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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 15:14

 

 

Après avoir évoqué ici et les cours à destination du grand public que je donnerai cette année, il m'a semblé nécessaire de faire une incursion dans le monde du droit communautaire, pour analyser la question des travailleurs détachés dans l'Union européenne.

 

Qu'est-ce qu'un travailleur détaché ?

 

Dans le cadre de la directive européenne de 1996, "tout travailleur qui, pendant une période limitée, exécute son travail sur le territoire d’un État membre autre que l’État sur le territoire duquel il travaille habituellement" doit être considéré comme détaché.

 

Une entreprise dont le siège social est établi à l'étranger peut donc détacher temporairement des salariés en France pour une mission précise (à la différence des travailleurs mobiles, qui eux s'installent durablement dans un État membre), à condition d'effectuer au préalable une déclaration de détachement à l'inspection du travail dont dépend le lieu de sa prestation. Les activités qui ouvrent droit au détachement de salariés sont les suivantes :

 

 * sous-traitance ;

 

 * mise à disposition à but non lucratif de personnel entre entreprises d'un même groupe ;

 

 * mise à disposition d'intérimaires ;

 

 * auto-prestation (par exemple livraison d'un client en France par une entreprise étrangère).

 

Les règles du détachement de salariés

 

En vertu des règles européennes (directive de 1996 sur le détachement et directive d'exécution de 2014) qui doivent garantir une concurrence loyale et le respect des droits des travailleurs dans le cadre du marché unique, les travailleurs détachés dans un autre État membre sont soumis, pendant toute la durée du détachement, aux règles locales en matière de rémunération et de conditions de travail.

 

En France, il n’est par conséquent pas possible de payer un salarié détaché au-dessous du SMIC, même si par définition l’employeur qui verse les salaires est établi à l’étranger. En revanche, les cotisations sociales du pays d’accueil ne sont pas applicables aux salariés détachés.

 

Évolution du nombre de travailleurs détachés

 

Deux infographies qui en disent plus long que des chiffres :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Le problème soulevé

 

Plus haut, nous avons rappelé, et c'est le point litigieux, que les cotisations sociales et autres prélèvements de sécurité sociale ne sont pas applicables aux salariés détachés. Autrement dit, c'est le droit du pays d'origine des salariés détachés qui s'applique, ce qui permet à ces derniers d'être souvent bien plus compétitifs que leurs homologues français, même à salaire égal ! C'est la fameuse image d'Épinal du plombier polonais ou du maçon portugais qui pratiquent le dumping social dans l'hexagone (et bien entendu dans toute l'UE)...

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Ceux d'entre vous qui ont un peu de temps devant eux pourront utilement revoir ce numéro de Cash investigation sur les salariés à prix cassés, car il va sans dire que les abus se multiplient (ponctions de frais indus sur les salaires, détachement en cascade pour minimiser les responsabilités, conditions de travail indignes, etc.), bien que la directive d'exécution de 2014, évoquée plus haut, visât précisément à lutter contre la fraude et l'optimisation des règles sociales.

 

 

La révision de la directive de 1996

 

Face aux nombreuses protestations émises par les chefs d'États nationaux, la Commission européenne a proposé une révision des règles sur le détachement de travailleurs au sein de l'UE afin de limiter ces abus. Il s'agirait essentiellement d'apporter les changements suivants :

 

 * affirmation du principe "à travail égal, rémunération égale", ce qui revient à dire que le plombier polonais détaché toucherait la même chose que le plombier français à travail égal (primes, 13e mois, etc.) ;

 

 * affirmation de l'égalité de conditions entre l'intérimaire international et l'intérimaire national ;

 

 * limitation à vingt-quatre mois de la durée de la mission en détachement.

 

Hélas, 11 États emmenés par la Hongrie (Bulgarie, Hongrie, Croatie, République tchèque, Estonie, Roumanie, Lituanie, Lettonie, Slovaquie et Danemark), ont décidé de peser de tout leur poids pour empêcher toute modification de la directive de 1996.

 

Il est vrai qu'après avoir accordé en début d'année de grandes largesses sur ces questions au Royaume-Uni, pour tenter d'éviter le Brexit, ces pays se sentent mal récompensés et craignent de voir la manne financière leur échapper. Et puis, lorsqu'il s'agit d'argent, il est intéressant de remarquer que les nationalistes et souverainistes comme Viktor Orban se sentent subitement très européens...

 

Or, pour que cette nouvelle mouture de la directive détachement entre en vigueur, il faut justement que le Conseil européen et le Parlement donnent leur feu vert. Les passes d'armes risquent donc d'être nombreuses et virulentes dans les prochaines semaines, d'autant que nous entrons en période électorale tant en France qu'en Allemagne. Heureusement, la France a envoyé son meilleur atout pour négocier avec les récalcitrants Européens : Myriam El Khomri !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article de Ouest France.

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 10:49

 

 

Lors de mes conférences et cafets'éco, je cherche avant tout à donner aux auditeurs des clés pour comprendre et analyser le monde économique, afin d'échapper à la pensée unique qui poursuit ses ravages malgré la crise ! Il suffit pour s'en convaincre de parcourir le livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg... C'est pourquoi, je propose depuis quelques années à l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach un module d'économie ouvert à tous sans connaissances préalables.

 

Dans le prolongement de mon livre grand public les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition (paru en avril aux éditions Ellipses), je propose dès lors une initiation à l’analyse économique sous une forme claire et accessible, dont l’humour n’est pas exclu. Une fois par mois, le mardi, nous passerons ainsi 1h30 à comprendre les grands mécanismes économiques afin de mieux suivre les débats actuels qui, dans une démocratie véritable, ne doivent plus rester entre les mains d'une petite minorité "d'experts médiatiques".

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Je prévois 5 séances d'1h30, un mardi dans le mois de 18h30 à 20h (attention, les dates du premier semestre indiquées dans le catalogue de l'UPT sont justes, mais celles du second sont erronées). L'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

En complément de ce cours, je me propose de continuer à décrypter l'économie dans le cadre de mes conférences à l'UPT de Forbach. La première est fixée au mardi 15 novembre à 19h. Comme les autres années, les sujets seront abordables par tous et ne nécessiteront aucune connaissance particulière.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Je propose également cette année de prendre un peu de champ et de travailler sur l'histoire des faits économiques. Comprendre le présent en s’appuyant sur l’histoire économique, telle est la modeste ambition de ce cours. La crise économique que nous traversons est, en effet, une invitation à analyser l’évolution des structures économiques à travers l’histoire, afin d’en tirer des leçons pour nos sociétés modernes.

 

Pour ce faire, nous chercherons à étudier de manière simple, en 5 cours d'1h30, certains temps forts de l’histoire économique, en montrant que les questions économiques ont toujours été intimement liées aux structures politiques, religieuses et sociales.   

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Les inscriptions se font auprès de l'UPT :

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 18:54

 

 

L'heure de la rentrée vient de sonner ! Après l'important travail qu'a constitué l'écriture de mon nouveau livre grand public les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition (paru en avril aux éditions Ellipses), je me replonge dans d'autres projets, afin de continuer à transmettre ma passion de l'économie et donner aux auditeurs des clés pour comprendre les mécanismes économiques. Ce sera aussi l'occasion de poursuivre mes chroniques économiques sur Radio Jerico, un mardi sur deux vers 9h50 ; la première est pour le mardi 13 septembre.

