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21 septembre 2021 2 21 /09 /septembre /2021 15:58

 

 

J'ai profité de l'été pour faire des incursions dans d'autres de mes domaines de prédilection : la science politique avec un billet sur une théorie de la succession des régimes politiques appelée anacyclose et la pédagogie avec un billet sur le niveau inquiétant en France des élèves en science. Aujourd'hui, je vous propose d'évoquer un grand penseur de philosophie politique, Cornelius Castoriadis, dont les réflexions jettent une lumière éclatante sur notre société. Il va de soi qu'il m'est impossible de vous présenter dans un court billet toute l’œuvre d'un tel intellectuel, au sens le plus noble que l'on puisse donner à ces deux mots, c'est pourquoi je me concentrerai sur une toute petite partie de l'un de ses plus célèbres recueils de textes : la montée de l'insignifiance.  

 

Cornelius Castoriadis

 

Cornelius Castoriadis est né en 1922 dans une famille grecque de Constantinople, dans une période de grands bouleversements géopolitiques qui font suite à la fin de la Première Guerre mondiale en 1918, au démembrement de l'Empire ottoman après le traité de Sèvres en 1920 et à la naissance de la Turquie moderne en 1923 avec le traité de Lausanne. La famille Castoriadis fut donc contrainte par ces événements à s'installer à Athènes, où le jeune Cornelius étudiera le droit et les sciences politiques et économiques.

 

Dès 1937, sous le régime autoritaire de Métaxas, il s'engage dans les Jeunesses communistes, lui qui avait découvert la philosophie et le marxisme en même temps à l'âge de 12 ans. Très rapidement, il comprendra que le Parti communiste n'était pas le parti révolutionnaire qu'il prétendait être, mais une énorme bureaucratie autoritaire ("un régime capitaliste bureaucratique total et totalitaire"), dont il se séparera pour adhérer à un groupe trotskiste tout aussi décevant. À la faveur d'une bourse d’études, il décide alors de compléter sa formation universitaire à Paris où il n'a pas hésité avec quelques camarades à critiquer la politique trotskiste officielle. Cela débouchera sur une rupture définitive avec le trotskisme et la création, en 1948, du groupe et de la revue Socialisme ou Barbarie, dont les écrits sont réédités depuis 2012 aux Éditions du Sandre. Socialisme ou Barbarie prendra fin en 1965 en tant que revue et en 1966/1967 en tant que groupe politique.

 

Cornelius Castoriadis aura porté plusieurs casquettes intellectuelles durant sa vie, notamment celle d'économiste à l'OCDE (1948-1970), de psychanalyste (1973-1997) et de directeur d'étude à l'EHESS (1980-1995). Ses séminaires font l'objet d'une publication posthume au Seuil et nous nous concentrerons dans ce billet sur le 4e volume des Carrefours du labyrinthe.

 

La trahison des intellectuels

 

Les citations dans cette partie sont extraites du 4e volume des Carrefours du labyrinthe cité plus haut.  Castoriadis y rappelle que le travail de l'intellectuel doit être un travail critique sur ce que nous tenons pour des évidences, à l'image ce ce que faisaient les philosophes grecs lorsqu'ils s’interrogeaient sur la marche du monde, l'organisation des États ou les représentations collectives. Mais le grand danger qui guette les intellectuels c'est précisément de finir par justifier l'ordre existant au lieu de le critiquer, position ô combien agréable, mais en contradiction scandaleuse avec la mission qui leur est assignée. Castoriadis évoque Sartre, mais je laisse soin aux lecteurs de compléter à son gré la liste avec des intellectuels plus récents...

 

Castoriadis déduit de la trahison des intellectuels, qui n'est pas sans rappeler l'excellent livre de Julien Benda  la trahison des clercs paru en 1927, que "la crise de la critique n'est qu'une manifestation de la crise générale et profonde la société" (p.101). Ce n'est pas la censure qui empêche les voix discordantes, mais "la commercialisation générale",  dans la mesure où tout ce qui est différent de la doxa est récupéré par le marketing pour en faire un nouveau produit. Autrement dit, ce qui est vraiment différent ou même révolutionnaire est ravalé au rang de nouvel ordinaire, ce qui annihile leur nature même et conduit à une crise du sens et à la montée de l'insignifiance.

 

Qu'il suffise de penser à un livre qui présenterait un point de vue novateur sur une question sociale ou philosophique. Un bon marketing éditorial aura vite fait de transformer le livre en objet, tant et si bien que l'idée novatrice est désormais devenue un produit périssable dont la durée de vie est celle que voudront bien lui accorder les médias. Et comme les médias modernes (télévision, YouTube...) sont sinon dans l'instantanéité au moins dans le très court terme, il se crée une forme d'adaptation du public à ce genre de contenu qui devient la norme. Bref, une idée pertinente, mais longue à exposer, n'a plus aucune chance d'être écoutée ou lue, ce qui laisse la porte grande ouverte aux idées approximatives et aux mensonges. Cela rejoint cette conclusion de Tocqueville au XIXe siècle, que j'ai mise en exergue de mon site web (didierraphael.fr) : "une idée fausse mais claire et précise aura toujours plus de puissance dans le monde qu'une idée vraie mais complexe".

 

La critique du capitalisme

 

Castoriadis montre que le projet capitaliste, loin de se résumer à une certaine forme de rationalité économique, est en fait un projet global qui cherche à avoir le pouvoir sur toutes les facettes de la société. En particulier, il évoque la biopolitique, terme popularisé par les écrits de Foucault, mais auquel il donne un sens un peu différent dans la mesure où il prend l'exemple parlant de l'État français qui privilégie des dépenses publiques onéreuses pour la procréation médicalement assistée alors qu'une immense partie de la population mondiale meurt de faim et de maladies. Dès lors, ceux qui affirment que nous sommes en crise se trompent, car selon Castoriadis, il ne s'agit pas d'une crise au sens de point de basculement où des forces opposées s'affrontent comme dans une maladie. Non, dans notre société contemporaine, Castoriadis voit au contraire "la disparition du conflit social et politique" (p.106), bref ce qui caractérise précisément la démocratie. Et d'ajouter cette phrase riche d'actualité : "les partis politiques officiels disent la même chose" !

 

La finalité de l'enrichissement à tout prix promue par le néolibéralisme met ainsi en péril la survie même de la société, au point que selon Castoriadis la seule corde de rappel pour éviter le délitement social complet est aujourd'hui la peur de la sanction pénale. Mais je crains fort que 25 ans après sa mort, cette inquiétude ne concerne plus tout le monde tant l'impunité semble être de mise chez certains... Il en déduit tout de même que "la corruption généralisée que l'on observe dans le système politico-économique contemporain [...] est devenue un trait structurel, systémique de la société où  nous vivons" (p.107). Ce qu'il appelle "les types anthropologiques" (le juge incorruptible, l'ouvrier fier de son ouvrage, l'enseignant dévoué...) ont été broyés par le système capitaliste, tout comme le véritable entrepreneur tel que défini par Schumpeter (c'est-à-dire celui qui prend des risques). Même l'environnement naturel est passé par pertes et profits...

