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Les mécanismes de l'économie 3

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15 mai 2024 3 15 /05 /mai /2024 12:45

 

 

Sur le site du Haut-commissaire au plan, l'on pouvait lire la description suivante : "Nommé Haut-commissaire au Plan lors du conseil des ministres du 3 septembre 2020, François Bayrou est chargé d'animer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective conduits pour le compte de l'État, ainsi que d'éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels."

 

Pourtant, en pratique, l'exercice s'éloigne beaucoup du travail effectué, entre 1946 et 2005, par le commissariat général du Plan qui s'inscrivait sur un horizon moyen de 5 ans. Il n'est donc pas inutile de revenir brièvement sur ce qu'a été la planification à ses débuts, en particulier  avec le témoignage de Pierre Massé, haut fonctionnaire, qui fut commissaire général de 1959 à 1966. Dans un livre éclairant sur la foi nourrie par les hauts fonctionnaires dans un développement économique profitant à tous, Le Plan ou l'anti-hasard, Pierre Massé explique sa vision du Plan. Nous nous appuierons sur l'édition de 1965 parue à la NRF.

 

la planification

 

Pour pallier les insuffisances du marché et coordonner les efforts de production avec un objectif précis, les États ont commencé dans les années 1930 à intervenir dans l'économie. Des plans fut alors élaborés par l'État, coercitifs dans le monde socialiste, incitatif dans le cas de la France notamment. C'est le 3 janvier 1946 que le processus de planification fut mis en place en France, avec la création du Commissariat général du plan dirigé par Jean Monnet. À cette époque, il s'agissait avant tout de programmer des objectifs réalistes de reconstruction du pays après la guerre, puis de transformation/modernisation.

 

Le développement économique et social

 

Pour lui, le développement économique et social était une "aventure réfléchie et calculée" (p. 17). "L'homme des années soixante veut être sujet actif de son destin [...], il cherche par des voies encore incertaines la participation économique. D'où l'effort de planification, de prévision et de prospective qui est l'un des signes de notre temps." (ibid.). Massé y voit l'occasion de substituer, enfin, la coopération au conflit, ce qui rappelle que l'économie ne peut se résumer à la définition technique donnée par Lionel Robbins en 1932 dans An Essay on the Nature and Significance of Economic Science, (London, Mac Millan) : "L’économie est la science qui étudie le comportement humain comme une relation entre des fins et des ressources rares ayant des usages alternatifs".

 

De l'extrapolation à la prospective

 

Contrairement à l'extrapolation, qui consiste à prolonger le passé pour en déduire un futur quasi déterministe, Pierre Massé s'intéresse à un principe d'action, qui exige "l'appréciation du moment où l'intervention humaine sera décisive" (ibid., p. 31). Il en déduit la nécessité de passer de "l'extrapolation en probabilité", qui "reste de l'ordre  de la projection et ne fait pas une part suffisante aux virtualités du futur", à la "prospective, attitude ouverte en face d'un avenir ouvert" (ibid., p. 32).

 

Il en déduit l'une des plus belles définitions de la prospective à mon sens : "la logique de la recherche prospective est ainsi d'inverser le cheminement traditionnel et de partir de l'exploration de l'avenir - non pas d'un avenir déduit, mais d'une pluralité d'avenirs imaginés. [...] Au lieu de se satisfaire du prévu, elle cherche à imaginer, pour y parer, l'imprévu. En outre, au sein de l'imaginaire, elle recherche le souhaitable, soit pour ses éléments positifs, soit pour sa valeur décisive contre certains périls." (ibid., p 33). L'on retrouve là "l'attitude prospective", vue comme philosophie de l'action par Gaston Berger.

 

Bien entendu, tout ne peut pas être imaginé, sauf à disposer de pouvoirs divinatoires. Aujourd'hui, cela nous fait inévitablement penser aux "cygnes noirs" de Nassim Taleb, i.e. ces événements imprévisibles ou rares dont les conséquences sont d'une portée considérable. Mais, même lorsqu'il est possible d'imaginer certaines lignes de l'avenir, la méthode prospective exige "le rétrécissement de la perspective" (ibid., p. 34). Et après "l'étude du champ des possibles s'ouvre la phase la plus importante et la plus difficile de la recherche, le raccordement au réel".

 

De la pertinence d'un plan

 

Autrement dit, pour "qu'une [figure de l'avenir] serve de guide à l'action, il faut encore qu'elle soit réalisable, c'est-à-dire qu'il existe un ensemble de décisions portant sur la réalité présente et compatibles avec elle (pour abréger, praticables), dont l'effet soit de rendre probable sa réalisation" (ibid., p. 36). Cela rappelle avec justesse que pour qu'une décision soit praticable, encore faut-il qu'elle soit en phase avec les réalités économiques, sociales et physiques du moment. Pourquoi évoquer des scénarii s'ils n'ont aucune chance d'être mis en oeuvre ? Ainsi, une "situation sera dite plausible s'il existe un ensemble de décisions praticables permettant d'atteindre probablement cette situation ou une situation au moins aussi bonne" (ibid., p. 36-37).

 

Pierre Massé en conclut que "le plan de la Nation n'apparaît pas ainsi comme une formule magique, mais comme une combinaison perfectible de réalisme et de volonté" (ibid., p. 53). Plus loin, il dira que "la planification à la française est la recherche d'une voie moyenne conciliant l'attachement à la liberté et à l'initiative individuelles avec une orientation commune du développement" (ibid., p. 144). Tout est dit...

