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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 14:33

 

 

L'été est un moment privilégié, qui m'offre la possibilité d'écrire parfois sur d'autres thématiques, surtout après un long billet sur les coupes dans les aides sociales. Je viens par ailleurs de participer avec grand plaisir à quelques jurys dans le secteur paramédical, d'où il ressortait un manque évident de maîtrise des statistiques. C'est pourquoi, je consacrerai ce billet à quelques éléments de statistiques appliquées au monde médical, afin de montrer la portée de ces outils pour bâtir une politique de santé publique.

 

Cela permet également de mieux anticiper les dépenses de santé, qui font partie intégrante d'un champ de l'économie appelé économie de la santé et dont je parlerai au mois d'octobre à la cafet'éco de Sarreguemines. Rassurez-vous, il y aura de nombreux exemples pour illustrer le propos de mon billet, résolument orienté vers l'épidémiologie.

 

Qu'est-ce que l'épidémiologie ?

 

Le Grand Robert définit l'épidémiologie comme "l'étude des rapports existant entre les maladies et divers facteurs (mode de vie, milieu ambiant ou social, particularités individuelles) susceptibles d'exercer une influence sur leur fréquence, leur distribution, leur évolution".

 

Mac Mahon, dont l'ouvrage fait référence dans le monde anglo-saxon, la définit comme "l'étude de la distribution et des déterminants d'une maladie dans des populations humaines, et application des résultats de cette étude dans la lutte contre cette maladie", ce qui donne immédiatement un programme d'action à l'épidémiologie.

 

On distingue en général trois formes d’épidémiologie :

 

 * l'épidémiologie descriptive, qui s'intéresse à la fréquence et à la répartition des phénomènes de santé dans une population donnée, en faisant appel à des indicateurs simples  dont nous parlerons ci-dessous (taux de mortalité, prévalence, incidence...) ;

 

 * l'épidémiologie analytique, qui cherche à trouver des causes ou au moins des corrélations entre les facteurs de risques et les maladies ;

 

 * l'épidémiologie évaluative, qui évalue comme son nom l'indique l'efficacité des actions de santé .

 

Prévalence et incidence

 

Notons qu'une erreur commune consiste à confondre la morbidité, qui se rapporte à la maladie, et la mortalité, qui elle renvoie à la mort. En tout état de cause, pour être pertinente, toute étude épidémiologique doit au minimum faire figurer la période précise d'étude, la population étudiée et ses caractéristiques.

 

En dehors des indicateurs statistiques de base comme la moyenne, la médiane, la variance et les quartiles, l'épidémiologie s'appuie également sur quelques outils simples (statiques comme la prévalence ou l'incidence ou dynamiques comme la létalité et la mortalité) mais ô combien importants :

 

 * la prévalence d'une maladie est la proportion de personnes touchées par cette maladie dans la population à un moment donné ; ainsi, si dans une population de 10 000 personnes 250 sont atteints de la maladie étudiée à une date t, alors la prévalence de cette maladie en t est de 250/10000 = 2,50 % ou 25 pour 1 000. Mais l'on pourrait très bien calculer la prévalence sur une période donnée ou même sur toute la durée d'une vie. Notons que cet indicateur est évidemment biaisé si la maladie prend par exemple une forme courte et longue, puisque l'on risque de surévaluer la proportion des formes de longue durée...

 

 * l'incidence est le nombre de nouveaux cas déclarés de la maladie sur une période donnée en proportion de la population ; ainsi, si dans une population de 1 000 personnes 76 personnes ont contracté une maladie pendant les deux dernières années, alors l'incidence de cette maladie est de 76 cas pour 1000 sur deux ans, donc 38 cas pour 1000 personnes-années (en fait on divise le taux obtenu par 2 pour ramener l'incidence à un taux sur 1 an).

 

En période d'épidémie, on suivra probablement l'incidence au jour le jour, ce qui donnera à un moment t une incidence cumulée souvent appelée taux d'attaque. Prenons l'exemple d'une épidémie de grippe au sein d'une structure périscolaire qui reçoit chaque jour 60 enfants ; pour simplifier, nous supposerons que l'épidémie ne dure que du 15 au 25 novembre (je sais on peut rêver...) et appellerons jour 0 le début de l'épidémie :

 

Observations de la maladie
Date1516171819202122232425
Jour012345678910
Cas déclarés33567786553

 

Le taux d'attaque de l'épidémie au 3e jour est (3+3+5+6)/60 = 28,33 %, celui au 6e jour (3+3+5+6+7+7+8)/60 = 65 %, ce qui correspond bien à une incidence cumulée. Au total, sur la durée de l'épidémie, 58 enfants auront déclaré la grippe, ce que l'on peut traduire en disant que le taux global d'attaque de la grippe fut de  58/60 = 96,7 % (sic !) et le taux d'attaque moyen de 58/11 = 5,3 cas par jour. Ce petit exemple montre par ailleurs que ces indicateurs d'incidence ne sont pertinents que si l'effectif de la population reste stable sur la durée de l'étude.

 

Pour résumer simplement, la prévalence concerne les cas existants, tandis que l’incidence concerne les nouveaux cas. Dès lors, si l'on prend l'exemple du VIH - maladie qui ne se guérit pas (il est bon de le rappeler !), mais que l'on peut désormais plus ou moins bien traiter avec des antirétroviraux afin d'assurer une espérance de vie quasi-normale aux personnes atteintes - l'incidence peut rester stable chaque année alors que la prévalence augmentera mécaniquement. 

 

Mortalité et létalité

 

L'INED donne les définitions suivantes du taux de mortalité :

 

 * taux de mortalité : nombre de décès rapporté à la population totale moyenne d’une année. Ce taux est souvent exprimé pour 1000 personnes.

 

Les études épidémiologiques lui préfèrent souvent le taux de mortalité par âge ; les périodes périnatales et néonatales font du reste l'objet de définitions spécifiques :

 

 

[ Source : http://www-sante.ujf-grenoble.fr ]

 

 * taux comparatif de mortalité : Taux de mortalité recalculé, pour une cause de décès donnée ou un pays donné, en appliquant aux taux par âge observés chaque année une structure par âge fixe. Cette méthode (dite aussi de la population type) élimine les effets de la structure par âge et permet des comparaisons de la mortalité dans le temps et dans l’espace.

 

On peut compléter par un indicateur appelé mortalité proportionnelle et un taux de létalité :

 

 * mortalité proportionnelle : part des décès liée à une maladie donnée dans l'ensemble des décès observés sur une période donnée ; cet indicateur permet donc de connaître le poids relatif de cette maladie dans la mortalité globale sur une période donnée.

 

 * taux de létalité : nombre de personnes qui, ayant contracté une maladie, meurent de cette maladie pour 1000 personnes, pour une année donnée.

 

Prenons un exemple pour bien fixer tout cela. On va s'intéresser à une population fictive de 2 millions d'habitants au sein de laquelle 100 000 personnes sont décédées en 2017 ; par ailleurs on remarque que la même année 70 000 personnes de cette population sont touchées par un virus appelé Popolitique, dont 10 000 vont mourir des complications de ce virus. La mortalité globale s'élève donc à 100 000/2 000 000 = 5 % ; la mortalité proportionnelle des décès liés au virus est 10 000/100 000 = 10 % ; le taux de létalité du virus Popolitique au bout d'un an de suivi est de 10 000/70 000 = 14,2 %, soit 142 pour 1 000.

