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6 décembre 2022 2 06 /12 /décembre /2022 12:59

 

Je sais bien que la réforme des retraites n'a rien d'un sujet très engageant en cette période de fêtes de fin d'année. Mais comme Élisabeth Borne, Premier ministre, a décidé d'ouvrir les hostilités dès le mois de décembre, il me semblait judicieux de revenir brièvement sur le sujet, après mes billets sur l’atterrissage économique en France, la panique dans le monde des cryptos et la récession.

 

La grande peur

 

Plutôt que de s'adresser à la raison des Français, le gouvernement a choisi de communiquer ad nauseam sur la crainte de voir le système de retraites s'effondrer, bref de jouer sur la peur de l'avenir, dans un contexte déjà particulièrement anxiogène. Mais pour donner un semblant de consistance rationnel à cette réforme, les cabinets de conseil ont visiblement suggéré à Élisabeth Borne d'ajouter un argument de justice sociale et d'employabilité des seniors : 

 

 

Le lecteur notera que la discussion avec les partenaires sociaux, vent debout contre l'allongement de l'âge de départ en retraite, est ramenée au rang de simple formalité légale. Mais, en fin de compte, cette réforme n'est-elle pas indispensable pour assurer la pérennité du système de retraite ?  C'est ce que tendent à dire de nombreux commentateurs patentés... Et pourtant, le diable se cache dans les détails !

 

Les perspectives du système de retraite à court terme

 

Pour justifier de l'importance d'une réforme, le gouvernement s'appuie sur les chiffres du Conseil d’orientation des retraites (COR) qui, depuis 2014, produit un rapport annuel sur les perspectives du système de retraite. La dernière mouture, publiée en septembre dernier, 2021, montre que les dépenses du système de retraite équivalaient à 13,8 % du PIB et qu'elle resterait stable jusqu’en 2027, quel que soit le scénario retenu :

 

 

[ Source : Rapport COR septembre 2022 ]

 

Et l'évolution après 2027 ? Comme le pointent avec justesse les excellents travaux de l'économiste Michaël Zemmour, la forte augmentation prévue entre 2027 et 2032 de ce ratio résulte d’un fort recul purement technique du PIB. Pour le dire simplement, comme le COR est contraint de fonder son analyse sur l’hypothèse gouvernementale d’un taux de chômage à 5 % en 2027, alors même que tout le reste du rapport est bâti sur un taux plus vraisemblable à 7 %, il doit ajouter une contraction fictive du PIB entre 2027 et 2032. Et comme cette institution est sérieuse, elle l'écrit dans son rapport (p. 12) : « Il s’agit là d’un artefact lié à la méthode de projection : rien ne permet bien sûr d’anticiper que la conjoncture économique sera particulièrement déprimée sur la période 2027-2032 ».

 

Les perspectives du système de retraite à long terme

 

Entre 2032 et 2070, le graphique ci-dessus montre que la plupart des scénarios conduisent à une baisse de cette dépense en pourcentage du PIB. Que vaut alors l'argument selon lequel le vieillissement de la population française conduirait inexorablement à la faillite du système de retraite ? Le COR s'en explique à la page 12 : "Ce résultat peut sembler contre-intuitif au regard du vieillissement démographique attendu qui viendra inéluctablement peser sur les dépenses de retraite futures, en alourdissant le nombre de retraités relativement au nombre de cotisants. Cette évolution démographique défavorable est contrebalancée, d’une part par le recul de l’âge de départ à la retraite qui passerait de 62 ans à 64 ans du fait des réformes déjà votées ; et, d’autre part, par la moindre augmentation du niveau de vie des retraités relativement aux actifs".

 

En ce qui concerne la stabilisation, voire la diminution, de la part des dépenses de retraite en pourcentage du PIB, elle a donc pour "contrepartie la diminution relative – et non absolue – du niveau de vie des retraités par rapport à l’ensemble de la population" (ibid.) :

 

 

[ Source : Rapport COR septembre 2022 ]

 

Aucune urgence à réformer le système des retraites

 

Dans ces conditions, peut-on affirmer comme le répètent en chœur certains relais cathodiques du gouvernement que les dépenses de retraite sont hors de contrôle ? Certes, le COR prévoit un système déficitaire en moyenne sur les 25 prochaines années :

 

 

[ Source : Rapport COR septembre 2022 ]

 

Mais rien d'insupportable pour les finances publiques, comme l'exprime très bien le Cor (page 13) : "En revanche, les résultats de ce rapport ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite". Si le gouvernement tenait à tout prix à combler ce déficit à venir, ce qui est curieux au vu du contexte défavorable actuel, il lui suffirait comme l'écrit Michaël Zemmour, par exemple de "revenir sur les exonérations de cotisations les plus inutiles", de "soumettre l’épargne salariale à cotisations retraite", de "ralentir le remboursement de la dette sociale", de "revenir sur la baisse de la CVAE" et "d'augmenter les cotisations de 0,8 point d’ici 2027". Tout cela à cadre constant et donc sans hausse de l'âge minimal de départ à la retraite.

