitative easing) sauf à risquer la formation de bulles sur les actifs qu'elle rachète (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Les Échos

 

Les effets sur la solvabilité des États de la zone euro

 

Au vu des niveaux très élevés de dette publique atteints dans certains États, l'inquiétude sur leur solvabilité est légitime d'autant que la croissance semble être devenue l'Arlésienne des dirigeants politiques !

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Intéressons-nous donc au service de la dette, c'est-à-dire essentiellement aux intérêts payés sur la dette publique. La remontée des taux d'intérêt à long terme devient dangereuse si ces derniers en viennent à dépasser le taux d’intérêt moyen sur l’ensemble du stock de la dette publique, car alors le taux d'intérêt apparent sur la dette publique (=intérêts payés sur la dette publique/dette publique) augmente et pèse sur les finances publiques.

 

Je fais grâce aux lecteurs de tous les graphiques, mais il apparaît à peu près évident que l'Italie aura beaucoup de mal à faire face à une hausse trop importante des taux à long terme dans le contexte actuel de crise, caractérisé par une croissance faible et une extrême fragilité de son système économique et bancaire. Serait-ce le prélude à une nouvelle crise de la zone euro ? À moins que les négociations léonines menées avec la Grèce ne ravivent déjà les tisons de la précédente crise de la dette publique...

Partager cet article

Repost 0
6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 11:19

 

 

Une élection est toujours le moment où l'on fait dire n'importe quoi aux sondages, d'autant plus que nombre de politiques imaginent qu'ils constituent le seul moyen tangible d'appréhender l'opinion publique, instituant de la sorte le règne des médias et des sondeurs... Aujourd'hui, je vous propose donc après mes billets politiques (la politique économique selon Macron, l'absence de choix et la crise qui couve et les vrais résultats de l'élection présidentielle) quelques explications simples sur la fabrication des sondages et les limites dans leur interprétation.

 

Qu'est-ce qu'un sondage ?

 

Tout d'abord, on appelle sondage une enquête statistique d’opinion basée sur un échantillon. En effet, interroger toute la population serait à la fois fastidieux et hors de prix, alors on se contente d'une partie de la population que l'on souhaite représentative de l'ensemble. Cela exclut donc les votes dits de paille, c'est-à-dire les questions que l'on vous propose dans les journaux et auxquelles tout un chacun peut répondre quitte à appeler tous ses amis pour faire pencher le résultat dans un sens ou dans l'autre.  

 

En France, la loi du 19 juillet 1977, telle que modifiée par celle du 25 avril 2016, définit le sondage à son article premier dans les termes suivants : "un sondage est une enquête statistique visant à donner une indication quantitative, à une date déterminée, des opinions, souhaits, attitudes ou comportements d’une population par l’interrogation d’un échantillon". Elle interdit strictement, du vendredi minuit au dimanche 20 heures, toute diffusion de sondages relatifs à l’élection présidentielle.

 

Comment est fabriqué un sondage ?

 

Pour couper court à trop de critiques, le sondage est normalement accompagné d'une notice qui précise comment il a été créé : taille de l’échantillon et méthode retenue pour le constituer, date, méthode d’administration, marge d'erreur, etc. Précisons un peu ces mots.

 

 * Taille de l'échantillon : intuitivement, tout le monde comprend que plus l'échantillon est de grande taille, plus la marge d'incertitude se réduit. L'idéal, inatteignable pour des raisons de coûts, serait bien entendu d'interroger toute la population. D'où, en général, des échantillons de 1 000 personnes.

 

 * Méthode des quotas : contrairement à la méthode aléatoire où les personnes de l'échantillon sont tirées au sort, la méthode des quotas consiste à interroger un échantillon de personnes qui ont les mêmes caractéristiques socio-démographiques que l’ensemble de la population (sexe, âge, catégorie socio-professionnelle,...).

 

 * Marge d'erreur : il faudrait en toute rigueur parler de marge d'incertitude liée au fait qu'un sondage effectué sur un échantillon donne un résultat évidemment différent de celui que l'on obtiendrait en interrogeant toute la population. Ainsi, si l'on utilise un échantillon de 1 000 personnes, qui est du reste la taille usuelle, la marge d'erreur pour la méthode aléatoire est de 3 %. Elle est de 2 % pour un échantillon de 5 000 personnes et de 1 % pour 10 000 personnes...

 

Cela ne veut pas dire que la "vraie" valeur se situe nécessairement dans un intervalle compris entre plus ou moins 3 % de celle trouvée. Au contraire, il faut encore fixer un seuil de confiance pour l'intervalle trouvé, par exemple à 95 %. Dans ces conditions, si l'on prélève un grand nombre d'échantillons de même taille dans cette population, bref que l'on refait plusieurs fois de suite le même sondage, 95 % des intervalles calculés contiennent la vraie valeur du paramètre à estimer. On ne peut donc absolument pas en déduire comme le font certains journalistes, que si deux candidats ont des intentions de vote proches (donc une différence inférieure à la marge d'erreur de 3 % par exemple), alors l'élection reste indécise. Bien au contraire, à ce moment donné l'un des candidats peut être largement en tête, mais l'erreur d'échantillonnage, entre autres, ne permet pas de la voir... Ce sont les limites des sondages ! 

 

 * les méthodes d'administration : on peut réaliser un sondage en face-à-face, par téléphone (méthode CATI pour Computed Assisted Telephone Interviewing) ou par Internet (méthode CAWI pour Computed Assisted Web Interviewing).

