Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les mécanismes de l'économie 2

50 idées reçues déchiffrées

Mieux comprendre l'économie

Économie BTS

100% BTS

Les grands débats économiques

Les grands débats économiques actuels

La grande saignée économique

grande-saignee-economique couv

Comprendre la dette

dette2

Dictionnaire révolté d'économie

Les mécanismes de l'économie

Gds Mecas eco

Le capitalisme en clair

Les marchés financiers en clair

Concours commun IEP 2017

Concours commun IEP 2016

Concours commun IEP 2015

Mondialisation-IEP.jpg

Concours commun IEP 2014

Travail et culture

Concours commun IEP 2011

63548

Concours commun IEP 2010

iep

Recherche

16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 10:56

 

 

Alléluia ! Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé a annoncé que le régime général sera quasiment à l'équilibre en 2017, pour la première fois depuis 2001. Une réduction du déficit du régime général de la Sécurité sociale de 23,5 milliards d'euros depuis 2010 ? C'est en effet sans précédent et pas si positif que ça...

 

Les branches de la Sécurité sociale

 

C'est une ordonnance de 1967 qui instaure la séparation de la Sécurité sociale en branches autonomes :

 

 * la branche maladie, qui recouvre les risques maladie, maternité, invalidité et décès, gérée par la Cnamts (Régime général), le RSI (Régime des indépendants), la MSA (Régime des agricoles) et les régimes spéciaux ;

 

 * la branche accidents du travail/maladies professionnelles, principalement gérée par la la Cnamts (salariés du secteur privé) et la MSA (Régime des agricoles) ;

 

 * la branche famille, principalement gérée par la Cnaf (Tous régimes) et la MSA (Régime des agricoles) ;

 

 * la branche retraite, principalement gérée par la Cnav (Régime général), le RSI (Régime des indépendants), la MSA (Régime des agricoles) et les différents régimes spéciaux ;

 

 * la branche cotisations/recouvrement, gérée par l’Acoss et les régimes spéciaux.

 

Le budget 2017 de la Sécurité sociale

 

Voici les prévisions d'évolution des comptes de la Sécurité sociale par branches (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Europe 1 ]

 

Les diapositives ci-dessous, extraites d'une présentation du PFLSS 2017 (projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2017 = nouveau nom du budget de la Sécurité sociale depuis l'application de la loi LOLF), nous montrent pourquoi le ministre se rengorge comme un paon :

 

 

[ Source : Ministère de l'économie et des finances ]

 

 

[ Source : Ministère de l'économie et des finances ]

 

Ainsi, dans cette bataille du chiffre où il importe surtout de montrer une baisse, comme dans le cas des dépenses publiques et partant du déficit public dont j'avais parlé dans ce précédent billet, les comptes prévisionnels de la Sécurité sociale pour 2017 sont ressassés jusqu'à plus soif. D'où le communiqué de presse du PLFSS 2017 qui affirme que "pour la première fois depuis 2001, le déficit de la Sécurité sociale sera donc à un niveau très proche de l’équilibre financier, soit un déficit de seulement 400 millions d’euros, correspondant à 0,1 % des dépenses du régime général".

 

Le budget de la Sécurité sociale dans le détail

 

Trois branches sur quatre seront donc à l’équilibre en 2017 : la branche retraite, la branche famille et la branche accident du travail. Seule la branche maladie accusera encore un déficit de 400 millions d'euros, ne serait-ce qu'en raison de la revalorisation du tarif de la visite chez le médecin et du point d'indice à l'hôpital. Il n'en fallait pas plus pour que Marisol Touraine annonce avec tambours et trompettes la "fin des déficits sociaux" avant de conclure lapidaire "nous aurons sauvé la Sécu" !

 

Sauf que, disons-le d'emblée, cette présentation édulcorée omet de préciser le rôle favorable de la conjoncture sur les chiffres à court terme. De plus, elle néglige le Fonds de Solidarité Vieillesse (FSV), déficitaire tout de même de 3,8 milliards d'euros, et dans lequel les gouvernements n'hésitent jamais à prélever quelques millions pour arrondir les budgets difficiles, au détriment de sa mission initiale consistant à verser les cotisations de retraite des chômeurs et le minimum vieillesse.

 

De plus, pour masquer la hausse de certaines dépenses, que les mauvaises langues qualifieront d'électorales, l’objectif national des dépenses d’assurance-maladie (Ondam) sera relevé de 1,75 % en 2016 à 2,1 % en 2017. Pour mémoire, l'Ondam, créé par les ordonnances de 1996 impose que la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) fixe chaque année un objectif de dépenses à ne pas dépasser en matière de soins de ville et d’hospitalisation dispensés dans les établissements privés ou publics, mais aussi dans les centres médico-sociaux.

 

Mais surtout, il faudrait rappeler les coups de rabots grossiers dans les dépenses de la Sécurité sociale et le passage au tout ambulatoire, qui bien entendu expliquent une large part de ce que le gouvernement appelle "économies". De réformes structurelles il n’y en a au fond guère eu à mon sens, ce que confirme le dernier rapport de la Cour des comptes, qui affirme que "le déficit continue de s’inscrire à un niveau supérieur à celui, déjà très élevé, des années antérieures à la crise, et conserve une importante composante structurelle (4 Md€)".

 

Au reste, les sages de la rue Cambon appellent à "mieux maîtriser les dépenses de santé pour assurer un accès équitable aux soins". En effet, je cite : "les niveaux individuels de prise en charge s’érodent sur longue période, avec pour conséquence des restes à charge parfois très élevés". Cela en raison des tickets modérateurs (part non prise en charge par la Sécurité sociale), des franchises (par exemple les fameux 50 centimes par boîte de médicaments), des participations forfaitaires (l'euro demandé pour consulter un médecin) et des dépassements d'honoraires :

 

 

[ Source : Alternative économique ]

 

Quant à ceux qui se demandent s'il faut privatiser l'assurance santé (ce qui permet de cacher la réalité du problème en le sortant de la sphère des comptes publics) ou créer des fonds de pension privés, des éléments de réponse figurent dans mon précédent livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées aux éditions Ellipses. Mais le lecteur averti se doute déjà de la réponse... La tribune de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, et Didier Tabuteau, responsable de la chaire santé de Sciences Po, donne du reste pas mal d'éléments de réflexion sur le coût exorbitant du système des complémentaires de santé !

 

En définitive, au vu des méthodes employées pour arriver à réduire le déficit des comptes sociaux, j'émets les plus grands doutes sur la pérennité de cet équilibre. Pour autant, même s’il est établi que la branche maladie doit être réformée en profondeur, souhaitons qu’elle demeure publique et accessible à tous conformément à l’idéal du Conseil National de la Résistance de 1944 !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du Figaro.

Partager cet article

Repost 0
9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 10:30

 

 

Après avoir terminé l'année 2016 sur un billet de prospective, j'avais l'embarras du choix pour débuter 2017. J'ai donc choisi de consacrer le billet d'aujourd'hui au Bitcoin, tant ce dernier a fait parler de lui depuis quelques années.

 

Qu'est-ce que le Bitcoin ?

 

C'est une monnaie électronique non régulée, conçue en 2009 par l'informaticien Satoshi Nakamoto (plus probablement un groupe de geeks cachés derrière ce pseudonyme), mais qui n'a de cours légal dans aucun pays. On peut donc la classer tout au plus dans ce que je qualifiais de monnaies complémentaires dans ce billet de blog. Le Bitcoin est du reste présenté comme un système de paiement décentralisé, en ce sens qu'il ne nécessite aucun intermédiaire bancaire pour valider les transactions et aucune Banque centrale.

 

 

Cependant, la Banque de France précise que "le bitcoin ou les autres monnaies virtuelles ne constituent pas des instruments de paiement au sens de la législation européenne, et n’offrent à ce titre aucune protection à ses utilisateurs, que ce soit en termes de garantie de remboursement des unités de monnaie virtuelle ou en cas de transaction frauduleuse. En France, l’activité de conversion de monnaie virtuelle en euros ou en devises étrangères est assimilée à la fourniture de services de paiements, et est soumise à agrément de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution".

 

Comment fonctionne le système Bitcoin ?