 

Est-il alors urgent de réformer globalement le système de retraites ? La réponse du COR est plus prudente, car l'institution ne saurait faire de préconisation politique, mais elle en dit long (page 13) : "Au regard de ces résultats, il ne revient pas au COR de se positionner sur le choix du dimensionnement du système de retraite. Selon les préférences politiques, il est parfaitement légitime de défendre que ces niveaux sont trop ou pas assez élevés, et qu’il faut ou non mettre en œuvre une réforme du système de retraite. En particulier, même si les dépenses de retraites se stabilisent en part de PIB sur la période 2022-2027, leur rythme d’évolution spontanée ne semble pas compatible avec les objectifs du gouvernement inscrits dans le programme de stabilité de juillet 2022, même si tous les membres du COR ne se sentent pas liés avec ces objectifs. Pour tenir ces objectifs, la croissance des dépenses publiques devrait être limitée à 0,6 % en volume entre 2022 et 2027. Or les dépenses de retraites qui représentent le quart de ces dépenses publiques progresseraient sur la période de 1,8 % en termes réels".

 

La vraie raison ?

 

Cette réponse du COR nous donne une piste intéressante pour comprendre l'empressement du gouvernement à vouloir mener cette réforme : et s'il s'agissait tout simplement de réduire les dépenses publiques, programme idéologique sur lequel j'ai souvent écrit (par exemple ici) ? Dans ce cas, l'équilibre du système des retraites ne serait qu'un prétexte pour mener une réduction draconienne des dépenses publiques, comme cela affleurait déjà au moment du Grand déba(llage) national durant la crise des gilets jaunes.

 

Pour le dire simplement, l'idéologie sous-jacente repose sur l'idée que si les dépenses publiques baissaient, alors il serait possible de diminuer concomitamment les impôts prélevés sur les entreprises, suivant un schéma vertueux : baisse des impôts et cotisations sur les entreprises => hausse des marges => hausse de l'investissement => hausse des emplois. Les plus attentifs de mes lecteurs auront certainement reconnu là un enchaînement popularisé par le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt en 1974 et qui lui vaut désormais le nom de théorème de Schmidt. Sauf que ce théorème a tellement bien fonctionné dans nos économies, que l'on avait fini sinon par l'oublier au fil des ans au moins par le mettre au placard des curiosités économiques. Hélas, comme tous les concepts "zombie", ils finissent par revenir d'outre-tombe...

 

Le pire, dans le cas présent, est que le gouvernement a contribué non seulement à la hausse de certaines dépenses publiques, mais aussi à la réduction des recettes qui devaient les financer (exonérations de cotisations sociales, baisse de la taxe d'habitation, de la CVAE et autres réductions d'impôts...). Après, il devient facile de crier au loup et d'évoquer la faillite du système social français. En définitive, la réforme des retraites est en passe devenir le marqueur de l'idéologie néolibérale à la française, qui vise la réduction des dépenses publiques "quoi qu'il en coûte" !

 

P.S1. Pour ne pas alourdir cet article déjà passablement long, je n'ai pas traité l'argument d’employabilité du Premier ministre, tant il est déconnecté de la réalité vécue par les seniors après 55 ans (et parfois moins !). Qu'il suffise de jeter un œil aux chiffres des personnes en emploi après 60 ans, pour se convaincre qu'un relèvement de l'âge légal de départ en retraite, qui plus est dans le contexte dégradé actuel, augmentera le nombre de personnes envoyées directement dans le sas de précarité (pas vraiment en emploi, pas encore en retraite, donc potentiellement au RSA)...

 

P.S2. Quant à l'argument de justice sociale, j'en reste coi ! Comment évoquer la justice sociale, alors qu'il existe de telles différences entre homme et femme, entre durée de vie en retraite des plus modestes et des plus aisés, etc. ?

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29 novembre 2022 2 29 /11 /novembre /2022 13:06

 

 

Il ne fait désormais plus aucun doute que l'économie réelle va mal, même si les dirigeants politiques et économiques répètent en cœur le contraire. Les marchés financiers, qui ne croyaient pas non plus à des problèmes économiques durables, semblent avoir révisé leur jugement ces dernières semaines. Entre vie chère, salaires à la traîne et marchés financiers en repli, l’atterrissage économique peut-il dès lors encore se faire en douceur ?

