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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 13:57

 

 

Les inégalités constituent un enjeu majeur de nos sociétés, en ce que dans certains cas elles peuvent miner la cohésion sociale déjà passablement mise à mal ces dernières années. C'est pourquoi, après mes billets sur les inégalités durant le 1er confinement et les inégalités post-covid, il m'a semblé pertinent de continuer à analyser ce sujet sur la base d'une nouvelle publication de l'Insee. Dans quelle mesure les services publics contribuent-ils à la réduction des inégalités de revenu ?

 

Quelques définitions

 

Dans ce genre de débat technique,  il vaut mieux prendre le temps de bien définir les termes, car comme l'aurait écrit Albert Camus, "mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde"... 

 

 * revenu disponible : pour un ménage, il comprend les revenus d'activité (nets des cotisations sociales), les revenus du patrimoine, les transferts en provenance d'autres ménages et les prestations sociales (y compris les pensions de retraite et les indemnités de chômage), nets des impôts directs.

 

 * unité de consommation : les besoins d'un ménage ne s'accroissent pas en stricte proportion de sa taille, dans la mesure où chacun peut profiter par exemple du téléviseur, du grille-pain ou de la machine à laver ; dès lors, le premier adulte du ménage compte pour 1 unité de consommation (UC), les autres personnes de 14 ans ou plus pour 0,5 UC et les enfants de moins de 14 ans pour 0,3 UC. 

 

 * niveau de vie : il est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC), ce qui signifie que le niveau de vie est le même pour tous les individus d’un même ménage.

 

 * transferts en nature : prestations sociales en nature (allocations logement...) et services publics individualisables (comme la santé ou l’éducation).

 

 * services publics collectifs (=dépenses de consommation collective) : ce sont les services publics non individualisables, qui profitent donc à toute la collectivité (justice, police...).

 

Redistribution usuelle

 

Le niveau de vie des ménages, de par la définition donnée plus haut, dépend donc positivement des prestations sociales et négativement des prélèvements. Voilà le solde des transferts publics en France, en 2018, par dixième de niveau de vie (à gauche les 10 % les plus pauvres, à droite les 10 % les plus riches), qui montre bien la redistribution verticale avec un prélèvement sur les plus riches au bénéfice des plus pauvres :

 

 

[ Source : Revenu et patrimoine des ménages 2021 - Insee ]

 

 

Services publics et redistribution

 

L'Insee a décidé d'aller plus loin en prenant en compte l’ensemble des transferts publics, directs comme ci-dessus (approche usuelle), mais aussi les prélèvements indirects ainsi qu’une valorisation monétaire des services publics. Le résultat est édifiant, puisque "les deux tiers des individus reçoivent en moyenne davantage, en prestations et en services publics, qu’ils ne versent en impôts, taxes et contributions sociales, contre environ un tiers dans l’approche monétaire usuelle".

 

 

[ Source : Revenu et patrimoine des ménages 2021 - Insee ]

 

À un moment où les gouvernements ne se cachent plus de vouloir réduire drastiquement (et indistinctement !) les dépenses publiques pour renflouer le déficit public lié à la pandémie, cette étude vient à point nommé pour rappeler l'importance capitale des services publics dans la lutte contre les inégalités de revenu. En particulier, elle montre que la redistribution relève pour l'essentiel des transferts en nature (éducation, logement, santé...) :

 

 

[ Source : Revenu et patrimoine des ménages 2021 - Insee ]

 

En définitive, lorsque Bruno Le Maire martèle à mots plus ou moins couverts que la réduction des dépenses publiques est LA solution pour rétablir l'équilibre des finances publiques, non seulement il commet une erreur économique (les dépenses publiques contribuent à augmenter la capacité de production de richesses futures de l’ensemble de l’économie par des investissements, subventions et dotations), mais aussi une erreur sociale car nous venons de montrer que les dépenses publiques servent à réduire les inégalités de revenu.  Je consacrerai d'ailleurs très prochainement un billet entier aux dépenses publiques, afin de préciser certains points...

 

Mais comme avec le beau temps et le déconfinement peu nombreux sont ceux qui se soucieront d'analyser ces questions, le gouvernement aura tout loisir de marteler la nécessité immédiate de l'orthodoxie financière. Il est vrai qu'à court terme, une telle stratégie est susceptible de rapporter bien plus de voix aux élections qu'une réflexion démocratique (difficile) sur la nature et l'efficacité des dépenses publiques...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du site https://www.associationmodeemploi.fr

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25 mai 2021 2 25 /05 /mai /2021 11:21

 

 

Dans un précédent billet, j'avais comparé les montants déployés dans le cadre des plans de relance des deux côtés de l'Atlantique. Mais au vu de la communication politique, qui laisse entendre qu'au sein de l'UE tout va pour le mieux, il m'a semblé indispensable de faire un gros plan sur le plan de relance européen de 750 milliards d'euros, tant il tarde à être mis en œuvre...

 

Next Generation EU

 

En juillet 2020, les 27 États membres de l’UE ont décidé de s’endetter en commun pour financer un plan d’aide européen de 750 milliards d’euros baptisé Next Generation EU. Plus précisément, cette somme serait empruntée par la Commission au nom de l’Union européenne et serait ensuite redistribuée vers les États membres, soit sous forme de subventions (390 milliards d’euros) soit de prêts (360 milliards d’euros) :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

À l'échelle individuelle, cela semble être beaucoup, mais rapporté à un pays dont le PIB a chuté parfois de 10 %, c'est finalement bien peu. Et cela viendra surtout très tard comme nous allons le voir. Dans ces conditions, les craintes d'une forte inflation me semblent déraisonnables, d'autant que le plan est sans commune mesure avec celui des États-Unis.

 

Palabres de marchands de tapis

 

Hélas, comme toujours au sein de l'UE, le diable se cache dans les détails ! Ainsi, de par sa conception, ce plan de relance reste très loin  d’un véritable financement européen mutualisé des déficits publics nationaux, qui reste qu'on le veuille ou non la ligne rouge pour l'Allemagne. D'ailleurs, à la fin du mois de mars 2021, les juges de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe ont suspendu pour un temps la ratification par l’Allemagne du plan de relance européen, au motif qu’ils souhaitaient d’abord examiner un recours en référé déposé contre le mécanisme de dette commune prévu par le Fonds de relance...

 

Mais même au plus fort de la crise de la covid-19, en 2020, des dissensions sont apparues, notamment entre les « frugaux » (Danemark, Autriche, Suède et Pays-Bas), qui refusaient le versement des aides sans contrepartie clairement définies, et les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Tchéquie et Slovaquie), qui refusaient qu’elles soient liées à des critères de respect des droits de l’Homme. Mais c'est tout le charme de la politique européenne que d'arriver en fin de compte à un communiqué commun, sur la base duquel chaque chef d'État est en mesure d'affirmer que ses vues ont prévalu dans les discussions...

