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30 mai 2022 1 30 /05 /mai /2022 13:30

 

 

Avant la guerre en Ukraine, un journaliste me demandait si le dollar pouvait perdre sa place prédominante au profit de l'euro. Cela m'a semblé un bon point de départ pour rappeler quelques faits (déjà souvent abordés sur mon blog) sur le "privilège exorbitant du dollar", qui est à la fois économique et politique.

 

Le dollar comme monnaie internationale

 

Malgré l'estocade portée par Richard Nixon au système monétaire international issu de Bretton Woods en 1971, le dollar a conservé sa place dominante dans les opérations commerciales et financières mondiales :

 

 

[ Source : IFRI ]

 

Et même si la part des réserves de change en devises libellées en dollar est en baisse depuis les années 1970, où elle atteignait 80 %, le dollar demeure qu'on le veuille ou non la principale monnaie de réserve :

Infographie: Le dollar reste la reine des monnaies | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

Le privilège exorbitant du dollar

 

Alors ministre de l'Économie et des Finances, Valéry Giscard d'Estaing déplorait en 1964 le "pouvoir exorbitant du dollar", qui permettait - et permet toujours ! - aux États-Unis de s'endetter à des niveaux stratosphériques sans risquer (jusque-là) de crise. Le général de Gaulle ne disait pas autre chose en 1965, même si l'idée de revenir à une forme d'étalon-or n'était pas une bonne idée comme je l'ai expliqué dans ce billet :

Barry Eichengreen, professeur d'économie et de science politique à l'université Berkeley, a repris cette question dans un livre passionnant intitulé Un privilège exorbitant. Il y explique outre ce que je viens de rappeler plus haut, que le dollar permet in fine aux ménages américains de vivre structurellement au-dessus de leurs moyens, parce que les investisseurs du monde entier sont friands de titres de dettes libellés en dollars !

 

En particulier, les États-Unis fournissent au reste du Monde une dette sans risque, sous forme de Treasury Bond (bons du Trésor) :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En définitive, d’aucuns affirment qu'au vu des conditions actuelles, le dollar devrait perdre son statut de monnaie de réserve internationale conformément au célèbre dilemme de Triffin : les États-Unis abusent de ce rôle du dollar pour s'endetter excessivement avec très peu d'épargne, ce qui dégrade à terme la qualité de la monnaie et conduit à la perte de son hégémonie.

 

Or, depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, il ne fait plus aucun doute que les pays membres de l'OTAN cherchent l'appui des États-Unis (le "parapluie américain") et non celui de l'UE, quand bien même Emmanuel Macron s'acharne-t-il à apparaître comme le sauveur européen. De facto, cela assure aux États-Unis une suprématie politico-économique, qu'il devient difficile de contester en ces temps troubles... Ainsi, le dollar demeurera, encore pour un moment, la devise clé des échanges internationaux, surtout depuis que les échanges bancaires via SWIFT ont été passablement secoués...

 

Quant à l'euro, pour qu'il puisse un jour subvertir la domination du dollar, encore faudrait-il qu'il existe une dette publique unique pour l'ensemble de la zone euro. Une proposition complexe, mais astucieuse, vient notamment d'être faite par Massimo Amato dans une tribune du Monde.

 

Certes, les cryptomonnaies du type Bitcoin, Ethereum sont en embuscade pour détrôner le dollar, mais les questions qu'elles soulèvent sont encore suffisamment nombreuses et complexes (volatilité, opacité, sécurité...) pour en limiter l'adoption à très grande échelle. En revanche, les monnaies numériques de Banques centrales ne manqueront pas de faire parler d'elles dans la course à la suprématie monétaire mondiale, la Chine ayant pris une bonne longueur d'avance avec son e-yuan. J'aurai d'ailleurs l'occasion d'y revenir dans un prochain billet.

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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 13:23

 

 

Alors que des millions de personnes en France s'inquiètent pour leur pouvoir d'achat en raison notamment de l'inflation, d'autres semblent bien plus préoccupées par la valeur de leur patrimoine boursier. Il est vrai que ces dernières semaines les marchés financiers ont montré des signes d'inquiétudes, qui dépassent de loin les mauvaises nouvelles économiques. D'aucuns se demandent dès lors s'il s'agit d'une simple correction des cours faisant suite à l'euphorie des années précédentes ou s'il faut craindre un krach... Je n'ai pas la prétention de lire dans les astres boursiers, mais il est tout de même possible d'évoquer quelques éléments de réflexion.

 

Évolution des cours boursiers

 

Le moins que l'on puisse dire est qu'il y a eu ces dernières semaines une correction des cours par rapport aux sommets atteints au début de l'année 2022 :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Dans le détail, la chute des cours au début du mois de mars a donné des sueurs froides à bon nombre d'investisseurs en herbe. Après une reprise éclair que certains médias adorent commenter en long et en large, l'on assiste à une nouvelle baisse prononcée depuis le mois de mai. Pourtant, les résultats économiques des grands groupes ont été plus que bons dans le contexte actuel, c'est pourquoi les analystes financiers ont commencé à vendre un gloubi-boulga d'explications composé d'inflation, de risque géopolitique, etc. Loin de moi l'idée de contester que ces éléments ont leur importance, mais il me semble simpliste de rapporter l'évolution des cours de Bourse aux seules variables économiques. Qui peut en effet encore croire que l'évolution de la Bourse est le seul reflet de l'économie réelle ?

