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30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 10:59

 

 

Voilà dix ans que j'enseigne l'économie à l'Université Populaire de Sarreguemines, dans un cadre ouvert à tous. Et j'ai plaisir à constater que le public est toujours au rendez-vous, au point que nous avons dû constituer une liste d'attente au premier semestre face au grand nombre d'inscrits. Ainsi, si vous souhaitez comprendre l'économie, sachez que les inscriptions pour le second semestre sont ouvertes du 29 janvier au 23 février 2018 et qu'il n'est absolument pas nécessaire d'avoir suivi le premier semestre pour s'y inscrire, puisque les thèmes sont traités de manière indépendante et que je n'hésite pas à faire les rappels nécessaires. 

 

La cafet'éco à l'Université Populaire de Sarreguemines se déroule dans la conviviale cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, en moyenne un mercredi dans le mois à 18h30 : le 21 mars 2018, le 18 avril 2018, le 16 mai 2018 et le 30 mai 2018.

 

D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter ! Nul besoin de connaissances particulières pour y assister.

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, afin d'être au plus près des préoccupations actuelles des auditeurs. Parmi les thèmes possibles, citons notamment la dette publique, le Brexit et ses conséquences, le déficit de la balance commerciale en France, les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent sale, les banques, les inégalités, le chômage et la pauvreté, les dépenses publiques, les flux financiers mondiaux, etc. Je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC :

 

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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23 janvier 2018 2 23 /01 /janvier /2018 10:31

 

 

Après mon précédent billet qui s'intéressait aux inégalités dans le monde, je vous propose aujourd'hui de poursuivre notre petit tour d'horizon par les ravages de la mondialisation heureuse et les inégalités en France, sur la base notamment des publications du laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab, WID), dont fait partie Thomas Piketty.

 

Les ravages de la mondialisation heureuse

 

Deux courbes résument à mon sens parfaitement les ravages de la mondialisation heureuse et les tentations protectionnistes actuelles. La première, ci-dessous, montre que les 1 % les plus riches ont capté 27 % de la croissance du revenu réel par adulte entre 1980 et 2016 !

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

La deuxième courbe, appelée courbe de l'éléphant en raison de sa forme particulière, a été proposée par l'économiste Branko Milanovic. Elle place en abscisses les revenus des individus et en ordonnées la croissance du revenu entre 1988 et 2008.

 

 

[ Source : Milanovic B. (2016), « Global inequality : a new approach for the age of globalization », Cambridge (Mass.), Havard University Press ]

 

Elle permet de déduire que les revenus des plus pauvres ont augmenté, en l’occurrence les 2 % les plus pauvres ont connu une augmentation de leurs revenus de plus de 20 %. Au niveau du revenu médian mondial (point A sur la courbe), qui concentre essentiellement les classes moyennes chinoises et indiennes, l'augmentation a atteint 80 % ! En revanche, les revenus des classes moyennes occidentales (point B sur la courbe) ont au mieux stagné si ce n'est baissé sur la période 1988-2008. Et enfin, au point C de la courbe, les individus appartenant au 1 % les plus riches, ont vu leurs revenus augmenter de 70 % sur la période.

 

Pour le dire simplement, les inégalités se sont réduites au niveau mondial, mais ont augmenté au niveau des pays, parfois dans des proportions dangereuses !

 

Les inégalités de revenu et de patrimoine en France

 

Commençons par regarder l'évolution de la part des 1 % et 10 % les plus aisés dans le revenu national avant impôt en France :

 

 

[ Source : WID ]

 

Le graphique ci-dessus démontre au passage tout l'intérêt qu'il y a à avoir un système fiscal progressif, seul capable de limiter la concentration mortifère des revenus...

 

Au sein de chaque pays, les inégalités de revenus peuvent être appréhendées par l'indicateur de Gini, qui compare l’état de la répartition des revenus à une situation théorique d’égalité parfaite. Ainsi, plus il est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité ; plus il est proche de un, plus on s'approche d'une situation où un seul individu reçoit tous les revenus. Voilà l'évolution de cet indice avant et après redistribution, entre 1998 et 2014 :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

On remarquera que le modèle social français, tant décrié, arrive pourtant encore à corriger les trop fortes inégalités de revenus...

 

Et quant au patrimoine en France, tandis que les 10 % les plus riches détiennent près de la moitié du patrimoine en 2015, les 10 % les plus pauvres n'ont pour ainsi dire rien :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

 

[ Source : WID ]

 

Là encore, on notera l'inflexion dans les années 1980...

 

La pauvreté en France

 

Un individu est considéré comme pauvre, au sens monétaire, lorsqu'il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, généralement fixé à 60 % de la médiane des niveaux de vie. Et sur ce point, les chiffres sont tout simplement alarmants dans un pays riche comme la France, d'autant que parmi les personnes pauvres au sens monétaire nombre d'entre elles travaillent :

 

 

[ Source : Observatoire des inégalités ]

 

Et les autres inégalités

 

Comme ce billet est déjà bien chargé en graphiques, il n'est pas question de l'alourdir. Et pourtant, pour comprendre le malaise social grandissant dans notre pays (et dans tant d'autres du reste), il faudrait encore évoquer les inégalités salariales entre hommes et femmes, les inégalités scolaires, les inégalités d'accès aux infrastructures, les inégalités d’espérance de vie, les inégalités d'accès à l'enseignement, etc.

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16 janvier 2018 2 16 /01 /janvier /2018 11:10

 

 

Après de nombreux articles sur la fiscalité et les problèmes de l'Union européenne, il m'a semblé utile d'écrire sur les inégalités, d'autant que nous disposons des publications du laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab, WID). En effet, le WID s'est donné pour mission d'enrichir la base de données World Wealth and Income Database, qui fournit des données mondiales sur les patrimoines et les revenus, à partir desquelles Thomas Piketty avait construit son célèbre livre Le Capital au XXIe siècle. Comme les informations sont nombreuses, il m'a fallu les trier pour vous en restituer l'essentiel en deux billets.

