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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 13:50

 

 

Il y a peu, j'avais écrit un billet dans lequel j'ai montré que l’économie chinoise est malade. Le pays fait en effet face à des problèmes structurels (vieillissement de la population,  freinage de la productivité par tête...) mais aussi à un grave danger conjoncturel : le coronavirus. Aujourd’hui, je souhaite évoquer en quelques mots les conséquences de cette épidémie sur l'économie française et plus généralement européenne, à l'heure où la psychose est elle aussi endémique...  

 

Les cas de coronavirus déclarés en France et dans l'UE

 

Au 9 mars 2020 à 15h, l'état des lieux était le suivant :

 

 

[ Source : https://www.santepubliquefrance.fr ]

 

L'Italie, foyer majeur de l'épidémie en Europe, est dans une situation sanitaire épouvantable, avec près de 7 500 cas déclarés et 366 morts. Déjà très affaibli économiquement, le pays va désormais subir une crise économique d'ampleur, d'autant qu'après avoir placé en quarantaine plus de 15 millions de personnes (1/4 de la population italienne !), on apprend ce matin que le président du conseil italien, Giuseppe Conte, a placé la totalité des habitants du pays (60 millions d'habitants !) en quarantaine !

Dans ces zones contaminées et par ricochet dans le reste de l'Italie à présent, la vie économique s'est arrêtée : interruption de la production, suspension des événements sportifs et culturels, etc. L'OMS a d'ailleurs qualifié de "véritables sacrifices" les mesures prises en Italie pour endiguer l'épidémie !

 

En France, pour l'instant, nous en sommes au stade 2 de l'épidémie en France, même s'il ne fait guère de doute qu'au rythme actuel le gouvernement français devra très prochainement prendre la décision de passer au niveau 3 :

 

 

[ Source : Le Parisien ]

 

Les conséquences économiques en France

 

Dans l'Oise et le Haut-Rhin, principaux foyers de l'épidémie (clusters), les écoles, collèges et lycées ont été fermés.

 

 

[ Source : France Bleu ]

 

En date du 8 mars, Muriel Pénicaud affirmait que 900 entreprises avaient déposé un dossier de chômage partiel à la suite de cette épidémie. Il est d'ores et déjà acquis que l'épidémie, si elle persiste - ne serait-ce que dans les esprits -, aura un impact sur la croissance potentielle de la zone euro, pourtant déjà faible comme je l'avais montré dans ce billet. Le ministre des Finances, Bruno Le Maire, évoque d'ailleurs un "impact sévère" du coronavirus sur l'économie française, probablement de l'ordre de "plusieurs dixièmes de points" de croissance pour 2020. Pour y faire face, des mesures immédiates ont été prises en France :

 

 

[ Source : https://www.economie.gouv.fr/coronavirus-soutien-entreprises ]

 

À ce stade, il faut rappeler que la Commission européenne a incité depuis une décennie les États membres à orienter leur modèle économique vers l'export pour tenter vainement de compenser les plans d'austérité mis en place au lendemain de la crise de 2010. Hélas, lorsque le commerce mondial, en plus de subir un freinage structurel, se fait contaminer par le coronavirus, on imagine aisément les dégâts sur les économies très ouvertes aux échanges internationaux...

 

La Chine porte du reste une lourde part de responsabilité dans ce freinage du commerce mondial, puisque le fort recul de son activité au 1er semestre 2020, dû notamment au coronavirus, se transmet au reste du monde par le recul des importations chinoises, qui représentent tout de même bon an mal an plus de 10 % des importations mondiales en valeur.

Pour y faire face, la Banque centrale européenne n'aura probablement pas d'autre choix que d'emboîter le pas à son homologue américaine le Fed, en assouplissant encore sa politique monétaire. J'avais cependant montré qu'une telle politique monétaire ne fonctionne plus actuellement et qu'au contraire elle crée les conditions de la prochaine crise financière... Mais lorsque les marchés financiers paniquent, rien n'est visiblement trop bon pour les calmer :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Quoi qu'il en soit, l'OCDE, pourtant très libérale en général dans ses préconisations, appelle désormais à de la relance budgétaire ! C'est dire l'extrême inquiétude qui règne dans le monde...

 

En ce qui concerne le tourisme, il est évidemment impacté par cette crise, car plus aucune destination n'est vraiment sûre, même pas une croisière en Égypte ! Quant aux touristes chinois, ils étaient environ 2,4 millions à visiter la France en 2019 avec, et c'est là un point important, un fort pouvoir d'achat et une propension forte à dépenser...

 

Cette épidémie a aussi exercé une pression à la baisse sur les cours des matières premières, en particulier le pétrole, ce qui réduit encore les anticipations inflationnistes à court terme et crée d'énormes problèmes pour les pays exportateurs de pétrole :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Si l'épidémie devait durer - et surtout la psychose qui en constitue le cortège -, alors se poserait la question de la réorganisation des chaînes internationales de valeur. Dans ce cas, réorganisation rimera à n'en pas douter avec désorganisation... Investir actuellement dans les actions avec une telle incertitude, et subséquemment une énorme volatilité, relève par conséquent de la spéculation, d'où le recul des principaux indices boursiers un peu partout dans le monde.