 

Les politiques économiques au chevet des cours boursiers

 

Disons-le tout net : voilà longtemps que les cours boursiers ne reflètent plus uniquement les fondamentaux des sociétés cotées ! Sinon, comment expliquer l'absence de krach lors du déclenchement de la pandémie, d'autant que peu ou prou l'ensemble de la planète fut mise sous cloche ? N'oublions pas que les États ont volé toutes ailes déployées au secours des entreprises et surtout des marchés financiers, de peur d'assister au krach ultime. Et les Banques centrales ne furent pas en reste, menant des politiques monétaires ultra-expansionnistes comme nous n'en avions jamais vu en temps de paix, tant et si bien que l'hypertrophie financière continue de plus belle.

 

L'un dans l'autre, les marchés financiers ont été gavés de liquidités et les investisseurs ont ainsi bénéficié d'un filet de sécurité implicite. À tel point que nombre d'économistes se sont demandé si l'un des objectifs principaux des banques centrales n'était pas d'assurer la rentabilité des actifs ou à tout le moins le non-recul brutal des cours.

 

Vers un krach ?

 

Dans la courte vidéo ci-dessous, Olivier Passet soulève la question en rappelant la "multiplicité des chocs exogènes défavorables mais temporaires qui s’abattent sur l’économie : guerre, montée des incertitudes, baisse des anticipations de croissance, inflation etc.".

Au fond, la question n'est peut-être même pas de savoir si ce big krach arrivera, mais quand et sous quelle forme (krach boursier, éclatement de la bulle obligataire, défauts massifs sur les emprunts publics et surtout privés...). Or, l'histoire financière est jonchée des cadavres (entre autres financiers) de ces purges sur les marchés financiers, comme le montre avec brio Charles Kindleberger dans un livre de 1978. Les travaux de Shiller et son célèbre PER mérite de ce point de vue toute notre attention, si l'on veut comprendre l'ampleur de la correction à venir.

 

À n'en pas douter, l'incertitude demeurera élevée dans les semaines à venir tant sur le plan économique que politique, d'où une volatilité accrue sur les Bourses. Ceux qui s'imaginent trouver un viatique dans les cryptomonnaies en sont également pour leurs frais depuis la panique Terra Luna. Le plus triste dans tout cela, c'est qu'à force de concentrer leurs efforts au sauvetage des marchés financiers, les dirigeants politiques perdent de vue les souffrances des acteurs de l'économie réelle (ménages, artisans, petits entrepreneurs, associations...), qui luttent pourtant de toute leur force pour se sortir de l'ornière !

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du site Capital.fr

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13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 13:29

 

 

Après mes billets sur les sujets absents de la campagne présidentielle et sur la fête du Travail, il me semble utile de revenir sur la question du pouvoir d'achat, puisque selon une enquête CSA Research pour Cofidis, il manquerait en moyenne 490 euros aux personnes interrogées pour vivre convenablement. Mais encore faut-il s'entendre sur le constat : qu'est-ce que le pouvoir d'achat ? Comment le mesure-t-on ? Quels sont les principaux facteurs qui vont peser sur le pouvoir d'achat ?

 

Qu'est-ce que le pouvoir d'achat ?

 

Je me contenterai de donner ici quelques éléments de compréhension pour le besoin de mon analyse. Le lecteur intéressé par les questions de pouvoir d'achat, d'inflation, de prix et de choix dans la consommation, pourra utilement se reporter à l'un de mes livres aux éditions Ellipses, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie ! ou Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition (chapitre 2 et 3).

 

Le pouvoir d'achat correspond à la quantité de biens et de services qu’un ménage peut acheter avec ses revenus ; il dépend du niveau des revenus mais aussi de celui des prix. Dès lors, l’évolution du pouvoir d’achat correspond à la différence entre l’évolution des revenus des ménages et l’évolution des prix. Bien entendu, si la hausse des revenus est inférieure à celle des prix, alors le pouvoir d’achat diminue...

 

Dans ses calculs de pouvoir d'achat, l'Insee s'appuie sur le revenu disponible des ménages, c'est-à-dire les revenus d’activité (revenus du travail, revenus de la propriété) augmentés des prestations sociales reçues et diminués des impôts versés. Et pour mesurer l'évolution des prix, l'institut de statistiques utilise l'indice des prix à la consommation (IPC).

 

 

[ Source : Insee ]

 

Quels facteurs  vont peser sur le pouvoir d'achat ?

 

Durant la crise de la covid-19, le pouvoir d'achat des ménages a mieux résisté que prévu en raison des aides importantes de l'État.

 

 

[ Source : Insee ]

 

Hélas, l'économie française est déjà fortement affectée par les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement, une évolution incertaine de la demande qui s'est décalée après les confinements sur les biens plutôt que les services, la hausse des prix de l'énergie et plus généralement les conséquences de la guerre en Ukraine. Autant de facteurs qui vont peser très fortement sur le pouvoir d'achat, d'autant que les hausses de salaire sont encore loin de compenser l'inflation, les emplois précaires et mal payés devenant de plus en plus nombreux. Seuls le SMIC et quelques allocations ont automatiquement été revalorisés le 1er mai en raison de l'inflation :

 

 

[ Source : France bleu ]

 

Au total, il y a fort à parier que les hausses de prix vont désormais s'étendre à d'autres biens de première nécessité dont l'alimentation :

Infographie: Prix alimentaires : quels produits ont le plus augmenté ? | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

Quant à l'immobilier, qui n'entre dans l'indice des prix à la consommation que par la petite porte des loyers et des charges, il pèse lui aussi très lourd dans le budget des ménages. Et lorsque les taux d'intérêt réels à long terme deviennent fortement négatifs, le risque est une hausse du coût d'achat d'un bien immobilier et subséquemment des loyers. Bref, encore des difficultés à venir pour les ménages...