 

Un calendrier très long

 

Mais ce n'était que le début d'un long processus, qui se poursuit actuellement avec l'étude par la Commission européenne des programmes nationaux de relance envoyés par les États membres, selon des critères, très flous, « d’efficacité, de cohérence et de garanties contre la fraude, la corruption et les conflits d’intérêts ». Et lorsque l'on sait qu'un seul de ces programmes peut facilement atteindre 50 000 pages, les inquiétudes sur les délais de déblocage des fonds sont légitimes !

 

Ce d'autant plus qu'il faudra ensuite une ultime validation à la majorité qualifiée par le Conseil de l’UE. Enfin, lorsque les parlements nationaux auront tous légiféré pour autoriser la Commission européenne à emprunter les fonds sur le marché, alors seulement pourront commencer les premiers versements aux États... vers le mois de septembre 2021 et le reliquat entre 2022 et 2023 ! Cela fait immanquablement penser aux carabiniers d'Offenbach...

 

Les réformes structurelles

 

En fin de compte, les contreparties existent bel et bien, certaines étant de véritables poudrières politiques. Qu'il suffise de penser à la réforme des retraites en France, pour laquelle la Commission européenne exige désormais une date précise... Il s'agit ni plus ni moins que des fameuses réformes structurelles dont on nous rebat les oreilles depuis 20 ans et qui cherchent à s'attaquer en priorité à l'État social ! Prochainement, je publierai ce blog un billet sur les dépenses publiques, dont il y a fort à parier qu'elles seront à nouveau dans le collimateur des grands réformateurs nationaux et européens, d'autant que nombre de personnes croient encore que si les dépenses publiques représentent 56 % du PIB, alors il ne reste plus que 44 % du gâteau pour le privé...

 

Et sur ces entrefaites, les chefs d'États européens s'empressent de préconiser de cotisations sociales censées accroître la compétitivité des entreprises. Or, j'avais rappelé en détail dans ce billet que les cotisations sociales constituent les briques de l'État social. Que l'on s'interroge sur les services rendus, leur qualité et leur efficacité me semble absolument indispensable en République. Mais faire passer une baisse généralisée des cotisations sociales, sans débat, pour un progrès m'apparaît comme pure folie, car cela affaiblit l'État social au moment où la crise du coronavirus - et la crise économique majeure qui en découle - nous prouve son absolue nécessité !

 

Olivier Passet, dans l'excellente petite vidéo ci-dessous qui présente aussi le cas de la Grèce, conclut que "ce plan top down, évanescent, est symptomatique de ce que sait faire l’Europe. Du financement, qui finit inexorablement par renforcer les acteurs déjà en place des pays les plus riches, sans vrai design pour renforcer la base productive des territoires  retardataires.". Rien à ajouter.

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de La Tribune.

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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 12:48

 

 

Annuler la dette publique au sein de la zone euro ? Voilà un débat qui secoue bruyamment le microcosme des économistes depuis plusieurs mois ! Ce billet sera donc consacré à vous présenter brièvement les différents points de vue, afin que vous puissiez vous faire votre opinion. Mais dans ce genre de débat technique, qui glisse très vite dans le domaine politique, mieux vaut poser clairement les termes au préalable, car comme l'aurait écrit Albert Camus, "mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde"... Il sera donc question de ratio de dette publique, d'achats de titres par les Banques centrales (quantitative easing) et autres réjouissances !

 

Qu'est-ce que la dette publique ?

 

La dette publique correspond à l’ensemble des emprunts publics, c’est-à-dire contractés par des administrations publiques : l'État, la Sécurité sociale, les organismes divers d’administration centrale (ODAC) et les collectivités locales. Comme pour le déficit public, la dette publique est souvent présentée par commodité en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), ce que l’on appelle le ratio d’endettement public ou taux d’endettement public.

 

Notons que la définition de la dette publique retenue par les institutions européennes est quelque peu différente de celle présentée ci-dessus, dans la mesure où elle ne comprend pas l'ensemble des passifs financiers, est calculée brute (les actifs financiers des administrations publiques ne sont pas soustraits pas aux éléments de passifs), est consolidée (les éléments de dette d'une administration détenus par une autre administration sont exclus) et est évaluée en valeur nominale, c'est-à-dire à la valeur de remboursement du principal. Elle est qualifiée de dette publique au sens de Maastricht ou dette publique notifiée.

 

Le constat sur la dette publique

 

Voici le taux d'endettement public au sein de l'Union européenne au troisième trimestre 2020 (derniers chiffres disponibles sur Eurostat) :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Selon Eurostat, par rapport au quatrième trimestre 2019, dix-sept États membres ont enregistré une hausse de leur ratio de la dette publique par rapport au PIB à la fin du quatrième trimestre 2020 et dix autres ont affiché une baisse. Il est vrai que la crise liée à la covid-19 est passée par là...

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Banques centrales et dettes publiques

 

Depuis 2009, face à des taux d'intérêt directeurs déjà proches de 0, les Banques centrales ont mis en œuvre des programmes d'achats d'actifs (quantitative easing) pour aider au financement de l'économie au travers d'une baisse des taux d'intérêt à long terme. J'en ai beaucoup parlé sur ce blog, notamment ici ou . En particulier, le bilan de la BCE a énormément augmenté, en raison de l'achat de titres de dette publique des États membres de l'UE :

 

 

[ Source : Reuters ]

 

Le résultat est impressionnant, en ce que l'Eurosystème (BCE et les Banques centrales nationales, dans la mesure où il n'existe pas une seule dette publique européenne) détient aujourd'hui une part importante de la dette publique des États membres, en moyenne 25 % :

 

 

[ Source : OFCE ]

 

S'agit-il pour autant d'une monétisation de la dette publique ? En pratique, l'Eurosystème achète uniquement les titres déjà émis par les États membres de l’UE, afin d'échapper à la critique d'une monétisation directe de la dette publique (interdite par les Traités européens). Mais l'esprit est le même...

 

En effet, si la BCE crée de la monnaie pour acheter des titres de dettes publiques déjà émis sur le marché et dont l’objectif est de financer la lutte contre le covid-19, l’État en question versera donc les intérêts de sa dette à la BCE. Or, le bénéfice net de la BCE est distribué aux banques centrales nationales, qui les transfèrent aux gouvernements des différents pays. Ce faisant, tout se passe comme si l’État récupérait en fin de compte les intérêts versés initialement. Dès lors, si la BCE s’engage à ne pas réduire la taille de son bilan et renouvelle l’achat de titres à l’échéance, alors les États n’auront pas à rembourser ce surcroît de dettes publiques, ce qui est bien une monétisation de la dette publique...

