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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 10:55

 

 

L'heure de la rentrée vient de sonner ! J'ai profité de l'été pour lire (et relire !) de nombreux livres d'économie, mais aussi de philosophie, d'histoire et même des romans. Je n'ai pas pour autant oublié l'écriture, puisque j'ai publié sur mon blog des billets sur le Libra, monnaie de Facebook, le hasard et les hypothèses en statistique, les vraies motivations de la Banque centrale européenne ainsi que sur le mercantilisme et le colbertisme

 

Cette année, je poursuivrai mes recherches universitaires sur la monnaie et plus particulièrement les monnaies locales, tout en continuant à donner quelques conférences, qui m'offrent toujours l'occasion de transmettre ma passion de l'économie et à tout le moins de donner aux auditeurs des clés pour comprendre les mécanismes économiques. Pour l'année universitaire 2019/2020, j'ai prévu des interventions dans plusieurs villes, dont je vous parlerai au fur et à mesure de l'année lorsque les dates seront arrêtées définitivement. La première conférence aura lieu à l'Université Populaire de Forbach (UPT), le mardi 8 octobre 2019 de 19h00 à 20h30. Pour répondre à une question qui m'est fréquemment posée, la médiathèque de Forbach n'a pas souhaité reconduire la conférence annuelle que je donnais dans leurs locaux et qui attirait souvent une cinquantaine de personnes.

 

Mais aujourd'hui, je souhaite vous parler de la cafet'éco que j'ai créé il y a plus de dix ans à l'Université Populaire de Sarreguemines (UPSC) ! À l'origine, les cours avaient lieu dans la cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, mais en raison de nombre important d'auditeurs, j'ai été contraint de choisir une salle à l'étage. En moyenne, la cafet'éco se tient un mercredi dans le mois à 18h30. D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail est comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Aucun prérequis n'est nécessaire pour suivre mes cours d'économie. Au reste, depuis plus de dix ans, j'ai rencontré à la cafet'éco des auditeurs de tous horizons, grands débutants ou non, mais toujours désireux de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Et très humblement, ma plus grande satisfaction est de constater qu'ils en ressortent avec une bonne compréhension des mécanismes économiques principaux.

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, c'est pourquoi l'année dernière je n'ai cessé de modifier mes sujets afin d'aborder la crise des gilets jaunes, le pouvoir d'achat des classes moyennes, le fonctionnement des prestations sociales, la crise budgétaire en Italie, le Brexit, le système fiscal en France, l'économie de la santé en France, la concurrence au sein de l'Union européenne, la dette publique et la dette privée, etc. Je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs, débutants ou non, les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC entre le 2 et le 20 septembre 2019 :

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

 

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 11:35

 

 

En ces temps troublés où le protectionnisme revient en force après des années de libéralisme à outrance, il m'a semblé intéressant de profiter de la torpeur estivale pour évoquer le mercantilisme et le colbertisme. Pour ce faire, je vous propose d'étudier les écrits de quelques grands auteurs...

 

Colbert

 

L'on trouve facilement sur internet de très nombreux développements sur la vie de Colbert. C'est pourquoi, je me contenterai de quelques éléments utiles pour la suite de mon propos. Jean-Baptiste Colbert est né le 29 août 1619 à Reims et mort le 6 septembre 1683 à Paris. On retient surtout qu'il fut pendant près de vingt ans à la tête des principaux ministères économiques sous Louis XIV. Ainsi fut-il Contrôleur général des finances de 1665 à 1683, secrétaire d'État de la Maison du roi et secrétaire d'État de la Marine de 1669 à 1683. Par ailleurs, c'est un euphémisme d'affirmer qu'il n'aimait guère Nicolas Fouquet...

 

Son mercantilisme mâtiné de dirigisme, laissera dans l'histoire le nom de colbertisme dont nous parlerons plus loin. Curieusement, tous ses hauts faits d'armes économiques ont depuis quelque temps étaient occultés pour ne plus se concentrer que sur le Code noir qu'il a préparé, relatif à l'administration de l'esclavage dans les colonies.

 

Une fable de la Fontaine

 

Le lecteur perspicace comprendra pourquoi je prends plaisir à citer Le Loup et l'Agneau, dixième fable du livre I de Jean de La Fontaine, d'autant que le ministre de l'éducation nationale a offert un magnifique recueil de ces fables à 800 000 élèves de CM2 dont la majorité ne saura même pas quoi en faire et cherchera à revendre son exemplaire sur Ebay ou Priceminister :

 

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau ; je tette encor ma mère
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens:
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

 

Mercantilisme et colbertisme

 

Disons le d'emblée, il n'existe pas à proprement parler d'école de pensée mercantiliste, il s'agit surtout d'une appellation donnée a posteriori par des économistes qui s’opposaient vigoureusement à ces idées. Jean Bodin, Thomas Mun, Antoine de Montchrestien, William Petty, John Locke sont quelques grands noms du mercantilisme. Le dénominateur commun des mercantilistes est de chercher à capter les métaux précieux, vus comme  signe de richesse d'un État, en profitant notamment du commerce extérieur. Cela revient donc à privilégier les exportations au détriment des importations afin de rendre excédentaire la balance commerciale, comme le montre sans équivoque le texte ci-dessous de John Locke (Considérations sur les conséquences de la baisse de l’intérêt et la hausse de la valeur de la monnaie, 1691) :

 

Un royaume devient riche ou pauvre comme un fermier le devient, et pas autrement. Supposons que toute l'île de Portland soit une ferme ; et que le propriétaire, en plus de ce qui est utile à sa maison, porte au marché, à Weymouth et Dorchester, etc., pour une valeur annuelle de milles livres : bétail, blé, beurre, fromage, laine ou drap, plomb et étain, toutes marchandises produites et travaillées dans sa ferme de Portland ; et qu'en contrepartie il rapporte chez lui : sel, vin, huile, épices, toile et soieries, pour une valeur de neuf cents livres, et les cents livres restant en monnaie. Il est évident qu'il s'enrichit chaque année de cents livres et ainsi, au bout de dix ans, il est clair qu'il aura obtenu mille livres. [...]

 

Une ferme et un royaume sous ce rapport ne diffèrent que par l'étendue. Nous pouvons commercer et être actifs, et en devenir pauvres, à moins de modérer nos dépenses ; si de plus nous sommes oisifs, négligents, malhonnêtes, malveillants et si nous gênons sous quelque prétexte que ce soit ceux qui sont sérieux et industrieux dans leurs affaires, nous nous ruinerons encore plus rapidement... L'argent n'entre en Angleterre par aucun autre moyen que d'y dépenser moins en marchandises étrangères que ce que nous portons au marché peut payer.

 

Notons que le mercantilisme fait par conséquent la part belle aux marchands, dont les intérêts sont censés rejoindre ceux du roi. Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé n'est ni fortuite ni involontaire...

