Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les mécanismes de l'économie 2

50 idées reçues déchiffrées

Mieux comprendre l'économie

Économie BTS

100% BTS

Les grands débats économiques

Les grands débats économiques actuels

La grande saignée économique

grande-saignee-economique couv

Comprendre la dette

dette2

Dictionnaire révolté d'économie

Les mécanismes de l'économie

Gds Mecas eco

Le capitalisme en clair

Les marchés financiers en clair

Concours commun IEP 2017

Concours commun IEP 2016

Concours commun IEP 2015

Mondialisation-IEP.jpg

Concours commun IEP 2014

Travail et culture

Concours commun IEP 2011

63548

Concours commun IEP 2010

iep

Recherche

18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 11:00

 

 

N'en déplaise à certains qui veulent à tout prix se persuader que la zone euro va bien, les nuages noirs ne cessent de s'accumuler pour la bonne raison que l'idéologie qui sous-tend les choix économiques ne pense l'économie qu'au travers du prisme de la concurrence plus ou moins parfaite.

 

C'est pourquoi, après une série de billets sur les principaux problèmes rencontrés par l'économie européenne (les scandales en cascade à la Commission, la crise bancaire imminente, la réalité du travail détaché au sein de l'UE, les conséquences du passage à une économie de service, la segmentation des marchés financiers européens, le retour de la crise grecque, la fin du mythe économique allemand, l'énorme excédent extérieur de la zone euro, les problèmes de compétitivité-coût au sein de la zone euro et  la sortie de l'euro) nous allons aujourd'hui remonter à la racine du mal...

 

La concurrence érigée en principe cardinal

 

Dès l'origine, en 1957, le Traité de Rome disposait :

 

 * article 85 : "Sont incompatibles avec le marché commun et interdits tous accords entre entreprises, toutes décisions d'associations d'entreprises et toutes pratiques concertées, qui sont susceptibles d'affecter le commerce entre États membres et qui ont pour objet ou pour effet d'empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence à l'intérieur du Marché commun, et notamment ceux qui consistent à :

a) fixer de façon directe ou indirecte les prix d'achat ou de vente ou d'autres conditions de transaction ;

b) limiter ou contrôler la production, les débouchés, le développement technique ou les investissements ;

c) répartir les marchés ou les sources d'approvisionnement ;

d) appliquer, à l'égard de partenaires commerciaux, des conditions inégales à des prestations équivalentes en leur infligeant de ce fait un désavantage dans la concurrence ;

e) subordonner la conclusion de contrats à l'acceptation, par les partenaires, de prestations supplémentaires qui, par leur nature ou selon les usages commerciaux, n'ont pas de lien avec l'objet de ces contrats" ;

 

 * article 110 : "En établissant une union douanière entre eux, les États membres entendent contribuer, conformément à l'intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et à la réduction des barrières douanières. La politique commerciale commune tient compte de l'incidence favorable que la suppression des droits entre les États membres peut exercer sur l'accroissement de la force concurrentielle des entreprises de ces États" ;

 

 * article 112 : "Sans préjudice des engagements assumés par les États membres dans le cadre d'autres organisations internationales, les régimes d'aides accordées par les États membres aux exportations vers les pays tiers sont progressivement harmonisés avant la fin de la période de transition, dans la mesure nécessaire pour éviter que la concurrence entre les entreprises de la Communauté soit faussée".

 

Aujourd'hui, c'est encore plus clair, puisque l’article 3 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) confère une compétence exclusive à l’Union européenne en matière d’établissement des règles de concurrence. C'est précisément ce que l'on appelle la politique de concurrence de l'UE et qui part d'un principe vicié comme on peut hélas le lire sur le site de la Représentation française auprès de l'UE : "dans une économie de marché, la concurrence est la situation dans laquelle les acteurs peuvent librement échanger. Dans ce cadre, la politique de concurrence est un moyen d’accroître les richesses et d’atteindre un niveau de prix optimal". Pas un mot sur le bien-être de ceux qui créent ces richesses au sein des entreprises, des administrations ou ailleurs...

 

Bien entendu, nul n'est contre une certaine dose de concurrence afin d'éviter lorsque c'est nécessaire les monopoles et oligopoles, bref les pouvoirs de marché, mais faut-il pour autant créer les conditions de la guerre de tous contre tous ? Entre les deux extrêmes il y a de la marge...

 

Maurice Allais et le "laissez-fairisme"

 

Pour comprendre combien ce principe de libre-concurrence est réputé indiscutable au sein de l'Union européenne, il suffit de garder à l'esprit que Maurice Allais, grand économiste titulaire du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, n'a quasiment jamais été appelé à s'exprimer dans les grands médias depuis qu'il dénonçait les méfaits de cette politique de libéralisation à outrance basée sur la concurrence parfaite.

 

Seul le journal l'Huma lui avait concédé une longue et pertinente entrevue publiée pendant la campagne pour la Constitution européenne de 2005, qui mérite vraiment le détour. En effet, il expliquait avec brio comment le mot libéralisme est devenu synonyme de "laissez-fairisme" et pourquoi le projet de Constitution européenne (rejeté par référendum en France), en fait de protéger contre les excès du libéralisme, "institutionnalise la suppression de toute protection des économies nationales de l’Union européenne". Avec pour résultante la destruction de l'industrie et le chômage de masse !

 

Anticipant la réalité de ce que serait la concurrence commerciale avec des pays à très faibles coûts de la main-d'oeuvre comme la Chine ou l'Inde, Maurice Allais rappelait fort à propos qu'une "mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes, ne peut qu’entraîner finalement partout, dans les pays développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable". Il ajoutait même que la mondialisation ne profitait au fond qu'aux multinationales, ce que nombre de chefs de petites entreprises ont depuis compris à leurs dépens.

 

Quant à ceux qui répétaient déjà en ce temps-là (2005) que la France n'a pas d'avenir sans l'UE, Maurice Allais répondait de manière intelligente : "il est bien certain que la France ne peut avoir d’avenir que dans le cadre européen, mais ce cadre ne saurait se réduire ni à la domination illimitée et irresponsable des nouveaux apparatchiks de Bruxelles, ni à une vaste zone de libre-échange mondialiste ouverte à tous les vents, ni à une domination de fait des États-Unis, eux-mêmes dominés par le pouvoir plus ou moins occulte, mais très puissant, des sociétés multinationales américaines". Le nouveau président de la République française, tout acquis à la mondialisation heureuse, devrait peut-être prendre le temps d'y réfléchir...

 

En tout état de cause, on comprend mieux pourquoi un libéral comme lui s'est attiré très vite les foudres des docteurs Diafoirus de la concurrence...

 

La concurrence par les coûts et la fiscalité au sein de la zone euro

 

Naguère, les problèmes de compétitivité-coût entre nations se réglaient par des dévaluations, bref par des modifications des prix extérieurs liés aux taux de change. Le passage a une monnaie unique ne permet évidemment plus d'utiliser cet instrument de politique économique, bien que les différentiels de compétitivité demeurent très importants entre les États membres de la zone euro. La meilleure solution pour corriger l'hétérogénéité des économies de la zone euro consisterait à disposer d'un mécanisme de transferts de revenus entre États, ce qui revient à parler de fédéralisme européen, c'est-à-dire de l'Arlésienne.

