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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 12:24

 

 

Après l'émotion légitime suscitée par les attentats de Paris, il est désormais nécessaire de prendre un peu de champ pour analyser la situation actuelle et en tirer toutes les leçons. Certes, la question semble de prime abord échapper au domaine de l'économie - ce qui est loin d'être vrai comme nous le verrons plus loin -, et l'on se demande donc pourquoi l'économiste que je suis s'en saisit.

 

C'est qu'avant d'être économiste, je suis d'abord citoyen français, et que faire vivre la République c'est aussi participer au débat, conformément à l'article 2 de la Constitution de 1958 qui dispose : "La langue de la République est le français. L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. L'hymne national est "la Marseillaise". La devise de la République est "Liberté, Égalité, Fraternité". Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple".

 

Dès lors, n'en déplaise à Madame le ministre de l'Éducation Nationale, les pseudo-intellectuels ont devoir de s'exprimer et d'apporter leur pierre cimentée à un édifice national qui s'effrite hélas tous les jours un peu plus, sous les yeux écarquillés des bien-pensants, qui continuent à nous interdire de questionner les sujets les plus importants pour notre société, sous prétexte que le FN s'en est saisi.

 

Or, une telle attitude, outre qu'elle soit proprement antirépublicaine en ce qu'elle muselle la réflexion argumentée et de bonne foi pourtant indispensable à la bonne marche de la République, conduit l'État à l'inaction au moment où jamais on n'a autant attendu de lui. Il en va ainsi des questions politiques, économiques et sociales, comme le prouvent les réactions parfois violentes que m'ont values mes billets sur la folie des plans d'austérité ou sur la sortie de l'Euro, en faveur de laquelle je me suis prononcé clairement.

 

Pour le dire simplement, les commentaires les plus virulents sont souvent aussi les moins fondés sur le plan de l'argumentation, oscillant entre accusation de faire le lit du Front national (avec souvent point Godwin) et croyance béate en un monde qui convergerait naturellement vers son optimum, pour peu que l'on passe sous silence les problèmes qui pourraient rompre l'illusion d'une société française harmonieuse. Pourtant, comme l'écrivait Alexandre Dumas, "ce sont les illusions qui rendent les douleurs amères et inguérissables".

 

Après ces longs prolégomènes, venons-en à notre sujet. Je vais tenter dans ce billet de démontrer, en cinq temps, l'inconsistance de la politique française de lutte contre le terrorisme, telle qu'elle est menée depuis l'engagement américain en Irak, en 2001. Pour ce faire, j'utiliserai vidéos et liens afin que vous puissiez élargir votre réflexion sur les points qui vous sembleront importants.

 

1) Les mots ont perdu leur sens

 

George W. Bush et ses faucons néoconservateurs parlaient alternativement de "croisade contre le terrorisme", de "combat mondial contre l'extrémisme violent", de "guerre contre le terrorisme" ou de "guerre contre la terreur". En définitive, autant d'expressions vides de sens mais ô combien chargées émotionnellement, donc à même de provoquer chez les individus les moins protégés contre ce terrorisme intellectuel des réactions elles-mêmes violentes, mais surtout conformes à un agenda politique... Cela fait inévitablement penser à la novlangue d'Orwell et à ce régime totalitaire appelé Océania ! Noam Chomsky, l'auteur de la fabrication du consentement, n'affirmait-il pas avec justesse que "la propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures" ?

 

Au reste, il me semble que durant tout le week-end qui a suivi les attentats, les membres de l'exécutif répétaient en boucle que "la France est en guerre" et que "l'ennemi c'est Daech", non ? Ne comprennent-ils pas que faire la guerre à un État qui n'existe pas revient de facto à lui donner vie légale, ce que recherchent précisément les dirigeants de Daech ? De plus, le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, est-il moins dangereux que Daech au point de faire dire à Laurent Fabius en décembre 2012, que "le Front al-Nosra fait du bon boulot" ?

 

De plus, "faire la guerre contre le terrorisme" n'a strictement aucun sens, si ce n'est d'entretenir la fable que l'ennemi est localisé dans un coin retiré de la Syrie et que sa destruction est à notre portée. En dernier ressort, cela sert essentiellement à justifier a posteriori les frappes préventives de la France en Syrie depuis quelques semaines, alors même qu'elles sont à la limite de la légalité et qu'elles ont conduit au piètre résultat que l'on sait.

 

2) Les États-Unis n'hésitent pas à financer le terrorisme islamiste lorsque cela les arrange

 

Yves Bonnet, ancien patron de la DST, expliquait lors d'une intervention dans une émission télévisée, en 2012, que la stratégie américaine a consisté à détruire tous les régimes arabes laïcs, au point, je cite, que "ce sont quand même les Américains qui ont fabriqué Al Qaeda, je suis désolé, c’est là un fait qui n’est plus contesté par personne…". Voici cette vidéo :

 

 

Vous noterez également que l'ancien préfet n'hésite pas à citer nommément les financeurs des propagandes salafistes, notamment en France : l’Arabie Saoudite et le Qatar.