 

Inflation durablement installée

 

Lorsque l'on regardait, il y a encore quelques mois, les swaps d'inflations sur les marchés financiers, il apparaissait que les investisseurs croyaient que l'inflation refluerait rapidement. Or, depuis, la situation sur ce front ne cesse d'empirer au sein de la zone euro :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Et quand bien même l'énergie arrive très largement en tête des composantes de l'inflation dans la zone euro, la hausse des prix se diffuse rapidement aux autres biens et services :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

La récente hystérie collective sur les carburants démontre par l'absurde le risque social majeur que constitue l'inflation. D'où la multiplication des gestes des gouvernements vers les ménages et les entreprises, notamment dans le budget 2023, même si leur coût total est impressionnant par rapport au résultat obtenu. Surtout, il faudra bien à un moment sortir de ce que le gouvernement français appelle "bouclier tarifaire" et alors viendra la douloureuse pour les ménages... Ce d'autant plus que la récession est déjà là !

 

Croissance en berne

 

Le pouvoir d'achat dépend bien entendu du niveau des revenus et des prix. Si la hausse des revenus est inférieure à celle des prix, alors le pouvoir d’achat diminue. Et c'est précisément ce que sont en train de vivre les salariés, qui obtiennent des hausses salariales bien moindres que le taux d'inflation. Bref, les ménages sont en train d'y laisser des plumes ! Or, comme la consommation demeure l'un des piliers de la croissance de l'économie française, rien d'étonnant à ce que les prévisions de croissance soient en berne (ici celles du FMI en octobre 2022) :

 

 

[ Source : FMI ]

 

Même la Banque de France, plutôt optimiste en général, a été obligée de se rendre à l'évidence dans ses prévisions de septembre 2022 :

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

Notons au passage, que c'est le moment choisi par le gouvernement français pour lancer la (énième) réforme des retraites et de l'assurance chômage, au nom de sa quête pour le plein-emploi qui néglige totalement les questions fondamentales liées à l'emploi (qualité, durée, sens...).

 

Stagflation

 

Ainsi, c'est toute l'économie mondiale qui pourrait plonger en récession cependant que l'inflation resterait forte. D'un mot, nous allons vers la stagflation, caractérisée par la stagnation de l’activité économique (donc faible croissance et chômage élevé) et une hausse généralisée des prix ! Paniquées par cette perspective, les Banques centrales ont visiblement fait le choix de privilégier la lutte contre l'inflation au détriment de l'emploi et des salaires. Aux États-Unis, la Fed n'hésite plus à l'affirmer ouvertement, comme si la vie des gens valait au fond peu de chose dans le monde actuel... Le risque est évidemment d'étouffer la croissance et de précipiter l'économie en récession des deux côtés de l'Atlantique, alors même que l'économie mondiale se remet à peine de la crise liée à la covid-19 (est-elle finie du reste ?).

 

Que va-t-il alors se passer pour la dette des agents privés (ménages et entreprises), qui n'a cessé de croître dans certains pays dont la France ? Et quid de la dette publique au vu des taux souverains ?

 

 

[ Source : Reuters ]

 

En définitive, l'atterrissage risque fort d'être mouvementé, surtout sur le plan social. Mais, bien entendu, aucun politique n'assumera la casse, qui sera justifiée au nom du progrès et des lois de l'économie, entendez au nom d'une idéologie mortifère servant les intérêts d'une minorité...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de L'Union.

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21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 13:37

 

 

Ces derniers temps, j'avais consacré plusieurs billets à la situation macroéconomique des pays européens. Ainsi, ai-je brossé un rapide panorama de la situation économique en Allemagne, évoqué la récession dans la zone euro, présenté la situation socioéconomique délicate de l'Italie et enfin analysé le budget peu ambitieux de la France pour 2023. Mais, aujourd'hui, je souhaiterais revenir sur la tempête que traverse le monde des cryptos, question que j'avais partiellement abordée, à la fin du mois de septembre, dans le cadre d'un apéro-Sciences organisé durant la Semaine de la Recherche à l'Université de Lorraine.

 

Évolution du Bitcoin

 

À tout seigneur, tout honneur, commençons par le cours du Bitcoin. Qu'on le veuille ou non, l'évolution du cours du Bitcoin en dollar sur un an prouve qu'il s'agit avant tout d'un cryptoactif et non d'une monnaie :

 

 

[ Source : Boursorama ]

 

La chute de FTX

 

Après la chute du TerraUSD en début d'année, même les stablecoins censés être comme leur nom l'indique plus stables (en l’occurrence ici un vrai-faux stablecoin) ont été chahutés. Et maintenant, voilà que l'on apprend l'immense faillite de FTX, véritable feuilleton à tiroirs avec son lot d'arnaques, d'esbroufe, de culot et de communication outrancière !