 

En définitive, s'il veut éviter une nouvelle grogne sociale comme celle des gilets jaunes, le gouvernement devra mener une politique budgétaire expansionniste, qui entrera en contradiction avec les engagements d'équilibre des finances publiques (via la baisse des dépenses publiques). Curieusement, peu de commentateurs font remarquer que dans ce contexte les promesses de baisses d'impôts risquent fort de rester lettre morte... sauf pour une minorité !

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6 mai 2022 5 06 /05 /mai /2022 14:30

 

 

Après mes articles sur la fête du Travail, les sujets majeurs absents de la campagne présidentielle, le déficit de la balance commerciale et la politique monétaire, il faut admettre que le pouvoir d'achat est devenu le sujet phare du moment. Hélas, tout comme la consommation, il n'est abordé que sous l'angle de la quantité de monnaie dans le portemonnaie. Les dimensions sociales, éthiques et politiques de la consommation sont ainsi reléguées aux oubliettes.

 

Or, Arte vient  consacrer un documentaire d'une demi-heure sur des formes de monnaies locales émises par des collectivités publiques pour soutenir l'économie locale, que nous n'avons pas l'habitude de voir en France : "En Catalogne, deux villes misent sur les monnaies locales pour atténuer les conséquences économiques de la pandémie. À Santa Coloma de Gramenet, cité voisine de Barcelone, l’expérience est si probante qu’il est question de verser sous cette forme une partie des salaires des fonctionnaires municipaux".

Les monnaies locales dont il est question dans ce documentaire ne sont pas tout à fait de même nature que celles (re)connues en France par la loi du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire, dite loi Hamon :

C'est ce qui rend le documentaire d'Arte très intéressant, d'autant plus qu'il soulève une multitude de questions sur les fonctions sociales de la monnaie et, en particulier, celle de la consommation des plus modestes. Pour ceux qui voudraient approfondir ce dernier point, il existe une littérature importante dont l'excellent livre de Denis Colombini, Où va l'argent des pauvres: Fantasmes politiques, réalités sociologiques :

 

 

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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 13:53

 

 

 

D'année en année, le travail est célébré dans les discours des dirigeants politiques, surtout en période électorale, sans que l'on sache très bien de quel travail il est question... Pourtant, la pandémie de covid-19 a démontré jusqu'à l'absurde que le travail utile pour la société n'était pas celui encensé par les politiques à longueur de discours. Pire, il y a urgence de redonner du sens au travail :

 

 

 

[ Source : CESI ]

 

Dans le monde néolibéral, la fête du Travail semble dès lors se résumer à une curiosité des temps anciens -une anomalie diront les plus bravaches -, bref un simple jour férié qu'un jour ou l'autre le gouvernement supprimera au nom (choisissez dans la liste suivante l'explication politiquement idiote qui vous sied le mieux) du progrès, de la nécessité de travailler plus, de le modernité, de l'effort collectif... Or, au vu de son importance, je souhaiterais comme chaque année rappeler brièvement l'histoire de cette journée du 1er mai consacrée au travail, tant elle représente une lutte importante, que d'aucuns cherchent à faire oublier afin de déconstruire et précariser flexibiliser le droit du travail, bien entendu au nom du progrès !

 

Le choix du 1er mai

 

C'est le 30 avril 1947 que le gouvernement décida de faire du 1er mai un jour chômé et payé, sans qu'il soit d'ailleurs fait référence à une quelconque fête. L'appellation fête du Travail n'est donc que coutumière, même si par abus j'ai moi-même commencé ce billet en ces termes ! Il n'y a guère que sous Vichy, le 24 avril 1941, que le 1er mai fut désigné comme fête du Travail et de la concorde sociale...

 

Cette date du 1er mai s'inspire en fait des grèves et négociations du 1er mai 1886, qui débouchèrent sur une limitation de la journée de travail à huit heures aux États-Unis.

C'est en 1889 que la deuxième Internationale socialiste réunie à Paris se donnera pour objectif la journée de huit heures, puisque jusque-là le temps de travail habituel était de dix à douze heures par jour ! Et pour marquer cette revendication, il fut décidé d'organiser une grande manifestation à date fixe (le 1er mai...) dans le but de faire entendre la même revendication de réduction du temps de travail dans tous les pays !

 

C'est ainsi qu'est née la Journée internationale des travailleurs également appelée fête des Travailleurs, avec un premier défilé le 1er mai 1890, où les ouvriers firent grève et défilèrent avec le célèbre triangle rouge à la boutonnière, qui symbolisait les 3 grands tiers de la journée : travail, sommeil, loisir. Mais il faudra tout de même attendre le 23 avril 1919 pour que le Sénat français impose enfin une limite de travail à 8 heures par jour...

