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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 12:42

 

 

Il aura suffi que le ministre délégué au Commerce extérieur, Franck Riester, commente les chiffres des importations pour que soit relancé le débat sur le déficit commercial. Honnie pour les uns, simple statistique pour les autres, la balance commerciale semble assurément polariser les opinions... C'est pourquoi, après mes billets sur la financiarisation de l'économie et ses conséquences mortifères, il sera question aujourd'hui des échanges commerciaux de la France.

 

Balance commerciale et taux de couverture

 

La balance commerciale est  le compte qui retrace la valeur des biens exportés et la valeur des biens importés sur la base des statistiques douanières. Le solde du commerce extérieur est la différence entre la valeur des exportations et celle des importations. Si celui-ci est positif, on parle d'excédent commercial, sinon il s'agit d'un déficit commercial. Il à noter que contrairement aux États-Unis entre autres, la balance commerciale en France ne couvre pas les services, qui figurent dans la balance des biens et des services.

 

Le taux de couverture du commerce extérieur est le rapport entre la valeur des exportations et celle des importations :

 

 

* lorsque le taux de couverture est inférieur à 1, la balance commerciale est déficitaire ;

 

 * lorsque le taux de couverture est égal à 1, la balance commerciale est équilibrée ;

 

 * lorsque le taux de couverture est supérieur à 1, la balance commerciale est excédentaire.

 

Notons que la balance commerciale, et donc le taux de couverture, peut être relative à un produit ou à l'ensemble des échanges de produits.

 

Le déficit commercial de la France

 

Commençons par ce graphique qui présente l'évolution du solde commercial de la France depuis 2004, date à laquelle elle devient structurellement déficitaire :

 

 

[ Source : Rapport 2021 sur le commerce extérieur ]

 

 

On constate que même hors énergie, la balance commerciale française est déficitaire. Quant à l'année 2020, selon le rapport 2021 sur le commerce extérieur, les exportations de la France chutent de près de 16 % et les importations de 13 % (sauf bien entendu les masques  et autres produits de santé...), reculs prévisibles lors d'une crise. En revanche, la facture énergétique diminue presque de moitié à la faveur du recul du prix du pétrole et des volumes importés. Au total, le déficit commercial de la France s'élevait à 65,2 milliards d'euros en 2020, soit une dégradation de plus de 7 milliards par rapport à l'année précédente. 

 

Les chiffres clés du commerce extérieur de la France en 2020

 

Toujours selon le rapport 2021 sur le commerce extérieur, voilà les principaux éléments à retenir sur le commerce extérieur de la France (chiffres, principaux partenaires, secteurs concernés...) :

 

 

[ Source : Rapport 2021 sur le commerce extérieur ]

 

Le solde commercial de quelques autres pays de l'UE

 

Le graphique ci-dessous présente le solde de la balance commerciale pour plusieurs pays de l'UE. Il faut néanmoins rester prudent sur l'interprétation de ces chiffres, puisqu'ils ne tiennent pas définition pas compte des services (alors que nous sommes dans un monde de services) et ne permettent certainement pas de conclure qu'en Allemagne tout va bien et qu'à l'inverse au Royaume-Uni tout va mal, comme je l'expliquais dans mon livre Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie.

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Est-ce grave docteur ?

 

Ce qui compte vraiment, ce n'est pas tant le solde des seuls biens (balance commerciale), mais celui des biens, services, revenus (salaires, dividendes, intérêts…) et de certains transferts (dons, aides…). L'on obtient alors la balance courante, présentée sur le graphique ci-dessous :

 

 

[ Source : Rapport 2021 sur le commerce extérieur ]

 

Et l'image qu'elle donne du commerce extérieur est bien différente de celle qui résultait de la seule prise en compte des biens. En effet, même si le solde commercial est déficitaire, c'est tout le contraire pour les services, ce qui reflète la réalité de l'économie française où la part de l'industrie est déclinante (désindustrialisation) et où les emplois se situent essentiellement dans le secteur des services. Et il faudrait par ailleurs refaire les calculs hors énergie, puisqu'en l'état actuel des choses la France est contrainte d'importer, bon gré mal gré, le pétrole nécessaire à l'activité.

 

Ces chiffres sont donc loin d'être catastrophiques, mais ils doivent faire réfléchir sur les choix politiques faits depuis trois décennies... En effet, l'illusion d'une économie sans industrie (fabless pour reprendre les mots d'un grand patron français...) a contribué à une désindustrialisation accélérée, qui a débouché sur une baisse tendancielle des gains de productivité et de la croissance potentielle :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Chemin faisant, la France a perdu des parts de marché dans les exportations mondiales de biens et services :

 

 

[ Source : Rapport 2021 sur le commerce extérieur ]

 

Ce n'est cependant pas en accompagnant la dégradation industrielle d'une dégradation des conditions de travail que l'on inversera une tendance, répétons-le, voulue en partie par le politique. Et dire qu'il aura fallu attendre Macron, chantre de la flexibilité rebaptisée flexisécurité, pour que la question de la souveraineté économique refasse surface, même si la gestion de la crise de la covid-19 a montré l'incapacité du gouvernement français à ajouter des actes aux paroles ! Et que dire de cette lubie pour les seules start-up, alors que l'essentiel de l'emploi est lié aux industries plus traditionnelles, qu'il faudrait accompagner dans leur transition écologique (entre autres !).

 

En définitive, c'est bien d'une politique industrielle que la France a besoin !

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15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 12:25

 

 

Lorsqu'il est question de prévisions économiques, trop souvent elles se résument à évoquer la croissance, négligeant de facto l'ensemble des questions sociales ou faisant croire qu'elles découlent de la production. Or, c'est l'emploi qui devrait être au cœur des préoccupations, puisque d'une part il est encore intimement lié à la (sur)vie des individus et d'autre part il y a fort à craindre que la crise liée à la covid-19 ait un impact majeur à long terme non seulement sur le volume d'emploi, mais aussi sur les conditions de travail...

