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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 14:31

 

 

Après mon billet sur les vrais résultats (dérangeants) de l'élection présidentielle, il est temps d'en venir à la politique économique d'Emmanuel Macron. Le mode de scrutin en France permet en effet ce genre d'incongruité : avec seulement 24 % des suffrages exprimés au premier tour, c'est une politique économique ultralibérale qui sera menée en France, bien que la plupart des électeurs l'aient pourtant catégoriquement refusée. Mais à l'heure où j'écris, j'apprends que nombreux sont les adversaires d'hier à avoir rejoint la majorité présidentielle, même au rang de Premier ministre, dans le seul intérêt général de la France cela va sans dire... 

 

La composition du premier gouvernement de l'ère Macron

 

 

[ Source : Europe 1 ]

 

Voilà ce que les Anglais appelle un "ministère de tous les talents" depuis William Grenville en 1806 et que pour ma part, à l'instar des caricaturistes de l'époque, je préfère dénommer un broad-bottom ministry tellement Emmanuel a ratissé large... En effet, avec un Premier ministre de droite et surtout un ministre de l'économie tout-puissant et très à droite (souvenez-vous : 1000 pages de programme, la lutte contre l'assistanat érigée en principe cardinal...), je crains fort que nous ayons en fait tout simplement un gouvernement de droite qui se targue d'être écolo-nucléaire compatible avec la nomination de Nicolas Hulot et pense avoir fait mouche avec Laura Flessel... Il apparaît donc indispensable de détailler un peu les différentes politiques qui étaient défendues à droite et à gauche pour comprendre ce qui peut nous attendre.

 

Les différentes politiques économiques des ex-candidats

 

Il est important de commencer par présenter les grandes théories économiques qui sous-tendaient les programmes des candidats à l'élection présidentielle, afin de permettre des comparaisons. On peut ainsi distinguer quatre grandes tendances, que j'ai cherché à résumer par le schéma ci-dessous. Certes, les dénominations gauches, centre, droite ne sont plus forcément les plus adaptées après l'implosion qu'ont subie les grands partis traditionnels, mais elles ont au moins le mérite de permettre des comparaisons :

 

 

La politique de la demande

 

La politique de la demande consiste à relancer la consommation et l'investissement pour accéder au plein-emploi et à une croissance forte. Elle passe donc par un soutien aux bas revenu, des investissements publics, des aides et subventions, etc. Certes, il faut être prudent en l'état actuel de nos capacités de production nationale, puisque la hausse de la demande intérieure entre 2014 et 2016 liée à ce que j'appelais l'alignement des planètes dans ce billet, a essentiellement débouché sur une hausse des importations :

 

 

[ Source : Natixis ] 

 

La prégnance de la crise sociale que l'élite politique a trop longtemps mise sous le boisseau quand elle ne l'a pas splendidement niée, a fait resurgir sur le devant de la scène le revenu universel auquel j'avais consacré ce billet Pour les plus interventionnistes, il s'agit d'un outil de lutte contre la pauvreté dans un monde où le travail se fait rare et d'émancipation, en ce qu'il permet au citoyen de se consacrer à des activités culturelles et associatives que les contingences matérielles de la vie limitaient.  

 

Quant aux dépenses publiques, trop souvent vues comme une simple charge nécessairement trop élevée, j'avais rappelé dans ce long billet qu'entre les services publics non marchands à destination des ménages - individualisables comme l'éducation ou collectifs comme la justice - et les prestations sociales en nature (médicaments, consultation de médecine, etc.) et en espèces (retraites, allocations, etc.), une bonne moitié de la dépense publique est constituée de prélèvements qui sont restitués aux ménages et donc soutiennent la dépense privée et la croissance. Les couper serait donc catastrophique pour l'activité de notre pays !

 

La politique de l'offre

 

La politique de l'offre consiste au contraire à réduire les prélèvements supportés par les entreprises, afin d'améliorer leur compétitivité-coût et ainsi relancer l'investissement privé et donc l'emploi. Elle s'appuie par conséquent sur la réduction des dépenses publiques et la flexibilisation du marché du travail, dont on sait pourtant qu'elle est déjà importante en France et qu'elle n'est pas nécessairement source de croissance.

 

La version la plus connue est un enchaînement popularisé par le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt en 1974, qui lui vaut désormais le nom de théorème de Schmidt (sic !) : baisse des impôts et cotisations sur les entreprises => hausse des marges => hausse de l'investissement => hausse des emplois. Sauf que ce théorème n'a que très rarement fonctionné dans nos économies... En dehors de ce théorème, comme je l'ai montré dans ce billet, il est souvent fait référence à la courbe de Laffer pour justifier la mise en place d'une baisse d'impôts et de cotisations sociales pour les entreprises tout en augmentant la TVA (ce qui n'est rien d'autre qu'une forme de TVA (anti-)sociale à laquelle j'ai consacré un chapitre dans mon livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées). 

 

On croyait cette courbe enterrée pour de bon, mais comme tout concept zombie elle n'a cessé de polluer les campagnes politiques tant aux États-Unis qu'en Europe. Cela tient à sa simplicité (simplisme ?) et son caractère consensuel pour attirer les électeurs de toutes obédiences. En particulier, Ronald Reagan en prit prétexte pour baisser la pression fiscale aux États-Unis dès le début de son mandat, avec pour résultat catastrophique une forte hausse du déficit public :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Des deux côtés de l'Atlantique, la croyance est donc encore aujourd'hui que l'on se trouve du côté droit de la courbe, c'est-à-dire que la pression fiscale est devenue dissuasive et pèse par conséquent sur les rentrées fiscales de l'État. Dès lors, il suffirait de baisser la pression fiscale sur les entreprises pour que la relance de l'activité correspondante permette une augmentation des ressources fiscales de l'État. Autrement dit, le déficit public qui résulterait d'abord de la baisse du taux d'imposition serait entièrement compensé par les nouvelles recettes fiscales liées à la hausse de l'activité, ce qui revient à supposer que le multiplicateur budgétaire est très élevé, probablement le double de ce qu'il est actuellement...

 

Le programme économique de Macron

 

Emmanuel Macron a fait campagne sur le programme suivant :

 

 

[ Source : Europe 1 ]

 

En matière économique, l'infographie suivante en dit plus long que des mots :

 

 

[ Source : Boursorama ]

 

La dynamique schumpétérienne rêvée par Macron

 

Le programme d'Emmanuel Macron est en fait entièrement conçu sur une dynamique schumpétérienne. Celle-ci prend appui sur le concept de destruction créatrice, qui postule que l'innovation détruit certes des secteurs entiers de l'économie ancienne, mais au profit de la création de nouveaux secteurs dynamiques et plus productifs au sein desquels l'emploi se développera. La préconisation est alors d'ôter tout obstacle à la transformation des entreprises et de l'emploi, bref de laisser faire ce processus vu comme inéluctable et bienfaisant pour l'économie à long terme.

 

Ce faisant, on oublie juste que les emplois détruits ne sont pas nécessairement recréés en nombre égal dans les nouveaux secteurs d'activité. De plus, les qualifications n'étant pas les mêmes, rien n'assure le "déversement" d'un secteur à l'autre pour reprendre une expression popularisée par Alfred Sauvy. C'est pourquoi, les tenants du dieu Schumpeter préconisent de mieux former les salariés, de réduire la protection de l'emploi et de flexibiliser le marché du travail, quitte à inventer pour cela la tarte à la crème de la flexisécurité dont on ignore le fonctionnement précis, mais qui ne manquera pas de précariser encore un peu plus les travailleurs puisqu'il y aura négociation au niveau des entreprises sur des éléments essentiels et donc inévitablement ajustement à la baisse des salaires.

 

Emmanuel Macron, tout à sa vision européenne des affaires, néglige que le problème économique principal de la France (un niveau de coûts de production élevé par rapport à des pays de même niveau de gamme comme l'Espagne) ne pourra pas être réglé en l'état actuel de fonctionnement de la zone euro. Sa volonté de poursuivre l'approfondissement de l'UE, au moment où les opposants à la construction européenne se comptent par légion, relève soit de la pure folie (arrogance ?) soit d'une soumission à un programme ultralibéral qui fait du marché l'alpha et l'oméga de toute politique économique...