 

Cela alimente désormais la crainte de faillites en cascade, ne serait-ce qu'en raison de l'absolue nécessité de passer enfin les comptes de ces start-up à la paille de fer, pour connaître la réalité de leur bilan. Et en étant mauvaise langue, l'on pourrait ajouter que cela permettrait aussi de connaître - peut-être - leur objet social, tant certaines start-up semblent avoir pour unique objectif de surfer sur la vague de l'argent facile dans les cryptos.

Tout cela n'est pas sans rappeler la bulle Internet de la fin des années 1990, qui s'était très mal terminée. La grande différence est que, dans les années 1990, les traders pleins aux as en mettaient plein les yeux avec leurs dépenses somptuaires en bagnoles et costumes, alors que les startupeurs d'aujourd'hui se présentent comme de grands adolescents en short et t-shirt, bref décontractés ! Mais l'ambition est la même : la richesse monétaire égoïste.

 

Dans une perspective socioéconomique, il ne fait aucun doute que l'individu de 2022 se fourvoie autant que celui de 1999 en pensant que sa place dans la société est liée à son capital financier. Toute personne est utile à la société ("il n'est de richesse que d'hommes" disait fort à propos Jean Bodin) et cette utilité dépend avant tout de son engagement, rémunéré ou non d'ailleurs, vérité qu'il faut inlassablement répéter. Et le vrai problème de nos jours, c'est que la société ne semble reconnaître que la valeur monétaire de l’engagement et du travail, quelle que soit du reste sa nature.

 

Autrement dit, dans cette vision pervertie de la réalité sociale, un vendeur de drogue, un trader, un influenceur logé à Dubaï ou un joueur de football, du seul fait qu'ils gagnent beaucoup d'argent, seront perçus comme bien plus utiles à la société que des techniciens, des personnels de santé, des enseignants, des travailleurs sociaux ou une maman qui élève sérieusement ses enfants. Si l'on y ajoute la fable économique du mérite, alors il est même possible d'y trouver une rocambolesque explication pseudo économico-morale.

 

Mais disons-le clairement : une société où les individus s'imaginent qu'être milliardaire à moins de trente ans est un objectif sérieux est une société malade ! La pandémie de covid-19 devait pourtant réveiller les individus en leur rappelant qu'un jour ils ont eu plus besoin du boulanger, des caissiers du supermarché, des infirmières, des éboueurs et j'en passe, que de tous ces M'as-tu vu.

 

En fin de compte, ce qui est étrange, c'est que des gouvernements continuent à fonder leurs politiques économiques avec pour seule ambition de créer des licornes, quel que soit le modèle d'affaire de l'entreprise. Cette course à la valorisation gigantesque ne servira pas plus l'économie réelle que son pendant boursier depuis quatre décennies. À l'arrivée, c'est toujours, hélas, une minorité qui touche le gros lot, tandis que l'immense majorité paye les pots cassés...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du site https://www.zonebourse.com

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8 novembre 2022 2 08 /11 /novembre /2022 11:19

 

 

Dans mon précédent billet, j'ai montré que la récession tant redoutée dans la zone euro est en fait déjà là. Pis, elle est même souhaitée (et provoquée) par les Banques centrales, qui en font un prérequis pour réduire le taux d'inflation ! En France, l'on assiste dès lors à un mix de politique économique extrêmement curieux. D'un côté, l'État cherche à réduire les dépenses publiques (d'où la réforme des retraites...) et de l'autre il dépense plus pour éviter la grogne sociale, le tout sur fond de resserrement de la politique monétaire qui conduira inévitablement à la récession voir à la stagflation. Mais qu'en est-il chez notre grand voisin allemand, longtemps présenté comme un modèle économique ?

 

Une forte dépendance au gaz (russe)

 

Tout d'abord, il ne fait aucun doute que malgré les paroles rassurantes du chancelier Olaf Scholz, la dépendance de l'économie allemande au gaz - en particulier russe - demeure une source d'inquiétude majeure. 

Infographie: Quels pays européens dépendent le plus du gaz russe ? | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

Ce d'autant plus que le Kremlin a usé du gaz comme d'une arme de guerre, réduisant petit à petit les approvisionnements de l'Allemagne, jusqu'au point où la France, par "solidarité européenne sur la sécurité énergétique" (dixit Emmanuel Macron), a décidé de livrer du gaz à l'Allemagne avec l'espoir de recevoir en retour de l'électricité si l'hiver devait être rude. L'on notera au passage que la France, pourtant pays du nucléaire, en est arrivé à devoir compter sur l'électricité de ses voisins pour faire face à la maintenance d'une grande part de son parc nucléaire...

