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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 11:26

 

keynes.png

 

Le propre du néolibéralisme est de faire croire qu'un raisonnement apparemment simple et compréhensible par tous constitue une prescription pour résoudre tous les problèmes de l'économie. La plus célèbre de ces prescriptions est sans conteste celle concernant le marché du travail : dans la perspective néoclassique, reprise par les néolibéraux, le chômage ne peut résulter que d'une insuffisante flexibilité du marché du travail. Dit autrement, le chômage ne peut provenir que de mécanismes qui entravent la baisse du salaire jusqu'à son niveau d'équilibre, pour lequel les offreurs (les salariés) et les demandeurs (les entreprises) y trouvent leur intérêt.

 

Les néolibéraux en déduisent donc actuellement que la lutte contre le chômage passe nécessairement par une baisse du salaire, qui n'est possible que si l'on abandonne toute référence à un salaire minimum, ce dernier étant accusé d'empêcher les mécanismes de marché de réduire le salaire à son niveau d'équilibre. Si leur victoire politique n'est plus à démontrer depuis 1980, les néolibéraux et autres faucons associés ont de plus en plus de mal à justifier leur idéologie en économie (cliquer sur le graphique pour l'agrandir) :

 

chomage-2012.jpg

 

[ Source : Eurostat ]

 

Il ressort de ce graphique que, dans l'Union européenne à 27, le taux de chômage s’est élevé à 10,1 % en janvier 2012, contre 9,5 % en janvier 2011... avec des records enregistrés en Espagne (20,6 % à 23,3 % en 1 an), en Grèce (14,1 % à 19,9 % entre novembre 2010 et novembre 2011), ainsi qu'en Irlande et au Portugal (14,8 % chacun).

 

Ne serait-ce pas justement les pays à qui la troïka a prescrit des plans d'austérité censés sauver leur économie de la "faillite" ?

 

En ces temps de crise où les idées se brouillent et sont souvent récupérées pour créer de l'idéologie, le comble est que beaucoup de ces institutions font désormais référence à Keynes et à sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (publiée en 1936) pour justifier l'injustifiable ! Or, Keynes n'a-t-il pas déclaré que le fonctionnement du marché du travail, tel que le voient les néoclassiques, est une analyse "supposée simple et évidente qui a été fondée, pratiquement sans discussions, sur deux postulats fondamentaux" ? Il va même plus loin en écrivant "il se peut que la théorie classique décrive la manière dont nous aimerions que notre économie se comportât. Mais supposer qu'elle se comporte réellement ainsi, c'est supposer que toutes les difficultés sont résolues".

 

Le génie de Keynes consista précisément à revenir sur ces fausses évidences. Tout d'abord, il insista sur le fait que l'analyse néoclassique du marché du travail repose en fait sur un raisonnement en équilibre partiel, qui néglige les éventuelles interactions entre les marchés : il concède ainsi que, si une entreprise baisse les salaires, elle pourra dès lors réduire les prix de vente de ses produits et accroître ainsi sa part de marché et au final embaucher des salariés supplémentaires. Mais l'erreur des néoclassiques est d'oublier que, si ce comportement devait se généraliser à toutes les entreprises, il deviendrait impossible de raisonner comme si toutes les autres variables restaient identiques : une baisse des salaires dans toutes les entreprises réduirait alors inévitablement les débouchés et conduirait très certainement à l'aggravation de la situation économique.

 

N'est-ce pas exactement ce que l'on constate aujourd'hui dans les pays où l'austérité dans les dépenses publiques est conjuguée à des coupes claires dans les salaires ?

 

Keynes prévoit également le cas où un seul pays pratiquerait cette politique de baisse générale des salaires, dans le but d'accroître sa part du marché mondial. Il rappelle à nouveau qu'il s'agit-là d'un raisonnement en équilibre partiel, puisqu'il néglige les probables réactions des autres pays qui finiront tôt ou tard par pratiquer la même politique. Et Keynes de conclure que si tous les pays mettent en placent de telles politiques de réduction des salaires, alors il s'ensuivrait une internationalisation de la récession.

 

N'est-ce pas exactement la politique suivie par l'Allemagne qui demande, au travers du nouveau traité budgétaire, que tous les États s'astreignent à une austérité généralisée, alors qu'elle pratique une politique de déflation salariale interdite par les traités ?

 

Enfin, Keynes réfute l'idée même qu'il existerait un marché du travail comme le présente les néoclassiques, c'est-à-dire avec une demande de travail des entreprises qui augmente lorsque le salaire réel diminue (fonction décroissante), et une offre de travail des salariés qui augmente lorsque le salaire réel augmente (fonction croissante). Pour lui, même s'il admet qu'à l'équilibre le salaire égale le produit marginal du travail, la demande de travail ne résulte pas d'un mécanisme aussi simple que celui décrit par les néoclassiques, en particulier parce que les salariés et les patrons ne sont pas des agents économiques libres et égaux. Cela revient en fait à dire que Keynes avait bien perçu que sur le marché du travail les salariés étaient loin d'être en position de force dans les négociations, et qu'il fallait tenir compte de ce système hiérarchisé pour analyser le marché du travail.

 

Du côté de l'offre de travail, Keynes réfute l'idée qu'elle augmenterait avec le salaire réelle. Sa principale explication tient au fait que salariés et patrons s'engagent sur la base du salaire nominal, car l'inflation n'est pas connue au moment de la signature (la notion d'inflation est-elle au reste comprise par la majorité des salariés et des patrons ?). Par ailleurs, il confronte la théorie néoclassique à ses propres contradictions, puisque si cette théorie était valide, les salariés devraient réduire leur offre de travail lorsque les prix à la consommation (= inflation) augmentent, leur salaire réel (=salaire nominal - inflation) diminuant. Or ce n'est pas le cas... Selon Keynes, le niveau de l'emploi serait lié à celui de la production, qui dépend de la demande effective. Cette dernière, qui correspond au final à la demande solvable, dépend elle-même des dépenses de consommation et des dépenses d'investissement.

 

La conclusion de Keynes est donc sans appel et mériterait d'être méditer longuement par les institutions qui imposent l'austérité généralisée dans le monde : si le marché du travail ne fonctionne pas comme le présentent les néoclassiques, alors il est illusoire d'espérer le plein-emploi en flexibilisant encore plus le marché du travail ! Pire, la diminution généralisée des salaires exerce un effet dépressif sur la demande et donc sur l'activité des entreprises, ce qui débouche sur une chute du niveau de l'emploi !

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