 

Commençons par ce schéma qui explique comment se déroule une transaction en Bitcoin  (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

Transaction-Bitcoin.jpg

 

[ Source : Les Échos ]

 

Le système Bitcoin - qui fait partie du domaine libre - repose sur une chaîne de bloc, qui est un journal de transactions partagé et public. Il s'apparente ainsi à un système d'échange de fichiers du type peer-to-peer comme BitTorrent. Dès lors, tout utilisateur devra télécharger sur son ordinateur ce journal de transactions et se verra attribuer une adresse bitcoin protégée par une clé privée : 

 

[ Source : Bitcoin.org ]


En pratique, un utilisateur peut obtenir des Bitcoins en les acceptant en tant que paiement pour une vente, ou en les achetant notamment sur une bourse d'échange en ligne comme feu Mt.gox ou Bitstamp. À terme, le système a été conçu  pour que le montant maximum de Bitcoins en circulation ne dépasse pas environ 21 millions d'unités.

 

Tout cela semble très intéressant, mais à l'origine il a bien fallu créer les premiers Bitcoins et les distribuer. C'est là qu'intervient un processus appelé "minage", qui consiste à créer des Bitcoins et à les affecter à une personne (le "mineur") qui aura contribué à vérifier la validité des opérations en installant sur son ordinateur un logiciel spécifique à cet effet. Ces mineurs sont donc rémunérés à mesure des calculs effectués, mais la forte concurrence entre ces personnes pour obtenir de nouveaux Bitcoins et la puissance très importante de calcul nécessaire, rendent le minage de plus en plus difficile sinon impossible. Voilà pourquoi ses défenseurs le comparent souvent à l'or et rêvent de le voir devenir un actif refuge...

 

Quel est le prix du Bitcoin ?

 

Bien qu'il existe des cours du Bitcoin contre les principales devises, les échanges se font en grande majorité en dollars. Le graphique ci-dessous présente d'ailleurs l'évolution du taux de change bitcoin contre dollar sur les cinq dernières années (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

[ Source : abcbourse.com ]

 

Il apparaît clairement que le Bitcoin est très volatil et qu'il a même connu des épisodes dignes d'être qualifiés de bulles ! Le premier mini-krach remonte à 2011, lorsqu'il était passé de moins d'un dollar à 30 dollars avant de redescendre sous les 3 dollars ! Mais c'est surtout au printemps 2013 qu'il a beaucoup fait parler de lui lorsqu'il a perdu plus 70 % de sa valeur. C'était l'époque où la crise chypriote battait son plein et les investisseurs, inquiets de voir leurs dépôts lourdement taxés, ont certainement cherché à convertir leurs euros en bitcoins.

 

Mais à mon avis c'est surtout la spéculation qui explique ces montagnes russes : la valeur du bitcoin monte, donc certains se disent qu'elle grimpera encore plus demain et qu'il faut dès lors l'acheter aujourd'hui. Bref, la hausse est auto-entretenue jusqu'à ce que le retournement d'anticipation se produise et là, quel que soit au fond le nom de l'actif, c'est la catastrophe !

 

D'ailleurs, si le bitcoin a tutoyé les 1 000 dollars à la fin de l'année 2016, c'est en partie à cause du contexte économique difficile en Asie. Les restrictions imposées par Pékin aux sorties de capitaux ont ainsi été partiellement contournées à la faveur de la conversion du yuan en bitcoin, ce qui conjugué au goût des Chinois pour la spéculation a conduit les trois principales plates-formes chinoises d’échange en bitcoins a représenter 95 % des volumes dans le monde ! Il ne faudrait pas non plus oublier le plan de lutte contre la corruption en Inde, qui a conduit à la suppression de nombreux billets de banques et certainement fait le jeu du bitcoin. 

 

Avantages et inconvénients du Bitcoin

 

Sur le plan pratique, des milliers de sites acceptent désormais le bitcoin, car il est simple à utiliser et permet des transferts de fonds de montants modiques. Une forme très avancée d'anonymat est également permise, ce qui n'est pas sans poser de problèmes. En effet, dans le monde réel, qui peut ignorer qu'anonymat rime souvent avec blanchiment ? N'est-ce pas en particulier pour cette raison que les régulateurs financiers du monde entier s'intéressent de près au système bitcoin notamment lorsqu'il est lié à Tor et au Dark web? De plus, il est bon de rappeler que des failles de sécurité ont déjà été mises au jour, comme en témoignent les attaques menées sur la plateforme Mt.Gox en 2011, qui ont conduit cette dernière à une faillite retentissante en 2014 tout en laissant les utilisateurs dépouillés !

 

En outre, en limitant la création d'unités, le système Bitcoin est vu par certains comme non inflationniste, surtout en ces périodes où l'abreuvoir à liquidités financières est grand ouvert... C'est oublier un peu vite que l'effet de rareté crée nécessairement des comportements de spéculation. D'autres  notent que la décentralisation du système permet d'éviter, selon un argumentaire très libéral, les politiques d'émission monétaire trop excessives ou à l'inverse trop restrictives. Pour ma part, j'ai tendance à me méfier des systèmes non régulés, car j'ai en mémoire une grande catastrophe qui a eu lieu en 2007 en raison notamment de l'absence de régulation...

 

En définitive, convertir son argent dans une devise électronique non régulée, dont la sécurité reste encore à améliorer et dont le prix est volatil est un jeu spéculatif ! C'est pourquoi, Bitcoin reste à mon sens un actif à très haut risque qui ne s'adresse pas à Monsieur Tout-le-monde. Et le fait qu'il puisse servir à contourner les législations nationales m'inquiète en ce qu'il pourrait être utilisé par des personnes aux intentions peu louables...

Partager cet article

Repost 0
30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 10:35

 

 

Le moins que l'on puisse dire est que l'année 2016 fut riche en événements et rebondissements. Qu'on en juge : Brexit non anticipé par les marchés pourtant réputés mieux informés que nous autres mortels, élection de Donald Trump, crise bancaire en Italie et démission de Matteo Renzi, etc. D'où les nombreux billets que j'ai écrits, parfois très détaillés, afin de vous présenter une analyse circonstanciée.

 

Retour sur l'année 2016

 

Commençons donc par un petit retour en arrière sur mes billets de l'année 2016. Tous les liens sont actifs, il vous suffira donc de cliquer sur le billet de votre choix pour le lire ou le relire, c'est selon !

 

JanvierFévrier

Gare au tsunami chinois !

Trop d'épargne peut nuire à la santé économique

Qu'est-ce qu'une monnaie locale ?

Cafet'éco et histoire économique à Sarreguemines

L'économie en clair à Forbach

Révolution numérique, chômage et vraie vie...

La panique sur les marchés financiers !

Travailler plus pour gagner moins !

L'autofinancement des entreprises n'est pas une bonne nouvelle !

MarsAvril

Mensonges et contrevérités en économie

Conférence-dédicace à la médiathèque de Forbach

Jusqu'où ira la Banque centrale européenne ?

La crise qui vient

Le prélèvement de l'impôt à la source

 

La loi El Khomri est officiellement enterrée !

"Panama Papers" : le scandale de l'évasion fiscale au Panama

Évasion fiscale : les 7 péchés capitaux

Table ronde sur le don à Sarreguemines

Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition

Pourquoi la politique monétaire n'a pas relancée l'économie de la zone euro ?

MaiJuin

Les grands mécanismes de l'économie en clair sur Mirabelle TV

La rémunération des grands patrons en France

Les grands mécanismes de l'économie en clair sur TV8

Des territoires zéro chômage ?

Les grands mécanismes de l'économie en clair sur TV Cristal

Le problème de la segmentation des marchés financiers européens

Éclairer les rouages de l'économie

Retour sur l'évasion fiscale au Luxembourg

Le Brexit

Le Royaume-Uni va quitter l'UE !

JuilletAoût

Une nouvelle crise imminente ?

L'ancien chef de la Commission européenne chez Government Sachs !

Keynes et le vrai marché du travail

Du pain et des jeux de cirque

SeptembreOctobre

Aide aux devoirs à Forbach

Cafet'éco et histoire de l'économie à Sarreguemines

L'économie en clair à Forbach

Les travailleurs détachés dans l'Union européenne !