 

Des citoyens sans boussoles

 

"Personne ne sait aujourd'hui ce qu'est d'être citoyen ; mais personne ne sait même ce que c'est qu'être un homme ou une femme" (p.108). Même la relation parents-enfants est devenue floue. Tristes constats qui sont criants d'actualité ! Et la notion de progrès, convoquée pour justifier à peu près tous les changements déjà déjà au temps où Castoriadi écrivait, lui semble être une vaste mystification notamment sur le plan moral. Face aux enjeux écologiques et de meilleure répartition des richesses, l'urgence selon Castoriadis serait "une création qui mettrait au centre de la vie humaine d'autres significations que l'expansion de la production et de la consommation" (p.112).

 

Bref, remettre l'Homme au centre des préoccupations, projet humaniste par excellence, et réencastrer l’économie dans le social selon la conclusion de Polanyi ! Castoriadis est conscient de l'ampleur de la tâche, qui implique une réorganisation complète des institutions sociales (rapports salariaux, économiques, politiques...). Il est aussi conscient du peu d’enthousiasme que ce projet semble soulever dans la population, alors même qu'il en va de son salut...

 

En définitive, j'espère vous avoir convaincu de l'actualité de l’œuvre de Cornelius Castoriadis et donné l'envie de découvrir plus avant sa pensée sur l'économie, la politique, la philosophie morale... Pour conclure, quoi de mieux que de citer la 4e de couverture de l'ouvrage cité plus haut : "l'individu moderne vit dans une course éperdue pour oublier à la fois qu'il va mourir et que tout ce qu'il fait n'a strictement pas le moindre sens".

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14 septembre 2021 2 14 /09 /septembre /2021 13:13

 

 

Depuis plus de 10 ans, j'assure avec plaisir la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs de l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach. L'UPT propose en effet, en partenariat avec la mairie de Forbach, la CAFPF et la politique de la ville, une aide aux devoirs pour les collégiens et les lycéens de la communauté d'agglomération Forbach Porte de France (CAFPF) pour seulement 10 € par an !

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Fort du succès rencontré depuis la décennie écoulée, l'aide aux devoirs est renouvelée pour l'année scolaire 2021/2022. Notre équipe est constituée de professeurs expérimentés, qui ont à cœur de partager leurs savoirs dans un cadre non scolaire propice à l’étude. Les séances débuteront le mercredi 29 septembre et auront lieu dans la salle Athènes du Burghof, chaque semaine, les mercredis et vendredis de 17h à 19h (accueil des élèves jusqu'à 17h30 maximum, aucun départ avant 19h). En tout état de cause, les élèves doivent impérativement venir avec du travail pour toute la séance et avoir un comportement sérieux, sous peine d'être exclus.

 

En raison des conditions sanitaires, le port du masque sera obligatoire durant toute la séance et les élèves qui présentent des symptômes grippaux (écoulement nasal, toux, rhume, fièvre...) ne pourront pas être acceptés en cours. Conformément à la loi, l'accès aux cours de l'UPT nécessite un passe sanitaire.

 

Pour s'inscrire, il suffit de se présenter au bureau de l’UPT situé au Burghof, muni impérativement d’une photo d’identité récente, de remplir une fiche de renseignements (disponible à cette adresse) et de signer le règlement intérieur (disponible ici).

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach (UPT)

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation. Les chefs d'établissements de Forbach ont d'ailleurs été destinataires d'un courrier les informant des tenants et aboutissants de cette aide aux devoirs, qu'ils connaissent bien à présent.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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7 septembre 2021 2 07 /09 /septembre /2021 12:34

 

 

Dans un précédent article, j'avais montré que les Banques centrales déversent des tombereaux de liquidités dans l'économie. D'aucuns en déduisent alors un peu vite que l'inflation va faire son grand retour...

 

L'inflation monétaire selon les monétaristes

 

Dans un célèbre livre publié en français en 1976 sous le titre Inflation et systèmes monétaires (Calmann-Lévy), Milton Friedman affirmait de manière péremptoire que "la cause immédiate de l'inflation est toujours et partout la même : un accroissement anormalement rapide de la quantité de monnaie par rapport au volume de la production". Bref, selon la théorie quantitative de la monnaie, toute augmentation de la quantité de monnaie en circulation conduit inexorablement à une hausse des prix.

 

Tout au plus concédait-il qu'à court terme, une certaine illusion monétaire pouvait conduire à une baisse temporaire des taux d’intérêt réels, d'où une relance de l'investissement par le crédit et ainsi une réduction du chômage. Mais cela renforce le pouvoir de négociation des travailleurs, qui vont demander des hausses de salaire, d'où à terme une inflation par les coûts. Une certaine école de pensée économique, dite des anticipations rationnelles, va même jusqu'à dénier toute utilité à la politique monétaire (à court terme et à long terme) dans la mesure où les agents anticipent parfaitement les conséquences des décisions de politique économique.

 

Un lien monnaie/inflation peu visible

 

En sciences sociales, il est toujours bon de revenir aux faits et aux chiffres. L'on voit alors que ce lien entre monnaie et inflation est démenti par les faits :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Le gigantisme des plans de relance aux États-Unis a immédiatement soulevé la crainte d'un retour de l'inflation. En particulier, Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, et Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, redoute une surchauffe de l'économie et une envolée des prix, qui réduirait à néant cette relance. Or, comme nous ne disposons pas d'une théorie robuste pour expliquer les prix à long terme et qu'en plus l'essentiel des liquidités créées par les Banques centrales va dans le secteur financier, l'inflation ne me semble pas devoir découler d'un plan de relance. Ce d'autant plus qu'il est mis en œuvre au moment où l'économie est déprimée.

 

Mais il est vrai qu'aux États-Unis, l'on voit apparaître une hausse importante de l'inflation sous-jacente, c'est-à-dire de l'inflation hors prix soumis à l'intervention de l'État (électricité, gaz, tabac...) et hors prix volatils (produits pétroliers, produits frais, produits laitiers, viandes, fleurs et plantes,...). C'est donc plutôt le signe d'une inflation par la demande. Quant à l'inflation sous-jacente dans la zone euro, elle reste contenue pour l'instant.

 

Causes conjoncturelles et structurelles de l'inflation

 

À long terme, la concurrence des pays à bas salaires, la numérisation de l'économie, le vieillissement démographique, la transition écologique, etc. peuvent avoir une grande influence sur le taux d'inflation. Cependant, et c'est le point important, le faible taux d'inflation peut s'expliquer par des facteurs indépendants de la politique monétaire, donc indépendants de la quantité de monnaie en circulation.

