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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 10:54

 

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Le système bancaire européen est en bonne santé, d'après les conclusions des "stress tests" auxquels l'Autorité bancaire européenne avait soumis les banques. Immédiatement, le nouveau ministre de l'économie s'est senti obligé de vanter "la solidité du modèle de banque universelle". Bref, mis à part 8 banques, toutes les autres se portent à merveille et ne redoutent absolument pas la crise de la zone euro et encore moins son avatar, la crise grecque. Sauf qu'à bien y regarder, les tests ne permettent pas de trancher aussi facilement en faveur d'un optimisme sur la santé du système bancaire européen. C'est précisément ce que je vais chercher à vous démontrer dans ce billet.


 

De quoi s'agit-il ?

 

Les stress tests, ou tests de résistance, ont été conçus par l'Autorité bancaire européenne (EBA) pour mesurer la capacité des banques à supporter des chocs économiques et financiers (inflation, récession, hausse des taux d'intérêt, hausse du chômage, etc.). Cela passe ainsi par la création de scénarios négatifs (appelés stress dans le jargon financier), comme je l'avais expliqué dans un billet lors de la précédente mouture de 2010. Ils sont résumés dans ce communiqué de la Banque de France, mais on pourra retenir que 2 scénarios principaux ont été retenus :

 

* l'un dit "scénario macroéconomique central", fait l’hypothèse d’une croissance modérée pour l’eurozone

 

* l'autre dit "scénario macroéconomique adverse", simule un ralentissement de la demande globale dans un contexte marqué par une hausse du chômage, une dépréciation du dollar par rapport à l’euro (-15% par rapport au scénario central), une dégradation des conditions de financement via la hausse des taux courts et une baisse du prix des actifs.

 

Pour la France, le scénario est résumé par le tableau suivant (cliquer dessus pour l'agrandir):

 

Stress.jpg

[ Source : Communiqué de presse du 15 juillet 2011 de l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP) ]

 

Au total, 90 banques ont été testées dans 21 pays, qui représentent plus de 60 % des actifs bancaires européens. En principe, elles étaient 91, mais la banque allemande régionale de Hesse-Thuringe (Helaba) a refusé que l'on publie ses résultats, après en avoir contesté la méthodologie. Et comme une autorité européenne de régulation a besoin du consentement de la banque pour publier...

 

En France, BNP Paribas, Société Générale, Groupe Crédit Agricole et Groupe BPCE, qui sont les quatre groupes bancaires soumis aux tests, représentent près de 80% de l’ensemble des actifs du secteur.

 

Le critère de réussite aux tests est basé sur le ratio de fonds propres durs (Core Tier 1). Plus précisément, une banque aura réussi à passer les tests si son ratio Core Tier 1 reste au-dessus des 5 % dans les deux scénarios évoqués ci-dessus. Ces tests devraient, en principe, prouver aux marchés financiers que les banques sont suffisamment capitalisées -et donc solides - pour supporter une nouvelle crise. Par là même, ces tests devraient aussi permettre de démontrer que les autorités économiques et financières de l'Union européenne si tant est qu'elles existent sont capables de faire face aux difficultés des établissements bancaires.


 

Quels sont les résultats ?

 

Sur 90 banques testées, 8 ont échoué et devront lever 2,5 milliards d'euros de capital environ pour atteindre les exigences de fonds propres. Il s'agit de 5 banques espagnoles (Caja Mediterraneo, CatalunyaCaixa, Unnim, CajaTres et Banco Pastor), 2 grecques (Banque agricole de Grèce ATE et Eurobank), ainsi qu'une autrichienne (Volksbank).Les banques françaises ont, quant à elles, bien réussi les tests avec un niveau de fonds propres durs moyen de 7,5 % comme le montre les résultats publiés par l'ACP.

 

La banque allemande Helaba, évoquée plus haut, a déclaré d'elle-même avoir échoué aux tests bien qu'elle ait refusé que l'on publie ses résultats, contestant la méthodologie suivie... A contrario, les quatre principales banques portugaises ont réussi leur examen (lors des précdédents tests en 2010, faut-il rappeler que les banques irlandaises avaient réussi l'examen avant de s'effondrer quelques semaines plus tard ?).


 

Quelles sont les limites de ces tests ?

