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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 14:24

 

 

J'ai souvent eu l'occasion sur ce blog d'évoquer la mobilité internationale des capitaux, présentée par certains comme une condition sine qua non de la croissance de la production. Or, il serait peut-être temps de constater que la finance est désormais loin d'être au service de l'économie réelle, pire la première est en passe de phagocyter la seconde avec la complicité à peine voilée de certains politiques sur lesquels un regard extérieur avait été porté dans ce billet...

 

La mobilité des capitaux

 

En dehors de la Chine, la plupart des grands pays du monde ont choisi de laisser les capitaux circuler librement sur la planète et donc de faire disparaître les contrôles. L'ouverture de l'abreuvoir à liquidités aux États-Unis puis dans la zone euro ces dernières années a d'ailleurs poussé à l'extrême les incitations à la libre circulation des capitaux, mais pas toujours dans la direction escomptée, tant s'en faut !

 

Les gouvernements invoquent en premier lieu le fait que la libre circulation des capitaux conduirait à une meilleure allocation mondiale de l'épargne. De plus, cette mobilité des capitaux permettrait de s'endetter lorsque la croissance ralentit, bref de lisser le cycle économique. Enfin, elle assurerait le transfert optimal de l'épargne des pays avec une population vieillissante vers les pays où la population est plus jeune, en ce que les premiers accumulent des excédents extérieurs qu'ils prêtent aux seconds. En résumé, la mobilité internationale des capitaux serait une sorte de martingale de l'économie.

 

Or, les martingales n'existent pas et les faits économiques le prouvent ! Ainsi, si l'on reprend les arguments évoqués ci-dessus dans l'ordre, l'exemple des relations sino-américaines suffit à montrer que les capitaux ne vont pas des pays à faible productivité marginale du capital vers ceux à forte productivité. De même, il n'est pas difficile de constater que loin d'être contracycliques, les flux de capitaux vers les émergents sont le plus souvent procycliques, ce qui signifie simplement qu'un pays en récession voit les capitaux affluer quand il fait beau temps mais que ces derniers refluent lorsqu'il y a de l'orage. Il n'y a guère que l'argument du transfert entre pays à démographie vieillissante et jeune qui justifie encore un peu la mobilité des capitaux, mais l'argument tombe à l'eau pour les émergents situés en Asie.

 

Ainsi, la mobilité sans entraves des capitaux ne trouve plus guère de justification économique. Et pourtant, à l'image des autres concepts "zombie", les financiers nous martèlent que c'est indispensable à la croissance, négligeant de la sorte toutes les questions de blanchiment, d'évasion fiscale et autres effets pervers qui l'emportent souvent sur les rares effets positifs !

 

Mais on ne le répétera jamais assez : la finance n'a pas pris le pouvoir sur le politique, c'est le politique qui a volontairement abdiqué devant la finance, faisant même entrer dans les gouvernements et la haute fonction publique des financiers qui se déclarent pour certains d'entre eux anti-système... Cela devrait nous rassurer, en ce qu'il demeure possible de reprendre ce pouvoir dans l'intérêt commun, même si le combat s'annonce difficile ! Et la limitation des mouvements internationaux de capitaux en est la première étape, qu'elle passe par une taxe sur les transactions financières ou par des contrôles plus directs.

 

Les paradis fiscaux

 

À l'évidence, les gouvernements ont compris à leurs dépens depuis la crise de 2008 l'importance de contrôler les capitaux, ne serait-ce qu'en raison des scandales qui se multiplient à la Commission européenne, des affaires comme LuxLeaks, Panama Papers ou Football leaks, des banques européennes très souvent en difficulté mais avide de cieux fiscaux plus cléments, etc.

 

D'où l'accélération des mesures prises par les dirigeants politiques depuis quelques années pour lutter contre les paradis fiscaux et l'évasion fiscale afin d'engranger des recettes budgétaires supplémentaires. Il est vrai que l'évasion fiscale (voir ce billet récents) vers certains cieux plus cléments fiscalement a grandement contribué à siphonner leurs recettes budgétaires, ce qui a nécessité de faire porter l'imposition sur ceux qui ne peuvent s'y soustraire au risque de déliter le consentement à l'impôt pourtant fondamental en démocratie. Las, au vu de la concurrence fiscale mortifère à laquelle se livrent les États membres de l'UE, la distinction entre État vertueux et paradis fiscal devient de plus en plus tenue...

 

Et avec l'apparition de monnaies électroniques comme le Bitcoin, qui offre une forme très avancée d'anonymat, on ne peut ignorer les risques de blanchiment d'argent sale ! N'est-ce pas en particulier pour cette raison que les régulateurs financiers du monde entier s'intéressent de près au triptyque Bitcoin-Tor-Dark web ?