 

Dès lors, l'absence d'ajustement par les taux de change oblige dans les faits les gouvernements à pratiquer des dévaluations internes lorsque leur balance extérieure est trop déséquilibrée. Cette dévaluation interne, ou ajustement nominal, consiste en une baisse de coûts salariaux et des prix dans le but d'améliorer la compétitivité d'un pays. En théorie, comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et la compétitivité s'améliore à l'export. Mais, ce remède de cheval, contrairement aux attentes, conduit le plus souvent à l'effondrement de la demande des ménages en raison de la baisse des salaires réels. Cela débouche alors sur une compression de l'activité et donc sur une hausse du chômage.

 

En résumé, l'ajustement par les coûts de production (graphique 1) et la fiscalité (graphique 2 et 3) s'est substitué à celui par les taux de change, ce qui est bien entendu non coopératif au sein de la zone euro.

 

Graphique 1

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Graphique 2

 

 

[ Source : Challenge ]

 

Graphique 3

 

 

[ Source : Challenge ]

 

Ce que les partisans de la concurrence libre, qui sont aussi souvent les mêmes qui réclament la libéralisation à outrance et la flexibilité (flexisécurité de manière méliorative), omettent de préciser, c'est que tout cela aura à terme des conséquences graves sur l'économie française. En effet, s'il s'agit d'abaisser la fiscalité dans le cadre d'une course à l'échalote et de réduire les coûts de production pour être compétitifs face aux pays comme l'Espagne qui ont des niveaux de gamme proches des nôtres, alors il faudra compter avec des baisses de salaire de l'ordre de 15 % en France et des baisses de dépenses publiques de plus de 5 % ! Je souhaite beaucoup de bonheur au gouvernement pour annoncer cela aux salariés français...

 

Pourtant, afin d'éviter la dépression dans la zone euro, il suffirait d'un minimum de coordination entre les politiques économiques des États membres lorsqu’elles génèrent des externalités comme c'est le cas de la fiscalité. Hélas, à l'ère du chacun pour soi à moins que ce ne soit l'ère du vide, les États européens, pourtant si prompts à donner des leçons dans le monde, ont délibérément choisi de s'engager dans une concurrence fiscale les uns avec les autres au point même de monter les salariés les uns contre les autres au niveau européen dans le cadre du détachement.

 

En définitive, le rêve d'une zone euro construite sur la solidarité entre les peuples s'écrase une nouvelle fois contre le mur de la réalité économique. Flexibilité et concurrence à outrance sont les deux mamelles du dogmatisme qui va tirer par le fond nos entreprises et conduire à la misère salariale. Mais bien entendu, il n'est pas question de modifier une politique qui donne d'aussi mauvais résultats, puisque pour l'instant quelques multinationales en profitent !

 

P.S : l'image de ce billet provient de ce blog : http://blog.octo.com

Partager cet article

Repost 0
12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 10:47

 

 

Depuis 7 ans, j'assure la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs de l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach. L'UPT propose en effet, en partenariat avec la mairie de Forbach, la communauté d'agglomération Forbach Porte de France et la politique de la ville, une aide aux devoirs pour les collégiens et les lycéens de la ville de Forbach pour seulement 10 € par an ! Est-il nécessaire de rappeler qu'il ne s'agit pas d'une garderie, par conséquent les élèves qui viennent sans travail à faire ou qui ont un comportement inadéquat en seront définitivement exclus comme chaque année...

 

 

Fort du succès rencontré l'année passée, où nous avons été contraints d'arrêter les inscriptions dès la fin septembre en raison du nombre très important d'élèves, l'aide aux devoirs est renouvelée pour l'année scolaire 2017/2018. Notre équipe est constituée de professeurs expérimentés. Les séances débuteront le mercredi 04 octobre et auront lieu dans la salle Bruxelles du Burghof, chaque semaine, les mercredis et vendredis de 17h à 19h (accueil des élèves jusqu'à 17h30 maximum, aucun départ avant 19h).

 

Pour s'inscrire, il suffit de se présenter au bureau de l’UPT situé au Burghof, muni impérativement d’une photo d’identité récente

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach (UPT)

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation. Les chefs d'établissements de Forbach ont d'ailleurs été destinataires d'un courrier les informant des tenants et aboutissants de cette aide aux devoirs, qu'ils connaissent bien à présent.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

Partager cet article

Repost 0
4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 19:53

 

 

L'heure de la rentrée vient de sonner ! Après l'important travail qu'a constitué l'écriture de mon nouveau livre grand public, qui paraîtra aux éditions Ellipses au début de l'année 2018, je me replonge dans d'autres projets, afin de continuer à transmettre ma passion de l'économie et donner aux auditeurs des clés pour comprendre les mécanismes économiques. J'aurai ainsi l'occasion de poursuivre mes chroniques économiques bimensuelles sur RCF Jerico Moselle, mais désormais sur le créneau horaire de l'émission Moselle actuelle présentée par Thierry Georges, le mardi vers 18h15 ; la première est pour le mardi 5 septembre et portera sur la loi travail... De plus, je tiendrai également une chronique mensuelle plus courte sur les ondes de Radio Mélodie et ferai quelques interventions sporadiques sur Mosaïk.

 

Pour l'année universitaire 2017/2018, j'ai prévu des interventions dans plusieurs villes, dont je vous parlerai au fur et à mesure de l'année lorsque les dates seront arrêtées définitivement. Aujourd'hui, je commence par la cafet'éco à l'Université Populaire de Sarreguemines, qui prendra cette année la forme d'un groupe unique par manque de temps. Il se tiendra dans la cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, en moyenne un mercredi dans le mois à 18h30. D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, c'est pourquoi l'année dernière je n'ai cessé de modifier mes sujets afin d'aborder le scandale des Panama papers, le prélèvement de l'impôt à la source, les faillites bancaires, la crise en Chine, le Brexit, le blanchiment d'argent sale, les impôts, etc. Je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs, débutants ou non, les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC :

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

Partager cet article

Repost 0
28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 10:48

 

 

J'aurai consacré l'été à écrire un nouveau livre grand public, qui paraîtra au début de l'année 2018 et dont je vous dirai plus très prochainement... J'ai par ailleurs rédigé plusieurs billets sur mon blog, depuis les banques en faillite jusqu'aux intervalles de confiance dans les sondages, en passant par l'excédent extérieur de la zone euro, les problèmes de compétitivité-coûts et la baisse des APL.

 

Le billet d'aujourd'hui est le fruit de mes très nombreuses lectures estivales, car faut-il rappeler cette évidence, écrire des livres, des articles de recherche ou des papiers dans les journaux, nécessite de se documenter longuement. Comme de plus j'ai été invité à donner une petite conférence sur l'histoire de la pensée économique au mois d'octobre, j'ai relu mes classiques dont la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie de Keynes, livre majeur paru en 1936.

 

La critique radicale de Keynes

 

Lorsqu'il écrit sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (publiée en 1936), Keynes veut en découdre avec la domination toute puissante de l'économie néoclassique qui, à l'image de notre époque, a pourtant prouvé son incapacité à rendre compte de la crise.

 

Dès lors, Keynes montre que le fonctionnement du marché du travail, tel que le voient les néoclassiques, est une analyse "supposée simple et évidente qui a été fondée, pratiquement sans discussions, sur deux postulats fondamentaux". Il lui porte ensuite l'estocade en déclarant  : "il se peut que la théorie classique décrive la manière dont nous aimerions que notre économie se comportât. Mais supposer qu'elle se comporte réellement ainsi, c'est supposer que toutes les difficultés sont résolues" !