 

Les limites d'un sondage

 

Commençons par rappeler que seule la méthode aléatoire permet de mesurer la marge d'erreur, contrairement à la méthode des quotas, même si les sondeurs affirment le contraire (exemple chez IPSOS) : "l’inconvénient majeur de la méthode des quotas est de ne pas permettre de calculer scientifiquement la marge d’erreur du sondage. Les lois statistiques qui permettent de la déterminer ne valent théoriquement que pour les sondages aléatoires. En pratique, on considère cependant que la marge d’erreur des sondages par quotas est égale ou inférieure à celle des sondages aléatoires". Curieux, vous avez dit curieux ?

 

D'ailleurs, il suffit de regarder la différence entre le niveau d'études des sondés en février et celui des inscrits sur les listes électorales pour avoir des doutes sur la représentativité des échantillons :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Au surplus, le phénomène de non-représentativité est amplifié à une époque comme la nôtre où l'anti-système est devenue une valeur cardinale, puisque certains refusent de répondre aux sondeurs tandis que d'autres sont surreprésentés comme le montre cette tribune, ce qui fausse évidemment l'interprétation des résultats obtenus...  Mais il est aussi important de remarquer que la marge d'erreur est uniquement liée à l'échantillonnage et ne dit donc rien des éventuels biais, mensonges des répondants et autres erreurs de réalisation. Et encore, répétons-le, la méthode des quotas, retenue le plus souvent pour faire des sondages, ne permet pas de calculer une marge d'erreur malgré les belles paroles des sondeurs doxocrates.

 

En dehors de cela, j'ai tendance à me méfier des sondages réalisés sur Internet, ne serait-ce qu'en raison du nombre élevé de biais de cette méthode d'administration liés au problème de la représentativité des personnes possédant Internet (défaut de couverture), de l'éventuelle rémunération des sondés, etc. Le plus surprenant est que face à des biais et des mensonges possibles (notamment sur le vote pour les extrêmes), les sondeurs organisent une petite cuisine interne tenue secrète appelée redressement... Elle consiste à tenir compte des différences constatées entre les résultats de la précédente élection et les sondages réalisés à cette même époque, pour tenter de corriger les biais actuels (sic !).

 

Ajoutez à cela la forte volatilité du vote, les citoyens ne sachant plus très bien à quel saint laïc(ard) se vouer tant ils ont été échaudés ces dernières années par les promesses de campagne non tenues, et vous comprendrez pourquoi faire confiance aux sondages est sinon une pure folie au moins un exercice de foi ! Pour tenter d'étudier l'indescriptible opinion publique, il faut aussi analyser les flux sur les réseaux sociaux, les livres achetés, etc. Mais comme les sondeurs doxocrates (Platon aurait plus certainement parlé de doxosophes...) trouvent toujours une explication pseudo-scientifique à leurs erreurs, ils finissent de la sorte par avoir toujours raison !

 

Pierre Bourdieu, dans un texte célèbre publié dans Questions de sociologie en 1978, nous mettait en garde contre les sondages qui présupposent que les individus sondés se sont nécessairement déjà posé la question du sondage et qu'ils ont un avis. Dès lors, le sondage ne mesure pas l’opinion préexistante, mais construit une représentation d’une opinion publique, ce qui fait dire à Pierre Bourdieu que dans ce cas "l'opinion publique n'existe pas" en ce qu'elle naît d'une construction suite à un sondage. Cela se voit assez nettement dans la surreprésentation des réponses moyennes du type  "assez d’accord" et "pas tout à fait d’accord".

 

Tout cela ne serait qu'un artefact de la vie politique, si les candidats et représentants élus ne se servaient des résultats des sondages pour orienter leurs politiques et même parfois leurs discours à chaque livraison d'études... Max Weber, qui distinguait les deux éthiques de l'action politique, l'éthique de conviction basée sur le principe kantien du devoir et l'éthique de responsabilité, prend subitement un coup de vieux !

 

Je renouvelle donc les conclusions de mes deux précédents billets (ici et ) : la communication politique à outrance, de par sa simplification des problèmes qui confine désormais à la caricature et permet de parler de tout sans rien en connaître, fait glisser notre démocratie - si tant est qu'elle existe encore malgré les apparences - vers une doxocratie comme l'appelle Jacques Julliard, c'est-à-dire un régime politique où l’opinion influence directement les décisions du pouvoir.

 

Pour finir, si le coeur vous en dit, Envoyé spécial avait consacré une émission à la fabrication des sondages :

Partager cet article

Repost 0
30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 10:38

 

 

Après une série d'analyses sur la situation économique en France (l'utilité des dépenses publiques, l'équilibre du budget de la Sécurité sociale, le chômage des plus de 50 ans, le revenu universel, la politique économique selon Macron et la flexisécurité), j'ai élargi le périmètre à l'Allemagne avec un billet sur les conditions de l'offre. Aujourd'hui, nous allons prendre le large et nous intéresser aux problèmes économiques de la Chine ! À la fin de mon billet, le lecteur intéressé trouvera un petit supplément plus technique sur les réserves de change.

 

Petits rappels sur l'économie chinoise

 

Le taux de croissance en Chine, dont la moyenne était de 10 % sur la période 1980-2014 (avec des pics officiels à 16 %, probablement plus officieusement), ralentit inexorablement depuis 2010, pour ne se maintenir qu'à la faveur des vieilles recettes basées sur les investissements (plus ou moins publics) dans l'immobilier et les infrastructures :

 

 

[ Source : http://philippewaechter.nam.natixis.com ]

 

Le ralentissement du taux de croissance en Chine est dû à plusieurs facteurs dont j'ai souvent parlé sur mon blog. Tout d'abord, la Chine cherche à rééquilibrer son processus de croissance, c'est-à-dire à passer d'un modèle de croissance tiré uniquement par les industries exportatrices à une croissance plus équilibrée basée sur la consommation des ménages et les services.