 

Les faits, mais pas la fatalité

 

Et pour ceux qui s'imaginaient, déjà à cette époque, que l'unique but suivi par les humains était de consommer toujours plus, Pierre Massé rappelle que "[l'exigence suprême de l'homme] n'est pas davantage un type de civilisation fondé sur la diversification des biens matériels et la multiplication des gadgets" (ibid., p; 89-90). Et d'ajouter : "le fond du problème ne sera plus le niveau de vie, mais le mode de vie".

 

De nos jours, un certain néolibéralisme tend à vouloir substituer l'expertise au débat démocratique, suivant l'idée développée par Walter Lippmann, que les experts seraient seuls capables de comprendre les règles économiques universelles immuables. Exit la confrontation de projets de sociétés différents, et subséquemment les débats contradictoires dans le cadre de l'agon. Il ne reste donc aux citoyens qu'une seule possibilité, s'adapter, comme l'explique avec brio Barbara Stiegler. Or, le Plan était historiquement tout le contraire, puisque "la planification à la française accepte les faits, mais non les fatalités" (ibid., p. 151).

 

En définitive, cela démontre la nécessité de revenir à une véritable planification par l'Homme pour les besoins de l'Homme !

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17 avril 2024 3 17 /04 /avril /2024 13:03

 

 

Après la colère des agriculteurs et autres mouvements sociaux dans le pays, voici qu'il est question de concorde nationale avec l'événement de l'année 2024 : les Jeux olympiques ! Dans le sanctuaire d'Olympie, la flamme olympique a d'ailleurs été allumée, le 16 avril, lors d'une grande cérémonie. Mais derrière l'image d'Épinal d'une grande fête du sport où régneraient bienveillance, solidarité et absence de lucre, se cache en réalité une gigantesque entreprise financière avec ses bénéfices, certes, mais aussi ses coûts. 

 

Analyse économique

 

Outre des objectifs de reconnaissance internationale, de réélection pour les gouvernants et tout simplement de prestige, l'organisation des Jeux olympiques est souvent présentée comme favorable aux retombées économiques nationales. Pour en donner une mesure, deux types d'analyse peuvent être mis en œuvre, l'une comme l'autre présentant des difficultés méthodologiques :

 

 * l'analyse coûts/bénéfices, qui compare (avant ou après les Jeux) la valeur monétaire des coûts et des bénéfices attendus, étant entendu que si les seconds sont supérieurs aux premiers, alors l'organisation des Jeux est réputée rentable pour le pays ;

 

 * l'analyse d'impact économique, qui consiste à se demander quelles sont les retombées économiques monétaires (conséquences sur l'emploi, supplément de revenu généré, développement économique local) de l’organisation des Jeux pour le pays.

 

La malédiction du vainqueur

 

Le lecteur l'aura compris, les pays qui déposent leur candidature ont tendance à surestimer l'impact économique ou les bénéfices par rapport aux coûts, quitte à revoir leur copie une fois l'événement terminé... Autrement dit, comme le montre très bien cet article, les coûts sont souvent bien plus élevés qu'anticipés et dépassent presque toujours les retombées économiques. Tant et si bien qu'il est convenu dans la littérature académique de parler de la « malédiction du vainqueur » pour le pays organisateur.

 

Et cela est vrai à tous les échelons administratifs, comme en témoigne le coût faramineux payé par les collectivités pour voir passer la flamme olympique, dans l'espoir de faire rayonner le territoire et d'augmenter son attractivité.

 

 

[ Source : https://olympics.com/fr/paris-2024/relais-de-la-flamme-olympique ]

 

Pourtant, il se trouve toujours des pays pour organiser de tels événements sportifs, ce qui démontre que le calcul économique doit être élargi en intégrant les coûts et bénéfices sociaux. Mais comment intégrer le sentiment de bonheur, la concorde nationale ou l'engouement pour le sport dans le calcul des bénéfices ? Et comment chiffrer, à court et moyen terme, les changements (transferts) de population d'un quartier à l'autre - accentués par le phénomène Airbnb (d'ailleurs partenaire des JO 2024) -, si l'on considère qu'il s'agit en effet d'un coût pour certains d'entre eux ?

 

Bref, l'organisation d'un tel événement sportif coûte assurément très cher et les retombées sont difficiles à évaluer, même pour le secteur touristique dont on ne cesse d'affirmer qu'il sortira grand vainqueur de l'épreuve. La courte vidéo ci-dessous précise ce point :

Un résumé en vidéo

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9 avril 2024 2 09 /04 /avril /2024 11:40

 

 

Mardi 16 avril 2024 à 18h30, je donnerai une conférence à l'Université Populaire de Sarreguemines (UPSC) sur le modèle de la cafet'éco, que j'avais créée à l'UPSC, il y a plus de 14 ans ! Chacun est libre de prendre quelques notes, de participer en posant ses questions ou simplement d'écouter. Aucun prérequis n'est nécessaire pour suivre cette conférence d'économie.

 

Cette fois, il sera question des finances publiques françaises, après l’annonce d’un dérapage du déficit public à 5,5 % du PIB en 2023.

 

 

[ Source : Insee ]

 

Ce dérapage, bien qu'il ne soit pas porté au crédit du gouvernement (sic), met tout de même la Cour des comptes dans tous ses états :

Désormais, en plus des 10 milliards de cette année, il est question de couper entre 20 et 30 milliards d’euros de dépenses publiques, et au plus vite, afin de revenir sur une trajectoire de réduction du déficit public menant en dessous des 3 % du PIB en 2027. Pour ce faire, toutes les options semblent encore sur la table : réforme de l’assurance chômage, modifications de la prise en charge est affections de longue durée, gel du point pour les fonctionnaires et les retraités, hausse de la TVA… Et face au ralentissement économique général en Europe, il n'est même pas certain que les montants évoqués plus haut soient suffisants, d'où l'hypothèse de plus en plus probable d'une hausse concomitante des impôts.


