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6 avril 2022 3 06 /04 /avril /2022 11:40

 

 

Comme un marronnier, voilà qu'a refleuri dans les médias (juste avant la guerre en Ukraine) le déficit de la balance commerciale : "Déficit commercial : la France s'enfonce", "La France confrontée au pire déficit commercial de son histoire", "Déficit commercial record pour la France en 2021"... Et toujours cette obsession pour le commerce des biens dans une économie où les services pèsent pourtant très lourd ! C'est pourquoi après mes articles sur les prix de l'énergie, la stagflation et le rôle de la politique monétaire, plongeons sans attendre dans les chiffres du commerce extérieur de la France.

 

Balance commerciale et taux de couverture

 

La balance commerciale est le compte qui retrace la valeur des biens exportés et la valeur des biens importés sur la base des statistiques douanières. Le solde du commerce extérieur est la différence entre la valeur des exportations et celle des importations. Si celui-ci est positif, on parle d'excédent commercial, sinon il s'agit d'un déficit commercial. Il est à noter que contrairement aux États-Unis entre autres, la balance commerciale en France ne couvre pas les services, qui figurent dans la balance des biens et des services.

 

Le taux de couverture du commerce extérieur est le rapport entre la valeur des exportations et celle des importations :

 

 

* lorsque le taux de couverture est inférieur à 1, la balance commerciale est déficitaire ;

 

 * lorsque le taux de couverture est égal à 1, la balance commerciale est équilibrée ;

 

 * lorsque le taux de couverture est supérieur à 1, la balance commerciale est excédentaire.

 

Notons que la balance commerciale (et donc le taux de couverture), peut être relative à un produit ou à l'ensemble des échanges de produits.

 

Le déficit commercial de la France

 

Commençons par ce graphique qui présente l'évolution du solde commercial de la France depuis 2004, date à laquelle elle devient structurellement déficitaire :

 

[ Source : Rapport 2022 sur le commerce extérieur ]

 

Avec la hausse importante des prix de l'énergie en 2021, rien d'étonnant à ce que les importations soient en hausse par rapport à 2020. Cependant, l'on constate que même hors énergie, la balance commerciale française est déficitaire. Globalement, selon le rapport 2022 sur le commerce extérieur, en 2021, les exportations de la France sont en hausse de 17 % et les importations de 18,8 %. Au total, le déficit commercial de la France s'est dégradé de 20 milliards d'euros et s'élève à 84,7 milliards d'euros en 2021 (64,8 milliards d'euros hors énergie et matériel militaire).

 

Les chiffres clés du commerce extérieur de la France en 2021

 

Toujours selon le rapport 2022 sur le commerce extérieur, voilà les principaux éléments à retenir sur le commerce extérieur de la France (chiffres, principaux partenaires, secteurs concernés...) :

 

[ Source : Rapport 2022 sur le commerce extérieur ]

 

Le solde commercial de quelques autres pays de l'UE

 

Le graphique ci-dessous présente le solde de la balance commerciale pour plusieurs pays de l'UE. Il faut néanmoins rester prudent sur l'interprétation de ces chiffres, puisqu'ils ne tiennent pas définition pas compte des services et ne permettent certainement pas de conclure qu'en Allemagne tout va bien et qu'à l'inverse au Royaume-Uni tout va mal, comme je l'ai expliqué dans mon livre Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie.

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Est-ce grave docteur ?

 

Ce qui compte vraiment, ce n'est pas tant le solde des seuls biens (balance commerciale), mais celui des biens, services, revenus (salaires, dividendes, intérêts…) et de certains transferts (dons, aides…). L'on obtient alors la balance courante, présentée sur le graphique ci-dessous :

 

 

[ Source : Rapport 2022 sur le commerce extérieur ]

 

Et l'image qu'elle donne du commerce extérieur est bien différente de celle qui résultait de la seule prise en compte des biens. En effet, même si le solde commercial est déficitaire, c'est tout le contraire pour les services dont le solde connaît un record, ce qui reflète la réalité de l'économie française où la part de l'industrie est déclinante (désindustrialisation) et où les emplois se situent essentiellement dans le secteur des services. Au total, le solde de la balance courante s'est amélioré, passant de -43,7 milliards d'euros en 2020 à -23,2 milliards en 2021.

 

Ces chiffres sont donc loin d'être catastrophiques, mais ils doivent faire réfléchir sur les choix politiques faits depuis trois décennies, d'autant que la crise liée à la covid-19 rappelle au demeurant qu'au-delà des chiffres, le commerce international soulève des questions de souveraineté et de sécurité trop longtemps occultées… En tout état de cause, l'illusion d'une économie de la connaissance sans industrie (fabless pour reprendre les mots d'un grand patron français...) a contribué à une désindustrialisation accélérée. De là découle notamment une baisse tendancielle des gains de productivité et de la croissance potentielle.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et comme le rappelle Vincent Vicard, directeur adjoint du CEPII, dans une entrevue accordée au Monde, les politiques publiques de baisse d'impôts sur la production et de réindustrialisation ont largement échoué à inverser la tendance, car la délocalisation reste un outil très prisé des multinationales françaises... À trop lorgner du côté de la compétitivité prix, l'on finit par oublier les autres dimensions de la compétitivité comme la qualité.

 

Or, faut-il rappeler que ce n'est pas en accompagnant la dégradation du tissu industriel d'une dégradation des conditions de travail que l'on inversera cette tendance. Et dire qu'il aura fallu attendre Macron, chantre de la flexibilité rebaptisée flexisécurité, pour que la question de la souveraineté économique refasse surface, même si la gestion de la crise de la covid-19 a montré l'incapacité du gouvernement français à ajouter des actes aux paroles ! Et que dire de cette lubie pour les seules start-up, alors que l'essentiel de l'emploi est lié aux industries plus traditionnelles, qu'il faudrait accompagner dans leur transition écologique (entre autres).

 

Bref, année après année, les dirigeants politiques déplorent le déficit commercial sans en analyser les causes dont ils sont souvent en partie responsables... et surtout sans se donner les moyens d'y répondre !

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