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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 14:06

 

democratie-finance.jpg

 

Passé le choc du 1er tour de l'élection présidentielle qui a secoué quelques certitudes chez nos politiques, voilà que les Cassandre annoncent une attaque spéculative sur la France. Le Cassandre en chef de la finance, le très médiatique Marc Fiorentino, affirmait déjà il y a quelques semaines dans la Tribune que "le 7 Mai la France sera attaquée. Et mise à genoux. Dans la City et dans les plus grands hedge funds américains, c'est la veillée d'armes. On se prépare".

 

Son argumentation ? La Finance chercherait à se venger de François Hollande (si d'aventures il était élu Président de la République) pour avoir osé la défier en déclarant lors d'un meeting qu'elle était sa "seule ennemie". Les hedge funds tapis dans l'ombre de la City s'empresseraient alors de vendre à découvert les titres de la dette française, ce qui ferait exploser les taux d'intérêt de la dette française et plongerait la France dans le chaos ! Et le clou du spectacle serait de voir François Hollande obligé de demander pardon aux marchés financiers (= rassurer les marchés financiers) et à Angela Merkel, en promettant à cette dernière de ne pas renégocier le traité budgétaire européen.

 

Ce genre de propos, par delà l'incongruité de les publier pendant une campagne électorale, est la preuve parfaite que l'économie prime malheureusement désormais sur toutes considérations politiques. En effet, en démocratie on se rend aux urnes pour un projet politique de vie en société et non pour atteindre des objectifs économiques qui seraient éventuellement mieux tenus par tel ou tel candidat. C'est au reste ce qui conduit à l'affaiblissement démocratique dans de nombreux États, les citoyens ne se sentant plus représentés par les candidats des grands partis traditionnels.

 

Le dernier exemple nous vient des Pays-Bas, où la coalition dirigée par le libéral Mark Rutte a chuté en raison de la défection de l'extrême-droite qui refusait de s'engager plus avant encore dans l'austérité économique ! Le pire est que le ministre néerlandais des finances veut coûte que coûte mettre en place ce plan d'austérité d'environ 14 à 18 milliards d'euros : âge de la retraite à 66 ans, gel du salaire des fonctionnaires, gel des prestations sociales, hausse du taux de TVA, baisse des dépenses de santé, etc. Peut-être le gouvernement néerlandais est-il adepte du slogan économico-politico-inepto-riendutout énoncé par l'économiste Arnoud Boot, qui déclarait dans le quotidien De Volkskrant : "bloed is goed, pijn is fijn" (le sang, c'est bon ; la douleur, c'est bien).

 

Le cas des Pays-Bas démontre au fond l'ineptie de cette vision de la politique réduite à faire uniquement de la rigueur économique. En effet, si le gouvernement néerlandais n'arrive pas à respecter son plan de réduction du déficit public, la Commission européenne pourrait infliger au pays une amende de 1,2 milliard d'euros... Or, qui se souvient encore que les Pays-Bas furent les premiers à s'associer à la vision allemande de l'austérité généralisée en Europe, avec le souhait d'un renforcement des sanctions automatiques ? Tout ceci rappelle l'histoire de l'arroseur arrosé... mais au détriment du peuple !

 

Ces considérations économiques vont d'ailleurs de paire avec la détestable manie de chiffrer systématiquement les propositions des candidats à l'élection présidentielle. Pourtant, Jean-Paul Fitoussi, alors président de l'OFCE en 2007, avait publié un manifeste où il expliquait que cela revenait à identifier un projet politique à sa valeur budgétaire, alors même "qu'une telle perspective est non seulement trompeuse, mais contraire aux exigences minimales de la déontologie économique"... 