 

La production industrielle allemande va donc subir une hausse de ses coûts de production, qu'il lui sera difficile de faire passer en totalité dans ses prix de vente, dans la mesure où elle devra faire face à la concurrence sur les marchés internationaux (chimie, biens industriels...). L'on assiste déjà à des réductions de production dans certaines industries très consommatrices d'énergie et il y a fort à parier que des délocalisations seront envisagées à terme.

 

Demeure également l'épineuse question de la transition écologique/énergétique, l'Allemagne continuant à consommer beaucoup de charbon et de pétrole, malgré le développement des énergies renouvelables. Et, quels que soient les discours plus ou moins rassurants, une telle transition aura un coût et nécessitera des changements structurels dans la production et la consommation (d'énergie), qui seront dans un premier temps défavorables à la vieille industrie lourde allemande. 

 

Mercantilisme

 

Sous l’impulsion de l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, l’Allemagne avait fait le choix d’adosser sa croissance à son commerce extérieur au début des années 2000, en délocalisant de nombreuses activités de production et de sous-traitance vers les pays d’Europe centrale et orientale (PECO) pour en faire baisser les coûts. C’est le fameux "bazar industriel du monde" décrit par l'économiste Hans-Werner Sinn.

 

Pour ce faire, l'Allemagne a pratiqué un panachage de politiques économiques non coopératives au sein de l'UE : baisses d’impôts pour les entreprises, flexibilisation du marché du travail avec les lois Harz (et de précarisation de certains emplois dans les services, appelés mini-jobs) et freinage des salaires. Hélas, cela a inévitablement conduit à une dépendance forte à la demande mondiale, et en particulier à celle de la Chine. Et quand la demande mondiale s’affaisse et que celle de la Chine est en berne, l'économie allemande en ressent très vite le coup !

 

Dans le cas de l’Allemagne, certes l’excédent de la balance courante peut partiellement s’expliquer par le vieillissement démographique et le recul de la population active, qui pousse la population a préféré épargner afin d’obtenir des revenus futurs importants. Ce d'autant plus qu'il devient politiquement très compliqué de compenser le vieillissement démographique par l’immigration, comme ce fut le cas dans le passé récent du pays. Cependant, à bien y regarder, l'excédent allemand démontre surtout que le pays fait face à un excès d’épargne mal utilisé, puisqu’il ne sert principalement à investir ni sur le territoire national ni dans la zone euro du reste.

 

En définitive, les forces du modèle économique allemand se sont retournées en faiblesses durant les deux dernières décennies. Et dans un contexte d'inflation élevée, le climat social tend aussi à se dégrader depuis quelques mois, ce qui laisse présager une décennie très difficile pour les Allemands, qui devront réinventer leur modèle socioéconomique...

 

P.S. L'image de ce billet provient du site https://www.strasbourg-europe.eu

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25 octobre 2022 2 25 /10 /octobre /2022 11:11

 

 

Il y a peu, j'ai pu évoquer l'inflation, le pouvoir d'achat et le budget de l'État (le tout sur fond de grogne sociale dans le pays) lors d’une interview sur Moselle TV. Elle faisait suite à mes billets sur le budget 2023 et le pouvoir d'achat. Poursuivons dans cette lignée en nous intéressant aujourd'hui à la croissance, d'autant que contrairement aux belles paroles entendues ci et là, la zone euro est déjà en récession...

 

Croissance actuelle en berne

 

Certes, il y a eu un taux de croissance phénoménal après la fin des confinements liés à la covid-19, mais à peu près tout le monde a compris qu'il ne s'agissait là que d'un artefact statistique. La tendance de la croissance était déjà bien sombre avant 2019 et l'est redevenue depuis mi-2021 :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Faut-il rappeler qu'entre temps l'économie a connu un fort choc d'offre négatif avec la hausse faramineuse des coûts énergétiques ? Quant aux ménages, ils subissent désormais des hausses de prix sur l'ensemble des produits du panier de la ménagère, dont l'alimentation, ce qui grève leur pouvoir d'achat et soulève d'inquiétantes questions sur la qualité des produits achetés et la valeur nutritionnelle des produits alimentaires. Et ce double constat n'est pas propre à la France, où le taux d'inflation est pourtant plus bas que dans d'autres pays en raison de l'aide (très chère) apportée par l'État. Au contraire, c'est désormais le lot quotidien de toutes les entreprises et de tous les ménages de la zone euro !