 

Toujours est-il que  la multiplication des règles et autres corsetages imposés par l'ordolibéralisme allemand (TSCG, "six-pack", "two-pack", etc.), continueront a être repris comme un mantra par la majorité des dirigeants européens dont la France bien évidemment (les récentes déclarations d'Angela Merkel ne laissent aucun doute à ce sujet), pour le plus grand malheur de nos producteurs et ménages. Nombreux sont ceux qui, à l'image d'Emmanuel Macron, citent l'Angleterre de Thatcher comme modèle voire comme horizon indépassable. Rares sont en revanche les dirigeants politiques qui notent que Theresa May est un modèle de Premier ministre, en ce qu'elle a respecté la voix populaire exprimée lors du référendum sur le Brexit alors même qu'elle souhaitait à titre personnel le maintien au sein de l'UE. Mais de cela, nul ne semble vouloir en parler...

 

En France, mais également dans toute la zone euro, les dirigeants politiques s'appuient sur de prétendues lois de l'économie pour préconiser en choeur la même politique économique, certes avec des variations de nom selon le folklore local (loi travail, loi de confiance, loi de compétitivité, etc.). Ainsi, lorsqu'on regarde la structure sectorielle des créations d’emplois dans la zone euro, on constate hélas que la baisse du chômage a pour contrepartie des emplois de mauvaise qualité, en ce qu'ils sont peu payés, donc défavorables aux ménages, et peu productifs, donc défavorables à la croissance potentielle. L'un dans l'autre, les libéraux arriveront peut-être au plein-emploi, mais avec des conditions salariales (et non-salariales) épouvantables. Le risque d'une crise sociale et politique n'en sera que plus fort ! 

 

Dans les deux cas, l'emploi décent (c'est-à-dire tout sauf la déclinaison moderne du tripalium) risque de passer par pertes et profits avec la très prochaine loi sur le travail de France SA, qui en plus de court-circuiter le Parlement, ne fera qu'entériner la mort prochaine du code du travail protecteur tel que nous l'avons connu !  L'ubérisation sera alors érigée en programme de société, mais ses dégâts seront bien cachés dans un premier temps derrière le faux nez des start-up triomphantes.

 

En définitive, contrairement à une idée reçue, Emmanuel Macron ne prend pas le meilleur des politiques économiques de gauche et de droite, mais le pire ! Hélas, nous vivons dans un monde de communication et de marketing où toutes les relations se doivent d'être du type gagnant-gagnant (win-win en franglais d'aérogare qui fera bientôt autorité dans nos établissements scolaires et universitaires) même lors les uns n'ont plus aucun pouvoir de négociation. Au fait, comment appelle-t-on une politique qui fait énormément plus de perdants que de gagnants ? Le prélude à la colère sociale ?

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 12:46

 

 

Passé le premier tour, l'enjeu de cette élection présidentielle avait totalement changé de nature au point de devenir un vote pris en otage. Bien entendu, de nombreux médias ont profité de l'entre-deux-tours pour vendre une sauce aigre-douce composée de quelques pincées d'oppositions artificielles, d'un zeste de croyance affichée en la sagesse populaire, le tout mâtiné d'une grande quantité d'appels au front républicain qualifié pour l'occasion de néo-résistance (sic !).

 

Bref, comme on pouvait s'y attendre dès le dimanche 23 avril, Emmanuel Macron l'a largement emporté face à Marine Le Pen. Mais est-ce à dire que le nouveau président de la République a obtenu l'adhésion de 66 % des électeurs qui se sont exprimés ? Il faudrait être bien naïf, si ce n'est de mauvaise foi, pour le croire...

 

Les résultats de l'élection présidentielle

 

D'après le Ministère de l'intérieur, voici les résultats sur la base de 97 % des inscrits :

 

 

[ Source des données : Ministère de l'intérieur ]


 
Il n'en fallait pas plus pour que les médias répètent à l'envi qu'Emmanuel Macron est le grand vainqueur de cette élection présidentielle. Et pourtant, le diable est dans les détails...

 

Les vrais résultats du second tour

 

Cette présentation néglige à l'évidence les nombreux électeurs qui, découragés par l'absence de choix réel que leur offrait cette élection, ont préféré très largement s'abstenir (environ 25 % des inscrits) ou voter blanc (près de 6,3 % des inscrits) au second tour ; même les bulletins nuls sont très nombreux (environ 2,2 % des inscrits). Car n'en déplaise aux belles âmes qui s'indignent facilement et souvent cathodiquement quand le petit peuple ne vote pas ou pas du bon côté selon eux, la démocratie offre la possibilité de ne voter ni pour la peste ni pour le choléra, afin de faire entendre une vraie voix discordante.

 

Dans le cas présent, comme les électeurs savent pertinemment que le vote en blanc ne sera pas comptabilisé dans les suffrages exprimés, nombreux sont ceux qui se sont réfugiés dans le vote nul et surtout l'abstention. Dès, en rapportant les suffrages obtenus par chaque candidat au nombre total d'inscrits, on obtient quelque chose de ce type :

 

 

[ Source des données : Ministère de l'intérieur ]

 

Les vrais résultats de l'élection présidentielle font donc apparaître un tout autre message à l'adresse des politiques : aucun des deux candidats ne répond majoritairement aux attentes des électeurs français ! Cette conclusion indiscutable mais hélas dérangeante pour le système oligarchique en place, explique pourquoi la loi électorale refuse toujours de comptabiliser le vote en blanc dans les suffrages exprimés, malgré moult promesses en ce sens... Rien d'étonnant donc à ce que de nombreux citoyens préfèrent ne pas participer à cette vaste pantalonnade électorale en s'abstenant de voter, bref en se retirant sur l'Aventin comme disaient les Anciens.

 

Le vote en blanc

 

Prenons un exemple fictif pour bien comprendre en quoi le vote blanc peut changer l'interprétation des résultats d'une élection. Supposons un corps électoral réduit à 120 électeurs et deux candidats notés A et B. 35 électeurs votent pour A, 41 pour B, 24 votent blanc et 20 s'abstiennent. Si l'on ne tient pas compte des votes en blanc dans les suffrages exprimés, le résultat de cette élection est le suivant :

 

 

En revanche, si l'on prend en compte les votes en blanc dans les suffrages exprimés, on obtient cela :

 

 

Les mauvaises langues me rétorqueront que dans les deux cas c'est bien le candidat B qui sort vainqueur de l'élection. Oui mais, avec 24 % de votes en blanc considérés comme des suffrages exprimés, sa légitimité politique est bien plus faible puisqu'il ne dépasse même pas les 50 %... Et il est fort probable que l'abstention baissera, puisque les électeurs disposeront désormais de la possibilité de faire entendre une voix discordante avec le vote en blanc. L'un dans l'autre, cela oblige le nouvel élu à faire preuve de plus d'humilité dans la lecture des résultats, d'en tenir compte dans la composition de son gouvernement et dans l'élaboration de ses politiques économiques. Bref, le vote en blanc permet d'une certaine façon de ne pas donner un chèque en blanc à l'élu !

 

Mais ceci dit, il serait faux de croire que le vote en blanc réglerait tous les problèmes de légitimité politique dans ce qu'il reste de démocratie en France. En effet, ce serait faire l'impasse sur les autres modes d'expression de l'opinion publique, qui sont bien plus souvent privilégiés que les urnes : manifestations, grèves, commentaires sur les réseaux sociaux, etc.

 

Un vote d'adhésion ?

 

Dans ce genre d'élection où le deuxième tour était déjà écrit à la fin du premier, l'humilité (qualité rare en politique j'en conviens) commande de ne pas s'approprier chaque voix exprimée comme un vote d'adhésion, d'autant que face à Marine Le Pen on s'attendait plutôt à un score de Maréchal du type 80 % / 20 %. C'est bien la preuve que le ras-le-bol du système, la colère jusque-là sourde et le ressentiment, s'expriment désormais ouvertement jusque dans les urnes à des niveaux jamais atteints ! Imaginez un instant ce qui se serait passé si le Front National avait fait de tels scores il y a encore 15 ans ? Aujourd'hui, ça ne semble pas avoir choqué grand monde, tant il paraissait même évident que Marine Le Pen serait au deuxième tour...

