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1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 13:15

 

 

Le 24 février 2022 restera indubitablement dans l'histoire comme le jour où la guerre a réapparu en Europe avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Depuis, les États du monde entier prennent des sanctions économiques et politiques contre la Russie. En particulier, il a été décidé, après moult débats, d'exclure de nombreuses banques russes du système SWIFT, décision que d'aucuns à l'instar de Bruno Le Maire qualifient "d'arme nucléaire financière" contre la Russie. Dans ce billet, nous allons donc chercher à comprendre ce qu'est SWIFT et quelles sont les conséquences possibles d'une telle suspension.

 

Qu'est-ce SWIFT ?

 

SWIFT est l'acronyme de Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, une société coopérative de droit belge créée en 1973 par les banques pour les banques. Il s'agit en fait d'un immense réseau qui interconnecte les institutions bancaires dans le monde, afin qu'elles puissent envoyer de manière rapide et sûre des messages liés à leurs paiements internationaux. En d'autres termes, SWIFT est la version électronique et automatisée du télex d'antan, ce qui facilite grandement les choses lorsque l'on sait que près de 11 000 banques membres dans plus de 200 pays s'échangent en moyenne tous les jours 42 millions de messages de paiement :

 

[ Source : SWIFT ]

 

SWIFT n'est donc pas un système de paiement comme TARGET 2 en Europe, mais un système de messagerie des ordres de paiement, c'est-à-dire un maillon de la chaîne de règlement des transactions internationales.

 

Exemple d'utilisation de SWIFT

 

Afin de vous permettre de bien comprendre le rôle de SWIFT, imaginons une entreprise française qui achète pour 1 million d'euros de matériel en Russie. Cette importation va donner lieu à un paiement entre la banque française (débit du compte client français de 1 million d'euros) et la banque russe (crédit de l'entreprise russe du même montant). SWIFT va alors servir à transmettre un ordre de paiement irrévocable de la banque française à la banque russe :

 

 

Une fois le message SWIFT transmis, les banques doivent trouver le moyen d'exécuter le règlement proprement dit, en faisant appel à un système de règlement comme TARGET 2 ou très souvent au système des banques correspondantes, qui dans notre exemple consiste pour la banque française qui effectue un paiement en roubles pour son client à détenir un compte dans une banque russe, cette dernière effectuant le règlement.

 

La suspension des banques russes de SWIFT

 

Le 27 février 2022, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont décidé de suspendre un certain nombre de banques russes du réseau SWIFT, ce qu'a officialisé Ursula von der Leyen :

Si vous n'êtes pas à l'aise avec l'anglais made in Europe (alors que le français est censé être une langue officielle de travail au sein des institutions européennes...), voilà le point important à retenir de cette allocution : "Cette action empêchera les banques d'effectuer la plupart de leurs transactions financières mondiales et, par conséquent, les exportations et importations russes seront bloquées".

 

Cette décision, ardemment souhaitée par Emmanuel Macron, a donné lieu à des palabres nombreuses entre les dirigeants européens, les Allemands craignant visiblement les conséquences d'un tel acte pour leur économie si dépendante du gaz russe...

 

Quelles conséquences après la suspension ?

 

Venons-en à présent aux conséquences de cette décision, dont l'Iran et la Corée du Nord ont déjà fait les frais par le passé. Au vu des explications fournies ci-dessus sur le fonctionnement de SWIFT, le lecteur aura compris que les transactions internationales de la Russie vont devenir passablement compliquées à court terme. Les banques et entreprises russes devront donc soit payer leurs transactions internationales en cash, soit s'appuyer sur une banque étrangère qui accepterait d'exécuter le paiement.

 

Le maître du Kremlin laisse entendre qu'il pourrait aussi s'appuyer sur son système alternatif de messagerie sécurisée, le Système de transfert de messages financiers (SPFS), bien qu'il ne compte guère que quelques institutions bancaires en son sein. Dans ce dernier cas, les entreprises russes chercheront à passer par une banque membre du SPFS, pour qu'elle transmette par exemple l'ordre de paiement via SWIFT. Bref, un processus bien plus compliqué et plus cher, dans la mesure où il multiplie le nombre d'intermédiaires. À moins que la Chine ne vienne à la rescousse de son allié russe, en accélérant l'intégration du SPFS au CIPS (China International Payments System), ce dernier étant connecté à SWIFT...

 

Curieusement, tous les regards sont tournés vers les conséquences sur l'économie russe, d'autant qu'il a été annoncé la paralysie des actifs de la Banque centrale du pays. Mais quid du paiement des importations de gaz, surtout dans des pays où la dépendance au gaz russe dépasse 50 % (Allemagne, Pologne...) et même 75 % (Roumanie, Bulgarie, Autriche...) ? Voilà pourquoi les hésitations allemandes ont conduit à ne pas déconnecter certaines banques russes liées aux contrats énergétiques comme Gazprombank... Et les entreprises qui font traditionnellement du commerce avec la Russie vont évidemment déguster la même soupe à la grimace, même si les chefs d'État européens ne cessent de répéter en chœur que la Russie n’est pas un partenaire important sur le plan économique.

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

En définitive, nous entrons dans une période de grande incertitude économique et politique, qui laisse craindre une escalade de part et d'autre. Quid des moyens pour faire ensuite redescendre la vapeur ?

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