Cette conférence sera ainsi l’occasion de s’interroger sur la réalité socioéconomique derrière les chiffres des finances publiques, de comparer la situation française à celle de ses voisins européens et d’analyser les conséquences potentielles d’une telle politique menée en urgence. Ambitieux programme, esquissé par ailleurs dans mon petit manuel d'économie grand public, Les grands mécanismes de l'économie en clair (3e édition, revue et augmentée), publié aux éditions Ellipses.

 

Renseignements auprès de l'UPSC, qui a fixé les prix suivants :

 

* Membres de l'UP : 5€
* Non-membres de l'UP : 7€
* Étudiants : gratuit

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

Tél : 03 87 09 39 81

Email : contact@upsc-asso.fr

 

 

P.S. L'image de ce billet provient de cette publication de l'Insee.

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11 mars 2024 1 11 /03 /mars /2024 12:50

 

 

Comme je l'avais déjà écrit sur mon blog, j'ai contribué à un manuel (collectif) d'économie chez Palgrave Macmillan, qui adopte une perspective pluraliste pour revisiter les fondements de l'économie financière et monétaire dans une perspective de durabilité. Sans surprise, je me suis occupé avec un collègue et ami des chapitres ayant trait à la monnaie : Ecological Money and Finance - Exploring Sustainable Monetary and Financial Systems.

 

Dans une perspective plus pratique, un ami à moi me demandait, il y a quelques jours, ce que je pensais de l'économie circulaire dont il est souvent question dans l'actualité. Il n'est pas question pour moi de rendre compte de manière exhaustive du sujet, car je n'en suis pas un spécialiste, mais juste de présenter quelques éléments de ma réflexion.

 

Qu'est-ce l’économie circulaire ?

 

D'après le site du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires (sic), "l’économie circulaire consiste à produire des biens et des services de manière durable en limitant la consommation et le gaspillage des ressources et la production des déchets. Il s’agit de passer d’une société du tout jetable à un modèle économique plus circulaire". Ainsi présentée, l'initiative semble vertueuse même si l'on ne voit pas bien de quoi il s'agit réellement.

 

L'économie circulaire, comme son nom l'indique, vise en fait à dépasser la vision linéaire liée à la consommation, qui va de l'extraction de matière première jusqu'à la mise au rebut en passant par la fabrication et la consommation. Il s'agit alors de lui substituer un modèle de production/consommation fondé sur une gestion durable des ressources, afin notamment d'allonger le cycle de vie des produits. Cela passe ainsi par la réutilisation, la reprise, la rénovation et la réparation des produits, d'où une limitation à la fois de l'extraction de nouvelles matières premières et des déchets, ces derniers devant dans le meilleur des cas servir de matière première pour la fabrication. 

 

Domaines et piliers de l’économie circulaire

 

Les principaux domaines et piliers de l'économie circulaire sont bien résumés sur le schéma ci-dessous :

 

 

[ Source : https://www.oec.corsica/Ecunumia-Circulare_a338.html ]

 

L'économie circulaire est devenue un engagement de développement soutenable de la France, au moins depuis la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte du 18 août 2015. Cette loi doit contribuer à atteindre les objectifs du développement durable (ODD) de l’Agenda 2030.

 

L'article L. 110-1-1 du Code de l'environnement donne alors la définition suivante de l'économie circulaire : "La transition vers une économie circulaire vise à dépasser le modèle économique linéaire consistant à extraire, fabriquer, consommer et jeter en appelant à une consommation sobre et responsable des ressources naturelles et des matières premières primaires ainsi que, par ordre de priorité, à la prévention de la production de déchets, notamment par le réemploi des produits, et, suivant la hiérarchie des modes de traitement des déchets, à une réutilisation, à un recyclage ou, à défaut, à une valorisation des déchets".

 

Le site du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires rappelle que la mise en place de l'économie circulaire nécessite de progresser dans les domaines suivants, qui sont en lien avec le schéma illustrant cet article : l'approvisionnement durable ; l'écoconception ; l’écologie industrielle et territoriale ; l’économie de la fonctionnalité ; la consommation responsable ; l’allongement de la durée d’usage des produits ; l’amélioration de la prévention, de la gestion et du recyclage des déchets.

 

Pour ce faire, la France a publié, en avril 2018, une feuille de route de la transition vers l'économie circulaire avec des objectifs précis (source : https://www.ecologie.gouv.fr/leconomie-circulaire) :

 

* réduction de 30 % par rapport à 2010 de la consommation de ressources dans le PIB ;

* réduction de 50 % par rapport à 2010 des volumes de déchets non dangereux mis en décharge en 2025 ;

* 100 % de plastiques recyclés en 2025 ;

* réduction des émissions de gaz à effet de serre ;

* création de 500 000 emplois supplémentaires.