 

Emmanuel Macron n'a donc pas suscité d'engouement dans le corps électoral, en dehors des électeurs qui ont besoin que les comédiens changent pour donner l'impression qu'il se joue une nouvelle pièce dramatique tout en conservant le même livret, contrairement au corps politique où ils sont nombreux à avoir déménagé corps et biens pour rejoindre son mouvement. Certaines mauvaises langues diront peut-être qu'il y a des postes à prendre...

 

Juste avant le second tour de l'élection présidentielle, la dernière enquête électorale du Cevipof avait donné des éléments de réflexion intéressants sur le candidat préféré des électeurs (notez la large part du "aucun") :

 

 

[ Source : Cevipof ]

 

On remarquera également que 60 % des sondés qui avaient l'intention de voter pour Emmanuel Macron déclaraient le faire par défaut :

 

 

[ Source : Cevipof ]

 

Le Cevipof en concluait même que l'image d'Emmanuel Macron s'est dégradée au fil de la campagne, ce qui est très inquiétant pour une personne qui souhaite rassembler les Français face au Front National. C'est peu dire qu'il lui sera difficile de gouverner, même si désormais il n'exige plus de ses candidats aux législatives qu'ils quittent leur parti politique, pour peu qu'ils se rattachent administrativement à son mouvement afin de toucher tout de même les subsides publics. La doctrine n'aura pas duré longtemps face à la réalité du jeu politique sous la Ve République... Mais en attendant, tous les grands partis politiques rêvent déjà d'un troisième tour aux élections législatives, donc d'une cohabitation, qui semble même avoir la faveur des sondés !

 

Et dans cinq ans, lorsque la colère sera arrivée à son paroxysme, malgré les dénégations des politiques qui à défaut de voir midi devant leur porte regardent souvent ailleurs, le prochain candidat face aux extrêmes n'arrivera peut-être même plus à 50 % des suffrages exprimés... Et les commentateurs patentés affirmeront alors en choeur que c'est le peuple qui ne comprend décidément rien à rien, qu'il n'existe pas d'alternative aux politiques économiques ultralibérales qui sont menées. Ils auront assurément tort, mais la catastrophe sera bien là, et comme toujours dans l'histoire ceux qui resteront (ou qui ne pourront pas s'enfuir) devront payer les pots cassés !

 

Simone Weil et le vote

 

Dans un précédent billet, j'avais déjà parlé de Simone Weil qui, dans une courte note publiée de manière posthume en 1950, appelait à la suppression des partis politiques, cette machine à fabriquer dangereusement de la passion collective : "le mal des partis politiques saute aux yeux, ne sont-ils pas même du mal à l'état pur ou presque ?". Je voudrais y revenir brièvement, sans en dire trop pour vous donner l'envie de la lire, tout en pointant l'extrême acuité de sa pensée politique.

 

Ainsi, elle montre comment dans le Contrat social de Rousseau, l'on trouve énoncé toutes les conditions d'existence de notre idéal républicain basé sur la volonté générale. Pour le dire simplement, sous certaines conditions, l'expression du peuple peut être conforme à la justice, parce que les hommes sont censés partager la même raison qui leur permet donc de converger en opinion sur la justice et la vérité. Or, ce sont précisément ces conditions qui sont le plus souvent passées sous silence, en particulier lorsqu'elles ne sont plus remplies :

 

 * il faut qu'il n'y ait aucune passion collective qui s'empare du peuple au moment où il doit s'exprimer, sinon il peut facilement voter pour les pires politiques comme l'a démontré l'accession au pouvoir de criminels par la voie légale ; 

 

 * le peuple doit pouvoir s'exprimer sur des problèmes concrets et précis de la vie publique, et non faire seulement un choix entre plusieurs candidats dont on a pu voir qu'ils ne respectaient pas toujours, c'est un euphémisme, leur programme ; 

 

Et le moins que l'on puisse dire est qu'actuellement aucune de ces deux conditions n'est respectée. Alors dire que le nouveau président de la République a été élu par la volonté générale du peuple français me laisse perplexe... Mais chut, ne gâchons pas la fête en jouant les Cassandre. Fermez le ban !

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 12:50

 

 

La Fête du Travail semble n'être plus qu'un simple jour férié, si j'en juge par ce qui se dit autour de moi et par le nombre de manifestations prévues ce jour. C'est pourquoi, j'ai souhaité rappeler brièvement l'histoire de cette journée du 1er mai consacrée au travail, tant elle représente une lutte importante, que d'aucuns cherchent à faire oublier afin de déconstruire et précariser flexibiliser le droit du travail... bien entendu au nom du progrès !

 

Tout d'abord, il est utile de rappeler que c'est le 30 avril 1947 que le gouvernement décida de faire du 1er mai un jour chômé et payé, sans qu'il soit fait référence à une fête, ce qui signifie que l'appellation Fête du Travail n'est que coutumière ! Le 1er mai fut certes un jour désigné comme Fête du Travail et de la Concorde sociale, mais sous Vichy le 24 avril 1941...

 

Cette date du 1er mai s'inspire en fait des grèves et négociations du 1er mai 1886, qui débouchèrent sur une limitation de la journée de travail à huit heures aux États-Unis. C'est en 1889 que la deuxième Internationale socialiste réunie à Paris se donnera pour objectif la journée de huit heures, puisque jusque-là le temps de travail habituel était de dix à douze heures par jour ! Et pour marquer cette revendication, il fut décidé d'organiser une grande manifestation à date fixe (le 1er mai...) dans le but de faire entendre la même revendication de réduction du temps de travail dans tous les pays !

 

C'est ainsi qu'est née la Journée internationale des travailleurs également appelée Fête des travailleurs, avec un premier défilé le 1er mai 1890, où les ouvriers firent grève et défilèrent avec le célèbre triangle rouge à la boutonnière qui symbolisait les 3 grands tiers de la journée : travail, sommeil, loisir. Pour l'anecdote, il faudra attendre le 23 avril 1919 pour que le Sénat français impose une limite de travail à 8 heures par jour... et aujourd'hui le terme du milieu semble être vu comme une perte sèche !

 

Enfin, puisque nous sommes en si bon chemin semé d'embûches, regardons ce que l'histoire peut nous apprendre sur le traitement du chômage au XIXe siècle. Après la révolution de février 1848, trop souvent oubliée par les Français pétris de progressisme et dont la déflagration se fit pourtant sentir partout en Europe, le gouvernement provisoire de la IIe République créa les Ateliers nationaux dans l'idée de procurer aux chômeurs de Paris un petit revenu en contrepartie d'un travail.

 

Mais à l'Assemblée nationale, forts d'une majorité de notables provinciaux très méfiants à l'endroit des ouvriers, les députés décidèrent que les Ateliers nationaux ne devaient se voir confier aucun travail susceptible de concurrencer une entreprise privée (toute ressemblance avec la situation actuelle ne pouvant être totalement fortuite...). C'était dès lors les condamner au supplice de Sisyphe, d'autant que le nombre de chômeurs qu'ils employaient augmentait de façon vertigineuse : abattre des arbres sains pour les substituer par ceux provenant des pépinières nationales, dépaver les rues pour ensuite les repaver à nouveau, etc.

 

Les Ateliers nationaux devinrent ainsi un repoussoir pour la classe bourgeoise, qui n'y voyait rien d'autre qu'une poudrière d'ouvriers révolutionnaires et un gouffre économique. Dès lors, par collusion d'intérêt, il n'est guère étonnant que nombre de parlementaires s'opposèrent à toute forme d'intervention de l'État dans le domaine économique et dans la régulation des relations patrons/salariés. C'est que rentiers et bourgeois de l'Assemblée se sentaient offusqués de devoir entretenir avec l'argent public un nombre croissant de chômeurs employés par ce qu'ils surnommaient désormais les "râteliers nationaux", considérant qu'une telle aide relevait plutôt de la charité privée.

