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14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 13:50

 

 

Dans mon précédent billet, j'avais présenté le système de retraite français et donné quelques clés pour comprendre la réforme souhaitée par le gouvernement. On ne sait d'ailleurs plus si cette réforme correspond dans les termes à celle voulue par Emmanuel Macron ou s'il s'agit d'une version modifiée par Édouard Philippe, d'où un flou artistique supplémentaire. Aujourd'hui, je m'attarderai sur les annonces faites par le Premier ministre, qui témoignent d'une volonté de passer en force et d'une méconnaissance des réalités sociales, à moins que ce ne soit simplement le parachèvement d'une politique néolibérale entamée en 2017...

 

Les annonces du Premier ministre

 

Cette vidéo résume en moins de 3 minutes l'essentiel de ce qu'il faut retenir des annonces d'Édouard Philippe, faites  devant le Conseil économique, social et environnemental (CESE) :

Ainsi, le gouvernement veut absolument créer un régime universel de retraite, qui se substituerait aux 42 régimes actuels. Mais contrairement à une idée reçue, cela ne signifie en rien la disparition de certains régimes dérogatoires, les policiers, entre autres, ayant déjà obtenu quelques garanties de ce côté-ci... Mais comme l'explique Daniel Cohen dans une vidéo à voir en bas de cet article, ce n'est pas parce que cette réforme se veut universelle qu'elle est forcément juste. Au contraire, elle va faire un grand nombre de perdants, qui n'auront que faire des arguments d'universalisme ! Quant au siphonnage des caisses de retraite autonomes, à l'instar de celle des professions libérales, le gouvernement semble avoir abandonné cette idée explosive.

 

En ce qui concerne l'âge de départ en retraite, il est prévu de l'augmenter à 64 ans au moyen d'un mécanisme appelé âge pivot. En pratique, il s'agit d'appliquer un malus sur la valeur du point en cas de départ à la retraite avant 64 ans et un bonus pour ceux qui accepteraient de travailler après 64 ans. Et pour mieux faire passer la pilule, l'âge pivot devient un "âge d'équilibre" dans la bouche du Premier ministre, qui envisage de l'appliquer à partir de 2027, histoire d'anesthésier les critiques pendants quelques années... C'est cette ligne rouge de l'âge de départ qui a été franchie selon la CFDT, alors même que la centrale syndicale était jusque-là le seul soutien du gouvernement !

 

Enfin, la question de l'évolution du point reste floue, dans la mesure où aucun engagement ferme ne semble avoir été pris pour en faire évoluer la valeur en fonction du salaire moyen. Tout au plus le gouvernement a-t-il évoqué une indexation progressive, qui laisse planer des doutes sérieux. Ce d'autant plus que le Premier ministre a parlé d'une loi "pour que la valeur des points acquis ne puisse pas baisser"... Pourtant, nous gardons tous à l'esprit cette déclaration devenue célèbre de François Fillon :

Quant à la retraite minimum pour une carrière complète, Édouard Philippe ratisse gratis en évoquant 85 % du SMIC, puisque dans la loi réformant la retraite en 2003, on pouvait lire : "La Nation se fixe pour objectif d'assurer en 2008 à un salarié ayant travaillé à temps complet et disposant de la durée d'assurance nécessaire pour bénéficier du taux plein un montant total de pension lors de la liquidation au moins égal à 85 % du salaire minimum de croissance net lorsqu'il a cotisé pendant cette durée sur la base du salaire minimum de croissance". Bref, avec cette promesse, le gouvernement ne ferait qu'appliquer une loi vieille de deux décennies !

 

Une transition délicate

 

La transition entre le système actuel et le faux régime universel façon Macron sera à l'évidence compliquée. Face aux critiques, c'est un euphémisme, le gouvernement ne prévoit d'appliquer la réforme qu'à compter de 2037 (personnes nées après 1975) suivant un calendrier qui tient de l'usine à gaz :

 

Calendrier de la réforme des retraites selon l'âge de naissance des personnes

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Les retraites comme variable d'ajustement budgétaire

 

Au lieu de créer un système universel de retraite (sic), la réforme se veut en fait une standardisation des retraites quelle que soit la situation réellement vécue par le travailleur. À bien y regarder, elle consiste surtout à rendre le système actuel moins généreux au nom de l’indispensable lutte contre les 17 milliards d'euros de déficit potentiel du système par répartition actuel en 2025, sachant que la France est l'un des pays de l'UE qui dépense le plus (en % du PIB) pour les retraites (12 %). Pourtant, et il faut le marteler, l'argument est fallacieux :

Il s'agit ni plus ni moins que de faire des retraites une variable d’ajustement des finances publiques, parachevant de la sorte l'évolution de notre État social vers un État néolibéral. L'État aurait la mainmise sur l'ensemble de la protection sociale, mais confierait bon prince aux partenaires sociaux la tâche de remettre les comptes du régime de retraite à l'équilibre.

 

Il leur concède également le soin de fixer la valeur du point mais "sous le contrôle du Parlement", ce qui en dit long sur le paritarisme version Macron, d'autant que l'introduction d'un âge pivot met à mal l'argumentaire d'une valeur unique du point. Et pour diviser le front social, le gouvernement relèvera la pension minimum de retraite à 85 % du SMIC, ce qui semble avoir satisfait les agriculteurs, mais n'est rien d'autre qu'une mise en conformité avec la loi comme je l'ai expliqué plus haut.

 

Quant aux précaires, ils sont déjà perdants à la suite de la réforme de l'assurance-chômage et voilà qu'ils vont encore y laisser des plumes à la retraite, puisque seules les périodes de chômage indemnisées permettent d’engranger des points. Les enseignants, de leur côté, seront dépendants d'une revalorisation à définir de leur rémunération, afin de tenir compte du niveau de prime plus faible qui leur est versé et dont le montant sera après la réforme inclus dans le calcul de leur retraite. Bref, une usine à gaz.

 

Enfin, pour vous faire une idée plus précise, je vous propose les analyses de grands économistes :

 

 * la première de Thomas Piketty

 * la seconde de Daniel Cohen, qui rappelle que ce n'est pas parce que cette réforme se veut universelle qu'elle est forcément juste

En définitive, malgré les mises en garde des quatre économistes qui ont inspiré le programme du candidat Macron en 2017, le gouvernement a choisi de poursuivre dans la logique de son idée, ce qui selon Hannah Arendt est la définition même de l'idéologie. Cela achève de démontrer le peu de cas qui est fait de la concertation démocratique, alors même que le gouvernement se réfère ad nauseam à la réforme des retraites dans les pays nordiques, dont il y aurait du reste beaucoup à dire...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du Huffington Post.

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commentaires

DUFOUR Jean-Pierre 14/12/2019 18:03

Impeccable !

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