 

Quant au colbertisme, en plus de soutenir les grandes manufactures au travers d'une réglementation stricte pour obtenir des produits de qualité à exporter, il est splendidement décrit dans l’extrait ci-dessous des Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert (1670) :

 

[…] et comme il faut que les peuples ayent de quoi payer avant qu’ils pensent à s’acquitter de leurs impositions, et qu’elles doivent toujours avoir leur proportion avec l’argent que chaque particulier peut avoir, la conduite universelle des finances doit toujours veiller et employer tous les soins et l’autorité de Votre Majesté, pour attirer l’argent dans le royaume, le répandre dans toutes les provinces pour procurer aux peuples la facilité de vivre et de payer leurs impositions [...]

 

Le bon état des finances et l’augmentation des revenus de Votre Majesté consiste à augmenter par tous moyens le nombre de l’argent monnoyé qui roule continuellement dans le royaume et à maintenir dans les provinces la juste proportion qu’elles en doivent avoir [...], augmenter l’argent dans le commerce public en l’attirant des pays d’où Il vient, en le conservant au dedans du royaume en empeschant qu’il n’en sorte, et donnant des moyens aux hommes d’en tirer profit.

 

Comme en ces trois points consiste la grandeur, la puissance de l’État et la magnificence du Roi par toutes les dépenses que les grands revenus donnent occasion de faire, qui est d’autant plus relevée qu’elle abaisse en même temps tous les États voisins, vu que n’y ayant qu’une même quantité d’argent qui roule dans toute l’Europe et qui est augmentée de temps en temps par celui qui vient des Indes occidentales, il est certain et démonstratif que s’il n’y a que 150 millions de livres d’argent qui roule dans le public, l’on ne peut parvenir à l’augmenter de 20, 30 et 50 millions qu’en même temps l’on en oste la même quantité aux États voisins [...], je supplie Votre Majesté de me permettre de lui dire que depuis qu’elle a pris l’administration des finances, elle a entrepris une guerre d’argent contre tous les États de l’Europe.

 

Elle a déjà vaincu l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre, dans lesquels elle a jeté une très grande misère et nécessité, et s’est enrichie de leurs dépouilles, qui lui ont donné les moyens de faire tant de grandes choses qu’elle a faites et fait encore tous les jours. Il ne reste que la Hollande qui combat encore avec de grandes forces: son commerce du Nord [...], celui des Indes orientales [...], celui du Levant [...] celui des Indes occidentales, ses manufactures, son commerce de Cadix, celui de Guinée et une infinité d’autres dans lesquels réside et consiste toute sa puissance. Votre Majesté a formé des compagnies qui comme des armées les attaquent partout [...]

 

Les manufactures, le canal de transnavigation des mers et tant d’autres établissements nouveaux que Votre Majesté fait, sont autant de corps de réserve que Votre Majesté crée et tire du néant pour bien faire leur devoir dans cette guerre... Le fruit sensible du succès de toutes ces choses serait qu’en attirant par le commerce une très grande quantité d’argent dans son royaume, non seulement elle parviendrait bientôt à rétablir cette proportion qui doit être entre l’argent qui roule dans le commerce et les impositions qui sont payées par le peuple, mais même elle les augmenterait l’un et l’autre, en sorte que ses revenus augmenteraient et elle mettrait ses peuples en état de pouvoir l’assister plus considérablement en cas de guerre ou d’autre nécessité.

 

Bref, le colbertisme fait un rapprochement de cause à effet entre la quantité d'argent possédait par un royaume et sa puissance militaire. Colbert décrit donc au roi Louis XIV une doctrine du commerce international appelée "guerre d'argent", titre troublant de modernité... Le commerce extérieur est donc vu au niveau mondial comme un jeu à somme nulle, c'est-à-dire que les gains de certains États sont en contrepartie les pertes des autres ; d'où la recommandation de s'emparer du plus grand volume possible de métaux précieux au travers d'une balance commerciale excédentaire (exporter plus que le royaume n'importe), ce qui permettra également selon Colbert de préparer la vraie guerre.

 

Autrement dit, d'abord la guerre commerciale, pour ensuite se préparer à d'éventuelles guerres stricto sensu ! Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé n'est décidément ni fortuite ni involontaire...

 

P.S. : il ne faudrait pas déduire de mon billet que le protectionnisme est forcément néfaste, tant s'en faut ! Si l'UE avait pratiqué un peu de protectionnisme pour l’industrie numérique naissante et pas un libéralisme dogmatique, les grandes sociétés de numérique ne se trouveraient peut-être pas seulement aux États-Unis et en Chine...

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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 12:49

 

 

Après mon article sur le Libra, cryptomonnaie que Facebook souhaite créer avec 27 entreprises partenaires, je reviens sur les taux d'intérêt au sein de la zone euro. En effet, dans son allocution de départ de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi a laissé entendre qu'il y aurait une nouvelle baisse des taux directeurs de l'institution couplée à des mesures non-conventionnelles. J'avais déjà écrit sur les taux d'intérêt très bas au sein de la zone euro, mais il m'a semblé utile d'y revenir pour comprendre l’objectif réellement poursuivi par la BCE.

 

Les taux directeurs de la BCE

 

Contrairement à la Banque centrale américaine (Fed), la BCE a fait le choix de laisser depuis mars 2016 son principal taux directeur à zéro, le taux du prêt marginal  à 0,25 % et le taux de dépôt à -0,40 % :

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

Un taux de dépôt à -0,40 % signifie que les banques commerciales se font taxer lorsqu'elles déposent des fonds inutilisés à la BCE... Ainsi, après avoir distribué la monnaie centrale à taux 0 et taxé les dépôts sur ses comptes depuis 3 ans, la BCE laisse explicitement entendre qu'elle pourrait encore assouplir sa politique monétaire ! Mais y a-t-il vraiment le feu au lac dans la zone euro ?

 

La situation macroéconomique de la zone euro

 

Objectivement, la situation macroéconomique de la zone euro est loin d'être catastrophique à ce stade, du moins elle ne justifie en rien des taux d'intérêt aussi bas voire carrément négatifs sur les emprunts d'États à 10 ans (ci-dessous l'exemple de la France) :

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

En effet, nous voyons que :

 

 * la zone euro n'est pas en récession pour l'instant :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 * le taux de chômage est en baisse, même si cela ne dit rien de la qualité de l'emploi

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 * la zone euro ne fait pas face à un risque déflationniste avéré, même si la cible des 2 % visée par la BCE est loin d'être atteinte

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Le véritable objectif de la BCE

 

Et si au fond, sans le crier sur les toits, la BCE avait d'autres objectifs que celui de maîtriser le taux d'inflation ? N'oublions pas que sans ces taux d'intérêt bas, de nombreux États de la zone euro seraient insolvables... Ce faisant, en s'engageant dans cette voie, Mario Draghi s'est lié les mains, puisqu'une remontée brutale des taux directeurs conduirait à une crise de la dette publique, notamment en Italie. Or, par un mécanisme de contagion bien documenté, la dette publique des autres pays membres serait également attaquée par les spéculateurs, ce qui avait conduit la BCE à créer l'arme nucléaire nommée OMT.