 

Le 20 juin 1848 fut donc décidée la suppression des Ateliers nationaux, dans l'espoir de calmer au passage les velléités révolutionnaires des ouvriers. Ce faisant, 120 000 ouvriers furent licenciés par les Ateliers nationaux, ce qui déboucha sur de violentes émeutes de la faim (les journées de juinet une répression brutale. Répétons-le : c'est donc bien la République qui fit tirer sur le Peuple...

 

L'histoire nous rappelle que la question du travail et de sa valeur a souvent été traitée de manière partisane par le pouvoir politique, afin de satisfaire aux intérêts d'une minorité de riches faiseurs... Trop souvent, les politiques évoquent d'ailleurs le chômage uniquement sous l'angle de son taux, ce qui permet de la sorte d'occulter à dessein toutes les questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel.

 

Il faut en effet faire la différence entre travail et emploi, le premier n'étant que la déclinaison moderne du tripalium dont il est issu... et que l'on cherche à généraliser comme en témoignent les multiples attaques victorieuses contre le code du travail !  Certes, le marché du travail en France connaît de nombreuses difficultés, qui vont être aggravées par l'ubérisation et la disparition des emplois intermédiaires. Le graphique ci-dessous fait d'ailleurs froid dans le dos quand on pense que le président de la République s'était engagé à retourner la courbe du chômage, lui qui avait pour ennemi la finance :

 

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

Mais est-il pour autant nécessaire de multiplier les bullshit jobs dont parle David Graeber dans un article publié dans Strike Magazine, c'est-à-dire le travail vide de sens qui conduit à d'autres maux ?

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 10:12

 

 

À l'heure du choix démocratique, le premier tour n'a pas permis de départager les candidats aussi nettement que certains commentateurs patentés ont bien voulu le dire. Ainsi, avec l'élimination dès le premier tour de Benoît Hamon (lâché honteusement par les siens) et de François Fillon (empêtré dans ses affaires judiciaires), c'est tout l'équilibre politique du pays tel qu'il avait été conçu en 1958 qui vacille... Je vous propose donc aujourd'hui une brève analyse des résultats mâtinée de quelques éléments économico-politiques pour comprendre la crise qui couve.

 

Les résultats du 1er tour

 

D'après le Ministère de l'intérieur, voici les résultats sur la base de 97 % des inscrits :

 

 

[ Source des données : Ministère de l'intérieur ]

 

Ce premier graphique montre à l'évidence qu'aucun candidat ne s'est vraiment démarqué des autres, contrairement à la campagne présidentielle de 2007 où Nicolas Sarkozy faisait très largement la course en tête avec 31 % des exprimés, contre 26 % environ pour Ségolène Royal et 18,5 % pour François Bayrou :

 

 

[ Source : La Documentation française ]

 

Bien entendu, on ne saura jamais ce que pensent les abstentionnistes (près de 22 %), les électeurs qui ont voté blanc (1,39 %) dont on ne prend toujours pas en compte la signification dans les résultats malgré moult promesses en ce sens, et les bulletins réputés nuls (0,62 %). Voilà à quoi ressemble d'ailleurs le résultat du 1er tour si on les présente en pourcentage des inscrits et non des exprimés : 

 

 

[ Source des données : Ministère de l'intérieur ]

 

Les résultats du 1er tour par départements

 

Cette carte permet de se rendre compte de ce qui vient d'arriver, si l'on garde à l'esprit que le bleu foncé correspond aux départements où Marine Le Pen est arrivée en tête et le gris ceux où Emmanuel Macron est arrivé en tête :

 

 

[ Source : http://www.francetvinfo.fr ]

 

À comparer peut-être avec cette carte, pour comprendre comment la misère et le désarroi liés aux politiques néolibérales ont conduit les citoyens à ne plus faire confiance aux partis politiques de gouvernement traditionnels :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

La perte de confiance dans les partis politiques

 

Selon le baromètre élaboré par le CEVIPOF, la confiance dans les élus s'érode très vite à mesure que l'on s'éloigne du niveau local :

 

 

[ Source : CEVIPOF ]

 

En ce qui concerne à la confiance dans les partis politiques, elle trône si bas qu'on se demande quelle légitimité ces derniers peuvent encore avoir, et ce quel que soit le nom de la formation et son ancienneté (en l'occurrence le PS a été mortellement blessé dès les primaires, mais l'estocade lui a été portée hier soir)... Simone Weil, dans une courte note publiée de manière posthume en 1950, appelait déjà à la suppression des partis politiques, cette machine à fabriquer dangereusement de la passion collective : "le mal des partis politiques saute aux yeux, ne sont-ils pas même du mal à l'état pur ou presque ?" ! C'est dire s'ils avaient mauvaise presse... Quant aux médias, aux syndicats et aux banques, ils font face à une défiance à peine moindre !

 

 

[ Source : CEVIPOF ]

 

Pris ensemble, tous ces éléments devraient conduire les haut-parleurs des clans politiques à en rabattre de moitié lorsqu'ils affirment que les Français ont adhéré à leur programme. Je crains plutôt que les Français viennent de montrer qu'ils en avaient assez de la politique telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui et des difficultés sociales ainsi qu'économiques qu'ils subissent dans leur vie quotidienne !

 

Au reste, la ligne de fracture entre souverainistes et européistes, entre tenants d'un approfondissement de l'UE et contempteurs de cette Union-là, ne devrait pas être négligée au nom d'un nécessaire rassemblement du peuple, qui fleure bon la concorde montée de toutes pièces pour complaire aux médias internationaux. Si l'on additionne les voix qui se sont exprimées pour des candidats critiques envers l'Union européenne ou la zone euro, on obtient cette réalité qui, si elle est dérangeante dans le cas des progressistes béni-oui-oui, n'en demeure pas moins l'enjeu majeur de cette élection :

 

 

Or, dans quelques jours, le deuxième tour va selon toute vraisemblance conduire à la victoire par KO d'Emmanuel Macron sur Marine Le Pen :

 

 

[ Source : Sud Ouest ]

 

On entendra nombre de politiques de tous bords déclarer qu'il s'agit manifestement d'un vote d'adhésion aux idées libérales, qualifiées pour l'occasion de progressistes et humanistes puisque les mots n'ont plus de sens. Ils occulteront bien entendu sciemment que les électeurs sont une nouvelle fois venus au secours, à leur corps défendant, d'un système en capilotade...

 

Gouverner dans ces conditions relèvera de la gageure. Or, tel le sparadrap du capitaine Haddock, les questions non réglées reviennent inlassablement sur la table lors des prochaines élections, ce qui laisse entrevoir de plus en plus de dépit et de frustration, ce qui me fait craindre une crise sociale !

 

N.B. : l'image de ce billet provient de cet article du site www.francetvinfo.fr

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 10:56

 

 

Bien que je m'intéresse évidemment beaucoup à l'avenir politique de notre pays, comme tout à chacun j'imagine, je ne fais que de rares incursions en territoire purement politique sur mon blog. Une exception avait été faite lors des premiers attentats en France et récemment sur l'émoi de cette campagne électorale vue au travers des yeux d'un voyageur venu d'une contrée lointaine (articles qui avaient été au demeurant beaucoup lus...).

 

Aujourd'hui, je fais une nouvelle exception suite à la suppression par LCI du replay de l'émission La Médiasphère, jugée un tantinet trop critique envers la communication politique de Macron et Le Pen. Heureusement Internet a sauvé ce moment d'anthologie :

Il m'a donc semblé nécessaire de vous parler brièvement de la communication politique, qui transforme trop souvent les candidats (et ensuite les élus) en machine à réciter au mieux des discours surgelés au pire des éléments de langage dépourvus de profondeur intellectuelle. Comme l'affirme avec pertinence Dominique Wolton dans un article de son blog, "à la limite, la communication politique désigne toute communication qui a pour objet la politique !... Cette définition, trop extensive, a cependant l’avantage de prendre en compte les deux grandes caractéristiques de la politique contemporaine : l’élargissement de la sphère politique et la place croissante accordée à la communication, avec le poids des médias et de l’opinion publique à travers des sondages".