 

Le risque

 

Le risque est bien entendu défini comme la probabilité d'apparition d'une maladie pour une personne. Il ne faut pas le confondre avec un facteur de risque, qui explique la hausse de l'incidence d'une maladie dans une population donnée ; ce facteur de risque peut d'ailleurs être individuel ou collectif, lié par exemple à la présence de bactéries (facteur endogène) ou à un comportement à risque comme la consommation excessive d'alcool (facteur exogène). 

 

Prenons l'exemple d'une population au sein de laquelle on étudie l'effet du tabac (facteur de risque) sur la survenue de la grippe (maladie). On tire au sort un échantillon de 1 000 sujets dans la population, ce qui permet d'obtenir les résultats suivants fictifs :

 

Influence d'un facteur de risque
 GrippésNon-grippés
Fumeurs50350
Non-fumeurs50550

 

On peut alors calculer le risque relatif, qui n'est rien d'autre que le rapport du risque d'être grippé en présence du facteur de risque (50/50+350) et du risque d'être grippé sans ce facteur (50/50+550). Autrement dit, le risque relatif est le rapport entre la part de grippés chez les fumeurs et la part de grippés chez les non-fumeurs.

 

Plus précisément :

 

Cela signifie que, dans notre exemple fictif, un individu fumeur a 1,5 fois plus de risque d'attraper la grippe qu'un individu non-fumeur.

 

Un autre ratio souvent utilisé est l'odds-ratio (rapport des cotes), même s'il est beaucoup moins intuitif que le risque relatif :

 

 

Le risque relatif et l'odds-ratio sont par construction des nombres compris entre 0 et l'infini ; s'ils valent 1, alors les deux variables sont indépendantes. On peut montrer que pour une maladie de prévalence modérée, l'odds-ratio est une approximation du risque relatif. L'avantage de l'odds-ratio est qu'il se prête très bien aux études dites cas-témoins, c'est-à-dire lorsque l'on fixe par avance le quota de malades par rapport aux non-malades (le risque relatif n'est d'ailleurs pas calculable dans ce cas). 

 

En définitive, le lecteur aura compris qu'avec quelques concepts de base de l'épidémiologie il est déjà possible d'étudier assez précisément un risque de maladie et les facteurs de risque.

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27 juin 2018 3 27 /06 /juin /2018 16:36

 

 

Avant de passer à un rythme de vacances avec un peu moins d'articles publiés en juillet et août, j'ai souhaité revenir sur la possibilité d'une crise. J'en avais déjà touché mot entre autres dans ce billet sur l'euphorie avant la crise, dans celui-ci sur le danger des taux d'intérêt très bas et dans celui-là sur la dette privée. Je me concentrerai aujourd'hui plus sur un éventuel krach boursier, sachant qu'il n'est pas besoin d'être grand clerc pour savoir que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel...

 

L'évolution des indices boursiers

 

 * CAC 40 :

 

 

[ Source : Boursorama ]

 

 * Dow Jones :

 

 

[ Source : Boursorama ]

 

On constate qu'une fois passée l'importante secousse du mois de février, les doutes ont commencé à se faire nombreux. Les analystes techniques ne manqueront certainement pas d'arguments pour expliquer pourquoi on devrait encore s'attendre à une hausse - en raison notamment des fondamentaux favorables des titres européens -, mais je constate surtout que l'aversion au risque a augmenté avec le grand retour du protectionnisme et de l'incertitude (politique et économique).

 

Trop de liquidités

 

Il est établi que la politique non conventionnelle menée par la Fed aux États-Unis et la BCE en Europe est responsable de l'augmentation sans précédent des liquidités :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et bien entendu, toutes ces liquidités ont cherché à se placer, notamment sur les actions et les obligations, faisant de la sorte augmenter leur prix sur les marchés...

 

Et si le marché se retournait ?

 

Avec un tel niveau d'incertitude, les marchés peuvent très facilement se retourner, d'autant que les banques n'hésitent pas à spéculer sur les titres à défaut de faire leur métier de prêteur :

Nul ne sait de quoi serait fait l'avenir, et je n'ai pas la prétention de m'affirmer médium, mais il est certain qu'avec toutes ces liquidités dans l'économie une catastrophe est à venir. Ce d'autant plus que l'hydre bancaire est bien à l'image de celle de Lerne dans la mythologie :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Je ne peux dès lors que renouveler les conclusions d'un précédent billet consacré au marché des actions aux États-Unis. Ce dernier a vu se développer une gigantesque bulle, comme en témoignent le ratio de Shiller et diverses autres études comme celle menée par Michael Hartnett et Jared Woodard chez Bank of America Merrill Lynch, qui montre que la capitalisation boursière totale rapportée au PIB atteint également des sommets inquiétants.

 

Autrement dit, l'économie financière se déconnecte de plus en plus de l'économie réelle, ce que certains cyniques considèrent comme une situation normale (sic !). Prosaïquement, je suis persuadé que nous allons simplement vers le pire !

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 13:53

 

 

La coupe du monde de football a commencé, mais il ne faudrait pas qu'elle soit un prétexte pour les citoyens de déposer leur cerveau aux vestiaires. Au contraire, c'est dans ces périodes d'euphorie sportive savamment entretenues par le gouvernement, que des décisions importantes sont prises... Actuellement, ce sont les aides sociales qui occupent le devant de la scène, et elles risquent fort de subir des coupes massives pendant qu'une large part du peuple abdique sa raison devant les ludi circenses.

 

Les aides sociales en France

 

De manière simple, on peut définir les aides sociales comme l'ensemble des prestations en espèces (allocations...) et en nature (actions sociales, services...) que les institutions de protection sociale versent pour couvrir les ménages contre différents risques (santé, vieillesse-survie, maternité- famille, emploi, logement, pauvreté-exclusion sociale). Hors frais de fonctionnement et de gestion, elles représentaient en 2015 environ 700 milliards d'euros soit 32 % du PIB, financées à deux tiers par les organismes de Sécurité sociale, sous forme de cotisations, d'impôts, de taxes et de dotations aux collectivités.

 

Les principales aides sociales au niveau national sont les suivantes :

 

 

[ Source : le Parisien ]

 

Le risque vieillesse représentait 45,6 % des prestations en 2015 (319,7 milliards d'euros), le risque santé 34,9 % (244,9 milliards d'euros), le risque famille 7,7 % (54,2 milliards d'euros), le risque emploi 6,2 % (43,6 milliards d'euros), le risque logement 2,6 % (18,1 milliards d'euros), le risque pauvreté 3 % des prestations (20,7 milliards d'euros).

 

Rien que pour la CAF, les chiffres sont les suivants :

 

 

[ Source : Sud Ouest ]

 

Depuis la loi du 13 août 2004, c'est le département qui est devenu chef de file de l'aide sociale en France. La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) rappelle que l’aide sociale des conseils départementaux "comprend des prestations et services destinés aux personnes qui se trouvent dans l’impossibilité de faire face à un état de besoin en raison de la vieillesse, du handicap ou de difficultés sociales. Elle s’exerce dans quatre domaines principaux : l’aide aux personnes âgées, l’aide aux personnes handicapées, l’aide sociale à l’enfance ainsi que l’aide aux personnes en situation de précarité".

 

Dans le détail, l'aide sociale départementale est composée de :

 

 * l'aide sociale aux personnes âgées, qui comprend les dépenses pour l'aide à domicile et à l'hébergement ;

 

 * le RSA et les dépenses liées aux contrats uniques d'insertion (CUI) ;

 

 * l'aide sociale aux personnes handicapées, qui comprend les dépenses d'aides à domicile et d'hébergement notamment dans certains établissements spécialisés ;

 

 * l'aide sociale à l'enfance, qui comprend les dépenses pour les enfants placés et les mesures d'aide éducative ;

 

Trop d'aides sociales ?