De plus, la crise de 2008-2009 reste présente dans tous les esprits, même si Christine Lagarde en sa qualité de ministre de l'économie en avait nié l'existence en France, spécialité française comme en témoigne les mensonges grossiers sur le nuage de Tchernobyl. En 2009, la chute de la croissance en Europe s'était accompagnée d'une crise bancaire et financière, que les ménages ont bien entendu soldée à leurs frais. Ainsi, la BCE ne souhaite visiblement prendre aucun risque - quitte à inonder encore plus de liquidité des ânes qui n'ont plus soif -, d'autant que les problèmes structurels de la zone euro sont loin d'être réglés.

 

Mais ne soyons pas dupes, si une crise grave devait se déclencher prochainement, les États, privés de politique budgétaire, seraient dans l'incapacité d'y faire face même avec une politique monétaire ultra-accommodante !

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23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 12:53

L'été est une période propice pour écrire sur des sujets moins habituels. C'est pourquoi, après mon billet sur la cryptomonnaie développée par Facebook, je vous propose de nous intéresser aujourd'hui aux règles qui permettent de décider si l'on doit rejeter ou non une hypothèse statistique sur la base des résultats obtenus sur un échantillon. En simplifiant à l'extrême, nous allons nous demander si les observations faites sur un échantillon d'une population relèvent du hasard de l’échantillonnage ou correspondent à un phénomène significatif... Pour montrer la méthodologie suivie par les statisticiens, tant en médecine que dans d'autres sciences expérimentales, nous allons nous appuyer sur un exemple concret.

 

Un cas concret

 

Chaque année, l'examen du baccalauréat suscite une hystérie inversement proportionnelle à la valeur réelle du diplôme. Ainsi, à peine les épreuves passées, voit-on fleurir des pétitions pour réclamer la clémence des correcteurs en raison d'un exercice jugé trop difficile, d'un auteur considéré comme peu connu, etc. D'ailleurs cette année, et c'est hélas historique, nous avons touché le fond, l'absence de certaines notes ayant conduit des jurys - sous injonction du ministère - à pratiquer des retouches plus que cosmétiques et surtout aberrantes : élèves passés au rattrapage en raison de l'attribution d'une note fictive (pardon, de contrôle continu dans les éléments de langage...) mais qui auraient dû être admis dès le premier tour, élèves qui vont apprendre dans quelques jours qu'ils ont finalement décroché une mention, élèves qui n’auraient jamais eu de mention si la note de contrôle continu n’avait pas été retenue, etc.

 

Mais revenons à nos moutons... Imaginons qu'au niveau national, le ministre de l'éducation nationale affirme au doigt levé qu'en Mathématiques la note moyenne en filière S est de 12/20. Il est bien entendu possible de calculer la moyenne de tous les élèves, mais le procédé est coûteux en temps et en argent, et l'on sait bien qu'un ministre se doit de parler plus vite que son ombre dans les médias. Dans cet exemple, on suppose donc que le ministre n'a pas connaissance à ce moment de la vraie moyenne (sinon, il n'y a plus lieu de faire des hypothèses...).

 

Dès lors, on recourt le plus souvent à l’échantillonnage, c'est-à-dire que l'on va chercher à comparer la moyenne obtenue dans l'échantillon avec la moyenne annoncée par le ministre. Bien entendu, la valeur trouvée sur l'échantillon n'a que très peu de chances de correspondre exactement à la valeur réelle du paramètre, même si 12/20 est la vraie valeur. Toute la question est alors de savoir si l'écart entre ces deux valeurs provient du hasard lié à l'échantillonnage, et que l'on appelle erreur d'échantillonnage, ou s'il y a une autre explication... C'est là qu'intervient le test d'hypothèse, qui nécessite de créer l'échantillon par tirage au sort et, au moins dans un premier temps, de supposer que les moyennes dans un échantillon se distribuent selon une loi normale également appelée loi de Gauss (vous savez la fameuse courbe en cloche comme ci-dessous) :

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

Mise en œuvre du test d'hypothèse dans notre exemple

 

Notre test doit permettre de conclure au rejet ou non de l'hypothèse H0=la note moyenne en Mathématiques en filière S est de 12/20. L'hypothèse alternative sera par exemple H1=la note moyenne en Mathématiques en filière S n'est pas de 12/20. Notre prise de décision se fera sur la base des résultats obtenus sur les échantillons, ce qui signifie que nous ne serons jamais certain à 100 % d'avoir pris la bonne décision. En fait, il existe quatre situations :

 

Décision/Situation H0 vraie H0 fausse
Non-rejet de H0 Bonne décision

Mauvaise décision :

erreur de 2e espèce

Rejet de H0

Mauvaise décision :

erreur de 1re espèce

Bonne décision

 

Avec un peu d'humour, je dis toujours à mes étudiants que l'erreur de 1re espèce (alpha) est similaire à une alarme sans feu, tandis que l'erreur de 2e espèce (bêta) correspond à un feu sans alarme. Alpha mesure en quelque sorte la confiance que nous avons dans notre alarme pour retentir lorsqu'il y a effectivement le feu. On va donc chercher à minimiser le risque d'erreur, en l’occurrence celui de 1re espèce (alpha), sachant que les deux risques sont liés. En général, on fixe alpha à 5 %, voire 1 %. Puis, le test consistera à définir une zone où, si H0 est vraie, la valeur du paramètre calculée dans l'échantillon a peu de chance s de se trouver. En pratique, comme alpha est la probabilité de rejeter H0 sachant que H0 est vraie (risque de 1re espèce), et que la distribution est supposée normale, l'on trouve les deux bornes a et b de l'intervalle de non-rejet de l’hypothèse H0.

 

Si la note moyenne calculée dans notre échantillon est dans l'intervalle [a;b], on ne peut pas rejeter l'hypothèse H0 au seuil alpha. En revanche, si la note moyenne est suffisamment éloignée de la moyenne testée (donc en dehors de l'intervalle [a;b]), alors on rejettera l'hypothèse H0, ce qui signifie que l'on a 5 % de chances de prendre la mauvaise décision.

 

C'est ainsi que se construisent la plupart des tests, qui servent tant en médecine, en biologie et dans toutes les sciences expérimentales. Vous aurez noté que certaines conditions fortes doivent être respectées (distribution suivant une loi normale, etc.), ce qui peut parfois rendre les tests moins probants lorsque l'expérimentateur se contente d'appliquer des formules sans les comprendre...

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 14:43

 

 

Dans mon précédent billet, j'ai analysé la situation de taux d'intérêt très bas dans la zone euro en la reliant à l'abondance d'épargne et aux politiques monétaires très accommodantes menées par la BCE. Dans ce contexte où l'argent semble quasiment gratuit, il m'est venu l'idée de rédiger un billet sur la nouvelle monnaie privée que Facebook souhaite créer : le Libra.

 

Qu'est-ce qu'une cryptomonnaie ?

 

Dans un sens très large, une cryptomonnaie est une monnaie qui emploie les techniques de cryptographie et circule sur un réseau informatique décentralisé, dans une logique de pair à pair (Peer-to-Peer). Autrement dit, cette monnaie ne s'appuie sur aucune Banque centrale et fait appel aux utilisateurs pour assurer l'émission et le règlement des transactions. Une cryptomonnaie est donc par nature une monnaie alternative à la monnaie légale, en ce qu'aucun agent économique n'est tenu de l'accepter en paiement.