 

Quelques indicateurs d'inégalités

 

Pour comparer les richesses et les revenus entre différents pays du monde, l'indicateur le plus usité est le PIB par habitant. Or, si l'on veut tenir compte des flux avec l'étranger, il est nécessaire de préférer le concept de revenu national, égal au PIB moins la consommation de capital fixe plus les revenus nets perçus à l’étranger. Ce faisant, on se concentre sur les revenus qui peuvent réellement être distribués aux résidents et on évite les contresens comme dans le cas de l'Irlande où une grande part du PIB sert à rémunérer les multinationales étrangères...

 

Au sein de chaque pays, les inégalités de revenus peuvent être appréhendées par l'indicateur de Gini, qui compare l’état de la répartition des revenus à une situation théorique d’égalité parfaite. Ainsi, plus il est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité ; plus il est proche de un, plus on s'approche d'une situation où un seul individu reçoit tous les revenus.

 

Les inégalités de revenus dans le monde

 

Commençons par le PIB moyen par adulte :

 

 

[ Source : WID ]

 

Mais c'est surtout en regardant la part du revenu national détenue par les 1 % les plus aisés, que le constat devient inquiétant d'autant qu'il faut certainement le relier à la libéralisation financière des années 1980 et plus généralement à la domination du néolibéralisme :

 

 

[ Source : WID ]

 

Si l'on compare à présent la part du revenu nationale détenue par les 1 % les plus riches avec celle détenue par les 50 % les moins riches, on constate que l'Europe de l'Ouest et les États-Unis ont divergé puisque les 1 % les plus riches aux États-Unis ont capté une part encore plus importante du revenu national tandis que les 50 % les moins riches ont vu leur part diminuer :

 

 

[ Source : WID ]

 

Parmi les explications avancées, il y a bien entendu le fait que la fiscalité soit devenue de moins en moins progressive aux États-Unis, et cela va encore s'aggraver avec la récente réforme de Trump qui bénéficiera aux plus riches (60 milliards d'impôts économisés par les 1 % les plus riches qui gagnent plus de 500 000 dollars, soit autant que les réductions d'impôts des 50 % d'Américains qui gagnent entre 20 000 et 100 000 dollars...).

 

On ne peut dès lors s'empêcher de penser à cette célèbre réplique de don Salluste, quand bien même certains veulent faire croire que ces hautes rémunérations et les inégalités afférentes ne sont que la juste répartition des talents au sein de l'économie :

Les inégalités de patrimoine dans le monde

 

Commençons par la part des 1 % les plus aisés dans le patrimoine net des ménages :

 

 

[ Source : WID ]

 

Au jeu du pire, la Russie fait même mieux que les États-Unis, puisque les 1 % les plus aisés détenaient en 2015 43 % du patrimoine net total des ménages contre 22 % deux décennies plus tôt ! À l'évidence, l'explication est à chercher du côté des privatisations sauvages qui ont suivi la transition de l'économie socialiste vers l'économie de marché. Quant aux États-Unis, tout a été fait depuis le tournant néolibéral des années Reagan pour que cette concentration du patrimoine perdure et s'amplifie.

 

De son côté, l'ONG Oxfam marque chaque année les esprits avec la publication de son rapport sur les inégalités le jour même de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos. Leur méthodologie peut être lue à cet adresse, mais toujours est-il que le chiffre choc est le suivant :

 

 

[ Source : France Bleu ]

 

Les économistes du WID pointent d'ailleurs du doigt le fait que cette hausse du patrimoine net privé est hélas parallèle à une baisse du patrimoine net public autant dans les pays développés qu'émergents, ce qui signifie que les privatisations ont considérablement réduit le patrimoine public, au point où il devient même négatif au Japon et aux États-Unis et à peine tangent à 0 en Allemagne et en France :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Encore quelques années et les États seront définitivement privés de tous moyens d'appliquer une politique économique, puisque la valeur de leurs engagements (dettes publiques) sera supérieure à celle de leurs rares actifs non privatisés (actifs financiers, terrains, ponts, barrages, bâtiments, etc.) !

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9 janvier 2018 2 09 /01 /janvier /2018 14:46

 

 

À la suite d'une discussion sur l'avenir de la zone euro, et en particulier sur la fiscalité, je me suis aperçu que mon interlocuteur se persuadait que la libre-concurrence était seule à même de réguler le marché unique, trahissant ainsi certainement quelques souvenirs d'une main providentielle invisible... tellement invisible qu'elle n'existe pas et conduit même en l'occurrence à des catastrophes économiques et sociales !

 

C'est pourquoi, après une série de billets sur les principaux problèmes rencontrés par l'économie européenne (les scandales en cascade à la Commission, la crise bancaire imminente, la réalité du travail détaché au sein de l'UE, les conséquences du passage à une économie de service, la segmentation des marchés financiers européens, la fin du mythe économique allemand, les problèmes de compétitivité-coût au sein de la zone euro...) nous allons aujourd'hui nous intéresser aux conséquences de la concurrence fiscale au sein de la zone euro.

 

Quelques rappels sur le principe de concurrence au sein de l'UE

 

Dès l'origine, en 1957, le Traité de Rome disposait :

 

 * article 85 : "Sont incompatibles avec le marché commun et interdits tous accords entre entreprises, toutes décisions d'associations d'entreprises et toutes pratiques concertées, qui sont susceptibles d'affecter le commerce entre États membres et qui ont pour objet ou pour effet d'empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence à l'intérieur du Marché commun, et notamment ceux qui consistent à :

a) fixer de façon directe ou indirecte les prix d'achat ou de vente ou d'autres conditions de transaction ;

b) limiter ou contrôler la production, les débouchés, le développement technique ou les investissements ;

c) répartir les marchés ou les sources d'approvisionnement ;

d) appliquer, à l'égard de partenaires commerciaux, des conditions inégales à des prestations équivalentes en leur infligeant de ce fait un désavantage dans la concurrence ;

e) subordonner la conclusion de contrats à l'acceptation, par les partenaires, de prestations supplémentaires qui, par leur nature ou selon les usages commerciaux, n'ont pas de lien avec l'objet de ces contrats" ;

 

 * article 110 : "En établissant une union douanière entre eux, les États membres entendent contribuer, conformément à l'intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et à la réduction des barrières douanières. La politique commerciale commune tient compte de l'incidence favorable que la suppression des droits entre les États membres peut exercer sur l'accroissement de la force concurrentielle des entreprises de ces États" ;

 

 * article 112 : "Sans préjudice des engagements assumés par les États membres dans le cadre d'autres organisations internationales, les régimes d'aides accordées par les États membres aux exportations vers les pays tiers sont progressivement harmonisés avant la fin de la période de transition, dans la mesure nécessaire pour éviter que la concurrence entre les entreprises de la Communauté soit faussée".