 

En définitive, l'épidémie de coronavirus n'épargnera aucun pays sur le plan économique, puisque tous sont embarqués sur le même navire appelé mondialisation, en particulier les Européens. C'est l'exemple même d'un système économique non-résilient, pour employer des termes à la mode, ce qui n'est pas sans rappeler la conclusion de mon précédent article consacré au capitalisme...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du Figaro.

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 14:41

 

 

L'épidémie de coronavirus qui sévit en Chine démontre l'extrême vulnérabilité de nos économies, même lorsqu'elles sont parfois pilotées par des États forts. En particulier, la segmentation mondiale du processus productif, présentée dans les années 1980 comme la panacée, est depuis quelques années très contestée et les consommateurs - devenu souvent des consom'acteurs - réclament désormais des circuits plus courts et transparents. Cela soulève une question plus générale : le capitalisme est-il réformable voire dépassable ? Ce billet se propose de donner quelques éléments de réflexion, mais bien entendu il n'est pas possible d'entrer dans les détails en quelques lignes...

 

Qu'est-ce le capitalisme ?

 

J'ai récemment eu une discussion informelle sur la notion même de capitalisme, qui m'a permis de constater combien le mot était mal compris et trop souvent synonyme de commerce. Il n'est pas question ici de faire de longs développements sur le capitalisme, mais juste de définir cette notion pour permettre ensuite une petite analyse.

 

Soyons donc clairs : le capitalisme désigne un mode d'organisation de l'économie basé sur la propriété privée des moyens de production, ce qui va de pair avec la recherche d'un profit privé. Bien qu'ils participent à la production, les salariés ne sont dans un système capitaliste qu'exceptionnellement associés à la prise de décision. Les prémices d'un système capitaliste sont à chercher au XVIe siècle où l'esclavage est dominant, mais c'est au XIXe siècle qu'apparaîtra le capitalisme industriel triomphant... pour une minorité !

 

Le capitalisme n'est donc pas le fonctionnement naturel de l'économie comme j'ai pu l'entendre, mais bien une construction assez récente comme le montre l'historienne Ellen Meiksins Wood dans son dernier livre L'origine du capitalisme. En tout état de cause, lorsqu'on évoque le capitalisme, il faut impérativement analyser en regard la condition des travailleurs (salariés historiquement et indépendants depuis quelques années..).

 

Selon Bruno Amable, il existe plusieurs formes principales de capitalisme, que l'on peut classer en fonction du type de concurrence sur le marché des biens, du niveau de déréglementation des marchés du travail, les caractéristiques des marchés financiers, du système d’éducation et enfin du degré de protection sociale :

 

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

Qu'est-ce qu'une entreprise ?

 

De 1978 à 2019, l'article 1833 du Code civil disposait que "toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l'intérêt commun des associés". Pas un mot sur l'entreprise, la société étant ravalée à un unique objectif de profit. Mais depuis l'adoption de la loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation de l’Entreprise) de 2019, l'article 1833 du Code civil a été réécrit de la manière suivante : "toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l'intérêt commun des associés. La société est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité".

 

La loi PACTE permet également aux entreprises de définir une raison d'être, sorte de marqueur social qui s'inscrit dans les engagements au titre de responsabilité sociale et environnementale (RSE). Pour ce faire, l’article 1835 du Code civil a été modifié par l'ajout suivant : "Les statuts peuvent préciser une raison d'être, constituée des principes dont la société se dote et pour le respect desquels elle entend affecter des moyens dans la réalisation de son activité".


Enfin, la loi PACTE consacre le statut d'entreprise à mission, inspiré des Benefit Corporation américaines, qui entraîne l'inscription de cette mission dans les statuts de l'entreprise et prévoit un organe chargé de vérifier la conformité des décisions de gestion de l'entreprise avec celle-ci. 

 

Les actionnaires tout-puissants

 

Hélas, derrière les beaux discours et les beaux textes de lois se cachent une loi d'airain : les investisseurs continuent à exiger des taux de rentabilité très élevés, ce qui revient à pressurer les entreprises au vu des conditions actuelles.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et pour atteindre de pareils objectifs de rentabilité démentiels, les entreprises cherchent à augmenter leur profitabilité au détriment des salariés, délocalisent dans les pays à bas coûts salariaux et à faible protection sociale (euphémisme...), s'endettent et cherchent à acquérir une position de monopole. Bref, tout le contraire du marché libre et concurrentiel vanté par la théorie économique dominante !

 

Ainsi, pour réformer véritablement le capitalisme, il faudrait revenir sur plusieurs points principaux :

 

 * réduire l’exigence de rentabilité des investisseurs ;

 

 * faire en sorte que le partage des revenus devienne plus favorable aux salariés, c'est-à-dire redresser la part des salaires dans le PIB ;

 

 * redonner un véritable pouvoir de négociation aux travailleurs (pas toujours salariés du reste...) ;

 

 * faire en sorte que les chaînes de valeur soient plus régionales et subséquemment relocaliser la production.

 

Vous vous dites que les conditions ci-dessus sont impossibles à réaliser ? Vous avez raison et c'est pourquoi je ne crois pas un instant à quelque réforme du capitalisme. Ce d'autant plus que, dans les conditions actuelles, tout est fait pour que rien ne puisse réellement changer, en raison d'intérêts croisés bien compris. Pourtant, il ne fait aucun doute que ce système capitaliste est désormais sévèrement contesté un peu partout dans le monde, même aux États-Unis !

