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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 14:36

 

 

Le référendum voulu par le gouvernement grec décidera, ce dimanche 5 juillet, de l'avenir du pays au sein de la zone euro. En effet, même si l'intitulé de la question est connu et porte sur le plan des créanciers, ce référendum sera inévitablement celui du maintien ou non dans l'Euro. C'est du reste ce que Jean-Claude Juncker, ancien chef de paradis fiscal et donc très proche des préoccupations des peuples, s'est empressé de faire passer comme message.

 

La zone euro privilégie les capitaux aux Hommes

 

Comme je l'écrivais dans mon précédent billet, Alexis Tsipras est probablement allé au bout de ce qu’il pouvait faire pour son pays. Sa lutte contre l'austérité, qui aura duré 5 mois, a mis au grand jour le dogmatisme de l'Eurogroupe et le peu de cas que les institutions européennes font de la démocratie.

 

D'une certaine façon, les dirigeants politiques ont cherché à créer une Union européenne sans les peuples, comme si ces derniers étaient réputés consentir à toutes les décisions et réformes. La monnaie unique est alors arrivée comme la cerise sur un soufflet, qui a fait retomber l'ensemble au rang de simple zone de libre-échange (ce qui est loin de déplaire au Royaume-Uni), démontrant au passage que les institutions européennes sont faibles et la construction de la zone si peu aboutie, qu'elle n'est même pas en mesure de faire face à une crise.

 

Cette volonté de réaliser l'Europe des capitaux avant celle des Hommes est devenue évidente en 2005, lors du référendum sur le traité constitutionnel où le non français a eu pour seul écho le traité de Lisbonne. Puis les choses se sont aggravées avec le TSCG, dont l'objectif purement financier est d'aboutir à l'équilibre des budgets nationaux, selon les voeux des faucons allemands. Qui se souvient d'ailleurs que lors de la campagne présidentielle, François Hollande avait annoncé sa volonté de renégocier le TSCG pour y ajouter des dispositions relatives à la croissance ? il est vrai qu'au vu des piètres résultats obtenues, il vaut peut-être mieux ne plus en parler...

 

Les dirigeants politiques de l'Union européenne s'obstinent ainsi depuis une décennie (2 ?) à mettre en place une austérité généralisée, seule à même de sauver la construction européenne selon eux. Dit autrement, la grande saignée devait déboucher sur un renouveau de l'Europe, car les citoyens retrouveraient confiance dans une Union européenne désendettée et mise au pas par les traités. Mais comme toujours avec ce genre de promesse, il y a loin de la coupe aux lèvres...

 

Enfin, l'omerta qui règne au sujet du traité transatlantique et les pitoyables négociations-oukases avec les pays en difficultés financières (Grèce, certes, mais aussi Irlande par exemple), ont achevé de démontrer que la démocratie n'avait pas droit de cité dans les rencontres de l'Eurogroupe et plus généralement du Conseil européen.

 

La Grèce a fait d'énormes efforts

 

Si l'on regarde l'indicateur de l'excédent budgétaire primaire, c'est-à-dire le solde entre dépenses  et recettes de l'État, avant paiement des intérêts à verser sur la dette publique, alors on peut voir sur la graphique ci-dessous que la Grèce a fait d'énormes efforts, contrairement à ce que certains affirment :

 

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

La Grèce a même réussi à dégager un excédent budgétaire primaire structurel, c'est à dire corrigé des effets de la conjoncture, ce qui signifie que le pays dégage suffisamment de ressources pour se désendetter. Notez a contrario la situation au Royaume-Uni et en France...

 

Mais pour arriver à ce résultat, le pays s'est vu imposer un plan d'austérité drastique sur les conseils avisés de la Troïka, dont les effets sont cataclysmiques :

 

 

[ Source : Okeanews.fr ]

 

L'Eurogroupe et la BCE contre la démocratie !

 

Cette Union européenne technocratique, qui a cherché un semblant de légitimité dans une association contre nature avec le FMI dans le cadre de la tristement célèbre Troïka, a fait des ravages ! Elle pensait d'ailleurs poursuivre dans cette voie, mais c'était sans compter sur le trublion grec, qui a décidé de faire valoir les intérêts de son peuple avant ceux de ses créanciers.