Scandales en cascade à la Commission européenne

Une nouvelle crise des banques européennes ?

Les conséquences du passage à une économie de service

[Idée reçue] Les capitaux circulent entre les pays de la zone euro

La sécurité / la mémoire

Non, la courbe du chômage ne s'inverse toujours pas !

NovembreDécembre

Un changement majeur de système monétaire international

Le monde économique de Donald Trump

Fillon et le choc libéral des candidats à la primaire de droite

Fillon, Trump et la courbe de Laffer

La crise en Italie

Paradis fiscaux et évasion fiscale : les eaux troubles des multinationales, du football et de la politique !

Joyeux Noël toujours en crise

Que nous réserve 2017 ?

 

Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition

 

En 2016, j'ai fait paraître la 2e édition de mon livre Les grands mécanismes de l'économie en clair aux éditions Ellipses.

 

 

Ce livre a pour modeste ambition d'apprendre au lecteur, en peu de pages, le fonctionnement de l’économie. Tous les concepts sont présentés de manière abordable, illustrés d’exemples et de schémas. En neuf chapitres, il le guidera ainsi dans les méandres de l’économie et lui apprendra à en décrypter le jargon. Et afin de faire de ce livre un outil pratique que l’on peut consulter lorsque l’on cherche un point précis, on y trouvera également un index des principaux termes employés et un glossaire.

 

Cette deuxième édition fut l’occasion de reprendre entièrement le texte et de réécrire certains chapitres, pour les rendre encore plus abordables et tenir compte des développements les plus récents sur ces questions. Des schémas simples ont également été ajoutés pour permettre au lecteur de mieux comprendre les mécanismes économiques les plus complexes. Au reste, trois nouveaux chapitres ont fait leur entrée : dépense et dette publiques, la mondialisation, la crise. C’est donc une édition entièrement revue, remaniée et augmentée que le lecteur aura entre les mains.

 

Et l'année 2017 dans la zone euro ?

 

Tout d'abord, le célèbre alignement des planètes en Europe (Euro faible, pétrole bas et taux d'intérêt au plancher) dont j'avais beaucoup parlé l'année dernière, n'est hélas plus d'actualité pour 2017 ! En effet, les prix du pétrole sont en train de remonter, sous la double contrainte du recul de l’investissement dans le secteur et du récent accord entre l’OPEP et la Russie pour limiter la production alors que la demande augmente. L'inflation, qui devrait probablement atteindre 2 % fin 2017 ou début 2018, ferait ainsi son grand retour essentiellement par le canal des prix du pétrole, ce que l'on appelle de l'inflation importée.

 

2 % d'inflation ? C'est précisément l'objectif de la BCE, qui se verrait par conséquent dans l’obligation de rendre sa politique monétaire plus restrictive et partant de mettre un terme à son quantitative easing prolongé il y a peu jusqu’en décembre 2017. Rappelons au passage que cet assouplissement quantitatif aura certes réussi à faire baisser les taux d'intérêt à long terme, parfois sous la barre du zéro, mais sans financer pour autant l'économie réelle... Bien entendu, la hausse de l’inflation importée réduirait les salaires réels plutôt déjà mal en point dans la zone euro, ce qui pèserait inévitablement sur la demande des ménages d’autant que les conditions de crédit sont devenues plus drastiques.

 

En outre, avec l’augmentation des taux à court terme et l’arrêt des rachats d’obligations publiques par la BCE, on peut s'attendre à une hausse des taux à long terme. Dès lors, sans hausse conjointe de la croissance, le risque est grand d'assister à un freinage de l’investissement et surtout à une dégradation substantielle de la solvabilité des emprunteurs, à commencer par les États dont certains ne doivent leur salut temporaire qu’à l’intervention de la BCE. Oserai-je dès lors jouer les Cassandre et rappeler que dans ces conditions le retour d’une crise de la zone euro n’est pas une simple vue de l'esprit ?

 

D'aucuns oublient d'ailleurs que malgré les pseudo-bonnes nouvelles sur l'État de la Grèce et les promesses d'arracheur de dents faites par l'Eurogroup sur l'épineuse question de la restructuration de son insoutenable dette publique, la situation en Grèce est désespérée. Quant à l'Italie, qui est tout même un bien plus gros morceau économique que la Grèce, le moins que l'on puisse dire est que son futur proche en 2017 n'est pas rose, puisque le taux d’intérêt à long terme dans le pays est déjà supérieur à la croissance nominale, ce qui alourdit la charge de la dette publique. Et quant à l’Union bancaire, dont j'avais expliqué le fonctionnement dans ce billet, il me semble qu'elle était censée éviter le renflouement des banques en faillite par les États, n'est-ce pas ? Et bien, c'est encore manqué ou plus exactement c'est touché coulé, puisque l’État italien va devoir injecter 6 milliards de fonds publics pour sauver la banque Monte dei Paschi di Siena...

 

Heureusement, en France à défaut de compétition footballistique, nous serons assaillis d'images du tournoi électoral entre qui semble faire le plein autant de candidats que d'électeurs. Panem et circenses disaient les anciens... Mais quand finiront-ils les uns dans l'arène et les autres dans les tribunes par comprendre que la crise est aujourd'hui plurielle et qu'il est ainsi illusoire de vouloir résoudre la crise économique si le cadre politique européen est défaillant ? De plus, c'est peu dire que je reste dubitatif sur les orientations économiques des vingt dernières années, qui oscillent entre retour à une chimérique société de consommation de masse type années 1970 et la recherche d'une cauchemardesque société ultralibérale (ubérisée pour utiliser le vocabulaire du temps...).

 

Après la loi El Khomri (horresco referens), et une croissance en 2016 mi-figue mi-raisin, je crains le pire avec le prochain gouvernement qui, pour se démarquer des précédents, se sentira obligé d'aller encore plus loin dans la mise en oeuvre de mauvaises solutions au risque de détruire le modèle social français. Il est vrai que la dernière marotte consiste désormais à suivre tous les mois la baisse du chômage qui est arrivée trop tard, bon moyen de faire oublier tous les autres problèmes et scandales comme les football leaks, vous savez les révélations de Mediapart sur les innombrables contrats, arrangements, primes et autres gratifications qui démontrent que le football de haut niveau est devenu une véritable industrie du fric (vous en doutiez ?) en quête de cieux fiscaux cléments pour échapper à la contribution commune.

 

Vous noterez par ailleurs qu'après la bulle politico-médiatique de l'écologie (pardon, développement durable ça s'entend mieux) durant laquelle les politiques n'avaient de cesse de parler publiquement du climat à tous crins, nous sommes revenus aujourd'hui à des sujets beaucoup moins colorés comme la baisse des dépenses publiques ou le trou de la Sécurité sociale (dont je parlerai dans un prochain billet).

 

Tous ces succédanés de programmes économiques permettent surtout à des politiques, pas toujours aussi idiots que certains en ont l'air, de donner l'illusion de détenir encore les leviers du changement (économique, mais pas seulement), alors même que la potestas appartient depuis longtemps à Bruxelles - avec le résultat que l'on sait - tandis que l'auctoritas est hélas entre les mains des histrions du petit écran, qui font et défont les réputations au gré d'émissions de grande audience.

 

Sur ce, je tiens à remercier chers lecteurs pour votre fidélité et vous prie d'accepter, malgré le marasme actuel, mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année 2017 ! Merci pour vos commentaires, liens et encouragements qui me touchent et me poussent à continuer mes analyses sur ce blog...

 

 

Partager cet article

Repost 0
22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 12:22

 

 

Même si la période de l'Avent est certainement l'une des plus agréables de l'année, elle ne fait que ponctuer une année qui aura été éprouvante sur le plan économique. Pourtant, à entendre certains médias, la reprise économique est enclenchée, les marchés financiers vont rester haussiers, la baisse des dépenses publiques et le Pacte de responsabilité vont rendre sa compétitivité à notre économie, etc. C'est pourquoi, après un billet sur les paradis fiscaux et l'évasion fiscale, j'ai décidé de quitter les cieux pas toujours cléments pour regagner la terre ferme...

 

Tout va-t-il vraiment pour le mieux ?