 

La communication politique à outrance, de par sa simplification des problèmes qui confine désormais à la caricature et permet de parler de tout sans rien en connaître, fait glisser notre démocratie - si tant est qu'elle existe encore malgré les apparences - vers une doxocratie comme l'appelle Jacques Julliard, c'est-à-dire un régime politique où l’opinion influence directement les décisions du pouvoir. Ainsi pour chaque problème politique, plutôt que de gouverner, ce qui suppose de prendre des décisions mûrement réfléchies suivant le principe de la délégation de souveraineté, les gouvernants préfèrent sonder l'opinion publique dont ils se persuadent à tort qu'elle représente le phare d'une nation.

 

Ce faisant, ils privilégient explicitement l'instantanéité à la réflexion, les passions à la raison, la superficialité à la profondeur, le préjugé au raisonnement, la joute oratoire stérile au débat politique fécond... En effet, l'opinion publique n'est souvent rien d'autre que la somme des idées dominantes et des préjugés du moment, ce qui on en conviendra fait d'elle une très mauvaise boussole pour prendre des décisions engageant l'État à long terme. De plus, comme nombre de politiques imaginent que les sondages demeurent le principal moyen d'appréhender l'opinion publique, ils instituent malgré eux (du moins on l'espère...) le règne des médias et des sondeurs, bref du populisme !

 

Et là une précision s'impose : le populisme n'est pas seulement l'idéologie qui se réfère systématiquement au peuple pour l'opposer aux élites - encore que lorsqu'on voit la trahison des élites le populisme peut devenir une nécessité -, c'est également ces courants dits de synthèse qui souhaitent faire table rase des prétendus archaïsmes de la société au profit des puissants à moins que ce ne soit pour leur plus grand profit. Chantal Delsol, caractérisait plus précisément le populisme par la défense d'un enracinement dans la famille ou la patrie, en réponse à une mondialisation ou plus généralement une ouverture de la société trop approfondie. Bref, le populisme n'est pas toujours ce que l'on imagine, mais il est beaucoup plus utile pour certains de n'en retenir qu'une définition grossière qui élimine les plus humbles et met les intérêts d'une minorité à l'abri des dangers...

 

Mais attention au retour de balancier ! Dans les Temps difficiles, ouvrage publié en 1854, Charles Dickens expliquait fort à propos que la réalité finit toujours par s'imposer par-delà les beaux discours : "économistes utilitaristes, maîtres d’école décharnés, délégués aux Faits, incroyants distingués de force credo éculés, vous aurez toujours des pauvres avec vous. Tandis qu’il en est temps encore, cultivez en eux toutes les grâces de l’imagination et du sentiment pour orner leurs vies si dénuées d’ornements, sinon, au jour de votre triomphe, lorsque le goût du merveilleux aura été à tout jamais chassé de leurs âmes, et qu’ils se retrouveront face à face avec leur existence dénudée, la Réalité se changera en loup et vous dévorera".

 

Entendons-nous bien : je suis tout à fait partisan d'une plus grande participation des citoyens à le Res Publica, c'est même indispensable pour éviter le despotisme doux de la démocratie dont parlait déjà Tocqueville au XIXe siècle, mais en même temps il n'est pas possible de gouverner avec pour seul objectif de satisfaire à tout instant l'opinion publique dont les traits principaux sont, comme nous venons de le voir, la volatilité et le préjugé. C'est même une faute politique et ceux qui tombent dans ce travers feraient bien de relire Max Weber, qui distingue les deux éthiques de l'action politique : l'éthique de conviction basée sur le principe kantien du devoir et l'éthique de responsabilité. 

 

Mais de cela la plupart des politiques s'en fichent, puisqu'il est beaucoup plus payant dans les médias d'apparaître comme intelligent que de l'être réellement. Depuis quelques années, nous sommes à l'évidence sous le règne du paraître qui étouffe l'être et la noblesse de la politique, où l'homo politicus se soucie plus de son image que de son action à la tête de l'État, où le montant du compte en banque tient lieu de marqueur de la réussite sociale et de certificat de capacité à gérer les affaires publiques... Bref, nous voilà en plein dans la postmodernité dans ce qu'elle offre de pire, avec son lot de post-vérités, d'outrances verbales et violences à peine cachées !  

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 14:24

 

 

J'ai souvent eu l'occasion sur ce blog d'évoquer la mobilité internationale des capitaux, présentée par certains comme une condition sine qua non de la croissance de la production. Or, il serait peut-être temps de constater que la finance est désormais loin d'être au service de l'économie réelle, pire la première est en passe de phagocyter la seconde avec la complicité à peine voilée de certains politiques sur lesquels un regard extérieur avait été porté dans ce billet...

 

La mobilité des capitaux

 

En dehors de la Chine, la plupart des grands pays du monde ont choisi de laisser les capitaux circuler librement sur la planète et donc de faire disparaître les contrôles. L'ouverture de l'abreuvoir à liquidités aux États-Unis puis dans la zone euro ces dernières années a d'ailleurs poussé à l'extrême les incitations à la libre circulation des capitaux, mais pas toujours dans la direction escomptée, tant s'en faut !

 

Les gouvernements invoquent en premier lieu le fait que la libre circulation des capitaux conduirait à une meilleure allocation mondiale de l'épargne. De plus, cette mobilité des capitaux permettrait de s'endetter lorsque la croissance ralentit, bref de lisser le cycle économique. Enfin, elle assurerait le transfert optimal de l'épargne des pays avec une population vieillissante vers les pays où la population est plus jeune, en ce que les premiers accumulent des excédents extérieurs qu'ils prêtent aux seconds. En résumé, la mobilité internationale des capitaux serait une sorte de martingale de l'économie.

 

Or, les martingales n'existent pas et les faits économiques le prouvent ! Ainsi, si l'on reprend les arguments évoqués ci-dessus dans l'ordre, l'exemple des relations sino-américaines suffit à montrer que les capitaux ne vont pas des pays à faible productivité marginale du capital vers ceux à forte productivité. De même, il n'est pas difficile de constater que loin d'être contracycliques, les flux de capitaux vers les émergents sont le plus souvent procycliques, ce qui signifie simplement qu'un pays en récession voit les capitaux affluer quand il fait beau temps mais que ces derniers refluent lorsqu'il y a de l'orage. Il n'y a guère que l'argument du transfert entre pays à démographie vieillissante et jeune qui justifie encore un peu la mobilité des capitaux, mais l'argument tombe à l'eau pour les émergents situés en Asie.

 

Ainsi, la mobilité sans entraves des capitaux ne trouve plus guère de justification économique. Et pourtant, à l'image des autres concepts "zombie", les financiers nous martèlent que c'est indispensable à la croissance, négligeant de la sorte toutes les questions de blanchiment, d'évasion fiscale et autres effets pervers qui l'emportent souvent sur les rares effets positifs !

 

Mais on ne le répétera jamais assez : la finance n'a pas pris le pouvoir sur le politique, c'est le politique qui a volontairement abdiqué devant la finance, faisant même entrer dans les gouvernements et la haute fonction publique des financiers qui se déclarent pour certains d'entre eux anti-système... Cela devrait nous rassurer, en ce qu'il demeure possible de reprendre ce pouvoir dans l'intérêt commun, même si le combat s'annonce difficile ! Et la limitation des mouvements internationaux de capitaux en est la première étape, qu'elle passe par une taxe sur les transactions financières ou par des contrôles plus directs.

 

Les paradis fiscaux

 

À l'évidence, les gouvernements ont compris à leurs dépens depuis la crise de 2008 l'importance de contrôler les capitaux, ne serait-ce qu'en raison des scandales qui se multiplient à la Commission européenne, des affaires comme LuxLeaks, Panama Papers ou Football leaks, des banques européennes très souvent en difficulté mais avide de cieux fiscaux plus cléments, etc.