 

Pour l'année universitaire 2016/2017, j'ai prévu des interventions dans plusieurs villes, dont je vous parlerai au fur et à mesure de l'année lorsque les dates seront arrêtées définitivement. Aujourd'hui, je commence par la cafet'éco à l'Université Populaire de Sarreguemines.

 

Il s'agit en fait de deux cours, l'un pour les débutants et l'autre pour ceux qui ont déjà des connaissances en économie, qui se tiendront dans la cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, en moyenne un mercredi dans le mois à 18h30. D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, c'est pourquoi l'année dernière je n'ai cessé de modifier mes sujets afin d'aborder le scandale des Panama papers, le prélèvement de l'impôt à la source, la loi travail, la panique sur les marchés financiers, les enjeux de la COP21, la crise en Chine, le Brexit, etc. Je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs, débutants ou non, les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

En complément de ces cours que je dispense depuis 7 ans, je propose depuis l'année dernière un cours d'histoire des faits économiques. Comprendre le présent en s’appuyant sur l’histoire économique : telle est la modeste ambition de ce cours. La crise économique que nous traversons est, en effet, une invitation à analyser l’évolution des structures économiques à travers l’histoire, afin d’en tirer des leçons pour nos sociétés modernes.

 

Pour ce faire, nous chercherons à étudier de manière simple, en 4 cours d'1h30, certains temps forts de l’histoire économique, en montrant que les questions économiques ont toujours été intimement liées aux structures politiques, religieuses et sociales.   

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Les inscriptions se font auprès de l'UPSC :

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 13:06

 

 

Depuis 6 ans, j'assure la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs de l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach. L'UPT propose en effet, en partenariat avec la mairie de Forbach, la communauté d'agglomération Forbach Porte de France, le CUCS via l'Acsé, une aide aux devoirs pour les collégiens et les lycéens de la ville de Forbach pour seulement 10 € par an !

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Fort du succès rencontré l'année passée, où nous avons été contraints d'arrêter les inscriptions dès la fin septembre en raison du nombre très important d'élèves (plus de 60 !), l'aide aux devoirs est renouvelée pour l'année scolaire 2016/2017. Notre équipe est constituée de professeurs expérimentés, recrutés par les services de l’Université Populaire Transfrontalière. Les séances débuteront le mercredi 05 octobre et auront lieu dans la salle Bruxelles du Burghof, chaque semaine, les mercredis et vendredis de 17h à 19h (accueil des élèves jusqu'à 17h30 maximum, aucun départ avant 19h).

 

Pour s'inscrire, il suffit de se présenter au bureau de l’UPT situé au Burghof, muni impérativement d’une photo d’identité récente

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach (UPT)

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation. Les chefs d'établissements de Forbach ont d'ailleurs été destinataires d'un courrier les informant des tenants et aboutissants de cette aide aux devoirs, qu'ils connaissent bien à présent.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 12:26

 

 

En ce mois d'août qui nous promet encore quelques journées de grosses chaleurs dont on fait beaucoup de cas, j'ai voulu réagir à mon échelle au traitement de l'actualité par les médias et à l'affaiblissement de l'intérêt des Français pour la politique de la cité. En effet, entre le début du championnat d'Europe de football en France et la fin des jeux olympiques à Rio, j'ai eu le désagréable sentiment que l'actualité sportive avait évincé à peu près tout le reste... c'est-à-dire l'essentiel et que cela ne dérangeait pas grand monde !

 

Plus généralement, sur le long terme, il me semble qu'entre deux événements sportifs dont on veut absolument faire une cause nationale avec ses héros, on insère vaguement quelques lignes ou images concernant le fonctionnement de la Res publica.

 

La victoire des ludi circenses

 

Dans un bulletin d'actualités de 10 minutes diffusé le soir sur LCI, en utiliser 6 pour diffuser des résultats sportifs des JO et/ou décrire l'ambiance au sein des zones de regroupement des fans de football (rebaptisées "fan zones" pour en ôter l'image pas vraiment d'Épinal de bovins dans l'enclos) me semble disproportionné... d'autant qu'au même moment se produisaient quelques événements mineurs dans l'actualité économique et politique : brexit, banques italiennes au bord du précipice, licenciements massifs, coup d'État raté, etc.

 

J'entends déjà ceux qui m'objecteront la nécessité pour le peuple de s'aérer les neurones en ne pensant pas tout le temps aux misères de ce bas monde. Mais fallait-il pour autant passer sous silence les bonnes nouvelles sérieuses (le salaire minimum allemand n'a pas entraîné de licenciements massifs comme le prétendait le patronat, les inspecteurs de l'IGAS ont réhabilité les 35h, etc.), c'est-à-dire autres que la baisse du chômage pilotée fort opportunément par François Hollande juste avant la primaire socialiste ?

 

Mais pendant que le peuple avait les yeux tournés vers ses ludi circenses et s'est interdit de réfléchir, les nuages à l'horizon économique se sont accumulés pour donner un front menaçant. Quant à l'horizon politique, en dehors des primaires passionnantes que nous promettent les deux principaux partis politiques français et qui témoignent du marasme politique dans notre pays, ce sont les attentats qui défraient la chronique. Avec à chaque fois les mêmes cris d'indignation et d'incompréhension, alors que beaucoup de choses ont été clarifiées par des personnes et des médias sérieux ; j'avais moi-même pris la plume électronique à ce sujet.

 

Mais encore faudrait-il que ceux qui nous tiennent lieu de gouvernants admettent que leurs visions de la nation, du multiculturalisme, de l'économie et de l'Europe sont erronées ou plus exactement ne répondent très souvent qu'aux intérêts d'une minorité agissante au détriment de la majorité (encore) silencieuse. Dès lors, toutes les marches blanches du pays, pour légitimes qu'elles sont, ne pourront malheureusement rien contre une politique de gribouille qui nous enfonce toujours un peu plus dans l'ornière. Pire, ne constituent-elles pas la meilleure preuve de la perte de légitimité des partis politiques ? Albert Einstein disait d'ailleurs fort à propos que "la définition de la folie, c'est de refaire toujours la même chose, et d'attendre des résultats différents".

 

Le despotisme démocratique

 

Autour de nous, certains ne semblent même plus s'occuper de ces questions, peut-être trop habitués qu'ils sont à vivre dans la crise permanente et à oeuvrer en priorité pour leurs intérêts privés. C'est ce que Tocqueville avait déjà mis en exergue au XIXe siècle en écrivant une analyse très fine et circonstanciées de la démocratie en Amérique ; il en déduisait que la démocratie avait tendance à dégénérer en une forme de despotisme :

 

"Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

 

Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages, que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?"

 

Mais je crains fort que nos cigales ne découvrent pas avant l'hiver l'état économique, politique et sociale du pays ; et à ce moment ils penseront aux sports d'hiver et à leurs prochaines vacances d'été... Et aux mauvaises langues qui diront que je joue les Cassandre, je répondrai simplement que je fais preuve de réalisme... même en été !

 

Orwell nous avait aussi prévenus...

 

Dans l'univers totalitaire évoqué par George Orwell dans son roman 1984, la langue a été attaquée dans ses fondements en ce qu'un novlangue s'est substitué à elle et permet désormais de vider de leur sens les mots. Cela dans le but de produire une vidange complète des cerveaux, que l'on pourra ensuite facilement remplir avec les slogans vides du Parti unique.