 

Tout d'abord, le choix du critère de réussite (le ratio Core Tier 1 à 5 % au moins) peut être discuté. Pourquoi ce ratio plutôt qu'un autre, sachant que les bilans bancaires sont remplis de produits plus ou moins sophistiqués (on dit hybrides), qui ont des caractéristiques tenant autant de la dette que des fonds propres ? Mais surtout, est-ce vraiment une garantie de savoir qu'une banque dispose d'un bon ratio de fonds propres lorsqu'on sait que les banques irlandaises avaient réussi l'examen avant de s'effondrer quelques semaines plus tard, nécessitant une recapitalisation massive de la part de l'État ? N'est-ce pas la raison qui a poussé la Banque centrale du Portugal a exigé que les deux premières banques privées du pays, la Banco Commercial Português et la Banco Espirito Santo, procèdent à des augmentations de capital ?

 

En dehors des critères, il est bon de s'interroger sur le test concernant les dettes souveraines. L'hypothèse retenue est une baisse sensible de la valeur de ces obligations d'État (on parle de creusement des spreads obligataires). Or, au vu du contexte actuel, n'eût-il pas fallu retenir également l'hypothèse éventuelle d'une cessation de paiement d'un État (au hasard, la Grèce) ? J'ai en effet souvent eu l'occasion d'expliquer dans mes billets, que les objectifs fixés à l'économie grecque sont quasiment inatteignables en si peu de temps et que l'on s'achemine de plus en plus sûrement vers un défaut ou à tout le moins une restructuration de la dette publique. 

 

Pour cela, encore aurait-il fallu que l'Autorité bancaire européenne dispose de l'exposition de chaque banque aux actifs de la Grèce, puisque la plupart d'entre-elles ont refusé de communiquer sur ce point. Serait-ce parce que les banques françaises et allemandes détiennent massivement des titres de la dette grecque ? Dès lors, rien d'étonnant que, à l'image des tests réalisés en 2010, on ne tienne compte que des obligations d'État placées dans les trading books, c'est-à-dire les obligations destinées à être revendus à plus ou moins court terme. Les obligations d'État placées dans les banking books, qui sont généralement conservées jusqu'à échéance et qui constituent l'essentiel de l'exposition au risque souverain, n'ont pas été concernées par le test.

 

Au final, comme pour les tests de 2010, ces tests de résistance ne permettent pas de conclure que le système bancaire européen est solide puisque certains scénarios catastrophes n'ont pas été envisagés malgré leur plus ou moins haute probabilité (défaut de la Grèce par exemple). Tout au plus s'agit-il d'une énième tentative pour tenter de rassurer les marchés financiers sur la servilité des États ! Et pendant ce temps, les agences de notation continuent à allumer des feux cependant que les tergiversations au niveau de l'Union européenne transforment les pompiers éventuels en pyromanes.

 

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commentaires

baghera 17/07/2011 09:27


Oui, au final et en résumé, ce qui a été prouvé c'est que si tout ne va pas trop mal, les banques tiendront le coup.... Mince résultat.
Mais les politiques présentent le résultat d'une façon différente: le système est solide et pourra résister aux menaces actuelles. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose, non?

Une remarque en prime: la crise monétaire résulte (ou au moins est exacerbée) pour beaucoup d'actions spéculatives. En affirmant que le système est solide, on envoie à ces spéculateurs un message
simple: vous pouvez continuer à spéculer, le système bancaire résistera.
Je pense qu'un certain nombre d'opérateurs ne vont pas s'en priver, comme des gamins qui testent la résistance de leurs parents.........jusqu'au panneau "Trop Tard"!


Raphaël DIDIER 17/07/2011 12:30



C'est exact, la présentation politique de ces tests appuie sur une solidité artificielle du système bancaire, d'autant plus artificielle que l'UE va se réunir en
urgence pour débattre d'un possible défaut grec... Quant à la spéculation, elle s'exacerbe à chaque nouvelle annonce sur les banques ou l'état des finances d'un pays, les opérateurs de marché
disposant de tout une gamme de produits pour jouer (CDS sur la dette, dérivés de change, swap,...).


Tout ceci prouve qu'il s'agit de moins en moins de questions économiques et de plus en plus de questions politiques, dont nos dirigeants ne veulent pas se saisir
au nom d'un libéralisme pourtant indéfendable au vu des raisons de cette crise...



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