 

3) Le gouvernement français (se) ment concernant l'influence de l'Arabie Saoudite et du Qatar sur ces questions

 

Bien entendu, au vu des contrats financiers que la France cherche à se ménager avec ces pays pour l'avenir, le Premier ministre s'est senti obligé de dédouaner de manière pathétique ces deux États :

 

 

Quant à l'ex-juge d’instruction au pôle antiterroriste de Paris, Marc Trevidic, ses propos concernant l'Arabie Saoudite, recueillis dans les Échos, valent leur pesant d'or : "Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats".

 

Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, a lui aussi confirmé, dans un entretien accordé à Mediapart, que les "sponsors idéologiques et financiers du terrorisme" sont à chercher du côté des pétromonarchies du Golfe. J'ajouterai pour ma part, que la Turquie joue également un rôle bien trouble, puisque son objectif prioritaire semble surtout être d'éliminer l'opposition kurde...

 

Quoi qu'il en soit, les beaux discours de compassion et de condoléances récités par l'Arabie Saoudite (notamment), témoigne d'une duplicité quasi-schizophrénique lorsqu'on sait que la forme la plus radicale (puritaine ?) de l'islam sunnite a statut de religion d'État dans ce pays. En termes plus sociologiques, on pourrait dire que le wahhabisme impose sa grammaire aux espaces sociaux d'Arabie Saoudite, afin d'assurer à défaut de stabilité la légitimité de la famille au pouvoir.

 

4) La diplomatie française n'est pas à la hauteur

 

Depuis la campagne de guerre de Nicolas Sarkozy, orchestrée par BHL, pour faire tomber Kadhafi, jusqu'à Laurent Fabius et son "ni Bachar, ni Daech", on constate à l'évidence que la diplomatie française n'est plus cette grande dame capable de prendre de la hauteur dans les négociations, afin d'éviter les opérations belliqueuses qui n'apportent, en général, aucune solution à long terme.

 

Bien au contraire, les opérations militaires hasardeuses, menées au nom de valeurs morales supérieures proches du "ciel des idées" platonicien, débouchent le plus souvent sur des catastrophes humaines, comme en témoignent l'afflux massif de réfugiés depuis le début de l'année et les atermoiements d'une Union européenne visiblement dépassée par la question... Quant à savoir si Daech a infiltré les longues files de migrants, des éléments de réponse sont donnés dans cet article, qui fait notamment référence à une déclaration inquiétante de l’agence de coopération judiciaire européenne Eurojust.

 

Pire, selon Slate.fr, la France a violé un embargo européen en livrant, dès 2012, des armes à des groupes rebelles syriens. Bien entendu, il a été impossible de vérifier si celles-ci sont arrivées dans les bonnes mains (sic !), d'où les nombreuses photos de combattants islamistes avec des lance-roquettes Apilas ou des missiles Milan... français ! Le but affiché de ces livraisons d'armes était de soutenir des islamistes modérés pour faire tomber Bachar Al-Assad. Résultat de l'opération : la France doit désormais négocier avec la Russie qu'elle a tant dénigrée et avec Bachar Al-Assad, qui nous fait même la leçon. Une réussite en somme...

 

5) Le refus d'avoir des contacts avec les services syriens, un scandale d'État

 

Les bons sentiments moraux ne font pas une bonne diplomatie internationale. C'est regrettable, mais c'est vrai. C'est ce que démontrent les propos de Bernard Squarcini, ancien directeur de la DCRI, qui a accordé un entretien à Valeurs Actuelles où il explique que les services syriens lui ont proposé, il y a deux ans, une liste des Français qui combattent en Syrie. Et pour des raisons idéologiques, Manuel Valls l'a refusée !

 

Ces propos corroborent ceux d'Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, qui, dans une entrevue avec Mediapart affirme que "la France a rompu tous les liens de la DGSE avec les services syriens". Il rappelle ensuite que "les services secrets sont faits pour dîner avec le diable, sinon ils ne servent à rien", d'autant plus que la porosité des frontières de l’espace Schengen facilite la tâche des terroristes islamistes, qui savent très bien que la coordination des services en Europe est défaillante. C'est l'évidence, et pourtant le gouvernement français a préféré lutter en aveugle contre une telle menace. Et comme on ne change pas une stratégie qui perd, le ministre de la défense vient d'annoncer qu'il n'était pas à l'ordre du jour de reprendre contact avec les services syriens...

 

 

En définitive, il importe que la France arrête de mettre ses pas dans la politique américaine de "guerre contre le terrorisme", dont le seul résultat fut de créer Al-Qaïda et Daech, et qui ne s'attaque pas aux causes mais seulement à l'effet produit. Mais surtout, la petite démonstration à laquelle je me suis livrée ci-dessus, devrait donner à réfléchir aux partisans d'une Union européenne toujours plus libéralisée, donc sans frontières, qui priverait encore plus les États-nations de leurs prérogatives souveraines au moment où ils en ont le plus besoin.

 

Mais quoi qu'il en soit, prenons garde de ne pas tout mélanger (Islam/islamisme...) et aussi de ne pas multiplier inconsidérément les lois d'exception, qui nous feraient sombrer par nous-mêmes dans la terreur que nous cherchons à combattre !

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 12:17

 

 

Malgré un taux de chômage stratosphérique dans de nombreux pays, malgré une politique monétaire ultra-accommodante mais inefficace, malgré la destruction des emplois intermédiaires, il y a bien une petite embellie sur le front de la croissance. Mais cette hirondelle est loin d'annoncer le printemps économique, comme je vais le montrer dans ce billet et comme je l'ai par ailleurs expliqué lors de cette conférence...