 

Laissons la parole à Orwell pour nous décrire la vie intellectuelle en Océania : "il existait toute une suite de départements spéciaux qui s'occupaient, pour les prolétaires, de littérature, de musique, de théâtre et, en général, de délassement. Là, on produisait des journaux stupides qui ne traitaient presque entièrement que de sport, de crime et d'astrologie, de petits romans à cinq francs, des films juteux de sexualité, des chansons sentimentales composées par des moyens entièrement mécaniques sur un genre de kaléidoscope spécial appelé versificateur."

 

Dans son roman d'anticipation, Orwell a vu juste dès 1948, puisque après le sport, les faits divers et les sujets ayant trait à la psychologie de bazar ("ma vie au travers des selfies", "pourquoi je suis débordé", "comment lâcher prise", etc.), nos journaux sont désormais remplis de pages entières consacrées à l'astrologie et à la météo de la semaine. Tout ça pour nous expliquer qu'en été il fait chaud.

 

Le Tittytainment

 

Dans L’Enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes (Climats, 1999), Jean-Claude Michéa analyse de façon pertinente le monde du divertissement dans lequel nous sommes entrés depuis les années 1980, tournant du siècle qui a marqué la victoire de l'idéologie néolibérale dans toutes les disciplines, à commencer par l'économie. À l'analyse critique émancipatrice que l'école cherchait à apprendre à nos parents pour en faire des citoyens actifs (Cf. Condorcet), succède un enseignement de l'ignorance indispensable pour éviter la révolte au sein du système capitaliste actuel.

 

Il base une partie de sa démonstration sur le concept de tittytainment, mot-valise employé par Zbigniew Brzezinski lors d'une conférence qui s'est tenue en 1995 sous l’égide de la fondation Gorbatchev. Il s'agissait de fournir une réponse à une évolution perçue comme inévitable par les leaders politiques et économiques : 80 % de l'humanité deviendra inutile au système capitaliste, car les 20 autres pourcents suffiront à maintenir l'activité économique mondiale ; comment gouverner les Hommes dans ces conditions ? Par le tittytainment bien sûr - version moderne de l’expression romaine Panem et circenses - c'est-à-dire par un savant "cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète".

 

D'où l'enseignement de l'ignorance dans nos écoles, le développement d'émissions de télévision abrutissantes et des journaux télévisés sans contenu informationnel ! Bref, un retour à la société du spectacle décrite avec brio par Guy Debord en 1967. De Juvénal à nos jours, le moyen de faire perdurer une société déclinante (décadente ?) est par conséquent toujours le même, mais il n'empêche pas l'effondrement final. À bon entendeur, salut !

 

N.B : ceux qui s'intéressent encore à la Res Publica, peuvent visiter le site d'Acrimed qui fait un énorme travail de décryptage et de critique constructive du fonctionnement des médias.

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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 11:04

 

 

J'avais déjà eu l'occasion de m'exprimer sur la loi travail dans ce billet ainsi que dans les médias. Dès lors, après un billet sur les liens consanguins entre finance et politique, et un autre sur la crise imminente qui va nous tomber dessus et dont personne ne veut entendre parler, j'ai décidé qu'il était temps pour moi de reparler de la loi travail. Non pas pour rappeler comment le gouvernement s'est joué de la consultation démocratique en faisant adopter le texte avec le 49-3, mais afin de préciser un ou deux points sur le keynésianisme, que la pseudo gauche au pouvoir cite comme un étendard chaque fois qu'elle fait voter une loi économique.

 

Or, comment dire, je crains fort que nos ministres ne récitent des éléments de langage concernant Keynes sans jamais l'avoir lu... À moins que le grand économiste ne serve de paravent à l'application de doctrines totalement opposées au keynésianisme, auquel cas la situation serait désespérée puisque nous aurions affaire à des ministres de l'Océania euro-technocratique, qui parlent la novlangue d'Orwell !

 

La critique radicale de Keynes

 

Lorsqu'il écrit sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (publiée en 1936), Keynes veut en découdre avec la domination toute puissante de l'économie néoclassique qui, à l'image de notre époque, a pourtant prouvé son incapacité à rendre compte de la crise.

 

Dès lors, Keynes montre que le fonctionnement du marché du travail, tel que le voient les néoclassiques, est une analyse "supposée simple et évidente qui a été fondée, pratiquement sans discussions, sur deux postulats fondamentaux". Il lui porte ensuite l'estocade en déclarant  : "il se peut que la théorie classique décrive la manière dont nous aimerions que notre économie se comportât. Mais supposer qu'elle se comporte réellement ainsi, c'est supposer que toutes les difficultés sont résolues" !

 

Une critique des plans d'austérité généralisés

 

Le génie de Keynes consista précisément à revenir sur ces fausses évidences. Tout d'abord, il insista sur le fait que l'analyse néoclassique du marché du travail repose en fait sur un raisonnement en équilibre partiel, qui néglige les éventuelles interactions entre les marchés. Il concède ainsi que, si une entreprise baisse les salaires, elle pourra dès lors réduire les prix de vente de ses produits et accroître ainsi sa part de marché et au final embaucher des salariés supplémentaires.

 

Mais l'erreur des néoclassiques est d'oublier que, si ce comportement devait se généraliser à toutes les entreprises, il deviendrait impossible de raisonner comme si toutes les autres variables restaient identiques : une baisse des salaires dans toutes les entreprises réduirait alors inévitablement les débouchés et conduirait très certainement à l'aggravation de la situation économique. C'est donc une charge contre les plans d'austérité actuellement menés au sein de l'UE que l'on peut lire dans l'oeuvre de Keynes !

 

Keynes prévoit également le cas où un seul pays pratiquerait cette politique de baisse générale des salaires, dans le but d'accroître sa part du marché mondial. Il rappelle à nouveau qu'il s'agit là d'un raisonnement en équilibre partiel, puisqu'il néglige les probables réactions des autres pays qui finiront tôt ou tard par pratiquer la même politique. Et Keynes de conclure que si tous les pays mettent en placent de telles politiques de réduction des salaires, alors il s'ensuivrait une internationalisation de la récession. Ce faisant, il arrivait à la même conclusion que certains mercantilistes anglais du XVIIe siècle, qui avaient très bien compris le danger de l'accumulation inconsidérée de métaux précieux...

 

Le marché du travail n'existe pas !

 

Les néoclassiques, et leurs héritiers néolibéraux des années 1980, ont une vision du marché du travail que Keynes réfute catégoriquement. Plus précisément, il réfute l'idée même qu'il existerait un marché du travail comme le présentent les néoclassiques, c'est-à-dire avec une demande de travail des entreprises qui augmente lorsque le salaire réel diminue (fonction décroissante), et une offre de travail des salariés qui augmente lorsque le salaire réel augmente (fonction croissante).

 

Pour lui, même s'il admet qu'à l'équilibre le salaire égale le produit marginal du travail, la demande de travail ne résulte pas d'un mécanisme aussi simple que celui décrit par les néoclassiques, en particulier parce que les salariés et les patrons ne sont pas des agents économiques libres et égaux. Cela revient en fait à dire que Keynes avait bien perçu, contrairement à François Rebsamen, que sur le marché du travail les salariés étaient loin d'être en position de force dans les négociations, et qu'il fallait tenir compte de ce système hiérarchisé pour analyser le marché du travail.