 

Mais à la question le capitalisme est-il dépassable ?, la réponse est oui comme tendent à le prouver les nombreuses initiatives récentes. Hélas, là encore tout est fait pour qu’aucun modèle alternatif ne puisse trouver de légitimité aux yeux du grand public. Dès lors, à défaut d'un Grand Soir, nous risquons d'assister à une Grande Chute, composée d'une hausse de l'insolvabilité des ménages et des États, le tout mâtiné d'une crise financière... À moins que ce ne soit la psychose du Coronavirus qui ne nous entraîne par le fond !

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 14:03

 

 

Certes il y a l'épidémie de Coronavirus, dont j'ai analysé brièvement les conséquences économiques. Mais le monde économique est atteint d'un mal bien plus insidieux, qui fait croire aux agents économiques que les taux d’intérêt peuvent indéfiniment rester extrêmement bas, voire négatifs, le tout sans inflation. Ce faisant, d'aucuns oublient que les institutions monétaires mènent pourtant une politique monétaire unique dans l'histoire pour faire remonter le taux d'inflation ! Et c'est précisément cette politique désespérée qui fait sombrer les taux d'intérêt...

 

Qu'est-ce que la politique monétaire ?

 

Comme à mon habitude, commençons par définir les termes. On appelle politique monétaire un ensemble d'actions dont l'objectif est d'agir à court terme sur la situation économique (croissance/expansion, emploi, niveau général des prix, solde extérieur, bref les objectifs matérialisés par le célèbre carré de Kaldor), par l’intermédiaire de la quantité de monnaie en circulation et/ou du taux d’intérêt.

 

Depuis les années 1980, en Europe, c'est l'objectif de stabilité des prix qui prime tous les autres. Ainsi, l’article 127, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne définit l’objectif principal de l’Eurosystème : « L’objectif principal du Système européen de banques centrales [...] est de maintenir la stabilité des prix. […] Sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne ».

 

Dans un souci de simplification, je n'aborderai pas les objectifs intermédiaires et opérationnels, puisque cela n'apporterait rien à ce billet (je laisse cela à mes étudiants...). Précisons seulement qu'ils servent à atteindre l'objectif final au moyen d'instruments comme le contrôle du crédit, le contrôle des changes, les taux directeurs, les réserves obligatoires...  Les principaux canaux de transmission de la politique monétaire sont le crédit, le taux de change, le prix des actifs (effets de richesse). Autrement dit, si l'on considère le canal du crédit, lorsque la Banque centrale veut relancer l'économie, elle baisse en général ses taux d'intérêt directeurs afin de rendre la ressource monétaire moins chère. Et nous allons montrer que ce canal fonctionne actuellement très mal...

 

La neutralité monétaire

 

De (trop) nombreux banquiers centraux se persuadent encore que la politique monétaire n’a au plus qu’un effet transitoire à court terme sur l’économie réelle, mais qu'à long terme elle n'influence que les prix des biens et services.

 

Autrement dit, la politique monétaire pilote le taux d'inflation, ce qui revient à dire que la monnaie est neutre à long terme. Cette question de la neutralité de la monnaie est du reste un très vieux débat en économie monétaire, puisqu'on en retrouve trace précise chez Oresme et Jean Bodin. Il est depuis établi que la monnaie n'est pas neutre, ni à court terme ni à long terme, mais cela n'empêche pas de nombreux banquiers centraux de persister dans cette illusion (politique plus que monétaire) pour le pire...

 

La politique monétaire de la BCE

 

Le Conseil des gouverneurs de la BCE mène clairement une politique monétaire ultra-expansionniste :

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

Le taux d’intérêt de la facilité de dépôt est de -0,50 %. Ce taux négatif signifie que les banques commerciales se font taxer lorsqu'elles déposent des fonds inutilisés à la BCE... Mais pour éviter que les banques, dont le métier est a priori de faire de la transformation de ressources à court terme en crédits à long terme - bref de faire de la marge d'intérêt - ne meurent trop vite, la BCE a décidé de mettre en place un système à deux paliers pour la rémunération des excédents de liquidité (l'une à -0,50 %, l'autre à 0 %).

 

Et comme si cela ne suffisait pas, Christine Lagarde semble vouloir aller encore plus loin dans cette voie délirante... Or, quand une Banque centrale baisse des taux directeurs déjà négatifs et s'engage à les laisser à ce niveau aussi longtemps que nécessaire (forward guidance), on en déduit que la BCE doit s'attendre à l'ouragan dont j'avais parlé dans ce billet... En fait, la BCE a peur de revivre l'enchaînement cataclysmique de 2009, où la chute de la croissance en Europe s'était accompagnée d'une crise bancaire et financière, bien entendu soldée par les ménages ! Dès lors, elle a préféré se lancer dans une relance monétaire préventive alors que la politique monétaire est déjà ultra-expansionniste.

 

Un maigre bilan

 

Hélas, malgré toutes les mesures mises en œuvre par la BCE depuis près de 10 ans (baisse des taux directeurs, assouplissement des conditions de refinancement des banques, quantitative easing, etc.), la politique monétaire n'aura été un succès que sur un point, en ce qu'elle a effectivement permis à des États en difficulté de ne pas faire défaut sur leur dette publique. Mais elle a échoué sur tout le reste : taux d'inflation très loin de sa cible, investissement productif en berne, croissance atone...