 

C'est que l'inflation est avant tout un rapport social. Or, le pouvoir de négociation des salariés concernant le partage des revenus est devenu structurellement faible dans la zone euro. Ce sont donc les effets éventuels effets de second tour qu'il faut surveiller, c’est-à-dire les éventuelles hausses de salaires liées à la hausse des prix à la consommation. En effet, l'inflation suppose une hausse généralisée et autoentrenue des prix à la consommation. Et pour l'instant, dans la zone euro, si l'on observe des effets de second tour sur la production (hausse des coûts de production liés à des hausses de prix des intrants), rien de tel n’est visible du côté des salaires.

 

Les causes conjoncturelles de l’inflation sont bien connues (ci-dessous un schéma extrait de mon petit manuel Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition). Dans le schéma ci-dessous, si j'évoque l'inflation par la monnaie, c'est dans le cas très précis où le supplément d’offre de monnaie débouche à court terme sur une hausse de la demande de biens et services.

 

 

Or, actuellement, les tombereaux de liquidités conduisent surtout à une augmentation de la demande d’actifs financiers et immobiliers. Bien que le lien entre quantité de monnaie en circulation et inflation ne soit donc pas visible dans les faits (en revanche le lien avec la hausse des actifs financiers est beaucoup plus net !), cela n'empêche hélas pas la causalité trop de monnaie => inflation de demeurer vivace. Alexis de Tocqueville nous avait prévenu : "une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu'une idée vraie, mais complexe"...

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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 11:14

 

 

L'heure de la rentrée vient de sonner ! Après une année universitaire très chargée, j'ai profité d'un petit temps cet été pour lire (et relire !) de nombreux livres (économie, philosophie, histoire, essais, sociologie et même des romans). Une véritable période d'otium, comme disaient les Anciens... Certaines de mes lectures m'ont du reste donné des idées intéressantes de cours et conférences, même si pour l'instant je manque cruellement de temps. Mais, j'ai tout de même souhaité en garder une trace écrite, notamment lorsqu'il s’agissait de grands penseurs qui aident à comprendre le monde présent. D'où quelques articles, rédigés pour faire ressortir les principales idées clés de leur pensée, et que je publierai prochainement sur mon blog.

 

Toujours est-il que vous pouvez déjà en attendant lire (ou relire) mes billets suivants de cet été : un curieux sujet d'économie au bac portant sur le lien entre flexibilisation et chômage, le niveau inquiétant en France des élèves en scienceoù vont les liquidités des Banques centrales ?, l'anacyclose ou le cycle des régimes politiques.

 

Bien que cette année mes recherches universitaires sur la monnaie, et plus particulièrement les monnaies locales, me prendront encore énormément de temps (les choses devraient se calmer au deuxième trimestre 2022...), je continuerai à donner quelques conférences grand public, qui m'offrent l'occasion de transmettre ma passion de l'économie et à tout le moins de donner aux auditeurs des clés pour comprendre les mécanismes économiques. Et à quelques encablures des élections présidentielles, cela peut être utile... Pour l'année universitaire 2021/2022, j'ai prévu des interventions dont je vous parlerai au fur et à mesure de l'année, lorsque les dates seront arrêtées définitivement. La première conférence aura lieu à l'Université Populaire de Forbach (UPT), le mardi 5 octobre 2021 de 19h00 à 20h30.

 

Mais aujourd'hui, je souhaite vous parler de la cafet'éco que j'ai créé il y a plus de dix ans à l'Université Populaire de Sarreguemines (UPSC) ! À l'origine, les cours avaient lieu dans la cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, mais en raison de nombre important d'auditeurs, j'ai été contraint de choisir une salle à l'étage. En moyenne, la cafet'éco se tient un mercredi dans le mois à 18h30. D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail est comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Aucun prérequis n'est nécessaire pour suivre mes cours d'économie. Au reste, depuis plus de dix ans, j'ai rencontré à la cafet'éco des auditeurs de tous horizons, grands débutants ou non, mais toujours désireux de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Et très humblement, ma plus grande satisfaction est de constater qu'ils en ressortent avec une bonne compréhension des mécanismes économiques principaux.

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité et le programme ci-dessous n'est qu'indicatif. Quoi qu'il en soit, je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs, débutants ou non, les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC entre le 1er et le 24 septembre 2021 :

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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10 août 2021 2 10 /08 /août /2021 13:38

 

 

L'été est une période propice pour écrire sur des sujets qui sortent un peu du champ économique. D'où mon billet sur un curieux sujet d'économie au bac portant sur le lien entre flexibilisation et chômage et un autre sur le niveau inquiétant en France des élèves en science. Aujourd'hui, je vous propose une incursion dans l'un de mes autres domaines de prédilection, la science politique. J'avais déjà commis une analyse plus détaillée de la démocratie et du vote, il y a un an après les élections municipales, et je souhaite poursuivre cette exploration des régimes politiques en vous présentant une théorie de la succession des régimes politiques : l'anacyclose.

 

4 formes de gouvernement défectueuses chez Platon

 

Dans le livre VIII de La République, Platon décrit 4 formes de gouvernements "défectueuses" : "Le premier, et le plus loué, est celui de Crète et de Lacédémone ; le second, que l'on ne loue aussi qu'en second lieu, est appelé oligarchie : c'est un gouvernement plein de vices sans nombre ; opposée à ce dernier vient ensuite la démocratie ; enfin, la noble tyrannie, qui l'emporte sur tous les autres, et qui est la quatrième et dernière maladie de l'État. Connais-tu quelque autre gouvernement qui se puisse ranger dans une classe bien distincte? Les souverainetés héréditaires, les principautés vénales et certains autres gouvernements semblables ne sont, en quelque sorte, que des formes intermédiaires, et l'on n'en trouverait pas moins chez les barbares que chez les Grecs.".

 

Ainsi, pour Platon, les quatre formes typiques et défectueuses de gouvernements sont la timocratie (fondée sur la recherche des honneurs), l'oligarchie (fondée sur un petit nombre de personnes), la démocratie (fondée sur l'égalité) et la tyrannie (fondée sur les passions du tyran). Pour Platon, le seul gouvernement "bon et juste" est l'aristocratie, fondée sur le pouvoir des meilleurs, qui correspond à son idéal du "philosophe-roi" réunissant pouvoir et sagesse entre ses mains.

