Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les mécanismes de l'économie 2

50 idées reçues déchiffrées

Mieux comprendre l'économie

Économie BTS

100% BTS

Les grands débats économiques

Les grands débats économiques actuels

La grande saignée économique

grande-saignee-economique couv

Comprendre la dette

dette2

Dictionnaire révolté d'économie

Les mécanismes de l'économie

Gds Mecas eco

Le capitalisme en clair

Les marchés financiers en clair

Concours commun IEP 2017

Concours commun IEP 2016

Concours commun IEP 2015

Mondialisation-IEP.jpg

Concours commun IEP 2014

Travail et culture

Concours commun IEP 2011

63548

Concours commun IEP 2010

iep

Recherche

26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 11:23

 

66927638.jpg 

Ce qu'il y a de bien avec l'économie, c'est que même en expliquant un grand nombre de fois un mécanisme économique, il se trouve toujours un politique pour affirmer qu'une idée saugrenue est une idée lumineuse... Je fais référence à la déclaration du ministre de l'économie, Pierre Moscovici, qui a assuré que les prix des carburants allaient baisser la semaine prochaine.

 

C'est en effet un classique, dès que les prix des carburants sont en hausse, apparaissent les propositions populistes - j'expliquerai ci-dessous en quoi elles sont populistes - consistant soit à réduire les taxes sur l’essence ou à ressusciter la TIPP flottante (appelée depuis 2010 taxe intérieure sur la consommation des produits énergétiques, TICPE), soit à bloquer les prix des carburants :

 

 

Aux États-Unis, le président Obama réfléchit à l'idée de puiser dans les réserves stratégiques pour faire baisser les prix...

 

Une seule certitude : les prix des carburants ont bien évolué à la hausse pour atteindre des niveaux très élevés, comme en témoignent les chiffres publiés par la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) à partir des données fournies par les stations-service, et que l'on peut retrouver sur le site suivant :

 

prix-carburants-aout-2012.png

 

[ Source : http://www.prix-carburants.gouv.fr ]

 

Certaines stations services n'hésitent pas du reste à se payer sur le gras le dos du consommateur :

 

2-05-euros.jpg

A ce stade, il faut rappeler comment se forme le prix du litre d'essence. En France, au prix HTT (hors toutes taxes) de l'essence est ajouté une Taxe Intérieure sur la Consommation de Produits Énergétiques (TICPE, ex-TIPP) perçue sur les volumes vendus, ainsi qu'une TVA appliquée sur le prix TICPE comprise. On obtient alors le prix TTC de l'essence :

 

Prix-carburants-f.png

 

[ Source :  Le Figaro ]

 

Mais comment se forme le prix HTT de l'essence ? Celui-ci dépend essentiellement du cours du baril de pétrole et de la marge des transporteurs, distributeurs et raffineurs. Mais cette dernière, même si elle est en hausse, ne suffit pas à expliquer la hausse des prix actuels des carburants. On en déduit donc que les hausses actuelles TTC que nous connaissons, sont essentiellement liées au cours du baril de pétrole et au taux de change euro/dollar. Pour le dire autrement, le cours du baril est élevé en raison notamment des tensions géopolitiques en Iran et de la baisse de l'euro par rapport au dollar qui renchérit les importations en dollar comme le pétrole.

 

Pour l'essentiel donc, le prix de l'essence dépend de paramètres sur lesquels l'État n'a que peu d'emprise. Cela n'empêche pas la multiplication des déclarations populistes,  les uns accusant l'État de s'enrichir sur le dos du consommateur quand les prix du pétrole augmentent (partiellement faux puisque la TICPE étant perçue sur les volumes, une forte hausse du prix de l'essence réduira la consommation de carburants, donc les recettes de TICPE), les autres appelant au boycott des stations services (comment réussir cela dans un monde dépendant au pétrole et face à un énorme monopôle ?).

 

Or, le principe de l’incidence fiscale permet de montrer que, sous couvert d’aider les consommateurs, ces baisses de taxes seront captées par les producteurs de pétrole et ne profiteront que très peu aux consommateurs. Une preuve éclatante en avait été donnée avec l'échec de la TIPP flottante mise en place par Lionel Jospin en 2000 : le prix du litre d'essence n'avait baissé que de 1 centime mais la mesure avait coûté 2 milliards d'euros au budget de l'État, selon le rapport du député PS Launay !

 

Si le gouvernement baisse dans les prochains jours la TICPE, qui a rapporté 25 milliards d'euros en 2011, le manque à gagner pour le budget de l'État sera conséquent par ces temps de disette. Certains chiffrages indiquent ainsi qu'une baisse des taxes de 10 centimes par litre durant trois mois coûterait... 1,25 milliard d'euros ! Ce nouveau déficit devra dès lors être financé par de l'endettement et/ou d'autres hausses d'impôts, même si l'État souhaite par ailleurs mettre les pétroliers et distributeurs à contribution. 

 

J'avais exposé ce principe de l'incidence fiscale dans une petite vidéo, réalisée lorsque la Maison Blanche envisageait de réduire les taxes sur les carburants durant l'été 2008. Dans le cadre d'un modèle simple (vers la 5e minutes de la vidéo), j'explique pourquoi il n'y a pas grand chose à attendre d'une telle mesure...