 

Prévisions de croissance du FMI

 

Le FMI est devenu très pessimiste sur la croissance à venir, comme en témoignent ses dernières prévisions :

 

 

[ Source : FMI ]

 

En ce qui concerne l'Europe, dans sa publication Perspectives économiques régionales, le FMI résume ainsi son analyse : "La guerre que la Russie mène à l’Ukraine pèse de plus en plus lourdement sur les économies européennes. L’aggravation de la crise énergétique grève le pouvoir d’achat des ménages et augmente les coûts des entreprises, et ces effets n’ont été que partiellement compensés par les nouvelles aides publiques. Les banques centrales sont intervenues plus vigoureusement afin de ramener l’inflation élevée et persistante aux niveaux cibles, et les conditions financières se sont durcies. Dans le reste du monde, la croissance a fléchi en Chine et aux États-Unis et l’inflation, qui a atteint un sommet jamais connu depuis plusieurs décennies, a entraîné un resserrement généralisé de la politique monétaire à l’échelle mondiale."

 

Que dire de plus, sinon que les citoyens des États européens vont payer un lourd tribut, autant en raison de la dégradation de l'environnement socioéconomique que des politiques mises en œuvre pour tenter d'y remédier...

 

Croissance potentielle négative

 

La croissance potentielle peut être définie comme la croissance réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles. En partant de l'identité suivante Y = P.N où Y désigne le PIB, P la productivité par tête et N  l'emploi, on en déduit que la croissance potentielle est liée aux gains de productivité par tête et à la croissance de la population active.

 

Or, voici d'une part l'évolution tendancielle de la productivité par tête dans plusieurs pays européens :

 

 

[ Source : France Stratégie - Document de travail - C. Bruneau
et P.-L. Girard ]

 

Et d'autre part l'évolution de la population âgée de 20 à 64 ans dans la zone euro :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

L'on en déduit que la croissance potentielle au sein de la zone euro est négative. La récession tant redoutée est en fait déjà là et même souhaitée par les Banques centrales, qui en font un prérequis pour réduire le taux d'inflation ! Cela peut aussi se lire comme le résultat de politiques qui ont laissé, depuis trois décennies, l'industrie partir sous d'autres cieux et le niveau de connaissances/compétences des citoyens s'abaisser à un point extrêmement inquiétant.

 

Comme, bien entendu, aucun dirigeant politique n'est jamais prêt à changer de modèle économique (le courage n'est pas la vertu la mieux partagée en politique), tout l'enjeu va être de vivre dans un monde économique entièrement fondé sur la seule croissance, alors même que celle-ci aura disparu. Les perspectives ne sont assurément guère réjouissantes...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de Capital.

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18 octobre 2022 2 18 /10 /octobre /2022 10:45

 

 

Après mes articles sur le budget 2023 et le pouvoir d'achat, j'ai pu évoquer ces questions économiques (et sociales !) sur Moselle TV. Durant près de 7 minutes, j'ai répondu aux questions d'Uranie Tosik sur l'inflation, le pouvoir d'achat et le budget de l'État, le tout sur fond de grogne sociale dans le pays. Le résultat est à découvrir dans la vidéo ci-dessous :

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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 11:58

 

 

Retour en France sur le prochain psychodrame politique : le vote du budget 2023, présenté en conférence de presse sous le titre aguicheur : "Protéger les Français et aller vers le plein emploi". Le gouvernement est, en effet, à la recherche d'une majorité de circonstance pour faire passer son projet de loi de finances (PLF) 2023, nom donné légalement au budget de l'État. À défaut d'y parvenir, l'on s'achemine vers un passage en force à l'aide de l'article 49-3...

 

Des hypothèses optimistes

 

Comme tous les budgets, celui de 2023 est construit sur des hypothèses très optimistes (croissance de 2,7 % en 2022 et de 1 % en 2023, inflation à 5,3 % en 2022 et de 4,2 % en 2023...). Qu'on en juge dans le détail :

 

 

[ Source : PLF 2023 ]

 

Dépenses et recettes du budget de l'État 2023

 

En 2023, les dépenses budgétaires seraient tirées à la hausse entre autres par la poursuite du bouclier tarifaire pour les ménages et les entreprises, et d'autres mesures de pouvoir d'achat dont les chèques énergie. En parallèle, certaines recettes seront volontairement en baisse (sic), en raison notamment de l'indexation du barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation, de la suppression définitive de la taxe d'habitation sur les résidences principales et de la suppression de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) sur deux ans (vive les collectivités territoriales !).

 

L'on notera, avec une pointe d'ironie glaçante, que si la défense, l’enseignement, l’emploi et l’écologie obtiennent des crédits supplémentaires, le gouvernement reste empêtré dans ses contradictions, puisque les crédits alloués à l’usage des énergies fossiles augmentent aussi. Il est vrai qu'avec la crise énergétique qui se profile, dont l'hystérie collective sur la pénurie de carburants automobiles est un triste aperçu, le gouvernement ne sait plus à quel saint se vouer. Les transitions écologique et énergique sont dès lors (trop) vite reléguées au second plan.