 

On sait désormais, contrairement à l'ignoble campagne de presse menée contre lui, qu'Alexis Tsipras a fait des propositions sérieuses et concrètes à l'Eurogroupe, qui sont résumées dans cet article de l'Humanité. On y découvre que le gouvernement grec a de facto accepté un surcroît d'austérité, pour complaire à ses créanciers partenaires européens. En gage de bonne volonté, il a même évoqué la possibilité d'abandonner son référendum si l'Eurogroupe accepte de s'engager sur une restructuration de la dette publique grecque.

 

Il faut donc le dire sans ambages : l'Eurogroupe cherche, à mon sens, à avoir la tête du gouvernement grec (élu démocratiquement, faut-il le rappeler ?), afin de faire un exemple pour tous ceux qui chercheraient à contester l'idéologie sous-jacente dans les plans d'aide européens. C'est ce que pensent également deux prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz et Paul Krugman.

 

Le premier déclare ainsi, dans un article de Project Syndicate, que "les dirigeants européens finissent par exposer au grand jour la véritable nature du conflit autour de la dette grecque, et cela n'a rien de plaisant : il s'agit bien plus une question de pouvoir et de démocratie que d'argent et d'économie". Le second, avec son mordant habituel, appelle, dans une tribune au New York Times, les Grecs à voter "non" au référendum de dimanche, affirmant que "céder à l’ultimatum de la troïka serait l’abandon ultime de toute idée d’une soi-disant indépendance de la Grèce" !

 

Au reste, Jean-Claude Juncker n'avait-il pas été explicite sur le rang subordonné qu'il accorde à la démocratie, dans un entretien au Figaro le 29 janvier dernier ? Pour mémoire, en réponse à la question de la restructuration de la dette publique grecque, Juncker déclarait "dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités. [...]   Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Sidérant...

 

Pourtant, et il n'y a pas d'économiste sérieux pour affirmer le contraire, c'est pure folie que de s'engager à dégager plusieurs années de suite un excédent budgétaire primaire lorsque le pays est en récession (dépression est le mot adéquat en économie...) ; c'est aussi pure folie que de chercher à augmenter la TVA sur le seul (quasiment...) secteur exportateur de la Grèce, à savoir le tourisme ; c'est pure folie que de vouloir encore baisser les dépenses publiques et les revenus alors que la demande est en berne...

 

Quant à la BCE, en n'augmentant pas le plafond des aides d'urgence ELA (voir mon précédent billet pour comprendre ce que sont les aides ELA), malgré les fuites de capitaux, elle a précipité le gouvernement grec vers la solution extrême d'un contrôle de capitaux doublé d'une fermeture des banques.

 

D'ailleurs, si l'on prend le temps de lire l'entretien accordée par Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, au quotidien Les Échos, on comprend l'insondable bêtise dogmatique de la BCE... Une perle de cet entretien, pour ceux qui n'auraient pas le temps de le lire en entier : "la question n’est donc pas de savoir s’il faut réaménager la dette mais s’il est utile pour la Grèce de la réaménager une quatrième fois. Le plus important pour l’avenir de la Grèce, c’est de récréer de la croissance". Évidemment, la sacro-sainte croissance pour un pays en dépression !

 

La nécessité du référendum en désespoir de cause

 

Ces propositions inacceptables, qui dépassent largement la ligne rouge que s'était fixé le gouvernement, expliquent pourquoi le Premier ministre grec n'avait dès lors plus d'autre choix que de redonner la parole au peuple, qui devra se prononcer sur son avenir dans la zone euro au vu des conditions exigées par les créanciers. Après moult versions, il semble désormais acquis que la question de ce référendum sera la suivante : " Faut-il accepter le projet d’accord soumis le 25 juin 2015 par la Commission européenne, la BCE et le FMI ? ".

 

Cette question soulève immédiatement de nombreuses remarques. Tout d'abord, sa formulation laisse à penser que le projet d'accord est définitif, alors que nous venons de voir que le gouvernement grec était prêt à l'amender à la condition expresse de restructurer la dette publique. De plus, ma crainte est que de nombreux citoyens ne connaissent pas exactement l'enjeu de ces négociations car, il faut l'avouer, même les économistes ont désormais du mal à s'y retrouver au vu de la complexité du sujet. D'où la nécessité d'une campagne d'au moins un mois, règle générale et constitutionnelle, afin de permettre le débat d'idées.