 

Les signes de reprise

 

Voici quelques signes positifs, que d'aucuns considèrent déjà comme des indicateurs d'une reprise durable de l'économie européenne :

 

 * petite hausse de la croissance

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

 * hausse de l'indice PMI

 

 

[ Source : L'Obs ]

 

 * hausse de la consommation des ménages

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 * redressement de la demande de crédit

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Une reprise liée essentiellement aux prix du pétrole

 

La baisse des prix du pétrole fut importante, comme le montre le graphique ci-dessous concernant le baril de Brent de la mer du Nord, qui sert de référence sur les marchés européens notamment :

 

Brent.jpg

[ Source : Boursorama.com ]

 

Cette baisse résulte de plusieurs facteurs dont les principaux sont la moindre consommation de pétrole en Chine, due à la stagnation prolongée de sa production industrielle, et le rôle trouble joué par l'Arabie Saoudite, qui cherche à rendre non profitable la production de pétrole de schiste aux États-Unis.

 

Au-delà du fait qu'une baisse du prix du pétrole encourage la consommation d'énergie fossile, rend plus difficile l'indispensable transition énergétique et met en difficulté certains pays exportateurs de pétrole, d'aucuns n'auront pas manqué de relever avec empressement l'effet positif que cela a eu sur l'économie de la zone euro :

 

 * baisse de l'inflation et donc hausse du pouvoir d'achat des ménages ;

 

 * baisse de la facture énergétique des entreprises, ce qui fait ainsi baisser leurs coûts de production et augmente les profits.

 

Au surplus, la chute de l'inflation a conduit la BCE à passer à une politique monétaire non conventionnelle, ce qui a débouché sur une baisse des taux d'intérêt à long terme et une dépréciation de l'euro, facteurs évidemment favorables aux entreprises exportatrices.

 

Au total, la faible croissance de la zone euro s'explique pour l'essentielle par la baisse des prix du pétrole et non par d'autres facteurs plus durables, comme le montre la faiblesse dramatique de l'investissement productif, qui pourtant aurait dû retrouver rapidement des couleurs avec cette politique monétaire expansionniste.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et si les prix du pétrole augmentaient ?

 

Dans ces conditions, comme la croissance en 2015 s'explique essentiellement par la baisse des prix du pétrole, l'économie européenne tomberait immédiatement en récession si ce facteur devait se retourner à la hausse.

 

En effet, en reprenant tous les arguments développés ci-dessus, une hausse des prix du pétrole déboucherait sur une hausse de l'inflation, donc un changement de politique monétaire de la part de la BCE (par exemple fin de l'assouplissement quantitatif), qui entraînerait une hausse des taux d'intérêt à long terme, probablement une appréciation de l'euro et très certainement une chute des exportations.

 

Ainsi, quand on sait que la quasi-totalité de la reprise économique dépend d'un unique facteur exogène et volatil comme les prix du pétrole, est-ce vraiment le signe d'une économie solide ?

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article de ce site.

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 12:51

 

 

Le constat est clair : la croissance est en berne dans de nombreux pays. Ainsi, après les mauvais chiffres de la croissance de la zone euro au deuxième trimestre, c’est la Chine qui a annoncé un ralentissement marqué de son activité, probablement d’ailleurs bien plus important que les chiffres officiellement publiés. Quant aux pays émergents, ces derniers s’enfoncent les uns après les autres dans la crise (Brésil, Turquie, Russie,…).

 

Pourtant, les gouvernements affirment tous prendre des mesures nombreuses pour renouer avec la croissance, tant celle-ci est vue comme l’unique objectif des politiques économiques. Et si la croissance ne revenait jamais ? Tel est l’intitulé de ma conférence proposée à l’UPT, le mardi 10 novembre 2015 à 19h.

[ Cliquer sur l'affiche pour l'agrandir ]

 

Après avoir dressé un état des lieux chiffré de la situation actuelle, je présenterai les raisons objectives qui s’opposent à un retour de la croissance, phénomène récent et unique de l’histoire économique mondiale. Puis, j'en viendrai à la révolution numérique, dont il me semble que certains en ont trop attendu en termes de gains de productivité et donc de croissance potentielle.

 

Bien au contraire, je crains fort qu'il faille se résoudre à vivre dans un monde sans croissance, ce qui va profondément remettre en cause le fonctionnement et le financement de l’État providence, puisque celui-ci fut construit sur la croissance, le salariat et la solidarité intergénérationnelle.

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. Toutes les questions seront les bienvenues à la suite de la présentation. L’entrée est fixée à 5€ pour les personnes non inscrites au cycle de conférences économiques de l’UPT.

 

Le Républicain Lorrain vient par ailleurs d'annoncer ma conférence dans ses colonnes :

 

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 12:29

 

Depuis l’annonce du nouveau plan d’aide à la Grèce, dont j'ai rendu compte dans plusieurs billets ici et , les déclarations lénifiantes se multiplient et laissent entendre que l’Euro est désormais sauvé. Hélas, les problèmes de fond n’ont toujours pas été réglés, tant s’en faut !