 

D'où l'accélération des mesures prises par les dirigeants politiques depuis quelques années pour lutter contre les paradis fiscaux et l'évasion fiscale afin d'engranger des recettes budgétaires supplémentaires. Il est vrai que l'évasion fiscale (voir ce billet récents) vers certains cieux plus cléments fiscalement a grandement contribué à siphonner leurs recettes budgétaires, ce qui a nécessité de faire porter l'imposition sur ceux qui ne peuvent s'y soustraire au risque de déliter le consentement à l'impôt pourtant fondamental en démocratie. Las, au vu de la concurrence fiscale mortifère à laquelle se livrent les États membres de l'UE, la distinction entre État vertueux et paradis fiscal devient de plus en plus tenue...

 

Et avec l'apparition de monnaies électroniques comme le Bitcoin, qui offre une forme très avancée d'anonymat, on ne peut ignorer les risques de blanchiment d'argent sale ! N'est-ce pas en particulier pour cette raison que les régulateurs financiers du monde entier s'intéressent de près au triptyque Bitcoin-Tor-Dark web ?

 

Et depuis la vague d'attentats que connaît la France, le gouvernement (mais l'on pourrait en dire autant de l'immense majorité des autres gouvernements de l'UE) vient de redécouvrir que les terroristes utilisent eux aussi la finance internationale libéralisée pour se sustenter. Le plus triste dans l'affaire est que si les capitaux ont la bride sur le cou pour se déplacer d'un compte à l'autre sur la terre au risque avéré de financer les activités illicites, mafieuses ou terroristes, les travailleurs quant à eux subissent toujours des entraves à la circulation alors même qu'ils sont les seuls à créer de la richesse !

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 12:49

 

 

En 1711, deux voyageurs persans quittaient Ispahan pour entreprendre un long voyage en Europe, qui devait les mener dans le Paris de Louis XIV. Au travers d'une correspondance nourrie, ils décrivirent avec minutie les moeurs, la vie politique, les us et coutumes, et les conditions de vie de l'époque. Elles donnèrent naissance aux plus belles pages de la littérature française (oserait-on encore dire culture française ?) : Les Lettres persanes de Montesquieu.

 

Supposons à présent qu'en ce mois d'avril 2017, l'histoire se répète et que deux voyageurs venus d'une contrée lointaine non identifiée découvrent la France dans l'émoi de la campagne présidentielle. Qu'en diraient-ils dans leurs lettres ? En voici une très probable...

 

Mon cher ami,

 

Nous venons d'arriver à Paris après un long détour dans ce que les Français qualifient souvent péjorativement de Province, entends par là tout ce qui n'est pas à Paris ou dans sa région. Le contraste est des plus saisissants entre ces nombreuses petites bourgades où la disparition de l'activité manufacturière traditionnelle le dispute à un sentiment de déclassement social, si ce n'est d'appauvrissement matériel, et les grandes villes appelées dans leur jargon métropoles dont on ne cesse de vanter le dynamisme.

 

Si j'ai bien compris, les Français-pensants ont persuadé les peu ou pas pensants qu'en dehors de ces grands ensembles démographiques il n'est point de salut économique. Que cela ne corresponde pas à la réalité que nous avons vue ne semble pas déranger outre mesure les Sachants du pays (on dit plutôt intellectuels ici), dont il te faut savoir qu'ils se contredisent tous en tous points, mais dont on mesure la pertinence de leur propos au nombre de passages dans les médias.

 

Et pour notre plus grand malheur, notre caravane est arrivée en pleine période électorale, car tu ne le sais certainement pas, mais les Français ont cette curieuse et fâcheuse manie de voter chaque année tant leur mille-feuille administratif est épais. Dans ce pays, il t'est ainsi possible au cours d'une courte vie de passer d'une fonction politique à une autre au gré des scrutins, puisque je me suis laissé dire que les votant ne tenaient pas rancune à leurs élus pour les promesses non tenues et que le plus souvent même ils n'avaient guère de mémoire selon l'un de leurs Immortels (ce dénommait Jean Mistler affirmait que "la politique est l'ensemble des procédés par lesquels des hommes sans prévoyance mènent des hommes sans mémoire").

 

Le grand professionnalisme de certains est tant reconnu par les citoyens, qu'il leur est même permis de cumuler plusieurs fonctions dont chacune nécessiterait à elle seule dans notre pays les malheureuses vingt-quatre heures que compte une journée. C'est dire combien ces Français-pensants-élus peuvent s'enorgueillir de leur productivité, qui se retrouve jusque dans le nombre de textes de lois qu'une infime partie d'entre eux vote ! Fort heureusement, il y a quelques mois ils ont fait appel à l'équivalent d'un de nos fossoyeurs, dont la lourde tâche fut de raccourcir à la hache le dénommé Code du travail objet de toutes les critiques des Sachants-entrepreneurs. J'ai d'ailleurs eu le plaisir de constater qu'ils ne s'embarrassaient pas plus que nous des questions superfétatoires de démocratie et de consultations populaires, si ce n'est qu'ils appellent cela du doux nom de progrès ou modernisation...

 

Mais ce qui nous aura assurément le plus surpris est la tournure que prend leur la nomination de leur Grand Pacha, appelé dans cette contrée président de la République. En effet, bien que les Français-pensants-élus ne fassent pas plus de cas de leurs sujets que nos Pachas, ils leur concèdent le droit formel d'élire par eux-mêmes leur grand Pacha. Et quand trop de sujets commencent à douter de la réalité de ce droit, les Sachants s'empressent de requalifier celui-ci de devoir civique ("citoyen"), afin de faire vibrer la petite corde patriotique qui peut encore exister en eux ! Mais rassure-toi, j'ai cru comprendre que les sujets votaient finalement toujours pour le Bon Pacha, quitte à exprimer leur mécontentement au premier tour, nom donné au défouloir dans les urnes mis en place avant le vrai vote quinze jours plus tard.

 

Parfois, lorsqu'un candidat pacha honni publiquement de tous mais dont la capacité à fédérer les malheureux du système est grande menace malgré tous les garde-fous de remporter le trône, il reste dans ce Royaume de France un moyen efficace de remettre les choses en ordre : le front républicain. Il s'agit tout simplement de culpabiliser les citoyens mécontents à juste titre du système, qui ont voté contre le Pacha prévu à la succession, afin qu'au deuxième tour de scrutin la famille des Pachas puisse installer l'un des siens sans manifester quelque reconnaissance aux sujets. Garde cette expression en mémoire, car je t'en reparlerai lorsque j'évoquerai les vizirs. Ce système de démocratie formel mériterait vraiment que l'on s'y intéresse à mon retour, afin que nous puissions nous aussi amener ce "progrès" et cette" modernité" dans notre Royaume.

 

Et ce d'autant plus qu'ils sont cette fois onze candidats en lice pour le poste de Grand Pacha, j'ai bien dit onze ! Le plus surprenant est probablement qu'ils ont des profils très variés inconnus dans nos contrées. Cela va du défenseur des prolétaires (autre mot pour plébéiens) au défenseur du libéralisme (autre mot pour patriciens), en passant par les défenseurs de tout et voire de rien. En France, le vocable est toujours plus raffiné et l'on dira donc plutôt gauche, droite et centre, même s'il devient difficile de distinguer nettement la frontière entre la droite de la gauche et la gauche de la droite, à moins qu'il ne faille parler de fausse gauche ou de trahison de la gauche comme j'ai pu l'entendre...

 

Toujours est-il que l'un des prétendants au trône, ancien Grand Vizir du petit pacha, est lui-même accusé de "détournement de fonds publics, complicité et recel d'abus de biens sociaux et manquements aux obligations de déclaration à la Haute autorité sur la transparence de la vie publique". Ne me demande pas de t'expliquer ce que cela veut dire précisément, car mon français n'est pas assez bon pour cela, mais il me semble avoir compris qu'il aurait donné un emploi fictif à sa femme, qui depuis à elle aussi était accusée de "complicité et recel de détournement de fonds publics", "complicité et recel d'abus de biens sociaux". Mais au bout du spectre politique, une autre candidate a maille à partir avec la justice, pour semble-t-il également une question d'emploi fictif, mais celle-ci affirme qu'elle ne répondra pas aux convocations de la justice du Royaume. C'est peu dire que le chômage doit faire des ravages dans le Royaume de France pour que tant de personnes en viennent à obtenir un emploi fictif...

