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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 12:49

 

 

Hier s'est ouverte la 14e édition de la Semaine pour la qualité de vie au travail, organisée par l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail (Anact), sur fond de réforme du Code du travail. Or, derrière les beaux discours qui font de la future loi travail un instrument du progrès, toutes les questions de qualité du travail, de déclassement, de perte de sens, de souffrances au travail sont tout simplement escamotées. Ce sont pourtant-là les points les plus importants d'une réforme sérieuse du marché du travail, car certains semblent oublier d'une part que les salariés sont avant tout des êtres humains et d'autre part que la santé et la qualité de vie au travail comptent beaucoup dans l'efficacité productive !

 

La future loi travail

 

Emmanuel Macron a choisi de réformer casser le Code du travail par ordonnances :

 

 

[ Source : JDD ]

 

Dans les détails, les principales réformes sont les suivantes :

 

 

[ Source : France Culture ]

 

La flexisécurité

 

La flexisécurité, maître mot de cette réforme, désigne une forme d'organisation du marché du travail qui cherche à concilier la flexibilité souhaitée par les employeurs avec la sécurité désirée par les travailleurs. Elle associe par conséquent faible protection des emplois (=flexibilité) et soutien au retour à l’emploi des chômeurs (sécurité).

 

Hélas, au vu de la situation sur le front du chômage, qui affaiblit fortement la capacité de négociation des travailleurs, il est désormais assez simple d'obtenir la flexibilité par une réduction de la protection de l'emploi, une réduction des coûts de licenciements par le plafonnement des indemnités prud'homales, des négociations salariales ramenées au niveau de chaque entreprise, etc.

 

La future loi travail évoqué ci-dessus s'inscrit clairement dans cet objectif de flexibilisation, même si la communication gouvernementale n'a de cesse de vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes. En effet, au lieu d'avouer que le but poursuivi est à l'évidence l'augmentation des profits au travers de la précarisation (flexibilisation), le gouvernement ne cesse de mettre en avant les nouvelles possibilités de négociations au sein des entreprises, négligeant de la sorte la réalité des rapports de force dans le monde du travail. Le contrat de travail n'est pas un simple contrat d'association entre égaux, mais bien un contrat de subordination entre un employeur et un employé. Mais il est tellement plus simple d'instiller l'idée d'un monde apaisé où tous les salariés ne seraient au fond que des collaborateurs de leur patron...

 

Bien entendu, une fois obtenu très rapidement l'avers flexibilité de la pièce flexisécurité, le verso sécurité est beaucoup plus long à mettre en oeuvre (s'il l'est jamais...), ce qui ne manquera pas de créer beaucoup de chômage dans l'intermède, d'autant que la question de la faiblesse du niveau de gamme en France par rapport aux coûts de production reste pendante...

 

La flexisécurité est donc un excellent moyen de réduire le taux de chômage, mais au prix d'une omerta sur toutes les questions de qualité de l'emploi, de déclassement professionnel et de mal-être au travail !  On notera à ce propos l'excellente tribune dans le Monde de Marie Wierink, chercheur à l'IRES, qui montrait que les réformes du marché du travail aux Pays-Bas, très proches de celles dont rêve Macron, ont eu un bilan désastreux...

 

Des opposants de plus en plus nombreux

 

Au début de l'été, le gouvernement laissait entendre qu'une majorité de Français souhaitaient cette réforme du travail. Ce faisant, il oubliait un peu vite que si Emmanuel Macron a été élu président de la République, il l'a été avec seulement 24 % des exprimés au premier tour, talonné de très près par des candidats tant de l'extrême gauche, que de la droite et de l'extrême droite. Bref, contrairement à la petite histoire que l'on nous serine, Macron n'a pas été porté par une ferveur populaire...

 

Quant aux élections législatives, l'abstention (déjà très présente au second tour de l'élection présidentielle) démontre par l'absurde l'existence d'un (re)sentiment diffus à l'égard d'un mode de fonctionnement électoral qui fait la part belle au vainqueur et ne laisse que des miettes aux autres candidats. Mais emportés par une vague de passion collective dont Simone Weil nous montrait tout le danger, les rares électeurs semblaient prêts à voter pour n'importe quel candidat affublé de la couleur orange LREM, quitte à oublier la loi El Khomri, simple préfiguration de l'horreur de la prochaine loi travail. Ils ne semblaient même plus se souvenir que le député, bien qu'élu dans une circonscription, est un représentant de la nation et donc qu'il n'a pas vocation à oeuvrer au niveau local (sauf pour sa réélection...) mais bien à voter les lois !

 

Mais depuis, le réveil a été douloureux, car passée l'euphorie estivale les cigales ont bien été contraintes de revenir à la noire réalité. Rien d'étonnant donc à ce qu'un sondage Harris Interactive pour LCP montre que l'opposition à la réforme du travail a augmenté sensiblement depuis l'été pour atteindre désormais 65 % des sondés !

 

 

[ Source : Harris interactive ]

 

La perte de sens et le mal-être au travail

 

À force de n'évoquer le chômage que sous l'angle de son taux, on finit par occulter toutes les questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel, qui expliquent le malaise grandissant ressenti par les salariés ravalés au rang de simples exécutants numérotés d'un programme d'ensemble voué tout entier à l'efficacité, c'est-à-dire prosaïquement au rendement. C'est ce que montre l'excellente enquête d'Élise Lucet consacrée à l'univers impitoyable du travail, qui n'est alors plus que la déclinaison moderne de l'instrument de torture tripalium :

Mais il ne faudrait pas en déduire que la malaise ne touche que les salariés peu qualifiés. Au contraire, l'introduction des méthodes de management des entreprises privées dans les services publics a déjà fait d'énormes dégâts les dernières années, en particulier dans le monde de la santé soumis à des ratios de rendement qui font fi de l'humain... alors même que l'humain est à la base de ces professions !

 

Dans le documentaire ci-dessous, diffusé il y a peu sur Arte, on voit combien la souffrance à l'hôpital affleure tant du côté des soignants que des soignés, au point de faire de ce huis clos le lieu où s'exprime un état d'urgence ignoré par le politique et où la perte de sens du travail risque de faire sombrer un personnel déjà débordé... On notera que face au mal-être grandissant des soignants, la réponse apportée par la direction de l'hôpital est à l'image du management d'une entreprise privée : audit confié à une société extérieure, réunionite aiguë pour brasser du vent, pour finalement perdre de vue au fur et à mesure la véritable nature du problème au profit d'une simple recherche d'efficacité dans le fonctionnement. Face à tant de mépris, la seule réponse après les arrêts maladie (épuisement, burn-out, ou quel que soit le nom qu'on lui donne) reste hélas la violence verbale et physique...

La société est donc devenue malade de la gestion, pour reprendre un titre d'un excellent livre de Vincent de Gaulejac, ce qui signifie qu'il existe un projet politique visant à confier aux bons soins de la logique de marché des pans entiers de notre société qui devraient normalement lui échapper. Tel est le cas de la médecine, de l'instruction, etc. qui font désormais leur entrée dans la guerre économique où s'expriment avant tout les intérêts particuliers financiers et narcissiques.