 

C'est dans ce contexte que le Cercle historique et culturel Edmond About de la MJC de Dieuze m'a invité à animer une conférence le samedi 7 novembre à 17h. Celle-ci me donnera donc l’occasion d’expliquer en termes simples quels sont les problèmes auxquels la zone euro fait face et ce qu’il serait nécessaire d’entreprendre pour sortir par le haut d’une crise qui, loin de se résumer à la Grèce, concerne toute la construction européenne. Et qu’en est-il du citoyen européen dans tout cela ?

 

Le Républicain Lorrain a également annoncé cette conférence dans ces colonnes :

 

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance particulière. L'entrée est fixée à 5 € pour les non adhérents à la MJC ; gratuit pour les scolaires, collégiens, lycéens et étudiants. Toutes les questions seront les bienvenues à la suite de la présentation.

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site Finance Asia

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 11:07

 

 

C'était le 9 septembre 2012. Le président de la République était l'invité de TF1 pour détailler son plan de redressement pour l'emploi. Il y annonçait notamment qu'il "inverserait la courbe du chômage d'ici un an", tout en tenant un discours basé quasi exclusivement sur la compétitivité, comme si tout dépendait uniquement de la compétitivité, devenue du reste synonyme de coupes budgétaires...

 

Et depuis l'annonce d'une baisse du nombre de demandeurs d'emploi au mois de septembre, les médias communient avec le gouvernement dans l'illusion d'un retournement de tendance, alors même que la croissance reste très faible, que l'inflation reste quasi-nulle, que l'investissement privé demeure déprimé, etc.

 

Le billet d'aujourd'hui sera donc l'occasion, en plus de donner une brève photographie de la situation actuelle, de donner quelques notions sur la nature du chômage dans les théories économiques.

 

La situation actuelle sur le front du chômage en France

 

En France, selon l'INSEE, le taux de chômage au 2e trimestre 2015 s'élève à 10,3 % de la population active :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Plus inquiétant encore, le halo de chômage - c'est-à-dire les personnes inactives au sens du BIT mais qui souhaitent travailler - s'élève à près de 1,5 million de personnes !

 

[ Source : INSEE ]

 

En ce qui concerne le taux d'emploi, et surtout le taux d'emploi en CDI, il ne laisse rien présager de bon, d'autant que les formes précaires d'emplois se multiplient et que le chômage de longue durée explose.

 

Quant aux personnes de plus de 50 ans à la recherche d'un emploi, leur situation est tout simplement désespérante (désespérée ?) :

 

 

[ Source : Midi Libre ]

 

Chômage classique vs chômage keynésien

 

Les économistes ne sont pas tous d'accord sur la nature du chômage. Selon que l'on privilégie une approche par la demande ou l'offre on distingue :

 

 * le chômage keynésien : celui-ci résulte de l'insuffisance de la demande de biens et de services. D'où l'intérêt d'éviter les politiques d'austérité - également appelées dévaluation interne - en pleine crise et de lisser ensuite les ajustements budgétaires lorsque la croissance revient. Or, avec une croissance potentielle aussi faible, la France, et plus généralement la zone euro, va avoir du mal à créer des emplois.

 

 * le chômage classique : celui-ci résulte d'un sous-emploi des capacités de production. D'où la nécessité d'améliorer la profitabilité des entreprises au travers d'une baisse des salaires réels et des charges sociales notamment.

 

Quant à la notion de chômage volontaire, qui fait florès auprès des politiques et des médias, on peut immédiatement l'oublier. En effet, lorsqu'on voit les chiffres de créations d'entreprises et en particulier des autoentrepreneurs, on comprend aisément que la majorité des chômeurs ont à coeur de retrouver du travail au plus vite, quitte à prendre tous les risques en créant une entreprise et en perdant la sécurité qu'offre le salariat.

 

Le taux de chômage d'équilibre

 

A long terme, en l'absence de chocs macroéconomiques, le taux de chômage atteint un équilibre, qui dépend des conditions d'appariements entre offre et demande de travail, et des institutions du marché du travail comme les modalités de négociations ou le rôle des syndicats.

 

Cette notion de taux de chômage d'équilibre permet donc de déterminer quelle est la part du chômage effectif qui dépend des caractéristiques structurelles (et frictionnelles) de l'économie et quelle est celle due à l'insuffisance de la demande globale.

 

Elle fait écho au concept de taux de chômage naturel, que Milton Friedman définissait comme le taux de chômage incompressible dans un cadre de concurrence parfaite. C'est une notion normative, en ce sens qu'elle s'inscrit dans un cadre de concurrence parfaite et relie donc le chômage structurel à des rigidités du marché. On le rencontre aussi sous l'acronyme NAIRU (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment). Pour le dire simplement, à long terme, le taux de chômage effectif converge vers le NAIRU, d'où l'intérêt de pouvoir mesurer ce dernier.

 

L'hystérésis du chômage

 

Pour expliquer pourquoi après un choc, comme la crise de 2007, le taux de chômage de la zone euro ne baisse pas, mais au contraire semble monter durablement d'un cran, les économistes ont développé la notion d'hystérésis du chômage. Les deux principales explications à ce surplus de chômage qui ne semble pas se résorber à terme, sont :

 

 * le NAIRU, que nous avons défini ci-dessus, aurait augmenté de manière permanente à chaque crise. Ainsi, par définition du NAIRU, aucune stimulation de la demande ne permettra de réduire le chômage sous ce taux. Or quand on sait que la NAIRU est aujourd'hui estimé par certains économistes à plus de 9 % en France, on est en droit de s'inquiéter...

