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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 15:12

 

 

Après mon analyse du plan de relance, qui se trouve être en réalité un plan de réformes structurelles, il m'a semblé utile d'évoquer deux ou trois faits saillants qui expliquent la dynami(te)que sociale à venir. En effet, à force de communiquer quasi exclusivement sur les questions économiques, le gouvernement arrive à occulter les aspects sociaux les plus inquiétants...

 

Le partage des revenus défavorable aux salariés

 

De manière assez simple, si le salaire n'augmente pas au même rythme que sa productivité, alors il y a déformation du partage des revenus au détriment des salariés. Dès lors, on peut déduire du graphique ci-dessous présentant l'évolution du ratio salaire réel par tête sur la productivité par tête, que le partage des revenus au sein de l'OCDE se déforme structurellement en faveur des entreprises et donc au détriment des salariés :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Le chômage structurel

 

La crise de la covid-19 va certes conduire à une augmentation du chômage conjoncture mais, plus inquiétant, également à une hausse du chômage structurel que l'on ne peut par définition faire baisser avec des politiques de relance. En effet, malgré les plans d'aide sectoriels des gouvernements, certains secteurs d'activité comme l'automobile, l'aéronautique ou le tourisme vont subir des difficultés durables, même si des observateurs avisés n'auront pas manqué de remarquer que ces problèmes ne datent pas de la crise sanitaire...

 

Toujours est-il que les salariés qui y travaillent vont pour certains perdre définitivement leur emploi et qu'il faudra du temps pour les reconvertir dans les rares secteurs qui embaucheront (santé, informatique, sécurité...). Ce d'autant plus que les systèmes de formation - en France notamment - sont parfois loin d'être dimensionnés et efficaces face à l'ampleur de la tâche. Autrement dit, pour parler comme Alfred Sauvy, le "déversement" d'un secteur à l'autre n'est pas assuré.

 

Quant à la qualité des emplois, elle semble avoir tout simplement été sacrifiée sur l'autel de la flexisécurité, alors même qu'il est évident qu'un emploi perdu n'est jamais simplement l'équivalent d'un emploi retrouvé, quand bien même il offre des conditions matérielles de subsistance similaires. Certains métiers font la fierté de ceux qui les exercent et ils ne peuvent être remplacés par d'autres emplois alimentaires sans conduire à la perte d'un savoir-faire et d'une logique de l'honneur au travail dont parlait Philippe d'Iribarne. Et je ne parle même pas du développement de l'emploi non-salarié comme substitut à l'introuvable emploi salarié, avec tout ce qu'il charrie de conditions d'exercice précaires...  

 

Des salaires comprimés

 

À force d'évoquer dans les médias les rémunérations des stars du ballon rond ou du show-biz, l'on finirait par oublier que l'échelle des salaires des travailleurs ne compte pas autant de chiffres. Pour s'en convaincre, voici la distribution des salaires en France :

 

 

 [ Source : INSEE ]

 

Et ci-dessous une comparaison internationale :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Et la crise aura bon dos lorsqu'il va s'agir de négocier des baisses plus ou moins temporaires de rémunération, dans le cadre notamment (en France) des accords de performance collective, qui remplacent et fusionnent les accords de maintien dans l'emploi (AME), les accords de préservation ou développement de l'emploi (APDE) et les accords de mobilité interne (AMI). Seulement voilà : les salaires constituent aussi l'un des moteurs de la demande.

 

Autrement dit, la demande des ménages est affaiblie afin d'augmenter la compétitivité des entreprises, dans l'espoir qu'elles fassent des profits et subséquemment se remettent à investir. Si le pari est gagnant, cela devrait déboucher sur une hausse de la productivité et la création d'emplois de meilleure qualité, donc mieux rémunérés. Mais comment dire, j'ai peine à croire à un tel schéma qui conduit les ménages à s'appauvrir et à s'endetter, d'autant que le MEDEF nous a déjà fait le coup du million d'emplois avec le CICE...

 

Patrimoine et salaires

 

Tout le monde se souvient de cette harangue de François Guizot : "Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne" ! Certes, mais plutôt par l'épargne (patrimoine) que par le travail si l'on en juge par le graphique ci-dessous :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et le moins que l'on puisse dire est que la crise actuelle conduira à n'en pas douter à une accélération de ce phénomène, les prix de l'immobilier et de certains actifs financiers étant tirés vers les cimes par la politique monétaire ultra-expansionniste des Banques centrales. Or, les inégalités sont de moins en moins supportées dans nos sociétés...

 

En définitive, il faut être un grand optimiste ou un grand menteur, pour affirmer dans ces conditions que la dynamique sociale est orientée vers le meilleur. Et encore, nous n'avons abordé ici que quelques points pour éviter d'alourdir ce billet. Gare alors à la dynamite sociale qui guette et qui ferait passer les gilets jaunes pour un simple mouvement de contestation !

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article des Échos.

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 12:30

 

 

Depuis 10 ans, j'assure avec plaisir la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs de l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach. L'UPT propose en effet, en partenariat avec la mairie de Forbach, la CAFPF et la politique de la ville, une aide aux devoirs pour les collégiens et les lycéens de la communauté d'agglomération Forbach Porte de France (CAFPF) pour seulement 10 € par an !

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Fort du succès rencontré l'année passée, l'aide aux devoirs est renouvelée pour l'année scolaire 2020/2021. Notre équipe est constituée de professeurs expérimentés, qui ont à cœur de partager leurs savoirs dans un cadre non scolaire propice à l’étude. Les séances débuteront le mercredi 30 septembre (il reste encore quelques places...) et auront lieu dans la salle Bruxelles du Burghof, chaque semaine, les mercredis et vendredis de 17h à 19h (accueil des élèves jusqu'à 17h30 maximum, aucun départ avant 19h). En tout état de cause, les élèves doivent impérativement venir avec du travail pour toute la séance et avoir un comportement sérieux, sous peine d'être exclus.

 

En raison des conditions sanitaires, le port du masque sera obligatoire durant toute la séance et les élèves qui présentent des symptômes grippaux (écoulement nasal, toux, rhume, fièvre...) ne pourront pas être acceptés en cours.

 

Pour s'inscrire, il suffit de se présenter au bureau de l’UPT situé au Burghof, muni impérativement d’une photo d’identité récente, de remplir une fiche de renseignements (disponible à cette adresse) et de signer le règlement intérieur (disponible ici).

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach (UPT)

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation. Les chefs d'établissements de Forbach ont d'ailleurs été destinataires d'un courrier les informant des tenants et aboutissants de cette aide aux devoirs, qu'ils connaissent bien à présent.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 18:06

 

Après les différents plans de soutien sectoriels et les mesures d'urgence, le gouvernement s'est enfin décidé à annoncer les détails d'un plan de relance global attendu depuis longtemps et reporté une première fois le 25 août. Mais au fond, que faut-il espérer des 100 milliards d'euros qui seront injectés dans l'économie ? S'agit-il enfin d'imaginer les contours d'un nouveau monde en phase avec les priorités sociales, écologiques et économiques, tout en s'en donnant les moyens ? Rien n'est moins sûr...

 

100 milliards d'euros

 

Après près de deux mois de confinement strict, le recul de l’activité et de la consommation des ménages en France était de l'ordre de 35 % ! Face au désastre économique et social à venir, le gouvernement n'eut guère d'autre choix que d'annoncer des mesures d’urgence en faveur des entreprises : délais pour les échéances sociales et fiscales, report du paiement des loyers et factures, fonds de solidarité, prêt garanti par l’État, rééchelonnement des crédits bancaires, plan de soutien aux entreprises françaises exportatrices, chômage partiel... Puis vinrent les plans d’aide sectoriels (tourisme, aéronautique, commerce, livre, automobile, entreprises technologiques, BTP...) à plusieurs milliards d'euros, qui laissèrent tout de même le sentiment d'une absence de vision globale.