 

Keynes et le commerce international

 

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire lire cet extrait de la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, qui montre toute la modernité de la réflexion keynésienne.

 

"Nous avons dit en passant que le nouveau système pourrait être plus que l’ancien favorable à la paix. Il convient de revenir et d’insister sur ce sujet.

 

Les causes de la guerre sont multiples. Les dictateurs et leurs semblables, à qui la guerre procure, au moins en perspective, un stimulant délectable, n’ont pas de peine à exciter le sens belliqueux de leurs peuples. Mais il existe en outre des causes économiques de la guerre, qui leur facilitent l’entretien de la flamme populaire, à savoir: la poussée de la population et la compétition autour des débouchés. Cette dernière cause, qui a joué au XIXe siècle et jouera peut-être un rôle prédominant, a un rapport étroit avec notre sujet.

 

Nous avons signalé dans le chapitre précédent que sous un régime de laissez-faire intérieur et d’étalon-or international, comme celui qui était orthodoxe pendant la seconde moitié du XIXe siècle, le seul moyen pour les Gouvernements de soulager la détresse économique de leur pays était de lutter pour la conquête des marchés extérieurs. Les remèdes au chômage chronique ou intermittent se trouvaient tous exclus à l’exception des mesures destinées à améliorer la balance extérieure des revenus.

 

Les économistes avaient coutume de célébrer le système international existant parce qu’il procurait les fruits de la division internationale du travail tout en conciliant les intérêts  des différentes nations; mais ils laissaient dans l’ombre une conséquence moins bienfaisante de ce système. Et certains hommes d’État faisaient preuve de bon sens et d’une juste compréhension de l’ordre réel des choses lorsqu’ils soutenaient qu’un riche et vieux pays qui néglige la lutte pour les débouchés voit sa prospérité décliner et s’évanouir. Or, si les nations pouvaient apprendre à maintenir le plein emploi au moyen de leur seule politique intérieure (et aussi, faut-il ajouter, si elles pouvaient atteindre un équilibre démographique), il ne devrait pas y avoir de force économique importante propre à dresser les intérêts de divers pays les uns contre les autres. Il y aurait encore place pour la division internationale du travail et pour l’octroi de prêts à l’étranger en des conditions appropriées. Mais aucun pays n’aurait plus un motif puissant d’imposer ses produits aux autres pays et de refuser les leurs, comme ils le font aujourd’hui, non parce que cette politique est nécessaire pour leur permettre de payer ce qu’ils désirent acheter à l’étranger, mais parce qu’ils cherchent à rompre ouvertement l’équilibre des paiements de manière à rendre leurs balances commerciales créditrices. Le commerce international cesserait d’être ce qu’il est, c’est-à-dire un expédient désespéré pour préserver l’emploi intérieur des pays en stimulant les ventes  et en restaurant les achats au-dehors; moyen qui, lorsqu’il réussit, ne fait que transférer le problème du chômage au pays le moins bien placé dans la lutte. Il deviendrait un échange de marchandises et de services, réalisé librement et sans obstacles, en des conditions comportant des avantages réciproques."

 

À la recherche désespérée des débouchés internationaux

 

Ainsi, contrairement à ce qu'affirment certains, Keynes n'est pas opposé au libre-échange et à la division internationale du travail, tant s'en faut ! Mais il constate que trop souvent le commerce extérieur sert d'expédient à des nations incapables de lutter autrement contre le chômage. Pour le dire autrement, au lieu de chercher à obtenir le plein-emploi en agissant sur la demande intérieure, les gouvernements se lancent dans une guerre commerciale avec leurs voisins, ce qui revient au fond pour une nation à exporter son chômage chez celles dont l'économie est moins compétitive. Pire, cela peut même déboucher en fin de compte sur de véritables guerres... Qu'il suffise de penser à l'Amérique de Trump et à la Chine de Xi Jinping !

 

Plus généralement, n'est-ce pas ce que font la plupart des gouvernements actuels, français en tête, lorsqu'ils martèlent qu'il faut plus d'entreprises exportatrices pour augmenter la croissance et réduire le chômage, alors qu'en parallèle ils étouffent la demande intérieure par l'austérité ? Ce faisant, les gouvernements se lancent dans une politique commerciale non-coopérative, tout en réduisant de manière indifférenciée les dépenses publiques alors même que les trois-quarts d'entre elles servent à d'autres agents (dépenses de transfert, d'investissement...). Et tout cela avait déjà été compris en 1936. Fermez le ban !

Partager cet article

Repost 0
14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 11:23

 

 

Dans un précédent billet, j'avais expliqué sommairement le fonctionnement des sondages. Aujourd'hui, nous allons approfondir quelque peu la notion d'estimation et expliquer comment se calcule un intervalle de confiance. N'ayez aucune inquiétude, nous verrons cela sur la base d'un exemple simple.

 

L'estimation ponctuelle

 

Comme pour les sondages dont j'avais parlé dans ce billet, si l'on souhaite connaître avec certitude un paramètre de la population, il suffit a priori d'interroger toute la population. Certes, je vous le concède, tout le monde ne dira pas la vérité surtout si la question porte sur le thème de l'argent, mais enfin l'idée est qu'il vaut toujours mieux recenser tout le monde si cela est possible. Bien évidemment, cela coûte cher et prend beaucoup de temps. Dès lors, le statisticien préfère se reporter sur un échantillon représentatif de la population, de sorte que les résultats obtenus sur cet échantillon lui serviront à estimer le paramètre inconnu dans la population totale.

 

 

[ Source : http://sondages-tpe.e-monsite.com ]

 

Bien entendu, la valeur trouvée sur l'échantillon n'a que très peu de chances de correspondre exactement à la valeur réelle du paramètre, c'est ce que l'on appelle l'erreur d'échantillonnage...

 

Prenons l'exemple d'une entreprise de transport de personnes qui souhaite estimer le nombre moyen de personnes transportées chaque jour. On peut très bien décider de réaliser l'étude du 1er janvier au 31 janvier, c'est-à-dire relever le nombre de personnes transportées le 1er janvier, le 2 janvier et ainsi de suite jusqu'au 31, puis simplement faire la moyenne pour estimer le nombre moyen de personnes transportées quotidiennement par cette entreprise. C'est ce que l'on appelle une estimation ponctuelle.

 

Sans être statisticien, le lecteur aura compris qu'un bon estimateur se doit de donner pour chaque échantillon la meilleure approximation possible du paramètre recherché, dans notre exemple le nombre moyen de personnes transportées quotidiennement. Dans le jargon, un tel estimateur est dit sans biais et convergent, c'est-à-dire que l'estimateur doit en moyenne donner la vraie valeur et s'approcher de celle-ci lorsque la taille de l'échantillon augmente.

 

 

[ Source : http://www.statcan.gc.ca ]

 

L'estimation par intervalle de confiance

 

Le problème avec l'estimation ponctuelle est que sa valeur change avec chaque échantillon et qu'il est impossible d'évaluer la précision de l'estimation. Pour le dire simplement, on peut trouver une estimation du nombre de personnes transportées très différente si l'on prend un autre échantillon, c'est-à-dire une autre période de l'année. C'est pourquoi, il est préférable d'adopter une évaluation du paramètre sous forme d'un intervalle qui a de grandes chances de contenir la vraie valeur du paramètre.