 

Du côté de l'offre de travail, Keynes récuse l'idée qu'elle augmenterait avec le salaire réel. Sa principale explication tient au fait que salariés et patrons s'engagent sur la base du salaire nominal, car l'inflation n'est pas connue au moment de la signature (la notion d'inflation est-elle seulement comprise par la majorité des salariés et des patrons ?). Par ailleurs, il confronte la théorie néoclassique à ses propres contradictions, puisque si cette théorie était valide, les salariés devraient réduire leur offre de travail lorsque les prix à la consommation (= inflation) augmentent, leur salaire réel (=salaire nominal - inflation) diminuant. Or ce n'est pas le cas...

 

L'emploi dépend de la demande

 

Selon Keynes, le niveau de l'emploi serait lié à celui de la production, qui dépend de la demande effective. Cette dernière, qui correspond en dernier ressort à la demande solvable, dépend elle-même des dépenses de consommation et des dépenses d'investissement.

 

La conclusion qu'on peut donc tirer de la lecture de l'oeuvre de Keynes est donc que si le marché du travail ne fonctionne pas comme le présentent les néoclassiques, alors il est illusoire d'espérer atteindre le plein-emploi en flexibilisant encore plus le marché du travail ! D'ailleurs depuis, même le très libéral FMI est revenu de ses illusions, comme l'a montré une étude récente du FMI. Pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation. La conclusion de l'étude est édifiante : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme !

 

Keynes avait également compris que la diminution généralisée des salaires exerce un effet dépressif sur la demande et donc sur l'activité des entreprises, ce qui débouche sur une chute du niveau de l'emploi. On invite donc Myriam El Khomri à relire d'urgence et plusieurs fois ce passage, qui démontre que si restaurer la profitabilité par une baisse du salaire réel peut se défendre, le faire par une baisse des salaires nominaux est extrêmement dangereux, puisque cela conduit droit à la déflation !

 

Et si, en définitive, le gouvernement poussait l'honnêteté jusqu'à faire la différence entre travail et emploi ? Je suis en effet toujours désespéré de devoir rappeler que le premier n'est au fond que la déclinaison moderne du tripalium dont il est issu... Mais visiblement, l'objectif est juste de nous envoyer tous à la machine, peu importent les conditions d'exercice de l'activité !

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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 13:26

 

 

Il n'aura échappé à personne que la grande banque d'affaires Goldman Sachs fait souvent parler d'elle ces dernières années, et pas uniquement dans le domaine financier. Il n'est qu'à compter le nombre de dirigeants politiques passés par cette banque pour comprendre l'énorme influence qu'elle peut avoir dans le monde. C'est ce que l'on appelle désormais le Government Sachs... Ce billet, loin d'accréditer quelque théorie conspirationniste, a pour modeste ambition d'aborder la consanguinité entre politique et finance, et bien entendu d'évoquer ce qu'il convient déjà d'appeler l'affaire Barroso.

 

Goldman Sachs

 

Si l'on va sur le site de la banque, on peut y lire la présentation suivante : "fondée en 1869, Goldman Sachs est une banque d’investissement internationale de premier plan. Leader incontesté des métiers traditionnels de la banque d’affaires, des marchés de capitaux et du conseil financier, Goldman Sachs est également un acteur majeur de la gestion d’actifs. Le Groupe offre une large gamme de services financiers à une clientèle diversifiée constituée d’entreprises, d’institutions financières, de gouvernements, d’entités du secteur public et de clients privés. Grâce à son réseau international, Goldman Sachs apporte des conseils et une expertise qui couvrent les marchés de capitaux du monde entier."

 

Mais le plus beau est le paragraphe suivant où Goldman Sachs s'affiche clairement comme une "entreprise citoyenne" : "Goldman Sachs joue un rôle actif au sein de la collectivité. Dans le monde entier, nos employés contribuent, par leur temps, leurs ressources et leurs savoir-faire, à différents programmes caritatifs qui visent à améliorer la situation des collectivités dans lesquelles nous travaillons et vivons."

 

Pour ma part, au-delà des délires communicationnels, je préfère largement cet excellent documentaire pour me faire une vraie idée de cette banque (Goldman Sachs: Les nouveaux Maîtres du Monde ?) :

 

 

Le pantouflage

 

Le pantouflage consiste pour un haut fonctionnaire à s'en aller travailler dans une entreprise privée (souvent une banque). C'est une pratique légale, sous certaines conditions que vérifie la Commission de déontologie de la fonction publique. Pour le dire simplement, il s'agit d'examiner si les activités privées qu'exercera le haut fonctionnaire ne sont pas incompatibles avec ses précédentes fonctions tant en termes pénaux que déontologiques. La question se pose par exemple avec acuité lorsqu'il s'en va travailler pour une entreprise dont il a assuré le contrôle dans une administration d'État...

 

Le cas d'école reste bien entendu celui de François Pérol, qui avait été poursuivi (puis relaxé) pour prise illégale d’intérêts suite à sa nomination à la tête du groupe bancaire BPCE, dont il avait suivi la fusion à l’Élysée en qualité de conseiller économique du Président de la République. D'autres préfèrent pantoufler dans des entreprises liées de proche ou de loin à l'État et qui apprécient (et monnayent) fortement leur carnet d'adresses. Ils récupérèrent alors très souvent des titres pompeux comme directeur des affaires publiques ou directeur de la communication...

 

Là où je m'inquiète, c'est lorsque j'entends de plus en plus d'énarques évoquer le pantouflage bien avant d'être diplômé de l'ENA. Autrement dit, l'ENA n'est plus une école qui forme les futurs hauts fonctionnaires des administrations françaises, mais une rampe de lancement pour trouver un poste très rémunérateur dans le privé. Et le service de l'État dans tout cela ? L'équation magique serait-elle devenue la suivante : ENA + cabinet ministériel = poste à 15 000 euros par mois dans le privé ?

 

Le rétro-pantouflage

 

D'autres hauts fonctionnaires, après avoir roulé leur bosse dans des entreprises privées et s'être enrichis décident de réintégrer la fonction publique dans l'espoir d'accéder à un poste prestigieux. C'est le cas de François Villeroy de Galhau, ancien directeur général délégué de BNP Paribas, nommé gouverneur de la Banque de France... J'avais été tellement scandalisé par cette pratique d'un autre temps, que j'avais écrit un billet de blog à ce sujet.

 

En effet, personne ne remettait en cause les connaissances et compétences de François Villeroy de Galhau. X, ENA et inspection des finances, ancien directeur de cabinet de DSK de 1997 à 1999 au ministère de l'Économie et des Finances, puis directeur général des impôts de 2000 à 2003. Mais ce sont les douze années passées chez BNP Paribas qui posaient un réel problème. Étant issu du milieu bancaire où il a tissé des liens professionnels aussi nombreux que forts, n'est-on pas en droit de se demander s'il sera en mesure d'imposer de manière impartiale une réglementation et une surveillance strictes aux banques ? Conflit d'intérêts, appelait-on cela naguère...

