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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 14:00

 

 

Les gouvernements ne manquent jamais une occasion de se féliciter d'une baisse homéopathique du taux de chômage des jeunes, bien qu'il ne s'agisse en rien d'un bon indicateur de comparaison entre les pays. Mais assez curieusement, les commentateurs les plus patentés semblent oublier l'autre bout du spectre, à savoir les chômeurs de plus de 50 ans... C'est pourquoi, après un billet sur les dépenses publiques et le revenu universel, nous allons revenir aujourd'hui sur le chômage.

 

Quelques rappels sur la nature du chômage

 

Les économistes ne sont pas tous d'accord sur la nature du chômage. Pour faire simple, selon que l'on privilégie une approche par la demande ou l'offre on distingue :

 

 * le chômage keynésien : celui-ci résulte de l'insuffisance de la demande de biens et de services. D'où l'intérêt d'éviter les politiques d'austérité - également appelées dévaluation interne - en pleine crise et de lisser ensuite les ajustements budgétaires lorsque la croissance revient. Or, avec une croissance potentielle aussi faible, la France, et plus généralement la zone euro, va avoir du mal à créer des emplois.

 

 * le chômage classique : celui-ci résulte d'un sous-emploi des capacités de production. D'où la nécessité d'améliorer la profitabilité des entreprises au travers d'une baisse des salaires réels et des charges sociales notamment.

 

Quant à la notion de chômage volontaire, qui fait encore florès auprès des politiques et des médias, on se demande comment elle peut encore avoir cours en 2017. En effet, lorsqu'on voit les chiffres de créations d'entreprises et en particulier des autoentrepreneurs dont la moitié ne déclare aucun chiffre d'affaires, on comprend aisément que la majorité des chômeurs ont à coeur de retrouver du travail au plus vite, quitte à prendre tous les risques en créant une entreprise et en perdant la sécurité qu'offre le salariat.

 

D'ailleurs, les élus locaux et nationaux ne multiplient-ils pas les aides et incitations à créer des entreprises, pensant ainsi proposer du neuf dans un monde politique sclérosé ? Certains oublient juste que Raymond Barre faisait déjà scandale en 1978 en déclarant  "les chômeurs n'ont qu'à créer leur entreprise" et que cela entretient une terrible confusion entre créations d'entreprises et créations d'emplois. En effet, une entreprise sur deux ne passe pas le cap des cinq ans et les autoentrepreneurs ont une probabilité très faible d'évoluer vers une société qui créé beaucoup d'emplois. Et pourtant après 50 ans, c'est souvent la seule solution pour continuer à avoir une activité, et elle présente surtout l'avantage de réduire mécaniquement les chiffres du chômage...

 

Chômage et flexibilité

 

Certes, le marché du travail en France connaît de nombreuses difficultés, qui vont être aggravées par l'ubérisation et la disparition des emplois intermédiaires. Mais toute la question est de savoir si le chômage résulte d'un ralentissement temporaire de l'activité (chômage conjoncturel) ou bien s'il provient d'un déséquilibre profond et durable du marché du travail (chômage structurel). On peut très bien du reste s'intéresser à toutes les composantes du chômage en même temps, mais encore faut-il ne pas perdre de vue que bien que nous subissions la pire crise depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le chômage est loin d'avoir explosé comme on pouvait s'y attendre. Cela devrait nuancer les propos tenus par ceux qui appellent à toujours plus de flexibilité au détriment des salariés... Ce d'autant plus que  la flexibilisation à outrance est une erreur, comme l'a montré une étude du FMI.

 

Quoi qu'il en soit, le chômage ne se résume pas uniquement à un chiffre, sauf à vouloir occulter à dessein toutes les questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel, qui expliquent souvent une part importante des baisses enregistrées. Or, un salarié contraint d'accepter un poste ne répondant pas à ses qualifications voire inintéressant, ne connaîtra pas une grande motivation dans son travail comme le montrait déjà Elton Mayo (École des relations humaines) avec l'expérience de Hawthorne. Fatigue, désintérêt et monotonie sont les pires ennemies de la productivité tant recherchée par les entreprises ! Et je ne parle même pas de la formation du capital humain (encore un gros mot) qui à l'évidence sera entravée par ces conditions de travail défavorables...

 

Le taux de chômage des plus âgés

 

Après ces longs prolégomènes, venons-en à l'évolution du taux de chômage des plus de 50 ans :

 

 

[ Source des données : INSEE ]

 

Si le chômage des jeunes est en très nette progression depuis la crise, le chômage des plus de 50 ans a quant à lui explosé depuis le début de la crise en 2008 ! Selon une étude de l'OFCE, "le nombre de demandeurs d’emplois de 55 ans et plus enregistré par Pôle emploi en catégorie A (celle qui se rapproche le plus de la définition du chômage par le BIT) a quant à lui augmenté de 372 000 entre les fins décembre 2008 et 2014, ce qui correspond à un quadruplement des seniors demandeurs d’emploi. Dans le même temps, le total des demandeurs d’emploi de catégorie A passait de 2,25 millions à 3,25 soit une hausse de l’ordre de 53 %".