 

Sans entrer dans la technique, retenons qu'un intervalle de confiance d'un paramètre au seuil de 95 % signifie que si l'on prélève 100 échantillons de même taille dans la population étudiée, 95 % des intervalles de confiance calculés contiennent la vraie valeur du paramètre.

 

Prenons l'exemple d'une entreprise A qui fabrique des pièces pour l'industrie de diamètre égal à 2,5 mm. L'entreprise B achète les pièces de A et veut s'assurer que les pièces achetées ont bien la taille demandée sous peine de refus et donc de dédommagement financier. Comme elle ne peut à l'évidence pas payer des salariés à contrôler toutes les pièces, elle va se contenter d'en prélever un échantillon, mettons de 50 pièces sur un lot de 1 000. Le but est donc de calculer sur cet échantillon la fluctuation moyenne du diamètre par rapport à la moyenne annoncée de 5 mm, ce que les statisticiens appellent la variance. On trouve 0,0012.

 

Pour ce faire, on suppose d'abord que la totalité des pièces du lot, donc notre population au sens statistique, suit une loi normale également appelée loi de Gauss (vous savez la fameuse courbe en cloche comme ci-dessous) :

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

L'intervalle de confiance au seuil de 95 % de la variance (=fluctuation) de l'ensemble du lot de pièces est donné par une formule compliquée, qui fait intervenir la loi du khi-deux, et que je vous épargne :

 

Dans notre exemple, l'on trouve les valeurs suivantes :

 

 * s'²=(50/49)x0,0050=0,0051 (c'est l'estimateur de la variance)

 

 * borne inférieure = 71,42

 

 * borne supérieure = 32,35

 

On obtient l'intervalle de confiance suivant au seuil de 95 % pour la fluctuation (=variance) : I = [0,0034 ; 0,0077], ce qui signifie que cet intervalle a 95 % de chances de contenir la vraie fluctuation recherchée sur l'ensemble des pièces produites.

 

Retour sur les sondages politiques

 

Désormais, lorsque vous lirez un sondage, surtout politique, n'oubliez jamais de regarder les précisions concernant la taille de l'échantillon et l'intervalle de confiance, car elles sont très importantes pour comprendre les résultats. Hélas, comme toujours, ces informations importantes sont écrites en tout petits caractères sous le sondage...

 

Quoi qu'il en soit, veillez à ne pas tomber dans le travers habituel des experts médiatiques, qui adorent faire dire aux marges d'erreur ce qu'elles ne disent pas. Rappelons tout d'abord que la marge d'erreur, qu'il faudrait en toute rigueur appeler marge d'incertitude, est liée au fait qu'un sondage effectué sur un échantillon donne un résultat évidemment différent de celui que l'on obtiendrait en interrogeant toute la population. Ainsi, si l'on utilise un échantillon de 1 000 personnes, qui est du reste la taille usuelle, la marge d'erreur pour la méthode aléatoire est de 3 %. Elle est de 2 % pour un échantillon de 5 000 personnes et de 1 % pour 10 000 personnes...

 

Dès lors, lorsque vous lisez un sondage politique, qui affirme que le premier candidat est crédité de 25 % des intentions de vote et le deuxième de 21 % avec une marge d'erreur de 2 %, il faut se garder d'en déduire que les deux candidats sont probablement à égalité comme on l'entend trop souvent ! Cela signifie juste que si l'on prélève un grand nombre d'échantillons de même taille dans cette population - bref que l'on refait plusieurs fois de suite le même sondage dans les mêmes conditions - et que les intentions de vote pour le premier candidat sont de manière invariante de 25 % (ce que personne n'a le moyen de savoir à ce stade évidemment), alors il y a 95 % de chances que les nouveaux sondages donnent un résultat aux alentours de 25 %, parfois plus parfois moins.

 

Cela ne permet absolument pas d'en déduire quoi que ce soit sur l'évolution des intentions de vote, d'autant que nous avons supposé dans notre exemple qu'elles étaient définitivement fixées. Mais de telles variations de chiffres servent surtout à vendre des analyses bidons sur l'engouement des électeurs une semaine donnée pour un candidat ou au contraire la déception de ceux-ci, ce qui nous ramène aux errements des doxosophes évoqués par Platon...  

Partager cet article

Repost 0
1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 11:16

 

 

Décidément, depuis son élection, à laquelle j'avais consacré plusieurs billets çà et , Emmanuel Macron multiplie les décisions propres à s'aliéner une partie croissante de la population. Il y eut d'abord la démission du Général de Villiers, qui avait eu le front de soulever devant la représentation nationale les difficultés matérielles et financières (réelles) d'une armée, dont les Français attendent beaucoup sans comprendre que cela passe nécessairement par des moyens à la hauteur des enjeux.

 

Non content d'avoir renié ses promesses concernant les budgets qui seraient sanctuarisés (défense, sécurité, recherche...), le nouveau président de la République a décidé de jouer les coupeurs de coûts au sein de France SA, en mettant tout le monde à contribution, entendez tous les ménages sauf ceux qui verront leur ISF baisser et leur impôt sur le capital être ramené à un taux forfaitaire de 30 %. Dernier avatar en date de cette stratégie perdante pour le plus grand nombre, une baisse de 5 euros par mois de l'aide personnalisée au logement (APL), dès le 1er octobre prochain.

 

Les aides aux logements

 

ll existe 3 types d'allocations logement (non cumulables entre elles), qui visent à diminuer le taux d'effort des ménages (loyer ou prêt) et se distinguent essentiellement par leurs conditions d'attribution ; leur montant dépend notamment des ressources du foyer :

 

 * l'aide personnalisée au logement (APL) : elle est versée pour la résidence principale, à la condition que le logement soit conventionné. En règle générale, l'APL est versée directement au propriétaire ou, en cas d'accession à la propriété, à la banque.

 

 * l'allocation de logement familiale (ALF) : elle est versée en fonction de la situation de la famille, notamment aux bénéficiaires de prestations familiales (allocations familiales, complément familial...) ou de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH).

 

* l'allocation de logement sociale (ALS) : elle est versée à ceux qui ne peuvent prétendre ni à l'APL ni à l'ALF.

 

Coût des différentes aides au logement et nombre de bénéficiaires

 

 

 

 

[ Source : La Tribune ]

 

Les chiffres de l'APL

 

Une infographie qui en dira plus qu'un long discours :

 

 

[ Source : La Voix du Nord ]

 

Tour ça pour boucler le budget ?

 

Mais qu'est donc allé faire le gouvernement dans cette galère, qui ne lui aura rapporté que le mépris d'une bonne partie de la population ? La réponse nous a été donnée par Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, qui cherchait 4,5 milliards d'euros pour boucler le budget et répétait à l'envi qu'il faudra faire des "réformes de structure l'an prochain". Bref, bien qu'il s'en défende, le ministre a tout bêtement appliqué comme ses prédécesseurs un coup de rabot général caché sous le vocable "économies", à charge ensuite pour les différentes ministres d'assumer et de justifier certaines baisses budgétaires injustifiables.

 

Mais pour les APL, prendre le risque de s'aliéner 2 600 000 personnes pour 32,5 millions d'euros "d'économies" par mois, relève soit d'un froid calcul technocratique soit du mépris. Ce d'autant plus que la réforme de l'ISF coûtera au bas mot 3 milliards d'euros aux caisses de l'État pour satisfaire une clientèle électorale de 340 000 contribuables ! Personne ne nie que la politique de l'aide au logement nécessite une remise à plat, ne serait-ce que pour corriger les effets inflationnistes bien connus de ces aides. Mais retrancher 5 euros par mois d'APL ne fera certainement pas baisser les loyers du même montant, c'est là un raisonnement spécieux. En effet, en temps normal, il faut des années pour qu'une telle baisse des loyers se matérialise, si tant est qu'elle se produise un jour, le contre-exemple du Royaume-Uni étant éclairant (baisse des aides sans baisse véritable des loyers...).