 

Récupération du concept par le capitalisme

 

Hélas, l'enfer est pavé de bonnes intentions. C'est peu dire que derrière les nombreuses initiatives louables de l'économie circulaire se cachent également de trop nombreux prédateurs du capitalisme (pléonasme ?), plus intéressés par l'idée d'en faire un business rentable qu'écologique. Je crains fort que, d'ores et déjà, le concept d'économie circulaire ne soit devenu la continuation du capitalisme par d'autres moyens. C'est d'ailleurs ce qu'explique avec brio Olivier Passet dans la courte vidéo ci-dessous :

P.S. L'image de cet article provient du site du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

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16 février 2024 5 16 /02 /février /2024 13:51

 

 

"Justice sociale" : voilà une expression qui fait florès dans les médias, à tel point que l'on ne se demande même plus de quoi il s'agit ! Ce faisant, elle se retrouve parfois tellement galvaudée, qu'elle en arrive à désigner l'exact contraire de son sens original, dans la plus pure tradition de la novlangue orwellienne. J'avais évoqué en filigrane la question de la justice sociale dans un récent billet consacré au fonctionnement actuel de la société. Mais, aujourd'hui j'ai eu envie d'aller un peu plus loin, afin de donner aux lecteurs des clés qui lui permettront de s'approprier ce sujet fondamental, tout en m'abstenant de trop longs développements comme j'en avais fait pour la démocratie et la citoyenneté.

 

De l'importance de la justice sociale selon l'ONU

 

Assurément, la justice sociale doit être quelque chose d'important dans la société, puisqu'il existe même une "Journée mondiale de la justice sociale" créée le 26 novembre 2007 par l'Assemblée générale de l'ONU et célébrée chaque année, le 20 février :

L'ONU fonde la justice sociale "sur l’égalité des droits pour tous les peuples et la possibilité pour tous les êtres humains sans discrimination de bénéficier du progrès économique et social partout dans le monde. Promouvoir la justice sociale ne consiste pas simplement à augmenter les revenus et à créer des emplois. C’est aussi une question de droits, de dignité et de liberté d’expression pour les travailleurs et les travailleuses, ainsi que d’autonomie économique, sociale et politique."

 

Cette définition repose à mon sens trop sur la dimension économique, ce que confirme l'adoption, en 2008, par l’Organisation internationale du Travail (OIT) d'une "Déclaration de l’OIT sur la justice sociale pour une mondialisation équitable". Celle-ci met le travail décent au centre de ses préoccupations de justice sociale en lui adjoignant quatre piliers principaux  : "emploi, protection sociale, dialogue social, et droits et principes fondamentaux au travail". Au niveau étatique, les gouvernements ne sont pas en reste, comme en témoigne l'usage ad libitum (ad nauseam ?) de l'expression "justice sociale" par Tony Blair, Emmanuel Macron, François Fillon, François Hollande, Angela Merkel, Donald Trump et tant d'autres, dans des sens parfois très différents ! Il est donc important d'en définir les contours plus précisément.

 

Les contours de la justice sociale

 

La notion de justice sociale apparaît dans le débat politique au XIXe siècle, dans un monde dominé par la notion de classes sociales, sous la plume notamment de John Stuart Mill ("la société doit traiter également bien tous ceux qui sont également bien mérité d'elle"), et désigne l'association de la justice et de la solidarité. Alfred Fouillé (L’idée de justice sociale d’après les écoles contemporaines), Léon Bourgeois (Solidarité) et Émile Durkheim poseront des jalons importants dans la construction de l'État social moderne.

 

Mais ces concepts de justice sociale, d'égalité, d'équité, etc., sont bien évidemment plus anciens et apparaissent, d'une manière ou d'une autre, dès que les Hommes ont cherché à faire société. Aristote avait déjà compris qu'au-delà du couple "justice commutative" (à chacun la même part) et "justice distributive" (à chacun selon son dû), la Cité ne pouvait survivre sans une forme de réciprocité proportionnelle (Éthique à Nicomaque) : "c'est en effet parce que l'on retourne en proportion de ce que l'on reçoit que la Cité se maintient". Vision qui n'est pas sans rappeler ce célèbre sermon de Bossuet intitulé De l'éminente dignité des pauvres, dans lequel on pouvait lire : "Quel est le fardeau des pauvres ? C’est le besoin. Quel est le fardeau des riches ? C’est l’abondance".

 

La justice sociale n'est donc pas une simple perception subjective du juste et de l'injuste à un moment donné, mais bien une construction sociale : ce sont les membres d'une société à un moment donné de leur histoire collective, qui s'accordent sur des principes de justice sociale. D'où la définition la plus générale que l'on puisse en donner : la justice sociale est une distribution de ressources matérielles (ou symboliques comme les droits sociaux), socialement acceptée (=construit socialement suivant des critères comme l'égalité des droits, le mérite, l’égalité des chances...) par les membres de cette société à un moment donné (caractère évolutif de la justice sociale).

 

De cette définition, il découle que les critères d'acceptation sociale peuvent évoluer et même parfois entrer en contradiction : comment concilier, en effet, l'égalité des positions, qui cherche à réduire les inégalités de position sociale des individus, avec l'égalité des chances qui s'intéresse avant tout à l'équité (suppression du déterminisme social) et accepte de facto les inégalités de position sociale ?

 

Différentes conceptions de la justice sociale

 

On l'aura compris, selon les critères d'acceptation sociale retenus, il y a aura des conceptions différentes de la justice sociale, comme le montre Aristote avec les différentes formes de justice présentée plus haut. Au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle, Jeremy Bentham a développé une conception de la justice sociale appelée utilitarisme : une société est juste si elle maximise la somme des utilités (bien-être ?) de ses membres, quelle que soit la répartition des bonheurs individuels. Bref, dans cette vision utilitariste, une société peut être juste même si elle est très inégalitaire en matière économique et sociale, car modifier la répartition des richesses économiques en prenant aux riches est susceptible de réduire la somme des utilités de la société. Mais au fait, comment mesure-t-on en pratique le bonheur, l'utilité ou le bien-être ?
 