 

Il faut d'abord s'entendre sur l'adverbe trop. S'agit-il d'un nombre trop important de dispositifs (voir plus loin dans ce billet) ? Ou bien leur montant est-il trop élevé ? Trop élevé par rapport à quoi au fait ?

 

La Drees nous donne des éléments de réflexion, puisque dans une étude elle a montré que "les dépenses de prestations sociales ont ralenti au cours des trente dernières années. Leur croissance annuelle moyenne à prix constants est de 3,2 % entre 1981 et 1992, de 2,5 % entre 1992 et 2003 et de 2,3 % entre 2003 et 2014. Néanmoins, les prestations sociales représentent une part croissante du PIB : environ 25 à 26 points de PIB durant la décennie 1980, puis de l’ordre de 28 points de PIB au cours des décennies 1990 et 2000, et plus de 30 points de PIB depuis 2009".

 

Globalement, selon la même étude, entre 1981 et 2014, les dépenses sociales de santé et de vieillesse ont été maîtrisées, mais celles liées au risque pauvreté-exclusion augmentent fortement depuis l'entrée en fonction du RMI, puis du RSA, alors que le chômage est devenu endémique. 

 

 

[ Source : Drees ]

 

Emmanuel Macron a déclaré à l'emporte-pièce que "l'on met un pognon de dingue dans les minima sociaux" :

Ce qui est vrai, c'est que malgré les minima sociaux, la pauvreté augmente dans notre pays comme le montre l'Observatoire des inégalités. Est-ce pour autant une raison de jeter le bébé avec l'eau du bain, d'autant que les principaux minima sociaux pour les plus pauvres représentent une toute petite partie (25 milliards d'euros) des 700 milliards de prestations sociales évoquées plus haut ? Au contraire, je crois que cela soulève de nombreuses questions qui mériteraient d'être traitées - même les plus désagréables - sans a priori.

 

L'on peut d'ailleurs retourner l'argument est dire que sans les minima sociaux, et plus généralement les aides sociales, la France ne serait pas confrontée qu'à la pauvreté mais à une misère importante. Il suffit pour s'en convaincre de comparer le taux de pauvreté en France avant et après prélèvements obligatoires et prestations sociales ; en 2014, le second est inférieur de 7,9 points au premier, c'est-à-dire que 4,9 millions de personnes sont sorties de l'extrême pauvreté monétaire grâce aux prestations sociales et aux impôts ! Et quand on sait que le coût du logement représente une part importante des dépenses contraintes des ménages, la baisse des APL de 5 euros au moment de la réforme de l'ISF ne peut être qu'un mauvais signal envoyé aux plus modestes...

 

Au niveau européen, le taux de pauvreté de la France, certes élevé, est sans commune mesure avec nos voisins, ce qui laisse à penser que notre système de prestations sociales a au moins la vertu de limiter la casse des politiques néolibérale (pour quelque temps encore) :

 

 

[ Source : Observatoire des inégalités ]

 

Même l'intensité de la pauvreté, qui mesure l'écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté, est beaucoup moins élevée en France que dans les autres pays européens.

 

Quant aux inégalités, celles-ci augmenteraient en flèche en l'absence des prestations, alors que notre système social arrive encore tant bien que mal à les contenir, contrairement aux États-Unis où elles s'envolent. C'est précisément ce que montre l'indicateur de Gini, qui compare l’état de la répartition des revenus à une situation théorique d’égalité parfaite. Ainsi, plus il est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité ; plus il est proche de un, plus on s'approche d'une situation où un seul individu reçoit tous les revenus. Voilà l'évolution de cet indice avant et après redistribution, entre 1998 et 2014 :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Avant la sortie de Macron sur cette question, rendons honneur aux calembredaines de Gérald Darmanin ("il y a trop d'aides sociales", "il y a des aides sociales aujourd'hui pour les gens qui sont cassés par la vie") et de Bruno Le Maire ("à partir du moment où nous réussissons à créer des emplois dans le secteur privé, (…) il peut être légitime de réduire la politique sociale sur l’emploi"). Il faudrait rappeler à ces messieurs que la prime d'activité avait précisément été mise en place en 2016 pour corriger le non-recours au RSA-activité, donc rien d'étonnant à ce que cette prime soit de plus en plus demandée...

 

Enfin, lorsqu'un ministre des solidarités et de la santé (avec des majuscules à chaque mot, sic !) comme Agnès Buzyn déclare qu'il n’est "pas question de faire des économies sur les plus vulnérables", cela signifie immanquablement que les coupes seront claires !

 

La fraude sociale

 

S'ensuit alors un couplet sur la lutte contre la fraude, à base d'affiches du type Far West :

 

 

Il est vrai que les chiffres de la fraude aux aides sociales semblent augmenter de manière continue :

 

 

[ Délégation Nationale à la Lutte contre la Fraude ]

 

Or, il faut les mettre tout d'abord en regard de la hausse sensible du nombre de contrôles, qui mécaniquement vont permettre de détecter plus de fraudeurs, et ensuite les comparer à d'autres types de fraudes :

 

 

[ Source : aide-sociale.fr ]

 

En une phrase : la fraude fiscale est très largement supérieure à la fraude aux prestations sociales ! Mais dans la start-up nation voulue par Emmanuel Macron, cette conclusion fait désordre.

 

Complexité du système social

 

Nul doute que le système d'aides sociales est devenu un véritable maquis à la force d'empiler les couches administratives et les dispositifs. Il suffit de se rendre sur le site https://mes-aides.gouv.fr pour s'apercevoir que pour évaluer ses droits à 27 aides sociales, il faut déjà une bonne dose de courage. D'où de nombreux non-recours (par exemple un tiers des personnes éligibles au RSA socle n'ont pas fait de demande), qui s'expliquent par la complexité du système, l'ignorance de telles aides, mais aussi par la peur d'être stigmatisée en touchant l'un de ces minima sociaux. 

 

Mais derrière les belles paroles d'une indispensable réforme, on comprend vite que c'est une idéologie bien connue qui affleure : lutter contre l'assistanat. Personne ne nie qu'il y ait des profiteurs et ceux-ci doivent être sanctionnés sévèrement, mais mettre tout le monde dans le même sac c'est prendre le risque de détruire le peu de cohésion sociale qui reste dans ce pays... Car avec le nombre de chômeurs et de pauvres que compte ce pays (voir plus haut), il n'est plus permis d'affirmer que tous sont des tire-au-flanc.

 

L'argument de la trappe à chômage et plus généralement de la trappe à inactivité se discrédite de lui-même en usant d'un peu de bon sens, d'autant qu'il faudra bien un jour avoir le courage de dire ce que tout le monde sait sans oser le dire : il n'y a plus assez d'emplois pour tout le monde, quant aux emplois bien rémunérés ils sont carrément devenus une denrée rare ! Mais il est certainement beaucoup plus simple - et surtout plus payant en termes électoraux - de désigner les chômeurs et les pauvres comme responsables de leur sort. Salaud de pauvres !

 

De plus, comme le gouvernement a en parallèle fait d'énormes cadeaux fiscaux aux plus riches (transformation de l'ISF en impôt sur le patrimoine immobilier, suppression de l'exit tax...), il ne faut pas s'étonner que l'un dans l'autre Emmanuel Macron se retrouve affublé du titre de président des riches ! Mais qui osera rappeler que c'est une vague idéologie de ruissellement qui guide les pas du gouvernement ? Pour le dire en une phrase, le gouvernement se persuade à tort que si les riches ne sont pas entravés par trop de réglementations ou d'impôts, ils investiront et consommeront des biens et services, ce qui aura en fin de compte des répercussions positives pour toute l'économie, en particulier pour ceux (écrasés) qui sont tout en bas de la pyramide capitaliste.