 

 

N.B : l'image de ce billet provient du site forum-auto

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Apicelleria 29/08/2012 13:01

Cher Monsieur Didier,

je vous remercie de votre réponse et de sa courtoisie mais elle ne dit rien des 2 biais d'analyse que j'ai soulevés :
1- l'illusion trompeuse de la concurrence pure et parfaite
2- l'amalgame des parties prenantes de la production qui ignore les producteurs-extracteurs et les raffineurs-distributeurs.

Il ne s'agit pas là de réalités historiques mais d'analyse économique.

Bien à vous

http://apicelleria.overblog.com

Jean-Michel 29/08/2012 08:22

Une remarque simplement: on parle de perte fiscale pour l'Etat du fait de la baisse de TIPP.
En fait je suppose que dans le budget, l'Etat envisage un prix moyen du pétrole pour calculer ce que lui rapportera la TIPP sur l'exercice budgétaire.
Si le pétrole se vend plus cher, la TIPP qui est un pourcentage, rapporte donc plus. C'est un bonus pour l'Etat car non prévu.
Si l'Etat décide d'en faire cadeau au consommateur, ce n'est pas une vraie ponction sur ses recettes, en tout cas pas sur celles qui étaient prévues.

Alors c'est sûr qu'en ces temps de disette toute rentrée inespérée est la bienvenue et peut permettre d'alléger les finances publiques mais après tout pourquoi ne pas en faire profiter le
contribuable?

En théorie les dépenses prévues sont équilibrées par les recettes prévues, non?

Raphaël DIDIER 29/08/2012 12:18



En fait, la TIPP est perçue au moment où les produits sortent des raffineries pour être distribués et elle est assise sur leur masse ou leur volume. Elle est
donc calculée non pas en pourcentage mais par litre ou m3.


Ainsi, si le pétrole se vend plus cher, la TIPP ne rapporte pas plus. C'est souvent même le contraire, puisqu'un prix plus élevé entraîne une baisse de la
consommation et donc des recettes de TIPP assises sur ce volume.



Apicelleria 28/08/2012 23:37

Cher Monsieur Didier,

votre démonstration de l'incidence fiscale sur les courbes élastiques du marché de l'offre et de la demande pétrolière est rondement menée sous l'égide d'un postulat que vous nous annoncez d'entrée
: celui de la concurrence parfaite ou quasi-parfaite, pour les besoins de la démonstration nous dites vous.

C'est justement ce postulat qui pose problème car ce que vous nous démontrez ensuite c'est justement qu'il n'y a aucune concurrence sur ce marché, pire que l'offre fait le prix de marché,
s'imposant au consommateur (directement sous forme de prix et indirectement sous forme d'impôt).

C'est cette fiction du modèle de concurrence parfaite qui piège 2 des 3 parties prenantes de ce marché.
D'autant qu'on occulte comme vous le faites ici le fait que le marché en question n'est pas celui du BRENT mais du PETROLE RAFFINE. Il n'y a donc pas 3 parties prenantes mais 4 parties prenantes
selon qu'on considère les compagnies pétrolières dans leur rôle d'extracteurs ou dans leur rôle de raffineur ( eh oui, il faut bien simplifier pour le peuple ignorant ...) ...

Evitons donc ces petits raccourcis qui font consensus entre experts et remettons donc les choses dans l'ordre : le prix ne se forme pas sur ce marché mais s'impose ... non du fait du pouvoir de
négociation des producteurs (extracteurs ou raffineurs) mais du seul fait des volumes consommés.

Puisque le curseur est du côté du consommateur, c'est donc qu'il y a peut-être quelque chose à tenter ...

Une altenative s'impose donc aux pouvoirs publics :
- ou ils contingentent la consommation pour maintenir un niveau de prix et un niveau de collecte fiscale soutenables et ils commencent à imprimer les tickets de rationnement,
- ou ils s'imposent comme acheteur unique du pétrole raffiné sur le marché domestique, sorte de centrale d'achat nationalisée qui redistribue ensuite à un prix encadré à des distributeurs privés
qui ne pourront en aucun cas être (ou être filiale) de ces grands groupes extracteurs et raffineurs qui ont leurs intérêts du côté producteur.

L'Etat deviendra le négociateur à l'entrée de son marché du prix HT des produits raffinés sur lequel il prendra sa marge fixe de grossiste ( équivalente maitrisée de la TICPE) et il prélèvera
simplement sa TVA sur le prix HT à la pompe du distributeur.

Et quel meilleur négociateur que cette super centrale d'achat que sera devenu l'Etat sans pour autant nuire à la liberté du commerce à l'intérieur des frontières ? Il centralisera les consommations
du pays dans son entier. La courbe de l'offre devrait retrouver un peu de son élasticité, il me semble ...

Voilà, cher Monsieur, comment on peut remettre chacun à sa place, faire baisser le prix du pétrole, augmenter les revenus de l'Etat et clarifier ce monde opaque de l'Or Noir en séparant les hommes
du Brut de ceux de la distribution de carburant ?

Un peu comme Monsieur Cyclopède, étonnant, non ?


Bien à vous

PS : un conseil, fuyez les consensus d'a-priori, ils empêchent de penser ...

Raphaël DIDIER 29/08/2012 11:21



"PS : un conseil, fuyez les consensus d'a-priori, ils empêchent de penser..." : certes, mais il existe des réalités économiques validées par l'histoire...
Après on peut proposer des changements, et c'est très bien, mais en l'état actuelle des choses mon billet expliquait ce qui risquait fort de se passer.



Archives