 

Les ateliers nationaux en 1848

 

Enfin, puisque nous sommes en si bon chemin semé d'embûches, regardons brièvement ce que l'histoire peut nous apprendre sur le traitement du chômage au XIXe siècle. Après la révolution de février 1848, trop souvent oubliée par les Français alors même que la déflagration se fit pourtant sentir partout en Europe sous l'expression désormais consacrée de Printemps des peuples, le gouvernement provisoire de la IIe République créa les Ateliers nationaux dans l'idée de procurer aux chômeurs de Paris un petit revenu en contrepartie d'un travail (cf. cet article du site Hérodote.net). C'est l'exemple typique d'une belle idée sociale, en l’occurrence défendue depuis 1839 par Louis Blanc, qui souhaitait créer des Ateliers sociaux pour rendre effectif le droit au travail.

 

Mais à l'Assemblée nationale, forts d'une majorité de notables provinciaux très méfiants à l'endroit des ouvriers, les députés décidèrent que les Ateliers nationaux ne devaient se voir confier aucun travail susceptible de concurrencer une entreprise privée (toute ressemblance avec la situation actuelle ne pouvant être totalement fortuite...). C'était dès lors les condamner au supplice de Sisyphe, d'autant que le nombre de chômeurs qu'ils employaient augmentait de façon vertigineuse : substituer des arbres provenant des pépinières nationales à des arbres sains préalablement abattus, dépaver les rues pour ensuite les paver à nouveau, etc.

 

Les Ateliers nationaux devinrent ainsi un repoussoir pour la classe bourgeoise, qui n'y voyait rien d'autre qu'un nid d'ouvriers révolutionnaires doublé d'un gouffre économique. Dès lors, par collusion d'intérêt, il n'est guère étonnant que nombre de parlementaires s'opposassent à toute forme d'intervention de l'État dans le domaine économique et dans la régulation des relations patrons/salariés. C'est que rentiers et bourgeois de l'Assemblée se sentaient offusqués de devoir entretenir avec l'argent public un nombre croissant de chômeurs employés par ce qu'ils surnommaient désormais les "râteliers nationaux", considérant qu'une telle aide relevait plutôt de la charité privée. Retour au 18e siècle.

 

Le 20 juin 1848 fut donc décidée la suppression des Ateliers nationaux, dans l'espoir de calmer au passage les velléités révolutionnaires des ouvriers. Ce faisant, 120 000 ouvriers furent licenciés par les Ateliers nationaux, ce qui déboucha sur de violentes émeutes de la faim (les journées de juinet une répression brutale. Répétons-le : c'est donc bien la République qui fit tirer sur le Peuple, même si cela semble difficile à entendre !

L'histoire nous rappelle que la question du travail et de sa valeur a souvent été traitée de manière partisane par le pouvoir politique, afin de satisfaire aux intérêts d'une minorité de riches faiseurs. Trop souvent, les politiques évoquent d'ailleurs le chômage uniquement sous l'angle de son taux et le travail uniquement comme un coût salarial, pure vision de techniciens (technocrates ?) qui permet de la sorte d'occulter à dessein toutes les questions de qualité du travail, de déclassement professionnel et de mal-être au travail ! Les mots sont d'ailleurs trop souvent utilisés pour leur faire dire le contraire de ce qu'ils signifient, comme je l'ai montré dans ce billet.

 

Pour finir, le lecteur intéressé par la problématique de l'emploi pourra utilement se reporter à mes billets suivants :

 

 * Le travail ravagé par la perte de sens

 

 * Le temps de travail en France,

 

 * Baisse du chômage : en route vers la crise sociale ?,

 

 * Le taux d'activité ou la face cachée du plein emploi

 

 * Les sujets majeurs absents de la campagne présidentielle

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20 avril 2022 3 20 /04 /avril /2022 12:45

De véritable campagne électorale, il n'y en a pas vraiment eu pour ces présidentielles. Ce constat, largement partagé, ne peut qu'aggraver la grave crise démocratique en France. Ce d'autant plus que de nombreux sujets socioéconomiques n'ont guère été abordés, tant les débats étaient dominés par la guerre en Ukraine et le pouvoir d'achat. Oserais-je dire que les sujets occultés (travail, dette...) étaient probablement aussi sinon plus importants, dans la mesure où ils correspondent à une certaine vision du monde social. Et si nous en disions un mot ?

 

La dette publique

 

Voici le niveau atteint par la dette publique au sein de l'UE :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Beaucoup plus intéressant, son évolution sur un an :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Par rapport au troisième trimestre 2020, 15 États membres ont enregistré une hausse de leur taux d'endettement public et 12 une baisse, cette dernière résultant surtout de la reprise économique après les confinements liés à la pandémie. Hélas, la dynamique de la dette publique, qui dépend fondamentalement de son niveau et du différentiel (taux d'intérêt réel - taux de croissance), va probablement pâtir du ralentissement de l'activité visible depuis 2021 et du resserrement anticipé de la politique monétaire lié à la hausse de l'inflation...

 

Alors qu'en 2017, certains candidats n'hésitaient pas à agiter l'épouvantail de la "faillite", curieusement les niveaux historiques atteints par la dette publique ne semblent pas les avoir émus en 2022. Quant au poids social et humain de la dette publique dans les pays en développement, elle n'a fait l'objet d'aucune communication (mot-valise pour désigner à peu près toute parole prononcée), tant il est vrai que notre époque se caractérise par le chacun pour soi. O tempora, o mores !