 

Polybe et les six formes de gouvernement

 

Polybe, dans son Histoire générale, référence six régimes politiques : "Pour se convaincre de la vérité de ce que j’avance, il ne faut que remarquer que toute monarchie n’est pas royauté, mais celle-là seulement à laquelle les sujets se soumettent de bon gré, et où tout se fait plutôt par raison que par crainte et violence. Toute oligarchie ne mérite pas non plus le nom d’aristocratie. Il n’y a que celle où l’on choisit les plus justes et les plus prudents pour être à la tête des affaires. En vain aussi donnerait-on le nom de démocratie à un état où la populace serait maîtresse de faire tout ce qui lui plairait. Un état où l’on est depuis long-temps dans l’usage de révérer les dieux, d’être soumis à ceux dont on tient le jour, de respecter les vieillards et d’obéir aux lois, et dans lequel l’opinion de la majorité est toujours victorieuse : voilà ce qu’on peut à juste titre appeler le gouvernement du peuple.

 

On doit donc distinguer six sortes de gouvernements, les trois dont tout le monde parle et dont nous venons de parler, et trois qui ont du rapport avec les premiers ; savoir : le gouvernement d’un seul, celui de peu de citoyens, et celui de la multitude. Le gouvernement d’un seul ou la monarchie s’établit sans art et par le pur mouvement de la nature : de la monarchie naît la royauté, lorsqu’on y ajoute l’art et qu’on en corrige les défauts ; et quand elle vient à enfanter la tyrannie, dont elle approche beaucoup, sur les ruines de l’une et de l’autre s’élève l’aristocratie, qui se change comme naturellement en oligarchie ; et de la démocratie, lorsque le peuple devient insolent et qu’il méprise les lois, naît le gouvernement de la multitude.".

 

L'anacyclose

 

Polybe distingue la monarchie, la tyrannie, l'aristocratie, l'oligarchie, la démocratie et l'ochlocratie (pouvoir de la foule). Mais surtout, il décrit un cycle en 6 phases, qui fait basculer d'un régime à l'autre et que l'on qualifie d'anacyclose :

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

Selon Polybe, "chaque forme particulière de gouvernement a naturellement en elle certain défaut qui devient la cause de sa ruine", de sorte que "la monarchie se perd par la royauté, l’aristocratie par l’oligarchie, la démocratie par la violence". Et bien qu'elle ait été élaborée il y a deux millénaires, cette analyse demeure très pertinente pour comprendre le monde d'aujourd'hui, ne serait-ce qu'en raison de ce qu'elle nous dit sur la démocratie : "lorsque le peuple devient insolent et qu’il méprise les lois, naît le gouvernement de la multitude".

 

Cette forme de régime, appelé ochlocratie, est de loin la pire puisqu'elle se fonde sur les passions de la foule, au sens latin de turba. N'oublions jamais, comme l'écrivait déjà Gustave Le Bon en 1895 sans La psychologie des foules, que la foule fonctionne d'une manière peu conforme aux intérêts des individus qui la composent, avec des représentations simplistes, voire fausses, de la réalité. Simone Weil avait parfaitement compris que si une passion collective s'empare du peuple au moment du vote, alors l'élection peut conduire au pire en ce qu'aveuglés par cette passion les électeurs sont capables de donner leur voix à n'importe quel hamster, poisson rouge, chameau candidat se prévalant des idées du moment.

 

Et selon Polybe, au stade de l'ochlocratie, "quand le peuple est une fois accoutumé à vivre sans qu’il lui en coûte aucun travail, et à satisfaire ses besoins avec le bien d’autrui, s’il trouve un chef entreprenant, audacieux, et que la misère exclut des charges, alors il se porte aux derniers excès : il s’ameute, ce ne sont plus que meurtres, qu’exils, que partage des terres, jusqu’à ce qu’enfin un nouveau maître, un monarque, usurpe le pouvoir et dompte ces fureurs". Bref, il ne reste plus qu'à attendre l'Homme providentiel qui ramènera à la monarchie. Inquiétant...

 

P.S.1 L'image de ce billet provient de l'entrée anacyclose de Wikipédia.

 

P.S.2 : le lecteur intéressé par ces questions politiques pourra trouver dans cet article mon analyse détaillée de la démocratie et du vote.

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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 12:59

 

 

C'est peu dire que la politique monétaire est actuellement ultra-expansionniste. Et pourtant, malgré les tombereaux de liquidités qui se déversent dans l'économie, la situation n'a pas l'air de s'améliorer notablement... D'où cette question : où vont les liquidités des Banques centrales ?

 

Le bilan d'une Banque centrale

 

Dans un précédent article, j'avais expliqué le mécanisme de création monétaire par les banques commerciales et la nature de la monnaie créée par la Banque centrale. En complément, j'avais écrit un article pour présenter synthétiquement le bilan de la Banque centrale européenne. Pour ceux qui veulent aller vite, le passif d'une Banque centrale correspond à ses ressources et l'actif à ses emplois (ce qu'elle fait avec ses ressources) :
 

 

Pour le dire en quelques mots, l'on trouve au passif de la BCE les billets et réserves des banques commerciales auprès de la Banque centrale, tandis qu'à l'actif figurent les réserves (or, devises, titres...) ainsi que les créances sur l'État et les banques commerciales.

 

Dans un système bancaire hiérarchisé, c'est-à-dire où existe une Banque centrale et des banques commerciales dites de second rang, chaque banque commerciale émet sa propre monnaie qui, par construction, ne circule qu'au sein de son propre circuit bancaire. Dans ce cas, la monnaie centrale, est la seule monnaie acceptée par toutes les banques et plus généralement tous les agents économiques.  Elle est constituée des billets et de la monnaie scripturale émise par la Banque centrale. Dès lors, lorsque l'assouplissement quantitatif (quantitative easing) mis en place par une Banque centrale consiste à acheter des titres de dette publique aux banques, il y a une égale hausse de la dette publique achetée par la Banque centrale et des réserves des banques à la Banque centrale.

 

L'augmentation des liquidités des agents financiers

 

La création de monnaie centrale atteint des montants vertigineux partout dans le monde, comme en témoigne l'évolution du bilan des Banques centrales :

 

 

[ Source : bloc-notes éco BdF - billet n°209 ]

 

Le graphique ci-dessous montre du reste très clairement que dans le cas de la zone euro, l’actif de l’Eurosystème est actuellement constitué à 50 % de titres de dette détenus à des fins de politique monétaire avec pour contrepartie principale de la monnaie centrale :

 

 

[ Source : bloc-notes éco BdF - billet n°209 ]

 

Hélas, comme le montre Olivier Passet dans l'excellente vidéo ci-dessous, "la liquidité des agents financiers croît bien plus vite que la liquidité entre les mains des agents non financiers".

D'où une hausse des prix des actifs, financiers et non financiers, qui écrase artificiellement les primes de risque, conduit à une élévation du risque global et enrichit in fine une minorité...

