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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 11:35

 

 

En ces temps troublés où le protectionnisme revient en force après des années de libéralisme à outrance, il m'a semblé intéressant de profiter de la torpeur estivale pour évoquer le mercantilisme et le colbertisme. Pour ce faire, je vous propose d'étudier les écrits de quelques grands auteurs...

 

Colbert

 

L'on trouve facilement sur internet de très nombreux développements sur la vie de Colbert. C'est pourquoi, je me contenterai de quelques éléments utiles pour la suite de mon propos. Jean-Baptiste Colbert est né le 29 août 1619 à Reims et mort le 6 septembre 1683 à Paris. On retient surtout qu'il fut pendant près de vingt ans à la tête des principaux ministères économiques sous Louis XIV. Ainsi fut-il Contrôleur général des finances de 1665 à 1683, secrétaire d'État de la Maison du roi et secrétaire d'État de la Marine de 1669 à 1683. Par ailleurs, c'est un euphémisme d'affirmer qu'il n'aimait guère Nicolas Fouquet...

 

Son mercantilisme mâtiné de dirigisme, laissera dans l'histoire le nom de colbertisme dont nous parlerons plus loin. Curieusement, tous ses hauts faits d'armes économiques ont depuis quelque temps étaient occultés pour ne plus se concentrer que sur le Code noir qu'il a préparé, relatif à l'administration de l'esclavage dans les colonies.

 

Une fable de la Fontaine

 

Le lecteur perspicace comprendra pourquoi je prends plaisir à citer Le Loup et l'Agneau, dixième fable du livre I de Jean de La Fontaine, d'autant que le ministre de l'éducation nationale a offert un magnifique recueil de ces fables à 800 000 élèves de CM2 dont la majorité ne saura même pas quoi en faire et cherchera à revendre son exemplaire sur Ebay ou Priceminister :

 

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau ; je tette encor ma mère
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens:
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

 

Mercantilisme et colbertisme

 

Disons le d'emblée, il n'existe pas à proprement parler d'école de pensée mercantiliste, il s'agit surtout d'une appellation donnée a posteriori par des économistes qui s’opposaient vigoureusement à ces idées. Jean Bodin, Thomas Mun, Antoine de Montchrestien, William Petty, John Locke sont quelques grands noms du mercantilisme. Le dénominateur commun des mercantilistes est de chercher à capter les métaux précieux, vus comme  signe de richesse d'un État, en profitant notamment du commerce extérieur. Cela revient donc à privilégier les exportations au détriment des importations afin de rendre excédentaire la balance commerciale, comme le montre sans équivoque le texte ci-dessous de John Locke (Considérations sur les conséquences de la baisse de l’intérêt et la hausse de la valeur de la monnaie, 1691) :

 

Un royaume devient riche ou pauvre comme un fermier le devient, et pas autrement. Supposons que toute l'île de Portland soit une ferme ; et que le propriétaire, en plus de ce qui est utile à sa maison, porte au marché, à Weymouth et Dorchester, etc., pour une valeur annuelle de milles livres : bétail, blé, beurre, fromage, laine ou drap, plomb et étain, toutes marchandises produites et travaillées dans sa ferme de Portland ; et qu'en contrepartie il rapporte chez lui : sel, vin, huile, épices, toile et soieries, pour une valeur de neuf cents livres, et les cents livres restant en monnaie. Il est évident qu'il s'enrichit chaque année de cents livres et ainsi, au bout de dix ans, il est clair qu'il aura obtenu mille livres. [...]

 

Une ferme et un royaume sous ce rapport ne diffèrent que par l'étendue. Nous pouvons commercer et être actifs, et en devenir pauvres, à moins de modérer nos dépenses ; si de plus nous sommes oisifs, négligents, malhonnêtes, malveillants et si nous gênons sous quelque prétexte que ce soit ceux qui sont sérieux et industrieux dans leurs affaires, nous nous ruinerons encore plus rapidement... L'argent n'entre en Angleterre par aucun autre moyen que d'y dépenser moins en marchandises étrangères que ce que nous portons au marché peut payer.

 

Notons que le mercantilisme fait par conséquent la part belle aux marchands, dont les intérêts sont censés rejoindre ceux du roi. Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé n'est ni fortuite ni involontaire...