 

Il ne restait plus au gouvernement qu'à annoncer un plan global de relance, certes après changement du maestro adjoint. C'est ce que vient de faire le Premier ministre, Jean Castex, en évoquant 100 milliards d'euros soit quatre fois plus que lors de la crise de 2008 :

 

 

[ Source : France bleu ]

 

Et voici la version petit dessin d'illustration, tel qu'on le trouve sur le site du gouvernement :

 

 

[ Source : https://www.gouvernement.fr/france-relance ]

 

Objectif du plan ? Laissons la parole au gouvernement : "Sans nouvelles mesures, la France sortirait de la crise fin 2021 avec un écart de richesse par rapport à 2019 de 4 points de pourcentage de PIB, soit 100 Md€ de richesse manquante. L’ambition du plan de relance est de combler cet écart pour retrouver dans deux ans la richesse d’avant-crise".

 

De l'argent magique ?

 

En ces temps où les Banques centrales sont capables d'injecter des centaines de milliards d'euros ou de dollars sur les marchés en une seule nuit pour sauver le système financier, il est légitime de se demander d'où viennent ces 100 milliards d'euros. Jean Castex apporte la réponse lumineuse suivante : "Je veux rappeler ici de façon très solennelle que grâce à l’accord  historique  obtenu  par  le  président  de  la  République  avec  la  Chancelière,  nous bénéficierons d’un financement européen de ce plan de relance à hauteur de 40 milliards d’euros. Sur tous les projets dans les territoires, que ce plan va financer, l’Europe sera présente à hauteur de 40 %. Nous avons par ailleurs fait le choix d’une relance fondée sur des dépenses non pérennes,qui représentent 80 % du plan".

 

Bref, en cherchant à démêler tout cela, on en déduit que 20 milliards proviennent de fonds existants et 80 milliards sont à trouver dont 40 milliards récupérés des fonds européens. Le tout sans hausse d'impôts d'après l'engagement du Premier ministre. Il reste donc la dette publique, qui n'est pas un problème en ce moment au vu des très faibles taux d'intérêt et de la vaste entreprise de monétisation des dettes publiques mise en œuvre par la BCE (achat des titres de dette publique aux investisseurs contre de la monnaie créée par la Banque centrale européenne). Mais à l'arrivée, je parie que l'on verra refleurir une communication gouvernementale destinée à vendre aux Français des politiques économiques zombies du type augmenter le temps de travail, baisser les dépenses publiques pourtant très importantes en temps de crise, etc.

 

Cohésion, compétitivité et écologie au menu

 

Ce plan de relance est constitué de trois volets : la cohésion sociale et territoriale (35 milliards d'euros), la compétitivité (35 milliards d'euros) et l'écologie (30 milliards d'euros). Le premier volet s'appuie sur le constat que "pour éviter la hausse des inégalités en France en raison de l’impact économique de la crise, la relance doit aussi être une relance sociale et territoriale". Il est vrai qu'ainsi présenté, l'on finirait même par oublier que l'ouverture des inégalités ne date pas de la crise du covid-19. Pour assurer la cohésion sociale, il est donc prévu entre autres :

 

  • un Ségur de la santé,
  • un accompagnement vers l’emploi notamment pour les jeunes et les handicapés,
  • la poursuite des dispositifs d’activité partielle et de formation durant ces périodes d'activité partielle,
  • un soutien aux personnes précaires (majoration de l’allocation de rentrée scolaire, hébergement d’urgence, plan de soutien aux associations de lutte contre la pauvreté),
  • des aides à la cohésion territoriale (relance de la banque des territoires, soutien aux collectivités tellement méprisées au début du mandat...)

 

Le volet compétitivité, à la manière dont il a été présenté, prouve qu'il est l'objectif principal du gouvernement, ne serait-ce qu'en raison des termes choisis : "favoriser le développement d’activité à forte valeur ajoutée en France", "rendre notre économie plus compétitive", "indépendance technologique", etc. D'où les annonces suivantes parmi d'autres :

 

  • la baisse des impôts de production pour 20 milliards d'euros, réclamée à cor et à cri par le patronat depuis une décennie,
  • le renforcement des fonds propres des entreprises,
  • l’investissement dans le numérique et la santé,
  • le soutien à la culture,
  • le renforcement du soutien à la recherche,
  • la formation.

 

Et pour montrer qu'il a tout de même pris un peu la mesure de la crise écologique, malgré les récentes palinodies sur les pesticides, 30 milliards d'euros sont prévus pour accompagner la transition écologique, avec pour objectif de rendre l’économie française plus économe des ressources naturelles et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. D'où les mesures suivantes notamment :

 

  • la rénovation thermique des bâtiments,
  • l’aide à la décarbonation de l’industrie,
  • un bonus écologique,
  • une prime à la conversion pour l’achat d’un véhicule propre,
  • le développement des transports en commun,
  • la transformation du secteur agricole,
  • la recherche et l’innovation pour le développement de technologies vertes (filière hydrogène, matériaux recyclés...).

 

Ces mesures seront déclinées progressivement jusqu'en 2022, avec un suivi effectué par un comité de pilotage, ce qui ne manque pas de susciter quelques interrogations sur la nature de ce plan : est-ce un plan de relance à court terme ou un plan d'investissements structurels ? Avec seulement 30 % des 100 milliards engagés en 2021, la partie conjoncturelle est donc loin d'être majoritaire dans ce plan réputé être de relance à court terme. Mais les mots ont-ils encore un sens ?

 

Une politique de l'offre pour soutenir la croissance

 

En tout état de cause, les mesures annoncées dans ce plan de relance ne laissent planer aucun doute sur le type de politique économique suivi par le gouvernement : l'essentiel est du côté de l'offre, afin que "la France retrouve dès 2022 le niveau de richesse d'avant crise". La mobilisation de l'épargne forcée des ménages et plus généralement la demande n'auront finalement pas été la principale motivation de ce plan, contrairement à l'Allemagne et au Royaume-Uni qui n'ont pas hésité à baisser la TVA, de manière ciblée pour le second.

Bref, retour à la case croissance... Et encore, le Premier ministre n'ose guère s'aventurer à jouer les augures et préfère se rabattre sur un objectif de création d'emplois en 2021, dont on sait qu'il n'a aucune portée réelle s'il n'est accompagné d'objectifs qualitatifs concernant le travail :

Notons que la crise aura servi d'effet d'aubaine pour certaines vieilles revendications des entreprises, comme la baisse des impôts de production pour 20 milliards d'euros en 2021 et 2022, réclamée à cor et à cri par le patronat depuis une décennie. Dans le détail, la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) les taxes foncières (CFE et TFPB) seront divisées par deux. Et tout cela sans contrepartie autre qu'une incitation à recruter des jeunes et des apprentis. Quant à croire qu'un milliard d'euros serviront à relocaliser massivement des industries en France, cela relève du domaine de l'incantation, ce que tend à prouver l'emploi de l'expression "souveraineté économique" par des gens qui font tout pour la perdre...

 

Autrement dit, pendant que certains se payent de mots d'autres se payent de promesses ! Les syndicats l'ont bien compris et même la CFDT, après avoir fait remarquer que ce plan donnait de très grandes marges de manœuvre aux entreprises, se demande désormais comment l'on peut s'assurer que ces fonds seront bien utilisés pour sauvegarder et créer des emplois de qualité... Pourtant, c'est peu dire que le travail a été ravagé par la perte de sens et de qualité ses trente dernières années !

 

Même BFM ne s'est pas trompée sur l'objectif de ce plan :

 

 

On se demande du reste quelle mouche a piqué le Premier ministre pour qu'il se sente obligé d'affirmer que "ce plan est un cadeau à la France pour relancer l'économie et lutter contre le chômage". La compréhension de cette phrase mériterait une analyse freudienne tant elle confond allègrement nation et État.