 

 * le marché du travail au sein de la zone euro serait du type insiders/outsiders. Cela signifie que les négociations sont faites en fonction des intérêts des salariés qui ont conservé leur emploi (insiders). Dès lors, lorsque l'économie tourne au ralenti, une partie des salariés perdent leur emploi (outsiders), tandis que les salaires des insiders ne sont pas réduits. Ainsi, lorsque l'économie connaît ensuite des jours meilleurs, les salaires des insiders augmentent mais les chômeurs ne retrouvent pas leur emploi.

 

La flexibilisation à outrance est une erreur

 

Certes, le marché du travail en France connaît de nombreuses difficultés, qui vont être aggravées par l'ubérisation (qui risque du reste de faire baisser le taux de chômage avant 2017, mais est-ce une bonne nouvelle ?) et la disparition des emplois intermédiaires.

 

Mais la piste de la flexibilisation à outrance est une erreur, comme l'a montré une étude récente du FMI. En effet, pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation. La conclusion de l'étude est édifiante : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme !

 

Quant au dynamisme démographique de la France, il ne sera pas d'une grande utilité si l'emploi continue à se réduire comme peau de chagrin. Ne négligeons surtout pas le manque criant de demande, qui fait tourner nos industries traditionnelles au ralenti alors qu'elles sont indispensables à la reprise économique !

 

Le chômage n'est pas qu'un chiffre

 

Pour finir, qui y a-t-il de plus exaspérant que d'entendre nos politiques évoquer le chômage uniquement sous l'angle de son taux ? De la sorte, on occulte à dessein toutes les questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel, qui expliquent certainement une part de la baisse enregistrée en septembre, sans compter les dispositifs de contrats aidés et autres régimes dérogatoires (alternance, apprentissage, etc.).

 

Car à moins de faire preuve de mauvaise foi, chacun sait bien qu'avoir un emploi pour lequel on est surqualifié n'est pas une bonne nouvelle ni pour son titulaire ni pour l'économie dans son ensemble. De plus je fais une différence entre travail et emploi, le premier n'étant que la déclinaison moderne du tripalium dont il est issu... et que l'on cherche à généraliser comme en témoignent les multiples attaques victorieuses contre le Code du travail !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site http://www.lcr-lagauche.org

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 11:11

 

 

Aujourd'hui, je vous propose un billet sur une évolution du marché du travail lourde de conséquences pour notre modèle social. Après avoir lu ce billet, vous comprendrez pourquoi j'ai choisi une photo de la série Real Humans pour illustrer mon propos...

 

La disparition des emplois de qualification intermédiaire

 

Le tableau ci-dessous présente comment a évolué l'emploi par niveau de qualification :

 

 

[ Source : France Stratégie ]

 

Ligne à ligne, on peut y voir une baisse du poids des indépendants, une stabilité du poids des employés et ouvriers peu qualifiés, une baisse du poids des ouvriers et employés qualifiés et une hausse du poids des professions intermédiaires et des cadres.

 

Ces chiffres nous montrent donc que l'on s'achemine, en France, vers une bipolarisation du marché du travail, c'est-à-dire une disparition des emplois intermédiaires et une concentration aux extrémités (emplois peu qualifiés et emplois très qualifiés).

 

Les conséquences de cette évolution

 

Cette disparition des emplois à qualification intermédiaire conduit à un recul de la productivité globale et, en tout état de cause, à une faible progression des gains de productivité :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Or, comme la croissance dépend à long terme de la productivité par tête et de la croissance future de la population active, on en déduit donc que cette évolution de la structure de l'emploi en France débouchera sur une baisse de la croissance de long terme.

 

Ce phénomène, qui se retrouve également dans de nombreux pays de la zone euro (Espagne, Italie, Portugal, etc.), soulève évidemment le problème de l'augmentation des inégalités de revenu, que seules des politiques de redistribution pourront corriger, du moins tant qu'il restera un semblant d'impôt sur le revenu.

 

L'économie numérique va aggraver le phénomène

 

Depuis quelque temps, on parle beaucoup des pans de l'économie qui prennent appui sur les nouvelles technologies de l'information et de la communication (Internet, smartphone, robotisation, etc.), et que je vais ici, par simplification et abus, appeler économie numérique.

 

Bien entendu, depuis longtemps on sait que les robots peuvent détruire certains emplois non-qualifiés, comme en témoignent les révoltes des luddites, ces ouvriers anglais qui, au XVIIIe siècle, ont détruit des machines qu'ils accusaient de provoquer du chômage et de réduire la qualité des produits.

 

Dès lors, doit-on voir dans les craintes actuelles une simple forme de néo-luddisme local ou bien s'agit-il d'une lame de fond contre l'emploi salarié ? Un élément de réponse nous est fourni par une étude du cabinet Roland Berger :

 

 

[ Source : Roland Berger ]

 

Ce qui est nouveau, c'est que l'alliance de la robotique et des outils numériques menace aujourd'hui aussi les emplois intermédiaires (comptabilité, transport, etc.), tout en continuant à exercer une pression accrue sur les emplois peu ou pas qualifiés, notamment dans l'industrie. Même la presse est touchée, puisqu'on apprenait récemment que le géant de l’Internet Tencent avait publié un communiqué économique d'environ 900 mots, rédigé par un robot en moins d'une minute !