 

J'ai jusqu'à présent oublié d'évoquer la curiosité politique appelée primaires, processus permettant de désigner un satrape dans un parti politique, lorsque celui-ci a perdu sa légitimité et qu'aucun satrape n'a réussi à tuer ses concurrents avant l'élection. On assiste alors à florilège de candidatures et au moins autant de promesses, qui bien entendu viendront s'échouer sur la réalité vécue par les sujets du Royaume de France. Qu'à cela ne tienne, le vainqueur des primaires est porté aux nues comme le guerrier en chef dans les civilisations anciennes primaires, et plutôt que de tuer les perdants ils s'accordent entre eux pour soutenir le nouveau satrape. Cela s'appelle démocratie participative.

 

Enfin, c'est ce que j'avais cru comprendre, mais qui a été démenti dans les faits puisque jamais rien n'est simple dans ce Royaume comme tu l'auras compris. Ainsi, un ancien Grand Vizir du Gros Pacha, a joué de perfidie en abandonnant le nouveau satrape (à revenu universel) à son triste sort pour s'en aller rejoindre le clan du candidat argentier (à revenu important), qui en plus d'avoir été petit vizir et conseiller du Gros Pacha se présente désormais pour devenir calife à la place du calife drapé dans la toge de la virginité politique que d'aucuns qualifient d'anti-système, terme signifiant que les sujets attendent de lui qu'il coupe des têtes lors de son accession au trône à l'instar du Roi des Amériques-américaines.

 

Cet ancien Grand Vizir a du reste compris tout l'intérêt de la médecine prophylactique, dans la mesure où plutôt que d'attendre la fin du défouloir appelé premier tour et ensuite faire appel à la notion vague de front républicain dont je t'avais parlé plus haut dans ma lettre, il a utilisé un concept inconnu sous nos latitudes : le vote utile. Par cet oxymore il préfère prendre les devants et enchaîner les sujets-électeurs dès le premier tour, en leur expliquant que s'ils ne votent pas pour le candidat usurier de son État au premier tour alors nécessairement ils font le lit de la phalange honnie du Royaume. Bref, tu l'auras compris, la notion de vote utile est tout simplement une puissante médecine culpabilisante, à n'administrer qu'à faible dose pour éviter la dépression politique. 

 

Tu noteras du reste toute l'ironie qu'il y a à vouloir placer sur le trône un commerçant de l'argent alors que le monde économique connaît sa pire crise depuis 1929 en raison des comportements délirants des usuriers... Certains Grands Pachas qui feignaient naguère de lutter contre la toute-puissante finance pour s'attirer les bonnes grâces (voix) des sujets tout en concédant à peu près tout aux financiers, doivent en être coi en voyant que désormais c'est carrément un usurier sans masque d'agneau que l'on veut placer à la tête du Royaume ! Peut-être pour l'administrer comme une entreprise avec pertes et profits ?

 

Cher ami, laisse-moi te dire que les Français sont un peuple expérimenté en matière politique, capable de mille ruses pour asseoir sur le trône un Grand Pacha toujours prêt au changement dans la continuité. Ah si seulement nous pouvions prendre exemple sur eux, nos changements dynastiques en seraient facilités en tant que nos sujets penseraient voter pour le changement alors même que c'est la continuité qui se profile !

 

Mais si d'aventure, tu en venais comme moi à te demander comment un peuple de 66 millions de sujets déclarés - qui semble par ailleurs ne pas aimer les visiteurs comme nous de plus de trois mois -, peut accepter sans barguigner un tel mauvais théâtre tous les cinq ans, rassure-toi tout a été prévu. Les Français-pensants-élus et leurs amis Sachants-faiseurs-d'images ont savamment substitué à la Res publica les ludi circenses, afin  de les empêcher de réfléchir et donc de voir les nuages politiques et économiques qui se sont accumulés pour donner un front menaçant. Les velléités de changement et la grogne ne trouvent donc plus à s'exprimer dans les urnes autrement qu'au travers d'un vote protestataire au premier tour et bien conforme aux attentes de succession au deuxième. Heureusement, j'ai vu qu'ils leur restaient les réseaux sociaux, sorte de défouloir électronique où le but du jeu est d'insulter un maximum de personnes en quelques signes sans caractère politique affirmé !

 

C'est ce qu'un dénommé Tocqueville avait déjà mis en exergue au XIXe siècle en écrivant une analyse très fine et circonstanciées de la démocratie en Amérique ; il en déduisait que la démocratie avait tendance à dégénérer en une forme de despotisme :

 

"Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

 

Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages, que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?"

 

Dès lors, n'en déplaise aux Français-pensants-élus, le premier Pacha de France est l'abstention, bien qu'ils feignent de ne pas le voir et continuent à ne pas vouloir comptabiliser le vote en blanc. Ainsi, en France le système oblige à s'exprimer contre un candidat (souvent), pour un candidat (rarement), mais jamais contre tous si ce n'est en s'abstenant. C'est du reste toute la légitimité des partis à représenter les sujets qui est ici interrogée. Mais chut, de tout cela il ne saurait être question publiquement, d'autant que le postulant commerçant de l'argent est en train de rallier à lui tous ses anciens opposants, ce qui démontre au passage (à quelques exceptions notables près) le peu de différence entre les programmes des uns et des autres...

 

Mais ils vont même plus loin, cher ami, puisque fidèles à la tradition des jeux de cirque décrite par Juvénal, ils enseignent désormais l'ignorance dans leurs écoles et appellent cela les compétences, développent des émissions de télévision abrutissantes qu'ils qualifient de culturelles et, comble de l'absurdité, diffusent des journaux télévisés sans contenu informationnel ! 

 

Est-ce à dire, comme nous avons pu l'entendre de-ci de-là, que les postulants au trône sont tous pourris ? Peut-être pas, mais comme l'affirme l'un des Censeurs très réputé du Royaume ils sont certainement "tous contaminés" puisque le pouvoir corrompt. C'est d'ailleurs un vizir de la perfide Albion qui l'affirmait : "le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes méchants".

 

Il suffit de voir  les scandales en cascade à la Commission européenne, autre nom du Saint Empire d'Europe, qui sapent le peu de confiance que les sujets européens accordent encore aux institutions européennes... Certains sujets du Royaume d'Angleterre ont du reste réussi à se révolter contre le Saint Empire d'Europe lors d'une consultation populaire qui a mal tourné et ainsi gagné leur droit à le quitter. Bien entendu, tous les autres Grands Pachas en ont immédiatement tiré les leçons pour que plus jamais de telles velléités d'indépendance ne puissent s'exprimer officiellement. Il ne manquerait plus que les sujets européens se mettent à réclamer ensuite des comptes à leur Pacha !

 

Je ne pouvais terminer cette longue lettre écrite depuis le Royaume de France sans évoquer en quelques mots une solution pour mettre tout le monde d'accord. Elle m'a été proposée par un histrion saltimbanque fort sympathique :

 

 

Celui-ci propose de nommer un certain Mickey au poste de Grand Vizir. Bien que je n'aie jamais eu vent de ce Mickey, il semble que dans l'air du temps il puisse réunir une majorité de bienveillance à son égard, ce qui est au fond ce que l'on attend d'un Grand Vizir même lorsqu'il n'est qu'un simple collaborateur du Grand Pacha. Sa fonction à l'évidence consiste moins à gouverner qu'à éviter la cristallisation des mécontentements individuels, d'où la nécessité comme il le propose de nommer toute une série de vizirs très sympathiques pour compléter le Conseil du Roi-Pacha, appelé ici Conseil des ministres.