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site revue-banque.fr

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7 juillet 2021 3 07 /07 /juillet /2021 11:24

 

 

Au moment où tombent les résultats du baccalauréat, d'aucuns se rengorgent des résultats exceptionnels à cet examen tandis que d'autres prennent déjà cela pour une normalité. Comme l'été représente pour moi une période d'otium, surtout après cette année extrêmement chargée sur le plan de la recherche universitaire (je viens encore juste de présenter l'un de mes papiers à un colloque international), je serai volontairement un peu moins actif sur mon blog. Néanmoins, j'ai souhaité prendre un peu de temps dans ce billet pour évoquer le niveau en Mathématiques et en sciences de nos marmots.  J'ai ainsi lu avec intérêt les résultats de l'enquête TIMSS de 2019, menée avant la pandémie. Et le moins que l'on puisse dire est que les conclusions sont très inquiétantes...

 

L'enquête TIMSS

 

L’enquête internationale TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) organisée par l’IEA (International Association for the Evaluation of Educational Achievement) évalue les performances en Mathématiques et en sciences - biologie, chimie, physique et sciences de la Terre - des élèves dans leur quatrième ou huitième année de scolarité (en France, il s'agit donc des élèves de CM1 et de quatrième). TIMSS Advanced, menée en 1995, 2008 et 2015, étudie les résultats en mathématiques et en physique avancées des élèves en dernière année d'école secondaire (classes de terminale en France).

 

Ainsi, depuis 1995, l'enquête TIMSS permet de suivre les résultats en mathématiques et en sciences des élèves tous les quatre ans. La dernière mouture, en 2019, était la septième évaluation de ce type et fut menée en quatrième et huitième année de scolarité dans 64 pays.

 

Résultats en 2019 pour les élèves de 8e année de scolarité

 

Les élèves français en classe de 4e obtiennent un score moyen de 483 points en mathématiques, inférieur à la moyenne internationale des pays de l’OCDE et de l’UE participants :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

Même constat douloureux pour les sciences :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

Une tendance négative

 

Beaucoup plus intéressante est l'évolution des résultats de nos chères têtes blondes depuis 1995. La tendance globale pour les élèves de huitième année de scolarité est plutôt positive en Mathématiques, dans la mesure où il y a plus de pays avec une tendance haussière de leur score que baissière :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

De même pour les sciences :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

Et la France dans tout ça ? Et bien, comment dire... Regardez par vous-mêmes pour les Mathématiques :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

Et maintenant pour les sciences :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

Une baisse de niveau aux multiples conséquences

 

J'invite le lecteur intéressé par ces questions à se plonger en détail dans le rapport de cette enquête, tant il fourmille de statistiques et d'informations pertinentes. En effet, loin de se résumer à un chiffre unique, TIMSS analyse différentes composantes des Mathématiques et des sciences, qui permettent d'affiner les conclusions. Mais dans le cas de la France, il y a à l'évidence décrochage du niveau de nos élèves spatialement et temporellement.

 

Les raisons sont multiples et nombre d'auteurs les ont très bien documentées : La fabrique du crétin (Jean-Paul Brighelli), Requiem pour l'éducation nationale (Patrice Romain), Le pire est de plus en plus sûr : Enquête sur l'école de demain (Natacha Polony), Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter ! (Marc le Bris), etc. Plutôt que de faire de la redite en moins bien, je me contenterai d'insister sur un point : l'illusion de la pédagogie ludique. Vous savez, cette "festivisation" de l'école, au sens que donnait Philippe Muray à ce mot, où l'on fait croire aux élèves que l'acquisition de savoirs peut se faire sans effort et dans le jeu, alors qu'apprendre nécessite depuis l'aube de l'humanité un travail harassant. Ce n'est qu'après avoir accompli cette tâche, que l'on apprend à ressentir la véritable satisfaction du travail intellectuel (bien fait). Mieux, l'on apprend aussi l'humilité, car au fond nous ne sommes que "des nains sur des épaules de géants" (nani gigantum humeris insidentes), comme l'a énoncé avec brio Bernard de Chartres au XIIe siècle.

 

Assurément, la célèbre parabole de Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, publiée dans l’Organisateur en 1819 semble bien lointaine dans nos mémoires... Souvenez-vous, elle disait pourtant en substance que si la France perdait d'un coup ses meilleurs savants, artisans, producteurs, ingénieurs, etc.,  qui sont "de tous les Français les plus utiles à leur pays, ceux qui lui procurent le plus de gloire, qui hâtent le plus sa civilisation ainsi que sa prospérité ; la nation deviendrait un corps sans âme, à l’instant où elle les perdrait ; elle tomberait immédiatement dans un état d’infériorité vis-à-vis des nations dont elle est aujourd’hui la rivale, et elle continuerait à rester subalterne à leur égard tant qu’elle n’aurait pas réparé cette perte, tant qu’il ne lui aurait pas repoussé une tête. Il faudrait à la France au moins une génération entière pour réparer ce malheur, car les hommes qui se distinguent dans les travaux d’une utilité positive sont de véritables anomalies, et la nature n’est pas prodigue d’anomalies, surtout de celles de cette espèce.".

 

Mais, en France, par calcul, démagogie ou veulerie, certains dirigeants politiques ont préféré baisser les exigences tout en récompensant par des notes insignifiantes et élevées - quand il y en a encore ! - une acquisition de connaissances toujours plus hasardeuse, à laquelle l'on substitue désormais des compétences. Halte à la mémorisation, à la réflexion et à l'analyse ; place à l’autoconstruction des savoirs, à l'approximatif et à la restitution de connaissances. Le tout mâtiné comme il se doit de supports pédagogiques numériques, qui conduisent les élèves à passer encore plus de temps sur un écran. Mais puisque l'on vous dit qu'apprendre devant un ordinateur est ludique et qu'en plus c'est le progrès !

 

À tel point, que les inquiétants résultats que nous venons de survoler pour les Mathématiques et les sciences apparaissent également pour la maîtrise de la langue (enquête PIRLS). Pensez qu'il existe désormais des organismes proposant des certifications payantes pour attester du niveau de langue française même pour des étudiants qui sont nés en France et ont suivi une scolarité en France ! C'est dire le niveau ressenti sur le terrain après trois décennies de pédagogisme et dont nous avons un jour fait l'expérience... Avec un tel niveau en langue et en sciences, comment espérer construire démocratiquement, c'est-à-dire en confrontant intelligemment les points de vue lors de discussions, une société meilleure ? Aristote l'avait compris : "l''ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit".

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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 11:45

 

 

Alors qu'il n'y avait aucun enjeu réel pour cette mouture du baccalauréat (y en avait-il les années précédentes ?), le ministère de l'Éducation nationale a néanmoins réussi le tour de force de provoquer une polémique. L’épreuve de sciences économiques et sociales (voir l'intégralité de l'épreuve sur le site de l'APSES) passée par les candidats libres a, en effet, réservé une drôle de surprise dans sa 3e partie, qui se veut un raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire (10 points). Qu'on en juge par le sujet retenu : "À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que des politiques de flexibilisation du marché du travail permettent de lutter contre le chômage structurel".  Rien que ça !