 

Le chômage en France au 4e trimestre 2020

 

Au quatrième trimestre 2020 (derniers chiffres connus), le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) atteint 2,4 millions de personnes en France (hors Mayotte), soit 8 % de la population active, en baisse par rapport au trimestre précédent :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Cette baisse du chômage au 4e trimestre (-340 000 personnes) provient d’abord de la hausse du taux d’emploi, c'est-à-dire du rapport entre le nombre de personnes en emploi et le nombre total de personnes (encore qu'en regardant le nombre d'heures travaillées la situation n'est plus la même...). Mais, les chiffres sont quelque peu en trompe-l’œil, dans la mesure où le deuxième confinement, qui s'est étendu du 30 octobre au 15 décembre 2020, a influé sur les chiffres du chômage d'une manière équivalente, mais plus modérée, à celle que j'avais détaillée pour le 1er confinement. En effet, un nombre important de personnes ont basculé statistiquement dans l’inactivité parce qu'elles n'étaient pas en mesure d'effectuer des recherches actives d’emploi, l'une des conditions pour être considéré comme chômeur au sens du BIT.

 

En regard de ce chiffre se trouve le halo de chômage, constitué d'inactifs (1,8 million tout de même !) n'étant pas au chômage au sens du BIT, mais étant dans une situation qui s'en approche :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Les plans sociaux se multiplient

 

Dans le but d’alerter l'opinion publique, la CGT a créé le site stoplicenciement.fr avec une carte des plans sociaux et de licenciements en cours, tant ceux-ci se multiplient depuis le début de la pandémie, avec parfois un zeste d'opportunisme patronal à peine voilé :

 

 

[ Source : CGT ]

 

Certes, pour l'instant l'on n’assiste pas à une explosion des pertes d'emplois, en raison principalement des mesures de soutien public : chômage partiel, prêts garantis par l'État, reports de cotisations sociales et autres aides dont le coût flambe ! Autrement dit, et cela mérite d'être remarqué, c'est un gouvernement néolibéral qui choisi d'intervenir fortement dans l'économie ("quoi qu'il en coûte") de peur de voir le capitalisme s'effondrer.

 

Mais que les tenants de l'orthodoxie budgétaire se rassurent, Olivier Dussopt, ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, chargé des Comptes publics, a déjà sonné la fin de la récréation interventionniste en 2021 et évoque désormais les réformes qui doivent permettre de "rembourser" (sic !) la dette publique. Son ministre de tutelle, quant à lui, n'en finit plus de s'ingénier pour que les ménages français dépensent leur surplus d'épargne en consommation et investissement. Du moins, pour ceux qui ont encore de l'argent dans leur bas de laine...

 

Le licenciement collectif simplifié

 

Qui n'a pas remarqué que depuis quelque temps, il n'est plus tellement question de licenciements dans les médias, mais plutôt de départs volontaires, comme si les salariés rêvaient de quitter leur emploi pour se retrouver au chômage ? Ce changement de vocable ne doit pas faire oublier qu'il s'agit toujours d'une perte d’emplois, mais classée et parfois indemnisée différemment par l'administration.

 

Au traditionnel plan de sauvegarde de l'emploi (qu'on juge de l'expression orwellienne !), s'ajoutent désormais le plan de départs volontaires (PDV), la rupture conventionnelle collective (RCC), l'accord de performance collective (APC) et l'accord d'activité partielle de longue durée (APLD). Une véritable panoplie de petit magicien des ressources humaines, qui permet de faire sortir facilement et à moindres frais des licenciements collectifs du chapeau de la compétitivité :

 

 

En fin de compte, la flexibilité, ou sa déclinaison macroniste la flexisécurité, n'aura été qu'une illusion censée permettre de renouer avec la croissance. Non seulement elle aura conduit à faire des salariés encore un peu plus une variable d'ajustement économique, mais pis, elle aura ravagé les notions d'engagement au travail et de sens. Et bien entendu, quand une politique est délétère et ne profite qu'à une infime minorité, il est important de la poursuivre au nom d'un intérêt général qui fleure bon l'intérêt privé...  

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8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 12:39

 

 

Après de nombreux billets sur la création de monnaie, la monnaie de la Banque centrale, les monnaies locales et plus récemment l'étalon-or, il m'a semblé intéressant de compléter cette série par une petite analyse du Bitcoin, devenu un véritable phénomène de société depuis que son cours défraie la chronique.

 

Qu'est-ce que le Bitcoin ?

 

Le Bitcoin, conçu en 2009 par l'informaticien Satoshi Nakamoto (plus probablement un groupe de geeks cachés derrière ce pseudonyme), est une monnaie émise de pair-à-pair, non régulée par une Banque centrale, utilisable au moyen d'un réseau informatique décentralisé et qui s'appuie sur des techniques de cryptographie. D'où sa qualification abusive de cryptomonnaie à laquelle je préfère celle de cryptoactif.


Par ailleurs, il ne faut pas confondre cryptomonnaie et monnaie numérique (ou digitale en franglais) :

Comment fonctionne le système Bitcoin ?

 

Concrètement, voilà comment se déroule de manière schématique une transaction en bitcoins :

 

 

[ Source : BdF - ABC de l'économie ]

 

En complément, je vous invite à regarder la courte vidéo ci-dessous, qui résume plutôt bien les principaux éléments à retenir :

Tout cela semble très intéressant, mais à l'origine il a bien fallu créer les premiers Bitcoins et les distribuer. C'est là qu'intervient un processus appelé minage, qui consiste à créer des Bitcoins et à les affecter à une personne (le mineur) qui aura contribué à vérifier la validité des opérations en installant sur son ordinateur un logiciel spécifique à cet effet. Ces mineurs sont donc rémunérés à mesure des calculs effectués, mais la forte concurrence entre ces personnes pour obtenir de nouveaux Bitcoins et la puissance très importante de calcul nécessaire, rendent le minage de plus en plus difficile. Voilà pourquoi ses défenseurs le comparent souvent à l'or et rêvent de le voir devenir un actif refuge...

