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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 11:12

Shutdown.jpg 

Il n'a échappé à personne que l'État fédéral américain tournait désormais au ralenti, comme en témoigne cette vidéo :

 

 

Cette situation stupéfiante porte dans les médias le doux nom de shutdown ce qui, avec les mots subprimes et  fiscal cliff, enrichit notre vocabulaire franglais de mois en mois mais au prix d'une nouvelle catastrophe à chaque fois ! Voyons donc un peu plus en détail de quoi il retourne.

 

Qu'est-ce le shutdown ?

 

En première approche on peut dire que le shutdown est une suspension des dépenses publiques, qui se traduit entre autres par la fermeture partielle d'une partie des services publics fédéraux (parcs nationaux, gendarme de la Bourse, Département de la justice,...). La liste des services touchés, dont un extrait est visible ci-dessous (le reste est disponible sur le site de CNN par exemple), est d'ailleurs devenue un des documents les plus consultés aux États-Unis :

 

List-shutdown.jpg

 

[ Source : CNN ]

 

Les conséquences se font même sentir en dehors du territoire des États-Unis, notamment très près de chez moi, à Saint-Avold, où le cimetière militaire américain vient de fermer ses portes.

 

Les textes régissant la procédure de shutdown opèrent alors une subtile distinction entre les fonctionnaires fédéraux "essentiels" (sécurité, contrôle aérien,...), qui continuent à travailler sans certitude d'être rémunérés, et les autres qui sont placés en quelque sorte au chômage technique.  

 

Selon l’Office of Management and Budget, sur environ 2 millions de fonctionnaires fédéraux, 800 000 ont ainsi été déclarés "non essentiels", ce qui les conduit à attendre chez eux qu'on les rappelle au travail... D'où les chiffres effarants de 93 % des fonctionnaires de l’agence de protection de l’environnement et 90 % des services des impôts interdits de travailler !

 

Mais cela ne signifie pas que toutes les dépenses publiques soient suspendues, puisque les dépenses réputées obligatoires, comme les retraites ou la santé, se poursuivent. De plus, les programmes dont le financement n’est pas lié au vote du budget annuel (mandatory spending) ne sont pas touchés. Seules les dépenses publiques "discrétionnaires" sont dès lors concernées par le shutdown. Et malheureusement pour eux, les salaires des fonctionnaires sont classés dans cette seconde catégorie...

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

Le blocage est lié au fonctionnement de la procédure budgétaire aux États-Unis. En effet, pour les dépenses discrétionnaires, les deux chambres du Congrès doivent s'entendre sur un budget. Or, comme la Chambre des Représentants est à majorité républicaine et le Sénat à majorité démocrate, ils n'arrivent pas à se mettre d'accord sur un texte commun.

 

Dans ce cas, la procédure prévoit de passer par une "résolution de continuité" (continuing resolution) afin de prolonger la durée des lois budgétaires précédentes. Il est d'ailleurs important de noter qu'aucun budget aux États-Unis n’a été voté depuis 2011, ce qui implique que l’administration fédérale n'a cessé depuis de fonctionner avec des "résolutions de continuité"...

 

Deficit-USA.jpg

[ Source : Natixis ]

 

Mais cette fois le blocage est devenu beaucoup plus grave, car les républicains souhaitent empêcher la réforme du système de santé voulue par Obama, point évidemment non négociable pour les démocrates. Par conséquent, il n'a même pas été possible de s'entendre sur une nouvelle "résolution de continuité", d'où l'impossibilité légale de faire fonctionner l'État fédéral, c'est-à-dire le shutdown. Pour ceux qui s'intéressent à la théorie des jeux, que j'avais présentée dans ce billet consacré au dilemme du prisonnier, on parle dans le cas d'espèce de jeu de la poule mouillée.

 

La situation est-elle exceptionnelle ?

 

Certes la situation est exceptionnelle, car j'ai la faiblesse de croire que des politiques sérieux (sic !) doivent nécessairement toujours finir par se mettre d'accord dans l'intérêt supérieur du pays. Mais en même temps, faut-il rappeler que les États-Unis en sont à leur 18e shutdown depuis 1976 ? Sous l’administration Clinton il y avait eu 2 shutdowns, qui avaient duré du 13 au 18 novembre 1995 et du 15 décembre 1995 au 6 janvier 1996.

 

Dates-Shutdown.jpg

 

[ Source : Bloomberg ]

 

Mais la grande différence tient au fait qu'aujourd'hui l'économie mondiale, et en particulier celle des États-Unis, est dans une situation très précaire comme en témoigne l'abondance de liquidités injectées par la FED.

 

Quelles sont les conséquences économiques ?

 

Il est très inquiétant d'apprendre qu'une puissance économique majeure comme les États-Unis s'arrête de fonctionner. C'est du reste probablement la conséquence la plus importante de cette situation : la perte de confiance dans l'économie américaine ! D'autant qu'au vu du niveau d'endettement public aux États-Unis, le pays ne peut pas se permettre de perdre ses investisseurs :

 

Dette-publique-USA.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

Mais il risque également d'y avoir des conséquences sur la croissance, bien qu'elles restent difficiles à mesurer. Tout dépendra en effet du temps d'arrêt, de la désorganisation qui en résulte et des conditions de reprise du travail : les fonctionnaires toucheront-ils leurs traitements non payés ? Vont-ils mettre les bouchées doubles pour rattraper les jours de fermeture ?

 

Ci-dessous, voici un tableau qui présente les conséquences économiques des précédents shutdowns :

 

Consequences-shutdown.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

Le pire reste à venir...

 

Le shutdown pourrait bien n'être que la partie émergée de l'iceberg qui coulera l'économie des États-Unis... et avec elle l'économie mondiale. De nombreux médias font ainsi la une de leurs journaux avec les parcs fermés, les fonctionnaires qui ne peuvent plus travailler, etc. Mais peu ont titré sur l'énorme risque qui se profile la semaine prochaine : le non-relèvement du plafond de la dette publique aux États-Unis le 17 octobre 2013.

 

En effet, aux États-Unis l'endettement public fait l'objet d'une loi qui fixe le montant maximum que le gouvernement américain a le droit d'emprunter. D'où un psychodrame à chaque relèvement du plafond, surtout lorsque le Congrès est divisé comme c'est le cas actuellement.

 

Or, si ce plafond n'est pas relevé, les États-Unis devront alors réduire drastiquement leurs dépenses publiques et probablement faire défaut sur une partie de leur dette. Mais en raison de l'importance des bons du Trésor américain dans le système financier mondial (c'est le meilleur collatéral pour les investisseurs), le choc se transformerait très vite en catastrophe financière planétaire.

 

Question pour un champion : comment est-il possible que les rênes budgétaires d'un État soient confiées à des gens (en l'occurrence les Républicains d'obédience Tea Party) qui laissent la situation aller jusqu'au bord du précipice ?

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du quotidien belge Le Soir.

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commentaires

Franoux Denis 10/10/2013 13:23

C'est une question à combien de $ ?

Raphaël DIDIER 11/10/2013 11:33



Comme il est revenu à la mode grâce au cinéma, les Américains sont certainement prêts à payer un Lincoln ! ;-)



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