 

Aujourd'hui, c'est encore plus clair, puisque l’article 3 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) confère une compétence exclusive à l’Union européenne en matière d’établissement des règles de concurrence. C'est précisément ce que l'on appelle la politique de concurrence de l'UE et qui part d'un principe vicié comme on peut hélas le lire sur le site de la Représentation française auprès de l'UE : "dans une économie de marché, la concurrence est la situation dans laquelle les acteurs peuvent librement échanger. Dans ce cadre, la politique de concurrence est un moyen d’accroître les richesses et d’atteindre un niveau de prix optimal". Pas un mot sur le bien-être de ceux qui créent ces richesses au sein des entreprises, des administrations ou ailleurs...

 

Bien entendu, nul n'est contre une certaine dose de concurrence afin d'éviter lorsque c'est nécessaire les monopoles et oligopoles, bref les pouvoirs de marché, mais faut-il pour autant créer les conditions de la guerre de tous contre tous ? Entre les deux extrêmes il y a de la marge...

 

La concurrence fiscale

 

Pour commencer, il est bon de rappeler que l'on distingue généralement trois types de recettes fiscales :

 

 * les impôts sur la consommation comme la TVA ;

 

 * les impôts sur les revenus du travail comme les cotisations sociales, l’essentiel de la CSG, de la CRDS et de l’impôt sur le revenu ;

 

 * les impôts sur le capital comme l'IS, les taxes sur les plus-values, mais aussi une part de l’impôt sur le revenu, de la CSG et de la CRDS.

 

Au total, la répartition des prélèvements obligatoires entre consommation, travail et capital dans l’Union européenne est la suivante :

 

 

[ CAE, note n°9 ]

 

Si l'on regarde l'évolution du taux maximum de l'impôt sur les sociétés entre 2000 et 2013, il apparaît désormais clairement que les pays développés, afin de chercher quelques dixièmes de points de croissance, se livrent à une course à l'échalote pour attirer les facteurs mobiles de production que sont les investissements des entreprises, le capital au sens large et le travail (qualifié), ce qui transforme l'Union européenne en vaste champ de guerre économique où les gouvernements rivalisent d'idées pour baisser la fiscalité qui porte sur ces facteurs :

 

Taux nominal maximal d'IS dans la zone euro en 2013 et son évolution depuis 2000

 

 

[ Source : Le Point ]

 

La France cherche d'ailleurs en la matière à rattraper le peloton de tête des moins-disants fiscaux, puisque Emmanuel Macron vient de mettre en place une sorte de flat tax à la scandinave, c'est-à-dire un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux) sur les revenus mobiliers, ce qui coûtera au budget de l'État la bagatelle de 1,3 milliard d'euros en 2018 et encore 1,9 milliard en 2019 au moment où le gouvernement n'a de cesse de nous seriner que les caisses sont vides...

 

Les conséquences de la course au moins-disant fiscal

 

Ce que les partisans de la concurrence libre, qui sont aussi souvent les mêmes qui réclament la libéralisation à outrance et la flexibilité (flexisécurité pour le dire en des termes rassurants), omettent de préciser, c'est que tout cela aura à terme des conséquences graves sur le fonctionnement économique et social des États. En effet, cette course au moins-disant fiscal peut continuer jusqu'à ce que le taux de taxation des facteurs mobiles de production soit égal à zéro, ce qui implique moins de recettes fiscales pour les budgets nationaux et partant l'obligation de taxer davantage les facteurs dits immobiles de production pour équilibrer les comptes publics.

 

Et encore, je ne parle pas de l'évasion fiscale qui est devenue un sport national de haut niveau en Europe :

 

 

[ Source : Le Point ]

 

Et qui coûte très cher aux finances publiques :

 

 

[ Source : Ouest France ]

 

Et si je vous disais que dans les facteurs immobiles de production qu'il faudra taxer davantage l'on trouve l'immobilier, le travail non qualifié et la consommation ? Vous comprenez alors tout de suite qu'il s'agit de sacrifier une partie de la population (bien entendu la moins riche et la plus fragile socialement) au nom d'un impératif de compétitivité bien improbable à atteindre dans ces conditions. Ce faisant, on prend le risque d'augmenter les inégalités, au moment où celles-ci sont pourtant de plus en plus mal supportées...

 

Et comme cela ne suffira pas à renflouer le déficit public créé, sauf à s'accrocher mordicus à un retour d'une croissance de 3 %, les gouvernements couperont d'autres dépenses publiques réputées comme toujours inutiles, entendez par là des dépenses indispensables pour la croissance comme le R&D, l'éducation et l'investissement public. Hélas, les dégâts ne se feront sentir que quelques années plus tard et il se trouvera alors un expert pour expliquer que nous ne sommes pas allés encore assez loin dans la baisse de la fiscalité...

 

En définitive, face à des différentiels de compétitivité très importants entre les États membres de la zone euro, il est évident que la meilleure solution consisterait à disposer d'un mécanisme de transferts de revenus entre États, ce qui revient à parler de fédéralisme européen. Hélas, sa venue relève désormais de l'Arlésienne, voire de l'attente de Godot ! Et pendant ce temps, l'idéal (l'illusion ?) d'une zone euro construite sur la solidarité entre les peuples s'écrase une nouvelle fois contre le mur de la bêtise économique...

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 17:02

 

 

L'année 2017 fut à nouveau riche en événements et rebondissements. Qu'on en juge : le énième retour de la crise grecque, l'élection d'Emmanuel Macron avec seulement 24 % des suffrages exprimés au 1er tour, la baisse des APL, l'indépendance de la Catalogne... D'où les nombreux billets que j'ai écrits, parfois très détaillés, afin de vous présenter une analyse circonstanciée.

 

Retour sur l'année 2017

 

Commençons donc par un petit retour en arrière sur mes billets de l'année 2017. Tous les liens sont actifs, il vous suffira donc de cliquer sur le billet de votre choix pour le lire ou le relire, c'est selon !