 

Et pendant ce temps, au nom d'une doctrine dont j'ai oublié le nom mais dont ils ont pour la plupart fait leur nouveau catéchisme (pardon, il faut dire nouvelle grammaire puisque le Royaume de France est laïc, autre mot polémique), les Français-pensants-élus s'ingénient à diminuer sans distinction les dépenses publiques au lieu de les évaluer, souhaitent privatiser les services publics au nom d'une efficacité toute relative et réduire l'État à sa portion congrue. Ils oublient juste que le monde qu'ils dessinent sur le papier, qui laisse à penser que la concurrence de chacun contre chacun est préférable à la solidarité de tous envers tous, est tout simplement invivable. Il est en effet indispensable qu'une part substantielle du Royaume échappe à l'influence monétaire, comme l'expliquait déjà un de leurs grands écrivains Charles Péguy.

 

Mais comme je te le disais, tout l'art de la politique à la française est de faire passer des vessies pour des lanternes, donc de faire croire aux sujets qu'ils seraient plus heureux livrés à eux-mêmes et à leurs intérêts égoïstes. En somme, ces Français-pensants-élus sont de véritables alchimistes mais sans pierre philosophale !

 

De Paris, le 03 du premier quartier de la lune d'avril 2017.

 

N.B : l'image de ce billet, qui présente les affiches de la campagne 2012, provient de cet article de L'Obs.

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 11:07

 

 

Aujourd'hui, nous allons nous intéresser aux emplois créés en 2016 chiffres que le gouvernement a beaucoup mis en avant pour nous assurer que la reprise était là. Mais à l'instar des dépenses publiques, de l'exceptionnel équilibre du budget de la Sécurité sociale et du revenu universel, le diable se cache dans les détails !

 

Les créations d'emplois en France en 2016

 

Selon l'INSEE, 2016 fut un grand millésime en matière de création nette de postes (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Il n'en fallait évidemment pas plus pour les observateurs patentés déclarent que la reprise était là et que le chômage allait baisser de façon durable. Sauf que...

 

Peu d'emplois industriels mais surtout des emplois peu sophistiqués

 

Les 187 200 créations nettes d'emplois répertoriées par l'INSEE se répartissent sectoriellement ainsi :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

L'industrie et la construction continuent donc à détruire plus d'emplois qu'elles n'en créent, ce qui est une très mauvaise nouvelle pour les salaires et la productivité, puisque c'est dans le secteur industriel que l'on trouve traditionnellement les gisements de gains de productivité et partant de hausse de rémunération. Pire, l'emploi dans le secteur tertiaire est largement une conséquence de la hausse de l'emploi intérimaire, qui est loin de constituer la panacée pour les travailleurs (euphémisme).

 

Enfin, si l'on appelle services domestiques peu sophistiqués l'ensemble constitué de la distribution, des services à la personne, des hôtels-restaurants et des transports (n'y voyez aucune connotation péjorative), alors l'évolution suivante est inquiétante à plus d'un titre :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En effet, cela signifie que la France crée pour l'essentiel des emplois peu productifs, où la précarité le dispute souvent à la stagnation des carrières.

 

Des emplois flexibilisés à l'extrême

 

Il faut bien comprendre que ce n'est pas le surplus de demande engendré par l'alignement temporaire des planètes (dépréciation de l’Euro, niveau très bas des taux d’intérêt et baisse importante des prix du pétrole) qui a conduit à des créations d'emplois, puisque la production ne s'est pas vraiment relevée et que ce sont hélas les importations qui ont répondu à la demande. De plus, l'explication qui fait du redressement des marges bénéficiaires des entreprises à la faveur du CICE la cause principale de création d'emplois en 2016 est à rejeter, car si les marges ont augmenté dans l'industrie cette dernière continue néanmoins à détruire des emplois comme nous l'avons vu plus haut.

 

Je crains plutôt que ce ne soit la flexibilisation à outrance du travail qui explique ces créations nettes. Plusieurs éléments nous permettent de tirer cette conclusion. Tout d'abord, nous avons vu que l'essentiel des emplois créés proviennent de l'intérim. De plus, ils sont très (trop ?) souvent peu sophistiqués. Enfin, ils prennent la forme de contrats très courts, puisque selon la DARES, 86 % des nouveaux contrats de travail signés en 2016 sont en CDD. Quant à la durée moyenne des missions d'intérim, elle signe depuis longtemps le retour aux manouvriers du XIXe siècle :

 

 

[ Source : DARES ]

 

L'ubérisation du travail n'est donc que l'ultime avatar d'une flexibilisation à outrance du travail que l'on subit depuis plusieurs années déjà. Or, je crains fort que l'économie numérique n'aggrave la bipolarisation du marché de l'emploi, avec d'un côté une faible proportion d'emplois très qualifiés et de l'autre une immense majorité d'emplois peu ou pas qualifiés (services à la personne, distribution, etc.). Les inégalités de revenus n'en seront qu'encore plus exacerbées, tout comme les conflits sociaux qui en résulteront !

 

Et pourtant, Emmanuel Macron se persuade (et cherche à persuader les autres) qu'un tel modèle constitue un avenir radieux et que la start-up, qu'on me permette de dire jeune pousse, est le seul lieu où le progrès technique trouve sa source ce qui permet également l'épanouissement pour un jeune dont le rêve ne peut être autre chose que de devenir milliardaire... C'est oublier d'une part un peu vite les conditions déplorables de travail qui règnent assez souvent dans les start-up et la réalité de l'innovation plus incrémentale que disruptive !

 

En définitive, les admirateurs du dieu Schumpeter (innovation, quand tu nous tiens...) devront constater que l'évolution actuelle - déformation de la structure des emplois vers des emplois moins productifs et donc baisse de la productivité globale - ne laisse pas présager des jours meilleurs pour les salariés. Et si tout simplement, les travailleurs n'étaient déjà plus la priorité des politiques, tout obnubilés qu'ils sont par la compétitivité, la croissance et autres indicateurs qui négligent l'Homme ?

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 11:05

 

 

Dans mon précédent billet, je vous avais annoncé ma conférence qui aura lieu à l'UPT de Forbach ce lundi 27 mars à 19h (durée 1h30). Le Républicain Lorrain l'a par ailleurs annoncée dans sa rubrique Pour sortir :

 

 

[ Clique-droit sur l'affiche puis "afficher" pour agrandir ]

 

Cette conférence ne nécessite aucune connaissance préalable et s’adresse à tous. De nombreux points seront abordés comme la compétitivité, la désindustrialisation, les inégalités, les fractures sociales et territoriales, les dépenses publiques, le revenu universel,…

 

L’entrée est fixée à 5€ pour les personnes non inscrites au cycle de conférences économiques de l’UPT.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 16:26

 

 

En cette année électorale où le besoin de changement semble le disputer au ressentiment, il est indispensable de dresser un bilan complet de la situation économique et social en France, afin de permettre ensuite un débat serein sur les nombreuses mesures proposées par les candidats, que j'ai par ailleurs souvent évoqué sur mon blog : revenu universel, protectionnisme, réduction des dépenses publiques, baisse des impôts sur les entreprises, réforme de la Sécurité sociale, etc. Et ce d’autant plus qu’elles s’inscrivent dans des visions parfois radicalement divergentes de l’avenir : fin du salariat ou explosion de la zone euro pour les uns, révolution numérique et gains de productivité pour d’autres,…

 

C’est pourquoi, après l'énorme succès de ma conférence-dédicace à la médiathèque de Forbach (salle comble et des personnes refusées par manque de place !), je donnerai une conférence grand public à l’Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach (durée 1h30), le lundi 27 mars à 19h. Intitulée L’état économique réel de la France par-delà les discours politiques, elle sera l’occasion d’aborder de nombreux thèmes comme la compétitivité, la désindustrialisation, les inégalités, les fractures sociales et territoriales, les dépenses publiques, le revenu universel,…

 

[ Clique-droit sur l'affiche puis "afficher l'image" pour agrandir ]

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. Toutes les questions seront les bienvenues à la suite de la présentation. L’entrée est fixée à 5€ pour les personnes non inscrites au cycle de conférences économiques de l’UPT.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

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