 

Quelques indicateurs chiffrés

 

Une étude menée en 2014 par le cabinet Technologia a conclu que 3,2 millions d'actifs occupés seraient en situation de travail excessif et compulsif, ce qui pourrait conduire au burn-out :

 

 

[ Source : Technologia ]

 

Un indice du bien-être au travail (IBET), compris entre 0 et 1, a été créé par le groupe de prévoyance Apicil et le cabinet de conseil en RSE Mozart Consulting, afin de chercher à chiffrer l'évolution du climat social au sein d'une entreprise en tenant compte des arrêts maladie, de l'absentéisme, du stress, des démissions, des retards, de l'épuisement... En 2017, l'IBET de la France s'établit à 0,75, ce qui signifie une perte de valeur ajoutée de 25 %.

 

 

[ Source : APICIL ]

 

Selon les résultats de l'IBET 2017, le coût global du mal-être au travail serait de 12 600 € par an et par salarié :

 

 

[ Source : APICIL ]

 

Hélas, de ces problèmes il n'est évidemment pas question dans la future loi travail, d'autant que le compte pénibilité sera réduit à sa portion congrue. Le gouvernement considère certainement, à tort, que l'accord national interprofessionnel de 2013 - qui fait de la qualité de vie au travail un sujet du dialogue social - et la loi Rebsamen de 2015 suffisent pour répondre à cette vaste problématique. Des mots pour répondre à des maux ?

 

En tout état de cause, le travail version Macron, relégué à une simple mobilisation du capital humain, continuera à perdre sa signification sociale jusqu'au jour où il sera passé par pertes et profits dans le bilan de France SA !  L'ubérisation sera alors érigée en unique programme de société, mais ses dégâts seront bien cachés dans un premier temps derrière le faux nez des start-up triomphantes, avant que l'édifice précaire et précarisé ne s'effondre d'un tenant. 

 

La novlangue du management

 

Pour faire oublier les graves problèmes que rencontrent les salariés et les non-salariés au travail, l'une des méthodes consiste à en dénier la réalité par la création d'une novlangue positive. Ce faisant, l'on gomme toutes les aspérités pour ne conserver que des termes vides de sens :

 

        Avant on disait...              Maintenant on dit...
EmployéCollaborateur
licencierRemercier
Être au chômageÊtre en transition professionnelle
Mon chefMon N+1
Rendre compteFaire un retour
Le personnelLes ressources humaines

 

Vous noterez que pour donner le sentiment d'une normalité à ces mots, c'est-à-dire renforcer l'illusion que tout le monde les utilise dans le monde et donc qu'ils correspondent à une réalité tangible, ils sont le plus souvent écrits en anglais :

 

En français on disait...En franglais on dit...
le plus tôt possible                  ASAP                    
Diriger une entrepriseManager une business unit
RéfléchirBrainstormer
Voir ce que font les concurrentsBenchmarker

 

En définitive, si l'on n'y prend garde, la perte de sens et la souffrance au travail vont finir par atteindre des seuils insoutenables, que même les mots creux du management et les beaux discours ne pourront plus cacher. Mais le taux de chômage sera au plus bas et certains politiques considéreront que c'est déjà bien assez... Au fond, la régression aura été poussée tellement loin, que nous aurons fait un bond d'un siècle en arrière et certains ne manqueront pas de qualifier cette évolution de progrès ! Triste et cynique à la fois...

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28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 13:58

 

 

J'ai souvent évoqué sur ce blog l'énorme excédent commercial allemand et celui de la zone euro, sujets au demeurant très proches. Mais aujourd'hui, après un précédent billet consacré à la concurrence mortifère au sein de la zone euro, nous allons nous focaliser sur le déficit commercial de la France en nous appuyant sur les chiffres de l'année 2015, publiés par l'INSEE en mars 2017.

 

Quelques définitions utiles

 

La balance commerciale est  le compte qui retrace la valeur des biens exportés et la valeur des biens importés sur la base des statistiques douanières. Le solde du commerce extérieur est la différence entre la valeur des exportations et celle des importations. Si celui-ci est positif on parle d'excédent commercial, sinon il s'agit d'un déficit commercial.

 

Le taux de couverture du commerce extérieur est le rapport entre la valeur des exportations et celle des importations :

 

 

* lorsque le taux de couverture est inférieur à 1, la balance commerciale est déficitaire ;

 

 * lorsque le taux de couverture est égal à 1, la balance commerciale est équilibrée ;

 

 * lorsque le taux de couverture est supérieur à 1, la balance commerciale est excédentaire.

 

Notons que la balance commerciale, et donc le taux de couverture, peut être relative à un produit ou à l'ensemble des échanges de produits. Contrairement à d'autres pays, en France la balance commerciale ne couvre que les biens, les services étant pris en compte dans la balance des invisibles.

 

Le déficit commercial de la France

 

Commençons par ce graphique qui présente l'évolution du solde commercial de la France depuis 1950 :

 

 

[ Source : INSEE - Tableau de l'économie française 2017 ]

 

La France fait donc face à un déficit commercial depuis 2004, ce qui signifie par conséquent qu'elle importe plus de biens qu'elle n'en exporte. Autrement dit, son taux de couverture est inférieur à 1, comme le montre le graphique suivant :

 

 

[ Source : INSEE - Tableau de l'économie française 2017 ]

 

Pour finir, le graphique ci-dessous présente le solde de la balance commerciale pour plusieurs pays de l'UE. Il faut néanmoins rester prudent sur l'interprétation de ces chiffres, puisqu'ils ne tiennent pas définition pas compte des services et ne permettent certainement pas de conclure qu'en Allemagne tout va bien et qu'à l'inverse au Royaume-Uni tout va mal, comme je l'expliquais dans mon livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées.

 

 

[ Source : INSEE - Tableau de l'économie française 2017 ]

 

La structure géographique du déficit commercial de la France

 

Ce qui compte vraiment, c'est le solde des biens et des services, mais plutôt hors énergie, puisqu'en l'état actuel des choses la France est contrainte d'importer le pétrole nécessaire à l'activité.

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Sur la période 1998 - 2016, l'on obtient l'évolution suivante :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Ainsi, le déficit extérieur de la France (biens + services) hors énergie se dégrade tendanciellement en particulier pour le secteur de l'industrie, alors même que l'euro s'est déprécié contre le dollar sur cette période, ce qui aurait dû soutenir les exportations françaises dans la mesure où plus de 50 % des exportations de la France sont faites avec des pays hors zone euro.

 

Le tableau ci-dessous montre, quant à lui, que le solde extérieur est négatif notamment pour les biens d'équipement, les biens de consommation et le matériel de transport, ce qui démontre les problèmes de compétitivité-coût de nos entreprises industrielles au vu de leur niveau de gamme.