 

En définitive, ce plan servira avant tout à renouer au plus vite avec le monde d'avant, ce dont le gouvernement ne fait d'ailleurs pas grand secret. C'est bien la preuve que l'imaginaire des dirigeants économiques et politiques - trop souvent interchangeables - est encore colonisé par une idéologie néolibérale mortifère !

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28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 11:27

 

 

L'heure de la rentrée vient de sonner ! Comme à mon habitude, j'ai profité de l'été pour lire (et relire !) de nombreux livres d'économie, de philosophie, d'histoire, de sociologie et même des romans. Certaines de ces lectures m'ont du reste donné des idées intéressantes de cours et conférences. Je n'ai pas pour autant oublié l'écriture, puisque j'ai publié sur mon blog plusieurs billets : Démocratie, citoyenneté et vote, les cotisations sociales, l'endettement des ménages, la justice sociale, Quand l'économie s'oppose à la démocratie.

 

Cette année, je poursuivrai mes recherches universitaires sur la monnaie et plus particulièrement les monnaies locales, avec pour objectif de publier un article académique. Je continuerai à donner quelques conférences grand public, qui m'offrent l'occasion de transmettre ma passion de l'économie et à tout le moins de donner aux auditeurs des clés pour comprendre les mécanismes économiques. Pour l'année universitaire 2020/2021, j'ai prévu des interventions dans plusieurs villes, dont je vous parlerai au fur et à mesure de l'année lorsque les dates seront arrêtées définitivement. La première conférence aura lieu au Cercle Edmond About de la MJC de Dieuze, le samedi 3 octobre à 17h30, et la suivante à l'Université Populaire de Forbach (UPT), le mardi 6 octobre 2020 de 19h00 à 20h30.

 

Mais aujourd'hui, je souhaite vous parler de la cafet'éco que j'ai créé il y a plus de dix ans à l'Université Populaire de Sarreguemines (UPSC) ! À l'origine, les cours avaient lieu dans la cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, mais en raison de nombre important d'auditeurs, j'ai été contraint de choisir une salle à l'étage. En moyenne, la cafet'éco se tient un mercredi dans le mois à 18h30. D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail est comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Aucun prérequis n'est nécessaire pour suivre mes cours d'économie. Au reste, depuis plus de dix ans, j'ai rencontré à la cafet'éco des auditeurs de tous horizons, grands débutants ou non, mais toujours désireux de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Et très humblement, ma plus grande satisfaction est de constater qu'ils en ressortent avec une bonne compréhension des mécanismes économiques principaux.

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, c'est pourquoi l'année dernière je n'ai cessé de modifier mes sujets afin d'aborder la crise des gilets jaunes, la politique monétaire, la réforme des retraites, les monnaies locales, le pouvoir d'achat des classes moyennes, les cryptomonnaies, le fonctionnement des prestations sociales, la dette publique, les impôts et la redistribution, l'étalon-or, l'économie de la santé en France, la concurrence au sein de l'Union européenne, etc. Je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs, débutants ou non, les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC entre le 31 août et le 18 septembre 2020 :

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 13:48

 

 

Au-delà des effets d'annonce, les plans d'aide mis en œuvre dans les diverses régions du monde ont plus une dimension économique que sociale, comme en témoigne l'absence de vrais débats sur la justice sociale, la démocratie et la souveraineté nationale. Il apparaît désormais clairement que l’objectif des gouvernements consiste avant tout à sauver le système existant sans poser les bases d'un véritable changement. C'est dans ce contexte, que je souhaiterais évoquer brièvement aujourd'hui le trilemme de Rodrik, un concept important pour analyser la situation au sein de l'UE notamment.

 

Le trilemme de Rodrik

 

Dani Rodrik est un célèbre économiste de la John F. Kennedy School of Government de l'Université Harvard, dont les travaux portent sur l'économie internationale, l'économie du développement l'économie politique. Ses positions critiques sur la mondialisation en font un économiste de premier plan pour comprendre les mutations actuelles.

 

Dans son livre Nations et mondialisation, publié en 2008, il a développé le concept de triangle d’incompatibilité - inspiré du célèbre triangle d’incompatibilité de Robert Mundell - dont la conclusion peut être formulée de la manière suivante : dans le cadre d'un pays (ou d'un ensemble intégré plus grand), il n'est pas possible de combiner ensemble les trois dimensions suivantes :

 

 * l'intégration économique ou hypermondialisation ;

 

 * la démocratie ;

 

 * la souveraineté nationale.

 

Dans la mesure où il n'est possible de conserver que deux dimensions, on peut en déduire trois régimes institutionnels :

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

Quelles conséquences pratiques pour l'UE ?
 

On en déduit donc que poursuivre l'intégration économique au sein de l'Union européenne nécessiterait soit de renoncer à la souveraineté nationale en transférant le pouvoir de décision aux institutions européennes (fédéralisme), soit de renoncer à la démocratie en passant outre la volonté du peuple… Pour l’instant, au vu de l'évolution récente de l'UE, c'est la souveraineté nationale qui a été abandonnée au nom d'un hypothétique fédéralisme. Au reste, ce choix risque fort d'entrer en contradiction avec les aspirations nées pendant la crise sanitaire, même si le battage médiatique lié au plan d'aide européen cherche à faire croire que les États membres ont franchi le cap de la coopération vertueuse...

 

En même temps, l'option de la « camisole dorée »  (golden straightjacket selon Rodrik), qui consiste à sacrifier la démocratie sur l'autel de l'hypermondialisation économique me semble déraisonnable, à moins de voir dans la Chine capitalistico-communiste un modèle enviable de société... Enfin l'option appelée « compromis de Breton Woods » entre en conflit immédiat avec l'intégration économique placée au cœur même du projet européen.

 

Une zone euro en berne

 

À force de vouloir répertorier à tout prix les réussites réelles ou supposées de la construction européenne, les dirigeants politiques ont été incapables de voir que le ralentissement économique dans la zone euro avait commencé dès la fin de l'année 2018. Et je ne parle même pas de la crise sociale, tout simplement noyée sous une avalanche de chiffres censés prouver la solidité de l'économie européenne.

 

Bien entendu, la situation économique au sein de la zone euro n'est pas indépendante du ralentissement mondial de la production industrielle et du commerce international. En outre, les très nombreuses incertitudes liées à la guerre commerciale qui oppose les États-Unis à la Chine pèsent très fortement sur l'économie européenne. Certes, la zone euro avait profité d’une conjonction de facteurs favorables à la demande : un euro relativement faible, un niveau très bas des taux d’intérêt et des prix du pétrole raisonnables au début de l’année.

 

Mais, ces facteurs conjoncturels se sont partiellement retournés et on aperçoit désormais les énormes problèmes structurels de l'économie européenne (absence de marge de manœuvre dans la politique budgétaire, très faible de circulation des capitaux entre pays membres, pays étranglés par leur dette publique, absence de coopération économique, concurrence fiscale délétère, impossibilité de corriger les problèmes de compétitivité-coût, régulation bancaire inachevée, banques européennes parfois fragiles sans compter les fusions démentielles entre des géants bancaires en piteux état comme Deutsche Bank et Commerzbank, etc.). Maintenant que la croissance de la zone euro n'est plus tirée par les pays du cœur (Allemagne, France, Italie), seuls demeurent les PECO et les pays du sud de l'Europe où la croissance tenait encore avant la pandémie de Covid-19...

 

Depuis, hélas, les prévisions sont bien sombres, tant en matière de croissance (1re colonne), d'inflation (2e colonne) et de chômage (3e colonne) :

 

 

[ Source : Commission européenne ]

 

La forme institutionnelle de l'UE sera-t-elle en capacité de répondre à la crise économique et sociale qui vient ? Rien n'est moins sûr...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cette émission de France Culture.