John Rawls critiquera cette vision de la justice sociale dans sa théorie de la justice (toujours très attaché à l'homo œconomicus) et déduira de la fiction du "voile d'ignorance" deux principes fondamentaux : le principe de liberté et le principe de différence, ce dernier légitimant les inégalités sociales sous certaines conditions.

 

 

La petite vidéo ci-dessous résume à grands traits ce que nous venons de voir sur l'utilitarisme et la théorie de Rawls :

Dans une vision très individualiste, le libertarisme, dont le grand défenseur est Robert Nozick, place la liberté individuelle et le droit de propriété au fondement de la justice sociale. Ce faisant, toute idée de redistribution est à proscrire, car attentatoire à la propriété privée. De même, il n'est pas envisageable de mener des politiques d'égalité des chances fondées par exemple sur une discrimination positive. Les inégalités économiques et sociales en deviennent donc acceptables.

 

 

Friedrich Hayek, quant à lui, ira jusqu'à nier l'existence même de la justice sociale au nom de la liberté individuelle et du marché libre ! Ainsi, écrivait-il dans Le mirage de la justice sociale, que ce concept est inspiré par "une nostalgie nous rattachant aux traditions du groupe humain des origines, mais qui a perdu toute signification dans la Société Ouverte des hommes libres". Bref, la justice sociale ne serait en fin de compte qu'un fantasme d'hommes incapables de comprendre que "les seuls liens qui maintiennent l'ensemble d'une Grande Société sont purement économiques"...

 

 

Plus proches de nous, les philosophes Axel Honneth et Nancy Fraser ont renouvelé l'analyse de la justice sociale en la fondant sur la reconnaissance, concept reposant selon Honneth sur le droit à l'affection, l'égalité d'accès au droit et l'estime sociale.

 

 

La force d'une idée

 

Pour finir, je me devais de citer Alain Supiot, spécialiste de la justice sociale, qui rappelle avec brio que la justice sociale est par nature une construction morale et politique, donc collective, qui doit beaucoup à l'histoire des conquêtes sociales ! On lui doit notamment un passionnant petit livre intitulé fort intelligemment La force d'une idée, dans lequel il préface le texte d'Alfred Fouillé cité plus haut en brossant à grands traits - mais avec une grande rigueur intellectuelle - l'évolution du concept de justice sociale. 

P.S. L'image de ce billet provient du blog FO retail distribution.

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22 janvier 2024 1 22 /01 /janvier /2024 13:09

 

 

Jeudi 25 janvier à 18h30, je donnerai une conférence à l'Université Populaire de Sarreguemines sur le même modèle que la cafet'éco, que j'avais créée à l'UPSC, il y a plus de 14 ans ! Chacun est libre de prendre quelques notes, de participer en posant ses questions ou simplement d'écouter. Aucun prérequis n'est nécessaire pour suivre cette conférence d'économie.

 

Le thème retenu est le marché qui, selon les tenants de l'économie néoclassique dominante, est susceptible de conduire à un optimum social pour peu qu'il soit libéré de toute entrave. Nous nous interrogerons donc sur la pertinence d'une telle conclusion, ce qui nous amènera à analyser différentes formes d'intégration économique mises en œuvre dans l'histoire économique. Chemin faisant, nous montrerons que la loi du marché, sous laquelle nous vivons aujourd'hui, relève plus de l'exception que de la règle et n'a donc rien de naturel. Au contraire, pour répondre efficacement aux problématiques actuelles (relocalisation, écologie, transition énergétique, plein-emploi...), il importe de les inscrire d'emblée dans un cadre de réflexion socioéconomique et institutionnaliste.

 

Ambitieux programme, esquissé par ailleurs dans mon nouveau livre grand public, Les grands mécanismes de l'économie en clair (3e édition, revue et augmentée), publié aux éditions Ellipses.

 

Renseignements auprès de l'UPSC, qui a fixé les prix suivants :

 

* Membres de l'UP : 5€
* Non-membres de l'UP : 7€
* Étudiants : gratuit

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

Tél : 03 87 09 39 81

Email : contact@upsc-asso.fr

 

 

P.S. L'image de ce billet provient de cette vidéo du site www.lumni.fr

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15 janvier 2024 1 15 /01 /janvier /2024 11:46

 

 

Je suis ravi de vous annoncer la parution d'un manuel d'économie chez Palgrave Macmillan,  auquel j'ai contribué pour les chapitres ayant trait à la monnaie : Ecological Money and Finance - Exploring Sustainable Monetary and Financial Systems. Ce manuel se veut une alternative au paradigme dominant en économie et en finance, c'est pourquoi il privilégie le lien entre théorie économique/financière et sciences sociales. Le fonctionnement et le développement des systèmes monétaires et financiers sont analysés au regard des contraintes de durabilité, afin de mettre en évidence les actions nécessaires pour respecter le Programme de développement durable à l'horizon 2030.

 

Ce livre adopte une perspective pluraliste pour revisiter les fondements de l'économie financière et monétaire dans une perspective de durabilité. Il examine les instruments économiques et financiers qui peuvent être utilisés pour lutter contre les défis écologiques. Il sera, dès lors, utile aux étudiants et aux chercheurs qui s'intéressent à l'économie écologique et à la finance durable.

 

Ce manuel vient par ailleurs de remporter le Financial Times Responsible Business Education Award 2024 !

 

P.S. Nous travaillons depuis quelques mois sur une version française, qui devrait paraître au printemps.

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23 décembre 2023 6 23 /12 /décembre /2023 14:44

 

 

Les fêtes de fin d'année restent associées à une vision familiale, joyeuse et souvent festive. Mais avec tous les événements sociopolitiques et économiques récents, les difficultés s'accumulent pour les ménages et la société dans son ensemble. C'est peut-être alors le bon moment pour (re)prendre son souffle et un peu de champ, ce que j'ai cherché modestement à faire dans cet article en mettant par écrit quelques réflexions sur la société déjà entamées dans divers billets.