 

Quel est le cours du Bitcoin ?

 

Disons-le clairement, il n'existe pas de Bourse officielle du Bitcoin qui aurait pour fonction de sécuriser les échanges et de s'assurer de l'identité des personnes effectuant une transaction. C'est d'une certaine façon l'une des raisons pour lesquelles le Bitcoin a été créé, ce qui rattache d'emblée le Bitcoin a une mouvance libertaire/anarchiste. Tout au plus dispose-t-on de plusieurs sites où il est possible d'échanger du Bitcoin (Kraken, Coinbase...), d'où des cours différents. Le site CoinMarketCap nous fournit une évolution du cours moyen du Bitcoin en dollars :

 

 

[ Source : CoinMarketCap ]

 

Bref, le Bitcoin monte fréquemment dans les tours, et récemment, lorsque le cours de 50 000 dollars pour un Bitcoin a été dépassé, cela n'a pas manqué d'exciter  l'attention des médias et des investisseurs en herbe ! Ne parlons même pas de l'hystérie qui gagna les réseaux sociaux lorsqu'Elon Musk, le patron de Tesla, ajouta un hashtag bitcoin sur son compte Twitter...

 

Bitcoin, un actif spéculatif pas une monnaie

 

Selon l'économiste Jean Cartelier, un système de paiement monétaire peut être caractérisé par trois éléments : une unité de compte, une règle de monnayage et une procédure de paiement. Le Bitcoin semble donc avoir certaines caractéristiques d'un système de paiement, mais sa volatilité n'en fait à l'évidence pas une monnaie utilisable à grande échelle pour les échanges marchands.

 

Le bitcoin est d'ailleurs coutumier de ces variations extrêmes, ne serait-ce qu'en raison d'une offre (fixe) qui ne peut répondre aux variations de la demande, d'où  de fortes variations de cours. Qu'il suffise par ailleurs de se souvenir du premier mini-krach de 2011, lorsque le cours du bitcoin était passé de moins d'un dollar à 30 dollars avant de redescendre sous les 3 dollars ! Mais c'est surtout au printemps 2013 qu'il a beaucoup fait parler de lui après une chute de cours supérieure à 70 % ! C'était l'époque où la crise chypriote battait son plein et les investisseurs, inquiets de voir leurs dépôts lourdement taxés, ont certainement cherché à convertir leurs euros en bitcoins.

 

Et en 2016, le bitcoin a tutoyé les 1 000 dollars, en partie à cause du contexte économique difficile en Asie. En effet, les restrictions imposées par Pékin aux sorties de capitaux ont été partiellement contournées à la faveur de la conversion du yuan en bitcoin, ce qui conjugué au goût des Chinois pour la spéculation a conduit les trois principales plates-formes chinoises d’échange en bitcoins a représenter 95 % des volumes dans le monde ! Certes, le Bitcoin pourrait être vu comme un formidable outil de dissidence politique dans des pays autoritaires, mais en même temps son utilisation répétée comme moyen de paiement par des personnes aux intentions peu louables m'inquiète...

 

En définitive, le Bitcoin tient plus de l'actif spéculatif que de la monnaie, c'est un fait ! L’appellation cryptoactif me semble dès lors bien plus attitrée.

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de la Tribune.

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 13:33

 

 

Dans un précédent billet, j'avais expliqué la différence entre finance et financiarisation, la deuxième n'étant finalement que la forme parasitaire de la première, en ce qu’elle met l’ensemble des activités productives sous la coupe des puissances financières (investisseurs, marchés, fonds...), avec la complicité active ou résignée du politique. Aujourd'hui, j'aborderai en complément les dégâts provoqués par cette financiarisation sur les entreprises et les travailleurs.

 

Le rendement des fonds propres

 

La rentabilité exigée par les actionnaires est le plus souvent mesurée par un indicateur simple - trop simple ! - appelé ROE, défini comme suit :

 

 

Et dans la plupart des pays, dont la France, le ROE attendu par les actionnaires est très élevé au regard des taux d’intérêt à long terme sans risque :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

L'entreprise au service de la rente des actionnaires

 

Évidemment, pour satisfaire une telle rentabilité à court terme, les entreprises se sont lancées dans un processus d'autodestruction. Ainsi, les projets d'investissement à horizon trop lointains sont à bannir, puisque l'actionnaire n’est guère prêt à attendre 5 ans pour récupérer les fruits de l'investissement, ce qui peut conduire une entreprise à se priver d'opportunités de croissance dans le futur. Et afin que chaque actionnaire puisse satisfaire son besoin irrépressible de contrôler les comptes de l'entreprise, les sociétés cotées sont sommées de publier au moins tous les trimestres leurs états financiers.

 

De même, comme l'affirmait avec justesse Peter Drucker, "there is no profit unless you earn the cost of capital”, ce qui signifie que dans une économie financiarisée l'entreprise n'est plus seulement sommée de faire du résultat net, mais encore de dépasser le coût du capital utilisé (emprunts et titres financiers) appelé WACC (Weighted Average Cost of Capital) dans le jargon. C'est ce qui permet de comprendre pourquoi des entreprises qui font du profit annoncent néanmoins des plans de licenciements : ce sont les licenciements boursiers du type Renault à Vilvorde ! L'entreprise financiarisée se doit donc d'être à l'image du surhomme néolibéral, afin de s'adapter à son environnement pour dégager toujours plus de rentabilité : sans graisse, flexible, toujours en mouvement ! Le patron de Danone est d'ailleurs en train d'en faire les frais...