 

Pour que la politique monétaire soit utile, encore faudrait-il que les politiques budgétaires soient actionnées en complément. Or, de ce côté-ci de la politique économique, le carcan européen ne laisse rien espérer de positif. Je me ris d'ailleurs  de tous les efforts de communication déployés par Ursula Von der Leyen pour vendre son Green New Deal européen alors que les dirigeants des États membres n'arrivent même pas à s'entendre sur un famélique budget commun.

 

En attendant la chute du château de cartes capitaliste (je reparlerai de capitalisme très prochainement), d'aucuns semblent croire qu'il suffit de continuer à injecter des tombereaux de monnaies pour calmer les vents de la tempête qui arrive. Hélas, l'économie européenne est tombée dans une trappe à liquidité fermée à double tour par un contexte morose et une exigence de rentabilité des actionnaires toujours trop élevée. On laisse alors les agents économiques s'endetter sur des durées déraisonnables, le crédit servant de viatique à l'absence de demande intérieure et bientôt extérieure avec la longue maladie de la Chine... 

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du Financial Times.

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 13:40

 

 

Après avoir beaucoup écrit sur la zone euro et son avenir, j'ai décidé de m'intéresser à un autre grand corps malade de l'économie : la Chine. Certes, les médias ne parlent plus que de l'épidémie de coronavirus, mais la Chine fait aussi face à des problèmes structurels. Dans ce billet je vais donc chercher à donner quelques éléments factuels sur l'état de l'économie chinoise.

 

Le coronavirus

 

Au-delà des considérations scientifiques sur l’appellation de ce virus dont l'épicentre semble se trouver dans la ville de Wuhan (province du Hubei), en Chine, voici quelques chiffres fournis par l’agence nationale de santé publique française (16 février 2020) :

 

 

[ Source : https://www.santepubliquefrance.fr ]

 

Et si vous souhaitez vous faire quelques frayeurs, voici la carte de propagation du coronavirus établie selon plusieurs scénarios :

 

 

[ Source : https://www.futura-sciences.com ]

 

Coronavirus et économie chinoise

 

Il va de soi que lorsqu'une grande ville industrielle subit une telle épidémie, les conséquences sont graves. Ce d'autant plus que pour éviter la propagation du virus, les autorités ont multiplié les mesures de confinement de la population : habitants cloîtrés chez eux, mises en quarantaine, subséquemment usines qui réduisent leur cadence quand elles n’ont pas tout simplement arrêté leur production, etc. Et je ne parle même pas du système de santé, qui est à l’évidence dépassé par l’afflux des personnes contaminées comme en témoigne la construction d'un hôpital en dix jours alors que le personnel de santé bien formé fait cruellement défaut...

 

Et quand cette ville est reliée aux autres métropoles chinoises par un réseau très développé de transport, le problème local devient très vite un problème global :

 

 

[ http://fr.hubei.gov.cn ]

 

Désormais, c'est tout le pays qui vit au ralenti, et ce ne sont pas le limogeage du secrétaire du PCC à Wuhan et le changement de thermomètre pour identifier les personnes malades, qui amélioreront la situation :

En tout état de cause, la désorganisation de la production doublée d'un ralentissement de la consommation intérieure auront un effet important, et l’on évoque déjà une croissance en Chine à seulement 4 % pour 2020, c’est-à-dire sous le seuil des 6 % qui permet d’éviter l’effondrement du modèle économique chinois...

 

Face à ce danger, la Banque centrale chinoise (PBOC) a injecté plusieurs centaines de milliards de yuans sur les marchés financiers pour calmer leur volatilité, tout en créant un fonds de 300 milliards de yuans destiné à aider les institutions financières nationales à prêter aux entreprises impliquées dans la lutte contre l’épidémie. On a même appris que les banques cherchent à désinfecter les billets, avant de les mettre en quarantaine !

 

Le commerce mondial version coronavirus

 

Gageons que cette épidémie aura au moins servi à montrer la faiblesse de la segmentation mondiale du processus productif... Quoi qu'il en soit, le ralentissement du commerce mondial résulte surtout du recul très important des importations chinoises :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

C'est le résultat du ralentissement de tous les piliers de la demande intérieure de la Chine, consommation des ménages et investissement des entreprises.

 

Les régions les plus ouvertes aux échanges, comme la zone euro (et principalement l’Allemagne) et les États-Unis, vont donc souffrir... Quant à la France, c'est principalement le tourisme chinois à fort pouvoir d'achat dépensier qui va lui faire défaut !

 

Les problèmes structurels de l'économie chinoise

 

Au-delà de cette épidémie, l’économie chinoise fait face à de nombreux problèmes structurels dont j'ai souvent parlé sur mon blog. Tout d’abord, à l’instar des autres pays développés du monde, elle se transforme en une économie de services :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Or, les échanges de services sont de beaucoup plus petite taille que les échanges de biens et la productivité du travail est en général bien plus élevée dans l'industrie. Rien d'étonnant donc à ce que l'on assiste à un recul des exportations, amplifié par les mesures protectionnistes de Trump :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Au total, on assiste à un freinage de la productivité par tête :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

À cela s'ajoute le vieillissement de la population en Chine, qui conduira inévitablement à un recul de la population en âge de travailler :

 

 

[ Source : Chine-magazine.com ]

 

Dans les conditions actuelles, il n'est d'ailleurs pas certain que le plan de relance annoncé par Xi Jinping au mois de décembre puisse avoir quelque effet... Finalement, l'Empire chinois vacille pour un virus !