 

C'est malheureusement ce dogmatisme économique de l'austérité qui conduit au délitement des structures économiques, puisque les citoyens (français, européens, ou autres) s'estimant abandonnés par leurs dirigeants politiques, en viennent à se réfugier dans l'extrémisme... Les citoyens ne doivent donc pas craindre la finance, et encore moins lui demander pardon d'un quelconque crime de lèse-majesté, mais la subordonner aux décisions politiques afin qu'elle revienne au service du développement de l'économie ! Mais pour cela, il faut des dirigeants politiques capables de s'opposer à la doxa économique officielle et porteurs d'un vrai projet pour l'Europe... et le pays !

 

L'enjeu étant si grand, un réveil salutaire pourra-t-il avoir lieu après une campagne du premier tour d'une médiocrité affligeante ?


 

N.B : l'image de ce billet provient du site info-resistance.org


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commentaires

Patrick AULNAS 03/05/2012 16:32

Juste deux remarques. Si vous vous imaginez que nous pourrons renouer avec des taux de croissance supérieurs au taux d’intérêt, vous vous faites d’énormes illusions. L’un des fondements doctrinaux
du capitalisme est le prêt à intérêt. Si le taux d’intérêt nominal est très faible et conduit à un taux réel négatif (du fait de l’inflation), il n’y a plus d’incitation à l’investissement. Cas
particulier historique : les trente glorieuses avec taux de croissance très élevé, taux d’inflation élevé et taux d’intérêt bas. Nous ne retrouverons pas cela, c’est une certitude.
L’article de Fitoussi, que je viens de lire, part de l’idée préconçue qu’il convient de laisser le champ libre aux politiques pour configurer le futur : ils décident des orientations économiques
fondamentales puisqu’ils disposent de la légitimité démocratique. Chacun peut constater que, depuis 1974, ils utilisent cette liberté pour conforter leur pouvoir par la démagogie la plus éhontée.
Les dépenses publiques n’ont fait que croître et la dette d’exploser. Il n’existe qu’une solution : les encadrer strictement par des normes financières publiques, qui restent à créer. Les grandes
entreprises doivent respecter les normes IASB, qui ne sont qu’un petit début d’harmonisation internationale permettant au moins de comparer leurs documents comptables. Pourquoi les Etats-nations
auraient-ils le privilège de l’ambigüité sur leur situation financière et en particulier sur leur projets d’investissement ? Je crois qu’il convient de chiffrer au maximum. Et jouer sur le sens du
mot « chiffrer » (basse arithmétique) pour l’opposer à des « évaluations » (nobles) est secondaire. Que le chiffrage, c’est-à-dire l’objectivation quantitative, doive être robuste, nous sommes
d’accord. Mais l’essentiel est de priver les politiques de la liberté de nous leurrer par des promesses de lendemains qui chantent.

Raphaël DIDIER 04/05/2012 11:52



Les illusions ne sont pas celles que l'on imagine...