 

À défaut de pouvoir disposer du temps et des fonds nécessaires pour innover, les entreprises ont dès lors privilégié les rachats de brevets ou de sociétés innovantes, avec le splendide résultat que nous voyons en France avec Sanofi : en rade sur le vaccin contre la covid-19, l'entreprise a choisi de réduire ses effectifs (dont ceux de la recherche !), mais d'augmenter le dividende versé à ses actionnaires ! Au reste, l'innovation n'a souvent comme seul but que de permettre de raccourcir le cycle de production/consommation, afin de coiffer au poteau les concurrents. D'où une forme obsolescence programmée devenue la règle, afin de faire gonfler le chiffre d'affaires !

 

Les travailleurs comme variable d'ajustement

 

Bien entendu, l'entreprise financiarisée se retrouve bon gré mal gré ravalée au rang de simple boîte noire distributrice de dividendes. Et cela a forcément un impact en amont sur la répartition des revenus entre profits et salaires, au détriment des seconds. Cela peut se voir sur le graphique ci-dessous, qui montre que le partage des revenus au sein de la zone euro se déforme structurellement en faveur des entreprises et donc au détriment des salariés :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Si les actionnaires concédaient une baisse de leurs exigences de ROE, il serait a priori possible d’accroître au moins les bas salaires. Mais cela a autant de chance de se réaliser que la venue du père Noël par la cheminée. Tout d'abord, les rentiers de la Bourse n'ont aucun intérêt financier (la solidarité n'a jamais été une vertu à la Bourse...) à arrêter le dépeçage de la bête tant qu'il reste encore du gras. De plus, en régime capitaliste le salaire est réputé être le vrai prix du travail fourni, ce qui revient à dire que la main invisible du marché rétribue chacun à sa juste contribution sans qu'il y ait lieu de s'en soucier. De l'art de fabriquer des pauvres à défaut de chômeurs...

 

Face à ce problème social majeur (flexibilisation à outrance, exigence de productivité qui mine la santé mentale, perte de sens du travail, salaires à la peine...), la réponse a trop longtemps été la hausse de l'endettement des ménages, avec l'hyperconsommation comme calmant. Mais avec le ralentissement de l'économie à la suite de la crise liée à la covid-19, les États seront contraints d'augmenter les politiques de redistribution (assurance chômage, allocations pour lutter contre la pauvreté) pour tenter d'éviter la conflagration sociale. Mais en même temps, les finances publiques sont sous le coup des marchés financiers, qui exigent des gouvernements une baisse de la dette publique.

 

On marche sur la tête en raison d'un système économique vicié ! Émile Durkheim parlait d'anomie au XIXe siècle pour caractériser une telle situation de dérèglement social, qui selon lui résulte de la division du travail d'où découlent l'isolement des individus et la régression de la solidarité. Le pis est que cette anomie, provoquée par la financiarisation de l'économie, a reçu l'assentiment des gouvernements qui mènent tambour battant des politiques néolibérales... au nom de l'intérêt général !

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 13:39

 

 

Lorsque l'on écrit de nombreux billets sur la monnaie (la création de monnaie, la monnaie de la Banque centrale, les monnaies locales, l'étalon-or), les questions liées à la finance ne sont jamais très loin, ne serait-ce qu'en raison du volume incroyable de monnaie créé par les Banques centrales et qui se déverse essentiellement sur les marchés financiers. Il m'a donc semblé pertinent d'expliquer brièvement ce que l'on entend financiarisation de l'économie, tant cela semble mal compris...

 

La finance de marché

 

Tout le monde a déjà entendu parler de la Bourse, même si aujourd'hui l'on ne trouve plus grand-chose au palais Brongniart à Paris. Toujours est-il qu'une bourse (notez le b minuscule) est une institution - de plus en plus souvent privée -, qui permet la cotation de titres standardisés et des échanges sécurisés.

 

La Bourse (avec un b majuscule) correspond au marché des actions, qui est censé permettre aux entreprises de se financer autrement que par l'emprunt et leur propre épargne, même si ces dernières années il est loin d'être le canal le plus usité en raison précisément de la financiarisation dont nous allons parler dans ce billet. La vidéo ci-dessous vous explique en un temps très court l'essentiel à retenir :

Ainsi, si tout pouvait se financer immédiatement ou à très court terme, il n'y aurait pas besoin de finance. En revanche, en raison des décalages temporels, la finance permet de :

 

  • transférer de la monnaie à ceux qui ont des opportunités dans la production ou la consommation ;

 

  • gérer les risques associés à l'investissement de monnaie dans les processus de production et de consommation, et permettre un échange entre ceux qui veulent se défaire d'un tel risque et ceux qui sont prêts à en prendre pour gagner une rémunération.

 

Sans entrer dans des détails trop techniques, il est cependant bon de garder à l'esprit que le prix qui se forme sur un marché est rarement celui prédit par la théorie des marchés en concurrence parfaite. Au contraire, le prix sur un marché financier est le plus souvent le résultat d'un effet de mimétisme (Paul imité Jacques, car il pense que ce dernier est au courant de ce qui se passe sur les marchés...) et d'asymétries d’information (certains en savent probablement plus que d'autres sur la réelle santé financière d'une entreprise...). Bref, un marché financier n'est pas forcément irrationnel, mais sa logique propre peut facilement le conduire à des bulles sur certains titres sans force de rappel.

 

Au fondement de la financiarisation de l'économie

 

C'est l'esprit de rente qui est la cause essentielle de la financiarisation de l'économie. En effet, tous les agents économiques rêvent plus ou moins secrètement d'obtenir une rente, qui permet soit de ne plus travailler, soit de ne travailler que lorsque l’on veut ou à tout le moins de déconnecter le travail accompli du revenu.