 

JanvierFévrier

Le Bitcoin, actif à haut risque

La Sécurité sociale à l'équilibre ?

Le revenu universel et autres considérations politiques

À quoi servent les dépenses publiques ?

Le chômage des plus de 50 ans peu médiatisé

La fin du mythe économique allemand...

Une sortie de l'Euro est-elle possible ?

Retour sur la crise grecque

MarsAvril

Quand les bulles éclatent

Les mystères des mécanismes économiques dévoilés

L'État économique réel de la France par-delà les discours politiques

Une reprise de l'emploi en clair-obscur

 

La campagne électorale vue d'ailleurs

La mobilité sans entraves des capitaux est-elle nécessaire ?

L'émission de LCI sur la communication politique de Macron et Le Pen supprimée

Élection présidentielle : l'absence de choix et la crise qui couve

MaiJuin

1er mai : fêtons le travail tant qu'il en reste !

Les vrais résultats (dérangeants) de l'élection présidentielle

La politique économique selon Macron : quelques comparaisons

La flexisécurité va-t-elle permettre de diminuer le taux de chômage en France ?

Les problèmes économiques de la Chine

Les sondages en politique

Le danger de la hausse des taux pour la solvabilité des États européens

Les enseignements des élections législatives sous Macron

Et encore des banques en faillite !

JuilletAoût

L'énorme excédent extérieur de la zone euro

Comment corriger les problèmes de compétitivité-coût au sein de la zone euro ?

La baisse des APL

Échantillons et intervalles de confiance

Le commerce international et la paix

SeptembreOctobre

Cafet'éco à Sarreguemines et chroniques à la radio

Aide aux devoirs à Forbach

La concurrence mortifère au sein de la zone euro va faire baisser les salaires en France !

Le déficit extérieur de la France

Le travail ravagé par la perte de sens

La Bourse peut-elle monter jusqu'au ciel ?

Les idées zombies en économie

NovembreDécembre

La flexibilité va-t-elle faire baisser le chômage en France ?

L'éclatement de l'Union européenne

La monétisation des dettes publiques qui effraie l'Allemagne

Pourquoi l'objectif d'inflation est-il de 2 % et non 0 % ?

La TVA : fonctionnement et fraude

La liste noire des paradis fiscaux

Joyeux Noël

 

Et l'année 2018 au sein de la zone euro ?

 

Tout d'abord, dix ans après le début de la crise, l’économie européenne bénéficie enfin d'une petite embellie, avec un redémarrage de certains de ses moteurs économiques. À tel point que le commissaire européen Pierre Moscovici a sorti son meilleur globish pour nous le dire (ci-dessous la version française de bois rassurez-vous...) :

Il ne faut pas oublier que la zone euro profite encore un peu d’un alignement des planètes favorable à la demande : un euro relativement faible, un niveau très bas des taux d’intérêt et des prix du pétrole raisonnables. Mais cela ne durera pas, car nombreuses sont les forces qui poussent à la remontée de l'euro notamment face au dollar (balance courante excédentaire de la zone euro, etc.) et à la hausse des prix du pétrole (demande soutenue, offre de moins en moins excédentaire, etc.) :

 

Cours euro-dollar (spot)

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

 

Cours du baril de Brent

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Mais la reprise est fragile, ne serait-ce qu'en raison du taux élevé de chômage et de l'endettement total des pays membres (vous noterez au passage que le niveau d'endettement privé est bien plus inquiétant que celui de l'endettement public, j'y reviendrai dans un prochain billet...) :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Au total, la BCE n'a aucune marge de manœuvre avec sa politique monétaire si une crise devait se déclarer au sein de la zone euro. Pire, au vu des niveaux élevés de dette publique de certains États, leur gouvernement ne dispose non plus pas de marge de manœuvre budgétaire. Dans ces conditions, je vous laisse imaginer la panade si une crise se déclenchait... Heureusement que les chargés de communication sont là pour nous faire oublier ces quelques petits riens de théorie économique, qui ne cadrent pas bien avec le storytelling officiel !

 

J'en profite aussi pour vous rappeler que le si le chômage connaît un début de reflux dans la zone euro, il risque vite de revenir à son niveau structurel, qui a certainement beaucoup augmenté depuis la crise en raison de la casse sociale et de la perte des capacités de production. Or, lorsque le taux de chômage effectif aura atteint ce niveau structurel (évalué à 8 à 9 % de la population active), probablement en 2019, alors il faudra s'attendre à un taux de croissance d'environ 1 %. Profitez cigales, l'hiver économique approche !

 

Mais pendant ce temps, les politiques pourront toujours feindre de ne pas savoir que ce sont des éléments extérieurs qui provoquent cette embellie conjoncturelle et en conséquence se rengorger d'avoir relancé la croissance ! Mais ne soyons pas dupes, tous ces succédanés de programmes économiques permettent surtout à des politiques, pas toujours aussi idiots que certains en ont l'air (sic !), de donner l'illusion de détenir encore les leviers du changement (économique, mais pas seulement), alors même que la potestas appartient depuis longtemps à Bruxelles - avec le résultat que l'on sait - tandis que l'auctoritas est hélas entre les mains des histrions du petit écran, qui font et défont les réputations au gré d'émissions de grande audience.

 

Enfin, n'oublions pas que nous ne sommes jamais à l'abri d'un cygne noir, venu des États-Unis sauce Trump, de la Chine saveur endettement excessif ou du cœur même de la zone euro où les problèmes bancaires sont loin d'être résolus.

 

Sur ce, je tiens à vous remercier chers lecteurs pour votre fidélité et vous prie de recevoir mes meilleurs vœux (la santé en premier) pour cette année 2018 ! Merci pour vos commentaires, liens et encouragements qui me touchent et m'incitent à continuer mes analyses sur ce blog malgré le manque de temps...

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 13:04

 

 

La période de l'Avent est traditionnellement celle où les gouvernants cherchent à faire oublier les malheurs (misères) des mois précédents, qu'ils soient politiques, sociaux ou économiques. Il est vrai qu'après avoir voté (sic !) un train de mesures qui aggraveront la perte de sens au travail, il devenait indécent de continuer à parler au mois de décembre de l'emploi stable alors que celui-ci joue à l'Arlésienne. Pourtant, à entendre certains médias, la reprise économique est enclenchée, et chacun se gausse des chiffres de la croissance ou de la hausse des marchés financiers. C'est pourquoi, après un billet sur la TVA et les paradis fiscaux, j'ai décidé de consacrer ce billet de Noël à quelques précisions importantes...