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 10:56

 

 

Cet ouvrage collectif est destiné aux étudiants préparant le concours commun d'entrée aux IEP, qui se déroulera le 18 avril 2020. Composé de 400 pages et de d'une centaine de fiches (dissertations corrigées, fiches de culture général, fiches de lecture), il permet une préparation efficace à l'épreuve de questions contemporaines du concours (durée : 3h, coefficient 3, dissertation sur un sujet à choisir parmi deux), dont les thèmes pour 2020 sont révolutions et le secret.

 

Rappelons que cette épreuve évalue la connaissance, la capacité à analyser et à argumenter sur les grands thèmes et débats inscrits dans l'actualité des années récentes. Le candidat doit dès lors mobiliser une palette de savoirs variés : économie, histoire, science politique, géographie, philosophie, actualité des sciences et techniques..., pour traiter des grandes problématiques actuelles.

 

Dans cette perspective, nous avons été nombreux (enseignants en classes préparatoires, responsables de formation IEP et universitaires spécialistes du thème) à nous réunir afin de concevoir des dissertations et fiches de lecture/synthèse pour une préparation optimale des candidats à l'épreuve. Pour ma part, j'ai apporté la contribution suivante : Révolution numérique et bouleversement des processus économiques.

 

Ce livre peut être utilement complété par les autres ouvrages de la même collection et par mes livres, notamment Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition et Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, toujours aux éditions Ellipses.

 

Cet ouvrage de préparation au concours IEP peut être acheté dans toutes les bonnes librairies et en ligne :

 

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4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 14:01

 

 

Récemment, dans un long billet consacré à la zone euro, j'avais présenté les principaux problèmes structurels auxquels elle fait face et insisté tout particulièrement sur l’hétérogénéité croissante. Aujourd'hui, nous nous intéresserons à l'épargne qui, contrairement à une idée reçue, est très abondante au sein de la zone euro, mais ne finance hélas plus des projets européens...

 

L'excès de l'épargne sur l'investissement

 

Le graphique ci-dessous montre que depuis 2012, le taux d'épargne de la zone euro est largement supérieur au taux d'investissement :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Cela se retrouve dans l'évolution de la balance courante (différence entre exportations et importations de biens et de services, de revenus des facteurs et des transferts), qui devient très largement excédentaire à partir de 2012 :

 

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

Cette situation est bien entendu défavorable à la zone euro, dans la mesure où une partie de l’épargne de la zone euro est prêtée au reste du monde au lieu de financer des investissements internes. Le pire est qu'une bonne partie de ces fonds sert désormais à acheter des bons du Trésor américain, c'est-à-dire que l'épargne des Européens finance l'endettement des États-Unis ! En y regardant de plus près, on voit également que l’excès d’épargne de la zone euro vient aujourd’hui surtout de la hausse du taux d’épargne privée et d'une stagnation/baisse de l’investissement public.

 

Comment remédier à cette situation ?

 

La situation économique de la zone euro est suffisamment dégradée pour que l'on s'intéresse au moyen de résorber cet excès d'épargne, d'autant qu'il s’évanouit dans le reste du monde.

 

Il n'y a cependant rien à attendre du côté de la politique monétaire, car son biais ultra-expansionniste permanent semble incapable de relancer l'investissement, comme je l'avais montré dans ce billet. Pire, en dehors de solvabiliser des États en grande difficulté financière, la politique de la BCE aura fait chou blanc sur tous ses objectifs : la cible du taux d'inflation (suffisamment proche de, mais inférieur à 2 % sur le moyen terme) est loin d'être atteinte ; l'investissement productif n'a pas été soutenu par les taux d'intérêt faibles, car l'économie est tombée dans une trappe à liquidité fermée à double tour par un contexte morose et une exigence de rentabilité des actionnaires toujours trop élevée ; quant à la croissance de la zone euro, cela se passe de commentaires...

 

L'accroissement du déficit public en vu de financer des investissements porteurs de croissance serait une bonne idée, mais le taux déjà très élevé de l'endettement public et les contraintes d'équilibre des traités européens limitent fortement cette solution. Le seul espoir serait donc de financer ces investissements d'avenir (énergies renouvelables, technologies du futur...) par un panachage de financements publics et privés, mais je crains fort que dans ce cas l'intérêt général soit sacrifié sur l'autel du profit à court terme...

 

L'un dans l'autre, le carcan européen empêche donc toute initiative intelligente, dans un contexte nécessitant pourtant des mesures d'urgence pour éviter l'effondrement économique (et social !). Dès lors, j'accorde peu de crédit à la thèse de l'atterrissage en douceur de la croissance européenne. Au contraire, eu égard à la conjonction de facteurs structurels très défavorables, je crains fort que l'on se dirige vers une crise économique profonde, qui sera doublée d'une crise sociale et politique...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de Boursorama.com

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 12:55

 

 

Voilà douze ans que j'enseigne l'économie à l'Université Populaire de Sarreguemines, dans un cadre ouvert à tous. Et j'ai plaisir à constater que le public est toujours au rendez-vous, au point que nous avons dû constituer une liste d'attente au premier semestre face au grand nombre d'inscrits. Ainsi, si vous souhaitez comprendre l'économie, sachez que les inscriptions pour le second semestre sont ouvertes du 3 au 14 février 2020 et qu'il n'est absolument pas nécessaire d'avoir suivi le premier semestre pour s'y inscrire, puisque les thèmes sont traités de manière indépendante et que je n'hésite pas à faire les rappels nécessaires. 