 

 

[ Source : https://www.vie-publique.fr ]

 

Quoi qu'il en soit, bien que les crypto-monnaies fassent beaucoup parler d'elles dans les médias, elles ne représentent qu'une infime minorité des formes monétaires :

 

 

[ Source : Rapport sur les crypto-monnaies de Jean-Pierre Landau ]

 

Le Bitcoin, pionnier des cryptomonnaies

 

La plus emblématique des cryptomonnaies est évidemment le Bitcoin, apparue dans le paysage informatique en 2009 :

J'en avais déjà très souvent parlé sur mon blog, mais il est toujours bon de rappeler comment fonctionne en pratique le Bitcoin, pour mieux saisir le fonctionnement des crypto-monnaies. Commençons par ce schéma, qui explique comment se déroule une transaction en Bitcoin :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Le système Bitcoin - qui fait partie du domaine libre - repose sur une chaîne de bloc (la célèbre blockchain en anglais), qui est un journal de transactions partagé et public. Il s'apparente ainsi à un système d'échange de fichiers du type peer-to-peer comme BitTorrent. Dès lors, tout utilisateur devra télécharger sur son ordinateur ce journal de transactions et se verra attribuer une adresse bitcoin protégée par une clé privée : 

 

[ Source : Bitcoin.org ]


En pratique, un utilisateur peut obtenir des Bitcoins en les acceptant en tant que paiement pour une vente, ou en les achetant notamment sur une bourse d'échange en ligne comme Coinbase ou Bitstamp. À terme, le système a été conçu  pour que le montant maximum de Bitcoins en circulation ne dépasse pas environ 21 millions d'unités.

 

Tout cela semble très intéressant, mais à l'origine il a bien fallu créer les premiers bitcoins et les distribuer. C'est là qu'intervient un processus appelé "minage", qui consiste à créer des bitcoins et à les affecter à une personne (le "mineur") qui aura contribué à vérifier la validité des opérations en installant sur son ordinateur un logiciel spécifique à cet effet. Ces mineurs sont donc rémunérés à mesure des calculs effectués, mais la forte concurrence entre ces personnes pour obtenir de nouveaux bitcoins et la puissance très importante de calcul nécessaire (d'où l'important déploiement d'énergie...), rendent le minage de plus en plus difficile sinon impossible.

 

Le Bitcoin s'apparente donc à un projet libertarien, dont la finalité première est de se passer de l'État pour les questions monétaires, ce qui soulève de nombreuses questions : qui peut arrêter la spéculation en bitcoin ? En l'absence d'une autorité régulatrice centrale, que se passe-t-il lorsque des bitcoins sont détournés ? Comment s'assurer que le Bitcoin ne sert pas uniquement à des activités illicites dans le Dark web? etc. De plus, comme le Bitcoin n'est lié à aucune monnaie ni a aucun actif, et que le marché de cette cryptomonnaie demeure tout de même peu profond, la valeur du Bitcoin peut facilement connaître des fluctuations de grande ampleur, avec des épisodes dignes d'être qualifiés de bulles !

 

L'offensive monétaire de Facebook

 

Après ce long détour qui aura, je l'espère, permis au lecteur de se familiariser avec les cryptomonnaies, venons-en au cœur de notre sujet : l'annonce par Facebook de la création d'une filiale dédiée au développement d'une cryptomonnaie appelée Libra avec un portefeuille (wallet in english) répondant au doux nom de Calibra.... Bref, il s'agit de créer une monnaie basée sur une infrastructure a priori non bancaire. Pour en comprendre les tenants et aboutissants, disponibles dans un libre blanc, voici une petite vidéo réalisée par les Échos :

Vous l'aurez compris, Facebook cherche impérativement un relais de croissance à son actuel modèle publicitaire et a bien compris qu'avec 2,7 milliards d'utilisateurs, il pourrait en convertir un certain nombre en consommateurs/utilisateurs de la Libra, d'autant que sur la planète finance 1,7 milliard de personnes sont exclues du système bancaire classique et n'auraient alors besoin que d'une connexion à Internet et d'un portefeuille électronique. Rien d'étonnant donc à ce que les banques voient cette initiative d'un très mauvais goût, tandis que MasterCard et Visa ont joué des coudes pour être de la partie... Bien que les détails de son fonctionnement soient encore assez flous, on sait à ce stade que Facebook s'est associé à 27 entreprises pour assurer le pilotage de cette monnaie dans le cadre d'une association à but non lucratif (sic !) basée à Genève :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

De plus, afin d'éviter la forte volatilité que connaissent les autres cryptomonnaies comme le Bitcoin, la Libra devrait être liée à un panier de devises et d'actifs financiers sûrs (en tout cas réputés peu volatils), acheté avec les fonds versés par les 28 entreprises partenaires. Nous voilà donc revenus au tout début de l'histoire des Banques centrales, où le conseil d'administration était tenu par les grandes fortunes qui pouvaient faire la pluie et le beau temps sur le monde financier, sauf que dans le cas de la Libra le capitaliste obtient un nœud dans le réseau. Or, au vu du gigantisme du projet, il n'est pas certain qu'un tel fonds de réserve sera de taille suffisante pour lisser les fluctuations...

 

Et bien que Mark Zuckerberg ait promis que les données récoltées sociales ne seraient pas confondues avec les données financières, les récents scandales dans lesquels est impliqué Facebook laissent planer un doute. Ce d'autant plus que l'on parle déjà dans ce projet "d'identité numérique décentralisée et portable", qui me rappelle inévitablement l'idée de Zuckerberg de faire du profil Facebook un passe universel pour vivre dans l'ère numérique...

 

Imaginez alors juste une seconde quel pouvoir détiendrait une entreprise privée qui émet sa propre monnaie et peut par ailleurs connaître les détails les plus intimes du profil de ses utilisateurs, que ces derniers ont fort généreusement accepté de concéder en racontant leur vie sur les réseaux sociaux... Refaite à présent le même exercice de pensée avec 28 entreprises, qui pourraient dans un premier temps vous récompenser en libras de leur avoir fourni vos informations, avant de vous proposer à terme des crédits sur mesure pour consommer encore plus (chez elles)... Voilà le prototype d'un cauchemar capitaliste sans commune mesure dans l'histoire économique, même si les grandes entreprises de l'ère numérique comme Alibaba en Chine sont déjà dans une moindre mesure engagées sur la même voie (voix du peuple ?) ! D'où des craintes exprimées de manière plus ou moins officielle, et que les régulateurs (SEC, CFTC, AMF...) et Banques centrales ont bien entendues.

 

En définitive, sous couvert d'une utopie monétaire planétaire, c'est vers une forme de dystopie d'une rare complexité que l'on s'achemine dans le plus pur style orwellien, puisque celle-ci sera affublée du doux nom de Libra (liberté, sic !). Le système monétaire était déjà entre les mains du privé (les banques) et voilà qu'il pourrait arriver dans celles des géants du numérique : c'est ce qui s'appelle tomber de Charybde en Scylla. Gageons que les chefs d'États seront cette fois capables de s'entendre sur une riposte commune pour éviter la constitution d'un tel monstre monétaire, qui les déposséderait des derniers attributs d'une souveraineté déjà partiellement abdiquée à la finance !