 

Bien au contraire, cette somme représentera une perte de pouvoir d'achat pour les ménages les plus modestes, qui comptent sur cette allocation pour se loger. On sait par exemple que les APL représentent 20 % du niveau de vie des 10 % de ménages les plus pauvres. Au surplus, lorsque la moitié des allocataires vit dans le parc social où le loyer est encadré, on ne voit pas bien comment la baisse de l'APL pourrait ne pas avoir de répercussions négatives sur la vie des ménages... Bien sûr, il se trouvera toujours l'idiot utile pour affirmer le contraire et défendre envers et contre tous la parole du maître, c'est même le propre d'une cour (royale) républicaine.

 

D'ailleurs qui se souvient encore que durant le quinquennat précédent, le rabotage des aides au logement avait été un sport fréquent, entre suppression du premier mois de versement par l'inénarrable Cécile Duflot et un subtil arrondi du montant à l'euro inférieur ? En fin de compte, aucun gouvernement ne semble vouloir se lancer dans une véritable remise à plat d'un système à bout de souffle, qui passerait déjà certainement par une réflexion sur le lien entre montant de l'aide et montant du loyer, qui désavantage les plus modestes.

 

Heureusement, certains économistes ont travaillé sérieusement sur la question et proposent par exemple de lier les aides au logement exclusivement aux caractéristiques des ménages qui les perçoivent (zone géographique, revenus, nombre de personnes à charge...). D'autres vont plus loin et suggèrent de fusionner toutes les aides sociales, afin de rendre le système plus lisible, ce qui permettrait entre autres de réduire les coûts de gestion très élevés, que le rapporteur d'un groupe de travail de 2015 sur cette question (François Pupponi) avait estimés à plus de 800 millions d'euros. Enfin, la question du plafonnement des loyers étudiants a refait surface, quand bien même je redoute ce genre de plafonnement qui se termine en général en pénurie de logements.

 

Je l'ai souvent répété sur ce blog, dans toute la zone euro les dirigeants politiques (et Macron en particulier) s'appuient actuellement sur de prétendues lois de l'économie pour préconiser en choeur la même politique de réduction des dépenses publiques, au nom d'une idéologie destructrice que l'on cache sous des noms rassurants (confiance, économie, compétitivité, etc.).

 

Tout cela témoigne du peu de sens des réalités de nos dirigeants, qui regardent la misère et les difficultés mais ne les voient pas. Enfermés dans leur tour d'ivoire, ils se persuadent que tout est affaire de chiffres et d'équilibre sur des marchés, où l'humain ne tient en fin de compte qu'une place marginale. Le pire est que nombre de personnes en Europe, heureusement de moins en moins tout de même, croient le loup lorsqu'il affirme qu'il fait tout cela pour le bien des moutons...

Partager cet article

Repost 0
24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 12:45

 

 

Dans un précédent billet, j'avais évoqué les dangers liés à l'énorme excédent extérieur de la zone euro. Il faisait suite à plusieurs autres billets : le danger de la hausse des taux d'intérêt, l'absence de circulation des capitaux entre pays de la zone euro, les scandales en cascade à la Commission, la crise bancaire en Italie, la réalité du travail détaché au sein de l'UE, les conséquences du passage à une économie de service, une sortie de l'euro est-elle possible ?, la crise grecque, etc.

 

Aujourd'hui, nous allons nous intéresser aux problèmes de compétitivité-coût des pays membres de la zone euro et voir que ceux-ci ne peuvent être corrigés que très partiellement, et encore au prix d'une casse sociale massive...

 

La compétitivité-coût des pays

 

Bien entendu, la compétitivité d'un pays (notion au demeurant délicate à définir) ne dépend pas que des coûts, mais ces derniers en constituent tout de même une part importante dans une économie de marché. C'est pourquoi, l'indicateur le plus souvent retenu est le coût salarial unitaire (coût salarial par unité produite) :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Le problème est évidemment grave lorsque des pays ont des niveaux de gamme de production proches mais des coûts de production divergents. C'est hélas ce qui se passe pour la France, l'Italie et l'Espagne...

 

Comment corriger les différentiels de compétitivité-coût au sein de la zone euro ?

 

Avant la mise en place de la monnaie unique, les problèmes de compétitivité-coût pouvaient se régler par un mécanisme de marché simple : le taux de change. Mais depuis, puisque par définition toute dévaluation monétaire est impossible, les gouvernements utilisent d'autres moyens :

 

 * la dévaluation interne : également appelée ajustement nominal, elle consiste en une baisse de coûts salariaux et des prix dans le but d'améliorer la compétitivité d'un pays. Selon la théorie, comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et la compétitivité s'améliore à l'export. Mais, ce remède de cheval, contrairement aux attentes, conduit le plus souvent à l'effondrement de la demande des ménages en raison de la baisse des salaires réels. Cela débouche alors sur une compression de l'activité à court terme et donc sur une hausse du chômage.

 

 * la dévaluation fiscale : il s'agit d'une substitution d'impôt censée produire les mêmes effets qu'une dévaluation monétaire. On pense notamment à la TVA sociale (qui n'a de social que le nom), qui consiste à basculer sur la TVA une partie des cotisations sociales patronales, de sorte que la TVA augmenterait et le coût du travail baisserait. Ainsi, les prix de la production hors taxes et les prix des exportations baisseraient, tandis que les prix des importations augmenteraient en raison de la hausse de TVA qui pèseraient sur les produits importés. En théorie, cela serait donc équivalent à une dévaluation monétaire : hausse du prix des importations et baisse du prix des exportations. Enfin sur le papier, parce qu'en pratique le pouvoir d'achat souffre lorsque la TVA augmente, car les vases communicants ne fonctionnent jamais aussi parfaitement...

 

Et lorsqu'il ne reste plus aucune solution et que le pays s'enfonce dans la crise économique et sociale, la sortie de l'euro reste l'ultime viatique, malgré ses conséquences potentiellement graves. En effet, le poids de la dette extérieure brute en euros deviendrait colossal et parallèlement il y aurait des pertes massives en capital pour les prêteurs des autres pays. Pour sûr, la zone euro serait alors soumise à une incertitude gigantesque et livrée à la spéculation des marchés financiers, ce qui pourrait être autoréalisateur en ce sens que si les opérateurs de marché anticipaient une sortie d'un autre État de la zone euro, alors les taux d’intérêt souverains augmenteraient et rendraient l'équilibre budgétaire très compliqué jusqu'au point où le gouvernement n'aurait d'autre choix que de quitter lui aussi la zone euro. Mais face à la crise, la fonction première d'un gouvernant c'est aussi de se rendre compte des impasses et d'en tirer les conclusions qui s'imposent...