 

Cependant, tandis que l'industrie ancienne, intense en main-d'oeuvre, stagne, les services et la consommation intérieure n'ont pas encore pris le relais. Une telle transition est en règle générale très difficile à mener, surtout dans un pays aussi grand et peuplé. Or, plus elle prend de temps et plus cela risque de conduire à de graves problèmes sociaux, car en attendant les jeunes diplômés se retrouvent en difficulté et les plus vieux craignent de perdre leur emploi...

 

De plus, puisque l'économie mondiale tourne au ralenti, la demande adressée à la Chine reste faible. Et je ne parle même pas de la démographie, qui demeure très défavorable en Chine (vieillissement et population active en stagnation). Quant à la compétitivité-prix de la Chine, celle-ci s'est dégradée sensiblement en raison de la hausse rapide des coûts salariaux unitaires. Rappelons que cette hausse est, pour l'essentiel, le résultat du changement de modèle économique désiré par les autorités chinoises, puisque les augmentations de salaires doivent conduire à une hausse du pouvoir d'achat des consommateurs et donc au rééquilibrage du processus de croissance.

 

Enfin, il faut se souvenir que les marchés financiers chinois s'enrhument souvent ces derniers temps. Ainsi, au mois de juillet 2015, on avait assisté à un retournement spectaculaire du cours des actions sur les marchés chinois, avec une chute moyenne de près de 30 %. 

 

Un endettement très élevé

 

Certes, la croissance de la Chine reste très élevée, mais en raison essentiellement des politiques de relance menées par l'État comme le montre l'évolution du déficit public et du crédit :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

À propos de crédit, l'endettement total du pays est devenu si important - 260 % du PIB en 2016 contre 160 % en 2008 selon Bloomberg Intelligence ! -, que l'agence de notation Moody's a décidé de dégrader la note souveraine de la Chine pour la première fois depuis 1989... S'agit-il d'un moment Minsky ?

 

 

[ Source : https://www.businessinsider.com.au ]

 

Même le très policé FMI reprochait récemment au gouvernement chinois de privilégier une croissance de court terme trop dépendante du crédit. Or, si ce dernier décidait de remonter ses taux d'intérêt et de réduire la liquidité pour empêcher le surendettement, le risque serait grand de donner un coup d'arrêt à l'activité.

 

Des difficultés malgré un taux d'épargne très élevé

 

Malgré un déficit public qui se creuse, le taux d'épargne de la nation demeure très élevé en Chine :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Pourtant, on assiste à une dépréciation du yuan et une perte de réserves de change, ces dernières étant utilisées précisément pour empêcher la monnaie de trop se déprécier face au dollar américain.

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Comme le savent mes étudiants qui viennent parfois lire mes billets et qui connaissent désormais bien la balance des paiements, cela tient au fait que l'excédent de la balance courante est plus que compensé par les sorties de capitaux depuis 3 ans. Les taux d'intérêt faibles en Chine, un système financier fragile, des opportunités d'investissement peu nombreuses et une volonté d'expansion internationale des grandes entreprises chinoises, expliquent ces flux de capitaux qui quittent le pays.

 

Las, l'excédent de la balance courante s'affaiblit malgré le taux d'épargne élevé, principalement en raison du niveau très élevé de l'investissement en Chine dans un secteur pas vraiment porteur ni en matière de rentabilité et encore moins de productivité : la construction.

 

La fin de la déflation en Chine ?

 

Les moyens mis en oeuvre par le gouvernement chinois pour sortir de la déflation semblent avoir porté leurs fruits, si l'on en juge par les prix à la production, le prix des exportations et le prix du PIB :

 

 

[ Source : http://www.chinadaily.com.cn ]

 

Ce changement majeur en 2016, qui s'est accompagné d'un coup d'arrêt au recul de la profitabilité des entreprises et d'un redressement de l'investissement industriel, est peut-être lié aux velléités de réduction des excès de capacité de production (qui font tant de dégâts en Europe...) et à la dépréciation du RMB qui a permis depuis 2014 aux entreprises industrielles chinoises de regagner en compétitivité-prix.

 

Mais les problèmes structurels n'ont pas encore été réglés, tant s'en faut ! Dès lors, malgré les dénégations du PCC, l'avenir économique de la Chine est loin d'être cousu dans quelque route de la soie...

 

Supplément technique sur les réserves de change

 

Dans les conditions que nous venons d'évoquer ci-dessus, on ne peut que rester dubitatif quant aux arguments avancés par le FMI pour intégrer triomphalement la devise chinoise dans le panier de DTS du FMI. Pour mémoire, le DTS constitue l'unité de compte du FMI et sert à compléter les réserves de change de l'institution. Naguère, les DTS reposaient sur un panier de quatre devises (dollar, euro, yen et livre), et la Chine souhaitait évidemment que sa monnaie puisse y être intégrée afin d'en faire une devise internationale et une monnaie de réserve, alors même qu'elle ne répond absolument pas aux conditions habituelles de flottement exigées des autres devises !

 

Les réserves de change sont les avoirs détenus par les Banques centrales sous forme d'or, de devises convertibles et de DTS (Droits de Tirages Spéciaux, qui est l'unité de compte du FMI basée sur un panier de monnaies dont fait désormais partie le Yuan chinois) ; mais le plus souvent, en fait de devises, ce sont plutôt des titres en devises (essentiellement des bons et obligations du Trésor) qui constituent les avoirs de réserve. Ces réserves de change permettent aux Banques centrales d'intervenir sur le marché des changes, afin de réguler les taux de change et de maintenir la confiance dans leur monnaie.

 

Le montant des réserves de change dépend des flux de capitaux et du solde de la balance courante. On obtient donc l'identité suivante :

 

 

Or, si en régime de changes flexibles, les réserves de change ne varient pas puisque c'est le taux de change qui s'adapte pour compenser les flux de capitaux et le solde du commerce extérieur, il en va tout autrement en régime de changes peu flexibles comme en Chine.