 

Les documents proposés aux candidats

 

Pour organiser leur argumentation, les candidats se sont vus proposer les trois documents suivants, pour lesquels je proposerai un bref commentaire à chaque fois :

 

 * document 1

 

 

Il s'agit d'une corrélation entre l'indice de rigidité de la législation du travail et le taux de chômage en 2018, dans les pays de l'OCDE. Outre que corrélation ne signifie pas causalité, les candidats se retrouvent avec un graphique qui ne dit rien du chômage structurel. Pis, ils n'ont aucune précision sur la nature de cet indice. Or, sur le site de l'OCDE, l'on peut lire : "les indicateurs de l’OCDE du degré de protection de l’emploi mesurent les procédures et les coûts qu’impliquent le licenciement de travailleurs à titre individuel ou de groupes de travailleurs et les procédures et les coûts induits par l'embauche de travailleurs sous contrats de durée déterminée et sous contrats de travail temporaire". D'emblée il est question de plusieurs indicateurs et celui évoqué dans le document doit probablement être la synthèse des "21 éléments qui quantifient les trois différents aspects de la réglementation sur la protection de l’emploi en vigueur au 1er janvier de chaque année" (dixit OCDE).

 

Déduire quoi que ce soit de cette simpliste corrélation relèverait en politique de la démagogie. Alors que vient faire ce document dans un sujet de baccalauréat ?

 

 * document 2

 

 

Ce document est tiré d'un ABC de l'économie publié par le FMI. Les deux auteurs sont économistes, l'un au département Asie et Pacifique du FMI, l'autre au département Afrique du FMI. En lisant l'article dans sa totalité, l'a priori libéral affleure très vite et devient même évident à la conclusion : "Dans la pratique, le salaire minimum devrait être instauré en faisant en sorte que la croissance économique continue d’être conforme aux gains de productivité, ce qui laisse à penser que les modalités de son instauration ne devraient pas être confiées à des responsables politiques, mais à des experts indépendants".

 

L'on retrouve ainsi une logique néolibérale proche de celle décrite par Walter Lippmann, suivant laquelle le monde (en particulier économique) devrait être gouverné par des experts, seuls capables de comprendre les règles économiques universelles immuables, qui rendent de facto inutiles la confrontation de projets de sociétés différents, et subséquemment les débats contradictoires dans le cadre de l'agon, bien qu'ils soient depuis plus de deux millénaires l'essence même de la démocratie.

 

Contrairement à ce qui est affirmé dans ce document, le lien entre salaire minimum et chômage reste très discuté. Qu'il suffise d'ailleurs d'étudier l’exemple de l'Allemagne et de l'Italie pour s'apercevoir que les choses sont loin d'être aussi simples qu'une certaine théorie l'affirme...

 

 * document 3

 

 

Alors là, les bras m'en tombent ! Proposer aux candidats un sondage OpinionWay de 2015, alors qu'il y aurait tant à dire (et redire !) sur la conception et la mise en œuvre de ces enquêtes... Et après cette pandémie, croyez-vous que les résultats soient les mêmes, en particulier dans l’hôtellerie et la restauration ? Sans trop m'aventurer, je pense que "le manque de visibilité économique pour votre activité", explication au demeurant très keynésienne en ce qu'elle se rapproche de la notion de demande effective, risque fort d'être très souvent citée...

 

La critique radicale du marché du travail selon Keynes

 

Il est question du marché du travail dans ce sujet. Or, cette notion soulève à elle seule de nombreuses contestations. Lorsqu'il a écrit sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (publiée en 1936), Keynes voulait en découdre avec la domination toute puissante de l'économie néoclassique qui, à l'image de notre époque, a pourtant prouvé son incapacité à rendre compte de la crise. Dès lors, Keynes a montré que le fonctionnement du marché du travail, tel que le voient les néoclassiques, est une analyse "supposée simple et évidente qui a été fondée, pratiquement sans discussions, sur deux postulats fondamentaux". Il lui porte ensuite l'estocade en déclarant  : "il se peut que la théorie classique décrive la manière dont nous aimerions que notre économie se comportât. Mais supposer qu'elle se comporte réellement ainsi, c'est supposer que toutes les difficultés sont résolues" ! Keynes réfute l'idée même qu'il existerait un marché du travail comme le présentent les néoclassiques, c'est-à-dire avec une demande de travail des entreprises qui augmente lorsque le salaire réel diminue (fonction décroissante), et une offre de travail des salariés qui augmente lorsque le salaire réel augmente (fonction croissante).

 

Pour lui, même s'il admet qu'à l'équilibre le salaire est égal au produit marginal du travail, la demande de travail ne résulte pas d'un mécanisme aussi simple que celui décrit par les néoclassiques, en particulier parce que les salariés et les patrons ne sont pas des agents économiques libres et égaux. Cela revient en fait à dire que Keynes avait bien perçu, contrairement à François Rebsamen, que sur le marché du travail les salariés étaient loin d'être en position de force dans les négociations (voir ce billet que j'avais écrit sur le partage des revenus), et qu'il fallait tenir compte de ce système hiérarchisé pour analyser le marché du travail.

 

Du côté de l'offre de travail, Keynes récuse l'idée qu'elle augmenterait avec le salaire réel. Sa principale explication tient au fait que salariés et patrons s'engagent sur la base du salaire nominal, car l'inflation n'est pas connue au moment de la signature (la notion d'inflation et sa mesure sont-elles seulement comprises par la majorité des salariés et des patrons ?). Par ailleurs, il confronte la théorie néoclassique à ses propres contradictions, puisque si cette théorie était valide, les salariés devraient réduire leur offre de travail lorsque les prix à la consommation (= inflation) augmentent, leur salaire réel (=salaire nominal - inflation) diminuant. Or ce n'est pas le cas...

 

Chômage structurel vs chômage conjoncturel

 

Mais au fait, qu'est-ce que le chômage structurel ? C'est la part du chômage liée aux changements de structure de l'économie (démographie, institutions...), l'autre part étant un chômage conjoncturel (liée à un ralentissement temporaire de l'activité économique). Dans la théorie néoclassique, le taux de chômage structurel est mesuré par le taux de chômage non inflationniste (NAIRU), proche du concept de taux de chômage naturel proposé par Milton Friedman en 1967.

 

D'aucuns en déduisent que le chômage structurel peut se mesurer tout simplement lorsqu'aucun choc n'affecte l'économie. Mais quand une telle situation arrive-t-elle ? Il est donc quasiment impossible de départager ces deux formes de chômage.  Bref, si les économistes sont d'accord sur une chose, c'est bien pour dire que la mesure du chômage structurel n'est pas une mince affaire... Alors pourquoi demander à des candidats au baccalauréat de se servir de cette notion pour en déduire des préconisations (hasardeuses) de politique économique ?