 

Le déracinement

 

Dans un monde hyperindividualiste pour ne pas dire simplement égoïste, les valeurs au fondement de la vie en société deviennent floues ou à tout le moins ne sont plus guère défendues. Cela débouche inévitablement sur une forme de déracinement, dont les contours et les conséquences ont été analysés avec brio par Simone Weil dans un livre phare : L'Enracinement, Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain.

 

Reprenant le concept platonicien de "metaxu", c'est-à-dire de pont entre l'individu et le divin, elle en déduisait dans La pesanteur et la grâce, qu'il ne faut priver "aucun être humain de ses metaxu, c’est-à-dire de ces biens relatifs et mélangés (foyer, patrie, traditions, culture, etc.) qui réchauffent et nourrissent l’âme et sans lesquels, en dehors de la sainteté, une vie humaine n’est pas possible". C'est hélas ce qui arrive aujourd'hui, puisque les rapports sociaux et les fondements culturels des sociétés sont remis en cause, débouchant sur ce que le politiste Laurent Bouvet appelé "l’insécurité culturelle", seule à même d'expliquer le malaise français par-delà les explications simplistes liées à la crise économique.

 

Dans L'Enracinement, Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain,  Simone Weil en déduisait que l'"on peut aimer la France pour la gloire qui semble lui assurer une existence étendue au loin dans le temps et dans l'espace. Ou bien on peut l'aimer comme une chose qui, étant terrestre, peut-être détruite, et dont le prix est d'autant plus sensible." (Simone Weil, l'Enracinement, Éditions Gallimard, p. 219). Cela vient confirmer, si besoin était, la conclusion sans appel de Paul Valéry à la fin de la Première Guerre mondiale dans La Crise de l'Esprit, première lettre : "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles".

 

De "l'ère du vide" au "tout à l'ego"

 

Dans ce contexte social et politique extrêmement dégradé, qui a conduit Emmanuel Macron à évoquer un "processus de décivilisation" (peut-être en écho à La civilisation des mœurs du sociologue Norbert Elias ?), il n'a pourtant jamais été autant question de progrès (technique, social, économique et même humain avec le transhumanisme...). À tel point qu'il est permis de s'interroger sur la réalité de ce concept au XXIe siècle, dans la mesure où toute évolution s'en revendique, même si elle est minime, voire contraire à l'idée commune que l'on peut se faire du progrès... Du progrès à l'idéologie du progrès, il n' y a alors qu'un pas, que certains franchissent allégrement !

 

Il est vrai qu'à l'ère du vide de la postmodernité, requalifiée depuis d'hypermodernité par Gilles Lipovetsky, toutes les informations et toutes les idées se valent, dans le maelstrom permanent créé et entretenu par les réseaux sociaux, dans lequel se noient hélas les médias traditionnels. Que pèse alors l'humain dans la société du spectacle et de la communication, chacun cherchant avant tout à faire le buzz sur les réseaux sociaux ? À ce jeu (de cirque), l'individu est conforté dans l'idée qu'au sein de la société il vaut uniquement pour et par lui-même, ce qui le conduit à laisser émerger le pire de lui-même, qualifié de "tout à l'ego" par Régis Debray. Et ce dernier de conclure : "l'individu est tout et le tout n'est plus rien".

 

Pour les plus jeunes, rappelons que le livre de Guy Debord ne concerne pas le pain et les jeux de cirque, comme le croient trop souvent ceux qui ne l'ont pas lu, mais la domination de la marchandise sur nos vies dans le monde capitaliste : "Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles" (parallèle évident avec l’œuvre de Marx). Beaucoup plus loin dans son livre, Guy Debord précisera que "le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images". À l'ère de TikTok et de ses influenceurs, l'on ne saurait mieux dire...

 

La victoire des ludi circenses

 

Une telle société ne peut s’accommoder d'informations complexes, recoupées et mises en perspective, car l'individu dans l'hypermodernité n'a plus le temps ni l'envie d'attendre. D'où le règne de l'instantané et de l'information choc, partagée ad nauseam même s'il s'agit parfois d'une fausse information, qui selon le degré de volonté de nuire peut être qualifiée de mal-information, mésinformation ou de désinformation. Désormais, dans un bulletin d'actualités de 5 minutes diffusé sur une chaîne d'information en continu, il n'est pas rare d'en utiliser 3 pour diffuser des résultats sportifs et les deux restantes pour jeter pêle-mêle tout le reste, qui pourtant est le plus important...

 

Las de devoir concéder 30 minutes de leur vie quotidienne à trouver une information de qualité, trop de personnes se contentent d'un prêchi-prêcha diffusé sur TikTok par des influenceurs qui, comme leur titre l'indique, cherchent avant tout à influencer l'opinion. Et je ne parle même pas des théories du complot, qui pullulent et transforment notre société en démocratie des crédules, comme l'a magnifiquement démontré Gérald Bronner. Il est vrai que sur ces réseaux (a)sociaux, les plus ignorants sont aussi ceux qui s'expriment le plus avec la certitude d'en savoir beaucoup, conformément à l'effet Dunning-Kruger. Heureusement qu'il reste alors tous les ludi circenses (jeux télévisés, applications sur téléphone...) pour remonter le niveau.