 

Cela ne se réduit donc pas au seul fantasme du trader, qui a fait fortune à 40 ans et peut désormais passer ses journées à jouer au golf. Comment qualifier autrement que de rente les taux de rendement sur fonds propres exigés par les actionnaires des sociétés cotées en Bourse ? Mais faut-il rappeler que la rente des uns est financée par le travail des autres, dans la mesure où il n'y a pas de repas gratuit en économie ? D'où la nécessité de pressurer les entreprises (et in fine les travailleurs) pour qu'elles augmentent productivité, rentabilité et dividende !

Ainsi, vous en déduisez aisément qu’il y a confusion entre finance et financiarisation, la deuxième n'étant finalement que la forme parasitaire de la première, en ce qu’elle met l’ensemble des activités productives sous la coupe des puissances financières (investisseurs, marchés, fonds...), avec la complicité active ou résignée du politique.

 

La financiarisation se voit d'abord au formidable essor de l’industrie financière depuis le début des années 1980, concomitamment au développement de nouveaux acteurs à la taille impressionnante (fonds de pension, hedge funds, fonds d'investissement...). Et quel meilleur signe de la financiarisation de nos économies, que la croyance d'un lien entre santé des marchés et santé de l'économie, pourtant démenti allègrement par les faits. Mais au fond, dans un monde de post-vérité comme disent ce qui veulent être savants, chacun peut voir midi à sa porte... Effrayant !

 

En définitive, le processus de financiarisation de l’économie et ses conséquences mortifères pour les ménages et les entreprises sont aujourd'hui bien documentés. La financiarisation profite néanmoins à une minorité, qui peut augmenter considérablement son patrimoine sans coup férir. Ce faisant, ils ont tout intérêt à faire passer la financiarisation de l'économie comme une nécessité sur la route du progrès, mot que l'on emploie désormais trop souvent pour justifier la destruction d'une civilisation au nom des intérêts égoïstes d'une caste...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article des Échos.

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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 15:47

 

 

Depuis le début de la pandémie et de la crise qui en a résulté, il est presque tout le temps question de l'économie, comme si l'espace social français se réduisait à sa seule dimension économique. J'ai récemment rappelé que le corps social français était malade depuis bien avant la covid-19 : la dégradation des conditions de travail, la perte de sens et la perte de liens étaient déjà des réalités, que la crise actuelle n'aura qu'amplifiées ! Hélas, ces phénomènes s'apprécient difficilement par un chiffre unique, d'où la tendance à les négliger du débat comme si ces problèmes pouvaient se résoudre uniquement avec l'amélioration des conditions économiques.

 

Après un billet sur les inégalités, dans lequel je montrais que la crise liée à la covid-19 est en train d'aggraver toutes les formes d'inégalités - pas que monétaires ! - , je vous propose dans ce billet une petite analyse de la pauvreté, trop souvent appréciée sous le seul angle monétaire.

 

L'éradication de la pauvreté, objectif du développement durable de l'ONU

 

Pour commencer, il est bon de rappeler que l'éradication de la pauvreté fait partie des 17 objectifs du développement durable de l'ONU :

 

 

[ Source : https://www.cnis.fr ]

 

En France, peu de personnes savent que nous disposons d'un Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES), créé par la loi d’orientation n°98-657 du 29 juillet 1998, et dont les missions sont les suivantes :

 

 * rassembler les données relatives aux situations de pauvreté, de précarité et d’exclusion jusqu’alors dispersées, sous-exploitées et difficilement accessibles au public.

 

 * contribuer au développement de la connaissance de ces phénomènes, notamment dans des domaines mal couverts par les études et les statistiques existantes.

 

 * faire réaliser des travaux d’études, de recherche et d’évaluation en lien étroit avec le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE).

 

 *diffuser l’ensemble des informations recueillies sous la forme d’un rapport annuel sur la pauvreté et ses évolutions à destination du Premier ministre, du Parlement et de l’ensemble du public.

 

Bref, en France on ne sait pas résoudre le problème de la pauvreté, mais on cherche à mesurer l'étendue du problème ! Et dire que jadis face au manque de pétrole on semblait bien moins désarmés, au point d'avoir un trop-plein d'idées...

La pauvreté monétaire

 

C'est certainement l'indicateur le plus connu, mais qui présente le défaut majeur de ramener la pauvreté à un simple seuil chiffré. Un individu est en effet considéré comme pauvre, au sens monétaire, lorsqu'il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, généralement fixé à 60 % de la médiane des niveaux de vie, ce qui en 2017 correspond à 1 041 euros par mois pour une personne seule. En 2017, en France métropolitaine, 8,9 millions de personnes vivent ainsi en dessous du seuil de pauvreté monétaire, fixé à 60 % du niveau de vie médian :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

La petite vidéo ci-dessous vous donnera un aperçu très pédagogique de la pauvreté monétaire :

La pauvreté : un phénomène multidimensionnel

 

Cette infographie du Monde, issue des travaux de Nicolas Duvoux, nous donne les principaux indicateurs de pauvreté, qui n'ont aucune raison de se recouper, ce qui revient à dire qu'une personne pauvre selon l'un de ces critères ne l'est pas forcément selon un autre :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

En tout état de cause, ce serait une erreur de croire que pauvreté rime avec chômage, en ce qu'il existe des travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté ou dont les conditions de vie sont très dégradées. Autrement dit, les politiques de l'emploi qui consistent à mettre tout le monde au travail, sans réfléchir aux conditions d'exercice, butent à l'évidence sur cet écueil de la pauvreté laborieuse.