 

La dette privée

 

Quant au taux d'endettement des agents non financiers privés, il atteint 124,5 % du PIB dans la zone euro et même 148,4 % en France ! Le récent répit dans l'ascension du ratio français résulte là encore de la forte reprise (temporaire) de l'activité après les confinements.

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

En 2017, il était question de compétitivité, alors que l'endettement privé atteignait déjà un niveau inquiétant. En 2022, la question est carrément mise sous le boisseau. O tempora, o mores !

 

Le travail

 

Admirons la capacité des candidats à une élection à parler du taux de chômage sans jamais évoquer le travail autrement que sous sa forme comptable qu'est l'emploi. Même le taux d'activité et le taux d'emploi sont passés sous silence. Cela permet bien entendu d'occulter les vrais débats sur la nature du travail et les différentes façons (pas seulement monétaires !) de le valoriser dans une société.

 

D'où la stupéfaction de certains décideurs économiques et politiques face  à la vague de démissions aux États-Unis, qualifiée de Great Resignation (Grande démission). Avec le système de valeurs et la manière de penser qui les caractérisent, il leur est impossible de comprendre qu'elle est le résultat d'un changement de rapport au travail avec les confinements de la pandémie. Certains prennent une retraite anticipée, en vivant de leur patrimoine qui a pu gonfler grâce aux performances boursières et immobilières. Mais le plus souvent, il s'agit de travailleurs qui en ont assez d'exercer un emploi dans des conditions dégradées (salaire faible, temps de travail fractionné ou élastique, charge de travail trop forte, faible intérêt pour l'emploi...) et souhaitent profiter plus de leur famille et de leur temps libre. Pour ce faire, ils changent de secteur d'activité, ce qui crée des tensions sur l'emploi, notamment dans la restauration (l'on note le même phénomène en France). D'autres, enfin, ont repris le chemin des études pour apprendre un nouveau métier, se former à de nouvelles disciplines ou tout simplement pour prendre du champ intellectuel.

 

En tout état de cause, en parlant uniquement de chiffres liés à l'emploi, l'on ravale un lien social à un simple indicateur chiffré réputé neutre, ce qui permet d'éliminer du débat toutes les questions de qualité du travail et de déclassement professionnel. Le travailleur n'est plus alors qu'un simple exécutant numéroté d'un programme d'ensemble voué tout entier à l'efficacité et à la compétitivité, c'est-à-dire prosaïquement à la rentabilité, quitte à devoir occuper ce que David Graeber appelait des bullshit jobs. Or, il faut le répéter, le travail est un lien social comme le montrent le travail des sociologues (Dominique Méda, Robert Castel...), en ce qu'il fait de chaque travailleur un membre d'une communauté, précisément celle des travailleurs, d'où le maintien d'une "affiliation à la communauté des humains" pour reprendre les termes du sociologue Robert Castel (problématique que l'on retrouvait déjà chez Freud).

 

Plus généralement, la société est devenue malade de la gestion, pour reprendre un titre d'un excellent livre de Vincent de Gaulejac, ce qui signifie qu'il existe un projet politique visant à confier aux bons soins de la logique de marché des pans entiers de notre société qui devraient normalement lui échapper. Tel est le cas de la médecine, de l'instruction, etc. qui font désormais leur entrée dans la guerre économique où s'expriment avant tout les intérêts particuliers financiers et narcissiques. Et le monde d'après ne semble guère avoir tiré les leçons de la crise liée à la pandémie. Antonio Gramsci, que tout le monde cite hélas à tort et à travers, nous avait pourtant prévenus : "le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres" ! Et quand on pense que Gramsci est désormais cité par ceux-là mêmes qui pratiquent des politiques hégémoniques au sens gramscien du terme... O tempora, o mores !

 

Il est vrai que dans la plus pure logique néolibérale, proche de celle décrite par Walter Lippmann, l'oligarchie politique s'accroche à la chimère d'un monde gouverné par des experts, seuls capables de comprendre les règles économiques universelles immuables, qui rendent de facto inutiles la confrontation de projets de sociétés différents, et subséquemment les débats contradictoires dans le cadre de l'agon, bien qu'ils soient depuis plus de deux millénaires l'essence même de la démocratie. O tempora, o mores !

 

Le tittytainment

 

Si les questions importantes n'ont été au mieux qu'effleurées durant cette campagne, l'inutile et l'accessoire ont quant à eux rempli les journaux... numériques (sic !) dans la mesure où désormais une campagne électorale se fait à grands renforts de vidéos sur les réseaux asociaux du type Twitter, Tik Tok, Facebook, Instagram... Avec pour résultat que la campagne électorale prend des tours de kermesse populaire, de divertissement national, dont le clou du spectacle est le débat de l'entre-deux-tours.

 

Dans L’Enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes (Climats, 1999), Jean-Claude Michéa analysait de façon méthodique le monde du divertissement dans lequel nous sommes entrés depuis les années 1980, tournant du siècle qui a marqué la victoire de l'idéologie néolibérale dans toutes les disciplines, à commencer par l'économie. À l'analyse critique émancipatrice que l'école cherchait à apprendre à nos parents pour en faire des citoyens actifs (Cf. Condorcet), succède un enseignement de l'ignorance indispensable pour éviter la révolte au sein du système capitaliste actuel et sa chute. Et la classe inversée, les activités pédago-ludiques et autres fadaises n'en sont malheureusement que le dernier avatar.