 

Les arguments pour l'annulation

 

D'où le débat sur l'annulation de la dette publique détenue par l'Eurosystème. Pour les uns, il s'agit juste d'annuler ce que l'on se doit à soi-même, ce qui permettrait "d'offrir aux États européens les moyens de leur reconstruction écologique, mais aussi de réparer la casse sociale, économique et culturelle, après la terrible crise sanitaire que nous traversons". C'est le point de vue défendu par les économistes, dont Jézabel Couppey-Soubeyran, Gaël Giraud, Aurore Lalucq et Laurence Scialom, qui ont signé cette tribune pour défendre l'annulation de la dette publique détenue par la BCE.

 

Selon eux, cela ne contreviendrait pas aux Traités européens, même s'ils admettent qu'une telle opération pourrait-être "contraire à l'esprit des Traités". Sur le plan technique, l'Eurosystème effacerait les titres de dettes publiques qu'il détient - ou les transformerait en dettes perpétuelles sans intérêt, tandis que les États membres investiraient ces quelque 2 500 milliards d'euros dégagés dans "la reconstruction écologique et sociale". La BCE pourrait alors temporairement fonctionner avec des fonds propres négatifs, ce qui n'est pas a priori insurmontable car une Banque centrale n'est pas une entreprise et peut elle-même créer la monnaie nécessaire pour compenser ces pertes.

 

Bien entendu, tout ne doit pas s'arrêter à cette annulation, sous peine de ne rien changer à la dynamique de la dette publique. C'est pourquoi "d’autres mesures doivent être prises en matière de réforme des critères de dette et de déficit, de protectionnisme écologique et solidaire, de réformes fiscales visant à réduire le niveau des inégalités et à changer les comportements, d’impulsion donnée aux banques publiques d’investissement et de réforme des règles relatives aux aides d’Etat. Une nouvelle gouvernance européenne, notamment par le passage à la majorité qualifiée en matière fiscale, doit aussi être mise en œuvre".

 

Les arguments contre l'annulation

 

D'autres économistes, non moins prestigieux qu'on en juge (Daniela Gabor, Jacques Généreux, Pierre-Cyrille Hautcœur, Marc Lavoie, Thomas Porcher, Philippe Askenazy, Henri Sterdyniak...), s'y opposent dans cette tribune. Ils considèrent qu'annuler la dette publique détenue par l'Eurosystème revient à "fétichiser le ratio dette/produit intérieur brut (PIB) alors que la signature française n’est pas menacée. Elle vide même le message d’une annulation de sa force subversive. Elle ne donne aucune marge de manœuvre nouvelle, bien au contraire.".

 

Ils doutent en outre de l'efficacité d'une telle mesure, dans la mesure où il s'agit comme nous l'avons vu d'une dette envers nous-mêmes : "Comment croire qu’une telle opération puisse avoir un impact réel, positif et durable sur les finances publiques ?". Pour eux, "le niveau de la dette publique n’est jamais un problème en soi pour une économie avancée telle que la France". Mais surtout, il leur semble indispensable de sortir d'une logique de financement de l'État par les marchés financiers. Or, la proposition d'annulation de la dette publique s'accompagne d'un nouvel endettement des États pour financer la transition écologique. Bref, "elle consiste à supprimer la dette détenue hors marché, pour la remplacer ensuite par une nouvelle dette, certes « verdie », mais recontractée sur les marchés financiers. Cela ne pourrait que contribuer à renforcer le rôle déjà trop central de ces derniers.".

 

Le danger serait également qu'en raison de cette annulation, il y aurait une hausse de "la prime de risque que les marchés ne manqueraient pas d’imputer sur la signature des États membres de la zone euro". Ils proposent alors de "rétablir une marge fiscale en taxant les hauts patrimoines et les multinationales qui ont vu leur impôt baisser depuis quarante ans ; imposer les bénéfices extraordinaires réalisés grâce à la pandémie par certaines activités ; mettre en place une réelle coordination entre les politiques budgétaire et monétaire ; supprimer les règles budgétaires empêchant l’investissement public à hauteur des enjeux sociaux et climatiques ; consacrer dans les traités le rôle d’acheteur en dernier ressort des titres des États pour la BCE ; transformer ces titres en dette dite perpétuelle à taux faible ; réguler sérieusement la finance, voire créer un pôle public bancaire ; inventer un circuit du trésor du XXIe siècle [...]".

 

Vous l'aurez compris, le débat sur l'annulation d'une partie de la dette publique est vif et Bruno Le Maire vient encore de jeter de l'huile sur le feu en évoquant un éventuel cantonnement de la dette liée à la covid-19, ce qui revient à sanctuariser le remboursement du principal et des intérêts !

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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 13:43

 

 

Il y a quelque temps, j'avais donné une conférence sur le monde économique de l'après-crise, qui m'a amené à évoquer la transition écologique. C'est pourquoi, après mes derniers billets sur la finance, les plans de relance et la dette publique, je vais tâcher aujourd'hui de vous présenter brièvement l'économie verte. Et comme je connais le tropisme financier de certains de mes lecteurs, je consacrerai la deuxième partie de cet article aux obligations vertes.

 

Activités et emplois de l'économie verte

 

Plutôt que de définir tout de suite l'économie verte, peut-être est-il préférable de commencer par citer les activités et emplois qui peuvent y être rattachés, selon l’observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte :

 

 

Les chiffres clés de l'emploi dans l'économie verte

 

Plutôt que de longs discours, voici les principaux chiffres concernant l'emploi dans l'économie verte :

 

 

[ Source : Onemev, 2020 ]

 

Ainsi, les emplois dans l'économie verte représenteraient 2,1 % de l'ensemble des emplois. Les domaines les plus pourvoyeurs d'emplois dans l'économie verte sont la maîtrise de l’énergie, l'agriculture biologique et la gestion des déchets.

 

Le financement de l'économie verte

 

Sans prétendre à l'exhaustivité, j'ai résumé sur le schéma ci-dessous les trois grandes formes de financement de l'économie verte :

 

 

Plutôt que de détailler ces trois formes principales de financement, ce qui serait fastidieux à lire, je me concentrerai sur les seules obligations vertes, d'autant qu'elles défrayent la chronique actuellement.

 

Les obligations vertes

 

Également appelée green bonds ou obligations écologiques, les obligations vertes sont des titres de dette émis sur un marché financier et destinés à financer des projets verts, c'est-à-dire liés à la transition écologique, aux énergies renouvelables, à la lutte contre le réchauffement climatique, etc. En raison de leur objet un peu vague, l'on comprend déjà les critiques qui vont émerger : qu'est-ce qu'un projet vert ? Sur quels critères sélectionner les projets ? etc.