 

Et depuis la vague d'attentats que connaît la France, le gouvernement (mais l'on pourrait en dire autant de l'immense majorité des autres gouvernements de l'UE) vient de redécouvrir que les terroristes utilisent eux aussi la finance internationale libéralisée pour se sustenter. Le plus triste dans l'affaire est que si les capitaux ont la bride sur le cou pour se déplacer d'un compte à l'autre sur la terre au risque avéré de financer les activités illicites, mafieuses ou terroristes, les travailleurs quant à eux subissent toujours des entraves à la circulation alors même qu'ils sont les seuls à créer de la richesse !

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 12:49

 

 

En 1711, deux voyageurs persans quittaient Ispahan pour entreprendre un long voyage en Europe, qui devait les mener dans le Paris de Louis XIV. Au travers d'une correspondance nourrie, ils décrivirent avec minutie les moeurs, la vie politique, les us et coutumes, et les conditions de vie de l'époque. Elles donnèrent naissance aux plus belles pages de la littérature française (oserait-on encore dire culture française ?) : Les Lettres persanes de Montesquieu.

 

Supposons à présent qu'en ce mois d'avril 2017, l'histoire se répète et que deux voyageurs venus d'une contrée lointaine non identifiée découvrent la France dans l'émoi de la campagne présidentielle. Qu'en diraient-ils dans leurs lettres ? En voici une très probable...

 

Mon cher ami,

 

Nous venons d'arriver à Paris après un long détour dans ce que les Français qualifient souvent péjorativement de Province, entends par là tout ce qui n'est pas à Paris ou dans sa région. Le contraste est des plus saisissants entre ces nombreuses petites bourgades où la disparition de l'activité manufacturière traditionnelle le dispute à un sentiment de déclassement social, si ce n'est d'appauvrissement matériel, et les grandes villes appelées dans leur jargon métropoles dont on ne cesse de vanter le dynamisme.

 

Si j'ai bien compris, les Français-pensants ont persuadé les peu ou pas pensants qu'en dehors de ces grands ensembles démographiques il n'est point de salut économique. Que cela ne corresponde pas à la réalité que nous avons vue ne semble pas déranger outre mesure les Sachants du pays (on dit plutôt intellectuels ici), dont il te faut savoir qu'ils se contredisent tous en tous points, mais dont on mesure la pertinence de leur propos au nombre de passages dans les médias.

 

Et pour notre plus grand malheur, notre caravane est arrivée en pleine période électorale, car tu ne le sais certainement pas, mais les Français ont cette curieuse et fâcheuse manie de voter chaque année tant leur mille-feuille administratif est épais. Dans ce pays, il t'est ainsi possible au cours d'une courte vie de passer d'une fonction politique à une autre au gré des scrutins, puisque je me suis laissé dire que les votant ne tenaient pas rancune à leurs élus pour les promesses non tenues et que le plus souvent même ils n'avaient guère de mémoire selon l'un de leurs Immortels (ce dénommait Jean Mistler affirmait que "la politique est l'ensemble des procédés par lesquels des hommes sans prévoyance mènent des hommes sans mémoire").

 

Le grand professionnalisme de certains est tant reconnu par les citoyens, qu'il leur est même permis de cumuler plusieurs fonctions dont chacune nécessiterait à elle seule dans notre pays les malheureuses vingt-quatre heures que compte une journée. C'est dire combien ces Français-pensants-élus peuvent s'enorgueillir de leur productivité, qui se retrouve jusque dans le nombre de textes de lois qu'une infime partie d'entre eux vote ! Fort heureusement, il y a quelques mois ils ont fait appel à l'équivalent d'un de nos fossoyeurs, dont la lourde tâche fut de raccourcir à la hache le dénommé Code du travail objet de toutes les critiques des Sachants-entrepreneurs. J'ai d'ailleurs eu le plaisir de constater qu'ils ne s'embarrassaient pas plus que nous des questions superfétatoires de démocratie et de consultations populaires, si ce n'est qu'ils appellent cela du doux nom de progrès ou modernisation...

 

Mais ce qui nous aura assurément le plus surpris est la tournure que prend leur la nomination de leur Grand Pacha, appelé dans cette contrée président de la République. En effet, bien que les Français-pensants-élus ne fassent pas plus de cas de leurs sujets que nos Pachas, ils leur concèdent le droit formel d'élire par eux-mêmes leur grand Pacha. Et quand trop de sujets commencent à douter de la réalité de ce droit, les Sachants s'empressent de requalifier celui-ci de devoir civique ("citoyen"), afin de faire vibrer la petite corde patriotique qui peut encore exister en eux ! Mais rassure-toi, j'ai cru comprendre que les sujets votaient finalement toujours pour le Bon Pacha, quitte à exprimer leur mécontentement au premier tour, nom donné au défouloir dans les urnes mis en place avant le vrai vote quinze jours plus tard.