 

De lourdes conséquences pour notre modèle social

 

Et contrairement à ce que certains affirment, il n'est pas certain que l'on assiste à un "déversement" des emplois perdus dans d'autres secteurs de l'économie, comme on a pu le voir après la Deuxième guerre mondiale où les emplois perdus dans l'agriculture se sont déversés dans l'industrie.

 

Au contraire, je crains fort que l'économie numérique n'aggrave la bipolarisation du marché de l'emploi décrite plus haut, avec d'un côté une faible proportion d'emplois très qualifiés et de l'autre une immense majorité d'emplois peu ou pas qualifiés (services à la personne, distribution, etc.). Les inégalités de revenus n'en seront qu'encore plus exacerbées !

 

Et je ne parle même pas des conflits sociaux qui en résulteront... J'en profite donc pour renouveler une conclusion d'un précédent billet : s'il ne reste plus que deux classes d'emplois, alors on risque fort d'en revenir à la lutte des classes. De plus, on imagine alors très bien la frustration que vont ressentir toutes ces personnes qui espéraient voir leur carrière progressait, mais qui devront se contenter d'être dans l'une ou l'autre classe. On pense aussi particulièrement aux jeunes à qui a on aura promis un avenir radieux une fois diplômés, mais qui se retrouvent déjà bien trop nombreux pour les rares postes correspondant à leurs qualifications.

 

C'est donc tout notre modèle social qui va être touché en profondeur par ces mutations, d'autant plus que celui-ci a été construit sur la croissance, le salariat et la solidarité intergénérationnelle (retraite par répartition). Or, faut-il rappeler que les inégalités de revenus pèsent sur la croissance, comme l'a montré une récente étude de l'OCDE ?

 

A défaut de salariat, les travailleurs iront donc chercher du travail dans une chimérique ubérisation de l'économie, c'est-à-dire un cauchemar tout éveillé où nous serions tous des autoentrepreneurs, en concurrence sur un marché coté en continu de la fourniture de service... Les rémunérations seront dès lors très variables dans le temps et selon les personnes, ce qui posera d'innombrables questions sur le financement de l'État et de la Sécurité sociale, cette dernière ayant été bâtie sur les cotisations salariales et donc in fine sur la croissance.

 

Bref, si le gouvernement ne réagit pas très vite (protection sérieuse des gens qui travaillent pour ces sociétés, obligation faite à ces sociétés de rémunérer les personnes à qui elles ont prélevé des informations, souvent à leur insu, pour les revendre),  ce sont les fondations mêmes de l'État providence français qui vont s'écrouler !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article de Télérama.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 11:10

 

 

Comme je l'avais écrit dans ce billet, notre époque a vu fleurir les idées reçues et autres contrevérités en économie, qui ne cessent d'être martelées afin de servir les intérêts d'une minorité en s'assurant, à défaut d'adhésion, l'absence de contestation du plus grand nombre.

 

C’est pourquoi, j'avais pris grand plaisir à la publication de mon nouveau livre, Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, aux éditions Ellipses. C'est justement pour en parler, que j'ai été invité dans l'émission Studio 8 de TV8. La vidéo peut être visionnée gratuitement en cliquant sur la photo ci-dessous :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo ]

 

Je rappelle que mon livre, comme l'indique son titre, répertorie 50 idées reçues et vous offre la possibilité de comprendre ces sujets simplement, sans mathématiques ni graphiques. Parmi les idées reçues traitées dans ce livre, on trouve :

 

  •  "la dette publique est un fardeau pour nos enfants"

 

  • "trop d'impôt a tué l'impôt en France"

 

  • "les dépenses publiques sont trop élevées en France"

 

  • "il ne faut pas augmenter le SMIC"

 

  • "l'Allemagne est un modèle économique pour l'Europe"

 

  • "la mondialisation est inévitable"

 

  • "la capitalisation va sauver les retraites"

 

Chaque idée reçue fait dès lors l'objet d'un chapitre court, qui commence par quelques citations sur le sujet, se poursuit par deux ou trois pages d'explications et se termine par un encadré "boîte à outils", où le lecteur trouvera des compléments techniques sur la question (par exemple sur la manière de mesurer le chômage, de calculer l’inflation, de fixer le seuil de pauvreté,…). En fin d'ouvrage, le lecteur trouvera en prime un petit lexique.

 

Ce livre s'adresse donc à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie, et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


Amazon I Fnac I Ellipses I Decitre I Chapitre I Joseph Gibert

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 11:10

 

 

L'évasion fiscale est depuis longtemps le poison de la démocratie, puisqu'elle conduit à déliter le consentement à l'impôt et augmente la charge fiscale de ceux qui ne peuvent s’y soustraire. J'avais déjà évoqué ce sujet dans le cadre de plusieurs conférences et bien entendu dans des billets, notamment après les révélations sur la créativité fiscale du Luxembourg...