 

 

[ Source : INSEE - Tableau de l'économie française 2017 ]

 

La structure géographique du déficit commercial de la France

 

En 2015, selon l'INSEE, les principaux déficits bilatéraux de la France sont avec les pays suivants :

 

 

[ Source : INSEE - Tableau de l'économie française 2017 ]

 

Mais la France réalise aussi des excédents bilatéraux parfois importants, notamment avec le Royaume-Uni, que la France ne cesse pourtant de houspiller depuis sa volonté de mettre en oeuvre le Brexit :

 

 

[ Source : INSEE - Tableau de l'économie française 2017 ]

 

Les graphiques ci-dessous confirment que l'essentiel du déficit extérieur des biens et services hors énergie sur plus longue période se fait vis-à-vis des autres pays de la zone euro et de la Chine :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Pour faire face à ce solde extérieur structurellement déficitaire sur les biens industriels, soit il faut baisser les coûts de production ce qui revient hélas à baisser les salaires (avec son lot de flexibilisation et de misère dont j'ai parlé ici et ), soit il faut chercher à monter le niveau de gamme de la production afin de s'affranchir des questions de prix et se focaliser sur la qualité.

 

Hélas, la deuxième option prend du temps, beaucoup de temps, et pendant ce temps les problèmes de compétitivité, largement sans solution en l'état actuel (voir cet article), emportent nos industries corps et biens (âmes ?). D'où la question d'une sortie de l'euro souvent évoquer pour retrouver des marges de manoeuvre...

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 11:00

 

 

N'en déplaise à certains qui veulent à tout prix se persuader que la zone euro va bien, les nuages noirs ne cessent de s'accumuler pour la bonne raison que l'idéologie qui sous-tend les choix économiques ne pense l'économie qu'au travers du prisme de la concurrence plus ou moins parfaite.

 

C'est pourquoi, après une série de billets sur les principaux problèmes rencontrés par l'économie européenne (les scandales en cascade à la Commission, la crise bancaire imminente, la réalité du travail détaché au sein de l'UE, les conséquences du passage à une économie de service, la segmentation des marchés financiers européens, le retour de la crise grecque, la fin du mythe économique allemand, l'énorme excédent extérieur de la zone euro, les problèmes de compétitivité-coût au sein de la zone euro et  la sortie de l'euro) nous allons aujourd'hui remonter à la racine du mal...

 

La concurrence érigée en principe cardinal

 

Dès l'origine, en 1957, le Traité de Rome disposait :

 

 * article 85 : "Sont incompatibles avec le marché commun et interdits tous accords entre entreprises, toutes décisions d'associations d'entreprises et toutes pratiques concertées, qui sont susceptibles d'affecter le commerce entre États membres et qui ont pour objet ou pour effet d'empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence à l'intérieur du Marché commun, et notamment ceux qui consistent à :

a) fixer de façon directe ou indirecte les prix d'achat ou de vente ou d'autres conditions de transaction ;

b) limiter ou contrôler la production, les débouchés, le développement technique ou les investissements ;

c) répartir les marchés ou les sources d'approvisionnement ;

d) appliquer, à l'égard de partenaires commerciaux, des conditions inégales à des prestations équivalentes en leur infligeant de ce fait un désavantage dans la concurrence ;

e) subordonner la conclusion de contrats à l'acceptation, par les partenaires, de prestations supplémentaires qui, par leur nature ou selon les usages commerciaux, n'ont pas de lien avec l'objet de ces contrats" ;

 

 * article 110 : "En établissant une union douanière entre eux, les États membres entendent contribuer, conformément à l'intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et à la réduction des barrières douanières. La politique commerciale commune tient compte de l'incidence favorable que la suppression des droits entre les États membres peut exercer sur l'accroissement de la force concurrentielle des entreprises de ces États" ;

 

 * article 112 : "Sans préjudice des engagements assumés par les États membres dans le cadre d'autres organisations internationales, les régimes d'aides accordées par les États membres aux exportations vers les pays tiers sont progressivement harmonisés avant la fin de la période de transition, dans la mesure nécessaire pour éviter que la concurrence entre les entreprises de la Communauté soit faussée".

 

Aujourd'hui, c'est encore plus clair, puisque l’article 3 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) confère une compétence exclusive à l’Union européenne en matière d’établissement des règles de concurrence. C'est précisément ce que l'on appelle la politique de concurrence de l'UE et qui part d'un principe vicié comme on peut hélas le lire sur le site de la Représentation française auprès de l'UE : "dans une économie de marché, la concurrence est la situation dans laquelle les acteurs peuvent librement échanger. Dans ce cadre, la politique de concurrence est un moyen d’accroître les richesses et d’atteindre un niveau de prix optimal". Pas un mot sur le bien-être de ceux qui créent ces richesses au sein des entreprises, des administrations ou ailleurs...

 

Bien entendu, nul n'est contre une certaine dose de concurrence afin d'éviter lorsque c'est nécessaire les monopoles et oligopoles, bref les pouvoirs de marché, mais faut-il pour autant créer les conditions de la guerre de tous contre tous ? Entre les deux extrêmes il y a de la marge...

 

Maurice Allais et le "laissez-fairisme"

 

Pour comprendre combien ce principe de libre-concurrence est réputé indiscutable au sein de l'Union européenne, il suffit de garder à l'esprit que Maurice Allais, grand économiste titulaire du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, n'a quasiment jamais été appelé à s'exprimer dans les grands médias depuis qu'il dénonçait les méfaits de cette politique de libéralisation à outrance basée sur la concurrence parfaite.

 

Seul le journal l'Huma lui avait concédé une longue et pertinente entrevue publiée pendant la campagne pour la Constitution européenne de 2005, qui mérite vraiment le détour. En effet, il expliquait avec brio comment le mot libéralisme est devenu synonyme de "laissez-fairisme" et pourquoi le projet de Constitution européenne (rejeté par référendum en France), en fait de protéger contre les excès du libéralisme, "institutionnalise la suppression de toute protection des économies nationales de l’Union européenne". Avec pour résultante la destruction de l'industrie et le chômage de masse !

 

Anticipant la réalité de ce que serait la concurrence commerciale avec des pays à très faibles coûts de la main-d'oeuvre comme la Chine ou l'Inde, Maurice Allais rappelait fort à propos qu'une "mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes, ne peut qu’entraîner finalement partout, dans les pays développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable". Il ajoutait même que la mondialisation ne profitait au fond qu'aux multinationales, ce que nombre de chefs de petites entreprises ont depuis compris à leurs dépens.

 

Quant à ceux qui répétaient déjà en ce temps-là (2005) que la France n'a pas d'avenir sans l'UE, Maurice Allais répondait de manière intelligente : "il est bien certain que la France ne peut avoir d’avenir que dans le cadre européen, mais ce cadre ne saurait se réduire ni à la domination illimitée et irresponsable des nouveaux apparatchiks de Bruxelles, ni à une vaste zone de libre-échange mondialiste ouverte à tous les vents, ni à une domination de fait des États-Unis, eux-mêmes dominés par le pouvoir plus ou moins occulte, mais très puissant, des sociétés multinationales américaines". Le nouveau président de la République française, tout acquis à la mondialisation heureuse, devrait peut-être prendre le temps d'y réfléchir...