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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 15:56

 

 

Justice sociale : voilà une expression sur toutes les lèvres, en particulier celles des politiques. Ce faisant, elle se retrouve nécessairement galvaudée au point de désigner parfois l'exact contraire de son sens original, façon novlangue orwellienne. Dans ce billet, il n'est pas question de faire de longs développements comme j'en avais fait pour la démocratie et la citoyenneté, mais plutôt de donner aux lecteurs quelques clés qui lui donneront envie d'approfondir le sujet.

 

Verbatim

 

Voici quelques déclarations et discours concernant la justice sociale, qui montrent combien la notion est malléable !

 

 * feu le Premier ministre Edouard Philippe

 * les gilets jaunes, mouvement sur lequel j'avais beaucoup écrit (voir ici ou )

Parmi ceux qui appellent de leurs vœux la justice sociale, l'on pourrait également citer Tony Blair, Emmanuel Macron, François Fillon, François Hollande, Angela Merkel et même Donald Trump (parfois)... Rappelons que dans l'univers totalitaire évoqué par George Orwell dans son roman 1984, la langue a été attaquée dans ses fondements en ce qu'un novlangue s'est substitué à elle et permet désormais de vider de leur sens les mots. Cela dans le but de produire une vidange complète des cerveaux, que l'on pourra ensuite facilement remplir avec les slogans vides du Parti unique. Et si le Parti unique prenait désormais la forme de la bien-pensance ?

 

La justice sociale

 

La notion de justice sociale apparaît dans le débat politique au XIXe siècle, dans un monde dominé par la notion de classes sociales, sous la plume notamment de John Stuart Mill ("la société doit traiter également bien tous ceux qui sont également bien mérité d'elle"), et désigne l'association de la justice et de la solidarité. Alfred Fouillé (L’idée de justice sociale d’après les écoles contemporaines), Léon Bourgeois (Solidarité) et Émile Durkheim poseront des jalons importants dans la construction de l'État social moderne.

 

Mais ces concepts se retrouvent bien entendu depuis l'aube de l'humanité. Ainsi, Aristote avait déjà compris qu'au-delà du couple justice commutative (à chacun la même part) et distributive (à chacun selon son dû), la Cité ne pouvait survivre sans une forme de réciprocité proportionnelle (Éthique à Nicomaque) : "c'est en effet parce que l'on retourne en proportion de ce que l'on reçoit que la Cité se maintient". Vision qui n'est pas sans rappeler ce célèbre sermon de Bossuet intitulé De l'éminente dignité des pauvres, dans lequel on pouvait lire : "Quel est le fardeau des pauvres ? C’est le besoin. Quel est le fardeau des riches ? C’est l’abondance".

 

Les néolibéraux, quant à eux, iront jusqu'à nier l'existence même de la justice sociale au nom de la liberté individuelle et du marché libre ! Ainsi, Hayek écrivait-il dans Le mirage de la justice sociale que ce concept est inspiré par "une nostalgie nous rattachant aux traditions du groupe humain des origines, mais qui a perdu toute signification dans la Société Ouverte des hommes libres". Bref, la justice sociale ne serait en fin de compte qu'un fantasme d'hommes incapables de comprendre que "les seuls liens qui maintiennent l'ensemble d'une Grande Société sont purement économiques"...

 

 

Un tantinet moins provocateur, mais toujours très attaché à l'homo œconomicus, l'on trouve la théorie de la justice de John Rawls, qui déduit de la fiction du "voile d'ignorance" deux principes fondamentaux : le principe de liberté et le principe de différence, ce dernier légitimant les inégalités sociales sous certaines conditions.

 

 

Dans tous les cas, on reste dans l'abstraction (individuelle) - alors que la justice sociale est par nature une construction morale et politique, donc collective - et l'on ignore splendidement l'histoire des conquêtes sociales !

 

La force d'une idée

 

Pour finir, je me devais de citer Alain Supiot, spécialiste de la justice sociale. On lui doit notamment un passionnant petit livre intitulé fort intelligemment La force d'une idée, dans lequel il préface le texte d'Alfred Fouillé cité plus haut en brossant à grands traits - mais avec une grande rigueur intellectuelle - l'évolution du concept de justice sociale. 

P.S. L'image de ce billet provient du blog FO retail distribution.

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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 13:59

 

 

Durant ces dix derniers mois, j'ai suivi de l'intérieur une campagne électorale dans l'une de ces nombreuses villes de taille moyenne, qui souffrent entre autres de la désindustrialisation. Ce fut l'occasion d'observer le fonctionnement concret de la citoyenneté et de la démocratie, mots qui sont (trop) souvent mal compris galvaudés tant par les électeurs que les candidats. Avec cet article, je souhaite donc clarifier quelques points, car comme l'aurait peut-être écrit Albert camus, "mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde"... Et c'est peu dire que la démocratie est actuellement en lambeaux tout comme la citoyenneté ! Mais que le lecteur se rassure, plutôt que de rentrer dans tous les méandres de la science politique, je privilégierais les problématiques concrètes sans sacrifier la rigueur. 

 

Du pouvoir du roi au pouvoir du peuple et de la nation

 

Étymologiquement, la démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir (kratos en grec) est exercé par le peuple (dèmos) souverain. Sous l'Ancien régime, le corps politique du royaume se confondait pour l'essentiel avec le roi et la souveraineté (du latin superus, qui signifie supérieur), en tant que construction juridico-mythologique instituant une autorité suprême, permettait au roi de légitimer son pouvoir face au pape. Dans son traité Les Six livres de La République, Jean Bodin définit ainsi la souveraineté comme un attribut essentiel de l'État ("la souveraineté est la puissance absolue et perpétuelle d'une République"), ce qui permet de justifier la puissance de l'État, donc du roi.

 

Du peuple, il n'est guère question... C'est avec des penseurs comme Jean-Jacques Rousseau (Du Contrat social, 1762), que le peuple commence enfin à être vu en France comme la source unique du pouvoir et, donc, le seul détenteur légitime de la souveraineté. Autrement dit, pour Rousseau, chaque citoyen est titulaire d'une infirme partie de la souveraineté, qui ne peut néanmoins s'exprimer que de façon collective par ce qu'il qualifie de "volonté générale". C'est ce que Lincoln aurait traduit par cette phrase célèbre : "la démocratie, c'est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple".

 

En 1789, les députés de la période révolutionnaire ont considéré que la souveraineté n'appartenait pas au peuple comme somme des individus, mais à la nation représentant le peuple dans son ensemble (Cf. Qu'est-ce que le tiers-état ?, Sieyès, 1789). C'est pourquoi l’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose : "Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément". Notons que Robespierre tentera bien, en 1793, d'imposer un concept de souveraineté populaire basé sur une vision unifiée et homogène du peuple, mais qui débouchera sur la dictature (terreur) que l'on sait...

 

La Constitution de la Ve République de 1958 mêle les principes de la souveraineté nationale avec une petite dose de souveraineté populaire, puisque l'article 3 dispose que "La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution".

 

Démocratie directe vs démocratie indirecte

 

Une telle définition de la souveraineté nationale, parce qu'elle fait concomitamment de l'État la personnification juridique de la nation, ouvre ainsi la porte à une représentation du peuple par des élus chargés de faire fonctionner cet État, ce que Hans Kelsen appelle une démocratie indirecte plutôt que représentative, basée sur une souveraineté nationale indivisible, inaliénable et imprescriptible. Celle-ci s'oppose à la démocratie directe telle que souhaitait par Rousseau et telle qu'elle pouvait exister au moment des réformes de Clisthène à Athènes (508 avant J.C), qui en remodelant la Constitution de Solon permirent aux citoyens athéniens de participer aux débats au sein de l'assemblée (ecclesia) et de voter.