Patrick AULNAS 01/05/2012 18:30

Votre blog est très intéressant et bien documenté. Mais vous appartenez à une gauche qui ne semble jamais douter de ses certitudes. Le problème de la France et celui de l’ensemble des pays
occidentaux ne réside pas dans une « austérité » ou une « rigueur » qui n’ont jamais été de mise, mais précisément dans une absence de discipline, en particulier budgétaire, qui ne durera pas.
Comme vous le savez, nous nous sommes enlisés dans le surendettement public parce que le secteur public a continué à vivre comme si la croissance était encore celle des 30 glorieuses (5,1% par an
en moyenne pour la France) alors qu’elle tourne depuis 30 ans autour de 2% en moyenne. Deux solutions sont alors concevables : réduire les dépenses publiques (DP) ou augmenter les prélèvements
obligatoires (PO). C’est la deuxième solution qui a été choisie à partir de 1981. Mais il aurait fallu des prélèvements politiquement insoutenables pour compenser la dérive des DP (56% du PIB pour
44% du PIB pour les PO aujourd’hui). Etant de gauche, vous considérez certainement que porter les PO à 55 ou 60% du PIB n’est pas un problème, d’un point de vue politique. Encore pourrait-on se
demander à partir de quel moment on quitte la démocratie lorsque tous le pouvoir économique est détenu pas des instances publiques. La diversité des sources de pouvoir est un gage de
démocratie.
Mais avoir des DP et des PO nettement supérieurs à tous ceux des Etats de la planète et un secteur public beaucoup plus lourd conduit de toute évidence à une perte de compétitivité et à une baisse
du niveau de vie. C’est l’erreur historique qui a été faite en 1981. Mais de gauche ou de droite, tous les gouvernements européens, ont, peu ou prou, suivi le même chemin. Nous sommes donc sur une
pente déclinante lorsque les pays dits émergents sont sur une pente ascendante. Mais cela reste très relatif puisque nous avons toujours une petite croissance économique. La mondialisation, tant
décriée, et si mal comprise, est, à cet égard, un processus d’unification de la communauté humaine et d’uniformisation sur le long terme des niveaux de vie. J’ai toujours l’impression que les gens
de gauche sont focalisés sur le passé récent, c'est-à-dire la miracle des 30 années d’après-guerre où nous disposions d’avantages comparatifs puissants. C’est terminé ! Nous sommes rentrés dans le
rang.
Une dernière remarque concernant Fitoussi dont je ne connais pas le texte évoqué. Tout indicateur chiffré, s’il est objectif, est un élément d’information parmi d’autres. Les conséquences
budgétaires de telle ou telle politique doivent toujours être mises en évidence. Une politique keynésienne, en particulier, n’est possible que si la demande supplémentaire induite restaure les
équilibres. Elle n’est donc pas toujours souhaitable. Où est le non respect de la déontologie économique ?

Raphaël DIDIER 03/05/2012 12:51



Merci pour votre commentaire. Tout d'abord, je ne suis membre d'aucun parti politique, mais à l'instar de nombreux collègues, je considère que l'économie s'est fourvoyée lorsqu'elle a posé comme
postulat que les marchés étaient efficients. Partant de cela, les dirigeants politiques en ont déduit que l'austérité était un programme, comme Herman Van Rompuy, Président de l’Union Européenne,
qui déclarait que "l’austérité est le fondement sur lequel nous devons développer une stratégie complète en faveur de la croissance".


Ainsi, quand vous dites que la rigueur n'a jamais été de mise, vous négligez que toute l'Union européenne s'engage doctrinalement sur cette voie avec le traité budgétaire. La peur d'une grande
dépression a néanmoins provoqué un début de prise de conscience sur l'ineptie de cette politique, puisqu'on parle désormais de relancer la croissance à nouveau qui, si elle est plus forte que le
taux d'intérêt servi sur la dette, réduira cette dernière en pourcentage du PIB.


Vous laissez entendre que les pays émergents sont sur une pente ascendante. Or, leur croissance est loin d'être équilibrée suivant les différentes composantes, la plupart de ces économies étant
encore très dépendantes de l'état de santé des économies développés... d'où un net recul de la croissance des émergents depuis quelques temps. Et je crains fort que la mondialisation ne
débouchera jamais sur une "uniformisation sur le long terme des niveaux de vie", puisqu'elle ne permet même pas une uniformisation à l'intérieur des frontières.


Pour finir, vous déclarez que "tout indicateur chiffré, s'il est objectif, est un élément d'information parmi d'autres". Non ! D'une part parce que, comme vous pouvez le lire en cliquant sur le
lien qui est disponible dans mon billet de blog, Fitoussi rappelle que "le coût ex ante d'une mesure ne nous dit rien quant aux bénéfices nets pour la société dans son ensemble que cette mesure
produirait après sa mise en oeuvre". D'autre part, on sait que dès lors qu'un indicateur économique ou social devient un objectif de politique, et c'est le cas lorsqu'on chiffre des programmes,
il perd tout contenu en information qui le rendait potentiellement utile (loi de Goodhart).



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