 

Aujourd'hui, j'y reviens suite à la diffusion sur France 3 d'un excellent numéro de Pièces à conviction consacré au Crédit Mutuel. Il y est question de banques suisses, de pots-de-vin, d'argent qui disparaît, de porteurs de valises, etc. L'enquête est bien ficelée et construite sur le témoignage de trois anciens banquiers, spécialistes de la gestion de fortune.

 


Pieces Enquete sur le credit mutuel

 

Rappelons que cette enquête sur des faits d'évasion fiscale au sein du groupe bancaire a failli ne jamais sortir des cartons, puisque l'ami de l'information libre, Vincent Bolloré, était personnellement intervenu pour empêcher sa diffusion sur Canal +. Vous noterez qu'en sa qualité de patron de Vivendi, Bolloré fait déjà bien pire que le célèbre Jean-Marie Messier, pourtant honni lorsqu'il occupait le même poste au tournant des années 2000...

 

Heureusement que le service public a fait preuve de courage en décidant de diffuser ce document ! Alors n'hésitez pas à le voir en replay si d'aventure vous l'aviez manqué ; il est disponible gratuitement pendant six jours encore à cette adresse.

 

Depuis, le Crédit Mutuel, qui a toujours nié ces allégations d'évasion fiscale, a justement vendu la banque Pasche à une banque luxembourgeoise, Havilland. Pour mémoire, voici l'organisation du groupe CM11-CIC et BFCM en 2013 (j'ai entouré la banque Pasche en rouge) :

 

 

[ Source : rapport financier annuel BFCM 2013 ]

 

Il est à noter qu'avec la diffusion programmée de cette enquête et les investigations complémentaires menées par Mediapart, le parquet national financier a été contraint d'ouvrir une information judiciaire pour soupçons de blanchiment de fraude fiscale.

 

Question fatidique : que font les autorités de contrôle des banques ? Sur ce point, dormez tranquilles, puisque le gouvernement s'est senti obligé de choisir François Villeroy de Galhau, ancien directeur général délégué de BNP Paribas, pour le poste de gouverneur de la Banque de France : un banquier pour surveiller les banquiers !

 

Au demeurant, si cette question des conflits d'intérêts vous intéresse, n'oubliez pas qu'Eva Sas, Députée de l’Essonne, Vice-présidente de la Commission des finances, Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre et Sénatrice de Paris, et plusieurs de leurs collègues ont déposé une proposition de loi à ce sujet.

 

Or, à ce stade le texte n'a aucune chance d'être voté, sauf si chacun se mobilise, en demandant par exemple directement au député de sa circonscription s'il compte voter pour ce texte (liste des adresses courriels des députés disponible ici).

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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 13:20

 

 

Les jeux sont faits : François Villeroy de Galhau, ancien directeur général délégué de BNP Paribas, a réussi son audition devant le Parlement pour le poste de gouverneur de la Banque de France... Une majorité de parlementaires a donc considéré qu'il n'y avait potentiellement pas de conflits d'intérêts, quand bien même l'ancien banquier va devenir membre du directoire de la BCE, et donc participer à la prise de décisions et à la surveillance du système bancaire, comme je l'avais expliqué dans ce billet

 

En réponse au problème de conflit d'intérêts, Eva Sas, Députée de l’Essonne, Vice-présidente de la Commission des finances, Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre et Sénatrice de Paris, et plusieurs de leurs collègues ont déposé une proposition de loi.

Proposition de Loi Lienemann-Sas sur les Conflits d'Intérêts

 

L'idée est de lutter contre les conflits d'intérêts par un moyen simple mais terriblement efficace : la nomination à un poste de contrôle et de régulation ne serait possible, que si la personne n'a pas exercé, pendant les 5 années précédentes, de fonctions dans des entreprises contrôlées par cette institution. Dans le communiqué de presse officiel, j'ai plaisir à trouver les mots qui ne caractérisent malheureusement plus le fonctionnement actuel de notre démocratie : "confiance", "indépendance", "crédibilité",

 

Dès lors, cette louable initiative, qui démontre au passage qu'il existe encore des députés courageux et intelligents, soulève une unique question : combien de parlementaires de la majorité vont soutenir ce texte ? Pour ma part, j'ai décidé de demander directement au député PS de ma circonscription s'il comptait voter pour ce texte. Si un grand nombre de citoyens faisaient de même, je suis certain qu'une telle proposition de loi, qui n'a en l'état quasiment aucune chance de passer, pourrait devenir la marque d'une démocratie retrouvée ! C'est du reste le seul moyen d'éviter la montée des populismes et extrémismes.

 

"Si j'étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu'il faut faire ; je le ferais, ou je me tairais." Jean-Jacques Rousseau

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 11:23

 

 

Après avoir nommé un ancien banquier d'affaire de chez Rothschild à la tête du ministère de l'économie, voici que le gouvernement socialiste se sent obligé de transformer l'essai (coupe du monde de rugby oblige...), en choisissant François Villeroy de Galhau, ancien directeur général délégué de BNP Paribas, pour le poste de gouverneur de la Banque de France... Il y remplacera Christian Noyer, qui s'était signalé par un rejet marqué d'une réforme bancaire d'envergure, en particulier d'une véritable loi de séparation des banques commerciales et d'investissement.