 

Le danger est alors que les passions l'emportent sur la raison - d'autant qu'il n'y aura pas de campagne mais juste un gouvernement qui appelle à voter non - , c'est-à-dire que la peur de l'inconnu conduise un peuple, pourtant opprimé, à accepter de son plein gré l'estocade de ses créanciers... Le ministre des finances, le célèbre Yanis Varoufakis, a du reste mis son poste dans la balance, déclarant qu'il démissionnerait si le oui devait l'emporter.

 

L'après référendum

 

L'infographie ci-dessous résume assez bien les scénarios possibles (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :

 

 

[ Source : Le Huffington Post ]

 

En définitive, je renouvelle les propos de mes précédents billets : cette fois, c'est bien la zone euro qui est arrivée au bord du précipice et pas seulement la Grèce !

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://www.audit-citoyen.org

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 18:54

 

 

Cette fois la zone euro est arrivée au bord du précipice : la Grèce vient de refuser l'ultimatum posé par l'Eurogroupe, qui consistait à lui fournir 15,3 milliards de liquidités en échange d’un engagement immédiat sur un certain nombre de mesures d'austérité, dont le seul effet eût été de plomber encore plus l'activité dans le pays si activité il reste. Le président de l’Eurogroupe a alors décidé de poursuivre la réunion en l’absence d’un représentant de l’État grec, ce qui revient à exclure manifestement la Grèce de cette instance informelle.

 

En désespoir de cause, le Premier ministre grec a décidé l'organisation d'un référendum, le 5 juillet prochain, sur le plan proposé par les créanciers :

 

 

Les conséquences de l'échec des négociations

 

En cas de défaut sur le remboursement des 1 600 millions d'euros dus au FMI avant le 30 juin, certes les agences de notation laissent entendre qu'elles ne le considéreront pas comme un défaut de paiement, mais aux yeux de tous l'événement sera vu à sa juste valeur. Et ce même si le FMI prendra plusieurs semaines avant de déclarer sa créance en défaut.

 

Dès lors, on assisterait à une accélération massive des sorties de capitaux et retraits de dépôt bancaires, mouvement déjà entamé depuis des mois. Ne perdons pas de vue que, depuis 2010, ce sont plus de 80 milliards d’euros qui ont quitté le pays ! Toute la question serait alors de savoir si la BCE continuera à fournir des liquidités aux banques grecques, au travers de la facilité d’urgence aux établissements de crédit, appelée ELA (Emergency Liquidity Assistance) dans le jargon.

 

Qu'appelle-t-on ELA ?

 

Un document de la BCE explique la procédure en détail, mais pour notre propos il suffit de savoir que c'est un moyen de fournir d'urgence des liquidités aux établissements de crédit d'un pays membre de la zone euro.

 

Plus précisément, conformément à l'article 14.4 du SEBC, "le dispositif ELA prévoit la fourniture par une banque centrale nationale de l’Eurosystème de monnaie de banque centrale et/ou de toute autre assistance pouvant entraîner une augmentation de la monnaie de banque centrale à une institution financière solvable, ou à un groupe d’institutions financières solvables, devant faire face à des problèmes de liquidité temporaires, sans que ces opérations n’entrent dans le cadre de la politique monétaire unique. La responsabilité de l’octroi de facilités d’urgence incombe à la/aux BCN concernée(s). Cela signifie que celle(s)-ci assume(nt) les coûts et les risques liés à la fourniture de liquidité d’urgence".

 

Ainsi, c'est la Banque centrale de Grèce qui fournit cette liquidité aux banques grecques, sous le contrôle très strict évidemment de la BCE. Le point important est que cette aide, temporaire - mais qui dure depuis des mois en Grèce et dont le plafond n'a cessé d'être augmenté à près de 90 milliards actuellement -, est conditionnée à la solvabilité des banques aidées.