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 13:22

 

 

Ces derniers mois, j'ai consacré de nombreux billets à la situation économique de la France, de l'Allemagne, des États-Unis et de la zone euro. Il était grand temps que je vous propose d'aller jeter un œil sur le continent asiatique, précisément au Japon, où les politiques qui y sont menées constituent un véritable laboratoire conjuguant flexibilité et interventionnisme. Par ailleurs, malgré l'épisode caniculaire, je compte bien poursuivre mon travail d'analyse économique, mais à un rythme plus réduit durant l'été, d'autant que je serai en colloque universitaire à Lille au début du mois de juillet pour y présenter mes travaux sur la monnaie.

 

La croissance et la démographie en berne

 

La croissance a sérieusement ralenti au Japon et tangente désormais la barre du zéro :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Il est vrai que la natalité est très mal orientée au Japon depuis de nombreuses années :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

La population est vieillissante, même si les compétences de la population active sont élevées :

 

 

[ Source : IndexMundi ]

 

Autant d'éléments qui pèsent in fine sur la croissance potentielle du pays, d'autant que le partage des revenus se fait au détriment des salariés, comme dans la zone euro, mais à une échelle bien plus large, ce qui augmente les profits des entreprises bien au-delà du niveau nécessaire pour leurs investissements et termine sur les marchés financiers :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Pourtant, le degré de robotisation du pays est élevé comme le nombre de brevets déposés. Par ailleurs, l'industrie est de grande taille, avec un positionnement haut de gamme, tandis que les services domestiques emploient beaucoup, de sorte que le pays est proche du plein-emploi même si l'emploi à vie se réduit comme peau de chagrin et fait place aux contrats courts.

 

Un taux d'endettement public stratosphérique

 

Le graphique ci-dessous résume tout :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Pour l'instant, la dette publique japonaise,à plus de 240 % du PIB (sic !), n'est pas un problème trop grave, puisqu'elle est très largement détenue par les Japonais eux-mêmes. En effet, en simplifiant un peu, l’épargne des ménages et des entreprises se dépose dans les banques, qui l'utilisent pour acheter des obligations d'État. Cependant, cette situation est précaire, car les résidents pourraient très bien dans les prochaines années préférer des actifs étrangers bien plus rémunérateurs. Conjuguée à la détention massive d'obligations par les institutions bancaires japonaises, elle oblige la Banque centrale à maintenir désormais même le taux d’intérêt à 10 ans entre 0 et 10 points de base par accroissement de la taille de son bilan (resic !) pour éviter une crise de la dette publique et une crise bancaire :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Il faut comprendre que, comme nous l'avons vu plus haut, face à des travailleurs privés d'augmentation salariale, la demande intérieure s'est affaiblie et le gouvernement japonais n'a pu que se résigner à mener une politique budgétaire systématiquement expansionniste... d'où l'augmentation du taux d'endettement public ! Autre versant de ce partage des revenus défavorable aux salariés, les salaires n'augmentent plus et en tout état de cause l'inflation ne peut alors provenir que d'une dépréciation du yen ou de l'importation de produits étrangers plus chers. Chemin faisant, la Banque centrale du Japon n'arrive jamais à faire réellement repartir le taux d'inflation, qui de toute façon aurait un effet catastrophique comme nous l'avons vu.

 

Bref, tout cela ressemble fort à une usine à gaz économique ! Mais certains citent le Japon comme exemple d'application de la nouvelle théorie monétaire (MMT), qui n'est pas nouvelle mais refait surface aux États-Unis notamment dans les discours enflammés de la jeune élue de New York Alexandria Ocasio-Cortez. Pour en résumer la teneur, il serait possible de mener une politique budgétaire expansionniste pour arriver au plein-emploi, sans risque de voir les taux d’intérêt augmenter et la solvabilité budgétaire se dégrader, pour peu que les déficits publics soient financés par la création monétaire. Mais le Japon prouve au contraire que si l'inflation n'est pas revenue, c'est avant tout parce que les salariés ont payé le prix d'une telle politique économique, en voyant les salaires stagner et leur pouvoir de négociation au sein des entreprises réduit à néant. 

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 14:59

 

 

Après de nombreux billets sur les problèmes structurels de la zone euro et une incursion outre-Atlantique pour évoquer la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, il m'a semblé indispensable de revenir sur la question des taux d'intérêt. En effet, lors de mes conférences et interventions j'ai pu constater combien cette situation de taux d'intérêt extrêmement bas semblait être devenue la norme pour nombre de personnes. Or, à moins de vouloir se bercer d'illusions, phénomène très à la mode j'en conviens, il faudra bien un jour que les taux d'intérêt représentent à nouveau quelque chose de concret, comme je l'ai expliqué dans mon dernier livre, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’économie (Ellipses)... 

 

Pourquoi les taux d'intérêt à court et long termes sont-ils si faibles ?

 

Que le lecteur se rassure, je ne compte pas lui faire de grands développements mathématiques, mais juste lui expliquer comment les économistes ont depuis longtemps pensé la relation entre inflation et taux d'intérêt. Selon Irving Fisher, le taux d'intérêt nominal est égal à la somme du taux d'intérêt réel (celui qui se forme sur le marché des biens et services) et du taux d'inflation anticipée. Autrement dit, selon cette vision, les deux causes de variations du taux d'intérêt nominal sont la variation du taux d'intérêt réel et la variation du taux d'inflation (anticipée).

 

Dès lors, regardons l'évolution du taux d'inflation réalisée, qui sert aux agents économiques pour faire leur prévision :

 

 * en France

 

 

[ Source : INSEE ]

 

 * dans la zone euro

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Le taux d'inflation reste donc globalement faible, ce qui conduit les agents économiques à anticiper a priori des taux d'intérêt faibles toutes choses égales par ailleurs.

 

De plus, avec le ralentissement de la croissance dans la zone euro, le risque d'une nouvelle crise et les problèmes structurels de la zone euro, la BCE n'a aucune raison de remonter ses taux directeurs, elle qui avait fait le choix de laisser son principal taux directeur à zéro, contrairement à la Banque centrale américaine (Fed) :

 

Principal taux d'intérêt directeur de la BCE

 

 

[ Source : Bloomberg ]

 

Ainsi, les taux d'intérêt à court terme sont très faibles dans la zone euro, ce qui a priori se transmet aux taux d'intérêt à long terme et rend donc ces derniers faibles, toutes choses égales par ailleurs. En outre, l’épargne très abondante au sein de la zone euro exerce une pression à la baisse sur les taux d'intérêt à plus long terme.

 

Ces derniers peuvent du reste être vus, en première approche, comme la somme du taux d'intérêt sans risque d'un État et d'une prime de risque. Or, les taux souverains demeurent globalement faibles dans la zone euro. Dans certains pays comme l'Allemagne, on arrive même à une situation absurde où les taux d'intérêt nominaux deviennent négatifs, ce qui revient à dire que les investisseurs acceptent de payer pour avoir le droit de prêter des fonds à l'État allemand !