 

Parfois, lorsqu'un candidat pacha honni publiquement de tous mais dont la capacité à fédérer les malheureux du système est grande menace malgré tous les garde-fous de remporter le trône, il reste dans ce Royaume de France un moyen efficace de remettre les choses en ordre : le front républicain. Il s'agit tout simplement de culpabiliser les citoyens mécontents à juste titre du système, qui ont voté contre le Pacha prévu à la succession, afin qu'au deuxième tour de scrutin la famille des Pachas puisse installer l'un des siens sans manifester quelque reconnaissance aux sujets. Garde cette expression en mémoire, car je t'en reparlerai lorsque j'évoquerai les vizirs. Ce système de démocratie formel mériterait vraiment que l'on s'y intéresse à mon retour, afin que nous puissions nous aussi amener ce "progrès" et cette" modernité" dans notre Royaume.

 

Et ce d'autant plus qu'ils sont cette fois onze candidats en lice pour le poste de Grand Pacha, j'ai bien dit onze ! Le plus surprenant est probablement qu'ils ont des profils très variés inconnus dans nos contrées. Cela va du défenseur des prolétaires (autre mot pour plébéiens) au défenseur du libéralisme (autre mot pour patriciens), en passant par les défenseurs de tout et voire de rien. En France, le vocable est toujours plus raffiné et l'on dira donc plutôt gauche, droite et centre, même s'il devient difficile de distinguer nettement la frontière entre la droite de la gauche et la gauche de la droite, à moins qu'il ne faille parler de fausse gauche ou de trahison de la gauche comme j'ai pu l'entendre...

 

Toujours est-il que l'un des prétendants au trône, ancien Grand Vizir du petit pacha, est lui-même accusé de "détournement de fonds publics, complicité et recel d'abus de biens sociaux et manquements aux obligations de déclaration à la Haute autorité sur la transparence de la vie publique". Ne me demande pas de t'expliquer ce que cela veut dire précisément, car mon français n'est pas assez bon pour cela, mais il me semble avoir compris qu'il aurait donné un emploi fictif à sa femme, qui depuis à elle aussi était accusée de "complicité et recel de détournement de fonds publics", "complicité et recel d'abus de biens sociaux". Mais au bout du spectre politique, une autre candidate a maille à partir avec la justice, pour semble-t-il également une question d'emploi fictif, mais celle-ci affirme qu'elle ne répondra pas aux convocations de la justice du Royaume. C'est peu dire que le chômage doit faire des ravages dans le Royaume de France pour que tant de personnes en viennent à obtenir un emploi fictif...

 

J'ai jusqu'à présent oublié d'évoquer la curiosité politique appelée primaires, processus permettant de désigner un satrape dans un parti politique, lorsque celui-ci a perdu sa légitimité et qu'aucun satrape n'a réussi à tuer ses concurrents avant l'élection. On assiste alors à florilège de candidatures et au moins autant de promesses, qui bien entendu viendront s'échouer sur la réalité vécue par les sujets du Royaume de France. Qu'à cela ne tienne, le vainqueur des primaires est porté aux nues comme le guerrier en chef dans les civilisations anciennes primaires, et plutôt que de tuer les perdants ils s'accordent entre eux pour soutenir le nouveau satrape. Cela s'appelle démocratie participative.

 

Enfin, c'est ce que j'avais cru comprendre, mais qui a été démenti dans les faits puisque jamais rien n'est simple dans ce Royaume comme tu l'auras compris. Ainsi, un ancien Grand Vizir du Gros Pacha, a joué de perfidie en abandonnant le nouveau satrape (à revenu universel) à son triste sort pour s'en aller rejoindre le clan du candidat argentier (à revenu important), qui en plus d'avoir été petit vizir et conseiller du Gros Pacha se présente désormais pour devenir calife à la place du calife drapé dans la toge de la virginité politique que d'aucuns qualifient d'anti-système, terme signifiant que les sujets attendent de lui qu'il coupe des têtes lors de son accession au trône à l'instar du Roi des Amériques-américaines.

 

Cet ancien Grand Vizir a du reste compris tout l'intérêt de la médecine prophylactique, dans la mesure où plutôt que d'attendre la fin du défouloir appelé premier tour et ensuite faire appel à la notion vague de front républicain dont je t'avais parlé plus haut dans ma lettre, il a utilisé un concept inconnu sous nos latitudes : le vote utile. Par cet oxymore il préfère prendre les devants et enchaîner les sujets-électeurs dès le premier tour, en leur expliquant que s'ils ne votent pas pour le candidat usurier de son État au premier tour alors nécessairement ils font le lit de la phalange honnie du Royaume. Bref, tu l'auras compris, la notion de vote utile est tout simplement une puissante médecine culpabilisante, à n'administrer qu'à faible dose pour éviter la dépression politique. 