 

L'affaire Barroso

 

Pantouflage ou rétro-pantouflage, que les Américains résument par une seule formule revolving doors, dans tous les cas il s'agit d'un capitalisme de connivence, d'une consanguinité malsaine entre élites politiques et économiques. D'autant que les exemples se multiplient à une vitesse inégalée jusque-là :

 

 * Jean-Pierre Jouyet passé du cabinet de Lionel Jospin à l'AMF, en passant par la direction du Trésor et Barclays-France ;

 

 * Nicolas Namias, passé du Trésor à BPCE pour ensuite arriver au cabinet de Jean-Marc Ayrault et enfin atterrir chez Natixis ;

 

 * Emmanuel Macron, dont certains fous s'imaginent désormais qu'il ferait un bon président de la République (ce qui prouve au passage l'état de décomposition du paysage politique français...), passé de l'inspection des finances à la banque Rothschild, avant de devenir secrétaire général adjoint de l’Élysée, puis carrément ministre de l’Économie lorsque le gouvernement PS a tombé définitivement le masque.

 

Et l'on pourrait encore ajouter Gerhard Schröder chez Rothschild, Tony Blair chez JP Morgan, et tous les pères-la-vertu des institutions européennes : Peter Mandelson, Luc Frieden, Mario Draghi, Mario Monti et depuis quelques jours Manuel Barroso chez Goldman Sachs !

 

Cette dernière nomination ne manque d'ailleurs pas d'ironie, à moins que ce ne soit justement un pied de nez à une Union européenne qui prend l'eau, puisque Goldman Sachs a joué un rôle prépondérant dans la crise de 2008 et dans le trucage des comptes de la Grèce... Et pour faire bonne figure, Paris par la voix très autorisée et pertinente d'Harlem désir, a demandé à Manuel Barroso d'abandonner son nouvel emploi de banquier, puisque cela risque de "faire le lit des antieuropéens". On croit rêver, à moins que ce ne soit l'hôpital qui se moque de la charité.

 

Le pire est que les intéressés feignent toujours de ne pas comprendre les cris d'orfraie que suscite leur nomination, ce qui ne fait que confirmer l'arrogance des élites dont j'ai parlé dans ce billet. C'est à mon sens précisément ce qui caractérise le capitalisme actuel : une déconnexion totale entre les élites et le peuple, les premiers ne prenant même plus la peine de mettre les formes lorsqu'ils accaparent les richesses du pays, le mot étant entendu dans un sens large qui englobe bien plus que la seule richesse financière.

 

Jusqu'au moment où tout s'écroulera, parce que les petits demanderont des comptes qu'on leur refusera avec arrogance, ce qui débouchera sur une révolte dont je n'ose imaginer les conséquences ! Mais comme le disait l'ancien patron de Citigroup, Charles Prince, pour décrire l'effondrement en 2007 du marché subprime aux États-Unis : "tant qu'il y a de la musique, il faut danser"... Et certains ne s'en privent pas !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du Monde.

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 12:30

 

 

Après quatre semaines de tittytainment footballistique, voici venu le temps de l'indispensable réveil pour éviter la gueule de bois économique. En effet, à force de parler de ballon rond, certains ont fini par oublier que l'économie européenne s'enfonce dans une nouvelle crise de grande ampleur...

 

À suivre les médias grand public, on finirait par croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. On y parle de prouesses des millionnaires du football, de supporters en liesse, de dépassement de soi au cyclisme, de réussite extraordinaire au baccalauréat, de reprise économique en France, bref de la joie de vivre, mais on oublie sciemment tous les nuages noirs qui forment déjà un front dense et menaçant à l'horizon.

 

Retour sur le Brexit

 

Commençons par le Brexit qui, faut-il encore le rappeler, est un événement majeur de l'histoire politique européenne. La voix du peuple a parlé au Royaume-Uni et elle s'est prononcée pour la sortie de l'Union européenne, comme je l'avais analysé dans ce billet. Il appartiendra donc au successeur de David Cameron d'entamer la procédure de sortie de l'UE, conformément à l'article 50 TUE.

 

Le plus difficile, et le plus chronophage, sera à n'en pas douter de détricoter les lois du droit communautaire déjà intégrées au corpus législatif du Royaume-Uni pour reprendre la main sur tous les aspects de la vie politique et économique. Pendant ce temps, ce sera la grande inconnue sur le rôle que jouera le Royaume-Uni au sein des institutions européennes et sur l'obligation ou non de continuer à respecter la totalité des textes européens...

 

Les premières conséquences de la hausse de l'incertitude liée au Brexit se sont manifestées sur les marchés financiers, avec un dévissage en règle des principales places financières dans le monde et une hausse de la volatilité. À cela s'ajoute une chute de la livre sterling, qui ne manquera pas d'avoir des conséquences sur les bilans des banques exposées aux produits dérivés sur la livre...

 

L'arrogance des élites

 

Bien entendu, si le référendum au Royaume-Uni avait donné le remain gagnant, on aurait entendu les élites politiques et économiques expliquer que les citoyens ont compris les enjeux de ce vote et ont fait preuve de discernement. Or, avec la victoire du Brexit, c'est au contraire à un déferlement de propos arrogants et abjects que nous avons assisté. Petit pot-pourri :

 

 * Alain Minc dans le Figaro (extraits et commentaires dans Marianne) : "Ce référendum n'est pas la victoire des peuples sur les élites, mais des gens peu formés sur les gens éduqués. On ne peut pas tout le temps nous expliquer que les études supérieures sont la chose la plus importante dans la vie et dénoncer en permanence les diplômés. Si les élites diplômées représentaient 48 % du peuple anglais, cela ferait un pays très démocratique !"

 

 * BHL dans le Monde : "Ce « Brexit », c’est la victoire, non du peuple, mais du populisme. Non de la démocratie, mais de la démagogie. C’est la victoire de la droite dure sur la droite modérée, et de la gauche radicale sur la gauche libérale. C’est la victoire, dans les deux camps, de la xénophobie, de la haine longtemps recuite de l’immigré et de l’obsession de l’ennemi intérieur. [...] L’Europe était, certes, indigne d’elle-même. [...] Mais ce qui vient en lieu et place de ce jardin des Finzi-Contini, c’est une zone pavillonnaire mondialisée où, parce qu’il n’y aura plus que des nains de jardin, l’on oubliera qu’il y eut Michel-Ange".

 

 * Jacques Attali sur son site web : " Un tel référendum implique qu'un peuple peut remettre en cause toute évolution considérée jusque-là comme irréversible, telle qu'une réforme institutionnelle, une conquête sociale, une réforme des mœurs. (…) Selon notre conception occidentale du Droit, il existe des progrès irréversibles, (par exemple, la démocratie, la liberté du culte, l'interdiction du travail des enfants, l'abolition de la peine de mort) qu'un vote simple ne peut défaire (...) Toute décision ayant un impact lourd sur le sort des générations suivantes, écrit-il encore, ne devrait pas pouvoir être prise par une majorité de moins de 60% des votants, réaffirmée à trois reprises à au moins un an d'écart".

 

Ces propos antidémocratiques donnent la nausée, au point que Chantal Delsol a décidé de publier une tribune dans le Figaro afin d'analyser ces réactions qui, selon elles, témoignent de "la plus grande crise de la démocratie jamais connue depuis ses origines modernes". Et si tout simplement après la crise grecque de l'année dernière, le Brexit avait permis de faire une fois pour toute tomber les masques quant au prétend fonctionnement démocratique des institutions européennes ?