 

La philosophe Simone Weil montrait comment dans le Contrat social de Rousseau, l'on trouve énoncé toutes les conditions d'existence de notre idéal républicain basé sur la volonté générale. Pour le dire simplement, sous certaines conditions, l'expression du peuple peut être conforme à la justice, parce que les hommes sont censés partager la même raison qui leur permet donc de converger en opinion sur la justice et la vérité. Or, ce sont précisément ces conditions qui sont le plus souvent passées sous silence, en particulier lorsqu'elles ne sont plus remplies :

 

 * il faut qu'il n'y ait aucune passion collective qui s'empare du peuple au moment où il doit s'exprimer, sinon il peut facilement voter pour les pires politiques comme l'a démontré l'accession au pouvoir de criminels par la voie légale ; 

 

 * le peuple doit pouvoir s'exprimer sur des problèmes concrets et précis de la vie publique, et non faire seulement un choix entre plusieurs candidats dont on a pu voir qu'ils ne respectaient pas toujours, c'est un euphémisme, leur programme ; 

 

Et le moins que l'on puisse dire est qu'actuellement aucune de ces deux conditions n'est respectée. 

 

L'abbé Sieyès, évoqué ci-dessus, exprime quant à lui clairement sa préférence pour le système de représentation  dans un célèbre discours : "La France ne doit pas être une démocratie, mais un régime représentatif. Le choix entre ces deux méthodes de faire la loi, n’est pas douteux parmi nous. D’abord, la très grande pluralité de nos concitoyens n’a ni assez d’instruction, ni assez de loisir, pour vouloir s’occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ; ils doivent donc se borner à se nommer des représentants [...]". Mais en 1789 on est encore loin d'un suffrage universel et d'un parlementarisme où toutes les tendances politiques trouvent à s'exprimer.

 

Le danger d'une démocratie formelle

 

En pratique, il est difficilement envisageable d'instaurer une démocratie directe intégrale à l'échelle d'une grande commune ou d'un pays, ne serait-ce qu'en raison de la nécessité de réunir régulièrement dans un même lieu beaucoup de personnes et de leur permettre ensuite de débattre librement. Le constat est d'ailleurs amer : de nos jours, lorsque les citoyens sont trop souvent appelés à s'exprimer et à débattre, leur motivation à se déplacer s'émousse alors même qu'il en va de l'avenir de la res publica. Mais cela ne doit pas empêcher d'injecter une certaine dose de démocratie directe en consultant directement les citoyens sur certaines questions avec avis exécutoire.

 

La problématique de l'expression populaire directe a d'ailleurs refait surface lors de la crise des gilets jaunes en 2018-2019,  lorsque l'élite politique fut accusée à juste titre de s'accrocher à la chimère d'un monde gouverné par des règles économiques universelles immuables, qui rendent inutiles la confrontation de projets de sociétés différents, et subséquemment les débats contradictoires, bien qu'ils soient depuis plus de deux millénaires l'essence même de la démocratie.

 

Pire, de nombreux citoyens ont la désagréable impression que les campagnes politiques se succèdent et se ressemblent, en ce que seules quelques vagues problématiques sont abordées à l'exclusion de toute thématique politique de fond, qui obligerait à prendre de vrais engagements auprès des Français. Exit par conséquent l'échange verbal musclé et le débat animé, nécessairement perçus comme une agression insupportable ("cessez de m'agresser verbalement" est devenu l'arme des minus habens réduits à quia) dans notre société post-moderne ; place au consensus mou sur des lois politico-économiques réputées universelles, sous peine de passer pour un extrémiste.

 

Les limites et dangers inhérents à la démocratie moderne sont bien connus au moins depuis Tocqueville (De la démocratie en Amérique, 1835 et 1840). Ce dernier voyait en la démocratie une sorte de processus providentiel caractérisé par « l’égalité des conditions », portant en germe le risque de l’individualisme dont le seul remède est une participation à la chose publique au niveau local. Tocqueville mit également en lumière le danger d'un despotisme doux dans une société démocratique, qui consiste pour les citoyens à s'en remettre à un État tout-puissant : "au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux". Troublant d'actualité...

 

Il est aussi bon de rappeler que si les premiers socialistes marxistes voyaient dans le vote un expédient utile à la révolution, les anarchistes comme Proudhon percevaient le système démocratique tel qu'il fonctionnait au XIXe siècle (parlementarisme + droit de vote limité) comme une simple mascarade bourgeoise servant à jeter un voile à peine pudique sur les inégalités de classes.  Beaucoup plus à droite sur l'échiquier politique, la démocratie parlementaire fut très souvent accusée de donner le pouvoir à une élite coupée du peuple, ce qui débouchera dans certains cas extrêmes sur des abominations caractérisées par l'incarnation des aspirations du peuple par un chef unique (fascisme, nazisme... Cf. Carl Schmitt). Démocratie réelle contre démocratie formelle, tout en évitant l'incarnation du pouvoir par un seul chef, voilà encore un débat d'actualité ! Et si, au fond, ce qui caractérise le mieux la démocratie, c'était l'existence et la protection des libertés (réelles) comme le pensait Raymond Aron ?

 

Régis Debray, dans l'obscénité démocratique, fait quant à lui une différence entre démocratie anglo-saxonne et République, cette dernière étant le fruit de la Révolution française qui combine liberté, raison, tolérance, souci de la chose publique (res publica) et recherche de l'universel. Selon Debray, alors qu’en  démocratie l'État se contente de faire plus ou moins bien coexister des communautés, "en République l’État  surplombe  la  société". D'où une école républicaine qui apprend à raisonner, c'est-à-dire à faire usage de sa pensée critique, alors que dans les démocraties anglo-saxonnes l'école se met de plus en plus à ressembler à la société avec tous ses travers (compétitivité, productivité, zapping, amusement...).

 

Mandat impératif et règle du jeu démocratique

 

D'emblée, si la démocratie implique que les élus représentent le peuple, alors l'on serait tenté de dire qu'ils doivent prendre des décisions conformes à celles que le peuple réuni dans son intégralité en assemblée aurait prises. Bref, les représentants seraient ainsi liés par le mandat que les citoyens leur confient et auraient l'obligation de respecter le programme sur lequel ils ont été élus, sous peine d'être révoqués.

 

Ce type de mandat, appelé impératif, pose à l’évidence un problème pour trouver un compromis, base même de l'idéal démocratique. En effet, comment concilier deux points de vue diamétralement opposés, si chaque élu doit respecter un mandat impératif ? C'est pourquoi depuis la Révolution française, les députés représentent la Nation tout entière et non les électeurs de leur circonscription. L’article 27 de la Constitution de 1958 dispose précisément que « tout mandat impératif est nul », ce qui signifie que les députés se déterminent librement dans l’exercice de leur mandat pour servir l'intérêt général et ne sont pas tenus d'agir comme le réclameraient éventuellement certains électeurs. D'où l'expression de "démocratie indirecte" employée par Hans Kelsen plutôt que "démocratie représentative". L'organisation périodique et rapprochée de scrutins est donc une nécessité, afin d'obliger les élus à tenir compte de la volonté du peuple-électeur, même si c'est a minima.

 

Ainsi, si le peuple n'exerce pas aujourd'hui le pouvoir lui-même, il se doit d'obéir aux lois que ses représentants élus ont votées, puisque le peuple est réputé avoir consenti collectivement à donner ce pouvoir en toute connaissance de cause. C'est parfois difficilement acceptable lorsque les choix faits par les représentants sont très éloignés des engagements de ceux-ci, mais c'est le principe de fonctionnement de notre démocratie indirecte, qui avait conduit Rousseau à déclarer : "le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement". Le grand juriste Carré de Malberg avait du reste bien compris que le régime parlementaire permettait de substituer la souveraineté des élus à celle du peuple... Il n'est donc pas inutile de réfléchir à y intégrer des possibilités de consultations directes des citoyens sur certaines questions avec avis exécutoire. Bien entendu, tout cet édifice suppose que les candidats soient un minimum intègres et portés à rechercher l'intérêt général, car sinon c'est la crise sociale qui surgit à défaut de révolution, ce qu'Aristote avait parfaitement compris...