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du journal Ouest France.

Partager cet article

Repost 0
23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 11:07

 

 

À présent que l'élection présidentielle est passée, il est temps de revenir à des sujets plus économiques même si l'économie n'était à l'évidence pas absente de mes précédents billets : la politique économique selon Macron, les vrais résultats (dérangeants) de l'élection présidentielle, l'élection présidentielle : l'absence de choix et la crise qui couve, 1er mai : fêtons le travail tant qu'il en reste !. Le billet d'aujourd'hui sera ainsi consacré à la flexisécurité, dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles au motif qu'elle serait la panacée !

 

La flexisécurité

 

Ce néologisme d'origine anglo-saxonne, construit avec les mots flexibilité et sécurité, désigne une forme d'organisation du marché du travail qui cherche à concilier la flexibilité souhaitée par les employeurs avec la sécurité désirée par les travailleurs. En général, appelons un chat un chat, la flexisécurité associe faible protection des emplois (=flexibilité) et soutien au retour à l’emploi des chômeurs (sécurité). Présentée ainsi, rien d'étonnant à ce que ce concept soit devenu au fil des ans l'idéal (l'horizon indépassable ?) des grandes organisations libérales dans le monde à l'instar de l'OCDE, du FMI et bien entendu de la Commission européenne.

 

La flexisécurité tire son origine du modèle économique danois, qui a associé au début des années 1990 deux éléments :

 

 * la flexibilité : embauches et licenciements très faciles, pas de différence entre CDD et CDI ;

 

 * la sécurité : indemnités de chômage généreuses, mais plafonnées à un niveau bien plus bas qu'en France et limitées à 24 mois, en contrepartie d'un suivi pointilleux des chômeurs, qui sont souvent contraints d'accepter au bout de quelques mois un emploi même s'il ne correspond pas à leur recherche/qualification.

 

Le passage à la flexisécurité au Danemark aurait ainsi permis de terrasser le chômage, enfin jusques à la crise de 2008, comme le montre le graphique ci-dessous :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Flexisécurité et dynamique schumpétérienne

 

La dynamique schumpétérienne prend appui sur le concept de destruction créatrice, qui postule que l'innovation détruit certes des secteurs entiers de l'économie ancienne, mais au profit de la création de nouveaux secteurs dynamiques et plus productifs au sein desquels l'emploi se développera. La préconisation est alors d'ôter tout obstacle à la transformation des entreprises et de l'emploi, bref de laisser faire ce processus vu comme inéluctable et bienfaisant pour l'économie à long terme.

 

Les partisans de la flexisécurité, dont Emmanuel Macron, souhaitent donc par ce moyen accompagner une logique qu'ils considèrent comme inéluctable, en abandonnant les secteurs en déclin tout en aidant à la création d'emplois dans les nouveaux secteurs de l'économie. Ce faisant, ils négligent juste que les emplois détruits ne sont pas nécessairement recréés en nombre égal dans les nouveaux secteurs d'activité. De plus, les qualifications n'étant pas les mêmes, rien n'assure le "déversement" d'un secteur à l'autre pour reprendre une expression popularisée par Alfred Sauvy. Quant aux salaires, le primat de la négociation au niveau des entreprises conduira inévitablement à un ajustement à la baisse des salaires.

 

Flexisécurité : flexi sans sécurité ?

 

Hélas, comme toujours, le diable se cache dans les détails. En effet, au vu de la situation sur le front du chômage qui affaiblit fortement la capacité de négociation des travailleurs, il est désormais assez simple d'obtenir la flexibilité : réduction de la protection de l'emploi, réduction des coûts de licenciements par le plafonnement des indemnités prud'homales, négociations salariales au niveau de chaque entreprise, etc. En témoignent les nombreuses attaques réussies contre le Code du travail et la possible estocade que lui portera la très prochaine loi sur le travail, qui s'offrira même le luxe de court-circuiter partiellement le Parlement... Un enterrement de première classe dans France SA.

 

De plus, la destruction des emplois intermédiaires, lourde de conséquences pour notre modèle social comme je l'expliquais dans ce billet, conduira les salariés à se battre pour les rares offres restantes, quels que soient la qualité de l'emploi et le salaire proposé. Et à défaut de salariat, les travailleurs iront chercher de quoi se nourrir dans une chimérique ubérisation de l'économie, c'est-à-dire un cauchemar tout éveillé où nous serions tous autoentrepreneurs, en concurrence sur un marché coté en continu de la fourniture de service... Il vous suffit de jeter un oeil sur cet excellent article du Monde concernant Amazon et son Turc mécanique pour comprendre qu'il ne s'agit pas là d'une vue de l'esprit !

 

En tout état de cause, les partisans de la flexisécurité, toujours prompts à nous citer le Danemark comme modèle depuis que l'Allemagne industrieuse fait un peu moins rêver, négligent certains points. Tout d'abord, pour qu'un tel système fonctionne, encore faudrait-il qu'il y ait d'abord du travail digne de ce nom pour tous et pas uniquement du tripalium ! De plus, il nécessite l'adhésion de tous les citoyens et bien entendu des syndicats beaucoup plus représentatifs qu'ils ne le sont aujourd'hui (au Danemark, le taux de syndicalisation atteint près de 80 % des salariés du secteur privé et 100 % des salariés du secteur public), afin de pouvoir négocier les conditions de travail qui dépendent principalement des accords de branches et d'entreprises au Danemark.

 

En outre, il ne faut pas oublier qu'un emploi perdu n'est jamais simplement l'équivalent d'un emploi retrouvé, même s'il offre les mêmes conditions matérielles de subsistance. Au contraire, certains métiers font la fierté de ceux qui les exercent et ils ne peuvent être remplacés par d'autres emplois alimentaires sans conduire à la perte d'un savoir-faire et d'une logique de l'honneur au travail dont parlait Philippe d'Iribarne.