 

Les banques en crise

 

Les valeurs bancaires furent sévèrement touchées par l’onde de choc du Brexit et pas seulement au Royaume-Uni, ce qui a poussé les investisseurs à se réfugier sur les titres de dette allemands, le franc suisse et bien entendu l’or. D'où de nouvelles aberrations sur les taux d'intérêt : le rendement de l'emprunt d'État suisse à 50 ans est passé en territoire négatif tout comme celui de l'Allemagne à 10 ans ! Sur ces entrefaites, les  taux à 10 ans sur la dette grecque ou portugaise ont quant à eux augmenté... Bref, c'est tout le système de croyances des banques qui est en train de prendre l'eau :

 

 

Prises en étau entre les nouvelles obligations prudentielles et des taux de marge d'intérêt ridiculement bas, les banques voient leur rentabilité s'effondrer. Certaines ont alors cherché à prendre plus de risques pour se refaire une santé financière, à l'image de la Deutsche Bank, engluée aujourd'hui dans d'innombrables scandales et problèmes, qui ne seraient au fond que ceux de l'Allemagne si la banque ne venait d'être classée par le FMI comme l'une des plus dangereuses pour le système financier (on parle donc de risque systémique). Imaginez une faillite d'un tel géant, contrepartie dans tant d'opérations financières ? Les mânes de Lehman Brothers ne sont pas loin...

 

Et le développement de la finance de l'ombre (shadow banking) est loin d'être une bonne nouvelle comme on peut l'entendre çà et là, puisque les entreprises de ce secteur échappent en partie à toute régulation :

 

 

Et la Banque centrale européenne ne pourra pas indéfiniment injecter des liquidités dans le système, car l'effondrement de la marge d'intérêt des banques, la hausse de la volatilité sur certaines classes d'actifs et la formation d'une bulle obligataire résultent pour l'essentiel de cette politique monétaire ultra-expansionniste de la BCE.

 

Les banques italiennes en difficulté

 

L'été sera chaud... pour les banques italiennes dont certaines sont à l'agonie ! Un graphique suffira pour comprendre le problème :

 

 

[ Source : Bruegel ]

 

La part des créances douteuses et litigieuses (appelées prêts non performants) dans les bilans bancaires atteint désormais 18 % en Italie, 12 % au Portugal et 34 % en Grèce. Pour fixer les idées, au-delà de 1 à 2 % les petits problèmes des banques deviennent de gros problèmes pour tout le système bancaire du pays (360 milliards d'euros pour l'Italie tout de même...). Vous aurez donc compris, comme je l'ai déjà expliqué sur mon blog, que l'Italie fait face à une grave crise bancaire que les quelques bonnes nouvelles liées à la baisse des prix du pétrole n'arrivent plus à cacher...

 

Le plus grave est que l'augmentation des prêts non performants en Italie ne résulte pas de bulles immobilières comme en Espagne, mais bien de la stagnation économique qui empêche les PME italiennes destinataires de ses prêts de les rembourser rubis sur l'ongle. Or, selon les nouvelles règles de l'Union bancaire européenne entrée en vigueur le 1er janvier 2016, et à laquelle j'avais consacré un long billet, les règles de renflouement sont désormais les suivantes (accrochez-vous, les termes officiels sont un peu techniques) : le Fonds de résolution ne pourra pas être utilisé  avant que 8 % du passif de la banque ait fait l’objet d’un bail-in. Par ailleurs, l’intervention du Fonds ne pourra être supérieure à 5 % du passif de la banque.

 

En termes clairs, cela signifie simplement que lorsqu'une banque sera en faillite, les premiers à mettre au pot seront les actionnaires et les prêteurs (d'où le nom de bail-in), qui devront couvrir au minimum 8 % des pertes de la banque. Si cela ne suffit pas, il sera possible de faire appel à des fonds nationaux de résolution, abondés par le secteur bancaire. Enfin, les ménages et les PME seront partiellement protégés puisqu'il a été confirmé que leurs dépôts seront garantis à hauteur de 100 000 euros.

 

Et si je vous disais que des retraités italiens, pas forcément très riches du reste, ont placé leur argent dans des titres de dette de leur banque ? Vous comprenez alors tout de suite pourquoi Matteo Renzi veut à tout prix éviter un bail-in qui ruinerait les petits épargnants et conduirait dans le climat actuel à une explosion sociale ! Mais faire passer l'idée d'un renflouement des banques en faillite par l'État italien à rebours des nouvelles règles européennes, va déclencher à n'en pas douter l'ire du chef de locomotive allemand. Et si le gouvernement italien passe en force, alors c'est vers une nouvelle crise de la zone euro que l'on se dirigera, qui sera autrement plus grave que celle en Grèce... Au reste, même les néolibéraux commencent désormais à penser que l'UE vit son crépuscule !

 

En définitive, pendant que le peuple avait les yeux tournés vers ses ludi circenses et s'est interdit de réfléchir, les nuages à l'horizon économique se sont accumulés pour donner un front menaçant. Hélas, certains ne découvriront cette nouvelle crise que lorsque l'été sera passé. Et aux mauvaises langues qui diront que je joue les Cassandre, je répondrai simplement que je fais preuve de réalisme... même en été !

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 11:00

 

 

Alea jacta est ! La voix du peuple a parlé au Royaume-Uni et elle s'est prononcée pour la sortie de l'Union européenne. Quelle analyse peut-on en faire à ce stade ? Éléments de réponses dans ce billet plus long que d'habitude...

 

Le résultat du référendum

 

Les chiffres sont les suivants :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Géographiquement, en dehors de l'Écosse, l'Irlande du Nord et quelques métropoles comme Londres ou Liverpool, les autres zones ont voté pour la sortie de l'UE, parfois massivement :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Jeunes contre vieux ?

 

Telle est la question soulevée par de nombreux médias britanniques au vu des chiffres suivants :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Pour ma part, je trouve la ficelle un peu grosse, car ces chiffres doivent être mis en regard avec le taux de participation de chaque tranche d'âge, qu'à ma connaissance on ne connaît pas précisément, même si les extrapolations qui circulent laissent à penser que l'abstention fut massive chez les plus jeunes.

 

Disons-le clairement : on ne sait pas grand-chose des abstentionnistes et en particulier on n'a aucune idée du camp qu'ils auraient soutenu. Dès lors, publier un tableau comme celui-ci relève de la pure manipulation médiatique de chiffres :

 

 

[ Source : Yougov.co.uk ]

 

En effet, il laisse entendre que ce sondage réalisé par Yougov a été capable d'estimer pour chaque tranche d'âge une opinion, certainement avec la même précision que ces estimations d'ensemble publiées la veille au soir et donnant 52 % pour le remain :

 

 

[ Source : Yougov.co.uk ]

 

Mais surtout, vous remarquerez que la dernière colonne donne le nombre d'années moyen durant lequel l'électeur devra vivre avec la décision qu'il aura prise lors du référendum. C'est évidemment une ineptie pour plusieurs raisons, et en premier lieu parce que cela sous-entend que les jeunes prennent plus de risque que les vieux en votant mal, car la punition durera très longtemps.