 

Il est certain que pour une infime minorité de la population tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, conformément aux enseignements de la théorie panglossienne. En effet, étant donné qu'à la faveur des interventions étatiques - pourtant tant décriées depuis - la crise de 2007 n'a pas rincé comme les précédentes les porteurs de promesses financières exubérantes (actions et autres titres sur les marchés), certains se retrouvent avec un patrimoine qui prospère désormais suivant les règles d'une martingale : pile je gagne, face tu perds pour que l'on me renfloue et que je gagne à nouveau ! 

 

Las, a contrario, l'immense majorité des ménages a plutôt le sentiment que sa situation se dégrade inexorablement si tant est qu'elle puisse encore se prévaloir d'un emploi rémunérateur (graphique 1) et d'un quelconque petit patrimoine (tableau 2)...

 

Graphique 1 : évolution du nombre de personnes pauvres

 

 

[ Source : Observatoire des inégalités ]

 

En une phrase, plus d'un million de personnes ont basculé sous le seuil de pauvreté en France depuis dix ans !

 

Tableau 2 : évolution des patrimoines bruts en France

 

 

[ Source : Centre d'observation de la société ]

 

Pour le dire simplement, tandis que les 10 % les plus riches détiennent près de la moitié du patrimoine en 2015, les 10 % les plus pauvres n'ont pour ainsi dire rien !

 

Pour ma part, je crois surtout qu'il existe désormais un gouffre abyssal entre une minorité très visible dans les médias, le show-business, le sport, la finance et surtout la politique, et le reste de la population. Les premiers cherchent encore désespérément à persuader les seconds qu'il existe une communauté d'intérêt entre eux, alors même que jamais la rupture n'a été aussi évidente. Autrement dit, l'intérêt général ne s'est probablement jamais aussi ouvertement confondu avec les intérêts particuliers... Et ce n'est certainement pas le verdict rendu par la Cour de justice de la République (CJR) contre Christine Lagarde (coupable mais absence de sanction) qui va améliorer le climat actuel de défiance, d'autant que le FMI a renouvelé par ailleurs sa confiance à sa directrice ! 

 

Dès lors, regarder avec nostalgie le passé glorieux de la France dans l'espoir de renouer avec les Trente Glorieuses est au mieux une perte de temps au pire une amère illusion, puisque le contexte économique et politique a bien changé depuis : mondialisation, dérégulation, création d'une monnaie unique, etc. À l'autre extrême se trouve également une chimère, qui consiste à croire que l'avenir sera nécessairement meilleur que le présent. Ceux qui négligent le présent au nom d'un hypothétique avenir radieux lié au progrès ou tout simplement à la providence, feraient bien de relire de toute urgence les célèbres Lettres à Lucilius de Sénèque, puisqu'ils y découvriraient que l'optimisme béat faisait déjà des ravages il y a deux millénaires !

 

Joyeux Noël tout de même !

 

Bref, en dehors de ces petits riens que nous venons d'évoquer et qu'il faut hélas déplorer puisqu'ils délitent la société, tout va très bien Madame la Marquise en 2016 comme pour 2017 :

 


sacha distel tout va très bien madame la marquise par vieuxsnock

 

Sur ce, même si nous sommes en pleine crise (économique, sociale, politique ?), je vous souhaite un joyeux Noël et vous retrouve la semaine prochaine pour le dernier billet de l'année 2016 !

 

noel.gif

 

Et comme il est toujours bon d'enfoncer une porte ouverte quand tout le monde la voit fermée, n'oubliez pas que le plus beau cadeau de Noël que vous puissiez faire c'est votre présence !

Partager cet article

Repost 0
15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 17:44

 

 

C'est peu dire que cette fin d'année aura été marquée dans le domaine économique par de nombreux rebondissements : élection de Donald Trump mais hausse des cours boursiers aux États-Unis, démission de Matteo Renzi sur fond de crise bancaire en Italie, victoire de François Fillon à la primaire de droite sur un programme libéral, etc. Aujourd'hui, je vous propose un billet sur les paradis fiscaux thème dont j'ai souvent traité sur mon blog, suite à la publication de la quatrième édition du rapport annuel réalisé par Eurodad, réseau de 47 ONG européennes dont font partie le CCFD et OXFAM.

 

Qu'est-ce qu'un paradis fiscal ?

 

Comme il n'existe pas de définition juridique unanimement reconnue, chaque État à beau jeu d'affirmer que la lutte contre l'évasion fiscale est sa priorité, ce dont ne se privent pas Monaco, le Luxembourg et même Panama ! Et ce d'autant plus que les critères historiquement retenus par l'OCDE pour caractériser un paradis fiscal une juridiction non coopérative sont difficilement exploitables en pratique. Je vous laisse en juger :

 

 * la juridiction applique des impôts inexistants ou insignifiants. Ce critère n'est pas suffisant par lui-même pour permettre de qualifier une juridiction de paradis fiscal. L'OCDE reconnaît en effet que toute juridiction a le droit de décider d'appliquer ou non des impôts directs et d'en déterminer le taux d'imposition approprié ;

 

 * absence de transparence ;

 

 * existence de lois ou pratiques administratives qui empêchent un véritable échange de renseignements à des fins fiscales avec les autres administrations en ce qui concerne les contribuables qui bénéficient d'une imposition inexistante ou insignifiante.

 

C'est pourquoi, les critères retenus par les ONG comme OXFAM ou le CCFD pour définir un paradis fiscal (opacité financière, absence de coopération dans les affaires judiciaires, etc.) sont bien plus pertinents, et permettent au moins d'éviter de classer le Panama comme juridiction coopérative quelques jours avant le scandale des Panama Papers...

 

Quoi qu'il en soit, la Commission européenne dans un accès de velléité réformatrice avait établi à l'emporte-pièce en 2015 une carte des paradis fiscaux plutôt intéressante (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Las, au vu de la concurrence fiscale mortifère que se livrent les États membres de l'UE, la distinction entre État vertueux et paradis fiscal devient de plus en plus tenue...

 

Toujours est-il que la lutte contre l'évasion fiscale et les paradis fiscaux doit impérativement commencer par un grand ménage au sein de l'Union européenne, sous peine de revivre chaque année de nouveaux LuxLeaks...  qui prendront la suite des autres scandales comme le compte en Suisse de Cahuzac, les révélations de l'Offshore Leaks et la découverte des montages fiscaux qui permettent aux multinationales de ne presque pas payer d'impôts... Bref, autant de choses qui font rugir l'opinion publique, que l'on soumet à l'austérité, alors même que des sommes impressionnantes dorment tranquillement dans les paradis fiscaux.

 

Les mesures prises

 

En 2016, la zone euro s'enfonce dans le marasme, les scandales se multiplient à la Commission européenne, les banques européennes sont en difficulté et la crise semble ne pas devoir trouver de fin dans de nombreux États membres. D'où l'accélération des mesures prises par les dirigeants politiques depuis quelques années pour lutter contre les paradis fiscaux et l'évasion fiscale afin d'engranger des recettes budgétaires supplémentaires. On note ainsi avec satisfaction que l'OCDE s'engage désormais dans une lutte mondiale pour l'échange automatique de données fiscales pour les particuliers, et contre l'érosion des bases imposables des entreprises.

 

De leur côté, les États-Unis ont comme à leur habitude dégainé l'arme lourde, en votant en 2013 la loi FATCA qui a eu raison du secret bancaire suisse ! Reste à savoir ce que Donald Trump va faire des paradis fiscaux, sachant que lui-même en use pour ses affaires privées et qu'il envisage de nommer à des postes clés de son administration des dirigeants de sociétés pas toujours réticents aux avantages qu'offrent ces juridictions.

 

Au reste, certaines d'entre elles sont carrément sur le sol des États-Unis. C'est pourquoi, Barack Obama, dans son dernier tour de piste a cherché à les éradiquer partiellement (et trop tardivement...) en promettant d'obliger les bénéficiaires réels de certains types de sociétés offshores implantées dans le Delaware, le Wyoming ou le Nevada à donner leur identité aux autorités fiscales compétentes.