 

Beaucoup d'explications, plus ou moins pertinentes ont été avancées pour expliquer ces chiffres pour les plus de 50 ans : les salariés les plus âgés seraient les plus chers et/ou les moins productifs, la désindustrialisation et les délocalisations auraient détruit les emplois des plus âgés, culte du jeunisme, manque de mobilité au sein d'un groupe, discrimination, etc.

 

De plus, les réformes successives des retraites ont surtout eu pour conséquence d'allonger l'âge de départ. Quant à la dispense de recherche d'emploi (DRE), les articles L. 5421-3 alinéa 2 et L.5411-8 relatifs à la dispense de recherche d’emploi ont été supprimés, ce qui ne facilite guère la vie de ceux qui n'ont quasiment plus aucune chance de trouver un emploi. Cette suppression est d'autant plus curieuse, qu'elle intervient juste au début de la crise qui allait voir les chiffres du chômage s'envoler vers les sommets. Selon l'étude de l'OFCE citée plus haut, la disparition de la DRE expliquerait la moitié de la hausse des chômeurs de plus de 55 ans depuis 2008 :

 

 

 

 

[ Source : OFCE ]

 

Dans le contexte actuel, il apparaît donc urgent de réintroduire un traitement social du chômage des plus âgés, sauf à s'illusionner d'un possible retour à une croissance forte, riche en emplois... Car il faut être réaliste, il devient de plus en plus difficile à une personne qui perd son emploi après 50 ans de tenir avec les allocations-chômage ou autres minima sociaux jusqu'à la retraite ! Et le résultat de cette fin de carrière en pointillé est au mieux une retraite largement amputée au pire le minimum vieillesse (rebaptisé de façon méliorative depuis 2006 ASPA, allocation de solidarité aux personnes âgées), sans compter que de nombreux salariés avec une carrière complète se verront eux aussi chuter à des niveaux de pension proprement scandaleux.

 

C'est évidemment le fruit des nombreuses réformes successives des retraites qui, sous couvert de sauver le régime par répartition, a réussi le tour de force de miner autant la solidarité sur laquelle repose le système que le montant des pensions. Mais les travailleurs ne se rendent compte à titre individuel qu'au moment de liquider leur retraite, c'est-à-dire après de très nombreuses années de cotisations. C'est donc en quelque sorte la double peine pour le salarié du privé : risque élevé de se retrouver au chômage après 50 ans et perte de motivation à poursuivre un emploi qui ne lui apportera qu'une retraite de misère !

 

Quant à ceux qui cherchent à opposer la situation des jeunes et des vieux sur le marché de l'emploi (existe-t-il seulement ?), ils font fausse route. En effet, la situation des uns est intimement liée à celle des autres, même s'ils n'en ont pas toujours conscience. Qui paient les études aux jeunes et leur loyer, bref qui les solvabilise si ce n'est les vieux ? Réciproquement, qui paie les pensions de retraite et l'allocation de solidarité aux personnes âgées si ce n'est les jeunes actifs ?

 

Pour tenir compte de cette réalité et ne pas perdre ces compétences précieuses acquises par les plus âgées, peut-être serait-on bien avisé de s'intéresser un peu plus aux propositions de partage du temps de travail, de tuilage entre un senior et un junior pour reprendre le langage du management, etc. ? J'avais d'ailleurs analysé dans un précédent billet une nouvelle expérimentation appelée Territoires zéro chômeur de longue durée.  

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article de la Tribune.

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commentaires

Jean-Michel 22/02/2017 13:58

Toutes les lois et règlements sont (hélas) utilisés de façon détournée.
C'est le cas de la rupture conventionnelle.

Vous voulez vous séparer d'un sénior de 58 à 60 ans dont vous trouvez le salaire trop élévé?
Vous lui vendez une rupture conventionnelle, moyennant quoi il a une petite prime et en s'inscrivant à Pôle-Emploi il est indemnisé pendant 3 ans.
Ensuite il fait valoir ses droits à la retraite et le tour est joué,

L'employeur fait ainsi payer une pré-retraite à l'Unédic et le bras "terrain" de l'Unédic qu'est Pôle-Emploi ne peut pas y faire grand-chose car déjà qu'il est difficile d'aider un sénior à se "recaser", ça devient tout à fait impossible quand le sénior déclare ne chercher aucun emploi car ayant accepté de quitter son emploi pour une pré-retraite via la rupture conventionnelle!.....

Tout le monde est au courant, le MEDEF, la CGPME, le ministère du Travail, les syndicats, mais ça s'appelle "acheter la paix sociale", alors tout le monde ferme les yeux et on continue de creuser des trous financiers dans le pays....

Raphaël DIDIER 23/02/2017 10:49

Vous avez raison de rappeler ce point et vous en remercie. Ce d'autant plus que le nombre de ruptures conventionnelles n'a cessé d'augmenter depuis sa mise en place en 2008 (par un dénommé Fillon...) et vient battre un nouveau record en 2016 !

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