 

La flexibilisation du marché du travail

 

La flexibilité du marché du travail est souvent définie comme la capacité d’adaptation du facteur travail (évolution du nombre de salariés, des types de contrats, des rémunérations, du temps de travail, de l’organisation du travail...) aux variations de l’environnement des entreprises (demande effective, conditions de concurrence, etc.). Sans entrer dans les détails, notons simplement qu'il est d'usage de distinguer la flexibilité externe et interne ainsi que la flexibilité quantitative et qualitative, comme le montre le petit tableau (très simplifié) que j'ai construit ci-dessous :

 

  Quantitative Qualitative
Externe statuts d'emploi Systèmes de production
Interne Temps de travail et rémunérations Organisation du travail

 

Tout l'enjeu des politiques de l'offre menées ces dernières années aura justement été d'augmenter la flexibilité au nom de la compétitivité et de la croissance. Certes, le CDI est encore la norme si l'on regarde le stock de contrats de travail :

 

 

[ Source : INSEE – Enquêtes Emploi 2016 ]

 

Mais en termes de flux, c'est le CDD qui s'impose par KO :

 

 

[ Source : DARES ]

Quant à la libéralisation des licenciements, au traditionnel plan de sauvegarde de l'emploi (qu'on juge de l'expression orwellienne !), s'ajoutent désormais le plan de départs volontaires (PDV), la rupture conventionnelle collective (RCC), l'accord de performance collective (APC) et l'accord d'activité partielle de longue durée (APLD). Une véritable panoplie de petit magicien des ressources humaines, qui permet de faire sortir facilement et à moindres frais des licenciements collectifs du chapeau de la compétitivité :

 

 

Flexisécurité et dynamique schumpétérienne

 

Mais face à la contestation sociale (faut-il rappeler que derrière chaque salaire se trouve un humain qui doit en vivre a priori ?), les gouvernements ont inventé la flexisécurité, néologisme d'origine anglo-saxonne, construit avec les mots flexibilité et sécurité, qui désigne une forme d'organisation du marché du travail qui cherche à concilier la flexibilité souhaitée par les employeurs avec la sécurité désirée par les travailleurs. En général, appelons un chat un chat, la flexisécurité associe faible protection des emplois (=flexibilité) et soutien au retour à l’emploi des chômeurs (sécurité). Présentée ainsi, rien d'étonnant à ce que ce concept soit devenu au fil des ans l'idéal (l'horizon indépassable ?) des grandes organisations libérales dans le monde à l'instar de l'OCDE, du FMI et bien entendu de la Commission européenne.

 

La flexisécurité tire son origine du modèle économique danois, qui a associé au début des années 1990 deux éléments :

 

 * la flexibilité : embauches et licenciements très faciles, pas de différence entre CDD et CDI ;

 

 * la sécurité : indemnités de chômage généreuses, mais plafonnées à un niveau bien plus bas qu'en France et limitées à 24 mois, en contrepartie d'un suivi pointilleux des chômeurs, qui sont souvent contraints d'accepter au bout de quelques mois un emploi même s'il ne correspond pas à leur recherche/qualification.

 

Le passage à la flexisécurité au Danemark aurait ainsi permis de terrasser le chômage, enfin jusques à la crise de 2008, comme le montre le graphique ci-dessous :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Les partisans de la flexisécurité, dont Emmanuel Macron en France, souhaitent donc par ce moyen accompagner une dynamique schumpétérienne qu'ils considèrent comme inéluctable. Pour mémoire, celle-ci prend appui sur le concept de destruction créatrice, qui postule que l'innovation détruit certes des secteurs entiers de l'économie ancienne, mais au profit de la création de nouveaux secteurs dynamiques et plus productifs au sein desquels l'emploi se développera. La préconisation est alors d'ôter tout obstacle à la transformation des entreprises et de l'emploi, bref de laisser faire ce processus vu comme inéluctable et bienfaisant pour l'économie à long terme.

 

Ce faisant, ils négligent juste que les emplois détruits ne sont pas nécessairement recréés en nombre égal dans les nouveaux secteurs d'activité. De plus, les qualifications n'étant pas les mêmes, rien n'assure le "déversement" d'un secteur à l'autre pour reprendre une expression popularisée par Alfred Sauvy. Quant aux salaires, le primat de la négociation au niveau des entreprises conduira inévitablement à un ajustement à la baisse des salaires. Enfin, il est évident que le fonctionnement du marché du travail en France ne sera jamais identique à celui du Danemark (référence en matière de flexisécurité), ne serait-ce qu'en raison du faible taux de syndicalisation en France contre près de 70 % au Danemark. De plus, le construit social n'est pas le même (vous savez notre histoire que tant de gouvernants oublient à dessein pour que la mondialisation soit heureuse...), puisqu'au Danemark c'est le consensus qui est recherché notamment en matière d'emploi.

 

Ainsi, demander à des candidats au baccalauréat de démontrer un lien très discuté entre flexibilisation du marché du travail et chômage structurel, sur la base de concepts très discutés et de documents peu nombreux et à sens unique, me semble vraiment malvenu après une telle crise (est-elle terminée ?). Pourquoi ne pas faire réfléchir les élèves sur les différentes facettes du chômage ? Pourquoi ne pas les faire travailler sur la perte de sens au travail ou la précarisation de l'emploi ? Pourquoi ne pas leur donner à étudier les graves problèmes de formation que nous connaissons en France et dont rendent compte des études comme PISA ou TIMSS ?  Peut-être ne souhaite-t-on pas qu'ils découvrent trop jeunes combien ils ont été bercés d'illusions par les Trissotins modernes du ministère de l'Éducation nationale, qui ont "oublié" que l'école devait avant tout former des citoyens libres et éclairés (cf. Condorcet) et non de la main-d’œuvre pour les entreprises ?

 

Et cela ne s'arrangera pas tant que l'on continuera à donner aux compétences, pourtant si vite périmées, le primat sur les connaissances. Avec pour résultat qu'une fois sortis de l'enseignement obligatoire, nombre d'élèves ne disposent au fond ni de connaissances solides ni de compétences sûres. Une vraie réussite en somme !

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15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 12:24

 

 

Après mes billets sur l'annulation de la dette publique au sein de la zone euro et l'effet boule de neige de l'endettement public, je vous propose aujourd'hui un gros plan sur la situation économique de l'Italie. Et le moins que l'on puisse dire est qu'elle est inquiétante ! C'est pourquoi, après en avoir brossé le tableau, nous verrons les implications pour les politiques économiques européennes. 