 

Enfin, la condition sine qua non de mise en place de la flexisécurité au Danemark fut le haut degré de consentement à l'impôt, puisque l'État danois a pris à sa charge les politiques de l'emploi constituées de l'emploi et de l'accompagnement des chômeurs, le tout pour 1,9 % du PIB contre environ 0,5 % en moyenne dans l'OCDE... Au total, le taux de prélèvements obligatoires tutoie les 45 % du PIB au Danemark !

 

 

[ Source : Challenge ]

 

Au surplus, la construction de l'État moderne en France, jacobine quoi qu'on puisse en dire, est aux antipodes de l'individualisme mâtiné de solidarités familiales fortes qui fonde les sociétés scandinaves. Pour le dire autrement, j'ai les plus grandes réticences face à des projets qui consistent à transposer un modèle socio-économique bâti sur une histoire bien différente de la nôtre. Une telle idée ne peut à l'évidence que séduire les néolibéraux mondialistes, qui font des États-nations de vagues régions de l'espace monde, où tous les individus sont censés être de dignes représentants froids et calculateurs de l'homo oeconomicus rationalis !

 

Bien entendu, une fois obtenu très rapidement l'avers flexibilité de la pièce flexisécurité, le verso sécurité sera beaucoup plus long à mettre en oeuvre (s'il l'est jamais...), ce qui ne manquera pas de créer beaucoup de chômage dans l'intermède, d'autant que la question de la faiblesse du niveau de gamme en France par rapport aux coûts de production reste pendante...

 

La flexisécurité est donc un excellent moyen de réduire le taux de chômage, mais au prix d'une omerta sur toutes les questions de qualité de l'emploi, de déclassement professionnel et de mal-être au travail ! Je ne peux donc que renouveler les conclusions de mes précédents billets : les libéraux arriveront peut-être au plein-emploi, mais avec des conditions salariales (et non-salariales) épouvantables. Le risque d'une crise sociale et politique n'en sera que plus fort !

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du site La Croix

Partager cet article

Repost 0
16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 14:31

 

 

Après mon billet sur les vrais résultats (dérangeants) de l'élection présidentielle, il est temps d'en venir à la politique économique d'Emmanuel Macron. Le mode de scrutin en France permet en effet ce genre d'incongruité : avec seulement 24 % des suffrages exprimés au premier tour, c'est une politique économique ultralibérale qui sera menée en France, bien que la plupart des électeurs l'aient pourtant catégoriquement refusée. Mais à l'heure où j'écris, j'apprends que nombreux sont les adversaires d'hier à avoir rejoint la majorité présidentielle, même au rang de Premier ministre, dans le seul intérêt général de la France cela va sans dire... 

 

La composition du premier gouvernement de l'ère Macron

 

 

[ Source : Europe 1 ]

 

Voilà ce que les Anglais appelle un "ministère de tous les talents" depuis William Grenville en 1806 et que pour ma part, à l'instar des caricaturistes de l'époque, je préfère dénommer un broad-bottom ministry tellement Emmanuel a ratissé large... En effet, avec un Premier ministre de droite et surtout un ministre de l'économie tout-puissant et très à droite (souvenez-vous : 1000 pages de programme, la lutte contre l'assistanat érigée en principe cardinal...), je crains fort que nous ayons en fait tout simplement un gouvernement de droite qui se targue d'être écolo-nucléaire compatible avec la nomination de Nicolas Hulot et pense avoir fait mouche avec Laura Flessel... Il apparaît donc indispensable de détailler un peu les différentes politiques qui étaient défendues à droite et à gauche pour comprendre ce qui peut nous attendre.

 

Les différentes politiques économiques des ex-candidats

 

Il est important de commencer par présenter les grandes théories économiques qui sous-tendaient les programmes des candidats à l'élection présidentielle, afin de permettre des comparaisons. On peut ainsi distinguer quatre grandes tendances, que j'ai cherché à résumer par le schéma ci-dessous. Certes, les dénominations gauches, centre, droite ne sont plus forcément les plus adaptées après l'implosion qu'ont subie les grands partis traditionnels, mais elles ont au moins le mérite de permettre des comparaisons :

 

 

La politique de la demande

 

La politique de la demande consiste à relancer la consommation et l'investissement pour accéder au plein-emploi et à une croissance forte. Elle passe donc par un soutien aux bas revenu, des investissements publics, des aides et subventions, etc. Certes, il faut être prudent en l'état actuel de nos capacités de production nationale, puisque la hausse de la demande intérieure entre 2014 et 2016 liée à ce que j'appelais l'alignement des planètes dans ce billet, a essentiellement débouché sur une hausse des importations :

 

 

[ Source : Natixis ] 

 

La prégnance de la crise sociale que l'élite politique a trop longtemps mise sous le boisseau quand elle ne l'a pas splendidement niée, a fait resurgir sur le devant de la scène le revenu universel auquel j'avais consacré ce billet Pour les plus interventionnistes, il s'agit d'un outil de lutte contre la pauvreté dans un monde où le travail se fait rare et d'émancipation, en ce qu'il permet au citoyen de se consacrer à des activités culturelles et associatives que les contingences matérielles de la vie limitaient.  

 

Quant aux dépenses publiques, trop souvent vues comme une simple charge nécessairement trop élevée, j'avais rappelé dans ce long billet qu'entre les services publics non marchands à destination des ménages - individualisables comme l'éducation ou collectifs comme la justice - et les prestations sociales en nature (médicaments, consultation de médecine, etc.) et en espèces (retraites, allocations, etc.), une bonne moitié de la dépense publique est constituée de prélèvements qui sont restitués aux ménages et donc soutiennent la dépense privée et la croissance. Les couper serait donc catastrophique pour l'activité de notre pays !

