Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les mécanismes de l'économie 2

50 idées reçues déchiffrées

Mieux comprendre l'économie

Économie BTS

100% BTS

Les grands débats économiques

Les grands débats économiques actuels

La grande saignée économique

grande-saignee-economique couv

Comprendre la dette

dette2

Dictionnaire révolté d'économie

Les mécanismes de l'économie

Gds Mecas eco

Le capitalisme en clair

Les marchés financiers en clair

Concours commun IEP 2017

Concours commun IEP 2016

Concours commun IEP 2015

Mondialisation-IEP.jpg

Concours commun IEP 2014

Travail et culture

Concours commun IEP 2011

63548

Concours commun IEP 2010

iep

Recherche

26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 13:14

Distributeur.jpg

 

 Chypre acte I : le pays est tombé en panne suite à la crise de 2007 et au hair cut en Grèce, essentiellement parce que sa finance et ses banques s'étaient développées de manière effrayantes, le système bancaire national représentant désormais plus de 700 % du PIB de l'île ! Résultat : le gouvernement chypriote a dû se résigner à demander l'aide de la tristement célèbre Troïka (FMI, UE, BCE), qui a débouché sur un plan d'aide de seulement 10 milliards d'euros sur les 17 demandés et sur l'instauration d'une taxe exceptionnelle sur tous les dépôts bancaires dont on attend 5,8 milliards d'euros...

 

Chypre acte II : avec une idée aussi géniale que de taxer les dépôts bancaires, tabou ultime au sein de la zone euro, la crise bancaire a mué en une crise économique, sociale et sous peu politique. En effet :

 

 * la Banque centrale européenne (BCE) exerce un véritable chantage sur le gouvernement chypriote, conditionnant ses liquidités d'urgence aux banques chypriotes - appelées LEA - à la mise en oeuvre d'un accord avec la Troïka. Voir le communiqué de la BCE à ce sujet.

 

 * le gouvernement chypriote cherche tous les moyens pour éviter cette taxation des dépôts, quitte à inventer un hypothétique fonds qui prendrait appui sur les fonds de pension et sur les revenus futurs de l'exploitation du gaz pour émettre des obligations garanties.

 

 * les Chypriotes font désormais face à une fermeture prolongée des banques pour éviter une fuite des capitaux aux effets dévastateurs. Bien entendu, dans pareil contexte, les commerçants n'acceptent que les paiements en liquide, que l'on ne peut obtenir qu'aux seuls distributeurs automatiques. Or, depuis dimanche 24 mars, la banque centrale de Chypre a imposé un plafond de 100 euros par jour pour les retraits bancaires, ce qui complique encore plus la vie des Chypriotes et rappelle que les moyens de paiement sont un bien commun. Au fait, comment fait la personne qui n'a pas de carte de retrait ?

 

 

Hier matin, la Troïka annonçait avoir trouvé un accord avec le gouvernement chypriote, qui prévoit de fermer la Popular Bank of Cyprus, avec visiblement la création d'une structure de défaisance (appelée bad bank dans le jargon), et de transférer les dépôts de moins de 100 000 euros ainsi que les dettes de cette banque envers la BCE à l'autre grande banque, la Bank of Cyprus.

 

Les dépôts supérieurs à 100 000 euros seraient quant à eux très lourdement taxés - on évoque plus de 30 % - afin de dégager entre 4 et 5 milliards d'euros pour compléter le plan de sauvetage de 10 milliards d'euros (essentiellement porté par le MES et le FMI dans des proportions inconnues pour l'instant), dont on ne cesse de rappeler qu'il est insuffisant pour faire face à toutes les obligations de Chypre.

 

Rien d'étonnant donc à ce que Chypre repousse encore de quelques jours la réouverture de ses banques, d'autant que Bank of Cyprus et Laiki Bank représentent 80 % des avoirs bancaires du pays. Heureusement qu'aucun autre pays de la zone euro n'a de système bancaire aussi surdimensionné...

 

Nous aurons tout de même eu droit à un moment d'anthologie au sein de la zone euro, lorsque Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, a montré son sens développé de la démocratie en expliquant que cet accord n'avait pas besoin d'être approuvé par le parlement de Chypre... mais qu'il devait l'être par les Parlements des pays de la zone euro, dont l'Allemagne ! A défaut de démocratie participative, vive la démocratie contemplative !

 

Quant à Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, on se demande encore quelle mouche l'a piqué pour qu'il déclare que le modèle de résolution de la crise chypriote pourrait être appliqué à d'autres pays. Depuis, il a rétropédalé à grand renfort de communiqués de presse qui affirment que Chypre est un cas spécifique. Pourtant, si je ne m'abuse, le sauvetage du soldat grec fut en son temps présenté comme la réponse à un cas exceptionnel, à l'instar de l'aide apportée au tigre celtique ou aux banques espagnoles plus récemment...

 

Cela envoie un signal très négatif à l'ensemble de la zone euro : la zone euro n'est plus unifiée par la monnaie unique, car un euro déposé sur une banque chypriote ne vaut plus la même chose qu'un euro déposé en France ou en Allemagne par exemple. Le mal est donc fait et certains chercheront dès lors à fuir avec leurs capitaux. C'est pourquoi l'accord prévoit un contrôle des mouvements de capitaux. Il me semblait pourtant que le libéralisme économique détestait ce genre de restrictions ? En complément à ces mesures purement bancaires, l'impôt sur les sociétés passera de 10 à 12,5 %. 