 

Quand les marchés vont, plus rien ne va !

 

Le graphique ci-dessous nous montre que depuis la crise de 2008, le marché des actions en France a régulièrement progressé et tutoie à nouveau les sommets :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Aux États-Unis, pays d'où est partie la crise, l'évolution est encore plus impressionnante pour l'indice S&P 500 :

 

 

[ Source :Boursorama.com ]

 

On croirait même qu'il n'y a jamais eu de crise en 2007... Bref, au royaume des boursicoteurs la mer est lisse. Sauf qu'à ces niveaux de valorisation des actions, il est bon de s'attendre à un nouveau tsunami ! En effet, il devient difficile d'imaginer encore une forte progression, d'autant que l'économie réelle américaine n'est pas au diapason (croissance qui ralentit, tassement des commandes de biens durables, recul de la construction immobilière, recul des profits après taxes, intérêts et dividendes, etc.).

 

L'existence d'une bulle sur les actions est donc fortement suspectée, ce que confirme du reste le ratio de Shiller. Bref, quand les marchés vont trop bien, rien ne va dans l'économie !

 

La croissance est-elle revenue ?

 

Il est certain qu'à court terme l'activité reprend du lustre dans la zone euro, comme à peu près partout dans le monde, comme le montrent les prévisions de croissance de l'OCDE pour 2018 :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Les lignes horizontales correspondent au taux de croissance annuel moyen du PIB sur la période 1987-2007, ce qui fait dire à certains qu'il reste encore des marges de progression dans de nombreuses régions du monde. Outre que ce raisonnement laisse croire à tort que le passé peut se reproduire à l'identique, il méconnaît surtout la réalité de la croissance à long terme, qui dépend avant tout de la population active et des gains de productivité. Or, c'est peu dire que cette dernière composante est en berne actuellement... Rien d'étonnant donc à ce que les prévisions fassent état d'un taux de croissance plus faible dès 2019, qui devrait probablement atteindre son potentiel de seulement 1 % très rapidement !

 

Une dangereuse concentration des richesses

 

Il est cependant certain que pour une infime minorité de la population tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, conformément aux enseignements de la théorie panglossienne. En effet, et ce sera l'objet d'un prochain billet, les richesses se concentrent dangereusement entre peu de mains :

 

 

[ Source : WDI ]

 

Las, a contrario, l'immense majorité des ménages a plutôt le sentiment que sa situation se dégrade inexorablement, comme le confirme notamment la répartition des revenus en France :

 

 

[ Source : France Culture ]

 

Et quant au patrimoine en France, tandis que les 10 % les plus riches détiennent près de la moitié du patrimoine en 2015, les 10 % les plus pauvres n'ont pour ainsi dire rien !

 

Joyeux Noël tout de même !

 

Bref, en dehors de ces petits riens que nous venons d'évoquer et qu'il faut hélas déplorer puisqu'ils délitent la société, tout va très bien Madame la Marquise en 2017 comme en 2016 :

Sur ce, je vous souhaite tout de même un joyeux Noël et vous retrouve la semaine prochaine pour le dernier billet de l'année 2017 !

 

noel.gif

 

Et comme il est toujours bon d'enfoncer une porte ouverte quand tout le monde la voit fermée, n'oubliez pas que le plus beau cadeau de Noël que vous puissiez faire aux autres est votre présence !

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16 décembre 2017 6 16 /12 /décembre /2017 11:20

 

 

Décidément, la Commission européenne n'a jamais peur du ridicule, et elle vient à nouveau de la prouver en publiant après plusieurs mois de réflexion sa liste noire des paradis fiscaux. Pourtant, après les LuxLeaks, l'Offshore Leaks, les Panama Papers et plus récemment les Paradise papers, on pouvait s'attendre à un sursaut pour redorer le blason d'une institution passablement discréditée ces dernières années... Ce sujet important fera du reste l'objet d'un prochain cours à la cafet'éco de l'Université Populaire de Sarreguemines.

 

Qu'est-ce qu'un paradis fiscal ?

 

Comme il n'existe pas de définition juridique unanimement reconnue, chaque État à beau jeu d'affirmer que la lutte contre l'évasion fiscale est sa priorité, ce dont ne se privent pas Monaco, le Luxembourg et même Panama ! Et ce d'autant plus que les critères historiquement retenus par l'OCDE pour caractériser un paradis fiscal une juridiction non coopérative sont difficilement exploitables en pratique. Je vous laisse en juger :

 

 * la juridiction applique des impôts inexistants ou insignifiants. Ce critère n'est pas suffisant par lui-même pour permettre de qualifier une juridiction de paradis fiscal. L'OCDE reconnaît en effet que toute juridiction a le droit de décider d'appliquer ou non des impôts directs et d'en déterminer le taux d'imposition approprié ;

 

 * absence de transparence ;

 

 * existence de lois ou pratiques administratives qui empêchent un véritable échange de renseignements à des fins fiscales avec les autres administrations en ce qui concerne les contribuables qui bénéficient d'une imposition inexistante ou insignifiante.

 

La liste noire des paradis fiscaux

 

Dans ces conditions, rien d'étonnant à ce que la liste noire des paradis fiscaux annoncée par la Commission européenne soit une pâle caricature, où ne figure aucun État membre de l'Union européenne (exit donc le Luxembourg, Jersey, l'Irlande...) :

 

 

[ Source : Libération ]

 

Aucune sanction n'est par ailleurs prévue, le name and shame devant suffire...

 

Il est vrai que dès les premiers travaux de la DG fiscalité et du groupe de travail "Code de conduite" (sic !), la Commission européenne puis l'Eurogroupe avaient annoncé clairement qu'aucune juridiction européenne n'y figurerait. Dès lors, pour avoir l'insigne honneur de figurer sur la liste noire, il fallait répondre aux trois critères suivants :

 

 * refuser de l'échange automatique d'informations ;

 

 * mettre en place des mesures fiscales préférentielles dommageables ;

 

 * ne pas avoir mis en œuvre les mesures de l'OCDE contre l'optimisation fiscale.