 

La politique de l'offre

 

La politique de l'offre consiste au contraire à réduire les prélèvements supportés par les entreprises, afin d'améliorer leur compétitivité-coût et ainsi relancer l'investissement privé et donc l'emploi. Elle s'appuie par conséquent sur la réduction des dépenses publiques et la flexibilisation du marché du travail, dont on sait pourtant qu'elle est déjà importante en France et qu'elle n'est pas nécessairement source de croissance.

 

La version la plus connue est un enchaînement popularisé par le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt en 1974, qui lui vaut désormais le nom de théorème de Schmidt (sic !) : baisse des impôts et cotisations sur les entreprises => hausse des marges => hausse de l'investissement => hausse des emplois. Sauf que ce théorème n'a que très rarement fonctionné dans nos économies... En dehors de ce théorème, comme je l'ai montré dans ce billet, il est souvent fait référence à la courbe de Laffer pour justifier la mise en place d'une baisse d'impôts et de cotisations sociales pour les entreprises tout en augmentant la TVA (ce qui n'est rien d'autre qu'une forme de TVA (anti-)sociale à laquelle j'ai consacré un chapitre dans mon livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées). 

 

On croyait cette courbe enterrée pour de bon, mais comme tout concept zombie elle n'a cessé de polluer les campagnes politiques tant aux États-Unis qu'en Europe. Cela tient à sa simplicité (simplisme ?) et son caractère consensuel pour attirer les électeurs de toutes obédiences. En particulier, Ronald Reagan en prit prétexte pour baisser la pression fiscale aux États-Unis dès le début de son mandat, avec pour résultat catastrophique une forte hausse du déficit public :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Des deux côtés de l'Atlantique, la croyance est donc encore aujourd'hui que l'on se trouve du côté droit de la courbe, c'est-à-dire que la pression fiscale est devenue dissuasive et pèse par conséquent sur les rentrées fiscales de l'État. Dès lors, il suffirait de baisser la pression fiscale sur les entreprises pour que la relance de l'activité correspondante permette une augmentation des ressources fiscales de l'État. Autrement dit, le déficit public qui résulterait d'abord de la baisse du taux d'imposition serait entièrement compensé par les nouvelles recettes fiscales liées à la hausse de l'activité, ce qui revient à supposer que le multiplicateur budgétaire est très élevé, probablement le double de ce qu'il est actuellement...

 

Le programme économique de Macron

 

Emmanuel Macron a fait campagne sur le programme suivant :

 

 

[ Source : Europe 1 ]

 

En matière économique, l'infographie suivante en dit plus long que des mots :

 

 

[ Source : Boursorama ]

 

La dynamique schumpétérienne rêvée par Macron

 

Le programme d'Emmanuel Macron est en fait entièrement conçu sur une dynamique schumpétérienne. Celle-ci prend appui sur le concept de destruction créatrice, qui postule que l'innovation détruit certes des secteurs entiers de l'économie ancienne, mais au profit de la création de nouveaux secteurs dynamiques et plus productifs au sein desquels l'emploi se développera. La préconisation est alors d'ôter tout obstacle à la transformation des entreprises et de l'emploi, bref de laisser faire ce processus vu comme inéluctable et bienfaisant pour l'économie à long terme.

 

Ce faisant, on oublie juste que les emplois détruits ne sont pas nécessairement recréés en nombre égal dans les nouveaux secteurs d'activité. De plus, les qualifications n'étant pas les mêmes, rien n'assure le "déversement" d'un secteur à l'autre pour reprendre une expression popularisée par Alfred Sauvy. C'est pourquoi, les tenants du dieu Schumpeter préconisent de mieux former les salariés, de réduire la protection de l'emploi et de flexibiliser le marché du travail, quitte à inventer pour cela la tarte à la crème de la flexisécurité dont on ignore le fonctionnement précis, mais qui ne manquera pas de précariser encore un peu plus les travailleurs puisqu'il y aura négociation au niveau des entreprises sur des éléments essentiels et donc inévitablement ajustement à la baisse des salaires.

 

Emmanuel Macron, tout à sa vision européenne des affaires, néglige que le problème économique principal de la France (un niveau de coûts de production élevé par rapport à des pays de même niveau de gamme comme l'Espagne) ne pourra pas être réglé en l'état actuel de fonctionnement de la zone euro. Sa volonté de poursuivre l'approfondissement de l'UE, au moment où les opposants à la construction européenne se comptent par légion, relève soit de la pure folie (arrogance ?) soit d'une soumission à un programme ultralibéral qui fait du marché l'alpha et l'oméga de toute politique économique...

 

Toujours est-il que  la multiplication des règles et autres corsetages imposés par l'ordolibéralisme allemand (TSCG, "six-pack", "two-pack", etc.), continueront a être repris comme un mantra par la majorité des dirigeants européens dont la France bien évidemment (les récentes déclarations d'Angela Merkel ne laissent aucun doute à ce sujet), pour le plus grand malheur de nos producteurs et ménages. Nombreux sont ceux qui, à l'image d'Emmanuel Macron, citent l'Angleterre de Thatcher comme modèle voire comme horizon indépassable. Rares sont en revanche les dirigeants politiques qui notent que Theresa May est un modèle de Premier ministre, en ce qu'elle a respecté la voix populaire exprimée lors du référendum sur le Brexit alors même qu'elle souhaitait à titre personnel le maintien au sein de l'UE. Mais de cela, nul ne semble vouloir en parler...