 

Scrutin proportionnel vs scrutin majoritaire

 

La différence entre les deux modes de scrutin est la suivante :

Souvent, l'on considère le scrutin proportionnel comme plus démocratique dans la mesure où même un petit parti peut obtenir des sièges du simple fait d'avoir eu un assez bon résultat. Bref, ce mode de scrutin représente assez fidèlement les rapports de pouvoir et les choix du peuple, ce dernier étant loin d'être constitué de citoyens homogènes avec une âme unique comme l'imaginait Robespierre ; au contraire, le peuple est avant tout un ensemble de sous-divisions et de communautés. Un tel scrutin peut donc conduire à une fragmentation excessive empêchant ensuite de trouver une majorité stable pour gouverner, puisque ce sont les partis qui une fois les sièges distribués doivent former une coalition de gouvernement.

 

Nous touchons là à un point essentiel du fonctionnement démocratique, pourtant très mal compris : toutes les opinions légales ont le droit de concourir à une élection, même si elles nous semblent être farfelues, dangereuses ou contraires à nos valeurs. Cela découle de cette sentence matérialiste de Protagoras, citée par Platon dans son Théétète : "L’homme est la mesure de toute chose : de celles qui sont, du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas". Dès lors, dire que les électeurs ont eu tort ou pire, qu'ils ont mal voté, c'est méconnaître la règle du jeu démocratique, même si à titre personnel on a le droit de penser que certaines opinions valent moins que d'autres (et c'est certainement le cas sur le plan politique mais aussi moral) et qu'en l'absence de transcendance le fonctionnement démocratique peut conduire à des catastrophes dont l'histoire politique regorge.

 

Le tirage au sort

 

Face aux défauts inhérents à chaque mode de scrutin, à la professionnalisation de la politique, au pouvoir de l'argent dans une campagne électorale et au fossé qui s'est créé depuis quelques années entre élus et peuple, certains proposent de revenir au tirage au sort dont Bernard Marin a montré qu'il faisait historiquement partie de la boîte à outils de la démocratie :

La question de la représentation se pose avec d'autant plus d'acuité que, depuis l'élection d'Emmanuel Macron, l'Assemblée nationale avec ses 577 députés est devenue encore moins représentative en termes socioprofessionnels :

 

 

[ Source : Assemblée nationale ]

 

Démocratie, citoyenneté et vote


Trop nombreux sont ceux qui résument la citoyenneté au vote et la démocratie au droit de choisir son maître tous les 5 ou 6 ans, en paraphrasant Rousseau. Or, l'histoire multiplie les exemples où la citoyenneté était liée au rang social et n'avait que peu à voir avec le droit de vote. L’article 17 de l’ordonnance du 21 avril 1944 donna aux femmes le droit de vote et d’éligibilité dans les mêmes conditions que les hommes. Faut-il alors en déduire qu'elles ne sont devenues des citoyennes qu'à ce moment de l'histoire ? C'est évidemment absurde ! Il ne faut pas confondre citoyenneté et exercice de la citoyenneté, cette dernière ne se résumant à l'évidence pas - répétons-le ! - au seul vote.

 

Dans nos sociétés démocratiques modernes, la citoyenneté est aussi trop souvent associée à la contingence de naître dans un pays plutôt qu'un autre. Pour le dire autrement, à mon sens, on ne naît pas français on le devient du moment où l'on s'implique pour ce pays de quelque façon que ce soit (politiquement, culturellement...), c'est-à-dire qu'un citoyen est partie prenante de la société dans laquelle il vit et c'est pourquoi il doit penser au-delà de ses propres intérêts et viser l'intérêt général pour peu que l'on se donne la peine de le définir collectivement. Et que dire du reste de l’hérésie consistant à vendre une nationalité à des personnes très riches moyennant finances, opportunément appelée Golden Visa.

 

Pour en revenir au vote, tout un chacun a du reste déjà pu expérimenter en pratique combien la formule "chaque voix compte pour l'avenir de la commune ou du pays" est d'une bêtise confondante si elle emporte l'idée de peser individuellement sur le destin d'une commune ou d'un État. En effet, prise individuellement, la voix de l’électeur lambda est certes comptabilisée, mais pour qu'elle pèse réellement il faut encore qu'elle rencontre celle d'un très grand nombre d'autres électeurs, puisque c'est la règle de la majorité qui s'applique. Et que dire lorsqu'aucune proposition électorale ne nous convient ? Faut-il comptabiliser les bulletins blancs dans les urnes, promesse qui s’évanouit après chaque élection nationale, mais qui permettrait entre autres de ne pas voter contre quelqu'un ? Faut-il forcer les citoyens à voter comme en Belgique pour éviter une abstention record comme celle connue aux élections municipales du 28 juin 2020 ?

 

Quoi qu'il en soit, pour l'instant c'est le vote majoritaire qui domine les scrutins. Il est en effet simple à comprendre et crée, a priori, le moins de contestation possible dans la mesure où une majorité de citoyens ont fait le même choix après libre examen et discussion des positions concurrentes, ce que Kant appelait l'usage public de la raison et que Habermas étendra aux sociétés démocratiques. Certes, le danger de la tyrannie de la majorité déjà évoquée par Tocqueville nous guette : "Les démocraties sont naturellement portées à concentrer toute la force sociale dans les mains du corps législatif. Celui-ci étant le pouvoir qui émane le plus directement du peuple, est aussi celui qui participe le plus de sa toute-puissance. On remarque donc en lui une tendance habituelle qui le porte à réunir toute espèce d’autorité dans son sein. Cette concentration des pouvoirs, en même temps qu’elle nuit singulièrement à la bonne conduite des affaires, fonde le despotisme de la majorité”.

 

Bien entendu, il serait absurde de croire qu'à chaque élection ou décision démocratiques, la règle de la majorité conduit à une situation optimale ou juste. Qu'il suffise de relire la pièce de théâtre de Henrik Ibsen Un ennemi du peuple pour s'en convaincre... Au fond, il n'y a guère que les démagogues et les filous pour affirmer avoir obtenu l'adhésion de tout un peuple à un programme par le seul fait d'un vote majoritaire. Simone Weil avait parfaitement compris que si une passion collective s'empare du peuple au moment du vote, alors l'élection peut conduire au pire en ce que aveuglés par cette passion les électeurs sont capables de donner leur voix à n'importe quel hamster, poisson rouge, chameau candidat se prévalant des idées du moment. D'où mon inquiétude lorsque j'entends parler de vagues, qu'elle soit rouge, rose, orange ou verte...

 

En tout état de cause, ce n'est pas pour rien que des garde-fous ont été imaginés dans le fonctionnement démocratiques, sous peine de donner à une majorité le pouvoir d'opprimer une minorité comme on le voit par exemple en Russie ou en Hongrie. Le respect - réel - des droits fondamentaux (liberté de conscience, liberté de la presse, droit de pétition, droit à la justice...) est donc un préalable à l'établissement d'une société démocratique digne de ce nom. Grèves, manifestations de mécontentement et autres pétitions sont également des formes d’expression légales, sous certaines conditions, de l'opinion publique en démocratie. Et dans le pire des cas, les révolutionnaires de 1793 avaient prévu à l'article 35 de leur Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen : "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs"...

 

Au terme de cet article, voilà la définition de la démocratie que je vous propose : régime politique basé sur la liberté de conscience, l'égalité de droit (en particulier de se présenter à une élection) et la pluralité des opinions, qui peuvent être confrontées publiquement (d'où l'importance d'une presse libre) afin de trouver un compromis acceptable et sans violence. Tout un programme en soi, qui faisait dire à Winston Churchill que la démocratie, malgré tous ces défauts, reste "le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres".