 

Or, l'état des banques grecques n'est pas brillant avec la quantité de créances douteuses et litigieuses dans leur bilan. De plus, elles ont acheté beaucoup de titres d'État, qui peuvent devenir bien plus qu'une épée de Damoclès si l'État grec fait officiellement défaut sur une partie de sa dette publique. Car rappelons que ces titres, achetés par les banques nationales, sont le seul moyen autonome de financement de l'État grec, puisque le pays n'a plus accès aux marchés financiers.

 

Mais sans liquidités en euros, le Grexit (sortie de la Grèce de l'Euro) deviendrait par conséquent réalité, même si les Grecs ne souhaitaient pas quitter la zone euro. Ce qui n'était pas prévu de jure, car les traités ne prévoient pas la sortie d'un État de la zone euro, le deviendrait donc de facto ! En effet, pour faire fonctionner son économie, si elle est privée de la monnaie unique, la Banque centrale de Grèce devra impérativement lui trouver un substitut au plus vite...

 

Le contrôle des capitaux indispensable

 

L'annonce d'un référendum pour le 5 juillet, le défaut annoncé du 30 juin et le possible arrêt (ou durcissement, plus probablement) de la fourniture de liquidités par le moyen de l'ELA, vont certainement nécessiter la mise en place d'un contrôle des capitaux, afin de juguler les sorties de capitaux du pays et les retraits bancaires trop massifs.

 

En effet, si tous les clients se mettent à retirer au plus vite leurs dépôts de peur que leur banque ne fasse faillite, alors la banque court le risque d'être à court de liquidités (car elle ne possède pas assez de billets pour rembourser tout le monde) et devenir effectivement insolvable, même si elle ne l'était pas au début. C'est précisément ce que l'on appelle une prophétie auto-réalisatrice.

 

L'exemple de Chypre en mars 2013, où les banques ont fermé pendant 12 jours, est bien entendu dans toutes les têtes. Certains pensent d'ailleurs qu'un tel contrôle des capitaux pourrait être annoncé dès ce lundi, en raison de la panique qui pourrait se déclencher après ce week-end où même la BCE a réuni son conseil des gouverneurs un dimanche !

 

Le plus triste est que cette mesure toucherait en priorité la vie des petites gens et des petites entreprises nationales, et qu'elle durerait certainement assez longtemps eu égard au climat économique tendu. A Chypres, ce fut 2 ans !

 

Les grandes fortunes et les grands groupes ne seront, quant à eux, que peu pénalisés par ces restrictions, puisqu'ils ont déjà déplacé leurs capitaux dans d'autres pays, en particulier en Allemagne... ce qui ne manque pas d'ironie, lorsqu'on connaît les mauvaises relations qu'entretiennent le gouvernement grec et le gouvernement allemand. Mais comme le rappelait l'empereur Vespasien, Pecunia non olet !

 

Le référendum

 

Alexis Tsipras est probablement allé, en tout état de cause, au bout de ce qu’il pouvait faire pour son pays. Sa lutte contre l'austérité, qui aura duré 5 mois, a mis au grand jour le dogmatisme de l'Eurogroupe et le peu de cas que les institutions européennes font de la démocratie.

 

D'une certaine façon, les dirigeants politiques ont cherché à créer une Union européenne sans les peuples, comme si ces derniers étaient réputés consentir à toutes les décisions et réformes. Cette crise est aussi le fruit d'une expansion trop rapide et trop vaste de l'UE, qui plutôt que de consolider l'existant a voulu créer très vite une zone politique, économique et monétaire de premier plan. Un vrai gâchis donc pour le projet humainiste !

 

Le Premier ministre grec n'avait alors d'autre choix que de redonner la parole au peuple, qui devra se prononcer sur son avenir dans la zone euro, au vu des conditions exigées par les créanciers. Bien entendu, qu'on le veuille ou non, ce référendum sera celui du maintien ou non dans l'Euro et montre bien que, in fine, les questions économiques sont toujours des questions politiques. Quant aux commentaires, certains n'ont pas ménagé leurs mots pour conspuer ce référendum !

 

En définitive, ceux qui affirment découvrir que nous sommes désormais au bord du précipice sont, sinon des ignorants qui ont vécu 5 ans dans un grotte platonicienne, plus certainement des menteurs qui s'accomodaient de cette situation favorable à leurs intérêts égoïstes. Cela fait d'ailleurs 4 ans que je répète à l'envi que, si les créanciers n'annulent pas une partie substantielle de la dette publique grecque et ne l'aide pas à créer une base productive, alors la catastrophe sera au bout du chemin.