 

Enfin, j'ai tendance à me méfier de cette volonté de passer d'un système bismarckien plutôt lié au paritarisme à un système beveridgien géré directement par l'État, qui se ferait au travers d'un "versement social unique" à l'horizon 2019-2020. Je crains en effet que nombre de prestations soient bientôt liées à des conditions de ressources. Or, cela conduirait inévitablement à la suppression à terme des aides qui ne concernent que les plus pauvres, car quel intérêt aurait un riche à défendre une prestation dont il ne profite pas ?

 

Le plan de coupe des dépenses publiques

 

La croisade menée par l'actuel gouvernement contre les aides sociales n'est finalement que l'aboutissement de sa doctrine libérale de réduction des dépenses publiques. Peut-être vous souvenez-vous que durant la campagne présidentielle, c'était à qui ferait l'annonce la plus spectaculaire de réduction des dépenses publiques, ces dernières étant réputées stériles et défavorables au secteur privé :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Or, outre que les dépenses publiques sont utiles à la croissance à court et long termes, il est faux de croire que tout euro dépensé par l'État l'est au détriment du secteur privé. Bien au contraire, l'État solvabilise nombre de ménages grâce aux aides sociales et sans elles ils ne consommeraient même plus... Ainsi, pour les 10 % les plus pauvres, la Drees nous rappelle que les prestations sociales non contributives représentent près de 50 % de leur revenu disponible ! De plus, il n'y en a pas que pour les ménages, les entreprises profitent aussi des dépenses publiques lorsque l'État prend par exemple à sa charge de plus en plus de cotisations sociales des entreprises, dans l'espoir de les rendre plus compétitives et de les inciter à embaucher. Vous trouverez de plus amples explications dans mon nouveau livre, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’économie (Ellipses).

 

Bien entendu, il se trouvera toujours des gens très savants et bien intentionnés pour vous affirmer que d'autres pays ont réussi à faire tout aussi bien en diminuant la dépense publique. Encore faudrait-il définir avec précision ce que signifie "faire aussi bien", puisque nous avons vu que les politiques néolibérales ont laissé des traces indélébiles sur le taux de pauvreté notamment... Et si le taux de chômage baisse, c'est trop souvent en raison de la flexibilisation du travail, entendez précarisation même si elle est rebaptisée fort opportunément flexisécurité. Autrement dit, le chômage baisse mais au prix d'une omerta sur toutes les questions de qualité de l'emploi, de déclassement professionnel et de mal-être au travail ! Avec un haut degré de cynisme, certains en arriveront même à considérer que seul importe la recherche du plein-emploi et que les conditions de travail, même épouvantables, ne sont que secondaires. Au fond, la régression aura été poussée tellement loin, que le bond d'un siècle en arrière sera même qualifié de progrès par la novlangue du management ! Triste et cynique à la fois... Le risque d'une crise sociale et politique n'en sera que plus fort !

 

Faut-il aussi rappeler que le reste à charge grandissant dans le domaine de la santé est trop souvent occulté ? Faut-il enfin rappeler que la France est par son histoire un pays jacobin où la centralisation est toute à la fois honnie et désirée ? J'ose espérer que le rêve ultime d'Emmanuel macron n'est dès lors pas de mimer le système social anglo-saxon, car alors il faudrait d'urgence diffuser un documentaire de 52 minutes sur l'état pitoyable du système de santé en Angleterre ou aux États-Unis, car les questions sociales et les questions de santé sont intimement liées...

 

En tout état de cause, en attendant la fin du grand divertissement footballistique, qui n'est qu'une forme plus ou moins évoluée (souvent moins que plus...) des jeux de cirque romains, vous pourrez toujours relire vos classiques sur la société de consommation et du divertissement (depuis Juvénal jusqu'à Michéa, en passant par Debord) pour tenter d'éviter l'abrutissement. 

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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 15:19

 

 

Dans un billet sur la politique économique menée par Donald Trump aux États-Unis, complété par celui-ci sur le lien entre les États-unis et la Chine, j'avais montré que le pays faisait face à des gains de productivité en berne. Il me semblait donc intéressant de partir de ce constat pour évoquer un phénomène économique souvent laissé dans l'ombre des médias : la maladie hollandaise.

 

Les gains de productivité aux États-Unis

 

Le graphique ci-dessous montre les faibles gains de productivité pour l'ensemble de l'économie aux États-Unis, situation que l'on retrouve dans la plupart des pays de l'OCDE, alors même que la robotisation et la numérisation vont bon train :

 

 

[ Source : McKinsey Global Institute ]

 

La maladie hollandaise

 

Comme son nom l'indique, ce phénomène économique se rapporte à la Hollande qui, à la fin des années 1950 avait découvert d'importants gisements de gaz. Ceux-ci firent la richesse du royaume et le secteur gazier se mit à beaucoup exporter. Or, ce faisant, des pressions à la hausse s'exercèrent sur le Florin dans les années 1970, puisque les clients étrangers durent s'en procurer pour payer leurs importations. Hélas, une telle appréciation du Florin jouait à l'évidence contre la compétitivité-prix des entreprises exportatrices hollandaises.

 

Pire, les structures de l'économie se déformèrent au profit du seul secteur gazier, où se concentrèrent les investissements et plus généralement les facteurs de production, donc in fine les hausses de salaires. De surcroît, avec une monnaie forte, le pays était incité à importer des produits étrangers devenus meilleur marché que les produits locaux. Rien d'étonnant dans ces conditions que la situation économique globale se dégrada malgré le boom du secteur gazier, d'où une montée en flèche du chômage entre 1970 (où il était quasi inexistant) et 1977.

 

En d'autres termes, la maladie hollandaise (nom inventé par The Economist) est souvent le nom générique pour désigner la malédiction des pays qui découvrent un gisement important de matières premières. Algérie, Russie et tout récemment le Venezuela sont des exemples de pays touchés par ce phénomène. Et le moins que l'on puisse dire est qu'il provoque des dégâts importants dans l'économie, dont il est difficile de se remettre...

 

Maladie hollandaise aux États-Unis dans les services ?

 

Je vous propose de réfléchir aux deux questions suivantes, pour savoir s'il y a un phénomène de maladie hollandaise dans les services aux États-Unis :

 

 * l'hypertrophie du secteur financier aux États-Unis n'a-t-elle pas détourné d'importants facteurs de production vers ce secteur au détriment du reste de l'économie ?

 

 * la robotisation et l'ubérisation n'ont-elles pas déformé l'économie des États-Unis vers les services, où les gains de productivité sont en général plus faibles, au détriment de l'industrie, qui affiche souvent des gains de productivité importants ?

 

En tout état de cause, même si ces points sont très discutés parmi les économistes (s'agit-il vraiment d'une maladie hollandaise ?), on constate que la déformation d'une économie au profit des seuls services n'est en général pas favorable au développement économique de long terme. Autrement dit, produire des biens manufacturés est une nécessité pour un pays ; mais qui osera encore le rappeler maintenant que nos industries sont parties en Asie ?

 

P.S. : l'image de ce billet provient de ce site.

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 14:02

 

 

Mon dernier billet, qui portait sur les liens économiques entre la Chine et les États-Unis, se voulait un regard mondial après de nombreux focus sur les problèmes européens (L'euphorie avant la grande crise, la fête du travail, chômage et précarité de l'emploi en France, la réalité de la situation économique dans la zone euro, etc.). Mais avec ce qui est en train de se passer en Italie, je me devais d'écrire un billet à ce sujet, d'autant que nous avons consacré la dernière cafet'éco à Sarreguemines à analyser la situation de ce pays.