 

En tout état de cause, on comprend mieux pourquoi un libéral comme lui s'est attiré très vite les foudres des docteurs Diafoirus de la concurrence...

 

La concurrence par les coûts et la fiscalité au sein de la zone euro

 

Naguère, les problèmes de compétitivité-coût entre nations se réglaient par des dévaluations, bref par des modifications des prix extérieurs liés aux taux de change. Le passage a une monnaie unique ne permet évidemment plus d'utiliser cet instrument de politique économique, bien que les différentiels de compétitivité demeurent très importants entre les États membres de la zone euro. La meilleure solution pour corriger l'hétérogénéité des économies de la zone euro consisterait à disposer d'un mécanisme de transferts de revenus entre États, ce qui revient à parler de fédéralisme européen, c'est-à-dire de l'Arlésienne.

 

Dès lors, l'absence d'ajustement par les taux de change oblige dans les faits les gouvernements à pratiquer des dévaluations internes lorsque leur balance extérieure est trop déséquilibrée. Cette dévaluation interne, ou ajustement nominal, consiste en une baisse de coûts salariaux et des prix dans le but d'améliorer la compétitivité d'un pays. En théorie, comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et la compétitivité s'améliore à l'export. Mais, ce remède de cheval, contrairement aux attentes, conduit le plus souvent à l'effondrement de la demande des ménages en raison de la baisse des salaires réels. Cela débouche alors sur une compression de l'activité et donc sur une hausse du chômage.

 

En résumé, l'ajustement par les coûts de production (graphique 1) et la fiscalité (graphique 2 et 3) s'est substitué à celui par les taux de change, ce qui est bien entendu non coopératif au sein de la zone euro.

 

Graphique 1

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Graphique 2

 

 

[ Source : Challenge ]

 

Graphique 3

 

 

[ Source : Challenge ]

 

Ce que les partisans de la concurrence libre, qui sont aussi souvent les mêmes qui réclament la libéralisation à outrance et la flexibilité (flexisécurité de manière méliorative), omettent de préciser, c'est que tout cela aura à terme des conséquences graves sur l'économie française. En effet, s'il s'agit d'abaisser la fiscalité dans le cadre d'une course à l'échalote et de réduire les coûts de production pour être compétitifs face aux pays comme l'Espagne qui ont des niveaux de gamme proches des nôtres, alors il faudra compter avec des baisses de salaire de l'ordre de 15 % en France et des baisses de dépenses publiques de plus de 5 % ! Je souhaite beaucoup de bonheur au gouvernement pour annoncer cela aux salariés français...

 

Pourtant, afin d'éviter la dépression dans la zone euro, il suffirait d'un minimum de coordination entre les politiques économiques des États membres lorsqu’elles génèrent des externalités comme c'est le cas de la fiscalité. Hélas, à l'ère du chacun pour soi à moins que ce ne soit l'ère du vide, les États européens, pourtant si prompts à donner des leçons dans le monde, ont délibérément choisi de s'engager dans une concurrence fiscale les uns avec les autres au point même de monter les salariés les uns contre les autres au niveau européen dans le cadre du détachement.

 

En définitive, le rêve d'une zone euro construite sur la solidarité entre les peuples s'écrase une nouvelle fois contre le mur de la réalité économique. Flexibilité et concurrence à outrance sont les deux mamelles du dogmatisme qui va tirer par le fond nos entreprises et conduire à la misère salariale. Mais bien entendu, il n'est pas question de modifier une politique qui donne d'aussi mauvais résultats, puisque pour l'instant quelques multinationales en profitent !

 

P.S : l'image de ce billet provient de ce blog : http://blog.octo.com

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 10:47

 

 

Depuis 7 ans, j'assure la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs de l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach. L'UPT propose en effet, en partenariat avec la mairie de Forbach, la communauté d'agglomération Forbach Porte de France et la politique de la ville, une aide aux devoirs pour les collégiens et les lycéens de la ville de Forbach pour seulement 10 € par an ! Est-il nécessaire de rappeler qu'il ne s'agit pas d'une garderie, par conséquent les élèves qui viennent sans travail à faire ou qui ont un comportement inadéquat en seront définitivement exclus comme chaque année...

 

 

Fort du succès rencontré l'année passée, où nous avons été contraints d'arrêter les inscriptions dès la fin septembre en raison du nombre très important d'élèves, l'aide aux devoirs est renouvelée pour l'année scolaire 2017/2018. Notre équipe est constituée de professeurs expérimentés. Les séances débuteront le mercredi 04 octobre et auront lieu dans la salle Bruxelles du Burghof, chaque semaine, les mercredis et vendredis de 17h à 19h (accueil des élèves jusqu'à 17h30 maximum, aucun départ avant 19h).

 

Pour s'inscrire, il suffit de se présenter au bureau de l’UPT situé au Burghof, muni impérativement d’une photo d’identité récente

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach (UPT)

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation. Les chefs d'établissements de Forbach ont d'ailleurs été destinataires d'un courrier les informant des tenants et aboutissants de cette aide aux devoirs, qu'ils connaissent bien à présent.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 19:53

 

 

L'heure de la rentrée vient de sonner ! Après l'important travail qu'a constitué l'écriture de mon nouveau livre grand public, qui paraîtra aux éditions Ellipses au début de l'année 2018, je me replonge dans d'autres projets, afin de continuer à transmettre ma passion de l'économie et donner aux auditeurs des clés pour comprendre les mécanismes économiques. J'aurai ainsi l'occasion de poursuivre mes chroniques économiques bimensuelles sur RCF Jerico Moselle, mais désormais sur le créneau horaire de l'émission Moselle actuelle présentée par Thierry Georges, le mardi vers 18h15 ; la première est pour le mardi 5 septembre et portera sur la loi travail... De plus, je tiendrai également une chronique mensuelle plus courte sur les ondes de Radio Mélodie et ferai quelques interventions sporadiques sur Mosaïk.

 

Pour l'année universitaire 2017/2018, j'ai prévu des interventions dans plusieurs villes, dont je vous parlerai au fur et à mesure de l'année lorsque les dates seront arrêtées définitivement. Aujourd'hui, je commence par la cafet'éco à l'Université Populaire de Sarreguemines, qui prendra cette année la forme d'un groupe unique par manque de temps. Il se tiendra dans la cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, en moyenne un mercredi dans le mois à 18h30. D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, c'est pourquoi l'année dernière je n'ai cessé de modifier mes sujets afin d'aborder le scandale des Panama papers, le prélèvement de l'impôt à la source, les faillites bancaires, la crise en Chine, le Brexit, le blanchiment d'argent sale, les impôts, etc. Je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs, débutants ou non, les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC :

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 10:48

 

 

J'aurai consacré l'été à écrire un nouveau livre grand public, qui paraîtra au début de l'année 2018 et dont je vous dirai plus très prochainement... J'ai par ailleurs rédigé plusieurs billets sur mon blog, depuis les banques en faillite jusqu'aux intervalles de confiance dans les sondages, en passant par l'excédent extérieur de la zone euro, les problèmes de compétitivité-coûts et la baisse des APL.