 

J'ai à dessein employé l'adverbe mal, car c'est bien ça qui se cache dans les interprétations données par les grands médias depuis la victoire du camp du Brexit : pour résumer mes nombreuses lectures, celui qui a voté pour le Brexit était au mieux incompétent au pire inconscient voire suicidaire. Voilà sans doute pourquoi Peter Sutherland, dont le profil est symptomatique de la consanguinité entre politique et affaires, déclarait qu'il fallait purement et simplement annuler le résultat de ce référendum. 

 

Et maintenant ?

 

Dans la foulée de l'annonce des résultats, David Cameron a bien entendu annoncé sa démission pour l'automne prochain. Il appartiendra donc à son successeur d'entamer la procédure de sortie de l'UE, conformément à l'article 50 TUE dont je rappelle la teneur :

 

1) Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

 

2) L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

3) Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

 

4) Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

 

5) Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.

 

En pratique, l'intention de quitter l'UE doit donc être notifiée au Conseil européen, qui ensuite négociera avec le Royaume-Uni les modalités de retrait dans le cadre d'un accord validé au niveau européen à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

Bref, la route de la sortie est encore longue et elle l'est d'autant plus que le gouvernement ne semble pas presser d'officialiser son départ du navire EU, bien que le triumvirat Merkel, Hollande et Renzi pressent le Royaume-Uni de s'en aller au plus vite à l'instar de Jean-Claude Juncker. C'est seulement une fois formalisé officiellement, que le départ du Royaume-Uni pourra donner lieu à des négociations sur les futures relations entre le pays et le marché unique à 27. 

 

Le plus difficile, et le plus chronophage, sera à n'en pas douter de détricoter les lois du droit communautaire déjà intégrées au corpus législatif du Royaume-Uni pour reprendre la main sur tous les aspects de la vie politique et économique. Pendant ce temps, ce sera la grande inconnue sur le rôle que jouera le Royaume-Uni au sein des institutions européennes et sur l'obligation ou non de continuer à respecter la totalité des textes européens...

 

Et quant aux conséquences pour les ressortissants étrangers et les expatriés britanniques, la réponse vous est donnée en vidéo  :

 

 

Les conséquences du Brexit

 

Les grandes institutions économiques (Trésor britannique, OCDE, FMI, BoE,...) avaient fait assaut de publications économiques pour prouver le danger d'un Brexit. Leur argumentaire se fondait sur l'hypothèse qu'une sortie de l'UE conduirait à un recul marqué du commerce du Royaume-Uni et des investissements directs étrangers entrants, donc à une amputation significative de la croissance :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Ce ralentissement pèserait également sur ses partenaires commerciaux, comme le montre cette étude d'Euler Hermes :

 

 

[ Source : Euler Hermes ]

 

Tout dépendra en dernier ressort de la manière dont le Royaume-Uni compte s'associer à l'avenir avec les autres pays membres de l'UE. Si pour éviter de se retrouver en autarcie, le pays décidait de s'engager dans un accord de libre-échange avec l’UE - ce qui équivaut à dire que le Royaume-Uni intégrerait l'AELE - alors il lui faudrait adopter l'essentiel des réglementations européennes, ce qui semble a priori contradictoire avec un Brexit. Il lui resterait sinon l'option de devenir une nouvelle Suisse, et donc de signer des accords bilatéraux qui prennent cependant beaucoup de temps. À moins que le Royaume-Uni ne se transforme à terme en Singapour européen...

 

La panique sur les marchés financiers

 

La City de Londres a bien entendu été frappée de plein fouet par le Brexit, puisque les filiales d’entreprises du secteur financier installées à Londres n’auront certainement plus accès au financement en euros offerts par la BCE et ne pourront plus compter sur le passeport européen pour vendre leurs produits financiers dans toute l’Europe. Et c'est peu dire que le 24 juin fut un vendredi noir sur les marchés financiers, d'autant qu'ils n'avaient pas anticipé ce résultat au référendum...

 

On a donc assisté à un dévissage en règle des principales places financières dans le monde : -8 % à Paris, -6,8 % à Francfort, -12,3 % à Madrid, -3,4 % à New York. L’indice phare de la Bourse de Londres, le FTSE 100, n’aura finalement quant à lui dévissé que de 2,7 %, en raison du faible impact que le Brexit peut avoir sur les nombreuses multinationales qui composent l’indice.

 

En revanche, les valeurs bancaires furent sévèrement touchées par l’onde de choc du Brexit et pas seulement au Royaume-Uni, ce qui a poussé les investisseurs à se réfugier sur les titres de dette allemands dont le taux à 10 ans est repassé en territoire négatif, le franc suisse et bien entendu l’or. Avec pour effet secondaire de provoquer la hausse des taux à 10 ans sur la dette grecque ou portugaise. Bien entendu, la volatilité a beaucoup augmenté sur les marchés et la livre sterling s'est effondrée, ce qui ne manquera pas d'avoir des conséquences sur les bilans des banques exposées aux produits dérivés sur la livre...

 

Là encore, tout dépendra des mesures mises en oeuvre par les institutions économiques et politiques pour calmer les incertitudes. Certains se prennent même à penser que la liberté retrouvée, notamment en matière réglementaire, offrira au Royaume-Uni la possibilité de renégocier des accords bilatéraux plus favorables à sa croissance, dans le cadre d’un libre-échange encore plus abouti qu’aujourd’hui. De plus, selon eux, les conséquences pour le monde de la finance devraient être modérées, car si une partie des acteurs financiers se décident peut-être à quitter le Royaume-Uni, la plupart comprendront l’intérêt de rester dans une juridiction qui proposera à terme une réglementation financière bien moins contraignante que ses concurrents. En particulier, les fonds spéculatifs seront certainement très intéressés par ce nouvel environnement financier.

 

La conséquence de cette incertitude croissante a en outre été la dégradation de la note souveraine du Royaume-Uni par les agences de notation.

 

Une refondation de l'Union européenne ?

 

Il suffit d'écouter François Hollande et Angela Merkel lors du mini-sommet de lundi pour comprendre que derrière les grands mots il n'y a aucune volonté de refonder l'Union européenne sur d'autres bases.

 

 

À ce stade, on peut même s'interroger à bon droit sur l'existence d'une telle possibilité. En effet, les traités successifs ayant tous entériné à leur façon un approfondissement de la logique néolibérale en économie et internationaliste (à défaut de fédéraliste) en politique, on ne voit pas très bien comment il serait possible de revenir à une Europe des nations. Le seul moyen d'y parvenir serait de quitter cette UE pour recréer une union plus petite sur des bases saines, c'est-à-dire en plaçant la solidarité plutôt que la concurrence au coeur des relations économiques, i.e en plaçant l'Homme au centre des préoccupations !

 

Mais il suffit d'entendre John Kerry espérer à haute voix que malgré le Brexit le traité transatlantique soit signé avant 2016, pour comprendre que les intérêts économiques prendront toujours le devant de la scène dans cette Union européenne là !

 

Et que dire de l'ineffable Jacques Attali, qui déteste à l'évidence les référendums qui ne donnent pas le bon résultat comme en témoignent ces quelques mots trouvés sur son site : " Un tel référendum implique qu'un peuple peut remettre en cause toute évolution considérée jusque-là comme irréversible, telle qu'une réforme institutionnelle, une conquête sociale, une réforme des mœurs. (…) Selon notre conception occidentale du Droit, il existe des progrès irréversibles, (par exemple, la démocratie, la liberté du culte, l'interdiction du travail des enfants, l'abolition de la peine de mort) qu'un vote simple ne peut défaire (...) Toute décision ayant un impact lourd sur le sort des générations suivantes, écrit-il encore, ne devrait pas pouvoir être prise par une majorité de moins de 60% des votants, réaffirmée à trois reprises à au moins un an d'écart".