 

Mais comme personne n'était dupe que ce faisant on ne nommait à la vindicte populaire que des seconds couteaux, il fut décidé d'adjoindre à cette liste :

 

 * une liste grise de 47 juridictions, qui ont pris des engagements mais ne sont pas encore dignes d'être blanchies (Île de Man, Guernesey, Jersey, la Suisse, le Liechtenstein, la Turquie, la Serbie, le Qatar, le Pérou, la Thaïlande, le Maroc, la Nouvelle-Calédonie...) ;

 

 * une liste "hurricane" de petites îles des Caraïbes à qui a été octroyé un peu plus de temps pour se conformer à la réglementation, en raison de l'ouragan qui les a touchées durant l'été (Anguilla, Antigua-et-Barbuda, les Bahamas, la Dominique, Saint-Kitts-et-Nevis, les îles Turques-et-Caïques, les îles Vierges américaines et les îles Vierges britanniques).

 

Au total, on obtient cela :

 

 

[ Source: Les Échos ]

 

Fallait-il pour autant s'étonner d'un tel coup d'épée dans l'eau ? À l'évidence non, comme le rappelle le cas du Panama, qui avait été classé par la France comme juridiction coopérative quelques jours seulement avant le scandale des Panama Papers... Seul point positif, il semblerait que ce confetti d'Amérique centrale s’apprêterait à signer la convention internationale en faveur de l’échange automatique de données fiscales, ce qui reviendrait à mettre un terme au secret bancaire. Mais sur ce point, attendons un peu, car il y a toujours loin de la coupe aux lèvres...

 

La vraie liste des paradis fiscaux ?

 

Face à cette caricature de liste, qui frise le cynisme, les ONG comme OXFAM ou le CCFD utilisent depuis de nombreuses années des critères autrement plus pertinents pour définir un paradis fiscal (opacité financière, absence de coopération dans les affaires judiciaires, etc.). Et le résultat est bien plus concluant  :

 

 

[ Source : CCFD ]

 

Cependant, il serait erroné de croire que la Commission européenne est incapable de faire mieux. En témoigne, la carte des paradis fiscaux qu'elle avait établie en  2015 dans un accès de velléité réformatrice :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Las, au vu de la concurrence fiscale mortifère à laquelle se livrent les États membres de l'UE et dont j'avais parlé dans ce billet, la distinction entre État vertueux et paradis fiscal devient de plus en plus tenue...

 

Après une telle occasion manquée, qui jette le discrédit sur la volonté de l'Union européenne à  lutter contre l'évasion fiscale et les paradis fiscaux, que l'on me pardonne d'enfoncer des portes ouvertes en affirmant que le grand ménage doit impérativement commencer au sein de l'UE, sous peine de faire rugir l'opinion publique, que l'on soumet à l'austérité, alors même que des sommes impressionnantes dorment tranquillement dans les paradis fiscaux.

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du JDN.

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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 13:22

À un moment où l'on parle beaucoup de fiscalité, il m'a semblé utile de faire un point sur la TVA, tout d'abord pour en rappeler le fonctionnement et ensuite pour évoquer la fraude, d'autant que l'Europe semble s'être décidée à passer à l'offensive sur cette question. Ce sujet sera du reste l'un de ceux que je traiterai dans mon prochain livre grand public, qui paraîtra début mars 2018 et dont j'aurai l'occasion de vous reparler... Mais en attendant, si vous cherchez un cadeau de Noël économique, il reste mon précédent livre Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition.

 

La TVA

 

Plutôt qu'un long texte, je vous propose cette petite vidéo très pédagogique pour comprendre le fonctionnement de la TVA :

La fraude à la TVA

 

Le lecteur aura bien compris à ce stade, que la fraude à la TVA consiste soit à ne pas déclarer toutes les sommes sur lesquelles porte la TVA soit tout simplement à se soustraire au paiement de celle-ci par divers moyens. Corruption, omission, manipulation, difficile de connaître précisément la part de chacun... Mais au total, selon une note du service de la gestion fiscale de Bercy parue en 2015, la fraude à la TVA pèserait près de 17 milliards d'euros par an, soit plus que les 14 milliards officiellement avancés par le ministère des finances.

 

 

[ Source : Le Point ]

 

Au niveau européen, la Commission a rendu il y a quelque temps un rapport qui cherchait à chiffrer l'écart entre le montant de la TVA attendu et celui réellement obtenu par les États, différence appelée VAT gap dans le tableau ci-dessous :

 

 

[ Source : Study and Reports on the VAT Gap in the EU-28 Member States - 2017 Final Report ]

 

Au total, ce sont plus de 152 milliards d'euros de TVA (12,8 % des recettes de TVA) que les 28 États membres de l'UE ont perdu, dont 50 milliards rien qu'en raison de la fraude au carrousel dont nous allons dire un mot plus loin. La France se situe à un niveau médian, avec environ 12 % d'écart entre les recettes effectives de TVA et celles espérées, soit un manque à gagner annuel de 20 milliards d'euros :

 

 

[ Source : Study and Reports on the VAT Gap in the EU-28 Member States - 2017 Final Report ]

 

La fraude au carrousel de TVA

 

Cette fraude consiste à obtenir un versement de TVA dans le cadre d'un échange marchand de bien entre deux entreprises situées dans au moins deux États différentes de l'UE, alors que la TVA n'a pas été versée au fisc. Sur un exemple, le mécanisme sera plus clair :

 

 

[ Source : La Croix ]

 

Pour la petite histoire, il n'y a guère longtemps, certains escrocs avaient même réussi à pratiquer ce genre de mécanisme avec les quotas de CO2...

Les propositions de la Commission européenne

 

Face à des budgets sinon exsangues au moins très serrés, la Commission européenne s'est lancée dans une violente diatribe contre la fraude à la TVA, accusée entre autres de financer le terrorisme. Il est vrai que le régime européen de TVA, certes bien plus intégré qu'on ne l'imagine parfois, n'a guère évolué depuis l'entrée en vigueur du traité de Maastricht en 1993. De plus, avec 28 régimes fiscaux différents et l'extrême difficulté qu'il y a à suivre les échanges transnationaux, les mafias et autres réseaux du grand banditisme ont tout loisir de mettre en œuvre des fraudes élaborées.