 

En France, mais également dans toute la zone euro, les dirigeants politiques s'appuient sur de prétendues lois de l'économie pour préconiser en choeur la même politique économique, certes avec des variations de nom selon le folklore local (loi travail, loi de confiance, loi de compétitivité, etc.). Ainsi, lorsqu'on regarde la structure sectorielle des créations d’emplois dans la zone euro, on constate hélas que la baisse du chômage a pour contrepartie des emplois de mauvaise qualité, en ce qu'ils sont peu payés, donc défavorables aux ménages, et peu productifs, donc défavorables à la croissance potentielle. L'un dans l'autre, les libéraux arriveront peut-être au plein-emploi, mais avec des conditions salariales (et non-salariales) épouvantables. Le risque d'une crise sociale et politique n'en sera que plus fort ! 

 

Dans les deux cas, l'emploi décent (c'est-à-dire tout sauf la déclinaison moderne du tripalium) risque de passer par pertes et profits avec la très prochaine loi sur le travail de France SA, qui en plus de court-circuiter le Parlement, ne fera qu'entériner la mort prochaine du code du travail protecteur tel que nous l'avons connu !  L'ubérisation sera alors érigée en programme de société, mais ses dégâts seront bien cachés dans un premier temps derrière le faux nez des start-up triomphantes.

 

En définitive, contrairement à une idée reçue, Emmanuel Macron ne prend pas le meilleur des politiques économiques de gauche et de droite, mais le pire ! Hélas, nous vivons dans un monde de communication et de marketing où toutes les relations se doivent d'être du type gagnant-gagnant (win-win en franglais d'aérogare qui fera bientôt autorité dans nos établissements scolaires et universitaires) même lors les uns n'ont plus aucun pouvoir de négociation. Au fait, comment appelle-t-on une politique qui fait énormément plus de perdants que de gagnants ? Le prélude à la colère sociale ?

Partager cet article

Repost 0
8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 12:46

 

 

Passé le premier tour, l'enjeu de cette élection présidentielle avait totalement changé de nature au point de devenir un vote pris en otage. Bien entendu, de nombreux médias ont profité de l'entre-deux-tours pour vendre une sauce aigre-douce composée de quelques pincées d'oppositions artificielles, d'un zeste de croyance affichée en la sagesse populaire, le tout mâtiné d'une grande quantité d'appels au front républicain qualifié pour l'occasion de néo-résistance (sic !).

 

Bref, comme on pouvait s'y attendre dès le dimanche 23 avril, Emmanuel Macron l'a largement emporté face à Marine Le Pen. Mais est-ce à dire que le nouveau président de la République a obtenu l'adhésion de 66 % des électeurs qui se sont exprimés ? Il faudrait être bien naïf, si ce n'est de mauvaise foi, pour le croire...

 

Les résultats de l'élection présidentielle

 

D'après le Ministère de l'intérieur, voici les résultats sur la base de 97 % des inscrits :

 

 

[ Source des données : Ministère de l'intérieur ]


 
Il n'en fallait pas plus pour que les médias répètent à l'envi qu'Emmanuel Macron est le grand vainqueur de cette élection présidentielle. Et pourtant, le diable est dans les détails...

 

Les vrais résultats du second tour

 

Cette présentation néglige à l'évidence les nombreux électeurs qui, découragés par l'absence de choix réel que leur offrait cette élection, ont préféré très largement s'abstenir (environ 25 % des inscrits) ou voter blanc (près de 6,3 % des inscrits) au second tour ; même les bulletins nuls sont très nombreux (environ 2,2 % des inscrits). Car n'en déplaise aux belles âmes qui s'indignent facilement et souvent cathodiquement quand le petit peuple ne vote pas ou pas du bon côté selon eux, la démocratie offre la possibilité de ne voter ni pour la peste ni pour le choléra, afin de faire entendre une vraie voix discordante.

 

Dans le cas présent, comme les électeurs savent pertinemment que le vote en blanc ne sera pas comptabilisé dans les suffrages exprimés, nombreux sont ceux qui se sont réfugiés dans le vote nul et surtout l'abstention. Dès, en rapportant les suffrages obtenus par chaque candidat au nombre total d'inscrits, on obtient quelque chose de ce type :

 

 

[ Source des données : Ministère de l'intérieur ]

 

Les vrais résultats de l'élection présidentielle font donc apparaître un tout autre message à l'adresse des politiques : aucun des deux candidats ne répond majoritairement aux attentes des électeurs français ! Cette conclusion indiscutable mais hélas dérangeante pour le système oligarchique en place, explique pourquoi la loi électorale refuse toujours de comptabiliser le vote en blanc dans les suffrages exprimés, malgré moult promesses en ce sens... Rien d'étonnant donc à ce que de nombreux citoyens préfèrent ne pas participer à cette vaste pantalonnade électorale en s'abstenant de voter, bref en se retirant sur l'Aventin comme disaient les Anciens.

 

Le vote en blanc

 

Prenons un exemple fictif pour bien comprendre en quoi le vote blanc peut changer l'interprétation des résultats d'une élection. Supposons un corps électoral réduit à 120 électeurs et deux candidats notés A et B. 35 électeurs votent pour A, 41 pour B, 24 votent blanc et 20 s'abstiennent. Si l'on ne tient pas compte des votes en blanc dans les suffrages exprimés, le résultat de cette élection est le suivant :

 

 

En revanche, si l'on prend en compte les votes en blanc dans les suffrages exprimés, on obtient cela :

 

 

Les mauvaises langues me rétorqueront que dans les deux cas c'est bien le candidat B qui sort vainqueur de l'élection. Oui mais, avec 24 % de votes en blanc considérés comme des suffrages exprimés, sa légitimité politique est bien plus faible puisqu'il ne dépasse même pas les 50 %... Et il est fort probable que l'abstention baissera, puisque les électeurs disposeront désormais de la possibilité de faire entendre une voix discordante avec le vote en blanc. L'un dans l'autre, cela oblige le nouvel élu à faire preuve de plus d'humilité dans la lecture des résultats, d'en tenir compte dans la composition de son gouvernement et dans l'élaboration de ses politiques économiques. Bref, le vote en blanc permet d'une certaine façon de ne pas donner un chèque en blanc à l'élu !