 

Nous disposons pourtant d'un travail important mené par la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque. Celle-ci vient de rendre son rapport préliminaire, et sa conclusion est limpide : la dette grecque est en grande partie illégale, illégitime et odieuse !

 

Récemment, une auditrice de l'une de mes conférences m'avait trouvé trop pessimiste quand j'exposais la question grecque. Le résultat est pourtant là et ma conclusion reste la même que dans mon précédent billet : qui peut croire qu'un peuple, qui a connu la dictature politique, puisse accepter encore longtemps la tyrannie économique, qui débouche sur le chaos social ?

 

Hélas, dans le cas présent, et contrairement à ce que laissent entendre les politiques comme Manuel Valls ou Angela Merkel, une sortie de la Grèce de la zone euro serait un échec cuisant pour la construction européenne et un saut dans le vide !

 

Dans ce cas, le mécanisme de sortie ordonnée de la zone euro, que j'avais présenté dans plusieurs conférences et évoqué brièvement dans cette vidéo, ne sera plus qu'une chimère. La place sera lors toute chaude pour les partis politiques extrémistes...

 

Une fois n'est pas coutume, terminons ce billet avec un peu de musique :

 

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article d'ATTAC.

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 13:28

 

 

Les négociations entre la Grèce et ses créanciers, qui s'apparentent davantage à un conflit ouvert, sont depuis des mois dans l'impasse. A tel point que l'échec de la réunion d'hier était prévisible et qu'il est désormais envisageable, et envisagé, que la Grèce quitte la zone euro. Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Qui sont les créanciers de la Grèce ? Quelles seraient les conséquences d'un Grexit ? Autant de questions auxquelles je vais chercher à apporter une réponse dans ce billet, certes un peu long, mais indispensable au vu de la situation actuelle.

 

Le mauvais diagnostic des créanciers de la Troïka

 

Pour le dire simplement, l'ex-Troïka (BCE + FMI + UE) soignait depuis 2010 un problème de liquidité en lieu et place d'un problème de solvabilité. A la différence de la crise de liquidité où l'emprunteur peut payer ses dettes mais ne trouve pas temporairement de prêteur, la crise de solvabilité concerne l'emprunteur qui ne peut pas rembourser ses dettes.

 

En 2010, la Grèce doublait ainsi son insolvabilité externe (plus de 10 % de déficit courant et 140 % du PIB de dettes nettes extérieures en 2011) d'une insolvabilité budgétaire (plus de 9 % du PIB de déficit public et 160 % du PIB de dettes publiques en 2011). Pour le dire autrement, la Grèce ne pouvait faire face ni à son endettement vis-à-vis des pays étrangers ni à son endettement public...

 

A mauvais diagnostic des créanciers, mauvais remède appliqué au malade grec ! Dès lors, pour répondre aux injonctions de la Troïka (BCE + FMI + UE) et obtenir le déblocage des prêts, le précédent gouvernement grec s'est vu contraint de multiplier les politiques d'austérité : réduction drastique des salaires et des retraites, coupes claires dans les dépenses des ministères et dans les aides sociales, privatisations des entreprises publiques.

 

La grande saignée économique pour le peuple

 

Le résultat de toutes ces coupes fut une formidable explosion du chômage, de la précarité, de la pauvreté et tout simplement de la misère socio-économique. Mais c'était bien entendu pour "le bien de la Grèce" que la Troïka lui prescrivait ce remède. Ainsi, les conséquences désastreuses de cette politique d'austérité étaient vues comme de simples effets indésirables à court terme, qui cèderaient rapidement le pas à la croissance et à la compétitivité à l'export.

 

Chaque année on déclarait donc que la reprise était en vue, mais rien ne venait... Donc on prescrivait encore plus de rigueur l'année suivante, selon le principe bien connu des shadoks, qu'il faut toujours poursuivre une politique qui ne marche pas, car plus ça rate plus on a de chances que ça marche ! Le pays a ainsi pratiqué saignée sur saignée, pensant certainement que les médecins-économistes savaient ce qu'il fallait faire pour relancer l'économie. C'est ce que je qualifiais de grande saignée économique !