 

Tu noteras du reste toute l'ironie qu'il y a à vouloir placer sur le trône un commerçant de l'argent alors que le monde économique connaît sa pire crise depuis 1929 en raison des comportements délirants des usuriers... Certains Grands Pachas qui feignaient naguère de lutter contre la toute-puissante finance pour s'attirer les bonnes grâces (voix) des sujets tout en concédant à peu près tout aux financiers, doivent en être coi en voyant que désormais c'est carrément un usurier sans masque d'agneau que l'on veut placer à la tête du Royaume ! Peut-être pour l'administrer comme une entreprise avec pertes et profits ?

 

Cher ami, laisse-moi te dire que les Français sont un peuple expérimenté en matière politique, capable de mille ruses pour asseoir sur le trône un Grand Pacha toujours prêt au changement dans la continuité. Ah si seulement nous pouvions prendre exemple sur eux, nos changements dynastiques en seraient facilités en tant que nos sujets penseraient voter pour le changement alors même que c'est la continuité qui se profile !

 

Mais si d'aventure, tu en venais comme moi à te demander comment un peuple de 66 millions de sujets déclarés - qui semble par ailleurs ne pas aimer les visiteurs comme nous de plus de trois mois -, peut accepter sans barguigner un tel mauvais théâtre tous les cinq ans, rassure-toi tout a été prévu. Les Français-pensants-élus et leurs amis Sachants-faiseurs-d'images ont savamment substitué à la Res publica les ludi circenses, afin  de les empêcher de réfléchir et donc de voir les nuages politiques et économiques qui se sont accumulés pour donner un front menaçant. Les velléités de changement et la grogne ne trouvent donc plus à s'exprimer dans les urnes autrement qu'au travers d'un vote protestataire au premier tour et bien conforme aux attentes de succession au deuxième. Heureusement, j'ai vu qu'ils leur restaient les réseaux sociaux, sorte de défouloir électronique où le but du jeu est d'insulter un maximum de personnes en quelques signes sans caractère politique affirmé !

 

C'est ce qu'un dénommé Tocqueville avait déjà mis en exergue au XIXe siècle en écrivant une analyse très fine et circonstanciées de la démocratie en Amérique ; il en déduisait que la démocratie avait tendance à dégénérer en une forme de despotisme :

 

"Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

 

Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages, que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?"

 

Dès lors, n'en déplaise aux Français-pensants-élus, le premier Pacha de France est l'abstention, bien qu'ils feignent de ne pas le voir et continuent à ne pas vouloir comptabiliser le vote en blanc. Ainsi, en France le système oblige à s'exprimer contre un candidat (souvent), pour un candidat (rarement), mais jamais contre tous si ce n'est en s'abstenant. C'est du reste toute la légitimité des partis à représenter les sujets qui est ici interrogée. Mais chut, de tout cela il ne saurait être question publiquement, d'autant que le postulant commerçant de l'argent est en train de rallier à lui tous ses anciens opposants, ce qui démontre au passage (à quelques exceptions notables près) le peu de différence entre les programmes des uns et des autres...

 

Mais ils vont même plus loin, cher ami, puisque fidèles à la tradition des jeux de cirque décrite par Juvénal, ils enseignent désormais l'ignorance dans leurs écoles et appellent cela les compétences, développent des émissions de télévision abrutissantes qu'ils qualifient de culturelles et, comble de l'absurdité, diffusent des journaux télévisés sans contenu informationnel ! 

 

Est-ce à dire, comme nous avons pu l'entendre de-ci de-là, que les postulants au trône sont tous pourris ? Peut-être pas, mais comme l'affirme l'un des Censeurs très réputé du Royaume ils sont certainement "tous contaminés" puisque le pouvoir corrompt. C'est d'ailleurs un vizir de la perfide Albion qui l'affirmait : "le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes méchants".

 

Il suffit de voir  les scandales en cascade à la Commission européenne, autre nom du Saint Empire d'Europe, qui sapent le peu de confiance que les sujets européens accordent encore aux institutions européennes... Certains sujets du Royaume d'Angleterre ont du reste réussi à se révolter contre le Saint Empire d'Europe lors d'une consultation populaire qui a mal tourné et ainsi gagné leur droit à le quitter. Bien entendu, tous les autres Grands Pachas en ont immédiatement tiré les leçons pour que plus jamais de telles velléités d'indépendance ne puissent s'exprimer officiellement. Il ne manquerait plus que les sujets européens se mettent à réclamer ensuite des comptes à leur Pacha !

 

Je ne pouvais terminer cette longue lettre écrite depuis le Royaume de France sans évoquer en quelques mots une solution pour mettre tout le monde d'accord. Elle m'a été proposée par un histrion saltimbanque fort sympathique :

 

 

Celui-ci propose de nommer un certain Mickey au poste de Grand Vizir. Bien que je n'aie jamais eu vent de ce Mickey, il semble que dans l'air du temps il puisse réunir une majorité de bienveillance à son égard, ce qui est au fond ce que l'on attend d'un Grand Vizir même lorsqu'il n'est qu'un simple collaborateur du Grand Pacha. Sa fonction à l'évidence consiste moins à gouverner qu'à éviter la cristallisation des mécontentements individuels, d'où la nécessité comme il le propose de nommer toute une série de vizirs très sympathiques pour compléter le Conseil du Roi-Pacha, appelé ici Conseil des ministres.