 

D'où l'importance de la labellisation, qui doit permettre d'unifier a minima les critères. Par exemple, le label investissement socialement responsable (ISR) est destiné à faire valoir la prise en compte des enjeux environnementaux (E), mais aussi sociaux (S) et de gouvernance (G) par certains fonds, ces critères ESG étant du reste les trois piliers de l'analyse extra-financière. Mais des labels plus spécifiques aux questions environnementales ont depuis été créés, comme le label Transition Énergétique et Ecologique pour le Climat (TEEC), qui était attribué aux fonds qui orientent une certaine part de leurs investissements vers la transition énergétique et l’économie verte. 

 

Le dernier label en date, qui a remplacé le label TEEC après la COP 21, est nommé Greenfin. Il est délivré par Novethic, EY France et Afnor certification.

Ce label s’appuie sur un décret et un arrêté publiés en décembre 2015 qui précisent notamment le cahier des charges et les modalités de contrôle. Le référentiel du label liste ainsi 8 catégories d’activités entrant dans le champ de la transition énergétique et écologique et de la lutte contre le changement climatique éligibles : énergie, bâtiment, gestion des déchets et contrôle de la pollution, industrie, transport propre, technologies de l’information et de la communication, agriculture et forêt, adaptation au changement climatique. Un fonds qui souhaite être labellisé doit donc investir majoritairement dans une ou plusieurs de ces 8 catégories, ce qui laisse néanmoins entendre qu'il est possible d'y trouver - minoritairement certes - des investissements dans des secteurs très peu écologiques...

 

Les trois principaux émetteurs d'obligations vertes sont les États-Unis, la Chine et la France, les Chinois ayant certainement compris ce qu'un environnement dégradé peut charrier comme conséquences négatives pour l'économie...

 

 

[ Source : ABC de l'économie - BdF ]

 

Et avant la pandémie, le moins que l'on puisse dire est que les obligations vertes avaient le vent en poupe tant du côté des émetteurs que des acheteurs :

 

 

[ Source : Climate Bonds Initiative ]

 

Mais en définitive, la finance verte n'est pas exempte de critiques, dans la mesure où tous ces outils peuvent très bien servir de faire-valoir écologique à des entreprises ou des gouvernements en mal de reconnaissance, ce que l'on qualifie alors green washing. Et la question qui subsiste est de savoir si l'économie verte est en mesure de limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) et l'augmentation de température en dessous de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels, ce qui est d'après le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) loin d'être gagné :

 

 

[ Source : Giec - Rapport spécial 2019 ]

 

J’ajouterai que la définition même de l'économie verte, que j'ai volontairement laissée en suspens, n'incite pas à l'optimisme. En effet, dans la plupart des discussions et des documents que j'ai lus à ce sujet, l'économie verte est trop souvent présentée comme un moyen de favoriser un développement économique soutenable sur le long terme, bref de poursuivre la croissance par d'autres formes.

 

Tout l'enjeu serait peut-être d'abord de se mettre d'accord sur un mode de vie soutenable (voir par exemple les pictogrammes sur l'image de ce billet...) et ensuite de trouver les moyens pour atteindre cet objectif. Bref, il faudrait renverser la perspective et réencastrer l'économie dans le social comme le disait Polanyi. Or, ce n'est pas le chemin suivi et le monde d'après, comme je l'ai déjà répété souvent, risque fort dans ce cas de ressembler à celui d'avant... en pire !

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du site Actu environnement.

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4 mai 2021 2 04 /05 /mai /2021 13:34

 

 

Après plusieurs articles sur la finance, la financiarisation de l'économie et ses conséquences, je souhaite revenir aujourd'hui sur le poids démesuré de la finance dans les pays développés. En effet, entre concentration du secteur bancaire, augmentation formidable de la dette publique mais aussi de la dette privée, augmentation historique du bilan des Banques centrales et création de monnaie, la finance semble plus que jamais toute puissante ! Et pourtant, l'économie se porte très mal...

 

Le poids démesuré de la finance

 

On peut mesurer le poids de la sphère financière de plusieurs manières, mais nous n'en retiendrons que trois pour les besoins de ce billet :

 

 * la première consiste à additionner au niveau mondial l’encours de crédit, l’encours d’obligations et la capitalisation boursière :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * la deuxième consiste à ajouter au résultat précédent l’encours de produits dérivés, titres qui servent depuis la libéralisation des marchés financiers à couvrir les risques de marché et (trop) souvent à spéculer :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * la troisième additionne la taille des marchés de dérivés avec celles des marchés financiers et du marché des changes (unité : le millier de milliards de dollars, appelés trillions par les Américains et parfois téra-dollars) :

 

flux-financiers.png

 

[ Source : www.financeglobale.fr ]

 

Dans le cadre de la première approche, c'est essentiellement l'endettement public et privé qui explique la hausse du poids de la finance. Toute la question est alors de savoir ce qui est financé par cette dette... Avec la deuxième approche, utilisée entre autres par Patrick Artus, le poids de la sphère financière représente ainsi plus de 1 100 % du PIB mondial, ce qui revient à dire que l'économie financière pèse 12 fois plus que l'économie réelle ! Avec la troisième approche, développée par François Morin notamment, les flux financiers sont près de 60 fois supérieurs aux flux de l'économie réelle !

 

La santé insolente de la finance

 

Dans l'excellente vidéo ci-dessous, Olivier Passet montre que jusque-là, l'on n’assiste à aucun effondrement financier (krach, crise de change...) majeur malgré l'hypertrophie de la sphère financière :

Mais comme il le dit avec justesse, "l'important c'est l’atterrissage". En effet, l'économie réelle continuera-t-elle longtemps à accepter de porter les risques dont se déleste la finance ?

 

La finance autonome

 

Lorsque l'on explique les marchés financiers aux étudiants, il est d'usage d'évoquer leur rôle de financement de l'économie réelle. Or, si l’on s'intéresse à la différence entre les émissions d'actions par les entreprises et les rachats d’actions - la différence est appelée émission nette -, il devient difficile d'affirmer que le marché des actions finance encore les entreprises : 

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Pis, les investisseurs, dans leur quête d'actifs susceptibles d'apporter un rendement positif, recyclent la monnaie obtenue de la Banque centrale lors du rachat de titres (dans le cadre du Quantitative easing) en se portant acquéreurs des mêmes classes d'actifs. D'où le fait que les prix de ces actifs n'apportent plus guère d'information. D'où également un écrasement des primes de risque pas toujours justifié. D'où de potentielles bulles qui, lorsqu'elles éclateront, laisseront les pots cassés et la facture afférente à l'économie réelle (État, citoyens, entreprises, ménages et désormais Banques centrales). Question subsidiaire : la valorisation des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) est-elle le signe d'une bulle ?