 

Le Tittytainment

 

Dans L’Enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes (Climats, 1999), Jean-Claude Michéa analyse de façon pertinente le monde du divertissement dans lequel nous sommes entrés depuis les années 1980, tournant du siècle qui a marqué la victoire de l'idéologie néolibérale dans toutes les disciplines, à commencer par l'économie. À l'analyse critique émancipatrice que l'école cherchait à apprendre à nos parents pour en faire des citoyens actifs (cf. Condorcet), succède un enseignement de l'ignorance indispensable pour éviter la révolte au sein du système capitaliste actuel et sa chute. Et l'enseignement à distance - e-learning pour faire dans le vent -, la classe inversée, les activités pédago-ludiques et autres fadaises n'en sont malheureusement que le dernier avatar. Bilan des courses : chute historique du niveau dans l'enseignement (enquête PISA, TIMSS...), chute historique des vocations à enseigner, chute historique de la volonté à s'engager pour la société...

 

Jean-Claude Michéa fonde une partie de sa démonstration sur le concept de tittytainment, mot-valise employé par Zbigniew Brzezinski lors d'une conférence qui s'est tenue en 1995 sous l’égide de la fondation Gorbatchev. Il s'agissait de fournir une réponse à une évolution perçue comme inévitable par les leaders politiques et économiques de l'époque et qui s'inscrit en plein dans l'actualité avec le développement de l'intelligence artificielle : 80 % de l'humanité deviendra inutile au système capitaliste, car les 20 autres pour cent suffiront à maintenir l'activité économique mondiale ; comment gouverner les Hommes dans ces conditions ? Par le tittytainment bien sûr - version moderne de l’expression romaine Panem et circenses - c'est-à-dire par un savant "cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète".

 

La démocratie d'opinion

 

S'interdisant de réfléchir, les individus ne voient dès lors plus les crises poindre à l'horizon et sont désemparés lorsqu'elles arrivent. Même la politique, par étymologie souci de la chose commune qu'est la cité, est devenue une arène de cirque. Chacun utilise alors son canal médiatique préféré (C8, TF1, YouTube, TikTok, Cnews...) non pas pour combattre des idées, mais pour détruire la réputation de l'adversaire par des attaques ad hominem ou simplement pour mettre des coups d'épée dans l'eau dans l'espoir d'exister.

 

La communication politique à outrance, en raison de sa simplification des problèmes, qui confine désormais à la caricature et permet de parler de tout sans rien en connaître, fait irrémédiablement glisser notre démocratie - si tant est qu'elle existe encore malgré les apparences - vers une "doxocratie" comme l'appelait feu Jacques Julliard, c'est-à-dire un régime politique où l’opinion influence directement les décisions du pouvoir.

 

Ainsi pour chaque problème politique, plutôt que de gouverner, ce qui suppose de prendre des décisions mûrement réfléchies suivant une éthique de responsabilité weberienne et un principe de délégation de souveraineté, les gouvernants préfèrent sonder l'opinion publique dont ils se persuadent à tort qu'elle représente le phare d'une nation. Et pendant la pandémie, le gouvernement composait aussi avec les avis des scientifiques, eux-mêmes liés à l'opinion publique dans le cas du très médiatique professeur Raoult, sans que l'on sache très bien si la science sert désormais de conseillère ou de caution au politique...

 

Ce faisant, sous couvert d'entendre le menu peuple, les gouvernements privilégient explicitement l'instantanéité à la réflexion, les passions à la raison, la superficialité à la profondeur, le préjugé au raisonnement, la joute oratoire stérile au débat politique fécond... En effet, l'opinion publique n'est souvent rien d'autre que la somme des idées dominantes et des préjugés du moment, ce qui on en conviendra fait d'elle une très mauvaise boussole pour prendre des décisions engageant l'État à long terme. Le psychodrame en plusieurs actes de la loi immigration est là pour en témoigner.

 

Joyeuses fêtes tout de même !

 

Une crise devrait être l’occasion de se poser des questions et de changer tout à la fois nos modes de production, nos modes de vie et avant tout nos façons de penser. Gageons qu'un sursaut civique est encore possible pour coopérer sur les grands enjeux sociaux qui nous attendent.

 

Sur ce constat et cet espoir d'une coopération des citoyens, je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d'année !

 

P.S. L'image de billet provient de cet article du site https://www.revuegestion.ca

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9 décembre 2023 6 09 /12 /décembre /2023 14:02

Après avoir évoqué le budget de l'État pour 2024 avec ses hypothèses très optimistes, les Bourses qui tiennent bon pendant que l'immobilier est dans l'expectative, le danger de la remontée des taux d'intérêt, j'ai analysé la dégradation sensible de l'économie en particulier en France et en Allemagne. Parmi les conséquences prévisibles d'une telle détérioration des conditions économiques, il y aura inévitablement une hausse de la pauvreté. Mais au fait, qu'est-ce que la pauvreté ? Comment la mesure-t-on ?

 

L'éradication de la pauvreté, un objectif des politiques publiques

 

Pour commencer, il est bon de rappeler que l'éradication de la pauvreté fait partie des 17 objectifs du développement durable de l'ONU :

 

 

[ Source : https://www.cnis.fr ]

 

En France, nous disposions d'un Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES), qui a fusionné en 2019 avec le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE). D'après sa brochure de communication, le CNLE est "une instance représentative des principaux décideurs et acteurs, institutionnels et associatifs, impliqués dans la mise en œuvre des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale". Sur son site web, l'on trouve de nombreuses statistiques et éléments de compréhension du phénomène de la pauvreté, qui ne résume pas à son aspect monétaire, même s'il s'agit évidemment de celui qui vient spontanément à l'esprit.