 

Bien entendu, l'idéal, comme je le proposais déjà dans ce billet par exemple, serait une sortie ordonnée de l'euro avant qu'elle n'arrive par la force des choses, comme l'explique avec brio Jacques Sapir ou plus récemment Joseph Stiglitz. Personne ne nie qu'une  telle solution aurait des conséquences négatives notamment en matière d'inflation et de taux d'intérêt, mais elle constitue en l'état des lieux la seule solution crédible à mes yeux pour reprendre notre destin européen en main. Le chemin sera difficile, mais l'enjeu est de redonner du souffle aux économies meurtries par le carcan monétaire en imaginant peut-être une monnaie commune en substitution à la monnaie unique. 

 

Hélas, nous vivons dans un monde où l'immobilisme le dispute au conformisme, tout en donnant l'illusion du changement. Dès lors, lorsque vous ne proposez pas de solution, on vous taxe de Cassandre, et lorsque vous en faites, on vous déclare fou à lier ! On s'achemine par conséquent vers le pire alors que le meilleur est encore à (re)construire...

Partager cet article

Repost 0
10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 11:04

 

 

Je sais que l'été n'est pas propice à la réflexion sur les nuages noirs, mais il me semble important de poursuivre mes analyses, même si c'est à un rythme un peu moins élevé pour me donner le temps d'écrire un nouveau livre grand public. Pourtant, dans la torpeur estivale, l'actualité économique continue à bouillonner partout en Europe, des banques faisant même faillite en Italie. J'ai déjà eu l'occasion de vous parler du danger que pourrait représenter une hausse des taux d'intérêt à long terme sur la solvabilité des États. Aujourd'hui, je vous propose d'examiner plus en détail l'énorme excédent extérieur de la zone euro qui, s'il fait plaisir à certains commentateurs patentés, inquiète la majorité des économistes.

 

Le constat

 

Tout est résumé par ce graphique :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Ainsi, depuis 2008, la zone euro semble connaître un excédent courant structurel. Dans un précédent billet sur le modèle économique allemand, j'avais par ailleurs montré que l'essentiel de cet excédent extérieur de la zone euro résulte de celui de l'Allemagne dont voici l'évolution :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Pour compléter, il faudrait également rappeler que suite à la crise de la zone euro (en sommes-nous d'ailleurs sortis ?), de nombreux pays en difficulté (Espagne, Italie, Portugal, Irlande et bien entendu la Grèce) ont été contraints de faire disparaître au plus vite leur déficit extérieur par la mise en place de politiques d'austérité pudiquement appelées dévaluations internes (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Un recul du taux d'investissement

 

Pour comprendre ce gigantesque excédent extérieur, il nous faut comparer le taux d’épargne et le taux d’investissement de la zone euro :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

On voit depuis 2010/2011 à la fois une hausse du taux d'épargne de la Nation et une baisse du taux d'investissement. Mais le recul sensible de ce dernier explique certainement l'essentiel de l'excédent extérieur de la zone euro, ce qui est un problème grave puisqu'il implique que la zone euro pourrait investir cet excédent dans une relance globale de son économie !

 

À défaut, ce volume de fonds est prêté hors zone euro, c'est-à-dire placé sous forme de titres... Seul point éventuellement positif de cette situation, c'est qu'un tel excédent de la balance courante crée une importante force de rappel sur l'Euro pour l'empêcher de trop se déprécier face aux autres devises malgré les taux d'intérêt très bas et les sorties de capitaux à long terme.

 

Comment résorber cet excédent extérieur ?

 

Répétons-le : faire disparaître cet excédent extérieur est indispensable pour relancer la demande intérieure de la zone euro. La première façon d'y arriver est évidemment de soutenir la consommation écologiquement soutenable et surtout l'investissement, puisque cela aura un effet d'entraînement sur la productivité et partant la croissance potentielle de la zone euro.

 

À défaut d'investissements privés, c'est l'investissement public qui est visé, car contrairement à ceux qui affirment que l'État ne doit pas intervenir dans l'économie, c'est le moment où jamais qu'il intervienne, ne serait-ce que parce que les taux d'intérêt à long terme sont très bas (la politique monétaire est d'ailleurs arrivée très largement au bout de ce qu'elle peut faire) et que l'activité privée reste globalement atone.

 

Prendre des mesures d'incitation à l'investissement des entreprises est une excellente idée, à condition qu'il ne s'agisse pas d'un miroir aux alouettes comme le plan Juncker. Il faudrait donc imaginer un dispositif qui prenne appui sur un budget de l'UE autrement plus important que ce qu'il pèse actuellement (environ 1 % du PIB de l'UE)...

 

Quoi qu'il en soit, il faut impérativement que l'épargne surabondante de l'Allemagne (et des Pays-Bas) finance des investissements supplémentaires dans les autres pays de la zone euro et non ailleurs dans le monde, comme c'est le cas actuellement ! Au demeurant, c'est précisément l'un des facteurs qui me rend très pessimiste sur l'avenir de la zone euro, d'autant que la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro n'est plus qu'un lointain souvenir (ce qui contraint toujours les pays à rester à l'équilibre commercial)...

 

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin sur ces questions, j'ai consacré plusieurs fiches de mon dernier livre, Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, à ces questions d'importations/exportations, d'épargne de la nation, de compétitivité allemande et de balances courantes.

Partager cet article

Repost 0
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 12:40

 

 

Pendant que la France glisse dans une torpeur estivale, l'actualité économique continue à bouillonner partout en Europe, sous le regard hagard des uns qui pensent que l'élection d'un nouveau président de la République réglera tous les problèmes, et sous le regard incrédule des autres qui s'imaginent que si le système ne s'est pas encore écrasé jusque-là il résistera bien encore quelques décennies.

 

Est-ce à dire que la misère économique est moins pénible à supporter au soleil pour paraphraser Aznavour ? Ou bien l'optimisme devient-il sans borne en cette période, au point de ne pas voir que l'état du système bancaire européen est préoccupant comme le montre le cas des banques italiennes ?

 

Bref retour en arrière sur le cas Monte dei Paschi

 

Il est utile de commencer par un bref retour en arrière pour évoquer la situation de Monte dei Paschi (BMPS), qui en 2016 avait défrayé la chronique avec ses 26 milliards d'euros de créances douteuses. Pour lui éviter la faillite, le gouvernement italien avait volé à son secours dans le cadre de ce que la Commission européenne appelle pudiquement une "recapitalisation préventive", qui normalement n'est réservée qu'aux banques en difficulté mais solvables.

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Coût de l'opération : 6,6 milliards d'euros pour l'État italien sur les 8,8 milliards d'euros nécessaires au sauvetage de la banque, ce qui revient de facto à une nationalisation... Or, contrairement aux règles de l'Union bancaire exposées dans le dernier paragraphe de ce billet, les créanciers n'ont pas systématiquement été mis à contribution, les porteurs d'obligations ayant même obtenu le privilège de demander un remboursement !

 

17 milliards pour sauver deux banques ?

 

À force de n'évoquer que les sauvetages réussis comme ceux d'UniCredit, qui a levé 13 milliards d'euros sur les marchés, on finit par ne plus voir le gros grain de sable qui enraille la machine bancaire. Ce sont en effet deux banques vénitiennes, Banco Popolare di Vicenza et Veneto Banca, qui risquent désormais la faillite. Dans un premier temps, l'État italien va dépenser 4,7 milliards d'euros pour permettre à une autre banque, Intesa Sanpaolo, de reprendre les activités saines des deux banques vénitiennes... pour un euro symbolique ! Mais le total des garanties publiques pourra monter jusqu'à 17 milliards d'euros !