 

En tout état de cause, cela tend à démontrer que la finance s'est désolidarisée de l'économie réelle, au point d'être devenue une sphère autonome, en concurrence avec l'économie réelle dans l'utilisation de l'épargne (voir mon article sur la financiarisation de l'économie et celui sur ses conséquences). En dernier ressort, l’écart croissant entre le rendement des fonds propres pour les actionnaires (RoE) et le taux d’intérêt sans risque n'est-il pas l'argument ultime pour démontrer la volonté prédatrice de la finance en tant que sphère autonome de l'économie réelle ?

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Dès lors, l'on comprend mieux pourquoi les entreprises soumises à un tel essorage par les actionnaires (que faire face à des fonds d'investissements ou gestionnaires d'actifs tels BlackRock ?), en arrivent à dégrader leurs conditions de travail (flexibilisation, compression salariale, précarisation de l'emploi...), parfois jusqu'au point de rupture.

 

Dans ces conditions, demandez-vous pourquoi les politiques monétaire non conventionnelles des Banques centrales ne stimulent pas l’investissement des entreprises, même lorsqu'il s'agit d'opportunités exceptionnelles ! Quant aux crédits accordés par les banques à l'économie réelle, je crains fort que la crise de la covid-19 ne provoque une dégradation brutale des bilans tant des entreprises que des banques commerciales. D'où une augmentation des créances bancaires douteuses et litigieuses à même de déboucher sur des faillites bancaires, sauf à voir encore une fois les Banques centrales intervenir en dernier ressort pour sauver le système...

 

En définitive, il serait d'intérêt général que les États reprennent à la finance le pouvoir qu'ils lui ont cédé, quitte pour cela à remettre en place quelques règles contraignantes et à démanteler les acteurs trop puissants ! La seule chose que craint la finance autonome, c'est précisément la remise en cause du système capitaliste ou une crise sociale, les deux pouvant se conjuguer...

 

P.S.1 L'image de ce billet est l'affiche de l'excellent film documentaire Inside Job, qui cherche à analyser les ressorts de la crise financière mondiale de 2008.

 

P.S.2 Cette image me fait immanquablement penser à cette phrase du roman de Zola, L'argent : "L'argent est le fumier dans lequel pousse l'humanité de demain. Le terreau nécessaire aux grands travaux qui facilitent l'existence". Hélas, la finance actuelle utilise l'argent à d'autres fins que les grands travaux...

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 12:33

 

 

Après les plans de soutiens sectoriels nationaux, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait proposé en juin 2020 un plan de relance de 750 milliards d’euros, une partie étant redistribués sous forme de subventions dans le cadre du budget européen et une autre sous forme de prêts. Au même moment, Donald Trump annonçait un plan de relance de 900 milliards d'euros aux États-Unis, avant que Joe Biden n'engage des sommes encore plus importantes. Que faut-il en attendre ? Vont-il conduire à un retour de l'inflation ?

 

De Trump à Biden

 

C'est peu dire que l'économie américaine, déjà ultra-flexibilisée, a subi un choc d'une rare amplitude avec la pandémie (ci-dessous le taux de chômage) :

 

[ Source : BLS ]

 

Face à cette situation qui menaçait - et menace toujours ! - de muer en crise sociale majeure, Républicains et Démocrates avaient négocié comme des marchands de tapis un plan d'aide de 900 milliards de dollars, qui accorde des aides aux ménages et aux petites entreprises affectés par la pandémie.

 

Puis est venu Joe Biden, qui a décidé d'ouvrir grandes les vannes de la politique budgétaire avec un plan de relance de 1 900 milliards de dollars :

 

 

[ Source : https://www.post-gazette.com ]

 

Et au vu de la situation économique inquiétante, Joe Biden proposa également un plan massif d'investissement dans les infrastructures de quelque 2 000 milliards de dollars :

 

 

[ Source : Sciences et Avenir ]

 

Le plan de relance européen

 

En juillet 2020, les 27 États membres de l’UE ont décidé de s’endetter en commun pour financer un plan d’aide européen de 750 milliards d’euros baptisé Next Generation EU. Plus précisément, cette somme serait empruntée par la Commission au nom de l’Union européenne et serait ensuite redistribuée vers les États membres, soit sous forme de subventions (390 milliards d’euros) soit de prêts (360 milliards d’euros) :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Hélas, comme toujours au sein de l'UE, le diable se cache dans les détails ! Ainsi, de par sa conception, ce plan de relance reste très loin  d’un véritable financement européen mutualisé des déficits publics nationaux, qui reste qu'on le veuille ou non la ligne rouge pour l'Allemagne. D'ailleurs, à la fin du mois de mars 2021, les juges de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe ont suspendu la ratification par l’Allemagne du plan de relance européen, au motif qu’ils souhaitaient d’abord examiner un recours en référé déposé contre le mécanisme de dette commune prévu par le Fonds de relance...

 

Et quand bien même l'Allemagne donnerait son aval, chaque État membre doit encore transmettre son programme de relance national à la Commission européenne avant le 30 avril 2021, pour validation par le Conseil de l’UE à la majorité qualifiée. C'est d'ailleurs ce que viennent de faire, avec tambours et trompettes, Bruno Le Maire et son homologue allemand. Mais le processus ne s'arrête pas là, puisqu'il faudra encore attendre l'autorisation des parlements nationaux avant que la Commission européenne puisse, enfin, emprunter les fonds sur le marché et effectuer les premiers versements aux États vers le mois de septembre 2021… et le reliquat entre 2022 et 2023 ! Cela fait immanquablement penser aux carabiniers d'Offenbach...

 

Un risque d'inflation ?

 

Le gigantisme des plans américains a immédiatement soulevé la crainte d'un retour de l'inflation. En particulier, Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, et Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, redoute une surchauffe de l'économie et une envolée des prix, qui réduirait à néant cette relance. Et comme les économies sont interdépendantes, il n’en fallait pas plus pour que la problématique fasse également son grand retour au sein de la zone euro, alors même qu’elle avait disparu des radars depuis de très nombreuses années. Même les marchés financiers semblent anticiper de l’inflation, dans la mesure où les taux d’intérêt à long terme ont augmenté ces dernières semaines.