 

Quant au colbertisme, en plus de soutenir les grandes manufactures au travers d'une réglementation stricte pour obtenir des produits de qualité à exporter, il est splendidement décrit dans l’extrait ci-dessous des Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert (1670) :

 

[…] et comme il faut que les peuples ayent de quoi payer avant qu’ils pensent à s’acquitter de leurs impositions, et qu’elles doivent toujours avoir leur proportion avec l’argent que chaque particulier peut avoir, la conduite universelle des finances doit toujours veiller et employer tous les soins et l’autorité de Votre Majesté, pour attirer l’argent dans le royaume, le répandre dans toutes les provinces pour procurer aux peuples la facilité de vivre et de payer leurs impositions [...]

 

Le bon état des finances et l’augmentation des revenus de Votre Majesté consiste à augmenter par tous moyens le nombre de l’argent monnoyé qui roule continuellement dans le royaume et à maintenir dans les provinces la juste proportion qu’elles en doivent avoir [...], augmenter l’argent dans le commerce public en l’attirant des pays d’où Il vient, en le conservant au dedans du royaume en empeschant qu’il n’en sorte, et donnant des moyens aux hommes d’en tirer profit.

 

Comme en ces trois points consiste la grandeur, la puissance de l’État et la magnificence du Roi par toutes les dépenses que les grands revenus donnent occasion de faire, qui est d’autant plus relevée qu’elle abaisse en même temps tous les États voisins, vu que n’y ayant qu’une même quantité d’argent qui roule dans toute l’Europe et qui est augmentée de temps en temps par celui qui vient des Indes occidentales, il est certain et démonstratif que s’il n’y a que 150 millions de livres d’argent qui roule dans le public, l’on ne peut parvenir à l’augmenter de 20, 30 et 50 millions qu’en même temps l’on en oste la même quantité aux États voisins [...], je supplie Votre Majesté de me permettre de lui dire que depuis qu’elle a pris l’administration des finances, elle a entrepris une guerre d’argent contre tous les États de l’Europe.

 

Elle a déjà vaincu l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre, dans lesquels elle a jeté une très grande misère et nécessité, et s’est enrichie de leurs dépouilles, qui lui ont donné les moyens de faire tant de grandes choses qu’elle a faites et fait encore tous les jours. Il ne reste que la Hollande qui combat encore avec de grandes forces: son commerce du Nord [...], celui des Indes orientales [...], celui du Levant [...] celui des Indes occidentales, ses manufactures, son commerce de Cadix, celui de Guinée et une infinité d’autres dans lesquels réside et consiste toute sa puissance. Votre Majesté a formé des compagnies qui comme des armées les attaquent partout [...]

 

Les manufactures, le canal de transnavigation des mers et tant d’autres établissements nouveaux que Votre Majesté fait, sont autant de corps de réserve que Votre Majesté crée et tire du néant pour bien faire leur devoir dans cette guerre... Le fruit sensible du succès de toutes ces choses serait qu’en attirant par le commerce une très grande quantité d’argent dans son royaume, non seulement elle parviendrait bientôt à rétablir cette proportion qui doit être entre l’argent qui roule dans le commerce et les impositions qui sont payées par le peuple, mais même elle les augmenterait l’un et l’autre, en sorte que ses revenus augmenteraient et elle mettrait ses peuples en état de pouvoir l’assister plus considérablement en cas de guerre ou d’autre nécessité.

 

Bref, le colbertisme fait un rapprochement de cause à effet entre la quantité d'argent possédait par un royaume et sa puissance militaire. Colbert décrit donc au roi Louis XIV une doctrine du commerce international appelée "guerre d'argent", titre troublant de modernité... Le commerce extérieur est donc vu au niveau mondial comme un jeu à somme nulle, c'est-à-dire que les gains de certains États sont en contrepartie les pertes des autres ; d'où la recommandation de s'emparer du plus grand volume possible de métaux précieux au travers d'une balance commerciale excédentaire (exporter plus que le royaume n'importe), ce qui permettra également selon Colbert de préparer la vraie guerre.

 

Autrement dit, d'abord la guerre commerciale, pour ensuite se préparer à d'éventuelles guerres stricto sensu ! Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé n'est décidément ni fortuite ni involontaire...

 

P.S. : il ne faudrait pas déduire de mon billet que le protectionnisme est forcément néfaste, tant s'en faut ! Si l'UE avait pratiqué un peu de protectionnisme pour l’industrie numérique naissante et pas un libéralisme dogmatique, les grandes sociétés de numérique ne se trouveraient peut-être pas seulement aux États-Unis et en Chine...

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