 

Le billet d'aujourd'hui est le fruit de mes très nombreuses lectures estivales, car faut-il rappeler cette évidence, écrire des livres, des articles de recherche ou des papiers dans les journaux, nécessite de se documenter longuement. Comme de plus j'ai été invité à donner une petite conférence sur l'histoire de la pensée économique au mois d'octobre, j'ai relu mes classiques dont la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie de Keynes, livre majeur paru en 1936.

 

La critique radicale de Keynes

 

Lorsqu'il écrit sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (publiée en 1936), Keynes veut en découdre avec la domination toute puissante de l'économie néoclassique qui, à l'image de notre époque, a pourtant prouvé son incapacité à rendre compte de la crise.

 

Dès lors, Keynes montre que le fonctionnement du marché du travail, tel que le voient les néoclassiques, est une analyse "supposée simple et évidente qui a été fondée, pratiquement sans discussions, sur deux postulats fondamentaux". Il lui porte ensuite l'estocade en déclarant  : "il se peut que la théorie classique décrive la manière dont nous aimerions que notre économie se comportât. Mais supposer qu'elle se comporte réellement ainsi, c'est supposer que toutes les difficultés sont résolues" !

 

Keynes et le commerce international

 

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire lire cet extrait de la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, qui montre toute la modernité de la réflexion keynésienne.

 

"Nous avons dit en passant que le nouveau système pourrait être plus que l’ancien favorable à la paix. Il convient de revenir et d’insister sur ce sujet.

 

Les causes de la guerre sont multiples. Les dictateurs et leurs semblables, à qui la guerre procure, au moins en perspective, un stimulant délectable, n’ont pas de peine à exciter le sens belliqueux de leurs peuples. Mais il existe en outre des causes économiques de la guerre, qui leur facilitent l’entretien de la flamme populaire, à savoir: la poussée de la population et la compétition autour des débouchés. Cette dernière cause, qui a joué au XIXe siècle et jouera peut-être un rôle prédominant, a un rapport étroit avec notre sujet.

 

Nous avons signalé dans le chapitre précédent que sous un régime de laissez-faire intérieur et d’étalon-or international, comme celui qui était orthodoxe pendant la seconde moitié du XIXe siècle, le seul moyen pour les Gouvernements de soulager la détresse économique de leur pays était de lutter pour la conquête des marchés extérieurs. Les remèdes au chômage chronique ou intermittent se trouvaient tous exclus à l’exception des mesures destinées à améliorer la balance extérieure des revenus.

 

Les économistes avaient coutume de célébrer le système international existant parce qu’il procurait les fruits de la division internationale du travail tout en conciliant les intérêts  des différentes nations; mais ils laissaient dans l’ombre une conséquence moins bienfaisante de ce système. Et certains hommes d’État faisaient preuve de bon sens et d’une juste compréhension de l’ordre réel des choses lorsqu’ils soutenaient qu’un riche et vieux pays qui néglige la lutte pour les débouchés voit sa prospérité décliner et s’évanouir. Or, si les nations pouvaient apprendre à maintenir le plein emploi au moyen de leur seule politique intérieure (et aussi, faut-il ajouter, si elles pouvaient atteindre un équilibre démographique), il ne devrait pas y avoir de force économique importante propre à dresser les intérêts de divers pays les uns contre les autres. Il y aurait encore place pour la division internationale du travail et pour l’octroi de prêts à l’étranger en des conditions appropriées. Mais aucun pays n’aurait plus un motif puissant d’imposer ses produits aux autres pays et de refuser les leurs, comme ils le font aujourd’hui, non parce que cette politique est nécessaire pour leur permettre de payer ce qu’ils désirent acheter à l’étranger, mais parce qu’ils cherchent à rompre ouvertement l’équilibre des paiements de manière à rendre leurs balances commerciales créditrices. Le commerce international cesserait d’être ce qu’il est, c’est-à-dire un expédient désespéré pour préserver l’emploi intérieur des pays en stimulant les ventes  et en restaurant les achats au-dehors; moyen qui, lorsqu’il réussit, ne fait que transférer le problème du chômage au pays le moins bien placé dans la lutte. Il deviendrait un échange de marchandises et de services, réalisé librement et sans obstacles, en des conditions comportant des avantages réciproques."

 

À la recherche désespérée des débouchés internationaux

 

Ainsi, contrairement à ce qu'affirment certains, Keynes n'est pas opposé au libre-échange et à la division internationale du travail, tant s'en faut ! Mais il constate que trop souvent le commerce extérieur sert d'expédient à des nations incapables de lutter autrement contre le chômage. Pour le dire autrement, au lieu de chercher à obtenir le plein-emploi en agissant sur la demande intérieure, les gouvernements se lancent dans une guerre commerciale avec leurs voisins, ce qui revient au fond pour une nation à exporter son chômage chez celles dont l'économie est moins compétitive. Pire, cela peut même déboucher en fin de compte sur de véritables guerres... Qu'il suffise de penser à l'Amérique de Trump et à la Chine de Xi Jinping !

 

Plus généralement, n'est-ce pas ce que font la plupart des gouvernements actuels, français en tête, lorsqu'ils martèlent qu'il faut plus d'entreprises exportatrices pour augmenter la croissance et réduire le chômage, alors qu'en parallèle ils étouffent la demande intérieure par l'austérité ? Ce faisant, les gouvernements se lancent dans une politique commerciale non-coopérative, tout en réduisant de manière indifférenciée les dépenses publiques alors même que les trois-quarts d'entre elles servent à d'autres agents (dépenses de transfert, d'investissement...). Et tout cela avait déjà été compris en 1936. Fermez le ban !

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 11:23

 

 

Dans un précédent billet, j'avais expliqué sommairement le fonctionnement des sondages. Aujourd'hui, nous allons approfondir quelque peu la notion d'estimation et expliquer comment se calcule un intervalle de confiance. N'ayez aucune inquiétude, nous verrons cela sur la base d'un exemple simple.

 

L'estimation ponctuelle

 

Comme pour les sondages dont j'avais parlé dans ce billet, si l'on souhaite connaître avec certitude un paramètre de la population, il suffit a priori d'interroger toute la population. Certes, je vous le concède, tout le monde ne dira pas la vérité surtout si la question porte sur le thème de l'argent, mais enfin l'idée est qu'il vaut toujours mieux recenser tout le monde si cela est possible. Bien évidemment, cela coûte cher et prend beaucoup de temps. Dès lors, le statisticien préfère se reporter sur un échantillon représentatif de la population, de sorte que les résultats obtenus sur cet échantillon lui serviront à estimer le paramètre inconnu dans la population totale.

 

 

[ Source : http://sondages-tpe.e-monsite.com ]

 

Bien entendu, la valeur trouvée sur l'échantillon n'a que très peu de chances de correspondre exactement à la valeur réelle du paramètre, c'est ce que l'on appelle l'erreur d'échantillonnage...