 

Les causes conjoncturelles de l’inflation sont bien connues (ci-dessous un schéma extrait de mon petit manuel Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition) :

 

 

À plus long terme, le vieillissement démographique, la transition écologique et la relocalisation des entreprises sont des facteurs susceptibles de provoquer de l'inflation. En revanche, les tombereaux de liquidités créées par les Banques centrales dans le cadre de leur politique monétaire ultra-expansionniste ne débouchent pas sur de l'inflation, simplement parce que ce sont les marchés financiers qui en profitent et pas les ménages. D’où une forte hausse du cours des actifs, mais pas des biens et services.


Mais l’inflation est avant tout un rapport social, qui dépend beaucoup du rapport de force entre salariés et employeurs dans le partage des revenus. Et à moins que les salariés - c'est-à-dire ceux qui ont encore un semblant d'emploi avec un vrai contrat de travail ! - ne réussissent à retrouver un pouvoir de négociation au sein des entreprises, il y a fort à parier que l'inflation ne fera pas son grand retour. 

 

En définitive, l'on notera avec ironie combien cela prouve que les États ne manquent pas d'argent pour financer leurs grands projets (transition écologique, rénovation des infrastructures...), mais juste de volonté politique ! Par ailleurs, peu d'observateurs ont remarqué que le chômage partiel payé par l'État en Europe et les chèques directement envoyés par l'État aux ménages aux États-Unis témoignaient du passage à une économie administrée non souhaitée par les gouvernements. D'une certaine façon, la crise liée à la covid-19 nous aura rapprochés, bon gré mal gré, d'une économie avec revenu universel, ce qui dans les conditions actuelles est loin d'annoncer des jours heureux...

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20 avril 2021 2 20 /04 /avril /2021 12:56

 

 

La dette publique fait couler beaucoup d'encre en ce moment, en particulier depuis la publication du rapport sur l'avenir des finances publiques en France dont j'avais rendu compte dans cet article. En particulier, les médias font souvent usage de l'expression "effet boule de neige", lorsqu'il s'agit d'évoquer l'emballement de la dette publique. Mais de quoi s'agit-il exactement ?

 

Le constat sur la dette publique

 

Voici le taux d'endettement public au sein de l'Union européenne au troisième trimestre 2020 :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Selon Eurostat, par rapport au troisième trimestre 2019, tous les États membres ont enregistré une hausse de leur ratio de la dette publique par rapport au PIB ! Il est vrai que la crise liée à la covid-19 est passée par là... Les hausses les plus fortes ont été observées à Chypre (+22,9 points), en Italie (+17,4 points), en Grèce (+17,3 points), en Espagne (+16,6 points) et en France (+16,5 points).

 

La dynamique simplifiée de la dette publique

 

Tout d'abord, il faut garder à l'esprit que c'est au taux d'endettement public que l'on s'intéresse, défini comme le rapport entre le volume de dette publique et le PIB. Dès lors, l'on peut montrer que le taux d’endettement public à une année donnée t+1 (noté dt+1) dépend du taux d'endettement public de l'année précédente (noté dt), du taux d'intérêt sur la dette publique (i), du taux de croissance du PIB (g) et du solde public hors charge d'intérêt (noté bpt+1):

 

 

Cette relation est en fin de compte assez simple à comprendre, puisqu'elle dit simplement que l’évolution du taux d'endettement public dépend des conditions d'emprunt (taux d'intérêt), des conditions économiques (taux de croissance) et de l'état des finances publiques au même moment (solde public hors charge de la dette).

 

La stabilisation du taux d'endettement public peut donc s’écrire :

 

 

Le solde primaire stabilisant dépend donc de l'écart entre le taux de croissance de l'économie (g) et le taux d'intérêt apparent de la dette publique (i). Dès lors, pour stabiliser la dette publique en pourcentage du PIB, il faut que le solde public primaire soit supérieur au produit du taux d'endettement public (dt) et de l’écart entre le taux d’intérêt sur la dette publique (i) et le taux de croissance en valeur du PIB (g).


L'austérité

 

Sur la base des éléments développés ci-dessus, nous en déduisons que si le taux d’intérêt sur la dette publique (i) est supérieur au taux de croissance en valeur du PIB (g), il devient plus difficile de stabiliser le taux d'endettement public, dans la mesure où cela nécessite de réduire considérablement le solde public primaire au prix d'une austérité drastique (coupe dans les dépenses publiques, hausse d'impôts...) :

 

 

L'effet boule de neige

 

Et la pire situation est celle où les investisseurs qui achètent les titres de dette publique prennent peur. Dans ce cas, il peut se mettre en place un effet boule de neige, qui débouche sur une auto-alimentation de la dette publique du fait de l’accumulation des charges d’intérêt :

 

 

Mais disons-le clairement : la France n'est absolument pas dans ce cas de figure, n'en déplaise aux Cassandre ! Au reste, d'autres États européens, comme l'Italie, sont dans des situations financières bien plus dramatiques, mais qui ne portent pas à conséquence - pour l'instant ! - en raison de la politique monétaire ultra-expansionniste menée par la BCE. Tout cela devrait inciter les gouvernements à débattre démocratiquement de ce qu'il est souhaitable de financer avec la dette publique...

 

P.S. L'image de ce billet provient du site https://immersioninenglish.wordpress.com

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13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 12:34

 

 

"La Bourse, temple de la spéculation" est une phrase choc que l'on trouve dans le Manuel du spéculateur à la Bourse, publié en 1853 par Pierre Joseph Proudhon. L'image avait déjà été employée par Karl Marx et fera florès notamment dans la littérature du XIXe siècle (Maupassant, Zola...). C'est pourquoi, après mes billets sur la financiarisation de l'économie et ses conséquences mortifères, je vous propose un petit retour dans le passé en commentant très brièvement certains passages de ce livre de Proudhon, dont les références se rapportent à l'édition de 1857, disponbiel en ligne.

 

De la définition de la spéculation

 

Son manuel se veut, certes, une description très pédagogique du fonctionnement réel de la Bourse, mais aussi une charge lourde contre les pratiques boursières de son époque. Pour éviter tout contresens, il faut garder à l'esprit que Proudhon ne condamne pas la spéculation par nature, en ce qu'elle encourage le développement économique et le progrès technique (on se rapproche ici de la description de l'entrepreneur faite par Schumpeter) : "En tant qu’il sert de compensation au risque que toute spéculation productive emporte avec elle, l’agio est légitime" (p.19).