 

Et pendant ce temps, au nom d'une doctrine dont j'ai oublié le nom mais dont ils ont pour la plupart fait leur nouveau catéchisme (pardon, il faut dire nouvelle grammaire puisque le Royaume de France est laïc, autre mot polémique), les Français-pensants-élus s'ingénient à diminuer sans distinction les dépenses publiques au lieu de les évaluer, souhaitent privatiser les services publics au nom d'une efficacité toute relative et réduire l'État à sa portion congrue. Ils oublient juste que le monde qu'ils dessinent sur le papier, qui laisse à penser que la concurrence de chacun contre chacun est préférable à la solidarité de tous envers tous, est tout simplement invivable. Il est en effet indispensable qu'une part substantielle du Royaume échappe à l'influence monétaire, comme l'expliquait déjà un de leurs grands écrivains Charles Péguy.

 

Mais comme je te le disais, tout l'art de la politique à la française est de faire passer des vessies pour des lanternes, donc de faire croire aux sujets qu'ils seraient plus heureux livrés à eux-mêmes et à leurs intérêts égoïstes. En somme, ces Français-pensants-élus sont de véritables alchimistes mais sans pierre philosophale !

 

De Paris, le 03 du premier quartier de la lune d'avril 2017.

 

N.B : l'image de ce billet, qui présente les affiches de la campagne 2012, provient de cet article de L'Obs.

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 11:07

 

 

Aujourd'hui, nous allons nous intéresser aux emplois créés en 2016 chiffres que le gouvernement a beaucoup mis en avant pour nous assurer que la reprise était là. Mais à l'instar des dépenses publiques, de l'exceptionnel équilibre du budget de la Sécurité sociale et du revenu universel, le diable se cache dans les détails !

 

Les créations d'emplois en France en 2016

 

Selon l'INSEE, 2016 fut un grand millésime en matière de création nette de postes (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Il n'en fallait évidemment pas plus pour les observateurs patentés déclarent que la reprise était là et que le chômage allait baisser de façon durable. Sauf que...

 

Peu d'emplois industriels mais surtout des emplois peu sophistiqués

 

Les 187 200 créations nettes d'emplois répertoriées par l'INSEE se répartissent sectoriellement ainsi :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

L'industrie et la construction continuent donc à détruire plus d'emplois qu'elles n'en créent, ce qui est une très mauvaise nouvelle pour les salaires et la productivité, puisque c'est dans le secteur industriel que l'on trouve traditionnellement les gisements de gains de productivité et partant de hausse de rémunération. Pire, l'emploi dans le secteur tertiaire est largement une conséquence de la hausse de l'emploi intérimaire, qui est loin de constituer la panacée pour les travailleurs (euphémisme).

 

Enfin, si l'on appelle services domestiques peu sophistiqués l'ensemble constitué de la distribution, des services à la personne, des hôtels-restaurants et des transports (n'y voyez aucune connotation péjorative), alors l'évolution suivante est inquiétante à plus d'un titre :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En effet, cela signifie que la France crée pour l'essentiel des emplois peu productifs, où la précarité le dispute souvent à la stagnation des carrières.

 

Des emplois flexibilisés à l'extrême

 

Il faut bien comprendre que ce n'est pas le surplus de demande engendré par l'alignement temporaire des planètes (dépréciation de l’Euro, niveau très bas des taux d’intérêt et baisse importante des prix du pétrole) qui a conduit à des créations d'emplois, puisque la production ne s'est pas vraiment relevée et que ce sont hélas les importations qui ont répondu à la demande. De plus, l'explication qui fait du redressement des marges bénéficiaires des entreprises à la faveur du CICE la cause principale de création d'emplois en 2016 est à rejeter, car si les marges ont augmenté dans l'industrie cette dernière continue néanmoins à détruire des emplois comme nous l'avons vu plus haut.

 

Je crains plutôt que ce ne soit la flexibilisation à outrance du travail qui explique ces créations nettes. Plusieurs éléments nous permettent de tirer cette conclusion. Tout d'abord, nous avons vu que l'essentiel des emplois créés proviennent de l'intérim. De plus, ils sont très (trop ?) souvent peu sophistiqués. Enfin, ils prennent la forme de contrats très courts, puisque selon la DARES, 86 % des nouveaux contrats de travail signés en 2016 sont en CDD. Quant à la durée moyenne des missions d'intérim, elle signe depuis longtemps le retour aux manouvriers du XIXe siècle :

 

 

[ Source : DARES ]

 

L'ubérisation du travail n'est donc que l'ultime avatar d'une flexibilisation à outrance du travail que l'on subit depuis plusieurs années déjà. Or, je crains fort que l'économie numérique n'aggrave la bipolarisation du marché de l'emploi, avec d'un côté une faible proportion d'emplois très qualifiés et de l'autre une immense majorité d'emplois peu ou pas qualifiés (services à la personne, distribution, etc.). Les inégalités de revenus n'en seront qu'encore plus exacerbées, tout comme les conflits sociaux qui en résulteront !