La pauvreté en France en 2021

 

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, présente dans la courte vidéo le Rapport sur la pauvreté en France :

Il y a fort à parier que la crise liée à la covid-19 ne manquera pas d'avoir un impact certain sur la pauvreté, quelle que soit la dimension retenue. J'avais notamment rappelé dans ce billet, que selon l'INSEE, globalement, 20 % des personnes interrogées estiment que la situation financière de leur foyer s’est dégradée durant le premier confinement, 72 % qu’elle n’a pas changé et 7 % qu’elle s’est améliorée (sic). Et les Français ne s'y trompent pas, en ce que le risque de pauvreté fait partie de ceux qui leur font le plus peur, comme le montrent les résultats du baromètre Ouest-France ou ceux du baromètre IPSOS/Secours Populaire Français :

 

 

[ Source : Secours Populaire Français ]

 

Le plus terrible est que les gouvernements successifs semblent fort bien s’accommoder de ce niveau élevé de la pauvreté, comme si elle était inévitable...

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29 janvier 2021 5 29 /01 /janvier /2021 14:05

 

 

S'il est de bon ton dans les médias d'évoquer les conséquences du troisième confinement à venir, ce qui rappelle au demeurant mon analyse sur l'impossibilité d'un retour à la normale à court terme, peu semblent s'intéresser à la hausse prévisible des inégalités et de la pauvreté. J'évoquerai cette dernière dans un prochain billet, mais aujourd'hui, je vous propose de nous interroger brièvement sur certaines inégalités dont la hausse - réelle ou perçue - mine la société.

 

L’augmentation globale des richesses

 

Nous appelons ici richesse la somme de la monnaie M2, des bons du Trésor, des certificats de dépôt, des billets de trésorerie et certificats de dépôts, de la valeur de marché des obligations, de la capitalisation boursière, de la richesse immobilière. Le graphique ci-dessous montre que cette richesse globale rapportée au PIB augmente tendanciellement :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et les politiques monétaires ultra-expansionnistes menées par les Banques centrales ne peuvent qu'alimenter cette tendance, en ce qu'elles réduisent (artificiellement) les primes de risque et les taux d'intérêt et poussent ainsi les investisseurs à envahir certaines classes d'actifs plus ou moins rémunérateurs, d'où une hausse des cours soutenant la richesse. Bref, la richesse totale augmente au moment où l'économie est au plus mal, mais globalement l'investissement n'en profite pas, la croissance est en berne et le sort de l'immense majorité des personnes ne s'améliore pas ; cherchez l'erreur !

 

Les inégalités de patrimoine

 

Les inégalités de patrimoine peuvent par exemple s'apprécier en regardant la part du patrimoine net des ménages détenue par les 10 % les plus riches, d'autant que nous disposons des chiffres du laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab, WID) :

Avant la crise liée à la covid-19, on notait déjà une tendance à la concentration des richesses entre peu de mains, mais je crains fort que ce constat ne s'aggrave dans les mois à venir... Heureusement, selon un rapport d'Oxfam dont je reparlerai plus loin, il n'aura fallu que 9 mois aux 1 000 personnes les plus riches pour retrouver leur patrimoine d'avant la crise. Je n'ose imaginer le temps de récupération pour tous les autres, si tant est que certains aient (encore) un patrimoine et un revenu après la crise !

 

Inégalité(s)

 

Mais les inégalités ne se résument pas au seul patrimoine, puisqu'il existe des inégalités de revenus, des inégalités salariales entre hommes et femmes, des inégalités scolaires, des inégalités d'accès aux infrastructures (le numérique en est un exemple depuis cette crise), les inégalités d’espérance de vie, les inégalités d'accès à l'enseignement (cours à distance quand tu nous tiens...), etc. Toutes ces inégalités étaient parfois déjà très fortes avant la crise, en raison même de la logique capitaliste. La pandémie aura conduit à les aggraver comme le montre le nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités :

 

 

[ Source : Oxfam ]

 

Par ailleurs, Oxfam a interrogé 295 économistes dans 79 pays, afin de connaître leur avis sur "l’impact de la pandémie de coronavirus sur les inégalités". Et le moins que l'on puisse dire est qu'ils sont pessimistes (objectivement, comment être optimiste actuellement ?) :

 

 

[ Source : Oxfam ]

 

En définitive, la crise liée à la covid-19 est en train d'aggraver les inégalités, alors que celles-ci étaient déjà ressenties comme de moins en moins supportables par le peuple, qu'il soit dans les pays en développement ou dans les pays développés. Pis, depuis trop longtemps les inégalités sont même présentées comme naturelles par les tenants du néolibéralisme, ce qui accrédite l'idée qu'en fin de compte nous vivons dans un monde qui rétribue chacun à son talent, billevesée pourtant démentie dans les grandes largeurs lors du premier confinement !

 

Cela démontre la nécessité impérieuse d'une éducation populaire aux questions économiques, qui doit impérativement se conjuguer avec une décolonisation de l'imaginaire et une remise à plat des valeurs dominantes, afin qu'ensemble soit construit le monde d'après...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de l'association des maires du Var.

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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 14:04

 

 

Après plusieurs articles sur la monnaie de la Banque centrale, les monnaies locales et l'étalon-or, il m'a semblé utile de préciser brièvement en quoi le dollar favorise les États-Unis dans le concert économique des nations, d'autant que la Commission européenne souhaite ardemment imposer l'euro comme monnaie internationale et de réserve.

 

Les déficits jumeaux

 

Tout d'abord, les États-Unis ont un déficit commercial global chronique, qui avait conduit Donald Trump à déclarer la guerre commerciale à la Chine :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Trump s'était persuadé que le problème était entièrement de la faute des Chinois oubliant au passage que la compétitivité des entreprises américaines était peut-être une part importante du problème. Certes le gouvernement chinois n'est pas exempt de critiques sur la manipulation de sa monnaie, l'espionnage industriel et les cyberattaques, mais déclarer ouvertement la guerre commerciale à un partenaire commercial majeur comme la Chine n'était certainement pas une bonne idée, surtout lorsque la production locale américaine n’est plus en mesure de se substituer aux importations...