 

Il base une partie de sa démonstration sur le concept de tittytainment, mot-valise employé par Zbigniew Brzezinski lors d'une conférence qui s'est tenue en 1995 sous l’égide de la fondation Gorbatchev. Il s'agissait de fournir une réponse à une évolution perçue comme inévitable par les leaders politiques et économiques : 80 % de l'humanité deviendra inutile au système capitaliste, car les 20 autres pour cent suffiront à maintenir l'activité économique mondiale ; comment gouverner les Hommes dans ces conditions ? Par le tittytainment bien sûr - version moderne de l’expression romaine Panem et circenses - c'est-à-dire par un savant "cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète". D'où l'enseignement de l'ignorance dans nos écoles, le développement d'émissions de télévision abrutissantes et des journaux télévisés sans contenu informationnel ! Bref, un retour à la société du spectacle décrite avec brio par Guy Debord en 1967.

 

De Juvénal à nos jours, le moyen de faire perdurer une société déclinante (décadente ?) est par conséquent toujours le même, mais il n'empêche pas l'effondrement final. Autres temps, mais pourtant mêmes mœurs ?

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13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 14:17

 

 

Lors de son allocution très mouvementée à Strasbourg, le candidat Emmanuel Macron a déclaré que "la réforme fiscale faite en début de quinquennat a permis de faire revenir de l'investissement" et "qu'on ne peut pas répartir des richesses qu'on ne produit pas". Cette remarque, a priori frappée au coin du bon sens, cache en réalité une vision très particulière de l'économie qui fait de l'épargne un préalable à l'investissement. 

 

L'allocution de Macron

 

Voici ci-dessous un très court extrait des propos tenus par Emmanuel Macron sur l'ISF et la redistribution des richesses, mais libre aux plus courageux ou téméraires d'écouter l'intégralité des propos :

Deux visions économiques

 

Dans la théorie néoclassique, l'investissement dépend d'une épargne préalable. C'est tout le génie de Keynes que d'avoir inversé cette causalité : c'est l’investissement qui entraîne l’épargne ! Pour comprendre ces deux visions opposées du fonctionnement de l'économie, revenons à une identité macroéconomique simple : le revenu global de l'économie (R) est utilisé pour consommer (C), investir (I), réaliser des dépenses publiques (G), exporter (X) net des importations (M).

 

R = C + I + G + X - M

 

Ajoutons à cette identité macroéconomique une autre identité liée à l'épargne de la nation (ou épargne nationale), qui agrège l'épargne des ménages, des entreprises et de l'État. Puisque l'épargne est définie comme le revenu courant moins les dépenses en besoins courant, si l'on suppose pour simplifier que l'ensemble des dépenses de consommation (C) et des dépenses publiques (G) sont des dépenses en besoin courant, alors l'épargne d'une nation (S) s'écrit : S=R-C-G. L'on en déduit :

 

S - I = X - M

 

À partir de ces deux identités macroéconomiques, les néoclassiques en déduisent que l’investissement doit être financé par une épargne préalable provenant des ménages (revenus non consommés), des entreprises (profits non distribués), de l'État (excédent budgétaire) ou de pays étrangers qui prêtent leur excédent extérieur. Il faut donc à tout prix favoriser l'épargne par des politiques accommodantes envers les ménages les plus riches (fiscalité faible, inflation modérée...), des politiques de l'offre pour soutenir les profits des entreprises (réduction et simplification de la fiscalité, réduction des coûts salariaux...), des politiques de réduction des dépenses publiques afin que l'État dégage un excédent budgétaire.

 

Au contraire, les keynésiens en déduisent que l'épargne n'est pas un préalable à l'investissement et constitue même un problème pour l'économie s'il s'agit d'un revenu thésaurisé.  Il suffit pour s'en convaincre de se rappeler que les banques commerciales n'accordent pas les crédits sur la base de fonds préalables en caisse, mais qu'elles créent la monnaie (scripturale) au moment même de l'opération de crédit.

 

On l'aura compris, dans ses déclarations Emmanuel Macron s'est fait le chantre de la vision néoclassique et même néolibérale. Pourtant, les crises économiques qui se sont succédé depuis trois décennies et la crise sanitaire ont clairement montré les limites d'une telle approche. Mais que faire face à une vision de l'économie devenue idéologie ?

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article des Échos.

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6 avril 2022 3 06 /04 /avril /2022 11:40

 

 

Comme un marronnier, voilà qu'a refleuri dans les médias (juste avant la guerre en Ukraine) le déficit de la balance commerciale : "Déficit commercial : la France s'enfonce", "La France confrontée au pire déficit commercial de son histoire", "Déficit commercial record pour la France en 2021"... Et toujours cette obsession pour le commerce des biens dans une économie où les services pèsent pourtant très lourd ! C'est pourquoi après mes articles sur les prix de l'énergie, la stagflation et le rôle de la politique monétaire, plongeons sans attendre dans les chiffres du commerce extérieur de la France.

 

Balance commerciale et taux de couverture

 

La balance commerciale est le compte qui retrace la valeur des biens exportés et la valeur des biens importés sur la base des statistiques douanières. Le solde du commerce extérieur est la différence entre la valeur des exportations et celle des importations. Si celui-ci est positif, on parle d'excédent commercial, sinon il s'agit d'un déficit commercial. Il est à noter que contrairement aux États-Unis entre autres, la balance commerciale en France ne couvre pas les services, qui figurent dans la balance des biens et des services.