 

Les élections générales en Italie

 

Le 4 mars dernier, les électeurs italiens étaient appelés aux urnes pour élire les 630 membres de la Chambre des députés et les 315 membres du Sénat, pour un mandat de 5 ans. Et le lendemain matin, l'on découvrait ceci :

 

 

[ Source : La Croix ]

 

Bref, les partis traditionnels s'étaient effondrés au profit du Mouvement 5 étoiles (M5S), dont l’idéologie est inclassable mais réputée être d’extrême gauche, et de la Ligue de Matteo Salvini, ancrée à l’extrême droite. Cela dans des proportions bien plus importantes que ne le laissait entrevoir les sondages (voir ce billet que j'avais rédigé ou celui-là plus technique pour comprendre le problème avec les sondages) :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Difficiles tractations

 

Commencèrent alors des tractations pour former une alliance pour un gouvernement, qui ne furent pas simples comme le montre l'infographie ci-dessous :

 

 

[ Source : France Culture ]

 

Pour résumer l'histoire, le Mouvement 5 étoiles (M5S) mené par Luigi Di Maio et la Ligue de Matteo Salvini ont fini par s’entendre en excluant le parti de Silvio Berlusconi et ont proposé le 21 mai un « contrat pour un gouvernement de changement » en 30 points. Giuseppe Conte, professeur de droit privé, aussi connu des électeurs que le 131e chiffre après la virgule du nombre pi, fut pressenti pour devenir chef du gouvernement.

 

Mais lorsque ce dernier proposa la candidature de Paolo Savona (ancien directeur général de la Confindustria, banquier et surtout eurosceptique comme disent les belles âmes) au ministère des finances, le président de la République italienne, Sergio Mattarella, poussa des cris d'orfraie et mit son veto de peur que son pays ne s’engage dans une sortie de l’euro. Il alla même jusqu'à demander à Carlo Cottarrelli, ancien économiste du FMI, de former un gouvernement de transition technico-technocratique en vue de nouvelles élections, de peur que l'Italie ne s'engage sur la voie d'une sortie de l'euro, ce qui n'est pas sans interroger sur le respect de la volonté populaire exprimée dans les urnes. Et de démission en coups de théâtre, de retournements en contre-retournements, Giuseppe Conte finit par prêter serment devant la Constitution.

 

 

[ Source : Le Dauphiné ]

 

Le programme du nouveau gouvernement Conte

 

Pour faire simple, il s'agit d'un programme anti-austérité, basé notamment sur des baisses massives d’impôts sur les ménages et les PME, un abaissement de l’âge de départ à la retraite et l’instauration d’un revenu universel de 780 euros par mois baptisé « revenu de citoyenneté », une réduction du taux d'endettement public par la croissance du PIB (obtenue par un soutien important à la demande intérieure), le tout mâtiné d’une politique sécuritaire et anti-migratoire propre à satisfaire les partisans de la Ligue.

 

Le résumé de ce programme dans cette courte vidéo :

Il faut noter que les ménages ont payé un lourd tribut à la crise, ce qui laisse à nombre d'Italiens un goût amer sur le passage à l'euro en 1999 :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Les risques d'un tel programme

 

Pour l'instant, le déficit public permet de stabiliser le taux d’endettement public

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Il est vrai qu'au vu du niveau stratosphérique atteint par l'endettement public (2 300 milliards d'euros soit  plus de 130 % du PIB !), il vaut mieux qu'il n'augmente plus :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Il ne faudrait donc pas que ces mesures créent une panique sur les marchés financiers, au point de tendre les intérêts sur la dette publique et de rendre l'État insolvable :

 

 

[ Source : Bloomberg ]

 

On se souvient tous de la mise à mort de la Grèce par les marchés financiers et du pénible sauvetage (est-ce le mot pour une estocade ?) européen. Qu'en serait-il si une économie pesant 20 % du PIB de la zone euro devenait insolvable ? Disons-le clairement : la zone euro serait passée par les armes !

 

Globalement, les problèmes de l'Italie sont assez bien identifiés :

 

 * stagnation de la productivité du travail depuis deux décennies, qui pèse sur la croissance potentielle et l'investissement ;

 

 * faiblesse des compétences de la population active et taux de chômage toujours très élevé notamment chez les jeunes ;

 

 * grandes inégalités régionales (Nord-Sud notamment) et niveau très élevé de la part de la population exposée à des risques de pauvreté ou d'exclusion sociale ;

 

 * créances douteuses nombreuses dans les bilans des banques.

 

On pourrait prolonger cette liste, mais je crois qu'elle suffit à comprendre les enjeux économiques et sociaux pour ce nouveau gouvernement. Quant aux enjeux politiques, il faudra voir dans quelques mois si le mariage de la carpe et du lapin a tenu bon...

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29 mai 2018 2 29 /05 /mai /2018 11:33

 

 

Dans mon précédent billet, j'avais évoqué les graves problèmes structurels de la zone euro, que certains refusent de voir en face... Aujourd'hui, je vous propose de faire un saut de l'autre côté de l'Atlantique et de revenir sur les mesures protectionnistes prises au mois de mars 2018 par Donald Trump contre la Chine, accusée "d'agression économique" contre les États-Unis. Aujourd'hui, nous allons voir que cette décision, si elle peut être fondée politiquement, est catastrophique sur le plan économique...

 

Rappels sur les décisions de Trump

 

Après avoir lancé la bataille de la sidérurgie en annonçant la taxation des importations d'acier et d'aluminium respectivement de 25 % et 10 %, Trump a déclaré la guerre commerciale à la Chine ! Pour ce faire, il avait chargé Robert Lighthizer, qui avait déjà ouvert une enquête au titre de la loi sur le commerce de 1974 (la célèbre section 301) sur les pratiques commerciales chinoises consistant notamment à exiger la création de co-entreprises (joint-venture) pour s'implanter dans l'Empire du milieu, de proposer une liste de produits chinois qui pourraient subir des droits de douane supplémentaires.

 

Les conséquences d'un tel protectionnisme

 

Politiquement, le coup a porté et peut être mis au crédit de Trump pour les prochaines élections ; économiquement, c'était probablement la pire chose à faire au vu de la segmentation de la chaîne de valeur dans l'industrie américaine. En effet, au vu des différentiels de coûts salariaux unitaires, il est improbable que des droits de douane puissent conduire à la relocation de pans entiers de la production industrielle aux États-Unis.

 

Certes le gouvernement chinois n'est pas exempt de critiques sur la manipulation de sa monnaie, l'espionnage industriel et les cyberattaques, mais déclarer ouvertement la guerre commerciale à la Chine n'est certainement pas une bonne idée lorsque la production locale américaine n’est plus en mesure de se substituer aux importations. Dès lors, une telle surtaxation des importations débouchera seulement sur une hausse du prix des importations et le volume des importations ne variera guère... Pire, le déficit commercial risque même de s'aggraver en valeur ! Au bout du compte, les prix augmenteront aux États-Unis, ce qui sera défavorable aux consommateurs et à la croissance.