 

Prenons l'exemple d'une entreprise de transport de personnes qui souhaite estimer le nombre moyen de personnes transportées chaque jour. On peut très bien décider de réaliser l'étude du 1er janvier au 31 janvier, c'est-à-dire relever le nombre de personnes transportées le 1er janvier, le 2 janvier et ainsi de suite jusqu'au 31, puis simplement faire la moyenne pour estimer le nombre moyen de personnes transportées quotidiennement par cette entreprise. C'est ce que l'on appelle une estimation ponctuelle.

 

Sans être statisticien, le lecteur aura compris qu'un bon estimateur se doit de donner pour chaque échantillon la meilleure approximation possible du paramètre recherché, dans notre exemple le nombre moyen de personnes transportées quotidiennement. Dans le jargon, un tel estimateur est dit sans biais et convergent, c'est-à-dire que l'estimateur doit en moyenne donner la vraie valeur et s'approcher de celle-ci lorsque la taille de l'échantillon augmente.

 

 

[ Source : http://www.statcan.gc.ca ]

 

L'estimation par intervalle de confiance

 

Le problème avec l'estimation ponctuelle est que sa valeur change avec chaque échantillon et qu'il est impossible d'évaluer la précision de l'estimation. Pour le dire simplement, on peut trouver une estimation du nombre de personnes transportées très différente si l'on prend un autre échantillon, c'est-à-dire une autre période de l'année. C'est pourquoi, il est préférable d'adopter une évaluation du paramètre sous forme d'un intervalle qui a de grandes chances de contenir la vraie valeur du paramètre.

 

Sans entrer dans la technique, retenons qu'un intervalle de confiance d'un paramètre au seuil de 95 % signifie que si l'on prélève 100 échantillons de même taille dans la population étudiée, 95 % des intervalles de confiance calculés contiennent la vraie valeur du paramètre.

 

Prenons l'exemple d'une entreprise A qui fabrique des pièces pour l'industrie de diamètre égal à 2,5 mm. L'entreprise B achète les pièces de A et veut s'assurer que les pièces achetées ont bien la taille demandée sous peine de refus et donc de dédommagement financier. Comme elle ne peut à l'évidence pas payer des salariés à contrôler toutes les pièces, elle va se contenter d'en prélever un échantillon, mettons de 50 pièces sur un lot de 1 000. Le but est donc de calculer sur cet échantillon la fluctuation moyenne du diamètre par rapport à la moyenne annoncée de 5 mm, ce que les statisticiens appellent la variance. On trouve 0,0012.

 

Pour ce faire, on suppose d'abord que la totalité des pièces du lot, donc notre population au sens statistique, suit une loi normale également appelée loi de Gauss (vous savez la fameuse courbe en cloche comme ci-dessous) :

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

L'intervalle de confiance au seuil de 95 % de la variance (=fluctuation) de l'ensemble du lot de pièces est donné par une formule compliquée, qui fait intervenir la loi du khi-deux, et que je vous épargne :

 

Dans notre exemple, l'on trouve les valeurs suivantes :

 

 * s'²=(50/49)x0,0050=0,0051 (c'est l'estimateur de la variance)

 

 * borne inférieure = 71,42

 

 * borne supérieure = 32,35

 

On obtient l'intervalle de confiance suivant au seuil de 95 % pour la fluctuation (=variance) : I = [0,0034 ; 0,0077], ce qui signifie que cet intervalle a 95 % de chances de contenir la vraie fluctuation recherchée sur l'ensemble des pièces produites.

 

Retour sur les sondages politiques

 

Désormais, lorsque vous lirez un sondage, surtout politique, n'oubliez jamais de regarder les précisions concernant la taille de l'échantillon et l'intervalle de confiance, car elles sont très importantes pour comprendre les résultats. Hélas, comme toujours, ces informations importantes sont écrites en tout petits caractères sous le sondage...

 

Quoi qu'il en soit, veillez à ne pas tomber dans le travers habituel des experts médiatiques, qui adorent faire dire aux marges d'erreur ce qu'elles ne disent pas. Rappelons tout d'abord que la marge d'erreur, qu'il faudrait en toute rigueur appeler marge d'incertitude, est liée au fait qu'un sondage effectué sur un échantillon donne un résultat évidemment différent de celui que l'on obtiendrait en interrogeant toute la population. Ainsi, si l'on utilise un échantillon de 1 000 personnes, qui est du reste la taille usuelle, la marge d'erreur pour la méthode aléatoire est de 3 %. Elle est de 2 % pour un échantillon de 5 000 personnes et de 1 % pour 10 000 personnes...

 

Dès lors, lorsque vous lisez un sondage politique, qui affirme que le premier candidat est crédité de 25 % des intentions de vote et le deuxième de 21 % avec une marge d'erreur de 2 %, il faut se garder d'en déduire que les deux candidats sont probablement à égalité comme on l'entend trop souvent ! Cela signifie juste que si l'on prélève un grand nombre d'échantillons de même taille dans cette population - bref que l'on refait plusieurs fois de suite le même sondage dans les mêmes conditions - et que les intentions de vote pour le premier candidat sont de manière invariante de 25 % (ce que personne n'a le moyen de savoir à ce stade évidemment), alors il y a 95 % de chances que les nouveaux sondages donnent un résultat aux alentours de 25 %, parfois plus parfois moins.

 

Cela ne permet absolument pas d'en déduire quoi que ce soit sur l'évolution des intentions de vote, d'autant que nous avons supposé dans notre exemple qu'elles étaient définitivement fixées. Mais de telles variations de chiffres servent surtout à vendre des analyses bidons sur l'engouement des électeurs une semaine donnée pour un candidat ou au contraire la déception de ceux-ci, ce qui nous ramène aux errements des doxosophes évoqués par Platon...  

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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 11:16

 

 

Décidément, depuis son élection, à laquelle j'avais consacré plusieurs billets çà et , Emmanuel Macron multiplie les décisions propres à s'aliéner une partie croissante de la population. Il y eut d'abord la démission du Général de Villiers, qui avait eu le front de soulever devant la représentation nationale les difficultés matérielles et financières (réelles) d'une armée, dont les Français attendent beaucoup sans comprendre que cela passe nécessairement par des moyens à la hauteur des enjeux.

 

Non content d'avoir renié ses promesses concernant les budgets qui seraient sanctuarisés (défense, sécurité, recherche...), le nouveau président de la République a décidé de jouer les coupeurs de coûts au sein de France SA, en mettant tout le monde à contribution, entendez tous les ménages sauf ceux qui verront leur ISF baisser et leur impôt sur le capital être ramené à un taux forfaitaire de 30 %. Dernier avatar en date de cette stratégie perdante pour le plus grand nombre, une baisse de 5 euros par mois de l'aide personnalisée au logement (APL), dès le 1er octobre prochain.

 

Les aides aux logements

 

ll existe 3 types d'allocations logement (non cumulables entre elles), qui visent à diminuer le taux d'effort des ménages (loyer ou prêt) et se distinguent essentiellement par leurs conditions d'attribution ; leur montant dépend notamment des ressources du foyer :

 

 * l'aide personnalisée au logement (APL) : elle est versée pour la résidence principale, à la condition que le logement soit conventionné. En règle générale, l'APL est versée directement au propriétaire ou, en cas d'accession à la propriété, à la banque.