 

Les limites de ces mesures

 

Pourtant, le rapport d'Eurodad nous montre que la lutte contre l'évasion fiscale présente un bilan en demi-teinte :

 

 

[ Source: Eurodad ]

 

J'avais déjà souvent évoqué les rescrits fiscaux dans le cadre d'un billet sur les Luxleaks ou sur les Panama Papers. C'est pourquoi, je me contenterai ici de rappeler l'essentiel. Pour faire simple, les tax rulings s'apparentent à des accords entre une entreprise et l'administration des impôts d'un pays. Ils servent normalement à sécuriser sur le plan juridique une opération (transfert du siège social, création d'une filiale,...), c'est-à-dire que l'administration confirme officiellement à l'entreprise la légalité de son montage fiscal pour cette opération.

 

Mais ils ont rapidement été détournés de cette fonction par des spécialistes de l'optimisation fiscale (notamment les célèbres cabinets d'audit, les Big4), qui ont transformé les tax rulings en accords fiscaux avantageux. En effet, les multinationales cherchent à dissocier le lieu réel de leur activité du lieu où elles vont déclarer leurs bénéfices et donc payer leurs impôts. Et ces tax rulings participent de l'environnement favorable à l'implantation des multinationales qu'ont souhaité créer certaines juridictions comme le Luxembourg, l'Irlande, le Panama et tant d'autres.

 

Néanmoins, le rapport Eurodad note avec satisfaction que la transparence fiscale progresse au sein de l'Union européenne et que la France retrouve son rôle moteur dans cette lutte avec le reporting public des entreprises inscrit dans la loi Sapin 2 (censuré néanmoins il y a quelques jours par le Conseil Constitutionnel en raison d'une atteinte à la liberté d'entreprendre...). Encore qu'il faille ajouter un bémol en raison de la directive sur le secret des affaires, qui risque d'étouffer dans l'oeuf toutes les velléités des lanceurs d'alerte et journalistes d'investigation.

 

La Commission européenne a également progressé sur ces questions, je cite : "l'UE a créé un cadre dans lequel les entreprises des secteurs extractifs et forestiers doivent publier leurs paiements aux gouvernements relatifs à l’exploitation des ressources naturelles. Grâce à cela, les populations des pays riches en ressources pourront plus facilement tenir leurs gouvernements comptables de ces recettes. En outre, les institutions financières de l’UE (les banques) doivent aussi publier un reporting pays-par-pays. Ceci permettra de renforcer la confiance dans le secteur financier. Le 12 avril 2016, la Commission a adopté une proposition de directive qui oblige les groupes multinationaux établis dans l’UE et en dehors à publier un rapport annuel sur leurs bénéfices, les impôts payés et d’autres informations".

 

Hélas, la liste des paradis fiscaux attend toujours d'être publiée par la Commission européenne, car la précédente dont nous avons parlé plus haut a provoqué à l'évidence quelques grincements de dents... Mais incidemment je viens de découvrir qu'il n'y aurait probablement pas de nouvelle liste, du moins pas avec des noms de juridictions en Europe... Courageuse mais pas téméraire la Commission européenne ! Quant aux conventions fiscales signées avec les pays en développement, souvent au détriment d'ailleurs de ces derniers, Eurodad s'inquiète qu'elles ne fassent l'objet d'aucune révision programmée à court terme. 

 

La question de l'assiette commune d'imposition au sein de l'Union européenne a aussi refait son apparition. Pour mémoire, la proposition de directive appelée ACCIS (Assiette Commune Consolidée pour l’Impôt sur les Sociétés), évoquée en 2011, avait pour objectif que "les sociétés exerçant des activités transfrontalières devront se conformer à un système européen unique pour déterminer leur revenu imposable, plutôt qu'aux différents régimes nationaux dans lesquels l'activité est exercée".

 

Les groupes soumis au régime ACCIS auraient ainsi la possibilité de ne remplir qu'une seule déclaration fiscale consolidée pour l'ensemble de leurs activités au sein de l'Union européenne. "Les résultats imposables consolidés du groupe seraient répartis entre chacune des sociétés qui le constituent par application d'une formule simple. Cela permettra à chaque État membre de soumettre les bénéfices des sociétés résidentes de cet État à son propre taux".

 

 

 

Comme ce n'est jamais le bon moment pour parler de consolidation fiscale, il aura fallu attendre octobre 2016 pour que la Commission européenne propose de relancer l'ACCIS. Mais pour ne pas heurter la sensibilité de certains États fleur bleue, sa négociation se fera en deux étapes. Il n'est pourtant que temps d'avancer sur cette question, qui offrirait un formidable moyen de lutter contre l'évasion fiscale liée aux prix de transfert internationaux. D'où certainement les nombreuses réticences...

 

Enfin, en ce qui concerne le projet BEPS, commun à l’OCDE et au G20 et qui vise à lutter contre l’évasion fiscale des entreprises multinationales, de sérieux doutes sont émis quant à son efficacité. En effet, les résultats du reporting prévu resteront confidentiels et seront échangés essentiellement entre administrations fiscales, ce qui risque d'en limiter l'incitation à modifier les comportements d'évasion fiscale. 

 

Les football leaks

 

Mediapart, associé à onze autres médias membres du consortium European Investigative Collaborations (EIC), nous avait promis une enquête en béton sur les pratiques d'évasion fiscales des stars du ballon rond, et le moins que l'on puisse dire est le feuilleton est à la hauteur des attentes ! On y découvre les innombrables contrats, arrangements, primes et autres gratifications qui démontrent que le football de haut niveau est devenu une véritable industrie du fric (vous en doutiez ?) en quête de cieux fiscaux cléments pour échapper à la contribution commune.

 

 

 

Et quand je pense que des millions de gamins en Europe adulent ces nouveaux dieux du stade sans comprendre ce qui se trame dans les coulisses. En effet, qui osera leur dire que lorsqu'un footballeur qui gagne des millions cherche à éviter de payer des impôts, ce sont les parents pauvres des adolescents qui devront s'y substituer par une hausse des prélèvements sur les classes moyennes ou par une baisse des remboursements de la Sécurité sociale... Piètre conception de l'héroïsme en nos temps contemporains !

 

Conservons toujours à l'esprit cette déclaration de Henry Morgenthau, secrétaire au Trésor sous la présidence de Roosevelt, qui disait : "les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée. Trop de citoyens veulent la civilisation au rabais".

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site journaldugeek.com

Partager cet article

Repost 0
6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 13:54

 

 

Le référendum constitutionnel en Italie a vu le non l'emporter à près de 60 %, ce qui a conduit le Président du conseil, Matteo Renzi, à démissionner. Mais derrière la question des institutions politiques, se cachait à l'évidence celle de la crise économique (et bancaire) qui secoue le pays.

 

Le référendum en Italie

 

Matteo Renzi s'était engagé à mener plusieurs réformes durant son mandat : celle du marché du travail, un changement de loi électoral et une modification du Sénat. En ce qui concerne le jobs act, la réforme est entrée en vigueur au début de l'année 2015 et a consisté notamment en une libéralisation comme en Espagne, ce qui passait entre autres par la création d'un CDI à protection croissante avec une période d'essai de trois ans. Bref, Mattéo Renzi a rejoué la célèbre partition du plus de précarité pour plus d'emplois, mais ceux qui pensent que ce fut une réussite en raison de la baisse du taux de chômage se trompent d'analyse...

 

Pour en revenir au référendum du 04 décembre, celui-ci avait pour objectif de mettre fin à une particularité du système politique institutionnel italien, qui laisse à la Chambre des députés et au Sénat le même pouvoir dans l'élaboration de la loi, ce que l'on appelle dans le jargon juridique le bicamérisme parfait. La réforme prévoyait par conséquent de modifier la composition et le rôle du Sénat, afin tout à la fois d'économiser les grasses indemnités des sénateurs, d'accélérer le travail parlementaire et éventuellement de donner un peu plus de stabilité au gouvernement italien.

 

Comme toujours, le référendum a pris des allures de plébiscite. Résultat : NON 60 % - OUI 40 %. Démission de Matteo Renzi.