 

Le financement des États-Unis par la Chine

 

Aux États-Unis, ce n'est pas que la balance commerciale qui est en déficit (graphique 1), mais aussi la balance courante qui inclut les biens, services et revenus (graphique 2) :

 

Graphique 1

 

[ Source : Natixis ]

 

Graphique 2

 

[ Source : Natixis ]

 

Pour le dire simplement, les États-Unis importent bien plus qu'ils n'exportent, la différence constituant le déficit de la balance courante. Et devinez qui finance cet énorme déficit ? Les pays excédentaires comme la Chine ! Généralement cela se fait au travers de l’accumulation de réserves de change par les Banques Centrales, résultat de l’énorme volume d'exportation de la Chine :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Pour mémoire, les réserves de change sont les avoirs détenus par les Banques centrales sous forme d'or, de devises convertibles et de DTS (Droits de Tirages Spéciaux, qui est l'unité de compte du FMI basée sur un panier de monnaies dont fait désormais partie le Yuan chinois) ; mais le plus souvent, en fait de devises, ce sont plutôt des titres en devises (essentiellement des bons et obligations du Trésor) qui constituent les avoirs de réserve.

 

D'où le bouclage du circuit entre les États-Unis et la Chine : les Américains consomment à crédit des produits chinois peu chers grâce aux financements à bas coût accordés par les Chinois sous forme d'achats de bons du Trésor américain. Et comme la consommation américaine est hypertrophiée et que les réserves de change des Chinois le sont tout autant, on réussit le tour de force de marier depuis longtemps les intérêts des uns avec ceux des autres, tout en s'accusant mutuellement de ne pas respecter les engagements commerciaux internationaux. Pragmatisme ou cynisme ? Le lecteur décidera...

 

Mais si Trump devait réussir à réduire les importations chinoises, tout le circuit de financement exposé ci-dessus tomberait à l'eau, c'est-à-dire que les Américains devraient compter sur leur propre épargne pour financer le déficit public. Osera-t-il aller jusque-là au vu du faible taux d'épargne de la nation ?

 

 

[ Source : Natixis ]

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 11:32

 

Dans un récent billet, j'avais expliqué que l'embellie actuelle dans la zone euro est avant tout conjoncturelle. En effet, un euro relativement faible, un niveau très bas des taux d’intérêt et des prix du pétrole raisonnables ont pendant un temps soutenu la croissance, qui vient de connaître un coup de mou au premier trimestre 2018... C'est qu'à la force de croire qu'une hirondelle fait le printemps, les gouvernements perdent de vue les graves problèmes structurels de la zone euro dont j'ai souvent parlé et qu'il me semble utile de rappeler dans ce billet. Or, tant que ces problèmes ne seront pas réglés, la zone euro ne peut qu'aller vers le pire...

 

La fragilité financière des États

 

De nombreux États de la zone euro ne doivent leur survie financière qu'à l'action de la Banque centrale européenne sur les taux d'intérêt. Or, comme ceux-ci sont amenés à augmenter très prochainement, les intérêts payés sur la dette publique augmenteront, ce qui peut faire disparaître la solvabilité budgétaire qui, notons-le, est pour l'instant assurée pour la zone euro prise dans son ensemble :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Quant à l'endettement, c'est moins celui des États qui m'inquiète que l'endettement total des pays membres de la zone euro :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Les capitaux allemands ne financent plus la zone euro

 

Certes l'on peut dans une certaine mesure se réjouir du goût des Allemands pour l'orthodoxie financière, qui passe notamment par un sens très développé de l’épargne chez tous les agents économiques depuis le début des années 2000 (voir le chapitre L'Allemagne est-elle un modèle économique ? de nouveau livre Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie ! (éditions Ellipses)) :

 

 * taux d'autofinancement des entreprises

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * taux d’épargne très élevé des ménages

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

 * excédent courant gigantesque, supérieur à celui de la Chine en pourcentage du PIB

 

 

[ Source : OCDE ]

 

 * excédent public

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Le vieillissement démographique en Allemagne est certainement une explication plausible de ce comportement d'épargne, mais le problème est surtout de savoir ce que les Allemands font de leurs noisettes. Et là, c'est peu dire que le bât blesse, puisque l'épargne allemande n'est plus prêtée depuis 2007 aux autres pays de la zone euro en déficit extérieur, mais à des pays extérieurs comme la Russie.

 

L'absence de solidarité à défaut de fédéralisme

 

Depuis le Traité de Rome, en 1957,la concurrence est érigée en maître principe du fonctionnement économique de l'Europe économique. Aujourd'hui, c'est encore plus clair, puisque l’article 3 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) confère une compétence exclusive à l’Union européenne en matière d’établissement des règles de concurrence.

 

C'est précisément ce que l'on appelle la politique de concurrence de l'UE et qui part d'un principe vicié comme on peut hélas le lire sur le site de la Représentation française auprès de l'UE : "dans une économie de marché, la concurrence est la situation dans laquelle les acteurs peuvent librement échanger. Dans ce cadre, la politique de concurrence est un moyen d’accroître les richesses et d’atteindre un niveau de prix optimal". Pas un mot sur le bien-être de ceux qui créent ces richesses au sein des entreprises, des administrations ou ailleurs...

 

Bien entendu, nul n'est contre une certaine dose de concurrence afin d'éviter lorsque c'est nécessaire les monopoles et oligopoles, bref les pouvoirs de marché, mais faut-il pour autant créer les conditions de la guerre de tous contre tous ? Entre les deux extrêmes il y a de la marge... Et comme aujourd'hui ce sont même les États qui se font une concurrence à mort au sein de la zone euro en abaissant leur fiscalité, il viendra un moment où la course à l'échalote conduira à des baisses importantes de salaires, cachées sous le vocable de flexisécurité... 

 

Il est devenu clair que la mise en place d'une monnaie unique a conduit à une spécialisation productive différente des pays et à la divergence de leur niveau de revenu, qui a pu durant un temps être cachée par la hausse de l'endettement.

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Dès lors, la zone euro se devrait d'être fédérale, afin d'assurer la redistribution de revenus des régions plus riches vers les régions plus pauvres à la faveur d'un budget fédéral autrement plus fourni que l'actuel budget communautaire qui ne pèse guère qu'un pourcent du PIB de l'UE. Emmanuel Macron avait certes proposé de créer un budget spécifique à la zone euro, mais la proposition fut rejetée avec véhémence par Angela Merkel et Jean-Claude Juncker. En définitive, le fédéralisme est un doux rêve et l'on assistera par conséquent à la hausse des inégalités de revenus entre les pays membres de la zone euro.

 

L'impossibilité de corriger les différentiels de compétitivité-coût au sein de la zone euro

 

Avant la mise en place de la monnaie unique, les problèmes de compétitivité-coût pouvaient se régler par un mécanisme de marché simple : le taux de change. Mais depuis, puisque par définition toute dévaluation monétaire est impossible, les gouvernements utilisent d'autres moyens :

 

 * la dévaluation interne : également appelée ajustement nominal, elle consiste en une baisse de coûts salariaux et des prix dans le but d'améliorer la compétitivité d'un pays. Selon la théorie, comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et la compétitivité s'améliore à l'export. Mais, ce remède de cheval conduit le plus souvent à l'effondrement de la demande des ménages en raison de la baisse des salaires réels. Cela débouche alors sur une compression de l'activité à court terme et donc sur une hausse du chômage.

 

 * la dévaluation fiscale : il s'agit d'une substitution d'impôt censée produire les mêmes effets qu'une dévaluation monétaire. On pense notamment à la TVA sociale (qui n'a de social que le nom), qui consiste à basculer sur la TVA une partie des cotisations sociales patronales, de sorte que la TVA augmenterait et le coût du travail baisserait. Or, en pratique, lorsque la TVA augmente c'est le pouvoir d'achat des ménages qui est amputé, car les vases communicants ne fonctionnent jamais aussi parfaitement...