 

 * l'allocation de logement familiale (ALF) : elle est versée en fonction de la situation de la famille, notamment aux bénéficiaires de prestations familiales (allocations familiales, complément familial...) ou de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH).

 

* l'allocation de logement sociale (ALS) : elle est versée à ceux qui ne peuvent prétendre ni à l'APL ni à l'ALF.

 

Coût des différentes aides au logement et nombre de bénéficiaires

 

 

 

 

[ Source : La Tribune ]

 

Les chiffres de l'APL

 

Une infographie qui en dira plus qu'un long discours :

 

 

[ Source : La Voix du Nord ]

 

Tour ça pour boucler le budget ?

 

Mais qu'est donc allé faire le gouvernement dans cette galère, qui ne lui aura rapporté que le mépris d'une bonne partie de la population ? La réponse nous a été donnée par Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, qui cherchait 4,5 milliards d'euros pour boucler le budget et répétait à l'envi qu'il faudra faire des "réformes de structure l'an prochain". Bref, bien qu'il s'en défende, le ministre a tout bêtement appliqué comme ses prédécesseurs un coup de rabot général caché sous le vocable "économies", à charge ensuite pour les différentes ministres d'assumer et de justifier certaines baisses budgétaires injustifiables.

 

Mais pour les APL, prendre le risque de s'aliéner 2 600 000 personnes pour 32,5 millions d'euros "d'économies" par mois, relève soit d'un froid calcul technocratique soit du mépris. Ce d'autant plus que la réforme de l'ISF coûtera au bas mot 3 milliards d'euros aux caisses de l'État pour satisfaire une clientèle électorale de 340 000 contribuables ! Personne ne nie que la politique de l'aide au logement nécessite une remise à plat, ne serait-ce que pour corriger les effets inflationnistes bien connus de ces aides. Mais retrancher 5 euros par mois d'APL ne fera certainement pas baisser les loyers du même montant, c'est là un raisonnement spécieux. En effet, en temps normal, il faut des années pour qu'une telle baisse des loyers se matérialise, si tant est qu'elle se produise un jour, le contre-exemple du Royaume-Uni étant éclairant (baisse des aides sans baisse véritable des loyers...).

 

Bien au contraire, cette somme représentera une perte de pouvoir d'achat pour les ménages les plus modestes, qui comptent sur cette allocation pour se loger. On sait par exemple que les APL représentent 20 % du niveau de vie des 10 % de ménages les plus pauvres. Au surplus, lorsque la moitié des allocataires vit dans le parc social où le loyer est encadré, on ne voit pas bien comment la baisse de l'APL pourrait ne pas avoir de répercussions négatives sur la vie des ménages... Bien sûr, il se trouvera toujours l'idiot utile pour affirmer le contraire et défendre envers et contre tous la parole du maître, c'est même le propre d'une cour (royale) républicaine.

 

D'ailleurs qui se souvient encore que durant le quinquennat précédent, le rabotage des aides au logement avait été un sport fréquent, entre suppression du premier mois de versement par l'inénarrable Cécile Duflot et un subtil arrondi du montant à l'euro inférieur ? En fin de compte, aucun gouvernement ne semble vouloir se lancer dans une véritable remise à plat d'un système à bout de souffle, qui passerait déjà certainement par une réflexion sur le lien entre montant de l'aide et montant du loyer, qui désavantage les plus modestes.

 

Heureusement, certains économistes ont travaillé sérieusement sur la question et proposent par exemple de lier les aides au logement exclusivement aux caractéristiques des ménages qui les perçoivent (zone géographique, revenus, nombre de personnes à charge...). D'autres vont plus loin et suggèrent de fusionner toutes les aides sociales, afin de rendre le système plus lisible, ce qui permettrait entre autres de réduire les coûts de gestion très élevés, que le rapporteur d'un groupe de travail de 2015 sur cette question (François Pupponi) avait estimés à plus de 800 millions d'euros. Enfin, la question du plafonnement des loyers étudiants a refait surface, quand bien même je redoute ce genre de plafonnement qui se termine en général en pénurie de logements.

 

Je l'ai souvent répété sur ce blog, dans toute la zone euro les dirigeants politiques (et Macron en particulier) s'appuient actuellement sur de prétendues lois de l'économie pour préconiser en choeur la même politique de réduction des dépenses publiques, au nom d'une idéologie destructrice que l'on cache sous des noms rassurants (confiance, économie, compétitivité, etc.).

 

Tout cela témoigne du peu de sens des réalités de nos dirigeants, qui regardent la misère et les difficultés mais ne les voient pas. Enfermés dans leur tour d'ivoire, ils se persuadent que tout est affaire de chiffres et d'équilibre sur des marchés, où l'humain ne tient en fin de compte qu'une place marginale. Le pire est que nombre de personnes en Europe, heureusement de moins en moins tout de même, croient le loup lorsqu'il affirme qu'il fait tout cela pour le bien des moutons...

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 12:45

 

 

Dans un précédent billet, j'avais évoqué les dangers liés à l'énorme excédent extérieur de la zone euro. Il faisait suite à plusieurs autres billets : le danger de la hausse des taux d'intérêt, l'absence de circulation des capitaux entre pays de la zone euro, les scandales en cascade à la Commission, la crise bancaire en Italie, la réalité du travail détaché au sein de l'UE, les conséquences du passage à une économie de service, une sortie de l'euro est-elle possible ?, la crise grecque, etc.

 

Aujourd'hui, nous allons nous intéresser aux problèmes de compétitivité-coût des pays membres de la zone euro et voir que ceux-ci ne peuvent être corrigés que très partiellement, et encore au prix d'une casse sociale massive...

 

La compétitivité-coût des pays

 

Bien entendu, la compétitivité d'un pays (notion au demeurant délicate à définir) ne dépend pas que des coûts, mais ces derniers en constituent tout de même une part importante dans une économie de marché. C'est pourquoi, l'indicateur le plus souvent retenu est le coût salarial unitaire (coût salarial par unité produite) :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Le problème est évidemment grave lorsque des pays ont des niveaux de gamme de production proches mais des coûts de production divergents. C'est hélas ce qui se passe pour la France, l'Italie et l'Espagne...

 

Comment corriger les différentiels de compétitivité-coût au sein de la zone euro ?

 

Avant la mise en place de la monnaie unique, les problèmes de compétitivité-coût pouvaient se régler par un mécanisme de marché simple : le taux de change. Mais depuis, puisque par définition toute dévaluation monétaire est impossible, les gouvernements utilisent d'autres moyens :

 

 * la dévaluation interne : également appelée ajustement nominal, elle consiste en une baisse de coûts salariaux et des prix dans le but d'améliorer la compétitivité d'un pays. Selon la théorie, comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et la compétitivité s'améliore à l'export. Mais, ce remède de cheval, contrairement aux attentes, conduit le plus souvent à l'effondrement de la demande des ménages en raison de la baisse des salaires réels. Cela débouche alors sur une compression de l'activité à court terme et donc sur une hausse du chômage.