 

 

[ Source : PLF 2023 ]

 

158,5 milliards d'euros de déficit budgétaire

 

En tout état de cause, comme le montre le tableau ci-dessous, les dépenses nettes de l’État se monteraient à 500 milliards d’euros en 2023 pour 345 milliards d’euros de recettes nettes, soit un  déficit budgétaire de 158,5 milliards d’euros :

 

 

[ Source : PLF 2023 ]

 

Le déficit public

 

Trop souvent, les commentateurs confondent le déficit budgétaire (= de l'État) avec le déficit public, qui lui résulte de la somme des soldes de toutes les administrations publiques (État, collectivités, Sécurité sociale et administrations publiques diverses).

 

 

[ Source : PLF 2023 ]

 

Pour rassurer la Commission européenne, le gouvernement publie également un Projet de loi de programmation pluriannuelle des finances publiques pour la période 2023-2027, censé expliquer comment la France rentrera dans les clous financiers d'ici à 2027.

 

 

[ Source : HCFP ]

 

 

[ Source : HCFP ]

 

Mais à ce stade, faut-il rappeler que le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) juge sévèrement cette trajectoire du quinquennat, la jugeant peu ambitieuse et fondée sur des hypothèses socioéconomiques trop optimistes ?

 

Une chose est certaine : le "quoi qu'il en coûte" est loin d'être terminé ! Mais suffira-t-il à éviter le naufrage d'un système socioéconomique visiblement à bout de souffle ?

 

P.S. L'image de ce billet provient du site https://62.snuipp.fr

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3 octobre 2022 1 03 /10 /octobre /2022 10:13

 

 

Après mes articles sur l'inflation et le pouvoir d'achat et sur le taux de chômage, la précarité et la flexibilité, je vous propose aujourd'hui de faire un gros plan sur la situation économique en Italie. En effet, celle-ci n'est pas étrangère à la victoire du parti d'extrême droite de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia (FdI).

 

État des lieux

 

Les difficultés rencontrées par l'économie italienne sont nombreuses et bien connues :

 

 * forte dépendance au gaz russe (malgré des efforts importants pour réduire cette part à environ 25 % en juin 2022, d'après le gouvernement italien)

Infographie: Quels pays européens dépendent le plus du gaz russe ? | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

 * productivité par tête en berne

 

 

[ Source : https://www.strategie.gouv.fr/publications/evolution-tendancielle-de-productivite-france-allemagne-italie-royaume-uni-1976 ]

 

 * vieillissement démographique

 

 

[ Source : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/la-mediterranee-une-geographie-paradoxale/articles-scientifiques/demographie-italie ]

 

 * reprise qui s’essouffle

 

 

[ Source : BNP PARIBAS Global Markets ]

 

 * croissance globalement faible

 

 

[ Source : https://www.tresor.economie.gouv.fr ]

 

Pour ceux qui auraient la flemme de relire mon billet sur la croissance potentielle, je vous rappelle que celle-ci peut être définie comme la croissance réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles. En partant de l'identité suivante Y = P.N où Y désigne le PIB, P la productivité par tête et N  l'emploi, l'on en déduit que la croissance potentielle est liée aux gains de productivité par tête et à la croissance de la population active.

 

Or, comme en Italie ces deux variables sont en berne, la croissance potentielle ne peut qu'être faible. Ce d'autant plus que d'autres facteurs jouent un rôle négatif : un système éducatif et de formation peu performant, un secteur bancaire encore fragile, des dépenses de R&D et plus généralement d'investissement (hors logement) relativement faibles, des inégalités territoriales (notamment Nord-Sud)...

 

Conséquences socioéconomiques

 

S'il n'y a plus rien à attendre du côté de la croissance, alors il deviendra difficile de conserver la soutenabilité des finances publiques, la dette publique atteignant déjà depuis longtemps des niveaux très élevés :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Or, durant la campagne électorale, Georgia Meloni avait eu un discours très ferme envers l’Union européenne avant de mettre de l'eau dans son vin, tant il est vrai que l'écart de taux souverains avec l'Allemagne commençait à devenir inquiétant : 

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Bruxelles a aussi les moyens de tenir le nouveau gouvernement italien en bride, puisque le pays est l'un des principaux destinataires du plan européen de relance après la covid-19. Il reste d'ailleurs un versement de 20 milliards d’euros à obtenir d'ici à la fin de l’année, à la condition que des réformes soient mises en œuvre. Mais Georgia Meloni  évoque déjà l'idée de renégocier ce plan national de relance et de résilience (PNRR) qui, selon elle, ne correspond plus aux réalités actuelles de la situation économique italienne...