Mais son détournement par des spéculateurs qui cherchent la richesse sans risque est détestable, car alors le spéculateur ne crée aucune nouvelle entreprise et se contente d'espérer des rendements mirobolants de son investissement. Ce genre de spéculateurs, les agioteurs comme l'on disait au XIXe siècle, font alors travailler leur argent sans aucun apport/utilité pour la société. "Recherché pour lui-même, indépendamment de la production spéculative, l’agio pour l’agio enfin, il rentre dans la catégorie du pari et du jeu, pour ne pas dire de l’escroquerie et du vol : il est illicite et immoral. La Spéculation ainsi entendue n’est plus que l’art, toujours chanceux cependant, de s’enrichir sans travail, sans capital, sans commerce et sans génie ; le secret de s’approprier la fortune publique ou celle des particuliers sans donner aucun équivalent en échange : c’est le chancre de la production, la peste des sociétés et des États." (p.19).

 

Les délits d'initiés

 

Sa charge contre les délits d'initiés n'a du reste pas pris une ride : "La plupart des spéculations de Bourse, qu’elles aient pour objet les fonds publics ou les valeurs industrielles, reposent aujourd’hui, soit sur des éventualités plus ou moins ingénieusement calculées, et dont la cause première est généralement l’État ; soit sur des secrets dérobés aux compagnies ou à l’État ; soit enfin sur la faveur, l’indiscrétion, la connivence ou la vénalité présumée des administrateurs de compagnies et des fonctionnaires de l’État. À cette heure la spéculation n’est plus un jeu où chacun a le droit de faire tout ce que la loi ne défend pas, et de corriger, autant que le permet la prudence, les caprices du hasard. C’est une réunion de tous les délits et crimes commerciaux : charlatanisme, fraude, monopole, accaparement, concussion, infidélité, chantage, escroquerie, vol." (p.23).

 

Proudhon développe alors sur plusieurs pages de multiples exemples de délits d'initiés qui, il est vrai, se comptaient par légion au XIXe siècle : chemins de fer, mines, poterie, etc. Ajoutons avec Émile Zola, dans son roman L'argent, que "l'argent est le fumier dans lequel pousse l'humanité de demain. Le terreau nécessaire aux grands travaux qui facilitent l'existence".

 

Les liens entre économie réelle et économie financière

 

Selon Proudhon, les spéculateurs n'hésitent pas à jouer leur argent sur les denrées alimentaires et les titres d'État, pratiques qui portent à grandes conséquences dans la mesure où ce que nous qualifions aujourd'hui d'économie réelle est très largement dépendante de l'économie financière et réciproquement : "Mais, de même que par la division du travail et la spécialité des fonctions, toutes les opérations industrielles, capitalistes et mercantiles sont plus ou moins dépendantes les unes des autres et solidaires ; de même il y a dépendance et solidarité plus ou moins étroite entre toutes les affaires spéculatives, de quelque nature qu’elles soient". (p.29).

 

S'ensuit une splendide description des liens entre l'économie financière et l'économie réelle, qui montre la folie de laisser la finance s'autonomiser : "Les fonds publics, par exemple, ne peuvent éprouver ni hausse ni baisse, sans que les valeurs industrielles, cotées à la Bourse, en reçoivent aussitôt le contre-coup, lequel se propage ensuite, comme un écho, dans tout le monde spéculateur. Le banquier de Marseille et de Bordeaux, aux nouvelles de la Bourse de Paris, élargit ou resserre son crédit ; le notaire de province, le petit prêteur, se montrent plus réservés ou plus faciles ; le commissionnaire restreint ou augmente ses commandes ; l’entrepreneur donne plus ou moins d’essor à sa fabrication ; l’ingénieur est excité ou retenu dans la poursuite de ses découvertes ; le fermier, le vigneron, l’éleveur de bétail, augmentent ou diminuent le prix de leurs produits ; et si la masse ouvrière ne répond pas à son tour à chaque impulsion qu’elle reçoit par une élévation ou une réduction proportionnelle de ses salaires, elle ne subit pas moins les conséquences du mouvement, en en faisant tous les frais. Dans l’économie générale, celui qui refuse de marcher quand les autres sont en route paye pour tout le monde." (p.29).

 

Le pouvoir de la finance

 

Proudhon en conclut avec pertinence le pouvoir tout-puissant de la Bourse au XIXe siècle, qu'en termes modernes nous pouvons rapprocher du pourvoir tout-puissant des marchés financiers (actions, obligations, dérivés...) :  "Quoi qu’il en soit, comme toute faculté, dans la société aussi bien que dans l’individu, doit avoir son expression et son organe, il était inévitable que la spéculation obtînt aussi le sien ; qu’elle eût son appareil, son lieu de manifestation, ses formules, son temple. La politique a ses palais, la religion ses églises, l’industrie ses manufactures et ses chantiers, le commerce ses ports, le capital ses banques : pourquoi la Spéculation serait-elle demeurée à l’état de pure abstraction ? La BOURSE est le temple de la Spéculation. La Bourse est le monument par excellence de la société moderne." (p.31).

 

Face à ces comportements spéculatifs néfastes, Proudhon préconise une solution radicale pour extirper le mal dans la société :  "Si les 80 milliards d’opérations qui se font annuellement à la Bourse n’ajoutent pas un centime à l’actif social, l’exécution en masse de cette population parasite ne créera pas non plus un centime de déficit" ! (p.165). Dans une version actuelle apaisée, peut-être pourrions-nous nous contenter d'envoyer certains d'entre eux purger de véritables peines de prison, histoire de rendre la justice un peu plus juste...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article des Échos.

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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 13:34

 

 

La France est un pays qui aime créer des commissions de réflexion pour régler ses problèmes. Dernière en date, la commission sur l’avenir des finances publiques, présidée par Jean Arthuis, vient de remettre ses conclusions au Premier ministre. Après un diagnostic sur l'état des finances publiques en France, le rapport détaille ses propositions pour réduire le déficit public et stabiliser le taux d'endettement public. Jetons-y un œil !

 

Les membres

 

Le rapport de cette commission, intitulé Nos finances publiques post-Covid-19 : pour de nouvelles règles du jeu et sous-titré Commission pour l’avenir des finances publiques, fut commandé par le Premier ministre à la fin de l'année 2020. Derrière l'habillage sémantique, il s'agissait de faire des propositions pour retrouver l'équilibre des comptes et de maîtriser la dette publique. Fidèle à son positionnement sur cette question lors de sa participation au gouvernement sous Jacques Chirac, Jean Arthuis a su s'entourer de personnes qui étaient loin d'être des hétérodoxes. Qu'on en juge :

 

 

Le constat

 

Dès lors, rien d'étonnant à ce que le rapport s'ouvre par un chapitre intitulé Un niveau de dette préoccupant encore accru par la crise du Covid-19, alors même que l'un des graphiques prouve que les taux historiquement bas marquent le moment où il faudrait au contraire allonger la maturité de la dette publique, afin de retarder le moment où une hausse des taux d’intérêt – liée par exemple au retour de l’inflation – commencera à avoir un impact sur la charge de la dette.