 

Et même en intégrant les services, revenus et les transferts pour obtenir la balance courante, qui montre la capacité d’un pays à financer ses activités économiques, le déficit extérieur demeure chronique :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

De plus, les États-Unis font face à un déficit public lui aussi structurel :

 

 

[ Source : https://www.cbo.gov ]


C'est la conjonction de ce déficit public et du déficit extérieur que l'on appelle les déficits jumeaux. Et au vu des montants en jeu, aucun pays n'aurait pu continuer ainsi à s'endetter pour financer ces déficits s'il ne disposait d'un outil transcendant : le dollar !

 

Le dollar comme monnaie internationale

 

Malgré l'estocade portée par Richard Nixon au système monétaire international issu de Bretton Woods en 1971, le dollar a conservé sa place dominante dans les opérations commerciales et financières mondiales :

 

 

[ Source : IFRI ]

 

Et même si la part des réserves de change en devises libellées en dollar est en baisse depuis les années 1970, où elle atteignait 80 %, le dollar demeure qu'on le veuille ou non la principale monnaie de réserve :

Infographie: Le dollar reste la reine des monnaies | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

Le privilège exorbitant du dollar

 

Alors ministre de l'Économie et des Finances, Valéry Giscard d'Estaing déplorait en 1964 le "pouvoir exorbitant du dollar", qui permettait - et permet toujours ! - aux États-Unis de s'endetter à des niveaux stratosphériques sans risquer (jusque-là) de crise. Le général de Gaulle ne disait pas autre chose en 1965, même si l'idée de revenir à une forme d'étalon-or n'était pas une bonne idée comme je l'ai expliqué dans ce billet :

Barry Eichengreen, professeur d'économie et de science politique à l'université Berkeley, a repris cette question dans un livre passionnant intitulé Un privilège exorbitant. Il y explique outre ce que je viens de rappeler plus haut, que le dollar permet in fine aux ménages américains de vivre structurellement au-dessus de leurs moyens, parce que les investisseurs du monde entier sont friands de titres de dettes libellés en dollars !

 

En particulier, les États-Unis fournissent au reste du Monde une dette sans risque, sous forme de Treasury Bond (bons du Trésor) :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En définitive, d’aucuns affirment qu'au vu des conditions actuelles, le dollar devrait perdre son statut de monnaie de réserve internationale conformément au célèbre dilemme de Triffin : les États-Unis abusent de ce rôle du dollar pour s'endetter excessivement avec très peu d'épargne, ce qui dégrade à terme la qualité de la monnaie et conduit à la perte de son hégémonie.

 

Pour ma part, je n'y crois pas, d'autant que je ne vois pas très bien quelle monnaie pourrait tenir ce rôle. Il n'est certes pas interdit de rêver que l'euro puisse un jour subvertir la domination du dollar. Mais encore faudrait-il pour cela qu'il existe une dette publique unique pour l'ensemble de la zone euro, ce qui est loin d'être pour demain si l'on en juge par les innombrables retards à l'allumage du seul plan d'aide européen de 750 milliards d'euros. En attendant, les États-Unis demeureront la première puissance économique mondiale !

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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 12:54

 

 

Après de nombreux billets consacrés à la France, à la zone euro, à l'accord post-Brexit et aux États-Unis, commençons cette nouvelle année en nous rendant (virtuellement, donc sans test PCR) en Asie où 15 pays viennent de créer l’accord commercial le plus important du monde en termes de PIB. Je l'avais, en effet, évoqué dans mon article Que nous réserve 2021 ? et m'étais engagé à vous en reparler prochainement. C'est chose faite avec ce billet !

 

Qu'est-ce qu'une zone de libre-échange ?

 

On appelle zone de libre-échange un espace économique au sein duquel des pays décident de laisser circuler librement les biens et services, en supprimant les barrières douanières. L'idée est qu’un tel accord de libre-échange apportera des gains de croissance liés à une amplification des échanges entre pays signataires. Mais cela dépend évidemment de la nature des biens et services concernés, des flux d'échanges préexistants, des effets redistributifs, etc. Parmi les accords de libre-échange célèbres, on peut citer le Mercosur, l'Alena, feu le TTIP, le CETA... Certains ont beaucoup fait parler d'eux, dans la mesure où il s'agissait moins de réduire les barrières tarifaires - souvent déjà très faibles - que d'harmoniser des réglementations (barrières non tarifaires) et pas toujours sur le standard le plus élevé.

 

La zone de libre-échange est le premier stade de l'intégration économique, selon la typologie de l'économiste Béla Balassa. Les stades suivants sont l'union douanière où les États membres fixent également un tarif extérieur commun, le marché commun qui repose sur la libre circulation des hommes et des capitaux, le marché unique où tous les marchés (y compris publics) sont unifiés, et enfin l'union économique et monétaire qui ajoute au marché commun une harmonisation des politiques économiques et la mise en place d'une monnaie commune.

 

L'accord de libre-échange Asie-Pacifique

 

Le 15 novembre 2020, quinze pays de la région Asie-Pacifique ont signé un accord de libre-échange appelé Partenariat régional économique global (RCEP) :

Infographie: L'Asie crée le plus grand accord commercial au monde | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

Le poids économique de ces 15 pays

 

Si l'on considère le PIB en parité de pouvoir d'achat, l'on voit sur le graphique ci-dessous que ces 15 pays représentent un ensemble économique plus important que les États-Unis ou l’Union européenne :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et lorsqu'on s'attarde quelques instants sur la dynamique démographique et économique de ces pays, on en conclut qu'ils pourraient bien devenir à eux 15 réunis une locomotive de l'économie mondiale en matière de croissance. Et l'on peut parier qu'ils penseront rapidement à s'entendre également sur une stratégie commune d'investissement dans la recherche et le développement...