 

Le taux de couverture du commerce extérieur est le rapport entre la valeur des exportations et celle des importations :

 

 

* lorsque le taux de couverture est inférieur à 1, la balance commerciale est déficitaire ;

 

 * lorsque le taux de couverture est égal à 1, la balance commerciale est équilibrée ;

 

 * lorsque le taux de couverture est supérieur à 1, la balance commerciale est excédentaire.

 

Notons que la balance commerciale (et donc le taux de couverture), peut être relative à un produit ou à l'ensemble des échanges de produits.

 

Le déficit commercial de la France

 

Commençons par ce graphique qui présente l'évolution du solde commercial de la France depuis 2004, date à laquelle elle devient structurellement déficitaire :

 

[ Source : Rapport 2022 sur le commerce extérieur ]

 

Avec la hausse importante des prix de l'énergie en 2021, rien d'étonnant à ce que les importations soient en hausse par rapport à 2020. Cependant, l'on constate que même hors énergie, la balance commerciale française est déficitaire. Globalement, selon le rapport 2022 sur le commerce extérieur, en 2021, les exportations de la France sont en hausse de 17 % et les importations de 18,8 %. Au total, le déficit commercial de la France s'est dégradé de 20 milliards d'euros et s'élève à 84,7 milliards d'euros en 2021 (64,8 milliards d'euros hors énergie et matériel militaire).

 

Les chiffres clés du commerce extérieur de la France en 2021

 

Toujours selon le rapport 2022 sur le commerce extérieur, voilà les principaux éléments à retenir sur le commerce extérieur de la France (chiffres, principaux partenaires, secteurs concernés...) :

 

[ Source : Rapport 2022 sur le commerce extérieur ]

 

Le solde commercial de quelques autres pays de l'UE

 

Le graphique ci-dessous présente le solde de la balance commerciale pour plusieurs pays de l'UE. Il faut néanmoins rester prudent sur l'interprétation de ces chiffres, puisqu'ils ne tiennent pas définition pas compte des services et ne permettent certainement pas de conclure qu'en Allemagne tout va bien et qu'à l'inverse au Royaume-Uni tout va mal, comme je l'ai expliqué dans mon livre Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie.

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Est-ce grave docteur ?

 

Ce qui compte vraiment, ce n'est pas tant le solde des seuls biens (balance commerciale), mais celui des biens, services, revenus (salaires, dividendes, intérêts…) et de certains transferts (dons, aides…). L'on obtient alors la balance courante, présentée sur le graphique ci-dessous :

 

 

[ Source : Rapport 2022 sur le commerce extérieur ]

 

Et l'image qu'elle donne du commerce extérieur est bien différente de celle qui résultait de la seule prise en compte des biens. En effet, même si le solde commercial est déficitaire, c'est tout le contraire pour les services dont le solde connaît un record, ce qui reflète la réalité de l'économie française où la part de l'industrie est déclinante (désindustrialisation) et où les emplois se situent essentiellement dans le secteur des services. Au total, le solde de la balance courante s'est amélioré, passant de -43,7 milliards d'euros en 2020 à -23,2 milliards en 2021.

 

Ces chiffres sont donc loin d'être catastrophiques, mais ils doivent faire réfléchir sur les choix politiques faits depuis trois décennies, d'autant que la crise liée à la covid-19 rappelle au demeurant qu'au-delà des chiffres, le commerce international soulève des questions de souveraineté et de sécurité trop longtemps occultées… En tout état de cause, l'illusion d'une économie de la connaissance sans industrie (fabless pour reprendre les mots d'un grand patron français...) a contribué à une désindustrialisation accélérée. De là découle notamment une baisse tendancielle des gains de productivité et de la croissance potentielle.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et comme le rappelle Vincent Vicard, directeur adjoint du CEPII, dans une entrevue accordée au Monde, les politiques publiques de baisse d'impôts sur la production et de réindustrialisation ont largement échoué à inverser la tendance, car la délocalisation reste un outil très prisé des multinationales françaises... À trop lorgner du côté de la compétitivité prix, l'on finit par oublier les autres dimensions de la compétitivité comme la qualité.

 

Or, faut-il rappeler que ce n'est pas en accompagnant la dégradation du tissu industriel d'une dégradation des conditions de travail que l'on inversera cette tendance. Et dire qu'il aura fallu attendre Macron, chantre de la flexibilité rebaptisée flexisécurité, pour que la question de la souveraineté économique refasse surface, même si la gestion de la crise de la covid-19 a montré l'incapacité du gouvernement français à ajouter des actes aux paroles ! Et que dire de cette lubie pour les seules start-up, alors que l'essentiel de l'emploi est lié aux industries plus traditionnelles, qu'il faudrait accompagner dans leur transition écologique (entre autres).

 

Bref, année après année, les dirigeants politiques déplorent le déficit commercial sans en analyser les causes dont ils sont souvent en partie responsables... et surtout sans se donner les moyens d'y répondre !

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30 mars 2022 3 30 /03 /mars /2022 13:38

 

 

Après mes billets sur la hausse des prix, le taux d'activité et la stagflation, je souhaitais revenir sur la politique monétaire, que j'ai enseignée cette année en L2 à l'Université de Nancy. En effet, l'on est en droit de se demander quel est l'objectif des Banques centrales en la matière, surtout lorsqu'elles semblent hésiter à modifier leur politique face à la hausse des prix. Et si le véritable objectif de la politique monétaire n'était plus (seulement) la stabilité des prix ? 