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Rien d'étonnant dans ces conditions que les taux sur le marché de l'immobilier soient parfois très faibles, comme c'est le cas en France sous certaines conditions :

 

 

[ Source : https://www.meilleurtaux.com ]

 

Les conséquences des taux d'intérêt faibles

 

Pour ne pas alourdir ce billet, voilà quelques conséquences possibles :

 

 * les banques, dont le métier est a priori de faire de la transformation de ressources à court terme en crédits à long terme, sont très embarrassées par l'aplatissement de la courbe de taux d'intérêt qui réduit leur marge d'intérêt. Rappelons que cette courbe est une représentation graphique de la relation entre la valeur des taux d'intérêt et leurs termes, c'est-à-dire le rendement annuel offert pour une même obligation à des maturités différentes :

 

Courbe de taux pour la France

 

 

[ Source : Boursorama ]

 

 * les prix de l'immobilier vont continuer à être soutenus par des taux d'emprunt extrêmement faibles, ce qui peut conduire à la formation d'une bulle ou tout simplement à l'exclusion de nombreux ménages de l'accession à la propriété d'autant que les salaires sont loin de suivre le mouvement ;

 

 * l'euro ne pourra pas s'apprécier face au dollar, malgré l'État des balances courantes dans les deux zones ;

 

 * les entreprises, même les moins efficaces, peuvent survivre à la faveur de cette baisse de taux sur les emprunts, phénomène très bien documenté en Chine avec ce que l'on convient d'appeler les entreprises zombies.

 

En définitive, contrairement à une idée reçue, lorsque les taux d'intérêt bas restent aussi bas pendant une si longue période, cela est indubitablement le symptôme d'une économie malade ! Gare à la crise qui vient...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du site http://www.loeildelimmobilier.com

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11 juin 2019 2 11 /06 /juin /2019 19:18

 

 

La crise sociale et politique que traverse actuellement la France a des racines profondes, nul ne peut le nier. J'en ai rendu compte dans de très nombreux billets, dans lesquels j'ai par ailleurs montré le rôle central tenu par l'idéologie néolibérale d'où l'Homme est justement le grand absent, donc le grand perdant ! Ce n'est donc pas un hasard si l'on reparle tant de la classe moyenne ces dernières semaines, catégories dans laquelle tout le monde semble vouloir se retrouver, pauvres comme riches. Et ce d'autant plus qu'elle représente depuis très longtemps un idéal (Cf. Tocqueville) dans une société française qui continue d'avoir l'aspiration à l'égalité chevillée au corps.

 

Malheureusement, l'ascension sociale vers la classe moyenne est devenue très difficile voire inaccessible, ce qui conduit à briser un rêve et débouche inévitablement à une crise... Ce billet s'appuiera sur un très instructif rapport de l'OCDE concernant les classes moyennes de cet ensemble de 36 pays dont font partie beaucoup des pays les plus avancés, mais aussi des pays émergents comme le Mexique, le Chili et la Turquie.

 

La classe moyenne : un concept flou

 

Le concept de classe moyenne est plus sociologique qu'économique, comme en témoigne la riche littérature académique qui porte sur les classes sociales (groupe de personnes ayant le même statut socio-économique), depuis Karl Marx jusqu'à nos jours. Pourtant, d'une manière générale, on entend souvent dire qu'elle est constituée des personnes qui ne sont ni riches ni pauvres, c'est-à-dire de ceux qui sont trop riches pour pouvoir prétendre à des aides sociales et trop pauvres pour espérer vivre de leurs rentes. Sans surprise, deux  tiers  des personnes vivant dans les pays de l’OCDE se  considèrent  comme  appartenant  à  la classe  moyenne...

 

Mais cela ne nous avance guère... Il faut donc admettre qu'il s’agit là d'un concept flou et que toute définition comporte inévitablement sa part d’arbitraire. Ainsi, si les économistes utilisent très souvent le revenu pour définir la classe moyenne, les sociologues préfèrent s'appuyer sur la situation socioprofessionnelle des individus, sans négliger pour autant le capital économique, social et culturel (Cf. Bourdieu).

 

Dans ce billet, qui n'a pas vocation à devenir une publication académique de haut niveau, mais juste de fournir au lecteur quelques éléments de réflexion, nous adopterons une définition large qui permet des comparaisons internationales dans les rapports de l'OCDE : la classe moyenne (appelée « catégorie des revenus intermédiaires » en jargon OCDE) est constituée des personnes qui vivent dans  des  ménages  dont  les  revenus  représentent  entre  75 %  et  200 %  du  revenu  médian national, ce dernier représentant le revenu qui partage la population en deux groupes, ceux qui ont plus et ceux qui ont moins. De là découle la notion de classe moyenne inférieure (75 % à 100 %  du revenu  médian) et de classe moyenne supérieure  (150 % à 200 %  du  revenu  médian).

 

Selon l'INSEE, en France, le revenu médian par unité de consommation s'élevait à 1 785 euros en 2015. Ainsi, en prenant la définition ci-dessus, cela place la classe moyenne française dans la fourchette [1340 ; 3570]. Mais pour des comparaisons internationales, on utilise plus volontiers les seuils en dollars US corrigés  des  différences  internationales  en  parités  de  pouvoir d’achat :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

La classe moyenne se vide de sa substance

 

En moyenne, dans  les  pays  de  l’OCDE,  la  part  des personnes  vivant dans  des  ménages  de la classe moyenne telle que définie ci-dessus est passée de 64 % au milieu des années 1980 à 61 % au milieu des années 2010. Pis, les revenus de la classe moyenne n’ont quasiment pas augmenté et ont même stagné dans certains pays depuis trente ans, contrairement à ceux des 10 % les plus riches :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

C'est très grave, car de très nombreuses études montrent qu'une classe moyenne nombreuse est synonyme de prospérité, de croissance et de développement soutenable. Hélas, vivre correctement même sans luxe est devenu de plus en plus difficile, ne serait-ce qu'en raison de la précarisation de l'emploi, de la baisse des salaires et de la hausse des prix de l'immobilier (l'accession à la propriété est pourtant souvent vu comme le symbole d'appartenance à la classe moyenne), de la santé et de l'éducation :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

En France, en particulier, les prix de l'immobilier se sont déconnectés des revenus de la plupart des ménages et entraînent des catastrophes économiques (surendettement...) et sociales (impossibilité d'aspirer à la propriété légitime, exclusion...) :

 

 

[ Source : CGEDD ]

 

Peu de chances d'accéder à la classe moyenne

 

D'après les éléments vus ci-dessus, les chances d'accéder à la classe moyenne s'amenuisent de génération en génération :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Dans le détail, le rapport de l'OCDE montre qu'il faut désormais un niveau  de  compétences  plus  élevé  pour  espérer faire  partie  de  la classe moyenne, ce qui est à rapprocher de la destruction des emplois intermédiaires.