 

Bien que les bénéfices attendus d'un tel accord soient difficiles à estimer précisément, comme on a pu le constater pour l'ALENA, le Peterson Institute for International Economics s'est risqué au jeu des prédictions et conclut que le RCEP permettra une augmentation du revenu réel des pays participants à l'accord :

 

 

[ Source : The Economist ]

 

Mais il ne faudrait pas en déduire pour autant que le RCEP est une bonne nouvelle pour l'économie européenne dans son ensemble. En effet, la constitution même d'une telle zone de libre-échange prouve avant tout que les pays d'Asie ne souhaitent plus être cantonnés au rôle d'exportateur de produits pas chers. Autrement dit, ils souhaitent rééquilibrer leur modèle de croissance, afin qu'elle soit désormais également tirée par la demande intérieure et non par les seules exportations. Il n'est donc pas du tout certain que l'UE et les États-Unis en tirent profit...

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7 janvier 2021 4 07 /01 /janvier /2021 13:52

 

 

Cette fois, ça y est : le Royaume-Uni a quitté l'Union européenne en bonne et due forme avec un accord de quelque 1 200 pages sur les relations futures ! C'est la fin d'un long et laborieux roman écrit à 28 mains (droites ou gauches) depuis juin 2016. Considéré comme un événement impossible, malgré l'existence d'un vague article 50 dans le traité TUE, le référendum au Royaume-Uni venait rappeler avec vigueur que les dirigeants politiques ne peuvent gouverner longtemps contre la volonté de leur peuple. Toute la question était alors de savoir dans quelles conditions le Royaume-Uni allait quitter l'UE...

 

L'article 50 TUE

 

La procédure de sortie de l'Union européenne est régie par l'article 50 du Traité sur l'Union européenne (TUE), dont je rappelle la teneur :

 

1) Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

 

2) L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

3) Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

 

4) Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

 

5) Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.

 

En pratique, l'intention de quitter l'UE doit donc être notifiée au Conseil européen, qui ensuite négocie avec l'État en question les modalités de retrait dans le cadre d'un accord validé au niveau européen à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen. Rien d’étonnant donc à ce que le chemin de sortie du Royaume-Uni fut sinueux ! Voici ci-dessous quelques dates clés, pas toujours respectées du reste, mais il vous est possible d'y trouver l'historique complet des actes et scènes du vaudeville sur le site https://www.touteleurope.eu.

 

 

[ Source : La Croix ]

 

La période de transition

 

Après l'officialisation du Brexit le 31 janvier 2020, sur la base d'un accord de retrait obtenu de haute lutte en novembre 2019, les deux divorcés ont convenu d'une période transitoire entre le 1er février 2020 et le 31 décembre 2020, durant laquelle se sont jouées les négociations sur leurs relations futures sans que rien ne change pour les entreprises et les particuliers (sauf la participation aux élections municipales à l'étranger). Devenu État tiers, le Royaume-Uni put ainsi néanmoins avoir accès au marché intérieur et à l’Union douanière pendant cette période de transition, à la condition expresse de respecter l'ensemble des directives, normes et standards de l’UE. Bien entendu, il n'était pas question pour le Royaume-Uni de participer aux institutions et encore moins d'être associé aux décisions concernant l'UE.

 

De Theresa May à Boris Johnson, les dirigeants politiques du Royaume-Uni n'auront cessé de répéter qu'ils mèneraient le Brexit à son terme dans les meilleures conditions possibles, quand bien même nombre de commentateurs pensaient savoir que ce retrait n'aurait pas lieu. Il est vrai que les options sur la table étaient parfois difficiles à concilier avec les promesses d'un Brexit dur, qui consistait à reprendre entièrement en main le destin politique et économique du pays :

 

 

[ Source : Institute for Government Analysis ]

 

L'accord post-brexit entre l'UE et le Royaume-Uni

 

Souvent l'accord fut remis sur le métier, souvent il sembla même compromis avec une bonne dose de bluff diplomatique, mais in fine chaque partie avait intérêt à l'aboutissement des négociations. Il est vrai que les enjeux étaient de taille, en ce qu'il s'agissait ni plus ni moins que de fixer les règles applicables aux relations entre le Royaume-Uni et l'UE après le divorce dans un certain nombre de domaines (pêche, commerce, finance...).  Les principaux points de l'accord peuvent être retrouvés dans une infographie publiée par France Bleu.

 

La City semble avoir été provisoirement la grande oubliée de cet accord, en ce que les services financiers ne bénéficieront plus du passeport européen, qui permettait d'opérer dans l'ensemble des pays membres de l'UE. L'UE craignait de voir le Royaume-Uni se transformer en Singapour financier européen, mais les liens entre la City et les paradis fiscaux sont pourtant établis depuis longtemps sans que cela ait trop ému les dirigeants européens jusque-là. De toute façon, au vu du poids financier de la City, je ne doute pas un instant qu'elle arrivera à tirer son épingle du jeu dans de futures négociations avec l'UE...

 

Pour le tourisme et les travailleurs expatriés, les changements sont importants :

En ce qui concerne la pêche, question épineuse entre les deux parties, le Royaume-Uni a été contraint de céder sur ses ambitions d’origine, afin de garder l'accès au marché européen :

Quoi qu'il en soit, celui-ci doit encore à présent être formellement entériné par les 27 et le Parlement européen, mais les ambassadeurs de l'Union européenne ont décidé de l'appliquer déjà provisoirement dès le 1er janvier 2021. C'est dire combien chacun en avait assez de ces palabres de marchands de tapis !

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de France Info.

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