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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 14:36

 

 

C'est peu dire que la flambée des prix de l’énergie est au cœur de l’actualité. À tel point que le dernier budget de l'État pour le quinquennat, dont j'ai parlé dans ce billet, donne lieu à une foire d’empoigne entre les différents partis politiques, chacun proposant une solution qu'il considère comme la meilleure pour défendre le pouvoir d'achat des Français. En tout état de cause, le gouvernement surveille les prix de l'énergie comme le lait sur le feu, avec en mémoire la crise des gilets jaunes... Comme beaucoup de choses ont déjà été dites sur le prix du gaz, dans ce billet, nous allons plutôt nous concentrer sur les prix de l'électricité.

 

Comparaison des prix de l'électricité au sein de l'UE

 

Globalement, les Français payent moins cher leur électricité que la moyenne européenne, comme le montre Eurostat :

Infographie: Le prix de l'électricité en Europe | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

Comment se calcule le prix de l'électricité en France ?

 

Le prix de l’électricité pour les particuliers dépend de plusieurs facteurs, sachant que depuis 2007, le marché de l'électricité et du gaz est ouvert à la concurrence pour les particuliers :

 

 * les coûts de fourniture de l’électricité, dont tout à chacun comprend qu'il dépend du contexte (temps, saison...) ;

 

 * les taxes (la Contribution au service public de l’électricité (CSPE) qui finance les missions de service public de l’électricité, les Taxes sur la Consommation Finale d’Electricité (TCFE) définies par chaque commune et chaque département, la Contribution Tarifaire d’Acheminement (CTA) qui finance la retraite du régime IEG, la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) qui s’applique avec un taux réduit de 5,5 % sur l'abonnement HT et la CTA, et un taux de 20% sur le prix de l’électricité HT, sur la CSPE et les TCFE) ;

 

 * les coûts d’acheminement ;

 

 * les options tarifaires et la puissance (heures pleines/heures creuses, abonnement, puissance installée du compteur...).

 

Le graphique ci-dessous présente la décomposition du prix moyen de l'électricité, tous consommateurs (à l’exception de la branche électricité) et tous types d’offres (tarifs réglementés ou offres de marché) confondus :

 

 

[ Source : Bilan énergétique de la France pour 2019 ]

 

L'ouverture à la concurrence pour les ménages

 

Sans vouloir trop complexifier ce billet, il me semble important de rappeler le basculement qui s'est opéré lors de l'ouverture à la concurrence. Historiquement, lorsque EDF était encore une entreprise publique intégrée, la tarification de l'électricité devait intégrer les coûts réels de production, de transport et de distribution de l’électricité, afin que le prix payé par le consommateur reflète le coût réel de fourniture de l'électricité par EDF. D'où, ce que les économistes appellent une tarification au coût marginal de production du dernier kWh. Or, comme ce coût marginal varie tout au long de l'année, EDF avait mis en place une tarification à deux étages :

 

 * la part fixe, qui était proportionnelle à la puissance souscrite et devait couvrir le coût d’investissement et le coût de maintenance du parc de production ;

 

 * la part variable, qui était proportionnelle à la quantité d'électricité consommée et devait s'approcher d'une tarification au coût marginal.

 

Après 2007, il fut question de démanteler le monopole d'EDF, de supprimer les tarifs réglementés (TRV) et de permettre aux fournisseurs alternatifs de racheter à EDF une partie de sa production nucléaire à un tarif compétitif appelé ARENH (Accès Régulé à l'Electricité Nucléaire Historique).

 

Ainsi, avant 2007, il n'existait que les Tarifs Réglementés de Vente (TRV) proposés par EDF (souvenez-vous, les tarifs bleu, jaune et vert). Si ces tarifs réglementés ont bien été conservés après 2007, désormais définis par le ministère sur proposition de la CRE et révisés deux fois par an (en août et février), ils doivent refléter les coûts d’approvisionnement des fournisseurs alternatifs pour assurer la concurrence, c'est-à-dire que les fournisseurs alternatifs doivent être en mesure de proposer un prix plus bas que les TRV. Si pendant des années ces offres permettaient de faire des économies en raison des prix faibles sur les marchés de gros, il n'est pas certain qu'il en soit de même dans les mois à venir au vu des hausses que connaît ce marché. Les TRV seront dès lors peut-être plus à même de protéger le consommateur des secousses des marchés (et de la faillite du fournisseur alternatif), même si la hausse des prix de l’électricité est généralisée.

 

Les prix de gros de l'électricité


L’électricité pour les professionnels (électriciens, fournisseurs alternatifs et financiers/spéculateurs) peut s’échanger de gré à gré (marché spot) ou sur des bourses :

 

 * European Power Exchange (Epex) Spot est la bourse du marché spot français ;

 

 * European Energy Exchange (EEX) Power Derivatives est le marché des produits à terme.

 

Ce faisant, l'on comprend vite que même s'il n'y a qu'une faible part de la fourniture d'électricité qui s'appuie effectivement sur le marché spot, cela signifie tout de même que la Commission européenne s'est persuadée que l'énergie, et l'électricité en particulier, est une marchandise comme une autre qu'un marché en libre concurrence est à même de réguler efficacement. Bref, le splendide modèle britannique qui est en faillite ! Et comme l'Europe de l'éducation avait pris l'eau, comme l'Europe de la défense avait pris l'eau, comme l'Europe de la recherche avait pris l'eau... Pourquoi se priver de faire prendre l'eau à l'Europe de l'énergie ?

 

Pour l'électricité, les dépenses de réseaux et d'infrastructures sont tellement gigantesques, que l'on parle en théorie économique de monopole naturel. Il n'y a donc rien de bon à attendre à une libéralisation d'un tel marché, sauf des déséconomies d'échelle et des faillites en cascade ! Peu de gens comprennent que l'électricité est un marché de contraintes physiques et que pour maintenir l'approvisionnement en courant, une tarification au coût marginal sur le marché du gros implique de fixer le prix du MWh sur la centrale la moins productive (= la plus chère). D'où une hausse du prix du gros qui se répercute sur le prix au client, même si encore une fois la part du spot est en fin de compte assez faible. C'est en fait le mode de calcul qui n'est pas adapté à la réalité du monde de l'électricité : une hausse du prix du gaz fait ainsi monter le coût de production d'électricité par une centrale à gaz, d'où une hausse des tarifs de l'électricité pour le client !

 

La Commission ne veut rien changer

 

On l'aura compris, si la Commission européenne accepte que les États membres de l'UE prennent des mesures en ordre dispersé (gel des tarifs, abaissement de la fiscalité, chèques-énergie...), et normalement interdites par la réglementation européenne, c'est que le spectre d'une crise sociale majeure - qui couve depuis des années - inquiète au plus haut point ! Mais, il ne faudra pas compter sur la Commission pour changer quoi que ce soit dans le calcul du prix de l'électricité, le marché de l'électricité en libre concurrence étant vu comme le meilleur outil de régulation, vision partagée publiquement par l'Allemagne...

 

Bref, ceux qui s'imaginaient que le monde d'après covid-19 ferait la part belle au bon sens et à des changements d'idéologie en sont pour leurs frais. Le marché en concurrence libre demeure l'alpha et l'oméga des politiques publiques de l'UE. Quant à ceux qui pensent encore qu'une baisse des taxes sur l'électricité permettra mécaniquement une baisse des prix pour les ménages, ils se trompent lourdement et je les invite à revoir l'histoire de la TIPP flottante de Jospin, un manque à gagner de 2,7 milliards d'euros pour l'État pour seulement 2 centimes d'euros en moins par litre...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du Parisien.

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