 

Quant à l'inflation, elle est dans la moyenne de la zone euro, mais pèse lourdement sur le budget des ménages, soumis à l'envolée des prix du gaz, et dont les salaires ne s'ajustent pas :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

L'un dans l'autre, vous l'aurez compris, le boom économique italien de l'après-guerre n'est plus qu'un lointain souvenir, qui s’est arrêté dans les années 1970. Depuis, l'Italie a tenté de rattraper ses concurrents à grand renfort de dévaluations de la lire dans les années 1980/1990, puis par l’austérité budgétaire et salariale (réformes du marché du travail). Avec vous résultat des excédents commerciaux présentés comme le signe d'une économie en bonne santé, alors qu'ils témoignent d'investissements publics et de salaires à la traîne. Bref, la demande intérieure a été sacrifiée.

 

Un résumé en vidéo

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de BFM TV.

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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 14:00

Dans le cadre de la 4e édition de la Semaine de la Recherche, l'Université de Lorraine à laquelle je suis rattachée organise divers événements entre le 26 et le 30 septembre 2022, soutenus par le programme ORION. L’objectif est de présenter aux étudiants la recherche au sein de l'Université de Lorraine et les liens entre formation et recherche.

 

Il m'a été proposé d'animer un apéro-sciences sur les cryptomonnaies, le mercredi 28 septembre à partir de 19h, au sein des locaux de l'Association Phi-Sciences de la Faculté des Sciences et Technologies à Vandœuvre-lès-Nancy. Dans une ambiance très conviviale, autour d'un verre, nous nous demanderons à quoi servent toutes ces cryptomonnaies et s'il s’agit vraiment de monnaies.

 

 

L'entrée est libre, venez nombreux !

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19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 12:37

 

 

Après mon article sur le taux de chômage, la précarité et la flexibilité, j'ai pensé qu'il serait bon de revenir brièvement sur la question du pouvoir d'achat. Ce d'autant plus que le gouvernement continue de se persuader de la bonne tenue des revenus salariaux en France...

 

Un point sur l'inflation au sein de l'UE

 

Au niveau de la zone euro, le taux d'inflation annuel est estimé par Eurostat à 9,1 % en août 2022 et il ne fait pas bon consommer dans les Pays baltes où ce taux dépasse allègrement les 20 %. Si les prix de l'énergie demeurent la composante principale de cette inflation dans la zone euro, la hausse des prix commence hélas à se propager :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

En France, sur un an, l'Insee estime que les prix à la consommation ont augmenté de 5,8 % en août 2022, ce dont se félicite le gouvernement, oubliant juste de dire que le pire est à venir maintenant qu'il est question d'arrêter progressivement le bouclier tarifaire :

 

 

 [ Source : Insee ]

 

Comme l'on pouvait le craindre, la hausse des prix de l'énergie se répercute désormais dans les prix des autres produits du panier de la ménagère, dont l'alimentation. Le risque est alors grand que les considérations de qualité alimentaire soient reléguées au second plan, tout comme celles de transition écologique/énergétique.

 

Le pouvoir d'achat en berne

 

Commençons par rappeler que le pouvoir d'achat correspond à la quantité de biens et de services qu’un ménage peut acheter avec ses revenus. Il dépend par conséquent, du niveau des revenus, mais aussi de celui des prix. L’évolution du pouvoir d’achat correspond alors à la différence entre l’évolution des revenus des ménages et l’évolution des prix. Bien entendu, si la hausse des revenus est inférieure à celle des prix, alors le pouvoir d’achat diminue...

 

Dans ses calculs de pouvoir d'achat, l'Insee s'appuie sur le revenu disponible des ménages, c'est-à-dire les revenus d’activité (revenus du travail, revenus de la propriété) augmentés des prestations sociales reçues et diminués des impôts versés. Et pour mesurer l'évolution des prix, l'institut de statistiques utilise l'indice des prix à la consommation (IPC).

 

 

[ Source : Insee ]

 

L'un dans l'autre, au 2ᵉ trimestre 2022, le revenu disponible brut (RDB) des ménages augmente de 0,8 % et le pouvoir d'achat de ce revenu diminue de 1,1 % par rapport au trimestre précédent :

 

 

[ Source : Insee ]

 

Bref, les ménages sont en train d'y laisser des plumes ! Et c'est le moment choisi par le gouvernement français pour lancer la (énième) réforme des retraites et de l'assurance chômage, au nom de sa quête pour le plein-emploi qui néglige totalement les questions fondamentales liées à l'emploi (qualité, durée, sens...). L'on se dirige assurément vers une victoire idéologique à la Pyrrhus !

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du site Le Revenu.

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