 

Mais ceci dit, il serait faux de croire que le vote en blanc réglerait tous les problèmes de légitimité politique dans ce qu'il reste de démocratie en France. En effet, ce serait faire l'impasse sur les autres modes d'expression de l'opinion publique, qui sont bien plus souvent privilégiés que les urnes : manifestations, grèves, commentaires sur les réseaux sociaux, etc.

 

Un vote d'adhésion ?

 

Dans ce genre d'élection où le deuxième tour était déjà écrit à la fin du premier, l'humilité (qualité rare en politique j'en conviens) commande de ne pas s'approprier chaque voix exprimée comme un vote d'adhésion, d'autant que face à Marine Le Pen on s'attendait plutôt à un score de Maréchal du type 80 % / 20 %. C'est bien la preuve que le ras-le-bol du système, la colère jusque-là sourde et le ressentiment, s'expriment désormais ouvertement jusque dans les urnes à des niveaux jamais atteints ! Imaginez un instant ce qui se serait passé si le Front National avait fait de tels scores il y a encore 15 ans ? Aujourd'hui, ça ne semble pas avoir choqué grand monde, tant il paraissait même évident que Marine Le Pen serait au deuxième tour...

 

Emmanuel Macron n'a donc pas suscité d'engouement dans le corps électoral, en dehors des électeurs qui ont besoin que les comédiens changent pour donner l'impression qu'il se joue une nouvelle pièce dramatique tout en conservant le même livret, contrairement au corps politique où ils sont nombreux à avoir déménagé corps et biens pour rejoindre son mouvement. Certaines mauvaises langues diront peut-être qu'il y a des postes à prendre...

 

Juste avant le second tour de l'élection présidentielle, la dernière enquête électorale du Cevipof avait donné des éléments de réflexion intéressants sur le candidat préféré des électeurs (notez la large part du "aucun") :

 

 

[ Source : Cevipof ]

 

On remarquera également que 60 % des sondés qui avaient l'intention de voter pour Emmanuel Macron déclaraient le faire par défaut :

 

 

[ Source : Cevipof ]

 

Le Cevipof en concluait même que l'image d'Emmanuel Macron s'est dégradée au fil de la campagne, ce qui est très inquiétant pour une personne qui souhaite rassembler les Français face au Front National. C'est peu dire qu'il lui sera difficile de gouverner, même si désormais il n'exige plus de ses candidats aux législatives qu'ils quittent leur parti politique, pour peu qu'ils se rattachent administrativement à son mouvement afin de toucher tout de même les subsides publics. La doctrine n'aura pas duré longtemps face à la réalité du jeu politique sous la Ve République... Mais en attendant, tous les grands partis politiques rêvent déjà d'un troisième tour aux élections législatives, donc d'une cohabitation, qui semble même avoir la faveur des sondés !

 

Et dans cinq ans, lorsque la colère sera arrivée à son paroxysme, malgré les dénégations des politiques qui à défaut de voir midi devant leur porte regardent souvent ailleurs, le prochain candidat face aux extrêmes n'arrivera peut-être même plus à 50 % des suffrages exprimés... Et les commentateurs patentés affirmeront alors en choeur que c'est le peuple qui ne comprend décidément rien à rien, qu'il n'existe pas d'alternative aux politiques économiques ultralibérales qui sont menées. Ils auront assurément tort, mais la catastrophe sera bien là, et comme toujours dans l'histoire ceux qui resteront (ou qui ne pourront pas s'enfuir) devront payer les pots cassés !

 

Simone Weil et le vote

 

Dans un précédent billet, j'avais déjà parlé de Simone Weil qui, dans une courte note publiée de manière posthume en 1950, appelait à la suppression des partis politiques, cette machine à fabriquer dangereusement de la passion collective : "le mal des partis politiques saute aux yeux, ne sont-ils pas même du mal à l'état pur ou presque ?". Je voudrais y revenir brièvement, sans en dire trop pour vous donner l'envie de la lire, tout en pointant l'extrême acuité de sa pensée politique.

 

Ainsi, elle montre comment dans le Contrat social de Rousseau, l'on trouve énoncé toutes les conditions d'existence de notre idéal républicain basé sur la volonté générale. Pour le dire simplement, sous certaines conditions, l'expression du peuple peut être conforme à la justice, parce que les hommes sont censés partager la même raison qui leur permet donc de converger en opinion sur la justice et la vérité. Or, ce sont précisément ces conditions qui sont le plus souvent passées sous silence, en particulier lorsqu'elles ne sont plus remplies :

 

 * il faut qu'il n'y ait aucune passion collective qui s'empare du peuple au moment où il doit s'exprimer, sinon il peut facilement voter pour les pires politiques comme l'a démontré l'accession au pouvoir de criminels par la voie légale ; 

 

 * le peuple doit pouvoir s'exprimer sur des problèmes concrets et précis de la vie publique, et non faire seulement un choix entre plusieurs candidats dont on a pu voir qu'ils ne respectaient pas toujours, c'est un euphémisme, leur programme ; 

 

Et le moins que l'on puisse dire est qu'actuellement aucune de ces deux conditions n'est respectée. Alors dire que le nouveau président de la République a été élu par la volonté générale du peuple français me laisse perplexe... Mais chut, ne gâchons pas la fête en jouant les Cassandre. Fermez le ban !

Partager cet article

Repost 0

Archives