 

P.S.1 Au vu de la longueur de ce billet, il ne m'a pas été possible de développer en détail le rôle des partis politiques en démocratie, qui sont des acteurs très importants en ce qu'ils regroupent des personnes partageant des idées très proches et peuvent servir de contre-pouvoirs. Dans un livre pionnier de 1910 (Sociologie du parti dans la démocratie moderne), le sociologue Robert Michels mettait en exergue sa fameuse loi d'airain qui veut que toute organisation tende à devenir une oligarchie, même lorsqu'elle s'affirme démocratique. De manière radicale, Simone Weil, dans une courte note publiée de manière posthume en 1950, appelait à leur suppression parce qu'ils fabriquent dangereusement de la passion collective : "le mal des partis politiques saute aux yeux, ne sont-ils pas même du mal à l'état pur ou presque ?".

 

P.S.2 l'image de billet provient de cet article de Libération sur la post-démocratie.

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24 juin 2020 3 24 /06 /juin /2020 13:17

 

 

Dans un billet récent, j'avais analysé l'évolution prévisible de l'endettement public à la suite de l'épidémie de Covid-19. J'avais par ailleurs analysé la dégradation des comptes de la Sécurité sociale et le rôle de la Caisse d'Amortissement de la Dette Sociale (Cades). Aujourd’hui, je vous propose de jeter un œil du côté de l'endettement des ménages, d'autant que la crise économique et sociale qui s'annonce va à l'évidence avoir un impact majeur sur leurs revenus.

 

La dette des ménages

 

Afin de permettre des comparaisons européennes, l'OCDE désigne par dette des ménages "tous les engagements des ménages et des institutions sans but lucratif au service des ménages nécessitant un ou plusieurs paiements d'intérêts ou de principal par un ménage à son créancier à une ou plusieurs dates dans le futur". En pratique, il s'agit donc de la somme des crédits (immobiliers et à la consommation) et autres comptes à payer, que l'on rapporte au revenu disponible net des ménages (RDN) pour plus de simplicité. 

 

Qui s'endette ?

 

D'après un document de travail du Conseil d'orientation des retraites, la proportion de ménages endettés à titre privé est ventilée de la façon suivante selon l'âge :

 

 

[ Source : COR ]

 

Comme le précise le document, la lecture de ce graphique est la suivante : en 1998, par exemple, 49,42 % des 17-34 ans étaient endettés en France pour des motifs privés ou mixtes.

 

Les montants empruntés sont globalement en hausse entre 1998 et 2014, ce qui s'explique certainement pour une grande partie par la hausse des prix de l'immobilier :

 

 

[ Source : COR ]

 

Comparaisons internationales

 

Sur la base de la définition vue plus haut, voici la situation de l'endettement des ménages en 2019 :

 

Dette des ménages en  2019

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Pour la France, ce chiffre s'élève à 121 % du revenu disponible net des ménages, contre 42 % en Hongrie et 95 % en Allemagne, mais 280 % au Danemark... Mais ce qui est encore plus important, c'est l'évolution de l'endettement des ménages français en comparaison avec d'autres pays :

 

Évolution de la dette des ménages entre 1999 et 2019

 

 

[ Source : OCDE ]

 

L'on constate la tendance haussière de l'endettement des ménages français, contrairement aux ménages allemands. Mais surtout, il est à noter l'évolution impressionnante de la dette des ménages dans les pays nordiques ! L'on pourrait du reste montrer que les ménages de la plupart des pays du sud de la zone euro ont fait un énorme effort (forcé) de désendettement depuis la dernière crise de 2007.

 

Pour l'instant, à l'image de l'homme qui tombe de 30e étage et qui se dit en passant devant le 10e que jusqu'ici tout va bien, le gouvernement a beau jeu de déclarer la situation économique sous contrôle. Hélas, il y a fort à craindre qu'après l'extinction des mesures de chômage partiel et autres aides temporaires (création de fonds, report de loyers en Espagne...), les ménages se retrouvent à affronter un mur d'endettement au moment où leurs revenus sont en berne, si tant est qu'ils en aient encore en raison de l'envolée du chômage. Dans ces conditions, si la croissance ne revenait pas, tout cela pourrait déboucher sur une crise sociale majeure, doublée d'une crise bancaire lorsque les impayés augmenteront...

 

Un tel constat ne doit surtout pas devenir un prétexte pour revenir au monde d'avant. Bien au contraire, il devrait être vu comme l'occasion de décoloniser l'imaginaire pour construire un monde d'après viable, qui ne fasse plus de la croissance l'alpha et l’oméga de toute politique économique !

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de l'Express.

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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 11:15

 

 

C'est peu dire que les comptes de la Sécurité sociale seront dans le rouge à la suite de la crise du coronavirus. L'effet de ciseau est bien connu : la baisse de l'activité conduit inévitablement à une baisse des recettes liées aux cotisations sociales, tandis que les dépenses d'indemnisation augmentent. Dans ce contexte, on comprend mieux à quoi servent les cotisations sociales, même s'il est vivement recommandé de s'interroger sur le service rendu et son efficacité. Mais de là à réclamer leur baisse généralisée au nom de la compétitivité des entreprises, il n'y a qu'un pas... de trop !

 

Qu'est-ce que les cotisations sociales ?

 

De manière simple, on appelle cotisations sociales des versements, calculés en pourcentage du salaire et répartis entre le salarié et l’employeur, qui donnent droit au salarié à des prestations sociales si celui-ci devait faire face à la maladie, au chômage, à un accident du travail…

 

 

[ Source : ACOSS ]

 

Ces cotisations, prélevées au profit des organismes de protection sociale, sont trop souvent qualifiées à tort de "charges sociales" par ceux qui les ravalent au rang de simple ligne négative dans un compte de résultat, alors qu’elles constituent par nature une rémunération différée (versement d'allocations, pensions de retraite...), qui accessoirement soutient aussi la demande et donc l'activité globale en particulier durant les récessions. 

 

La petite vidéo ci-dessous explique clairement comment l'on passe du salaire superbrut au salaire net :

Qui cotise ?

 

Au total, en 2018, l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss) a fourni les chiffres suivants :

 

 

[ Source : Rapport annuel ACOSS 2018 ]

 

Par ailleurs, les cotisants en 2018 sont :

 

 

[ Source : ACOSS ]

 

Le déficit de la Sécurité sociale

 

La baisse de l'activité liée à la crise sanitaire (confinement strict) et la suspension massive des dettes fiscales/sociales décidée par le gouvernement pour éviter la faillite des entreprises conduisent inévitablement à une baisse des recettes liées aux cotisations sociales, tandis que les dépenses d'indemnisation (chômage, santé) augmentent. Il en résulte inévitablement un déficit abyssal des comptes de la Sécurité sociale :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Face à cette situation de crise, le Haut Conseil pour le financement de la protection sociale (HCFiPS) suggérait que l'endettement issu des mesures prises pour lutter contre le Covid-19 soit assuré par l'État, d'autant que ce dernier a la possibilité de s'endetter à des taux très bas et tout état de cause plus bas que ceux de la Sécurité sociale. Cela aurait permis à la Sécu de ne pas obérer encore plus son budget, duquel 17 milliards d'euros sont déjà prélevés chaque année pour amortir la dette sociale au travers de la Caisse d'Amortissement de la Dette Sociale (Cades).

 

 

[ Source : Cades ]

 

Hélas, on s'achemine a priori vers une reprise des déficits cumulés entre 2020 et 2023 par la Cades, dont la durée de vie est de facto prolongée de 13 ans... D'un côté, le gouvernement veut un Ségur de la santé (sic) pour améliorer entre autres les conditions d'exercice dans le secteur (et se refaire une virginité électorale pour 2022...), tandis que de l'autre il met la tête de la Sécu sous l'eau avec l'endettement.  On retrouve la politique des caisses vides, traduction euphémisée de la politique néolibérale « starve the beast » (« affamer la bête ») , comme le rappelle avec brio Bruno Amable.