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Le problème est évidemment que si le salaire ne suit pas le nombre d'années d'études, ce qui est très largement le cas dans de nombreux pays dont la France, alors on crée un énorme sentiment de frustration chez ceux à qui on a chanté les louanges de la méritocratie et qui ont travaillé dur pour décrocher un diplôme réputé être de qualité... Par ailleurs, il devient de plus en plus souvent nécessaire d'avoir deux  revenus dans un ménage pour  faire  partie  de  la classe moyenne, ce qui soulève d'autres questions sociales comme la garde des enfants, leur éducation, la qualité de vie, etc.

 

L'ascenseur social en panne dans l'hexagone

 

Le graphique ci-dessous résume à lui tout seul le problème de l'ascenseur social. En effet, il montre le nombre de générations qu'il faudrait aux descendants d'une famille située dans le décile inférieur (10 % les plus pauvres) pour atteindre le revenu moyen dans la société :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Oui, vous avez bien lu : il faut plus de 6 générations en France à une personne du bas de la distribution des revenus pour en atteindre la moyenne !

 

À cela s'ajoute un système éducatif qui lui aussi est en panne, certains s'étant même évertués à le détruire sous couvert de faire réussir tout le monde. D'où un nombre impressionnant d'élèves avec de très graves lacunes scolaires (lecture, écriture, calcul...), alors que seule une instruction de haute qualité transmise par des professeurs de haute volée dans leur discipline est à même de faire redémarrer l'escalier social pour les moins riches, qui ne disposent pas du capital culturel et social propre à une certaine bourgeoisie. En France, les études sur le sujet sont pourtant sans appel : les performances scolaires sont très fortement liées au milieu social. Qu'il me soit permis d'ajouter que la solution ne se situe certainement pas dans la suppression de l'ENA, qui à n'en pas douter sera remplacée très vite par une autre caste.

 

Et quand on pense aux sommes astronomiques qui sont englouties dans la formation professionnelle en France ("le pognon de dingue" c'est bien sûr une autre histoire), alors que l'on sait qu'en l'état actuel le système de formation professionnelle ne corrige que très peu les inégalités surtout chez les moins qualifiés, qui du reste ont peu de chances d'obtenir une formation :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

En outre, le résultat global de la formation professionnel est médiocre si on en juge par le score de compétences professionnelles des adultes :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Enfin, comme le montre Laurence Boone, Chef économiste de l’OCDE, dans une note de synthèse, en France "le système de redistribution corrige des inégalités les plus criantes mais bénéficie peu aux classes moyennes". Et après tout cela, vous vous demandez encore pourquoi il y a eu la crise des gilets jaunes ? La question aurait dû être : comment se fait-il qu'elle ne se soit déclenchée qu'en 2018 ?

 

En définitive, nous venons de voir que la constitution d'une classe moyenne importante est indispensable à une société soutenable (harmonieuse ?) politiquement et économiquement. Pourtant, le rêve d'accéder à la classe moyenne s'évanouit un peu plus de génération en génération et les gouvernements semblent décider à mener des politiques qui poussent à la roue. En France, après la réussite mesurée à l'aune de la montre portée au poignet sous l'un des mandats précédents, le président Macron a fait des gains chiffrés en milliards l'étalon de la nouvelle réussite sociale. Naguère, pourtant, on se contentait d'appartenir de manière stable à la classe moyenne de père en fils...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du site La finance pour tous.

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4 juin 2019 2 04 /06 /juin /2019 11:03

 

 

Il n'aura échappé à personne que Donald Trump a une vision bien à lui des négociations commerciales. Ainsi, a-t-il décidé au nom de la sécurité nationale de taxer les importations étrangères - pour l'instant surtout chinoises - et d'exclure certaines entreprises comme Huawei du grand marché de la 5G. Ce faisant, Trump exhibe son tropisme pour le combat, persuadé que cela contribue à l'intérêt des États-Unis. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que doté du "privilège exorbitant du dollar", le gouvernement américain est en effet en mesure de faire avaler des couleuvres à ses partenaires commerciaux !

 

Le déficit commercial des États-Unis avec la Chine

 

Un graphique en dira plus long que des mots :

 

 

[ Source : La Tribune ]


 

En tout état de cause, la Chine est un partenaire commercial majeur des États-Unis :

Infographie: La Chine, premier partenaire commercial des États-Unis | Statista Vous trouverez plus de infographies sur Statista

Le déficit extérieur global des États-Unis

 

Il est cependant bon de rappeler que les États-Unis ont un déficit commercial global chronique :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et même en intégrant les services, revenus et les transferts pour obtenir la balance courante, qui montre la capacité d’un pays à financer ses activités économiques, le déficit extérieur demeure chronique :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Les États-Unis font d'ailleurs face à ce que les économistes qualifient de déficits jumeaux (déficit extérieur et déficit public) :

 

 

[ Source : Wikipedia ]

 

La surtaxation des importations chinoises

 

Face à ce manque patent de compétitivité à l'export de l'économie américaine, Donald Trump a au contraire considéré que le problème était entièrement de la faute des Chinois.  Certes le gouvernement chinois n'est pas exempt de critiques sur la manipulation de sa monnaie, l'espionnage industriel et les cyberattaques, mais déclarer ouvertement la guerre commerciale à un partenaire commercial majeur comme la Chine n'est certainement pas une bonne idée, surtout lorsque la production locale américaine n’est plus en mesure de se substituer aux importations...

 

Toujours est-il que les menaces de Trump, à savoir relever de 10 à 25 % les droits de douane sur l'équivalent monétaire de 200 milliards de dollars une liste de produits chinois importés, ont été mises à exécution en raison officiellement du peu d'empressement dont aurait fait preuve le gouvernement chinois, malgré quelques vagues promesses d'acheter du gaz américain et des matières agricoles :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Droit dans ses bottes, Trump exige toujours de la Chine l'ouverture réelle du marché des services, la fin des manipulations sur le yuan, l'arrêt des transferts de technologie, une limitation des aides publiques aux entreprises et la protection des brevets. Et pour obtenir gain de cause, il semble prêt à un bras de fer de longue durée, quitte à surtaxer la totalité des importations chinoises, d'autant que l'économie américaine est loin du cataclysme tant annoncé...

 

Les conséquences d'un tel protectionnisme

 

Politiquement, le coup a porté et peut être mis au crédit de Trump pour les prochaines élections ; économiquement, c'était probablement la pire chose à faire au vu de la segmentation de la chaîne de valeur dans l'industrie américaine. En effet, au vu des différentiels de coûts salariaux unitaires, il est improbable que des droits de douane puissent conduire à la relocation de pans entiers de la production industrielle aux États-Unis.

 

Théoriquement, tout dépend en fait de la sensibilité au prix des importations chinoises aux États-Unis et de la substituabilité entre produits chinois et produits américains : si les importations sont fortement sensibles à leurs prix et qu'il existe des produits américains de substitution, alors la surtaxation des importations va réduire les importations chinoises aux États-Unis. Trump et son administration semblent persuadés que c'est le cas.