 

Une période d'incertitudes

 

Bien que certains indicateurs macroéconomiques semblent s'améliorer, les citoyens italiens ressentent une dégradation (réelle) de leurs conditions de vie et de travail. C'est que la croissance à beau afficher un taux plus élevé que l'année dernière, cela ne se traduit pas en pouvoir d'achat supplémentaire ou en création massive d'emplois... Et les banques sont toujours dans un état catastrophique, que l'incertitude actuelle devrait encore aggraver. C'est précisément ce que j'ai cherché à expliquer dans une petite vidéo :

 


La crise en Italie par Economiste57

 

Après avoir visionné cette vidéo, le lecteur comprendra mieux pourquoi je suis atterré de lire que Pierre Moscovici et Jeroen Dijsselbloem considèrent l'économie italienne comme solide tout en réclamant à terme des privatisations et de l'austérité. Heureusement que l'Eurogroup a martelé que la stabilité de la zone euro n'était pas remise en cause par le résultat de ce référendum !

Partager cet article

Repost 0
29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 10:57

 

 

Mon précédent billet sur le choc libéral proposé par François Fillon a donné lieu à quelques passes d'armes intéressantes quoique souvent orientées politiquement. Aujourd'hui, je souhaite le compléter par quelques précisions supplémentaires sur la courbe de Laffer, cette vague idée selon laquelle "trop d'impôt tue l'impôt"...

 

La courbe de Laffer

 

Il s'agit d'une vague intuition, que certains historiens de la pensée économique font remonter au XIVe siècle, sur le lien entre taux d'imposition des ménages et montant des recettes fiscales perçues par l'État. Elle n'est au fond que la traduction du célèbre adage "trop d'impôt tue l'impôt", que l'on retrouve chez de nombreux auteurs économiques comme Adam Smith ou Jean-Baptiste Say. Mais c'est la schématisation en courbe en U inversée, donnée par Arthur Laffer à la fin des années 1970, qui rendit cette intuition médiatique :

 

 

Le retour de la courbe de Laffer dans les discours

 

Très simple à comprendre et suffisamment consensuelle pour attirer les électeurs de toutes obédiences, la courbe de Laffer figura dans de nombreux programmes politiques - mais de plus en plus souvent elle ne concernait que les impôts des entreprises - depuis le tournant néolibéral du début des années 1980. En particulier, Ronald Reagan en prit prétexte pour baisser la pression fiscale aux États-Unis dès le début de son mandat, avec pour résultat catastrophique une forte hausse du déficit public :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

On croyait alors la courbe de Laffer enterrée pour de bon, mais comme tout concept zombie elle n'a cessé de polluer les campagnes politiques suivantes tant aux États-Unis qu'en Europe. Et aujourd'hui on la retrouve d'une part chez François Fillon, qui veut mettre en place une baisse d'impôts et de cotisations sociales pour les entreprises tout en augmentant la TVA (ce qui n'est rien d'autre qu'une forme de TVA sociale à laquelle j'ai consacré un chapitre dans mon livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées), et d'autre part chez Donald Trump.

 

Dans les deux cas, la croyance est que l'on se trouve du côté droit de la courbe, c'est-à-dire que la pression fiscale est devenue dissuasive et pèse donc sur les rentrées fiscales de l'État. Dès lors, il suffirait de baisser la pression fiscale sur les entreprises pour que la relance de l'activité correspondante permette une augmentation des ressources fiscales de l'État. Autrement dit, le déficit public qui résulterait d'abord de la baisse du taux d'imposition serait entièrement compensé par les nouvelles recettes fiscales liées à la hausse de l'activité, ce qui revient à supposer que le multiplicateur budgétaire est très élevé, probablement le double de ce qu'il est actuellement...

 

Or, les études économiques sérieuses menées sur la question ne démontrent pas l'existence d'une telle courbe, ni d'un côté de l'Atlantique ni de l'autre. Pire, certaines montrent, à l'exemple de cet article célèbre de Blanchard et Leigh de 2013 concernant les multiplicateurs en temps de crise, qu'une baisse de la pression fiscale concomitante d'une baisse des dépenses publiques (et en France, si j'ai bien compris une baisse du traitement des fonctionnaires payés 37h pour 39h de travail, sic !) peut déboucher sur un double choc dépressif, l'un pour les finances publiques l'autre pour la consommation, les deux étant évidemment liés.

 

Bien entendu, si un gouvernement taxe les ménages ou les entreprises à 100 %, il n'est pas besoin de théorie très élaborée pour comprendre que cela débouchera sur un blocage de l'économie. Mais en réalité les choses sont loin d'être aussi simples que Laffer le pensait, comme le prouvent les taux marginaux d'imposition élevés pratiqués aux États-Unis jusqu'à la fin des années 1970, mais qui n'ont pas empêché les États-Unis de connaître la prospérité selon les critères habituels utilisés à l'époque (croissance quand tu nous tiens...) et d'être jalousés par les Européens (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : http://piketty.blog.lemonde.fr ]

 

En dernier ressort, j'ajouterai que si l'on n'y prend garde, la politique de baisse d'impôts conduira à un surplus de déficit public alors même qu'elle a été mise en oeuvre pour le réduire... La France fera alors la course à la déflation salariale et au moins-disant social, oubliant les leçons de l'histoire : déflation Laval en France, déflation Brüning en Allemagne !

 

Un choc libéral tardif

 

Pour finir, je reviens un instant sur les arguments esquissés dans mon précédent billet. En raison d'un zeste de soutien à la demande, certains pensent pouvoir affirmer que la politique économique selon Fillon n'est pas libérale. Mais Olivier Passet, dans une vidéo de synthèse publiée chez Xerfi où il est directeur des synthèses, explique avec brio pourquoi une telle politique libérale est à la fois anachronique, dangereuse et sans effet certain sur l'économie à long terme :

 

 

N.B : l'image de ce billet provient du blog https://prof2ses.wordpress.com/

Partager cet article

Repost 0
21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 12:27

 

 

La victoire de François Fillon lors de ce 1er tour de la primaire de droite est non seulement une surprise mais surtout un coup de pied dans la fourmilière du politiquement correct. En effet, à force de répéter qu'Alain Juppé gagnerait cette primaire et affronterait Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle en 2017, les médias ont omis que les sondages pouvaient être déjoués par la réalité comme aux États-Unis, comme au Royaume-Uni, comme en Colombie, comme...

 

Dans ce billet, je vais revenir sur une proposition qui semble faire consensus à droite (et curieusement aussi dans ce qui reste de Parti socialiste dans ce pays), à savoir réduire massivement la dépense publique dans le but d'abaisser le déficit public et la dette publique. Beaucoup de public donc dans cette proposition, qu'il va falloir examiner de près !

 

Les résultats surprenants du 1er tour

 

C'est peu dire que dimanche soir le grand perdant fut Nicolas Sarkozy et qu'Alain Juppé en est sorti sonné :

 

 

[ Source : Europe 1 ]

 

Les programmes des candidats à la primaire

 

J'ai trouvé une infographie sur Nice Matin qui résume à peu près l'essentiel du programme des uns et des autres (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Nice Matin ]

 

Si vous souhaitez connaître les détails des différents programmes, il vous suffit par exemple de consulter cette page du Figaro qui vous permet de créer votre petit comparateur personnalisé, ce que j'ai fait pour les besoins de ce billet.

 

Pour ma part, bien qu'il y ait tant à dire sur toutes les facettes des programmes, comme annoncé plus haut je vais me concentrer sur la réduction de la dépense publique et l'éternelle question de la dette publique. Voici ce que proposent les candidats, tout d'abord du côté des dépenses puis des recettes (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

 

[ Source : La Croix ]

 

Au total, la plupart des candidats proposent une baisse drastique des dépenses publiques, conjuguée assez curieusement à une baisse des recettes fiscales (abaissement du taux d'impôt sur les sociétés, des droits de succession, suppression de l'ISF, etc.). Bref, le cocktail idéal pour que le déficit public ne se réduise pas et que l'endettement public continue sa progression.

 

Pourquoi un tel programme est-il voué à l'échec ?

 

Rappelons tout d'abord que cette volonté de réduire drastiquement les dépenses publiques pour abaisser le déficit public sous les 3 % du PIB est l'alpha et l'oméga des politiques économiques européennes depuis au moins trois décennies, avec les résultats que l'on connaît et dont j'ai souvent rendu compte sur ce blog et dans un des chapitres de mon précédent livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées aux éditions Ellipses. J'avais même publié une tribune dans Le Monde pour alerter sur les conséquences de ce mauvais remède apporté à un mauvais diagnostic.