 

C'est pourquoi, après un premier coup d'épée dans l'eau contre la fraude à la TVA l'année dernière, la Commission européenne ressort l'arme du fourreau et souhaite désormais proposer au plus vite un projet de loi.

 

L'idée est assez simple à comprendre : puisque les exportations ne sont actuellement pas taxées lorsqu'il s'agit d'une exportation entre pays de l'UE, il s'agit de chercher à collecter la TVA directement dans le pays qui exporte le bien, en passant par une sorte de guichet unique auprès duquel les entreprises qui exportent et importent devront déclarer leurs transactions. La TVA serait alors versée au pays du consommateur final, selon le taux en vigueur dans celui-ci, puis chaque État verserait aux autres le montant de TVA qui leur est dû comme c'est déjà le cas dans les services numériques.

 

Mais pour ce faire, il faut obtenir l'unanimité des États membres...

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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 11:22

 

 

J'ai souvent parlé de déflation sur ce blog ces dernières années, mais il m'a semblé utile de revenir aujourd'hui sur le phénomène opposé : l'inflation. En effet, si la plupart des gens comprennent que la Banque centrale européenne (BCE) a pour mission principale la stabilité des prix, ils se demandent souvent pourquoi l'objectif d'inflation est de 2 % et non 0 % comme on pourrait s'y attendre. C'est tout l'objet de ce billet !

 

La mission de la BCE

 

L’article 127, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne définit l’objectif principal de l’Eurosystème :

 

« L’objectif principal du Système européen de banques centrales [...] est de maintenir la stabilité des prixSans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l'Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l'Union, tels que définis à l'article 3 du traité sur l'Union européenne. Le SEBC agit conformément au principe d'une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, en favorisant une allocation efficace des ressources et en respectant les principes fixés à l'article 119 ».

 

Autrement dit, la BCE part du postulat que l'économie de marché où règne une concurrence libre est un modèle d'efficacité et prospérité vers lequel il faut tendre, et que l'un des moyens d'y arriver et de lutter contre l'inflation (hausse généralisée des prix) et la déflation (baisse généralisée des prix). Plus précisément, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne vise à maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.

 

L'inflation dans la zone euro

 

Le graphique ci-dessous montre que le taux d'inflation au sein de la zone euro a reculé entre 2011 et 2015, au point de laisser entrevoir le risque d'une déflation. Mais depuis 2016, il repart de nouveau à la hausse (certes assez faiblement et manque par conséquent l'objectif des 2 %), en raison d'une petite embellie économique, d'un faible relâchement de l'austérité dans plusieurs pays et d'une politique monétaire ultra-accommodante (taux d'intérêt très bas, quantitative easing).

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

En regardant en coupe, pays par pays, il apparaît que la zone euro est constituée de d'économies hétérogènes, ce qui complique sérieusement la mise en œuvre d'une politique monétaire unique pour ces 19 pays :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

L'inflation en France

 

En France aussi le taux d'inflation reste bien en deçà de la barre des 2 % et ne progresse guère qu'au rythme des accélérations des prix de l'énergie et des services :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Pourquoi la BCE vise-t-elle un taux d'inflation de 2 % ?

 

La BCE surveille bien entendu le taux d'inflation totale, mais également le taux d'inflation sous-jacente, qui exclut les prix des produits les plus volatils comme l'énergie et dépend des hausses de salaires. Or, pour l'instant l'évolution de ces derniers est bien trop sage au sein de la zone euro :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

D'où une inflation sous-jacente inférieure à 1,5 % en taux :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

C'est pourquoi Mario Draghi se refuse pour l'instant à resserrer trop fortement la politique monétaire. Mais pourquoi viser à moyen terme un taux d'inflation totale proche de 2 % et pas 0 % ? Tout d'abord, un taux d'inflation trop faible peut très vite déboucher sur un risque de déflation, c'est-à-dire de baisse généralisée et auto-entretenue des prix. Et face à cette spirale déflationniste, les Banques centrales ne peuvent plus user du taux d’intérêt, d’autant qu’ils sont souvent déjà très bas, et l’économie peut alors très vite entrer en dépression. Viser 2 % d'inflation représente en quelque sorte un matelas que s'accorde la BCE pour éviter la déflation, phénomène contre lequel elle est bien démunie lorsqu'il se matérialise.

 

De plus, avec un peu d'inflation, les taux d'intérêt seront plus élevés, ce qui offre la possibilité de les baisser en cas de crise. C'est d'ailleurs pour cette raison que la Banque centrale américaine (Fed) se dépêche de remonter ses taux d'intérêt directeurs à défaut d'attendre que l'inflation le fasse, afin de faire quelques réserves de cartouches pour la prochaine crise, car il est à peu près acquis que les États-Unis sont très proches du haut de leur cycle et qu'un ralentissement est à envisager sérieusement...

 

En outre, si l'on part de l'hypothèse très souvent vérifiée que les salaires nominaux (et la plupart des prix nominaux du reste) sont difficiles à faire baisser, alors un faible taux d'inflation globale ne permet pas de faire baisser les salaires et les prix réels, ce qui complique grandement les ajustements sur les marchés.

 

Enfin, si l'on revient un instant à l'inflation sous-jacente, une faible évolution de celle-ci peut conduire au recul des prix industriels, car ils augmentent en général moins vite que ceux des services. Ce serait évidemment une très mauvaise nouvelle si l'industrie voyait ses prix reculer au moment où tout le monde s'active pour en sauver quelques restes, puisque cela signifierait une baisse du chiffre d'affaires et partant des difficultés en matière d'investissement et d'emplois.

 

En définitive, contrairement à l'intuition qui voudrait que l'objectif de stabilité des prix se traduise par un taux d'inflation nul, la Banque centrale vise plutôt un taux inférieur mais proche de 2 % à moyen terme, afin d'éviter le risque de déflation contre lequel elle est bien démunie. Hélas, la politique non conventionnelle mise en place par la BCE pour y parvenir contient également en germe la prochaine crise...