 

En pratique, c'est le traditionnel argument du trou de la Sécu, qui permet de faire passer dans l'opinion publique la nécessité d'une réponse forte et courageuse consistant à réduire les dépenses tout en baissant parallèlement les recettes (les cotisations et impôts), car les prélèvements obligatoires sont réputés inutiles. Bref, on affame la bête jusqu'au point où elle n'est plus capable d'avancer. Il devient alors facile de justifier la mise en coupe réglée ou la privatisation de la Sécu, en affirmant qu'il s'agit là du seul viatique... Voilà comment on met à mort une construction sociale majeure, la Sécurité sociale, en s'attaquant méticuleusement à chaque branche (comme la retraite dont j'avais parlé ici et dont la réforme fait déjà son grand retour...) tout en faisant accroire qu'il s'agit d'un progrès ! 

 

Supplément pour le lecteur intéressé : pourquoi faire baisser les cotisations sociales sur les bas salaires ?

 

Éliminons d'emblée l'argument qui consiste à déclarer le montant global des cotisations trop élevé, car ce serait négligé le choix politique et social fait de longue date en France consistant à centraliser les prélèvements et prestations sociales, jacobinisme oblige...

 

Le rapport Gallois sur la compétitivité rendu en 2012, n'a été que le énième d'une longue série : rapport Malinvaud sur l'allégement des charges en 2001, rapport du Conseil d'Analyse Économique sur la réduction du temps de travail en 1998, rapport Charpin sur les baisses de charges au niveau du SMIC en 1992, rapport Maarek sur le coût du travail en 1994, rapport sur le droit du travail de Michel de Virville en 2004, etc.

 

À chaque fois l'idée était la même : le coût du travail au niveau du SMIC serait trop élevé au regard de la productivité de ces salariés, ce qui provoque une hausse du chômage notamment dans l'industrie. Et la préconisation toujours la même : à défaut de pouvoir réduire le montant net du SMIC (encore que l'idée est dans l'air...), l'on réduit les cotisations sur les bas salaires afin d'inciter les employeurs à embaucher, quitte à plonger les salariés dans une trappe à bas salaire et partant à pauvreté. C'est ce que feront hélas tous les gouvernements successifs depuis Balladur en 1993, en particulier François Hollande avec le CICE et le Pacte de responsabilité. Le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), au bilan si peu flatteur, a été remplacé, le 1er janvier 2019, par un allégement de cotisations patronales.

 

Le graphique ci-dessous, édifiant, présente la baisse des cotisations sociales patronales au niveau du SMIC, sachant que l'objectif est bien d'arriver à zéro cotisation au niveau du SMIC :

 

 

[ Source : Les chiffres clés de la Sécurité sociale 2015 ]

 

Désormais, les dispositifs de baisse du coût du travail, pas seulement au niveau du SMIC, atteignent des chiffres vertigineux pour des gains de compétitivité bien relatifs :

 

 

[ Source : OFCE ]

 

Insistons : le principal effet pervers d'une réduction de cotisations sociales patronales sur les bas salaires est qu'il devient inutile de former les salariés peu qualifiés, puisque leur faible productivité est compensée par l'État. Ce faisant, on retarde la montée en gamme de l'économie française, ce qui partant pèse sur la compétitivité alors même que les dispositifs successifs ont été mis en place dans ce but ! Cela a nécessairement ensuite des conséquences sur la balance commerciale, ce fameux chiffre surveillé comme le lait sur le feu par le gouvernement au nom de la compétitivité extérieure...

 

De surcroît, les gouvernements successifs ont ainsi créé une trappe à bas salaire, l'employeur n'étant plus incité à embaucher à des niveaux de salaires très élevés, sous peine de perdre le bénéfice de l’exonération. Pis, ces réductions de cotisations sociales reviennent de manière schématique à prélever aux salariés une partie de leur rémunération différée, avec le risque de transformer ainsi à terme le système d'assurance sociale basé sur les cotisations en une simple prestation uniforme (et universelle) de montant modique...

 

En résumé, les cotisations sociales constituent les briques de l'État social. Que l'on s'interroge sur les services rendus, leur qualité et leur efficacité me semble absolument indispensable en République. Mais faire passer une baisse généralisée des cotisations sociales, sans débat, pour un progrès m'apparaît comme pure folie, car cela affaiblit l'État social au moment où la crise du coronavirus - et la crise économique majeure qui en découle - nous prouve son absolue nécessité !

P.S : l'image de ce billet provient de cet article du site Le coin du salarié.

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4 juin 2020 4 04 /06 /juin /2020 13:39

 

 

Après avoir donné quelques clés pour comprendre les monnaies locales dans mon dernier billet, certains de mes lecteurs m'ont demandé d'en faire de même avec la monnaie légale. Le sujet est souvent contre-intuitif, ce qui en fait tout son intérêt !

 

Une monnaie, c'est quoi ?

 

L'économie standard a une vision utilitariste de la monnaie, que l'on appelle aussi fonctionnaliste en ce qu'elle décrit la monnaie à travers les fonctions économiques mises à jour par Aristote :

* fonction de facilitation des échanges : cela signifie qu'elle permet de payer ses achats lors d'une transaction sans recourir au troc ;

* fonction de réserve de valeur : la monnaie peut être épargnée sans perdre de sa valeur (en excluant l'inflation et la perte de cours légal comme pour le Franc en 2002) ; elle permet donc de reporter du pouvoir d'achat dans le temps ;

* fonction d'étalon : la monnaie permet de jauger la valeur d'un produit quelconque.

Cependant, la monnaie peut aussi avoir des fonctions politiques et sociales, au moins aussi importantes que ses fonctions économiques, sinon plus, et hélas trop souvent négligées.
En effet, la monnaie est constitutive du lien social et sans elle il n’y aurait tout simplement pas de société marchande...

 

Dans l’histoire, la monnaie a pris différentes formes : monnaie marchandise, monnaie métallique (pièces en métaux précieux), monnaie fiduciaire (billets de banque), monnaie scripturale (soldes créditeurs des comptes à vue gérés par les institutions financières), monnaie électronique, cryptomonnaie... Aujourd'hui, selon la Banque de France, plus de 90 % des règlements se font avec de la monnaie scripturale, la monnaie fiduciaire au sens large (billets + pièces) ne représentant tout au plus que 10 %.

 

Comment est créée la monnaie ?

 

Contrairement à une idée reçue, l'essentielle de la création monétaire n'est pas le fait de la Banque centrale, mais des banques commerciales qui, sans aucune contrepartie (on dit ex nihilo dans le jargon), créent de la monnaie simplement en accordant un crédit à un client. Autrement dit, la création de monnaie résulte d’un processus de monétisation des créances non monétaires :

La quantité de monnaie en circulation

 

On appelle masse monétaire le volume total de monnaie en circulation à un moment donné dans une économie donnée. Certains actifs sont considérés comme suffisamment liquides pour être considérés comme de la monnaie en termes de liquidité, d'où la possibilité de calculer plusieurs agrégats monétaires notés M1, M2 et M3, sachant que M3 est celui surveillé plus spécifiquement par la BCE (ici le cas de la masse monétaire en France) :

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

Présentés autrement, les agrégats monétaires sont en quelque sorte des poupées gigognes (russes ou matriochkas pour faire plus culturel) :

 

 

 

Les chiffres les plus récents font état de plus de 13 000 milliards d'euros en circulation (agrégat M3) dans la zone euro en mars 2020 :

 

 

[ Source : BCE ]

 

En définitive, la question pendante est la suivante : toute cette monnaie est-elle bien utilisée ?

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