 

Hélas, je suis forcé de constater que nombreux sont encore les politiques persuadés que la crise est la résultante d'un endettement excessif des administrations publiques. D'où la multiplication des règles et autres corsetages imposés par l'ordolibéralisme allemand (TSCG, "six-pack", "two-pack", etc.), et repris comme un mantra par la majorité des dirigeants européens.

 

Pour résumer mon propos pour ceux qui n'auraient pas envie de lire mon livre ou les nombreux billets de blog que j'ai consacrés à la question, on peut dire que ces politiques de coupes drastiques dans les dépenses publiques procèdent d'une incompréhension du rôle de l'État dans le fonctionnement économique d'une nation. Il est en effet facile de répéter que les dépenses publiques représentent 57 % du PIB en France, ce qui place notre pays quasiment en tête du classement des pays européens selon ce critère.

 

Mais qui expliquera que ce niveau de dépense trouve son origine essentiellement dans des choix de société faits par un État qui demeure, qu'on le veuille ou non, jacobin ? Qui expliquera que les dépenses publiques correspondent moins à du fonctionnement (salaires, électricité, loyers, etc.) comme certains le laissent insidieusement penser, qu'à des dépenses au service de l'intérêt général (infrastructures, services publics, etc.) ? Qui expliquera que la différence entre fonctionnement et investissement n'est que très peu pertinente en comptabilité publique, en ce sens que le salaire d'une infirmière est comptabilisé en fonctionnement alors qu'il représente assurément un investissement ? Qui expliquera qu'une grande partie des dépenses de l'État sont des transferts vers d'autres agents économiques comme les collectivités (Dotations...) et que par conséquent, couper ces dépenses revient à condamner nos communes et nos départements à ne plus assurer leurs missions sociales dans le cadre de l'État providence ?

 

Alors bien sûr nul ne peut nier l'existence de dysfonctionnements à certains endroits, dans certains services. Mais on ne voit pas très bien comment les choses pourraient aller mieux avec 110 milliards de coupes budgétaires et 500 000 emplois publics en moins. En lieu et place d'une véritable réorganisation de la fonction publique et d'une mise à plat des missions poursuivies par l'État, le gouvernement à venir se contentera comme les autres de passer un coup de rabot sur les dépenses en espérant que cela réglera les problèmes... ce qui peut hélas améliorer les chiffres à très court terme et donner l'illusion d'une politique efficace.

 

Mais à long terme, horizon qui n'est jamais l'objet des discours politiques actuels, la réalité nous reviendra en pleine figure lorsque l'État aura été totalement désorganisé et sera dès lors incapable de remplir ses missions même régaliennes ! Et si cette politique du chiffre doit conduire à privatiser le système de santé pour faire baisser les dépenses de santé, je crains que les patients en paient le prix fort dans quelques années lorsque les objectifs de rentabilité, qui existent par ailleurs déjà dans les hôpitaux avec le résultat qu'on sait (pensez aux effets de la T2A...), seront la norme.

 

Enfin, le choix de baisser parallèlement les impôts des uns tout en augmentant la TVA pour tous (ce qui n'est rien d'autre qu'une forme de TVA sociale à laquelle j'ai consacré un chapitre dans mon livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, car cette TVA est un très vieux serpent de mer...) est curieux, car il revient à plomber la consommation au moment où elle commence déjà à tousser.

 

Mais j'imagine que dans les concepteurs de ce programme économique, on en est resté à la bonne vieille antienne "trop d'impôt tue l'impôt" qui préside à toutes ces mesures et qui n'a jamais fonctionné, même pas aux États-Unis sous Reagan, et que Trump a également sortie du formol. À l'arrivée, ce genre de politique s'achève en général par une augmentation du déficit public puis de la dette publique...

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

En définitive, c'est bien un choc libéral de grande ampleur que nous promet François Fillon (report de l'âge de la retraite à 65 ans, retour aux 39h dans la fonction publique, négociation du temps de travail dans le privé, 110 milliards de baisses de dépenses publiques, réduction des impôts sur les entreprises, révision des seuils sociaux, etc.) doublé d'un conservatisme sur les questions de société (universalité des allocations familiales, restriction pour la PMA, retour du récit national, etc.).

 

Certains évoquent même depuis quelques jours le côté thatchérien du programme économique de François Fillon. Mais qui se souvient encore qu'au mois de juin dernier les Britanniques ont rejeté le libéralisme en votant pour le Brexit ? Et qui se souvient encore que dès sa nomination au poste de Premier ministre, Theresa May a annoncé une politique industrielle interventionniste au Royaume-Uni à des années-lumière de celle de la Dame de fer ?

 

Mais je prends d'ores et déjà le pari qu'à la primaire de gauche, on entendra bon nombre de candidats répéter inlassablement le même catéchisme sur la nécessité de baisser les dépenses publiques...

Partager cet article

Repost 0
16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 11:27

 

 

Après le grand succès de ma conférence d'hier soir à l'UPT de Forbach, je retourne à l'écriture pour vous proposer un article sur les États-Unis. En effet, si le Brexit au mois de juin fut un choc pour de nombreux commentateurs, voilà qu'un nouveau séisme politique vient de secouer planète mondialisation heureuse : Donald Trump va devenir le 45e président des États-Unis d'Amérique !

 

Qui est Donald Trump

 

Difficile de ne pas avoir un jour entendu parler des frasques de Donald Trump, tant elles sont nombreuses depuis trois décennies ! Mais plutôt qu'un long discours, voici un résumé en vidéo :

 

 

Un bref état des lieux économique aux États-Unis

 

Durant la campagne très acrimonieuse qui s'est déroulée aux États-Unis, les deux candidats ont fait assaut de propositions pour convaincre les électeurs qu'ils oeuvreraient en faveur des laissés-pour-compte de la première puissance mondiale. Il est vrai que le seul tableau suivant en dit long sur la mondialisation malheureuse que subit une immense majorité d'Américains (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Ce tableau nous montre en effet qu'une majorité d'Américains connaît une stagnation ou un recul du revenu réel depuis le début des années 1990. Pire, si on regarde le haut de la distribution, ce sont 85 % de la hausse des revenus entre 2009 et 2013 qui ont été captés par le 1 % les plus riches...

 

L'un dans l'autre, le taux de pauvreté mesuré par le Census Bureau atteint 15,5 % de la population en 2015, soit une augmentation de 2 points depuis 2013 ! Ainsi, le nombre d'Américains qui se nourrissent grâce aux bons alimentaires a quasiment doublé depuis le déclenchement de la crise pour atteindre 43 millions, soit 13 % de la population ! Quant aux inégalités de patrimoine elles sont criantes : 10 % des ménages détiennent près de 75 % du patrimoine américain !

 

De plus, à l'instar de ce qui est en train de se produire en Europe, les États-Unis font face à la destruction des emplois intermédiaires, que certains appellent aussi de manière évocatrice la malédiction des classes moyennes. Il s'agit en fait d'une disparition des emplois intermédiaires accompagnée d'une concentration des emplois aux extrémités (emplois peu qualifiés et emplois très qualifiés), c'est-à-dire à une bipolarisation du marché du travail, que le développement des outils numériques ne fait qu'accélérer. Vous avez dit american dream ? Je dirais plutôt chimère...

 

En ce qui concerne l'emploi dans le secteur manufacturier, qui traditionnellement offre des conditions de revenus bien meilleures, il est lui aussi en perte de vitesse depuis 20 ans même si la valeur ajoutée du secteur se maintient, comme le montre le graphique suivant :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

La désindustrialisation, que d'aucuns attribuent peut-être un peu vite à la concurrence des pays émergents (la Chine étant nommément visée par Trump), conduit quant à elle à un déficit commercial structurel :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et en ce qui concerne la dette publique, qui pèse désormais plus de 19 000 milliards de dollars, il reste du travail pour la faire baisser en pourcentage du PIB... Vous remarquerez au passage qu'en France, alors que le thème de la dette publique polluait les campagnes électorales précédentes, il ne semble plus être une priorité pour 2017.