La pauvreté monétaire

 

C'est certainement l'indicateur le plus connu, mais qui présente le défaut majeur de ramener la pauvreté à un simple seuil chiffré. Un individu est en effet considéré comme pauvre, au sens monétaire, lorsqu'il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, généralement fixé à 60 % de la médiane des niveaux de vie. En 2021, ce seuil correspond à 1 158 euros par mois pour une personne seule.

 

Si l'on s'intéresse uniquement aux personnes vivant en France métropolitaine dans un ménage dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne de référence n'est pas étudiante, alors ce sont 9,1 millions de personnes résidant en logement ordinaire qui vivent en dessous du seuil de pauvreté monétaire. Soit 14,5 % de la population en France métropolitaine !

 

 

[ Source : Insee ]

 

La petite vidéo ci-dessous résume brièvement ce concept de pauvreté monétaire :

La pauvreté : un phénomène multidimensionnel

 

Mais la pauvreté ne peut à l'évidence se résumer à la seule dimension monétaire, puisqu'il s'agit avant tout d'une question de nature de la privation. C'est ce que montrent les travaux du sociologue Nicolas Duvoux, qui a été nommé président du comité scientifique du CNLE en 2021. L'infographie suivante résume les principaux indicateurs de pauvreté, qui n'ont aucune raison de se recouper, ce qui revient à dire qu'une personne pauvre selon l'un de ces critères ne l'est pas forcément selon un autre :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

En particulier, il faut remarquer que pauvreté ne rime forcément avec chômage, en ce qu'il existe des travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté ou dont les conditions de vie sont très dégradées.

 

 

[ Source : Insee ]

 

C'est d'autant plus le cas que nous subissons actuellement les conséquences conjuguées d'une ubérisation du travail et de la mise en œuvre de politiques de l'emploi dont le seul objectif est de mettre tout le monde au travail, sans réfléchir aux conditions d'exercice. Bienvenue dans le monde de la pauvreté laborieuse ! Pourtant, selon l’Observatoire des inégalités, la France est l’un des pays de l'UE qui réussit encore assez bien à contenir la hausse de la pauvreté monétaire, certes à un seuil élevé. L'efficacité de l'État social français n'y est pas étrangère, comme le montrent de nombreux travaux, dont ceux de l'Insee :

 

 

[ Source : Revenu et patrimoine des ménages 2021 - Insee ]

 

La pauvreté est donc avant tout une question sociale et politique. La ramener à un simple problème économique est un contresens permettant peut-être habilement à des demi-habiles de détourner le regard d'un phénomène difficilement conciliable avec le mantra actuel du progrès permanent... 

 

La Commission européenne l'a bien compris. Chargée de mettre en œuvre (il y a déjà dix ans...) le programme Stratégie UE 2020, elle mesure le phénomène de la pauvreté en y incluant l’exclusion sociale, de sorte que son indicateur tient compte bien sûr de la pauvreté monétaire, mais également de la privation matérielle et sociale grave et de l'intensité de travail au sein des ménages.

Infographie: Pauvreté en Europe : où se situent les Français ? | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

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24 novembre 2023 5 24 /11 /novembre /2023 14:14

 

 

Après avoir évoqué le budget de l'État pour 2024 avec ses hypothèses très optimistes, les Bourses qui tiennent bon pendant que l'immobilier est dans l'expectative, le danger de la remontée des taux d'intérêt, il m'a semblé intéressant de rappeler à quel point l'économie réelle se dégrade... Mais pas qu'en France !

 

Indicateurs conjoncturels à l’orange ou au rouge

 

Plutôt qu'un long discours, voici une petite vidéo d'Alexandre Mirlicourtois, qui résume bien la lente - mais désormais certaine - dégradation dans tous les secteurs économiques : commerce, services et industrie.

Rien d'étonnant donc à ce que la célèbre "courbe du chômage" (cf. François Hollande en 2012) soit sur une mauvaise pente !

 

 

[ Source : Insee, enquête emploi ]

 

Et dire qu'il y a encore 12 mois, d'aucuns se persuadaient que nous étions arrivés au plein emploi à la faveur d'une flexibilisation à outrance du mal nommé marché du travail... Or, il ne s'agissait à l'évidence que d'un recul du chômage conjoncturel sous l'effet d'une reprise post-pandémie.

 

Conséquemment à tout ce qui vient d'être dit, les perspectives de croissance ne sont pas bonnes :

 

 

[ Source : FMI, Perspectives de l'économie mondiale ]

 

La locomotive allemande en panne

 

Les perspectives de croissance ne sont d'ailleurs bonnes nulle part au sein de l'Union européenne (UE) et, en particulier, pas en Allemagne. Notre voisin germain subit, en effet, une crise latente de son modèle productif, les moteurs de sa croissance durant deux décennies s'étant rapidement retournés sous le quadruple impact de la crise dans l'automobile thermique, de la crise énergétique (arrêt des livraisons de gaz russe), de l'inflation et d'un ralentissement de ses exportations, notamment vers la Chine. Au total, le gouvernement allemand a dû se résoudre à créer des fonds d'aide sectorielle notamment pour son industrie, artifice comptable retoqué il y a quelques jours par la Cour constitutionnelle de Karlsruhe.

 

Dans la courte vidéo ci-dessous, Olivier Passet explique qu'il ne faut cependant pas espérer un recentrage de l'Allemagne sur le marché européen. Sa conclusion est sans appel : "Quand l'Allemagne affronte ses difficultés, c'est sur ses propres forces qu'elle mise. Quel qu'en soit le coût pour ses voisins". Cela n'est pas sans rappeler la politique de dévaluation interne compétitive menée par l'Allemagne au mitant des années 2000.

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de Forbes.

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