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24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 12:43

 

 

S'il y a un sujet qui attise les oppositions de principe, c'est bien celui de la dette publique. J'ai encore eu l'occasion de m'en rendre compte dernièrement lors d'une conférence fort intéressante, mais où les avis sur la question étaient bien tranchés... Le billet d'aujourd'hui sera donc consacré à la monétisation des dettes publiques via l'assouplissement quantitatif (quantitative easing) de la BCE. Il s'agira surtout de montrer pourquoi les Allemands en ont fait un chiffon rouge, au moment où rien ne va plus chez eux sur le plan politique et où l'Europe se désagrège sans que personne n'y prête attention...

 

La dette publique au sein de la zone euro

 

Commençons par ce graphique, qui en dit plus qu'un long texte :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Ainsi, à la fin du premier trimestre 2017, le ratio de la dette publique par rapport au PIB s'est établi à 89,5 % dans la zone euro, ce qui démontre au passage que sauf à espérer le retour d'une croissance fulgurante ou une inflation très forte, la question des dettes publiques ne pourra se régler que par une annulation partielle de celles-ci.

 

Mais chut ! Ne gâchons pas le travail des chargés de communication, qui se démènent afin de nous rassurer sur la pérennité d'un monde qui marche pourtant sur la tête avec des taux d'intérêt négatifs, une monnaie unique laissée en roue libre, une liquidité surabondante entraînant la formation de bulles, etc.

 

La dynamique de la dette publique

 

Fondamentalement, la dynamique de la dette publique dépend de son niveau et du différentiel (taux d'intérêt réel - taux de croissance). Et c'est peu dire que les dernières années, les États ont pu profiter de la politique ultra-expansionniste menée par la BCE, qui s'est traduite par une baisse des taux d'intérêt à long terme sur la dette publique et en tout état de cause une croissance (même très faible) supérieure aux taux d'intérêt, rendant supportable même des niveaux d'endettements publics très élevés comme en Italie ou en Espagne.

 

Or, l'assouplissement quantitatif mené par la BCE a vocation à s'arrêter un jour (prochain). À ce moment, si la hausse des taux d'intérêt fait craindre aux investisseurs un niveau insupportable du remboursement de la dette publique dans le budget des États, alors se déclenchera une nouvelle crise de la dette publique au sein de la zone euro. En effet, si le taux d’intérêt à long terme devient supérieur au taux d’intérêt moyen sur la dette, le paiement des intérêts sur la dette publique augmentera.

 

Pour ceux que la technique intéresse, on peut montrer que l’excédent budgétaire primaire (c'est-à-dire hors remboursement de la dette publique) nécessaire pour stabiliser le taux d’endettement public est donné par la formule suivante :


Excédent budgétaire primaire = dette publique x (taux d’intérêt à long terme - taux de croissance), où la dette publique est exprimée en % du PIB.

 

La monétisation des dettes publiques

 

Pour solvabiliser des États en difficultés financières, la tentation est alors grande de monétiser leur dette publique, c'est-à-dire d'autoriser la Banque centrale à acheter les titres de la dette contre création monétaire, ce qui est interdit par les traités européens. D'où les cris d'orfraie des dirigeants politiques allemands, qui voient dans le Quantitative Easing une monétisation déguisée des dettes publiques de la zone euro.

 

La Cour Constitutionnelle de Karlsruhe a ainsi de nouveau été saisie de la question de la conformité de l'assouplissement quantitatif avec les statuts de la BCE, comme ce fut déjà le cas pour d'autres programmes de la BCE comme l'OMT (achat par la BCE sur le marché secondaire d'obligations publiques d'États en difficulté). Systématiquement, la Cour de Karlsruhe renvoie la patate chaude à la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), qui contorsionne autant que faire se peut les textes juridiques afin de ne pas déclarer le montage illégal.

 

Mais les Allemands ont-ils raison de dire que la BCE monétise des dettes publiques ? En fait... oui ! Il suffit pour s'en convaincre de comprendre les coulisses de fonctionnement du quantitative easing. Tout d'abord, les Banques centrales des pays de la zone euro achètent des titres de dettes publiques en créant de la monnaie et touchent donc les intérêts sur ces titres. Or, les Banques Centrales des pays de la zone euro reversent leurs profits aux États, ce qui dans le cas présent signifie simplement que les paiements d’intérêts sur la dette publique faits par l’État à la Banque Centrale sont en fin de compte rendus par la Banques Centrale à l’État !

 

La boucle est bouclée ! Autrement dit, la dette publique est devenue gratuite pour l'État en question, ce qui correspond bien à une monétisation de la dette publique par la Banque centrale...

 

Avantages et inconvénients de la monétisation des dettes publiques

 

Certes la politique de taux d'intérêt bas a redonné du pouvoir d'achat aux emprunteurs. La monétisation des dettes publiques par la BCE aura, quant à elle, permis de solvabiliser les États en difficultés financières, donc d'éviter au moins à court terme, une nouvelle crise des dettes au sein de la zone euro. Mais le danger est grand que les gouvernements ne prennent pas ce mécanisme pour ce qu'il est, à savoir un répit pour engager les réformes nécessaires à la soutenabilité de leur dette publique. Les économistes parlent alors d'un risque d'aléa moral, pour décrire cette situation où les gouvernements pourraient être incités à mener des politiques budgétaires très expansionnistes (hausse des dépenses publiques ou baisses des impôts), puisqu'ils savent que la Banque centrale monétisera les dettes publiques. 

 

A contrario, la politique monétaire menée par la BCE aura conduit à un écrasement des primes de risque sur de nombreux titres de dettes, ce qui fausse la perception globale du risque de leur portefeuille par les investisseurs. Quant à toutes les liquidités créées, certes d'aucuns redoutent un retour d'une inflation monétaire forte, mais c'est oublier qu'elles auront surtout servi à créer des bulles sur les actifs en particulier sur l'immobilier et les actions, comme j'en avais parlé dans ce billet.

 

En définitive, il faut toujours se méfier de ces politiques monétaires menées au bazooka, car elles ont beaucoup d'effets pervers qui n'apparaissent que bien plus tard. Toujours est-il que par sa position sur la question, l'Allemagne rappelle qu'elle est pour une Europe des règles et non une Europe de la solidarité... Un message qu'Emmanuel Macron devrait comprendre !

 

P.S : l'image de ce billet provient du site www.innovationstory.fr

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