 

Paul Krugman, prix Nobel d'économie, cite même désormais l'Europe en exemple pour expliquer à ses concitoyens américains que les plans de rigueur constituent une politique économique inefficace et mortifère ! Dans son billet de blog "le suicide économique de l'Europe", il concluait : "Plutôt que d'admettre qu'ils se sont trompés, les dirigeants européens semblent déterminés à faire tomber leur économie - et leur société - d'une falaise. Et c'est le monde entier qui en paiera le prix"...

 

Et pourtant, dans une note interne rendue fort opportunément publique en 2013, le FMI avait reconnu que le plan de sauvetage de la Grèce en 2010 s'était soldé par un échec ! L'institution, dirigée par Christine Lagarde depuis 2011, expliquait même qu'il aurait fallu restructurer la dette grecque dès 2010, mais que les Européens s'y sont opposés.

 

Pire, l'ancien conseiller économique de José Manuel Barroso a déclaré, dans le cadre de son audition par la Commission pour la vérité sur la dette grecque : "en 2010, les grands dirigeants européens (dont la Commission européenne) et le directeur du FMI de l’époque, Dominique Strauss-Kahn, ont délibérément refusé de considérer la Grèce comme insolvable dans le but de protéger les intérêts des grandes banques européennes. En effet, selon les statuts du FMI, cette Institution ne pouvait pas prêter à un État dont la dette est déjà insoutenable".

 

Puis arriva Syriza...

 

Syriza est une coalition de la gauche radicale en Grèce, dont le leader est Alexis Tsipras. Syriza, qui est par ailleurs membre du Parti de la gauche européenne, avait proposé un programme électoral basé sur 4 piliers (lutte contre la crise humanitaire, relance de l'économie, reconquête du travail, réforme de l'État) et une cinquantaine de mesures phares, dont la restructuration de la dette publique à hauteur d'au moins 50 % et la fin de l'austérité qui a mis le pays au tapis.

 

Cela n'avait pas manqué d'inquiéter au plus haut point les tenants de l'orthodoxie néolibérale, comme en témoignent la saillie de Jean-Claude Juncker et celle attribuée à Angela Merkel concernant une possible sortie de la Grèce de la zone euro (Grexit). Bref, personne ne voulait d'un parti qui affiche clairement la volonté de redonner le pouvoir au peuple et donc de privilégier les intérêts de celui-ci aux intérêts des créanciers.

 

Et ce bien que Syriza ne souhaitait plus la sortie de l'Euro, mais la fin de l'austérité, afin de faire repartir la demande intérieure, et la restructuration de son insoutenable dette publique (320 milliards d'euros, soit plus de 177 % du PIB !) qui mine tout espoir d'en finir avec la crise, dans un pays dont les fondements politiques, économiques et sociaux ont été sérieusement et durablement atteints.

 

Les conséquences d'un défaut grec

 

Les heurts diplomatiques fréquents entre le gouvernement grec et ses "partenaires" européens, tout comme l'impossibilité manifeste de trouver un accord entre la Grèce et ses créanciers, augmentent encore la volatilité sur les marchés.

 

Et ce d'autant plus que l'Eurogroupe a laissé filtré, par dépêche Reuters, que l'hypothèse d'un défaut était dorénavant examinée très sérieusement. Il est vrai que si un accord était trouvé, il lui faudrait encore être endossé par l’Eurogroupe et ensuite validé par certains parlements nationaux, notamment en Allemagne. Or, comme le deuxième plan d'aide à la Grèce prend fin le 30 juin, après avoir déjà été prolongé dans la souffrance de 4 mois au début de l'année, on voit mal comment cela serait possible si aucun accord n'est signé cette semaine...

 

Faut-il d'ailleurs rappeler que la dette publique grecque appartient à plus des deux-tiers aux autres État membres de la zone euro, au travers essentiellement du FESF, des prêts bilatéraux et de la BCE ?

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Dès lors, un défaut même partiel laisse craindre des pertes qui seront épongées pour un montant important par les contribuables allemands et français. Il est donc devenu à la mode d'estimer ce que chaque pays laisserait comme plumes dans l'affaire : 68 milliards d'euros pour la France et 85 milliards pour l'Allemagne, selon Philippe Waechter de Natixis.