 

État des lieux

 

Les difficultés rencontrées par l'économie italienne sont nombreuses et bien connues :

 

 * absence de gains de productivité

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * vieillissement démographique

 

 

[ Source : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/la-mediterranee-une-geographie-paradoxale/articles-scientifiques/demographie-italie ]

 

 * croissance très faible

 

 

[ Source : https://www.tresor.economie.gouv.fr ]

 

Pour ceux qui auraient la flemme de relire mon billet sur la croissance potentielle, je vous rappelle que celle-ci peut être définie comme la croissance réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles. En partant de l'identité suivante Y = P.N où Y désigne le PIB, P la productivité par tête et N  l'emploi, l'on en déduit que la croissance potentielle est liée aux gains de productivité par tête et à la croissance de la population active. Or, comme en Italie ces deux variables sont en berne, la croissance potentielle ne peut qu'être faible...

 

 * investissement privé en berne

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * système éducatif et de formation peu performant

 

 * désindustrialisation

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * finances publiques dégradées

 

 

[ Source : OCDE ]

 

À ce tableau peu reluisant, l'on pourrait ajouter les fragilités du secteur bancaire, la faiblesse des dépenses de R&D, la compétitivité extérieure en berne, les inégalités territoriales (notamment Nord-Sud)...

 

La contrainte italienne sur les politiques économiques européennes

 

Le vrai problème vient du fait que l'Italie est membre de la zone euro, ce qui implique qu'elle ne peut plus utiliser l'outil de la dévaluation monétaire pour relancer sa compétitivité-prix. Tout le monde a encore en tête le psychodrame qui s'est joué entre la Grèce et les institutions européennes, dont j'avais rendu compte dans plusieurs billets, entre autres ici, et encore . Et comme la taille de l'économie italienne est sans commune mesure avec celle de la Grèce, l'on comprend aisément à quel type de problème la zone euro va devoir se frotter !

 

Pour éviter une crise économique en Italie, quelle que soit son origine du reste, l'UE devra lui venir en aide. Cela se fera notamment par le plan de relance européen, dont 200 milliards d'euros devraient être alloués à l'économie italienne, mais un tel versement risque fort d'être insuffisant et nécessitera assurément des rallonges après 2023...

 

De plus, la BCE n'aura d'autres choix que de mener une politique monétaire expansionniste, suffisamment du moins pour empêcher le taux d’intérêt souverain de l’Italie de diverger de celui de l'Allemagne. Or, avec une croissance potentielle proche de zéro et un taux d'endettement public extrêmement élevé, seul un taux d'intérêt très faible peut empêcher de rendre la dynamique de la dette publique explosive.

 

En définitive, l'économie italienne est dans une situation très dégradée, mais curieusement ce constat passe pour l'heure sous les radars médiatiques. Il est vrai qu'il y a tant à dire sur des sujets bien plus palpitants comme la réouverture des terrasses ou les résultats des rencontres footballistiques... Le triomphe de l'homo festivus de Philippe Muray ?

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de BFM TV.

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 13:34

 

La nouvelle publication de l'Insee est décidément très riche d'enseignements. C'est pourquoi, après mon billet sur l'importance capitale des services publics pour réduire les inégalités de revenu, je souhaite vous présenter aujourd'hui les derniers chiffres concernant la pauvreté monétaire en France.

 

La pauvreté : un phénomène multidimensionnel

 

Il est désormais à peu près admis par tout le monde que la pauvreté ne peut se réduire à sa seule dimension monétaire. Cette infographie du Monde, issue des travaux de Nicolas Duvoux, nous donne les principaux indicateurs de pauvreté, qui n'ont aucune raison de se recouper, ce qui revient à dire qu'une personne pauvre selon l'un de ces critères ne l'est pas forcément selon un autre :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

En tout état de cause, ce serait une erreur de croire que pauvreté rime avec chômage, en ce qu'il existe des travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté ou dont les conditions de vie sont très dégradées. Autrement dit, les politiques de l'emploi qui consistent à mettre tout le monde au travail, sans réfléchir aux conditions d'exercice, butent à l'évidence sur cet écueil de la pauvreté laborieuse.

 

La pauvreté monétaire

 

C'est certainement l'indicateur le plus connu, mais qui présente le défaut majeur de ramener la pauvreté à un simple seuil chiffré. Un individu est en effet considéré comme pauvre, au sens monétaire, lorsqu'il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, généralement fixé à 60 % de la médiane des niveaux de vie. L’intensité de la pauvreté permet, quant à elle, d’apprécier à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté en mesurant l’écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté.

 

À la date de l'enquête, en 2018, la moitié des personnes vivant dans un ménage de France métropolitaine ont un niveau de vie inférieur à 1 771 euros par mois (niveau de vie médian). D'où, un seuil de pauvreté monétaire à 60 % x 1 771 = 1063 euros. En 2018, 14,8 % des personnes habitant en logement ordinaire vivent au‑dessous du seuil de pauvreté en France métropolitaine, soit 9,3 millions de personnes.

 

 

[ Source : Revenu et patrimoine des ménages 2021 - Insee ]

 

Et sans la redistribution, le taux de pauvreté monétaire serait bien plus important :

 

 

[ Source : Revenu et patrimoine des ménages 2021 - Insee ]

 

L'intérêt tout particulier de cette étude de l'Insee est de prendre en compte des populations habituellement non comptabilisées (communautés, sans‑abri, habitations mobiles, étudiants non cohabitants). Elle arrive alors au chiffre d'environ 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine :

 

 

[ Source : Revenu et patrimoine des ménages 2021 - Insee ]

 

Et avec la pandémie ?

 

Le Premier Ministre, Jean Castex, avait chargé le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion (CNLE) "d’enrichir la connaissance qualitative de l’évolution de la pauvreté". Rien que le titre du rapport remis en mai 2021 laisse entrevoir le pire : "La pauvreté démultipliée" ! On y lit que la crise liée à la covid-19 a empêché les personnes en précarité d’en sortir, a précipité dans la pauvreté ceux qui en étaient proches et a beaucoup pesé sur les jeunes. Le rapport fourmille de témoignages, chiffres et graphiques pertinents (bénéficiaires du RSA, nombre de repas pris dans la journée, précarité du logement...), qui montrent l'aggravation de la pauvreté.

 

Quant à l'Europe sociale - véritable serpent de mer depuis deux décennies - le sommet des dirigeants européens à Porto, les 7 et 8 mai, devait à nouveau la relancer. Hélas, comme le fait remarquer Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, le pari de l'Union européenne de faire baisser le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale a été manqué et les obstacles structurels à la lutte contre la pauvreté n'ont toujours pas été levés... J'ajouterai qu'ils n'ont peut-être même pas été identifiés par des dirigeants politiques convaincus de la supériorité du modèle néolibéral reposant sur la concurrence à outrance et l'austérité ! 

 

Pour revenir au cas français, comment les décideurs politiques peuvent-ils s’accommoder d'une telle catastrophe sociale dans un pays développé ? 10 millions de pauvres (au sens monétaire) sur 67 millions d'habitants !

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