 

La cafet'éco à l'Université Populaire de Sarreguemines se déroule dans la conviviale cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, en moyenne un mercredi dans le mois à 18h30 :  le 4 mars, le 8 avril, le 13 mai et le 3 juin 2020.

 

 

D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter ! Nul besoin de connaissances particulières pour y assister.

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, brûlante actuellement, afin d'être au plus près des préoccupations actuelles des auditeurs :

 

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC :

 

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 14:01

 

 

Après mon dernier billet sur le sombre avenir de la zone euro, il sera question aujourd'hui de la dette publique. En effet, à peine l'INSEE a-t-elle évoqué un taux d'endettement public de 100 % du PIB en France, que déjà le sujet refaisait son entrée dans les radars médiatiques...

 

Qu'est-ce que la dette publique ?

 

Dans ce genre de débat technique, qui glisse très vite dans le domaine politique, il vaut mieux poser clairement les termes. La dette publique correspond à l’ensemble des emprunts publics, c’est-à-dire contractés par des administrations publiques : l'État, la Sécurité sociale, les organismes divers d’administration centrale (ODAC) et les collectivités locales.

 

Comme pour le déficit public, la dette publique est souvent présentée par commodité en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), ce que l’on appelle le ratio d’endettement public ou taux d’endettement public. Pour la France, ce ratio d’endettement public avoisinait les 100 % du PIB en 2019, pour une moyenne de 86,4 % dans la zone euro, alors que le pacte de stabilité et de croissance (PSC) européen en fixe la limite à 60 % :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Ainsi, à la fin du 2e trimestre 2019 (derniers chiffres connus), le ratio de la dette publique par rapport au PIB s'est établi à 86,4 % dans la zone euro et 80,5 % dans l'UE prise dans sa globalité. Les ratios les plus élevés ont été enregistrés en Grèce (180,2 %), en Italie (138,0 %) et au Portugal (121,2 %) ; les plus faibles en Estonie (9,3 %), au Luxembourg (20,3 %) et en Bulgarie (20,4 %).

 

Comment évolue la dette publique ?

 

Commençons par un graphique :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Selon Eurostat, par rapport au deuxième trimestre  2018, 8 pays ont enregistré une  hausse  de  leur ratio d'endettement public par rapport à la fin du deuxième trimestre 2019 et 20 pays  une diminution. Les hausses les plus fortes ont été observées à Chypre (+6,4 points), en Grèce (+2,7 points) et en Italie (+2,0 %), tandis que les baisses les plus marquées ont été observées en Hongrie et en Slovénie (-5,2 points chacun), en Autriche (-4,7 points) et au Portugal (-4,5 points).

 

Si l'on regarde de plus près quatre grands pays européens, on constate une baisse du taux d'endettement public en Allemagne mais une hausse en Italie, ce qui confirme les grandes difficultés économiques (et sociales et politique et...) de la péninsule :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Fondamentalement, la dynamique de la dette publique dépend de son niveau et du différentiel (taux d'intérêt réel - taux de croissance). Et c'est peu dire que les dernières années, les États ont pu profiter de la politique ultra-expansionniste menée par la BCE :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Celle-ci s'est traduite par une baisse des taux d'intérêt à long terme sur la dette publique et en tout état de cause une croissance (même très faible) supérieure aux taux d'intérêt, rendant supportable même des niveaux d'endettements publics très élevés comme en Italie. Or, l'assouplissement quantitatif mené par la BCE a vocation à s'arrêter un jour (enfin, on peut l'espérer au vu de ses effets pervers), d'autant que cette politique monétaire n'a guère brillé par son succès en matière d'investissement et de hausse des anticipations d'inflation. C'est à ce moment qu'il faudra redouter une nouvelle crise de la dette publique au sein de la zone euro...

 

Comment peut-on réduire la dette publique ?

 

Bien que la dette publique européenne soit sortie des écrans radars du FMI ces dernières années - sauf pour l'Italie -, l'annonce d'un ratio d'endettement public supérieur à 100 % du PIB pour la France a provoqué, à tort, des commentaires à foison sur la santé financière de notre pays. Or, outre que ce chiffre n'est qu'une estimation trimestrielle, il ne tient pas compte des actifs des administrations publiques et résulte surtout d’éléments techniques liés aux émissions et aux amortissements des titres de la dette publique. Bref, pas d'inquiétude particulière, d'autant que la dette publique française s’arrache à des taux extrêmement bas - voire négatifs  ! - sur les marchés financiers.

 

Quoi qu'il en soit, certains lecteurs m'ont demandé de rappeler brièvement comment un État peut réduire sa dette publique. Or, contrairement à une idée reçue, ce n'est pas le stock de dette publique que les États cherchent à baisser pour éviter un debt overhang (faible croissance résultant d'un endettement public trop élevé), mais le taux d'endettement public, c'est-à-dire le stock de dette publique rapporté au PIB.

 

3 solutions principales possibles :

 

 * annuler la dette publique. Dans le jargon, on préfère parler de défaut sur la dette publique, certainement parce que cela rassure un peu. Toujours est-il que c'est la méthode non coopérative par excellence, mais qui est aussi la plus usitée dans l'histoire.