 

 

[ Source : http://www.tradingeconomics.com ]

 

Face à un tel constat, une croissance assez soutenue et surtout un taux de chômage très faible (<5 % de la population active) apparaissent comme de beaux chiffres que les politiciens mettent en avant dans les médias, mais qui dissimulent de plus en plus mal la réalité vécue par tant de millions de ménages et d'entreprises.

 

Comment pourrait-il en être autrement lorsque sait que ce plein-emploi tant vanté est associé à un taux d’emploi (rapport entre les personnes en emploi et la population active) toujours inférieur à celui d'avant la crise et surtout à un taux de participation (rapport entre la population active et la population en âge de travailler) très bas, ce qui signifie que de nombreux travailleurs se découragent et quittent le marché de l'emploi. Et ceux qui ont encore un emploi témoignent année après année d'une peur grandissante du déclassement.

 

Rien d'étonnant donc à ce que lassés des promesses de vie meilleure qui ne dépassent jamais la rampe de lancement électorale, tant d'électeurs américains aient décidé de donner leur voix à Donald Trump, le candidat déclaré de l'anti-establishment.

 

Le programme global de campagne de Trump

 

[ Source : Ouest France ]

 

La démondialisation selon Trump

 

Au vu du bref état des lieux économique que nous avons fait ci-dessus, on comprend que la tentation protectionniste fut partie intégrante du programme de Donald Trump qui, à l'image d'Hillary Clinton, ne voit pas d'un bon oeil les actuelles négociations de traités commerciaux internationaux (TPP, TTIP). Avec son accession à la magistrature suprême et le pouvoir important dont dispose le président des États-Unis en matière de diplomatie et plus généralement dans les affaires extérieures au nom des intérêts stratégiques du pays, je pense que ces grands traités de libre-échange sont probablement condamnés.

 

Mais Trump compte aussi réviser l'ALENA, c'est-à-dire le traité de libre-échange signé en 1994 avec la Canada et le Mexique. Or, s'il est aujourd'hui bien documenté que l'ALENA est très loin d'avoir apporté les millions d'emplois promis à l'époque par Bill Clinton, il n'en demeure pas moins qu'une remise en cause de l'accord pourrait déstructurer les chaînes de production et de donc de valeur qui se sont développées entre ces trois pays.

 

Quoi qu'il en soit, renégocier des traités est une opération au long cours, qui risque de lui prendre tout son mandat... Peut-être cette prise de conscience des embûches qui l'attendent explique-t-elle son revirement sur le Traité climatique de Paris, lui qui s'était prononcé pour un abandon pur et simple des objectifs de réduction d'émissions de CO2 avant de se raviser.

 

Pour en revenir au commerce international, si le déficit extérieur vis-à-vis des pays émergents s'est aggravé depuis 20 ans, il ne s'agit pas non plus d'une dégradation abyssale, tant s'en faut ! Surtout, il faut remarquer qu'il y a une très faible substituabilité entre importations et production domestique aux États-Unis, car certaines industries n'existent tout simplement plus dans le pays. D'où la très mauvaise idée en l'état actuel des choses de pratiquer un protectionnisme trop fort ou une dépréciation exagérée du dollar, puisque cela n'aurait pour seul résultat concret que d'augmenter le prix des importations et donc d'amputer le pouvoir d'achat déjà passablement écorné des ménages américains et partant la croissance des États-Unis. C'est pourtant un point cardinal des trumponomics !

 

Quant à l'immigration, que Donald Trump voue aux gémonies au point d'évoquer la construction d'un mur entre son pays et le Mexique, celle-ci est en effet très importante mais toutes les études confirment qu'elle contribue substantiellement à la croissance :

 

 

[ Source : Population survey ]

 

Les mesures fiscales de Trump

 

Un petit résumé du programme économique encore très flou de Trump en image, mélange peu subtil de courbe de Laffer, de théorie keynésienne et de beaucoup d'incantations :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

La fiscalité plus indubitablement un des thèmes phares de sa campagne avec les questions étrangères. Dans son programme de campagne, il proposait une baisse d'impôt généralisée de 4 400 milliards de dollars sur dix ans :

 

 * pour les ménages : suppression de l'impôt pour la tranche basse, trois tranches d'imposition au lieu de 7, diminution du taux d’imposition marginal de 39,6 % à 33 %, suppression de l’impôt sur les successions, réduction de la taxation des plus-values mobilières, réductions d'impôts ciblées, etc.

 

 * pour les entreprises : taux d'IS ramené de 35 à 15 %, clémence pour les fonds rapatrier depuis les paradis fiscaux et l'étranger qui ne seraient taxés qu'à 10 %,

 

J'imagine la tête du déficit public et de la dette publique à mi-mandat, et je ne pense pas m'avancer trop en affirmant que Trump risque de déchanter de ce côté comme Reagan avant lui.

 

Conjugué à cette baisse massive d'impôts, Trump souhaite également lancer un vaste programme de relance keynésienne en construisant ou rénovant des infrastructures à hauteur de 1 000 milliards de dollars sur dix ans, financées par des partenariats public-privé et des investissements privés obtenus par incitation fiscale. Les dépenses publiques seraient également abaissées, à l'exception des programmes militaires et sociaux. Quant à la Sécurité sociale voulue et obtenue de haute lutte par Obama, il semble qu'elle vit ses dernières heures, car Trump a annoncé vouloir supprimer au plus vite l'Obamacare, pour revenir à un système privé subventionné par l'État. À moins qu'il ne se contente de "l'amender" pour reprendre ses dernières déclarations à ce sujet...

 

Et contrairement à ce que certains médias laissaient penser, il n'y a pas eu de tempête sur les marchés financiers. Comment pourrait-il en être autrement, puisque Donald Trump est un pur produit du capitalisme débridé aux États-Unis, qui a même évoqué la remise en cause de la régulation financière - la célèbre loi Dodd-Frank dont j'avais parlé dans ce billet - pourtant bâtie à grand-peine depuis la crise des subprimes ? À défaut de croissance durable bâtie sur l'industrie et un salariat traité avec dignité, Trump propose le retour au dangereux modèle de croissance par la dérégulation financière et l'endettement, qui a conduit à la grande récession de 2008.

 

Au reste, même la Banque centrale américaine (Fed) redoute Trump, qui pourrait remettre partiellement en cause son indépendance par un changement de statuts ou à tout le moins une réduction de ses marges de manoeuvre dans la conduite de la politique monétaire.

 

Et si tout simplement les problèmes économiques des États-Unis venaient des États-Unis ? En effet, les salariés sont peu protégés aux États-Unis et ont donc peu de pouvoir dans les négociations salariales (d'où la stagnation des revenus vue plus haut), la formation universitaire devient hors prix, la précarisation (flexibilité ?) de l'emploi gagne du terrain mais s'appelle encore progrès pour certains, etc.

 

Mais à force d'avoir vanté les mérites d'une mondialisation qui a pourtant fait tant de perdants dans la classe moyenne, et après une crise terrible en 2008 due à la libéralisation des marchés financiers qui aura surtout permis à une infime minorité de se remplir les poches en laissant à l'immense majorité le droit de déblayer les cendres, on ne peut reprocher aux électeurs américains d'avoir crié dans les urnes leur volonté de changement, que les élites sourdent n'entendent plus !

 

En définitive, c'est une période d'incertitude majeure qui s'ouvre en économie, d'autant que les Républicains détiennent désormais toutes les clés du pouvoir depuis la Maison blanche jusqu'au Congrès...

 

Partager cet article

Repost 0
14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 12:53

 

Dans mon précédent billet, je vous avais annoncé ma conférence qui aura lieu à l'UPT de Forbach ce mardi 15 novembre à 19h. Le Républicain Lorrain vient par ailleurs de l'annoncer dans ses colonnes :

 

 

Cette conférence ne nécessite aucune connaissance préalable et s’adresse à tous. De nombreux points seront abordés sans langue de bois, comme le Brexit, le fédéralisme européen, la crise migratoire, l’aveuglement des élites, l’extrême fragilité du système bancaire, le chômage, etc.

 

L’entrée est fixée à 5€ pour les personnes non inscrites au cycle de conférences économiques de l’UPT.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

Partager cet article

Repost 0

Archives