 

Bref, l’ajustement de la compétitivité-coût repose surtout sur les pays en difficulté, à qui l'on enfonce encore un peu plus la tête sous l'eau, ce qui rejaillit sous forme de conflits sociaux et d’extrémismes politiques...

 

En définitive, comme ces problèmes structurels ne peuvent être résolus faute de volonté politique, la croissance potentielle restera faible, les inégalités de revenus augmenteront entre les pays membres, la fuite des cerveaux se poursuivra dans les pays du sud de l'UE et les conflits sociaux seront en hausse. Il est alors à craindre une réaction violente du peuple, que l'on ne consulte d'ailleurs même plus sur les questions européennes de peur qu'il ne désavoue nos technocrates-gouvernants pétris de certitudes sur l'absence d'alternative (There is no alternative, TINA). 

 

Adieu veaux, vaches, cochons, couvées disait La Fontaine...

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15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 12:54

 

 

Les Européens semblent s'être habitués à des taux d'intérêt très bas, qui découlent directement de la politique monétaire ultra-accommodante menée par la Banque centrale européenne (BCE), dont le principal taux directeur est égal à zéro. Or, à moins de vouloir se bercer d'illusions, phénomène très à la mode j'en conviens, il faudra bien un jour que les taux d'intérêt représentent à nouveau quelque chose de concret, comme je l'ai expliqué dans mon nouveau livre, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’économie (Ellipses)... C'est pourquoi, le billet d’aujourd’hui cherchera à expliquer le danger qu'il y a pour une Banque centrale à conserver trop longtemps des taux d'intérêt bas.

 

À la recherche de l'inflation perdue

 

Bien que les Banques centrales aient toutes (entre autres) comme objectif la stabilité des prix, force est de constater que l'inflation n'est revenue pour l'instant ni d'un côté ni de l'autre de l'Atlantique malgré la baisse du chômage :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Les taux d'intérêt des banques centrales

 

Bien que les Banques centrales n'aient pas réussi à atteindre leur objectif de taux d'inflation des deux côtés de l'Atlantique, la politique menée par la Banque centrale américaine (Fed) est bien différente de celle de la BCE. Tandis que la première a décidé de remonter son taux d'intérêt directeur, la seconde garde le sien à zéro :

 

Taux d'intérêt directeur de la Fed

 

 

[ Source : Bloomberg ]

 

Principal taux d'intérêt directeur de la BCE

 

 

[ Source : Bloomberg ]

 

Des déséquilibres persistants

 

Les taux d’intérêt à long terme dépendent de ceux à court terme, en ce que les taux longs doivent normalement être supérieurs aux taux courts en raison du risque. En termes économiques, on dit la courbe des taux d'intérêt doit être en général croissante. En général, le retour de la croissance conduit à une pentification de la courbe des taux d'intérêt en raison de l'inflation. En effet, lors d'une reprise bien établie de l'économie, les investisseurs anticipent une hausse des taux d'intérêt à court terme par la Banque centrale, afin de lutter contre l'inflation ; cela se transmet ensuite aux taux à long terme et donc la courbe de taux se pentifie, c'est-à-dire devient plus raide si l'on peut dire. 

 

Mais dans le cas de l'UE, les taux à court et à long termes restent faibles, ce qui en plus de poser des problèmes aux banques commerciales, contribue à créer des déséquilibres financiers croissants (endettement, convergence des investisseurs sur une même catégorie de titres et donc création de bulles, etc.). Mais surtout, une telle configuration empêche de retrouver des marges de manœuvre en cas de crise. Comment en effet utiliser la politique monétaire, c'est-à-dire baisser le taux directeur principal de la Banque centrale, si celui-ci est encore tangent à zéro lorsque la crise se déclenchera ? Voilà certainement pourquoi la Fed se dépêche de remonter le sien, d'autant que l'économie américaine arrive certainement déjà au bout de son cycle de croissance.

 

Et que fera-t-on au sein de la zone euro si une nouvelle crise, par exemple de la dette privée, devait se déclencher ?

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du site daf-mag.fr

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 12:44

 

 

Il aura suffi que l'INSEE annonce une expansion de 1,9 % en 2017, pour que l'ensemble des personnes autorisées déclarent que la France a renoué pour de bon avec la croissance. Or, quoi qu'on en dise, non seulement les moteurs de notre économie restent à la peine, mais de surcroît peu de gens semblent s’interroger sur le bien-fondé de poursuivre une croissance encore et toujours basée sur la consommation à outrance...

 

Qu'est-ce que la croissance ?

 

Dans L’économie du XXe siècle (1961), l’économiste français François Perroux a proposé la définition suivante de la croissance : "augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues, chacune de ces périodes comprenant plusieurs cycles quasi décennaux, d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels". L'indicateur retenu est en général le PIB en volume.

 

La croissance potentielle, quant à elle, peut être définie comme celle réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles.

 

Les chiffres de la croissance au sein de la zone euro

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Bref, il y a une petite embellie en Europe, avec un redémarrage de certains de ses moteurs économiques, tout de même dix ans après la crise ! Et voilà qu'au premier trimestre 2018 la croissance ralentit déjà...

 

Les chiffres de la croissance en France

 

En France aussi, c'était le cocorico depuis le début de l'année et comme on pouvait s'en douter, le nouveau locataire de l'Élysée s'en est attribué la paternité alors même qu'il n'est aux manettes (enfin celles qu'on veut bien lui laisser...) que depuis quelques mois. Certains parlaient même de choc de confiance retrouvée, c'est dire où nous sommes tombés en matière de communication politique... Mais en tout état de cause, en moyenne sur l’année, l’activité a accéléré de 1,9 % en 2017 après +1,1 % en 2016.

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Hélas, comme pour la zone euro, on note un coup de mou de la croissance française au premier trimestre 2018 en raison de la faiblesse de la consommation et du tassement de l’investissement...

 

Une embellie hélas seulement conjoncturelle

 

Il ne faut pas oublier que la zone euro profitait encore un peu d’un alignement des planètes favorable à la demande : un euro relativement faible, un niveau très bas des taux d’intérêt et des prix du pétrole raisonnables. Mais cela ne pouvait durer, car nombreuses sont les forces qui poussent à la remontée de l'euro notamment face au dollar (balance courante excédentaire de la zone euro, etc.) et à la hausse des prix du pétrole (demande soutenue, offre de moins en moins excédentaire, etc.) :

 

Cours euro-dollar (spot)

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

 

Cours du baril de Brent

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

En outre la reprise est extrêmement fragile, ne serait-ce qu'en raison de l’énorme endettement total des pays membres (notez la part de l'endettement privé, alors que les discours politiques s'acharnent sur la dette publique...), dont j'ai parlé récemment à la cafet'éco de Sarreguemines.

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Enfin, en ce qui concerne le chômage, si celui-ci connaît un début de reflux dans la zone euro, il risque vite de revenir à son niveau structurel, qui a certainement beaucoup augmenté depuis la crise en raison de la casse sociale et de la perte des capacités de production. Or, lorsque le taux de chômage effectif aura atteint ce niveau structurel (évalué à 8 à 9 % de la population active), probablement en 2019, alors il faudra s'attendre à un taux de croissance d'environ 1 %.

 

1 %, c'est en effet le niveau de croissance potentielle, qui dépend de plusieurs facteurs plutôt mal orientés en France et dans de nombreux pays de la zone euro : les gains de productivité, l'innovation, les prix de l'énergie et des matières premières, l'investissement, le niveau de formation de la population active, la démographie, la productivité globale des facteurs de production (qui reflète d'une part le progrès technique, technologique, et d'autre part l'amélioration de ce que les économistes appellent de manière bien malheureuse le capital humain, c'est-à-dire notamment l'éducation,  et l'expérience des salariés).