 

 

[ Source : Rapport Arthuis ]

 

En revanche, je suis d'accord avec le constat que la divergence des taux d'endettement public entre les États membres de la zone euro est plutôt inquiétante, ne serait-ce qu'en raison du partage d'une monnaie unique :

 

 

[ Source : Rapport Arthuis ]

 

Quant à la ventilation des dépenses publiques selon les pays, rappelons que comparaison ne vaut pas raison. Le lecteur intéressé par la dépense publique pourra utilement lire le billet circonstancié que j'avais rédigé à ce sujet lors du vrai-faux Grand débat national.

 

 

[ Source : Rapport Arthuis ]

 

Les préconisations

 

Pour faire face à la hausse de l'endettement public, le rapport préconise de "poursuivre le soutien budgétaire tant que la crise sanitaire et économique n’est pas derrière nous", rejette catégoriquement l'annulation de la dette publique détenue par la BCE, l'allongement de maturité, les dettes perpétuelles, les hausses d'impôts ainsi que le cantonnement de la dette liée à la pandémie. Il propose de faire en sorte que "les dépenses publiques augmentent tendanciellement moins vite que les recettes, c’est-à-dire moins vite que la croissance potentielle" et, pour couper court à la critique de l'austérité, suggère de "s’assurer de ne pas sacrifier les dépenses ou investissements d’avenir".

 

Le tout à l'horizon 2030 avec "une transformation radicale de la gouvernance de nos finances publiques" dans un cadre pluriannuel, car le pilotage des finances publiques est trop court-termiste (vrai !), peu crédible (vrai !), éclaté entre de multiples administrations (vrai !) et caractérisé par une insuffisante responsabilisation (vrai !). Pour renforcer la transparence à long terme des finances publiques, il préconise enfin la création d'une "institution budgétaire indépendante aux compétences larges" à l'image de l’Office for budget responsability britannique ou du Congressional budget office américain.

 

Voici la synthèse des propositions faites par le rapport :

 

 

Peu ou prou, ce sont exactement les préconisations faites depuis 30 ans et je souhaite, par conséquent, bien du bonheur au gouvernement pour départir les dépenses courantes des dépenses d'avenir... Mais ne soyons pas dupes, lorsqu'il s'agit de réduire à court terme le déficit public, qui à n'en pas douter sera un marqueur fort de la prochaine campagne présidentielle, les gouvernements ne s'embrassent pas de détails.

 

Ils se tournent quasi systématiquement vers des politiques d'austérité qui ne disent pas leur nom ou à tout le moins vers des coupes aveugles dans les dépenses publiques. Le tout au nom d'une idéologie de l'équilibre budgétaire, qui n'a jamais fait ses preuves ni sur la croissance ni sur l'emploi, mais qui a toujours réussi à disloquer le corps social d'un pays...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du Nouvel économiste.

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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 13:13

 

 

Dans un précédent article, j'avais expliqué le mécanisme de création monétaire par les banques commerciales et la nature de la monnaie créée par la Banque centrale. En complément, et pour répondre à des questions qui m'ont été posées, je vous présenterai aujourd'hui le bilan de la Banque centrale européenne.

 

Bilan simplifié d'une Banque centrale

 

Pour faire simple, le passif d'une Banque centrale correspond à ses ressources et l'actif à ses emplois (ce qu'elle fait avec ses ressources) :
 

 

Pour le dire en quelques mots, l'on trouve au passif de la BCE les billets et réserves des banques commerciales auprès de la Banque centrale, tandis qu'à l'actif figurent les réserves (or, devises, titres...) ainsi que les créances sur l'État et les banques commerciales.

 

Dans un système bancaire hiérarchisé, c'est-à-dire où existe une Banque centrale et des banques commerciales dites de second rang, chaque banque commerciale émet sa propre monnaie qui, par construction, ne circule qu'au sein de son propre circuit bancaire. Dans ce cas, la monnaie centrale, est la seule monnaie acceptée par toutes les banques et plus généralement tous les agents économiques.  Elle est constituée des billets et de la monnaie scripturale émise par la Banque centrale. Dès lors, lorsque l'assouplissement quantitatif (quantitative easing) mis en place par une Banque centrale consiste à acheter des titres de dette publique aux banques, il y a une égale hausse de la dette publique achetée par la Banque centrale et des réserves des banques à la Banque centrale.

 

Le bilan complet de la BCE

 

Maintenant que le lecteur est familier avec les grandes masses du bilan d'une Banque centrale, regardons en détail celui, au 19 mars 2021, de la BCE :

 

 * Actif

 

 

[ Source : BCE ]

 

 * Passif

 

 

[ Source : BCE ]

 

La taille du bilan de l’Eurosystème (BCE + Banques centrales nationales) a ainsi dépassé 7 000 milliards d’euros en 2021, soit plus de 60 % du PIB de la zone euro !

 

Évolution du bilan de la BCE

 

L'évolution du bilan de la BCE entre 1999 et 2020 en dit long sur la nature de la politique monétaire menée par cette Banque centrale :

 

 

[ Source : BCE ]

 

Le total de l'actif de la BCE a donc été multiplié par 7 en 15 ans, et par 3,5 depuis 2014 ! L'on repère immédiatement la mise en place de l'assouplissement quantitatif (quantitative easing), qui s'accompagne d'une augmentation phénoménale des titres (titres de dette publique essentiellement et titres privés) de la zone euro détenus à l'actif de la BCE. Avant même la pandémie, la BCE détenait 20 % des dettes publiques de la zone euro, proportion vouée à augmenter après l’annonce par Christine Lagarde d’un programme d’achat urgence pandémique (PEPP). La contrepartie de ces actifs détenus par la BCE est principalement la monnaie centrale détenue par les banques commerciales.

 

Et les autres grandes Banques centrales dans le monde ne sont pas en reste, puisqu'elles pratiquent quasiment toutes des politiques monétaires non conventionnelles, amplifiées depuis la pandémie de covid-19 :

 

 

[ Source : FRED ]

 

Bref, la création de monnaie centrale atteint des montants vertigineux partout dans le monde. Certes, à court terme, une Banque centrale peut créer toute la monnaie nécessaire pour acheter encore et encore des titres, dans l'espoir d'atteindre enfin un jour son objectif (un taux d'inflation à moyen terme proche de 2 % dans le cas de la BCE). Mais à condition que ne s'installe pas une défiance envers la monnaie, d'autant que malgré les tombereaux de liquidités qui s'échappent de la BCE, l'économie ne semble pas s'en porter mieux. C'est que cette monnaie n'irrigue, hélas, pas l'économie réelle pourtant en quête de financement utile !

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