 

 * faire en sorte que les taux d’intérêt à long terme soient inférieurs à la croissance nominale. En effet, dans ce cas, l’écart entre croissance et taux d’intérêt réduit le taux d’endettement chaque année, et le pays peut donc se désendetter à moindres frais.

 

 * monétiser la dette publique. Cela consiste, comme je l'avais expliqué dans ce billet, pour la Banque centrale à créer de la monnaie pour ensuite acheter les titres de dette publique. 

 

Avec cette dernière méthode, qui est d'ailleurs celle en vigueur au sein de la zone euro, le danger est grand que les gouvernements ne prennent pas ce mécanisme pour ce qu'il est, à savoir un répit pour engager les réformes nécessaires à la soutenabilité de leur dette publique. Les économistes parlent alors d'un risque d'aléa moral, pour décrire cette situation où les gouvernements pourraient être incités à mener des politiques budgétaires très expansionnistes (hausse des dépenses publiques ou baisses des impôts), puisqu'ils savent que la Banque centrale monétisera les dettes publiques. 

 

D'où les cris d'orfraie des dirigeants politiques allemands, qui voient dans le Quantitative Easing une monétisation déguisée des dettes publiques de la zone euro. Le pire est qu'ils ont raison... Il suffit pour s'en convaincre de comprendre les coulisses de fonctionnement du quantitative easing. Tout d'abord, les Banques centrales des pays de la zone euro achètent des titres de dettes publiques en créant de la monnaie et touchent donc les intérêts sur ces titres. Or, les Banques Centrales des pays de la zone euro reversent leurs profits aux États, ce qui dans le cas présent signifie simplement que les paiements d’intérêts sur la dette publique faits par l’État à la Banque Centrale sont en fin de compte rendus par la Banques Centrale à l’État !

 

Dette publique et surtout dette privée !

 

Mais pendant que certains commentateurs patentés s'échinent à disserter sur la dette publique, on oublie allégrement que l'endettement privé atteint lui aussi des sommets partout dans le monde, ne serait-ce qu'en raison des taux d'intérêt bas :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Il serait donc sage de se demander en premier lieu comment les entreprises et les ménages gavés à la dette à bas taux vont réussir à demeurer solvables dans un environnement où la demande globale se déprime tout comme la croissance... Faut-il du reste rappeler que la crise de 2007 résultait avant tout d'un compartiment financier lié à des prêts privés, les célèbres subprimes ?

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de The Conversation.

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 14:17

 

 

Après plusieurs articles sur la réforme des retraites en France, je souhaite consacrer ce billet de début d'année à l'avenir de la zone euro. En effet, alors que des vents contraires soufflent très fort sur l'Europe, d'aucuns prétendent que l'avenir de la zone euro serait radieux et en veulent pour preuve les sommets atteints sur les Bourses. Un tel optimisme, injustifié comme je vais le montrer, m'apparaît plutôt comme un aveuglement...

 

Les problèmes structurels de la zone euro

 

Il ne s'agit pas ici de faire un inventaire à la Prévert des problèmes structurels de la zone euro, mais juste de pointer quelques éléments importants :

 

 * le partage des revenus au sein de la zone euro se déforme structurellement en faveur des entreprises et donc au détriment des salariés :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * la faiblesse des compétences de la population active ainsi que son vieillissement, la désindustrialisation, l'insuffisance d'investissement dans les technologies pèsent lourdement sur la croissance potentielle de la zone euro :

 

 

[ Source : Natixis ]

 * les politiques économiques nationales sont peu ou mal coordonnées au niveau de l'UE, ce que perçoivent très clairement les Européens  :

 

 

[ Source : Flash Eurobarometer on the euro area (October 2019) ]

 

 * de nombreux États de la zone euro, comme l'Italie, ne doivent leur survie financière qu'à l'action de la Banque centrale européenne sur les taux d'intérêt ;

 

 * les capitaux allemands ne financent plus la zone euro ;

 

 * depuis le Traité de Rome, en 1957, la concurrence est érigée en maître principe du fonctionnement économique de l'Europe économique, trop souvent pour le pire ;

 

 * en ce qui concerne l'endettement, c'est moins celui des États qui m'inquiète que l'endettement total des pays membres de la zone euro :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

L’hétérogénéité structurelle de la zone euro

 

Mais le principal problème structurel de la zone euro est que, conformément aux travaux d'économistes comme Paul Krugman, l’hétérogénéité d’une Union monétaire augmente après sa constitution. C'est clairement ce qui s'est passé avec la zone euro, puisque l'introduction d'une monnaie unique a conduit à une spécialisation productive différente des pays, à la divergence des niveaux de productivité et de revenu, à une recomposition de la géographie industrielle, etc. Tout cela a pu durant un temps être caché par la hausse de l'endettement, mais la crise de 2008 a fait tomber les masques...

 

Dès lors, l'UE se devrait d'être fédérale, afin d'assurer la redistribution de revenus des régions plus riches vers les régions plus pauvres à la faveur d'un budget fédéral autrement plus fourni que l'actuel budget communautaire qui ne pèse guère qu'un pourcent du PIB de l'UE. On ne peut d'ailleurs pas dire que la proposition française de créer un budget propre à la zone euro ait été mieux accueillie, d'autant qu'après de multiples rinçages politiques il n'en reste plus grand-chose de tangible. Mais même si ce budget était conséquent, je suis de moins en moins convaincu que l'on pourrait réussir à corriger le haut niveau d'hétérogénéité atteint au sein de la zone euro...