 

De mon côté, suite aux intempéries, ma conférence-débat intitulée "les banques servent-elles uniquement à perdre de l'argent ?" a été reportée au jeudi 28 mars à 19h. Ce sera l'occasion pour moi de présenter le rôle joué par les banques dans le financement de l'économie, et d'examiner la loi bancaire française qui devait scinder les banques en deux. Bien entendu, nous parlerons aussi de la crise bancaire à Chypre où, pour la première fois de l'histoire européenne, il a été évoqué la possibilité de taxer les dépôts en euros des particuliers !


Affiche-banques-2013-copie-1.jpg

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance particulière. Renseignements et inscription auprès de l'UPT de Forbach.

 

Cette semaine, j'ai profité de mon passage sur Mirabelle TV pour évoquer les moyens de paiements bancaires. C'est à voir  dans le Grand rendez-vous du lundi à partir de la 18e minute environ :

 

Mirabelle-25-mars-2013.jpg

 

[ Cliquer sur la photo pour lancer la vidéo ]


Partager cet article

Repost 0

commentaires

thomas 27/03/2013 20:10

Bonjour Raphael.

Merci pour votre réponse.

Je suis votre blog avec grande attention et j'y trouve des informations d'une grande qualité.

Je ne suis pas toujours en accord avec vos analyses et ce petit pessimisme cynique, souvent très humoristique dont vous usez.

Vous avez raison quand à l'effet psychologique sur la taxation des comptes bancaires. Mais bon. Un peu d'honnêteté. Ce sont des comptes de mafieux ou fraudeurs au fisc. Vous êtes bien d'accord que
le message adressé par l'Europe est celui d'un renforcement de son pouvoir et clairement une menace pour tous les paradis fiscaux... Je considère qu'il s'agit d'une avancée politique formidable et
un message à tous les Européens ; vous n'êtes pas les seuls à payer ! Les bandits aussi payent leur part au redressement de l'Europe. On ne peut que saluer. Je n'ai pas vu dans vos lignes une
tendance au souverainisme. Il ne s'agit que d'un petit pas mais l'Europe est faite de petits pas.
Il faut rester optimiste.

Bien à vous et au plaisir de vous lire de nouveau
Thomas.

Raphaël DIDIER 28/03/2013 11:25



Merci et à très bientôt Thomas.



thomas 26/03/2013 19:17

Il est vrai que l'on entend de tout en ce moment sur la taxe exceptionnelle sur les comptes bancaires décidée par l'union européenne

Mais que les Chypriotes se rassurent quand à leur compte bancaire. En effet la loi Européenne garantit tous les dépôts bancaires jusqu'à 100.000€. Il est donc absolument impossible de prélever
quoique ce soit sur les comptes des "Chypriotes normaux".


En revanche, Chypre est un paradis fiscal en Europe qui héberge 50% de divers capitaux en provenance de Russie ou Caucasienne fortement suspectés d'être liés au grand banditisme ou diverse
corruptions. La majorité du reste liées à d'autres pays de l'union Européenne et sont fortement suspectés d'être liée à la fraude fiscale.

L'Europe toute entière n'accepte pas les mafieux, la corruption, et les fraudeurs à tel point qu'ils doivent aller cacher leurs avoirs jusqu'en Chypre! (ou ailleurs aussi)
Cela crée des manques à gagner en Chypre aussi bien que dans d'autres pays Européens, pour les administrations publiques et les banques qui soutiennent l'économie qui sont ensemble, à leur niveau,
chargées de développer les infrastructures économiques et sociales locales.

Bref. Je suis POUR cette mesure exceptionnelle sur lés dépôts supérieurs à 100.000€, qui est une mesure adaptée et ciblée.

Car le faible reste, prélevé aux citoyens Chypriotes eux mêmes est concentré dans une frange de la population inférieure à 5% sur un total de 1,1 million seulement de chypriotes . L'Europe en
partenariat avec les banques, apportent plus de 10 milliards d'Euros! En échange de 5, voir 6 Mrd, récupérés sur une grande majorité de capitaux douteux.
Les Administrations chypriotes et les banques chypriotes, qui on finit par dépendre de ces capitaux pour le moins douteux, seront remis à flot et pourront de nouveau financer les infrastructures
sociales et économiques nécessaire au développement de l'Ile de Chypre
Je trouve que l'effort demandé aux catégories sociales aisées en Chypre est inférieur, à la fois en valeur et en volume, aux différentes politiques d'austérité en œuvre dans d'autres pays
Européens. Avec certainement plus d'efficacité. Là encore, l'Europe n'est pas le problème mais la solution.

Raphaël DIDIER 27/03/2013 11:15



Cher Thomas,


Votre distinction entre "Chypriotes normaux" et les autres me laisse perplexe. En effet, ce n'est pas tant le seuil qui compte, mais l'effet psychologique d'une
telle annonce. Le système bancaire européen reposait sur le principe que les dépôts bancaires ne pouvaient être ni confisqués ni taxés. Faire tomber ce tabou c'est prendre le risque d'une
contagion, crainte sérieuse puisque chaque dirigeant politique s'est depuis fendu d'un communiqué de presse pour tenter de rassurer son peuple à ce propos.


Et lorsque vous écrivez que "l'Europe en partenariat avec les banques, apportent plus de 10 milliards d'euros", vous omettez de dire que la contrepartie sera une
austérité du même type que celle qui vient de couler l'Espagne, la Grèce et le Portugal. De sorte qu'en fin de compte, une crise bancaire va de nouveau muer en crise économique et sociale avant
de devenir une crise politique. Même la gardienne du temple européen, la Commission européenne, admet que l'austérité a aggravé la crise sociale :
http://www.rtbf.be/info/economie/detail_la-commission-l-admet-l-austerite-a-aggrave-la-crise-sociale?id=7956184.


Il est donc inexact de déclarer que "l'effort demandé est inférieur aux différentes politiques d'austérité en oeuvre dans d'autres pays européens".



Archives