 

Mon ennemi c'est la finance

 

Souvenez-vous, c'était en janvier 2012 au Bourget :

 

 

Que s'est-il donc passé en deux ans ? D'après cet article de Libération, c'est "l'histoire d'un renoncement sémantique" qui passe par différentes phases, depuis "la finance est essentielle à l'économie" (Moscovici en 2013) à "nous avons besoin de la finance" (Valls en 2014) en passant par la vérité médicale de feu docteur Montebourg "la finance c'est comme le cholestérol. Il y a la bonne et la mauvaise".

 

C'est surtout l'histoire d'un gouvernement qui écrase ses promesses avec les talons lorsque Michel Sapin déclare, aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence le 6 juillet 2014 : "notre amie c'est la finance, la bonne finance" !

 

Le vrai problème, que le gouvernement ne semble pas avoir compris, n'est pas tant celui de la finance que de la financiarisation à outrance de l'économie ! Cette hypertrophie de la finance est du reste une réalité quantifiable : les volumes de transaction sur produits dérivés sont devenus très dangereux et ne correspondent plus uniquement à des logiques de couverture de risques.

 

Le potentiel conflit d'intérêts

 

Disons-le d'emblée : personne ne remet en cause les connaissances et compétences de François Villeroy de Galhau. X, ENA et inspection des finances, il a notamment été directeur de cabinet de DSK de 1997 à 1999 au ministère de l'Économie et des Finances, puis directeur général des impôts de 2000 à 2003. Mais ce sont les 12 années passées chez BNP Paribas qui posent un réel problème.

 

En effet, quand bien même François Villeroy de Galhau a fourni une liste de Noël pleine d'engagements pour prouver sa bonne foi (renonciation à sa rémunération différée de la part de BNP Paribas et à toutes ses actions, promesse de ne participer à aucune décision concernant son ancienne banque, etc.), les enjeux sont suffisamment importants pour qu'un conflit d'intérêt implicite subsiste. En effet, étant issu du milieu bancaire où il a tissé des liens professionnels aussi nombreux que forts, peut-on vraiment croire qu'il sera en mesure d'imposer de manière impartiale une réglementation et une surveillance strictes aux banques ?

 

Poser la question, c'est y répondre. Voilà pourquoi un collectif de 150 économistes a signé une tribune dans Le Monde pour demander aux parlementaires de s'opposer à cette nomination, eu égard au risque important de conflits d'intérêt qu'elle va soulever. Faut-il du reste rappeler que le gouverneur de la Banque de France préside aussi l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et siège au Haut Conseil de stabilité financière ? A ce stade, si vous aviez encore des doutes sur l'éventualité d'un conflit d'intérêts, vous voilà informé !

 

Le meilleur d'entre nous

 

Alors bien sûr, comme sa potentielle nomination à la Banque de France avait soulevé les foules l'an dernier, le gouvernement a laissé passer de l'eau sous le pont Mirabeau et lui a proposé de ronger son frein tout en rédigeant un rapport inutile sur le financement de l'investissement. Bref, le gouvernement a mis en pratique le célèbre adage politique "ce qui ne s'est pas fait aujourd'hui, se fera demain puisque le peuple oublie vite", tout en ne manquant pas une occasion de multiplier les déclarations dithyrambiques à l'adresse de François Villeroy de Galhau.

 

Cela ne manque pas de laisser songeur, au point de se demander si les énarques qui cooptent d'autres énarques demeure la règle implicite de toute nomination importante en France. Dans ce cas, on pourrait faire une splendide analyse de cette technostructure en termes de classe en soi et de classe pour soi. Mais certains finiraient alors par croire que je suis marxiste, surtout après le titre de mon précédent billet...

 

Pourtant, il eût été tellement plus simple pour le gouvernement de proposer un autre candidat très qualifié, comme par exemple Benoît Coeuré, X, ENSAE et actuel membre du directoire de la BCE. La démocratie exige en effet que le soupçon de conflits d'intérêts disqualifie irrévocablement tout candidat à un poste aussi important et exposé que celui de gouverneur de la Banque de France. Pour un peu, le gouvernement nous affirmerait même que le passage à la tête d'une banque privée fait de François Villeroy de Galhau une personne encore plus qualifiée pour ce poste, conformément à la novlangue d'Orwell... Bienvenue en Océania euro-technocratique !

 

Bien entendu, on ne manquera pas de rappeler que bien d'autres banquiers centraux sont issus du monde de la banque, comme Mario Draghi (Government Goldman Sachs). Mais est-ce une raison pour faire les mêmes bêtises en France, sachant que BNP n'a du reste pas particulièrement brillé par sa probité ces dernières années ?

 

Quant à l'argument selon lequel le rôle de la Banque de France est désormais très limité, puisque la réalité du pouvoir monétaire est entre les mains de la BCE, je ne peux que répéter ce que j'ai déjà écrit plus haut, à savoir qu'en tant que membre du directoire de la BCE le gouverneur de la Banque de France participe à la prise de décisions et à la surveillance du système bancaire. 

 

En définitive, ce nouvel épisode de la série promesses-non-tenues, nous permet d'inférer désormais avec certitude que la finance est bien l'amie autant de ce gouvernement que du précédent... ce qui laisse hélas grand ouvert la porte pour toutes les formes d'extrémismes et de populismes !

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