 

Tout est dit sur le mode de fonctionnement économico-politique de l'actuelle Union européenne (et de la zone euro), qui permet de comprendre pourquoi de plus en plus de personnes n'en veulent plus. Fermez le ban !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article des Échos.

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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 12:42

 

 

Dans le cadre de mon précédent billet consacré à la segmentation des marchés financiers au sein de la zone euro, j'avais évoqué brièvement les problèmes insolubles auxquels la zone euro (et plus généralement l'UE) fait face. L'une de ces difficultés est la volonté déclinante du Royaume-Uni à poursuivre l'aventure commune en Europe...

 

La politique économique du Royaume-Uni

 

Disons-le d'emblée, la politique économique du Royaume-Uni n'est que très peu coordonnée avec celle de la zone euro :

 

 * la politique budgétaire n'est pas soumise aux mêmes règles que les autres États membres de l'UE (en particulier le Royaume-Uni n'a pas signé le Pacte budgétaire européen TSCG) et cela finit par se voir !

 

[ Source : Natixis ]

 

 * la politique fiscale est devenue un véritable outil pour concurrencer les autres pays de l'UE, en particulier depuis que George Osborne, chancelier de l'Échiquier du royaume, a annoncé une baisse de l'impôt sur les sociétés de 20 % à 17 % dès 2020, afin d'attirer les multinationales.

 

 

[ Source : MEDEF ]

 

 * la politique monétaire est évidemment différente de celle de la zone euro, puisque le Royaume-Uni dispose encore du pouvoir régalien de battre monnaie.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

À cela, pour bien comprendre les enjeux du Brexit, il faut ajouter que le Royaume-Uni a une industrie de petite taille, mais compensée par des exportations de services de grande taille (pas que financiers du reste, mais tout de même). Au total, les estimations économétriques laissent entrevoir qu'une hausse des droits de douane ne serait pas insurmontable pour la croissance du pays.

 

La promesse de campagne

 

David Cameron avait promis en 2013 d’organiser un référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE, dans le but de remporter les élections législatives face au parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (Ukip) et aux eurosceptiques de son propre camp. Il s'est donc retrouvé à devoir honorer cette promesse après sa victoire, alors même qu'il avait réussi à négocier un plan anti-brexit très avantageux avec ses partenaires européens en février 2016.

 

Les deux camps en présence sont les suivants :

 

 

[ Source : Ouest France ]

 

Le référendum

 

Le 23 juin 2016 sera organisé un référendum sur la sortie (Brexit ou British exit) ou non du Royaume-Uni de l'Union européenne auquel participeront les Britanniques résidant au Royaume-Uni, mais aussi fort opportunément les Irlandais et entre autres les citoyens du Commonwealth résidant au Royaume-Uni ou à Gibraltar. L'enjeu est évidemment inédit, car en dehors de la Grèce qui joue depuis 2010 à chat perché avec l'UE, aucun gouvernement n'a jamais affiché une quelconque volonté de quitter l'UE.

 

D'ailleurs, une telle sortie n'a guère fait l'objet que d'un tout petit article du Traité sur l'UE, tant elle paraissait hors de propos.

 

Art.50 TUE :

 

1) Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

 

2) L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

3) Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

 

4) Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

 

5) Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.

 

Faut-il du reste rappeler qu'avant celui de Lisbonne, les traités ne prévoyaient même pas de retrait volontaire ? En bref, la doctrine considérait qu'une fois à bord du navire UE, vous n'aviez plus la possibilité unilatérale de le quitter...

 

Toujours est-il que d'après les derniers sondages, les deux camps sont donnés au coude-à-coude :

 

 

Mais attention, de nombreux biais subsistent dans ces sondages, de sorte que l'issue de ce référendum dépendra avant tout du taux de participation.

 

Les conséquences d'un Brexit

 

Les grandes institutions économiques (Trésor britannique, OCDE, FMI, BoE,...) font assaut de publications économiques pour prouver le danger d'un Brexit. Leur argumentaire se fonde sur l'hypothèse qu'une sortie de l'UE conduirait à un recul marqué du commerce du Royaume-Uni et des investissements directs étrangers entrants, donc à une amputation significative de la croissance :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Ce ralentissement pèserait également sur ses partenaires commerciaux, comme le montre cette étude d'Euler Hermes :

 

 

[ Source : Euler Hermes ]

 

Quant à la City de Londres, elle serait frappée de plein fouet par le Brexit, puisque les filiales d’entreprises du secteur financier installées à Londres n’auraient plus accès au financement en euros offerts par la BCE et ne pourraient plus compter sur le passeport européen pour vendre leurs produits financiers dans toute l’Europe.

 

Dans le camp des pro-brexit, on avance au contraire que la liberté retrouvée, notamment en matière réglementaire, offrira au Royaume-Uni la possibilité de renégocier des accords bilatéraux plus favorables à sa croissance, dans le cadre d'un libre-échange encore plus abouti qu'aujourd'hui. De plus, le rêve thatchérien atteindrait son paroxysme, en ce sens que le Royaume-Uni ne verserait plus son écot au budget européen dont il reste contributeur net.

 

Quant aux conséquences pour la finance, elles seraient modérées selon les partisans du Brexit. Ils avancent ainsi l'argument que certes une partie des acteurs financiers quitteraient le Royaume-Uni pour retrouver le continent, mais que la plupart y réfléchiraient à deux fois en raison de la réglementation financière moins contraignante que Londres pourrait offrir après le Brexit. Ne doutons pas que les fonds spéculatifs seraient certainement très intéressés par ce nouvel environnement financier...

 

En outre, certains affirment, avec raison comme nous l'avons vu plus haut, que le Royaume-Uni a déjà un pas en dehors de l'UE et que sa sortie serait au pire sans grandes conséquences sur son économie. Et ce d'autant que l’élasticité-prix des exportations en volume du Royaume-Uni est très faible et que ses exportations de services sont suffisamment spécialisées pour ne pas être trop affectées par un changement de législation.

 

Néanmoins, si pour éviter de se retrouver en autarcie, le pays décidait de s'engager dans un accord de libre-échange avec l’UE - ce qui équivaut à dire que le Royaume-Uni intégrerait l'AELE - alors il lui faudrait adopter l'essentiel des réglementations européennes, ce qui semble a priori contradictoire avec un Brexit. Il lui resterait sinon l'option de devenir une nouvelle Suisse, et donc de signer des accords bilatéraux qui prennent cependant beaucoup de temps. À moins que le Royaume-Uni ne se transforme à terme en Singapour européen...

 

Voici pour finir une infographie qui récapitule les principaux arguments développés par les deux camps :

 

 

[ Source : La Croix ]

 

En définitive, quel que soit le résultat de ce référendum, il est à craindre qu'une ligne de fracture durable demeure entre les deux camps. Le Brexit fut en effet trop présenté sous ses enjeux économiques, laissant ainsi les experts économiques s'appropriaient un peu trop le débat, ce qui a fait oublier qu'il s'agissait avant tout d'une question politique, de souveraineté même !

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