 

Qu'est-ce que la politique monétaire ?

 

L'on appelle politique monétaire un ensemble d'actions dont l'objectif est d'agir à court terme sur la situation économique (croissance/expansion, emploi, niveau général des prix, solde extérieur, bref les objectifs matérialisés par le célèbre carré de Kaldor), par l’intermédiaire de la quantité de monnaie en circulation et/ou du taux d’intérêt.

 

Depuis les années 1980, en Europe, c'est l'objectif de stabilité des prix qui prime tous les autres. Ainsi, l’article 127, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne définit l’objectif principal de l’Eurosystème : « L’objectif principal du Système européen de banques centrales [...] est de maintenir la stabilité des prix. […] Sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne ».

 

Dans un souci de simplification, je n'aborderai pas les objectifs intermédiaires et opérationnels, puisque cela n'apporterait rien à ce billet (je laisse cela à mes étudiants...). Précisons seulement qu'ils servent à atteindre l'objectif final au moyen d'instruments comme le contrôle du crédit, le contrôle des changes, les taux directeurs, les réserves obligatoires...  Les principaux canaux de transmission de la politique monétaire sont le crédit, le taux de change, le prix des actifs (effets de richesse). Autrement dit, si l'on considère le canal du crédit, lorsque la Banque centrale veut relancer l'économie, elle baisse en général ses taux d'intérêt directeurs afin de rendre la ressource monétaire moins chère. Or, ce canal fonctionne actuellement plutôt mal...

 

La politique monétaire de la BCE

 

L'évolution du principal taux directeur montre que la BCE mène une politique monétaire ultra-expansionniste :

 

 

[ Source : Caisse des Dépôts ]

 

 

Certains se demandent maintenant pourquoi la BCE ne sort pas encore de cette politique monétaire expansionniste, sachant que l'inflation fait son retour. Tout d'abord, il faut rappeler que le consensus a longtemps porté sur une inflation seulement transitoire, dans la mesure où elle résulte pour l'essentiel d'une reprise post-confinement simultanée dans le monde et d'une envolée des prix de l'énergie.

 

[ Source : Eurostat ]

 

Difficile alors de démêler la part conjoncturelle de la part structurelle, d'autant que la guerre en Ukraine est venue tout compliquer... Et comme je l'ai expliqué dans ce billet, l'inflation est avant tout un rapport social. Or, le pouvoir de négociation des salariés concernant le partage des revenus est devenu structurellement faible dans la zone euro. Ce sont donc les effets éventuels effets de second tour qu'il faut surveiller, c’est-à-dire les éventuelles hausses de salaire liées à la hausse des prix à la consommation.

 

En effet, l'inflation suppose une hausse généralisée et autoentrenue des prix à la consommation. Et pour l'instant, dans la zone euro, si l'on observe des effets de second tour sur la production (hausse des coûts de production liés à des hausses de prix des intrants), rien de tel n’est vraiment visible du côté des salaires. D'où les manifestations et grèves pour tenter d'arracher un petit quelque chose.

 

Aux États-Unis, la situation est très différente, puisque l’inflation dépend certes pour une part des prix de l'énergie, mais elle aussi d'une forte hausse des salaires et des prix de production des entreprises.

 

 

[ Source : Direction générale du Trésor ]

 

Les vrais objectifs de la BCE

 

Hélas, malgré toutes les mesures mises en œuvre par la BCE depuis près de 10 ans (baisse des taux directeurs, assouplissement des conditions de refinancement des banques, quantitative easing, etc.), la politique monétaire a échoué à tous les niveaux : taux d'inflation très loin de sa cible, investissement productif en berne, croissance atone...

 

Et si les vrais objectifs étaient ailleurs ? Le premier est qu'à la faveur de taux d'intérêt bas, les États en difficulté n'ont pas fait défaut sur leur dette publique. Il est vrai que la BCE a peur de revivre l'enchaînement cataclysmique de 2009, où la chute de la croissance en Europe s'était accompagnée d'une crise bancaire et financière, bien entendu soldée par les ménages ! Cela nous amène à un deuxième objectif inavouable, mais lié à la question de l'inflation : "préserver la rentabilité des actifs" comme l'explique Olivier Passet dans la vidéo ci-dessous :

Et pendant ce temps, l'activité économique (l'économie réelle) est plutôt en berne après le vif rattrapage de l'année passée, d'où un risque de stagflation. Mais qui s'en soucie vraiment, alors même que nous sommes entrés dans la dernière ligne droite d'une non-campagne présidentielle témoignant d'une grave crise démocratique ?

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du site La finance pour tous.

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23 mars 2022 3 23 /03 /mars /2022 11:12

 

 

Ces derniers temps, j'ai rédigé de nombreux billets en lien avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Ainsi, ai-je évoqué les prix de l'énergie, le réseau d'interconnexion bancaire SWIFT, dont certaines banques russes ont été suspendues, et la possibilité d'une stagflation.

 

Il y a quelques jours, Moselle TV m'a demandé de m'exprimer sur les conséquences économiques de cette invasion, exercice auquel je me suis prêté à distance et en direct, pour un format d'environ 7 minutes à retrouver ci-dessous (à la 20e minute) :

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