 

Et pourtant, Emmanuel Macron se persuade (et cherche à persuader les autres) qu'un tel modèle constitue un avenir radieux et que la start-up, qu'on me permette de dire jeune pousse, est le seul lieu où le progrès technique trouve sa source ce qui permet également l'épanouissement pour un jeune dont le rêve ne peut être autre chose que de devenir milliardaire... C'est oublier d'une part un peu vite les conditions déplorables de travail qui règnent assez souvent dans les start-up et la réalité de l'innovation plus incrémentale que disruptive !

 

En définitive, les admirateurs du dieu Schumpeter (innovation, quand tu nous tiens...) devront constater que l'évolution actuelle - déformation de la structure des emplois vers des emplois moins productifs et donc baisse de la productivité globale - ne laisse pas présager des jours meilleurs pour les salariés. Et si tout simplement, les travailleurs n'étaient déjà plus la priorité des politiques, tout obnubilés qu'ils sont par la compétitivité, la croissance et autres indicateurs qui négligent l'Homme ?

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 11:05

 

 

Dans mon précédent billet, je vous avais annoncé ma conférence qui aura lieu à l'UPT de Forbach ce lundi 27 mars à 19h (durée 1h30). Le Républicain Lorrain l'a par ailleurs annoncée dans sa rubrique Pour sortir :

 

 

[ Clique-droit sur l'affiche puis "afficher" pour agrandir ]

 

Cette conférence ne nécessite aucune connaissance préalable et s’adresse à tous. De nombreux points seront abordés comme la compétitivité, la désindustrialisation, les inégalités, les fractures sociales et territoriales, les dépenses publiques, le revenu universel,…

 

L’entrée est fixée à 5€ pour les personnes non inscrites au cycle de conférences économiques de l’UPT.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 16:26

 

 

En cette année électorale où le besoin de changement semble le disputer au ressentiment, il est indispensable de dresser un bilan complet de la situation économique et social en France, afin de permettre ensuite un débat serein sur les nombreuses mesures proposées par les candidats, que j'ai par ailleurs souvent évoqué sur mon blog : revenu universel, protectionnisme, réduction des dépenses publiques, baisse des impôts sur les entreprises, réforme de la Sécurité sociale, etc. Et ce d’autant plus qu’elles s’inscrivent dans des visions parfois radicalement divergentes de l’avenir : fin du salariat ou explosion de la zone euro pour les uns, révolution numérique et gains de productivité pour d’autres,…

 

C’est pourquoi, après l'énorme succès de ma conférence-dédicace à la médiathèque de Forbach (salle comble et des personnes refusées par manque de place !), je donnerai une conférence grand public à l’Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach (durée 1h30), le lundi 27 mars à 19h. Intitulée L’état économique réel de la France par-delà les discours politiques, elle sera l’occasion d’aborder de nombreux thèmes comme la compétitivité, la désindustrialisation, les inégalités, les fractures sociales et territoriales, les dépenses publiques, le revenu universel,…

 

[ Clique-droit sur l'affiche puis "afficher l'image" pour agrandir ]

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. Toutes les questions seront les bienvenues à la suite de la présentation. L’entrée est fixée à 5€ pour les personnes non inscrites au cycle de conférences économiques de l’UPT.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 13:50

 

 

Comme je l'avais écrit dans un précédent billet, la médiathèque de Forbach m'a invité à donner une conférence tous publics, le samedi 18 mars à 14h30.

 

 

S’ensuivront un échange et une séance de dédicace de mon nouveau livre, Les grands mécanismes de l'économie en clair (Ellipses), dont la deuxième édition fut l’occasion de reprendre entièrement le texte et d'ajouter trois nouveaux chapitres (dépense et dette publiques, la mondialisation, la crise).

 

Le Républicain Lorrain m'a du reste interrogé sur les tenants et aboutissants de cette conférence-dédicace :

 

 

L’entrée est libre dans la limite des places disponibles. Venez nombreux pour en savoir plus sur les dépenses publiques, le revenu universel, la démondialisation, les excédents commerciaux et tant d'autres sujets !

 

Renseignements auprès de la médiathèque :

 

04, place Aristide Briand

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 61 90

Email : mediatheque@mairie-forbach.fr

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 11:03

 

 

Après le grand succès du ciné-débat que j'ai animé lundi à Sarreguemines (une centaine de personnes présentes !), je reviens à Forbach pour de nouvelles aventures économiques.