 

 * la dévaluation fiscale : il s'agit d'une substitution d'impôt censée produire les mêmes effets qu'une dévaluation monétaire. On pense notamment à la TVA sociale (qui n'a de social que le nom), qui consiste à basculer sur la TVA une partie des cotisations sociales patronales, de sorte que la TVA augmenterait et le coût du travail baisserait. Ainsi, les prix de la production hors taxes et les prix des exportations baisseraient, tandis que les prix des importations augmenteraient en raison de la hausse de TVA qui pèseraient sur les produits importés. En théorie, cela serait donc équivalent à une dévaluation monétaire : hausse du prix des importations et baisse du prix des exportations. Enfin sur le papier, parce qu'en pratique le pouvoir d'achat souffre lorsque la TVA augmente, car les vases communicants ne fonctionnent jamais aussi parfaitement...

 

Et lorsqu'il ne reste plus aucune solution et que le pays s'enfonce dans la crise économique et sociale, la sortie de l'euro reste l'ultime viatique, malgré ses conséquences potentiellement graves. En effet, le poids de la dette extérieure brute en euros deviendrait colossal et parallèlement il y aurait des pertes massives en capital pour les prêteurs des autres pays. Pour sûr, la zone euro serait alors soumise à une incertitude gigantesque et livrée à la spéculation des marchés financiers, ce qui pourrait être autoréalisateur en ce sens que si les opérateurs de marché anticipaient une sortie d'un autre État de la zone euro, alors les taux d’intérêt souverains augmenteraient et rendraient l'équilibre budgétaire très compliqué jusqu'au point où le gouvernement n'aurait d'autre choix que de quitter lui aussi la zone euro. Mais face à la crise, la fonction première d'un gouvernant c'est aussi de se rendre compte des impasses et d'en tirer les conclusions qui s'imposent...

 

Bien entendu, l'idéal, comme je le proposais déjà dans ce billet par exemple, serait une sortie ordonnée de l'euro avant qu'elle n'arrive par la force des choses, comme l'explique avec brio Jacques Sapir ou plus récemment Joseph Stiglitz. Personne ne nie qu'une  telle solution aurait des conséquences négatives notamment en matière d'inflation et de taux d'intérêt, mais elle constitue en l'état des lieux la seule solution crédible à mes yeux pour reprendre notre destin européen en main. Le chemin sera difficile, mais l'enjeu est de redonner du souffle aux économies meurtries par le carcan monétaire en imaginant peut-être une monnaie commune en substitution à la monnaie unique. 

 

Hélas, nous vivons dans un monde où l'immobilisme le dispute au conformisme, tout en donnant l'illusion du changement. Dès lors, lorsque vous ne proposez pas de solution, on vous taxe de Cassandre, et lorsque vous en faites, on vous déclare fou à lier ! On s'achemine par conséquent vers le pire alors que le meilleur est encore à (re)construire...

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 11:04

 

 

Je sais que l'été n'est pas propice à la réflexion sur les nuages noirs, mais il me semble important de poursuivre mes analyses, même si c'est à un rythme un peu moins élevé pour me donner le temps d'écrire un nouveau livre grand public. Pourtant, dans la torpeur estivale, l'actualité économique continue à bouillonner partout en Europe, des banques faisant même faillite en Italie. J'ai déjà eu l'occasion de vous parler du danger que pourrait représenter une hausse des taux d'intérêt à long terme sur la solvabilité des États. Aujourd'hui, je vous propose d'examiner plus en détail l'énorme excédent extérieur de la zone euro qui, s'il fait plaisir à certains commentateurs patentés, inquiète la majorité des économistes.

 

Le constat

 

Tout est résumé par ce graphique :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Ainsi, depuis 2008, la zone euro semble connaître un excédent courant structurel. Dans un précédent billet sur le modèle économique allemand, j'avais par ailleurs montré que l'essentiel de cet excédent extérieur de la zone euro résulte de celui de l'Allemagne dont voici l'évolution :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Pour compléter, il faudrait également rappeler que suite à la crise de la zone euro (en sommes-nous d'ailleurs sortis ?), de nombreux pays en difficulté (Espagne, Italie, Portugal, Irlande et bien entendu la Grèce) ont été contraints de faire disparaître au plus vite leur déficit extérieur par la mise en place de politiques d'austérité pudiquement appelées dévaluations internes (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Un recul du taux d'investissement

 

Pour comprendre ce gigantesque excédent extérieur, il nous faut comparer le taux d’épargne et le taux d’investissement de la zone euro :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

On voit depuis 2010/2011 à la fois une hausse du taux d'épargne de la Nation et une baisse du taux d'investissement. Mais le recul sensible de ce dernier explique certainement l'essentiel de l'excédent extérieur de la zone euro, ce qui est un problème grave puisqu'il implique que la zone euro pourrait investir cet excédent dans une relance globale de son économie !

 

À défaut, ce volume de fonds est prêté hors zone euro, c'est-à-dire placé sous forme de titres... Seul point éventuellement positif de cette situation, c'est qu'un tel excédent de la balance courante crée une importante force de rappel sur l'Euro pour l'empêcher de trop se déprécier face aux autres devises malgré les taux d'intérêt très bas et les sorties de capitaux à long terme.

 

Comment résorber cet excédent extérieur ?

 

Répétons-le : faire disparaître cet excédent extérieur est indispensable pour relancer la demande intérieure de la zone euro. La première façon d'y arriver est évidemment de soutenir la consommation écologiquement soutenable et surtout l'investissement, puisque cela aura un effet d'entraînement sur la productivité et partant la croissance potentielle de la zone euro.

 

À défaut d'investissements privés, c'est l'investissement public qui est visé, car contrairement à ceux qui affirment que l'État ne doit pas intervenir dans l'économie, c'est le moment où jamais qu'il intervienne, ne serait-ce que parce que les taux d'intérêt à long terme sont très bas (la politique monétaire est d'ailleurs arrivée très largement au bout de ce qu'elle peut faire) et que l'activité privée reste globalement atone.

 

Prendre des mesures d'incitation à l'investissement des entreprises est une excellente idée, à condition qu'il ne s'agisse pas d'un miroir aux alouettes comme le plan Juncker. Il faudrait donc imaginer un dispositif qui prenne appui sur un budget de l'UE autrement plus important que ce qu'il pèse actuellement (environ 1 % du PIB de l'UE)...

 

Quoi qu'il en soit, il faut impérativement que l'épargne surabondante de l'Allemagne (et des Pays-Bas) finance des investissements supplémentaires dans les autres pays de la zone euro et non ailleurs dans le monde, comme c'est le cas actuellement ! Au demeurant, c'est précisément l'un des facteurs qui me rend très pessimiste sur l'avenir de la zone euro, d'autant que la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro n'est plus qu'un lointain souvenir (ce qui contraint toujours les pays à rester à l'équilibre commercial)...

 

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin sur ces questions, j'ai consacré plusieurs fiches de mon dernier livre, Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, à ces questions d'importations/exportations, d'épargne de la nation, de compétitivité allemande et de balances courantes.

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