 

Bien entendu, Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, n'a rien trouvé à redire à ce nouveau coup de canif dans les règles européennes. Pire, ses services ont approuvé ce plan de sauvetage, car il sera réalisé "conformément aux lois nationales d’insolvabilité" (sic !). Et si l'établissement bancaire avait été grec ?

 

À ce stade, j'imagine que le lecteur averti se demande où vont passer les créances douteuses qu'Intesa Sanpaolo n'a pas achetées ? Il s'agira comme toujours de les loger dans une structure de défaisance (bad bank en anglais), à charge pour cette dernière de recouvrer une partie des créances ou de les liquider d'une manière ou d'une autre avec la garantie de l'État au passif, bref de trouver dans quelques années des pigeons pour acheter à un prix pas trop vil ces actifs illiquides et souvent pourris... D'où les 17 milliards d'euros de garanties publiques évoqués plus haut si d'aventure personne n'était intéressé !

 

Mais que se passe-t-il donc en Italie ?

 

Il y a un an, j'ai expliqué dans un billet qu'il fallait s'attendre à une crise bancaire imminente au sein de la zone euro, car le système demeure fragile. Et je ne m'étais pas trompé, puisque l'on assiste désormais à l'agonie de certaines banques italiennes ! Et ceux qui soutiennent que les nouveaux mécanismes européens en vigueur empêchent un tel scénario de se réaliser sont dans l'erreur ou le déni, comme le prouve l'intervention massive de l'État italien vue plus haut pour juguler ces défaillances bancaires.

 

Un graphique suffira pour comprendre l'ampleur du problème :

 

 

[ Source : Bruegel ]

 

La part des créances douteuses et litigieuses (appelées prêts non performants) dans les bilans bancaires atteint désormais 18 % en Italie, 12 % au Portugal et 34 % en Grèce. Pour fixer les idées, au-delà de 1 à 2 % les petits problèmes des banques deviennent de gros problèmes pour tout le système bancaire du pays (360 milliards d'euros pour l'Italie tout de même...).

 

Sur la base d'un indicateur un peu différent, le Texas ratio, l'on obtient le tableau suivant des banques en difficulté face à la croissance des créances douteuses :

 

 

[ Source : Bloomberg ]

 

Le plus grave est que l'augmentation des prêts non performants en Italie ne résulte pas d'une bulle immobilière comme en Espagne, mais bien de la stagnation économique qui empêche les PME italiennes destinataires de ces prêts de les rembourser rubis sur l'ongle.

 

Or, selon les nouvelles règles de l'Union bancaire européenne entrée en vigueur le 1er janvier 2016, et à laquelle j'avais consacré un long billet, les règles de renflouement sont désormais les suivantes : le Fonds de résolution ne pourra pas être utilisé  avant que 8 % du passif de la banque ait fait l’objet d’un bail-in. Par ailleurs, l’intervention du Fonds ne pourra être supérieure à 5 % du passif de la banque.

 

En termes clairs, cela signifie simplement que lorsqu'une banque sera en faillite, les premiers à mettre au pot seront les actionnaires et les prêteurs (d'où le nom de bail-in), qui devront couvrir au minimum 8 % des pertes de la banque. Si cela ne suffit pas, il sera possible de faire appel à des fonds nationaux de résolution, abondés par le secteur bancaire. Enfin, les ménages et les PME seront partiellement protégés puisqu'il a été confirmé que leurs dépôts seront garantis à hauteur de 100 000 euros.

 

Hélas, ce ne sont pas toujours les plus riches qui ont placé leur argent dans des titres de dette de leur banque :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Voilà pourquoi l'État italien semble vouloir éviter à tout prix un bail-in, qui ruinerait les petits épargnants et conduirait dans le climat actuel à une explosion sociale ! Il y a un an, j'avais d'ailleurs réalisé une petite vidéo pour expliquer la crise économique et financière en Italie :

En définitive, certaines banques italiennes sont dans un état épouvantable, mais bien entendu leurs dirigeants ne sont pas inquiet(és), puisqu'en tout état de cause ce sont à nouveau les citoyens-contribuables qui vont mettre la main à la bourse pour sauver ces établissements ! Et dire que ce sont les Italiens qui ont inventé le mot banqueroute avec l'expression banca rotta, qui désignait au Moyen-Âge le fait de casser la table de comptoir qui servait à un financier à effectuer ses affaires.

 

Et si à défaut de casser on se contentait déjà de retourner la table, pour éviter que les bénéfices soient systématiquement privatisés et les pertes socialisées ?

 

P.S : l'image de ce billet provient de ce blog.

Partager cet article

Repost 0
19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 11:08

 

 

Après mes billets politiques (la politique économique selon Macron, l'absence de choix et la crise qui couve et les vrais résultats de l'élection présidentielle) et de nombreuses analyses plus économiques (la flexisécurité, le danger de la hausse des taux d'intérêt, les problèmes économiques de la Chine), on m'a demandé de m'exprimer sur le résultat des élections législatives. Je vais m'y prêter de bonnes grâces d'autant que guette le danger d'une démocratie sans opposition...

 

Les résultats des élections législatives

 

Tout est dit sur l'infographie suivante pour le 1er puis le second tour :

 

 

[ Source : le JDD ]

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Vous noterez au passage la relative contre-performance par rapport aux prévisions des sondage après le 1er tour, dont j'avais expliqué dans ce billet pourquoi il fallait les interpréter avec prudence...

 

Le peuple emporté par une passion collective ?

 

Rares auront été les observateurs avisés capables d'expliquer pourquoi le projet de loi du travail défendu par le gouvernement conduira inévitablement à la casse sociale, comme je l'analysais dans ce billet sur la flexisécurité. Pourtant, on notera l'excellente tribune dans le Monde de Marie Wierink, chercheur à l'IRES, qui montrait que les réformes du marché du travail aux Pays-Bas, très proches de celles dont rêve Macron, ont eu un bilan désastreux...

 

Mais emportés par une vague de passion collective dont Simone Weil nous montrait tout le danger, les rares électeurs semblaient prêts à voter pour n'importe quel candidat affublé de la couleur orange LREM, quitte à oublier la loi El Khomri, simple préfiguration de l'horreur de la prochaine loi travail. Ils ne semblent même plus se souvenir que le député, bien qu'élu dans une circonscription, est un représentant de la nation et donc qu'il n'a pas vocation à oeuvrer au niveau local (sauf pour sa réélection...) mais bien à voter les lois ! Et lorsqu'on connaît les dégâts qui ont résulté par le passé de l'obligation de respecter la ligne du parti, quel qu'il soit du reste, on ne peut que s'inquiéter lorsque l'opposition est réduite à peau de chagrin...

 

Dans trente ans, les historiens qualifieront probablement cette Assemblée nationale de 8e "Chambre introuvable", dans le sens où elle n'offre aucune possibilité de débat véritable comme les 7 précédentes :  Restauration (août 1815 - septembre 1816), retour des monarchistes (février 1871 - février 1875), victoire du camp républicain avec Gambetta notamment (septembre 1881 - octobre 1885), la Chambre bleu horizon du bloc national conduit par Clemenceau qui compte beaucoup d'anciens combattants et de néophytes (novembre 1919 - mai 1924), la Chambre anti-chienlit de juin 1968, la vague rose de 1981 et enfin le retour de la droite en 1993. Gageons qu'elle ne devienne pas non plus "plus royaliste que le Roi" pour reprendre les mots de Louis XVIII effrayé par la surenchère des députés ultra-royalistes de 1815...