 

En effet, dans la période actuelle troublée, comprendre les grands mécanismes de l’économie est devenu une nécessité pour que les citoyens d’une démocratie se réapproprient leur destin, en appréciant le degré de pertinence des politiques économiques. Las, trop souvent le fonctionnement de l’économie est présenté de manière trop parcellaire ou obscure pour permettre au citoyen d’en décrypter véritablement les rouages.

 

Or, n’est-il pas important de comprendre quels sont les tenants et aboutissants d'un revenu universel ? Faut-il nécessairement diminuer les dépenses publiques ? Sait-on suffisamment que des excédents commerciaux sont loin de toujours être un indicateur de bonne santé économique ? Explique-t-on assez que le commerce international est en panne et que d’aucuns y voient déjà le signe d’une démondialisation ? A-t-on assez insisté sur le fait que la croissance pourrait disparaître et que, sans modèle alternatif, cela aurait d’énormes conséquences sur le financement de la Sécurité sociale et des dépenses publiques ?


C’est précisément pour expliquer les grands mécanismes économiques souvent assez opaques, que la médiathèque de Forbach m'a invité à donner une conférence ce samedi 18 mars à 14h30 :

 

 

[ Clique-droit sur l'affiche puis "afficher" pour agrandir ]

 

S’ensuivront un échange et une séance de dédicace de mon dernier livre, Les grands mécanismes de l’économie en clair (Ellipses), dont la deuxième édition fut l’occasion de reprendre entièrement le texte et d'ajouter trois nouveaux chapitres (dépense et dette publiques, la mondialisation, la crise).

 

L’entrée est libre dans la limite des places disponibles. Venez nombreux !

 

Renseignements auprès de la médiathèque :

 

04, place Aristide Briand

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 61 90

Email : mediatheque@mairie-forbach.fr

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 10:08

 

 

Dans un précédent billet, je vous avais annoncé que l'Université Populaire de Sarreguemines Confluences, en partenariat avec les cinémas Forum de Sarreguemines, m'a proposé d'animer  un ciné-débat consacré aux crises économiques et financières, ce lundi 13 mars 2017 à 20h. Elle débutera par la projection du film documentaire Quand les bulles éclatent. Puis j'animerai un petit débat sur l'origine des crises et les mécanismes afférents, et plus généralement sur l'état de l'économie afin de répondre aux très nombreuses questions que le film ne manquera pas de susciter.

 

Le Républicain Lorrain m'a par ailleurs interrogé sur les crises économiques et financières dans le cadre de ce ciné-débat :

 

 

[ Pour agrandir, clique-droit sur l'image et "afficher l'image" ]

 

Si vous voulez en savoir plus sur les bulles et plus généralement les crises, rendez-vous aux cinémas Forum de Sarreguemines ce lundi 13 mars à 20h ! Et dans quelques jours je traiterai des grands mécanismes de l'économie à la médiathèque de Forbach et de l'état économique et social réel de la France à l'UPT de Forbach. Un mois riche en débats dont je vous parlerai sur ce blog au fur et à mesure...

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 14:31

 

 

La crise des subprimes nous a démontré que les croyances irrationnelles en un marché toujours haussier finissent inévitablement par se heurter à la réalité. Et pourtant, les leçons de l'histoire économique ne semblent jamais comprises, comme en témoigne l'engouement actuel des investisseurs pour les actions depuis l'élection de Donald Trump, alors même que les nuages s'amoncellent...

 

C'est dans ce contexte que l'Université Populaire de Sarreguemines Confluences, en partenariat avec les cinémas Forum de Sarreguemines, m'a proposé d'animer  un ciné-débat consacré aux crises économiques et financières, ce lundi 13 mars 2017 à 20h. La soirée débutera par la projection du film documentaire Quand les bulles éclatent. Puis j'animerai un petit débat sur l'origine des crises et les mécanismes afférents (bulles, excès de liquidités, etc.), et plus généralement sur l'état de l'économie afin de répondre aux très nombreuses questions que le film ne manquera pas de susciter.

 

[ Pour agrandir, clique-droit sur l'image et "afficher l'image" ]

 

 

Venez nombreux !

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 10:59

 

 

Après mon billet où je présentais les problèmes de la monnaie unique et m'interrogeais sur une possible sortie de la zone euro, je vais aujourd'hui revenir sur la crise grecque. Non pas pour vous refaire tout le film, car il est disponible un peu partout et en particulier sur mon blog (billet 1, billet 2, billet 3, billet 4), mais pour vous montrer le chemin parcouru et l'impasse dans laquelle les Européens s'embourbent volontairement...

