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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 12:19

 

greenwashing_sanslicence.jpg

 

Tout commence avec le projet de décret d'application de l'article 225 de la loi Grenelle 2, qui dispose que toute entreprise de plus de 500 salariés doit "publier un rapport sur la manière dont elle prend en compte les conséquences sociales et environnementales de son activité". Le texte réglementaire fournit ainsi une liste d'informations concernant l'entreprise - et ses filiales, point important - qui doivent impérativement figurer dans le rapport final : 13 concernent la responsabilité sociale (16 pour les sociétés cotées en Bourse) et 16 l'environnement (22 pour les sociétés cotées en Bourse). Bref, on devrait y trouver tout autant des éléments sur le respect des salariés que sur la lutte contre la pollution.

 

Pour s'assurer de la sincérité des informations fournies, un organisme tiers indépendant sera mandaté par les entreprises, à l'image des commissaires aux comptes, avec une mise en application progressive entre 2011 et 2016. C'est précisément là que se pose un premier problème : l'AFNOR est chargée d'élaborer ces critères de vérification des informations fournies par le rapport, sachant d'ores et déjà qu'il sera très difficile de s'entendre sur la lecture qu'il faudra avoir de ces chiffres tant les pressions seront nombreuses pour minimiser certains indicateurs au profit d'autres. Il suffit de voir les prouesses de la créativité comptable, qui ont débouché sur des scandales comme Enron - société pourtant auditée financièrement par feu le cabinet Arthur Andersen -, pour s'inquiéter de l'interprétation d'informations souvent plus qualitatives que quantitatives...A moins de dévoyer l'esprit de la loi et de résumer le rapport à une suite d'indicateurs chiffrés qui pourront dire à peu près tout et n'importe quoi !

 

Toujours est-il qu'une lutte sans merci vient de se faire jour. D'un côté, les experts-comptables qui, à défaut d'obtenir une comptabilité unique chiffrant les implications financières et sociétales (ce qui nécessiterait de savoir monétiser tous les impacts de l'entreprise sur son environnement), espèrent une forme de parallélisme entre comptabilité financière et comptabilité sociétale. De l'autre, les grands cabinets d'audit (Ernst & Young, PricewaterhouseCoopers, Deloitte, KPMG) cherchent à récupérer ce marché qui fleure bon les millions d'euros ! Pour ce faire, ils ont déjà mis sur pied des départements "développement durable" spécialisés dans les questions de reporting RSE (on voit déjà la tendance au chiffrage qui s'amorce rien que dans la dénomination...). Entre ces deux belligérants se trouvent encore une classe de trublions qui cherche à faire parler d'elle : les cabinets de certification technique comme Bureau Veritas.

 

Mais qu'est-ce la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) ?

 

Il s'agit simplement de la déclinaison du concept de développement durable aux entreprises, c'est-à-dire la prise en compte des éléments économiques, sociaux et environnementaux. Le conseil européen de Lisbonne a au reste inscrit la RSE au premier rang des priorités politiques. La démarche consiste alors pour les entreprises à tenir compte tout autant des aspects financiers que des impacts sociaux et environnementaux de leur activité, dans le but de contribuer ainsi à l’amélioration de la société et à la protection de l’environnement.

 

La RSE : une utopie du capitalisme sans État ?

 

De nombreux économistes et professionnels du monde de l'entreprise aboutissent à cette conclusion lorsqu'ils examinent en détail la logique même de responsabilité sociale. En effet, le développement de la RSE dans les entreprises fut concomitant au retrait de l'État sur les questions sociales et environnementales, laissant dès lors apparaître la RSE comme un nouveau stade du capitalisme ultralibéral où les entreprises décident de communiquer sur des sujets qui servent surtout leurs intérêts financiers. Il s'agit au fond d'une privatisation de l'action sociétale qui dépend dorénavant du marché et donc d'une logique de rentabilité.

 

Car, même si cette loi doit permettre une amélioration des informations fournies et peut-être la fin des labels ou certifications parfois fantaisistes, il apparaît indubitable que les entreprises sont désormais entrées dans le monde du marketing sociétal où les certifications sociétales deviennent des alibis pour attirer les investisseurs (les américains parlent de license to operate). Il suffit de penser aux banques qui proposent d'investir dans des fonds ISR (Investissements Socialement Responsables) ou éthiques au sein desquels on trouve des entreprises polluantes ou finançant des régimes corrompus...

 

La RSE : une vaste supercherie ?

 

Si l'on se concentre uniquement sur l'aspect environnemental, on ne peut que sourire jaune des pseudo-efforts dont se vantent les entreprises les plus polluantes pour préserver la planète : c'est le greenwashing, nouveau terme pour parler de la récupération d'un concept important par des entreprises en mal de dollars. Les Amis de la Terre cherchent à dénoncer publiquement ce hiatus entre les grandes campagnes de communication de certaines entreprises et la réalité des engagements. Pour ce faire, ils ont créé trois prix Pinocchio :

 

* un prix Pinocchio "Droits humains", remis à l'entreprise ayant perpétré les violations les plus graves des droits humains (y compris les droits sociaux, salariaux et sociétaux) parmi les nominés


* un prix Pinocchio "Environnement", remis à l'entreprise ayant généré les impacts environnementaux les plus lourds parmi les nominés


* un prix Pinocchio "Greenwashing", remis à l'entreprise ayant mené la campagne de communication la plus abusive et trompeuse au regard de ses activités réelles parmi les nominés.

 

Pour l'anecdote, le lauréat du dernier prix est le Crédit Agricole. J'avais rendu compte dans un billet que, selon un rapport publié en 2007 par les Amis de la Terre, la banque était responsable en 2005 de l'émission d'environ 200 millions de tonnes de CO2 induites (c’est-à-dire provoquées par les projets financés par la banque).

 

Mais même sur les aspects sociaux on reste effrayé par la régression à laquelle nous assistons depuis une vingtaine d'années : l'OCDE à beau avoir édicté des "principes" à l'intention des multinationales dès 1976, le développement de la précarité et de la pauvreté laborieuse n'a cessé de progresser sous couvert de rapports techniques enjoliveurs. Comme l'écrit très justement Yvon Pasqueux dans le Monde économie du 5 juillet, "la RSE présente une transparence partielle, et de vrais trous béants qui ne sont révélés que par accident". [...] "On peut même se demander s'il n'y avait pas plus d'actions responsables quand, au XIXe siècle, certains patrons s'efforçaient de loger, soigner et d'éduquer leurs ouvriers".

 

Et pour finir achever de nous convaincre, une étude menée par les sociétés de conseil Karistem et la Deuxième Maison auprès de 23 entreprises disposant d'une direction du développement durable (DDD), conclut que ces directions ont des budgets réduits et n'interviennent que très peu dans la définition et l'accompagnement opérationnel des entreprises. En résumé, avec des mots simples, je dirais que ces DDD servent surtout à communiquer sur des chiffres qui n'intéressent que les spécialistes... avec un impact à peu près nul sur l'évolution des pratiques !

 

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