 

Comme en 2007, juste avant la crise mondiale ?


Souvenez, c'était il y a juste une décennie :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Et tous les indicateurs économiques semblaient annoncer, avant 2007, des lendemains qui chantent (PMI composites, indice de confiance des ménages, perspectives de croissance...) :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et pourtant, un an plus tard, le monde entrait de plein fouet dans la plus terrible crise depuis 60 ans ! Faut-il peut-être modestement rappeler que la prospective est plus un art qu'une science, comme en témoignent les énormes erreurs de prévisions de croissance sur la période 2007-2012 :

 

 

[ Source : OCDE (2014) “Prévisions de l’OCDE pendant et après la crise financière: un post mortem”, Note de politique économique du département des affaires économiques de l'OCDE, No. 23 février 2014. ]

 

Cette note de l'OCDE va même jusqu'à déclarer que "la croissance du PIB a en moyenne été surestimée durant la période 2007-2012, reflétant des erreurs non seulement au plus fort de la crise financière, mais aussi pendant la reprise qui a suivi". C'est dire combien il faut s'inquiéter de l'optimisme béat actuel, d'autant que les déséquilibres financiers sont toujours très nombreux (plus importants ?) et que les pays sont trop souvent dans des situations très proches de celles qui prévalaient en 2007 (endettement total croissant, prix de l'immobilier en hausse, euphorie boursière, primes de risque faibles, etc.).

 

Or, qui osera dire qu'avec un taux directeur à 0 % et des budgets contraints, il ne sera plus possible à la Banque centrale et aux États de voler au secours de l'économie si une crise devait se déclencher à court terme ?

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 11:09

 

 

La Fête du Travail semble hélas ravalée à un simple jour férié, au fond un de plus dans le calendrier français... Or, au vu de son importance, je souhaiterais dans ce billet rappeler brièvement l'histoire de cette journée du 1er mai consacrée au travail, tant elle représente une lutte importante, que d'aucuns cherchent à faire oublier afin de déconstruire et précariser flexibiliser le droit du travail... bien entendu au nom du progrès !

 

Tout d'abord, il est utile de rappeler que c'est le 30 avril 1947 que le gouvernement décida de faire du 1er mai un jour chômé et payé, sans qu'il soit fait référence à une fête, ce qui signifie que l'appellation Fête du Travail n'est que coutumière ! Le 1er mai fut certes un jour désigné comme Fête du Travail et de la Concorde sociale, mais sous Vichy le 24 avril 1941...

 

Cette date du 1er mai s'inspire en fait des grèves et négociations du 1er mai 1886, qui débouchèrent sur une limitation de la journée de travail à huit heures aux États-Unis. C'est en 1889 que la deuxième Internationale socialiste réunie à Paris se donnera pour objectif la journée de huit heures, puisque jusque-là le temps de travail habituel était de dix à douze heures par jour ! Et pour marquer cette revendication, il fut décidé d'organiser une grande manifestation à date fixe (le 1er mai...) dans le but de faire entendre la même revendication de réduction du temps de travail dans tous les pays !

 

C'est ainsi qu'est née la Journée internationale des travailleurs également appelée Fête des travailleurs, avec un premier défilé le 1er mai 1890, où les ouvriers firent grève et défilèrent avec le célèbre triangle rouge à la boutonnière qui symbolisait les 3 grands tiers de la journée : travail, sommeil, loisir. Pour l'anecdote, il faudra attendre le 23 avril 1919 pour que le Sénat français impose une limite de travail à 8 heures par jour... et aujourd'hui le terme du milieu semble être vu comme une perte sèche !

 

Enfin, puisque nous sommes en si bon chemin semé d'embûches, regardons ce que l'histoire peut nous apprendre sur le traitement du chômage au XIXe siècle. Après la révolution de février 1848, trop souvent oubliée par les Français pétris de progressisme et dont la déflagration se fit pourtant sentir partout en Europe, le gouvernement provisoire de la IIe République créa les Ateliers nationaux dans l'idée de procurer aux chômeurs de Paris un petit revenu en contrepartie d'un travail.

 

Mais à l'Assemblée nationale, forts d'une majorité de notables provinciaux très méfiants à l'endroit des ouvriers, les députés décidèrent que les Ateliers nationaux ne devaient se voir confier aucun travail susceptible de concurrencer une entreprise privée (toute ressemblance avec la situation actuelle ne pouvant être totalement fortuite...). C'était dès lors les condamner au supplice de Sisyphe, d'autant que le nombre de chômeurs qu'ils employaient augmentait de façon vertigineuse : abattre des arbres sains pour les substituer par ceux provenant des pépinières nationales, dépaver les rues pour ensuite les repaver à nouveau, etc.

 

Les Ateliers nationaux devinrent ainsi un repoussoir pour la classe bourgeoise, qui n'y voyait rien d'autre qu'une poudrière d'ouvriers révolutionnaires et un gouffre économique. Dès lors, par collusion d'intérêt, il n'est guère étonnant que nombre de parlementaires s'opposèrent à toute forme d'intervention de l'État dans le domaine économique et dans la régulation des relations patrons/salariés. C'est que rentiers et bourgeois de l'Assemblée se sentaient offusqués de devoir entretenir avec l'argent public un nombre croissant de chômeurs employés par ce qu'ils surnommaient désormais les "râteliers nationaux", considérant qu'une telle aide relevait plutôt de la charité privée.

 

Le 20 juin 1848 fut donc décidée la suppression des Ateliers nationaux, dans l'espoir de calmer au passage les velléités révolutionnaires des ouvriers. Ce faisant, 120 000 ouvriers furent licenciés par les Ateliers nationaux, ce qui déboucha sur de violentes émeutes de la faim (les journées de juinet une répression brutale. Répétons-le : c'est donc bien la République qui fit tirer sur le Peuple...

 

L'histoire nous rappelle que la question du travail et de sa valeur a souvent été traitée de manière partisane par le pouvoir politique, afin de satisfaire aux intérêts d'une minorité de riches faiseurs... Trop souvent, les politiques évoquent d'ailleurs le chômage uniquement sous l'angle de son taux et le travail uniquement comme un coût salarial, pure vision de techniciens (technocrates ?) qui permet de la sorte d'occulter à dessein toutes les questions de qualité de l'emploi, de déclassement professionnel et de mal-être au travail ! Pourtant, chacun sait bien qu'avoir un emploi pour lequel on est surqualifié n'est pas une bonne nouvelle ni pour son titulaire ni pour l'économie dans son ensemble. Le lecteur intéressé par ces questions de mal-être au travail pourra se reporter à mon billet intitulé le travail ravagé par la perte de sens.

 

De plus je fais une différence entre travail et emploi, le premier n'étant que la déclinaison moderne du tripalium dont il est issu... et que l'on cherche à généraliser comme en témoignent les multiples attaques victorieuses contre le Code du travail ! J'avais du reste écrit récemment un billet sur le chômage et la précarité de l'emploi, pour faire le point sur ces questions.

 

Rappelons enfin qu'il doit vraiment y avoir le feu au lac, puisque Patrick Artus (pourtant chef économiste dans une banque...) et Marie-Paule Virard viennent d'écrire ensemble un livre intitulé Et si les salariés se révoltaient ? (Fayard), où ils expliquent que le rêve d'une mondialisation heureuse est devenu un véritable cauchemar pour les salariés, qui subissent désormais chômage, précarisation de l’emploi, baisse du niveau de vie, creusement des inégalités, pauvreté et social... A bon entendeur, salut !

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