 

Bien entendu, Pékin n'est pas resté les bras croisés et a décidé de surtaxer dès le 1er juin 5400 produits américains, représentant 60 milliards de dollars d'importations. Et contrairement aux optimistes béats, je ne crois pas que l'UE réussira à sortir son épingle de ce jeu de massacre entre les États-Unis et la Chine, car les chaînes de valeurs sont désormais mondiales. Au contraire, je crains fort que les pays membres de l'UE, à commencer par l'Allemagne, ne soit des victimes collatérales de cette guerre commerciale...

 

La situation économique des États-Unis

 

Malgré quelques points faibles, l'économie américaine reste florissante et ne semble pas pour l'instant proche de l'abîme annoncé ad nauseam par de nombreux commentateurs depuis l'élection de Trump. Le taux de chômage est très faible, même si cela ne présume en rien de la qualité des emplois occupés :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Au reste, la mise en place d'une politique budgétaire expansionniste au plein-emploi, pour surprenante qu'elle paraisse, se conjugue à une politique monétaire expansionniste malgré le récri de Donald Trump. Et le pire est que contrairement à l'idée selon laquelle cela favoriserait l'inflation, aux États-Unis cela conduit à une augmentation des gains de productivité et du taux d'emploi, donc de la croissance de la croissance potentielle !

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Pour conclure, rappelons que les États-Unis jouissent d'un statut particulier sur la scène économique mondiale, au travers du "privilège exorbitant du dollar", qui leur permet de financer un déficit "sans pleurs" pour reprendre le mot de Jacques Rueff. On pourrait ajouter qu'ils jouissent également d'un statut particulier sur le plan politique, en tant que première puissance mondiale. Et visiblement, Donald Trump le sait !

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de Challenge.

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28 mai 2019 2 28 /05 /mai /2019 13:21

 

 

J'ai consacré de très nombreux billets à la situation économique et sociale de la France, qui ne cesse de se dégrader contrairement à une idée reçue. Ainsi ai-je évoqué le recours massif aux contrats très courts et la pauvreté, apporté des précisions sur le temps de travail en France, analysé ce que la restitution du grand débat ne disait pas sur la fiscalité et les dépenses publiques, et enfin évoqué les causes économiques de la crise sociale en France. Mais au fond, qui se souvient encore de la stratégie économique d'Emmanuel Macron, avant que le mouvement des gilets jaunes ne vienne lui barrer la route à traverser au sens littéral comme figuré ? C'est précisément l'objectif de ce billet, d'autant que les élections européennes sont passées par là...

 

Le plébiscite raté de Macron

 

Dès le début de la campagne, Emmanuel Macron avait confisqué le débat sur les Européennes, en ramenant le scrutin à une opposition entre "progressistes et nationalistes", entendez LREM vs RN. Les éléments de langage des ministres et parlementaires distillés dans les médias ne laissaient d'ailleurs planer plus aucun doute sur le caractère désormais national que le président comptait donner à ce scrutin : "le Rassemblement national ne doit pas devenir le premier parti de France !". Le roi lui-même n'a-t-il pas déclaré qu'il mettrait "toute [s]on énergie pour que le Rassemblement national ne soit pas le premier parti de France" ? Quelques jours avant le scrutin, Emmanuel Macron avait même donné un entretien reproduit dans quasiment tous les quotidiens régionaux., sortant ainsi du rôle d'arbitre que lui reconnaît la Constitution. Seuls Le Télégramme et La Voix du Nord ont refusé les conditions de l'Élysée, à savoir une relecture de l'entretien par les conseillers du président afin d'en lisser probablement les aspérités.

 

Donc en résumé :

 

  1. Macron a personnalisé à outrance et de manière absurde les élections européennes, au point d’en faire un plébiscite national sur sa politique (personne ?) en pleine crise sociale dans le pays et au détriment des questions européennes ;
  2. Le plébiscite a mal tourné pour lui, comme le montrent les résultats nationaux, l'abstention, mais aussi les résultats dans les départements de la fameuse « France périphérique » si longtemps ignorée par le gouvernement ;
  3. Le gouvernement nie cet échec et annonce qu’il ne changera pas son cap.

 

C’est l’exemple même du sophisme à moins que ce ne soit tout simplement la démonstration par l’absurde du mépris politique… Et après, on se demande pourquoi il y a une montée de la violence et un rejet massif des urnes !

 

Le cercle vertueux escompté par sa politique économique

 

Pour le dire d'un mot, avant le mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Macron cherchait à redresser la compétitivité de France S.A., tout en restaurant les finances publiques, en baissant le taux de chômage et en augmentant les compétences et salaires. Bref, une martingale, qui devrait permettre de continuer à réformer sans cesse dans l'avenir selon les préceptes managériaux du type roue de Deming :

 

 

La situation réelle

 

Hélas, il en va des martingales comme des licornes : elles n'existent que dans les rêves ! Dès lors, le pari macronien à défaut de jupitérien reposait en partie sur le fait que les salariés accepteraient docilement de payer pour restaurer la compétitivité de leur boîte, ce qui a déjà commencé par la flexibilisation des emplois entendez leur précarisation :

 

 

[ Source : DARES ]

 

Il est vrai que le coût salarial unitaire (c'est-à-dire le coût salarial par unité de valeur ajoutée produite) a augmenté en France, mais aussi en Italie et même en Allemagne depuis l'entrée dans l'euro en 1999 :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Il ne faudrait surtout pas perdre de vue que le salarié est également un consommateur (et aussi un citoyen même si les gouvernements semblent l'oublier...), et que si les salaires sont maintenus bas pour gagner en compétitivité-coût, il ne faudra pas espérer tirer la croissance par le traditionnel moteur de la consommation.

 

En outre, la légère embellie sur le front du chômage cache mal les disparités, en particulier la situation épouvantable des plus de 50 ans, qui payent en France un lourd tribut non seulement à la crise, mais aussi à toutes ces politiques économiques qui excluent plus ou moins ouvertement les plus âgés :

 

 

[ Source des données : INSEE ]

 

La productivité par tête n'est pas non plus à la fête :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Enfin, la désindustrialisation n'est plus une simple vue de l'esprit comme vient encore de le confirmer Ascoval, ce qui pèse également sur la balance des échanges extérieurs et les parts de marché à l'exportation :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En définitive, pourquoi ai-je présenté la stratégie d'Emmanuel Macron au passé, puisque ni le vrai-faux grand débat, qui a donné lieu à une vraie-fausse restitution, ni ces élections perdues n'auront conduit à un changement de cap ? C'est le propre de l'arrogance politique que de s'obstiner lorsque la crise sociale atteint cette ampleur, désormais doublée d'une crise de la représentation démocratique. Gageons que Thatcher ne soit pas sa seule référence, car le modèle néolibéral appliqué au Royaume-Uni depuis trois décennies a conduit le pays à la catastrophe...

 

Quoi qu'il en soit, la politique économique d'Emmanuel macron consiste toujours à flexibiliser à outrance l'emploi, quitte à le rendre non salarié et ainsi à faire porter tous les risques aux travailleurs, et donc à faire payer à ces derniers la facture pour tenter de restaurer la compétitivité de leur boîte ! Le cercle vertueux tant espéré ne tardera alors pas à se muer en cercle vicieux, qui conduira l'économie vers une nouvelle crise économique et sociale majeure...

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