 

Petits rappels sur le mauvais diagnostic en Grèce

 

Pour le dire simplement, l'ex-Troïka (BCE + FMI + UE) soignait depuis 2010 un problème de liquidité en lieu et place d'un problème de solvabilité. À la différence de la crise de liquidité où l'emprunteur peut payer ses dettes mais ne trouve temporairement pas de prêteur, la crise de solvabilité concerne l'emprunteur qui ne peut pas rembourser ses dettes.

 

En 2010, la Grèce doublait ainsi son insolvabilité externe (plus de 10 % de déficit courant et 140 % du PIB de dettes nettes extérieures en 2011) d'une insolvabilité budgétaire (plus de 9 % du PIB de déficit public et 160 % du PIB de dettes publiques en 2011). Pour le dire autrement, la Grèce ne pouvait faire face ni à son endettement vis-à-vis des pays étrangers ni à son endettement public !

 

À mauvais diagnostic des créanciers, mauvais remède appliqué au malade grec ! Dès lors, pour répondre aux injonctions de la Troïka (BCE + FMI + UE) et obtenir le déblocage des prêts, le précédent gouvernement grec s'est vu contraint de multiplier les politiques d'austérité : réduction drastique des salaires et des retraites, coupes claires dans les dépenses des ministères et dans les aides sociales, privatisations des entreprises publiques.

 

Las, comme toujours avec de pareilles thérapies de choc, on assista à une formidable explosion du chômage, de la précarité, de la pauvreté et tout simplement de la misère. Mais les conséquences désastreuses de cette politique d'austérité (dévaluation interne ?) étaient vues comme de simples effets indésirables à court terme, qui céderaient rapidement le pas à la croissance et à la compétitivité à l'export.

 

Et aujourd'hui ?

 

Disons-le d'emblée : jamais un pays européen n'aura adopté autant de mesures d'austérité en si peu de temps ! Et le résultat, si on en juge à l'aune des critères retenus par les créanciers (compétitivité-coût et solde public), est probant :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Le seul hic est que ce faisant la Grèce a également coupé dans des dépenses publiques indispensables à la survie d'une nation (santé, éducation, etc.) et amputé son avenir en laissant caler tous les moteurs de la croissance potentielle. Je ne vois donc pas très bien quelles nouvelles mesures de réduction des dépenses le gouvernement grec pourrait encore prendre, d'autant qu'il est prévu un mécanisme de coupe automatique... À moins d'appliquer un principe bien connu des shadoks, suivant lequel il faut toujours poursuivre une politique qui ne marche pas, car plus ça rate plus on a de chances que ça marche ! D'autant que malgré tout, le taux d'endettement public reste insoutenable :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Dès lors, comme je l'écrivais déjà dans mes billets en 2015, à chaque échéance sur la dette le psychodrame reprend de plus belle. Et comme il lui faut trouver 7 milliards d'euros pour cet été et que des échéances de ce type il y en aura encore pour un demi-siècle, c'est une litanie de papiers que l'on pourra à ce rythme écrire sur la Grèce !

 

 

[ Source  : Greece’s Public Debt Management Agency ]

 

Le pire est que les Européens se discréditent à un point jamais connu dans l'histoire, en ce qu'ils ont créé en Grèce une pyramide de Ponzi où les nouveaux prêts servent à remboursement les échéances des anciens ! Et ce ne sont pas les réductions de taux d'intérêt ou les allongements de maturité consentis qui changeront quelque chose : la dette est insoutenable, c'est même le FMI qui le répète à tire-larigot !

 

Que faire alors ?

 

Soulever la question, c'est y répondre en partie : il est impossible d'éviter l'annulation d'une part substantielle de la dette publique du pays. Après, tout l'enjeu sera d'utiliser cette bouffée d'oxygène pour remettre le pays à flot et lutter contre l'état de délabrement social. C'est à ce prix, cette fois-ci pour les créanciers, que la Grèce pourra espérer une reprise de l'investissement, de l'activité et partant une hausse des rentrées fiscales sans matraquage sur les rares ménages de la classe moyenne encore capables d'honorer leur contribution.

 

Cela passera par des incitations fiscales et autres subventions européennes (BEI...) seules à même d'attirer les investisseurs sérieux dans le pays et non les spéculateurs voraces qui ont déjà mangé la laine sur le dos du mouton lors des privatisations. Le tout est de bien identifier les avantages comparatifs de la Grèce, c'est-à-dire ses points forts (tourisme, services aux entreprises, énergie solaire, etc.), tant les politiques économiques menées depuis la crise ont détruit de capacités de production (industrie en berne, construction en déclin, etc.). Avec pour garde-fou de ne pas transformer le pays en micro-paradis fiscal comme Chypre...

 

Mais à défaut de bon sens, censé être la chose la mieux partagée sur terre mais dont les Européens semblent s'être départis puisqu'ils réclament toujours plus d'austérité à la Grèce, un gouvernement  finira tôt ou tard par examiner la possibilité d'une sortie de la zone euro, quitte à devoir en payer le prix fort...

 

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