 

Comment espérer dans ces conditions que l'expression du peuple puisse être conforme à la justice et à la vérité, bref à l'intérêt général pour faire simple ? Je passe du reste sur l'emploi de l'expression "société civile", détournée de son sens gramscien pour ne plus désigner que des candidats sans mandat, mais qui peuvent avoir des fonctions d'auxiliaires dans la vie politique ou être militants. Bref, encore un détournement de sens à des fins de marketing politique. Les Romains faisaient en pareil cas utilement la distinction entre populus et turba...

 

Toujours est-il qu'à l'arrivée, comme le faisait remarquer Jacques Sapir après le 1er tour des élections législatives, la majorité présidentielle est en fin de compte historiquement très faible au regard du grand nombre de sièges obtenus :

 

 

[ Source des données : Jacques Sapir ]

 

Les ressorts de l'abstention

 

Certes, ces résultats doivent être tempérés en raison de l'abstention massive au 1er tour et encore plus au second (record depuis 1969 !), qui démontre certainement au passage l'existence d'un (re)sentiment diffus à l'égard d'un mode de fonctionnement électoral qui fait la part belle au vainqueur et ne laisse que des miettes aux autres candidats. Vae victis disaient nos ancêtres latins, winner takes all disent de nos jours les jeunes branchés de la Silicon Valley...

 

[ Source : Les Échos ]

 

 

[ Source : Le Parisien ]

 

Mais il y a fort à parier que si les élections législatives, plutôt que d'être au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, étaient à la proportionnelle intégrale, de nombreux électeurs qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen au 1er tour de l'élection présidentielle iraient aux urnes conscients que leur vote pèse dans la balance électorale. Il est donc honteux d'accuser tous les électeurs abstentionnistes de fainéants (même s'il y en a), comme j'ai pu le lire çà et là sous la plume de commentateurs de la vie politique réputés avertis...

 

Pour ma part, lorsque je vois l'évolution de la participation, qui n'est bien sûr que le symétrique de l'abstention, je ne peux m'empêcher d'y voir un grave dysfonctionnement de la démocratie annonciateur d'une crise politique majeure typique de la fin d'un régime : 

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Il suffit par ailleurs de jeter un oeil sur cette enquête IPSOS, que nos politiques préfèrent ignorer d'un revers de la main, pour comprendre que de plus en plus de citoyens perdent confiance dans la démocratie :

 

 

[ Source : IPSOS ]

 

Pire, ils tiennent de moins en moins à ce régime, quand bien même serait-il "le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres" (Churchill), et sont tentés par d'autres horizons dont on peut raisonnablement supposer qu'ils seront beaucoup plus liberticides. Mais seule la génération des plus de 80 ans peut encore nous l'affirmer avec certitude pour l'avoir vécu, les autres se contentant de penser que la paix est nécessairement un projet perpétuel, comme le pensaient à tort d'illustres savants comme l'abbé de Saint-Pierre, Rousseau ou Kant.  

 

 

[ Source : IPSOS ]

 

De plus, à force de faire d'un adversaire politique un ennemi honni contre lequel il faut absolument faire barrage, on transforme l'élection sinon en combat à mort au moins en simulacre d'élection où le vainqueur tout relatif du premier tour est systématiquement vainqueur par KO au second ! Élections, piège à cons disait-on en 1973 dans les Temps Modernes... 

 

Lors d'une discussion animée, une personne m'expliquait qu'elle prenait le risque d'une majorité macroniste écrasante à l'Assemblée nationale, afin que ce gouvernement puisse (enfin) faire avancer les choses sans tergiversations inutiles. C'est oublier simplement que la démocratie est par définition le régime de la confrontation d'idées et de points de vue, seul moyen viable trouvé par les Hommes pour éviter de les exprimer au travers de conflits violents. Au fond, en poussant plus avant cette logique d'efficacité, il eût été bien préférable de (re)mettre au pouvoir un monarque sans Assemblée nationale et tout bonnement sans corps intermédiaires. Curieusement, lorsque j'ai dit cela, la discussion s'est arrêtée...

 

Et si l'Assemblée nationale était élue au scrutin proportionnel ?

 

Tout dépend évidemment de la "dose de proportionnelle" pour reprendre les termes employés par le Premier ministre, Édouard Philippe. Le Figaro a calculé, sur la base des résultats du 1er tour, quelle serait la composition de l'Assemblée nationale avec 10 % de proportionnelle et une proportionnelle intégrale : 

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Avec une proportionnelle de 10 %, le visage de l'Assemblée nationale n'en ressort pas profondément modifié, alors qu'avec une proportionnelle intégrale du type IVe République, c'est un rapport de force différent qui se dessine nécessitant de négocier des alliances politiques. Gouverner devient alors un exercice bien plus périlleux, comme l'a démontré l'exemple français entre 1946 et 1958 !

 

Pour ceux qui ne sont pas trop à l'aise avec cette notion de scrutin proportionnel, voici une petite vidéo très didactique :

Gardons toujours à l'esprit que le 1er tour de l'élection présidentielle n'a pas permis de départager les candidats, malgré une participation massive et des médias qui répétaient à l'envi qu'Emmanuel Macron serait très largement en tête, comme je le rappelais dans ce billet. L'infographie ci-dessous montre si besoin est qu'au premier tour de l'élection présidentielle ce sont quatre candidats qui sont arrivés en tête :

 

 

[ Source : Europe 1 ]

 

Dans ces conditions, il devenait évident que le nouveau président de la République serait minoritaire dans les coeurs des citoyens quand bien même le "dégagisme" (que nous avons déjà connu en France avec Pierre Poujade et son célèbre mot d'ordre "sortez les sortants") permettrait-il d'obtenir une majorité absolue à l'Assemblée nationale, ce qui est advenu du reste...

 

Seul un scrutin assez largement proportionnel, avec tout ce qu'il suppose hélas de problème à gouverner et dont je ne suis pas nécessairement partisan, aurait alors pu éventuellement empêcher le régime actuel de sombrer corps et biens. Mais l'Assemblée nationale dans ce cas aurait été bien plus proche des préférences politiques réelles, en ce qu'elle aurait renoué le lien distendu entre la représentation légale et la nation réelle.

 

Et si le vote pour le parti de Macron n'était au fond qu'un vote réactionnaire peinturluré des couleurs du progressisme tant à la mode ? Autrement dit, les électeurs du parti macroniste ne défendent-ils pas en premier, peut-être à leur corps défendant, le système actuel qui protège leurs acquis (financiers, politiques,...) et répond à leur vision d'une mondialisation heureuse au travers d'une Europe unie ? Comme l'affirmait Tancredi dans le Guépard de Lampedusa : "il faut que tout change pour que rien ne change"...

 

Face à ce raz-de-marée orange, il n'existe donc officiellement plus d'opposition au sein de l'Assemblée nationale en France et cela ne semble pas déranger outre mesure médias et citoyens. Nous courons donc le risque d'une hyper-présidentialisation, qui ferait passer le mandat Sarkozy pour une aimable coquetterie politique.

 

Or, quand plus aucune voix discordante ne peut se faire entendre au sein des institutions politiques, il ne reste alors plus que la rue pour s'exprimer au risque d'y voir les tensions et le ressentiment atteindre un paroxysme. Et encore, les manifestations seront-elles encore envisageables lorsque nous vivrons sous l'état d'urgence permanent dont s'inquiètent même les éditorialistes du New York Times

Partager cet article

Repost 0

Archives