 

L'impossibilité de corriger les différentiels de compétitivité-coût au sein de la zone euro

 

Avant la mise en place de la monnaie unique, les problèmes de compétitivité-coût pouvaient se régler par un mécanisme de marché simple : le taux de change. Mais depuis, puisque par définition toute dévaluation monétaire est impossible, les gouvernements utilisent d'autres moyens :

 

 * la dévaluation interne : également appelée ajustement nominal, elle consiste en une baisse de coûts salariaux et des prix dans le but d'améliorer la compétitivité d'un pays. Selon la théorie, comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et la compétitivité s'améliore à l'export. Mais, ce remède de cheval conduit le plus souvent à l'effondrement de la demande des ménages en raison de la baisse des salaires réels. Cela débouche alors sur une compression de l'activité à court terme et donc sur une hausse du chômage.

 

 * la dévaluation fiscale : il s'agit d'une substitution d'impôt censée produire les mêmes effets qu'une dévaluation monétaire. On pense notamment à la TVA sociale (qui n'a de social que le nom), qui consiste à basculer sur la TVA une partie des cotisations sociales patronales, de sorte que la TVA augmenterait et le coût du travail baisserait. Or, en pratique, lorsque la TVA augmente c'est le pouvoir d'achat des ménages qui est amputé, car les vases communicants ne fonctionnent jamais aussi parfaitement...

 

Bref, l’ajustement de la compétitivité-coût repose surtout sur les pays en difficulté, à qui l'on enfonce encore un peu plus la tête sous l'eau, ce qui rejaillit sous forme de conflits sociaux et d’extrémismes politiques... Rien d'étonnant alors de voir resurgir des formes de nationalismes économiques (et politiques), comme je l'ai expliqué dans ce billet. Face à la colère sociale qui gronde partout en Europe - et dans le monde -, la réponse des gouvernants semble se résumer à un détonant cocktail de libéralisation et de répression ! La violente réponse apportée par le gouvernement Macron à la crise des gilets jaunes en est d'ailleurs la preuve patente !

 

Après les élections européennes de 2019, qui n'ont au fond rien apporter d'autre que des postes à ceux qui en demandaient, il est désormais de bon ton de laisser croire que tous les problèmes de l'UE - et partant de la zone euro - vont se régler par un green deal... Hélas, au vu du degré d'exaspération des citoyens, la seule inconnue reste le moment où la révolte générale se déclenchera. À moins qu'une crise économique ne coule la zone euro avant...

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8 janvier 2020 3 08 /01 /janvier /2020 15:26

 

 

La Chine, longtemps conquérante sur le plan économique, subit depuis quelque temps des vents contraires. Dans un précédent billet, j'avais expliqué comment se calcule la croissance potentielle et je vais donc me servir de ces éléments pour étudier l'économie chinoise.

 

Évolution de la croissance en Chine

 

La croissance en Chine s'affaiblit ces dernières années :

Infographie: La croissance chinoise au plus bas depuis 1990 | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

Rappel sur la croissance potentielle

 

Pour ceux qui auraient la flemme de relire mon billet sur la croissance potentielle, je vous rappelle que celle-ci peut être définie comme la croissance réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles.

 

En partant de l'identité suivante Y = P.N où Y désigne le PIB, P la productivité par tête et N  l'emploi, on en déduit que la croissance potentielle est liée aux gains de productivité par tête et à la croissance de la population active.

 

Évolution des gains de productivité en Chine

 

L'économie chinoise, tout comme les autres pays développés du monde, se transforme en une économie de services :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Or, les échanges de services sont de beaucoup plus petite taille que les échanges de biens et la productivité du travail est en général bien plus élevée dans l'industrie. Rien d'étonnant donc à ce que l'on assiste à un recul des exportations, amplifié par les mesures protectionnistes de Trump :

 

 

[ Source : BBC ]

Au total, on assiste à un freinage de la productivité par tête :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Évolution de la population active en Chine

 

Le vieillissement de la population en Chine est déjà bien entamé et il conduira inévitablement à un recul de la population en âge de travailler :

 

 

[ Source : Chine-magazine.com ]

 

Croissance potentielle de la Chine

 

Au total, la croissance potentielle de la Chine s'affaiblit et devrait être inférieure à 4 %, ce qui va poser de sérieux problèmes sociaux et politiques dans un pays qui a construit sa domination économique sur une croissance forte. D'autant plus que le rééquilibrage de son modèle de croissance, pour l’instant basé encore essentiellement sur les exportations, et qui devrait à terme donner plus d’importance à la demande intérieure, prend du temps.

 

Pour faire face à ce ralentissement, Xi Jinping a annoncé au mois de décembre une baisse des droits de douane pour soutenir la demande intérieure, un programme pour l'emploi et un plan d'investissement. Bref, le gouvernement chinois a décidé de revenir au bon vieux plan de relance par la dépense publique, au moment où l'endettement public, mais surtout privé, est déjà stratosphérique... Au surplus, la guerre commerciale déclarée par Trump à la Chine aura d'une certaine façon servi de catalyseur au changement, puisque le timonier chinois a engagé son pays à marche forcée vers l'industrie et les services du futur.

 

Mais il est vrai qu'en Chine, une croissance forte est avant tout une question de survie politique pour le timonier en chef !

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