 

Certains poussent même le vice masochiste jusqu'à calculer ce que cela représenterait pour chaque foyer fiscal ! Mais si le défaut de la Grèce débouche sur la dissolution de la zone euro, alors le coût sera bien plus élevé que les montants indiqués ci-dessus, ne serait-ce que parce que des éléments non monétisables auront été perdus (unité européenne, confiance, etc.) !

 

Et quid des 30 milliards d'euros apportés par le FMI ?

 

L'institution, qui n'a jamais connu de défaut ni effacé aucune dette depuis sa création, est devenue manifestement très virulente avec la Grèce. Aurait-elle déjà saisi que la Grèce ne lui remboursera pas la somme due à la fin du mois ? Est-ce pour cela que le FMI semble privilégier un supplément d'austérité et des objectifs inatteignables pour la Grèce ?

 

Notons qu'en cas de défaut sur le remboursement des 1 600 millions d'euros dus au FMI avant le 30 juin, certes les agences de notation laissent entendre qu'elles ne le considéreront pas comme un défaut de paiement, mais aux yeux de tous l'événement sera vu à sa juste valeur. Et ce même si le FMI prendra plusieurs semaines avant de déclarer sa créance en défaut.

 

Bien entendu, on assisterait à une accélération massive des sorties de capitaux et retraits de dépôt bancaires, mouvement déjà entamé depuis des mois :

 

[ Source : Natixis ]

 

Cela nécessiterait de mettre en place d'urgence un mécanisme de contrôle des capitaux, à l'instar de ce qui avait été fait à Chypre en mars 2013. Quoi qu'il en soit, cela déboucherait très vite sur une panique bancaire, bank run dans le jargon bancaire, aux conséquences terribles.

 

En effet, si tous les clients se mettent à retirer au plus vite leurs dépôts de peur que leur banque ne fasse faillite, alors la banque court le risque d'être à court de liquidités (car elle ne possède pas assez de billets pour rembourser tout le monde) et devenir effectivement insolvable, même si elle ne l'était pas au début. C'est précisément ce que l'on appelle une prophétie auto-réalisatrice.

 

Les banques en manque de liquidités devront être secourues soient par d'autres banques, soient par des institutions internationales (FMI, Banques centrales, etc.)... soit par l'État comme ce fut le cas lors de la crise des subprimes, où les États sont allés jusqu'à nationaliser des banques et offrir de confortables garanties des dépôts (100 000 euros au sein de l'Union européenne pour les espèces, jusqu'à 250 000 dollars au plus fort de la crise des subprimes aux États-Unis).

 

Mais comment voulez-vous que la Grèce puisse appeler à l'aide ceux-là même qui refuse de l'aider actuellement ? On assisterait alors certainement, en plus de la mise en place d'un contrôle des capitaux  à un chantage à la liquidité versée par la BCE, comme ce fut le cas en Irlande où Jean-Claude Trichet avait menacé de couper les liquidités au pays si celui-ci n'acceptait pas les réformes proposées : dès lors soit le gouvernement grec se couche au détriment de son peuple, soit il fait front mais se retrouve contraint de créer une nouvelle monnaie puisque la BCE ne lui fournira plus d'euros pour alimenter son économie.

 

Et qu'en est-il des remboursements à la BCE ?

 

La Grèce devra très vite faire face à d'importants remboursements de dette, et il lui faudra certainement trouver en tout 12 milliards d'euros pour affronter toutes ses obligations en 2015...

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En particulier, il lui faudra trouver 3,5 milliards d'euros pour rembourser ses dettes envers la BCE, avant le 20 juillet.

 

Si la Grèce fait défaut sur ce remboursement, la BCE pourrait alors décider que les banques grecques sont désormais insolvables (c'est d'ailleurs une réalité avec la quantité phénoménale d'obligations de l'État grec qu'elles détiennent) et ainsi leur couper l'accès à la liquidité d'urgence (ELA), qui est actuellement le seul lien qui unisse encore le secteur bancaire grec à la zone euro.

 

Il faudrait alors mettre en place un contrôle drastique des capitaux ; mais sans liquidités en euros, le Grexit (sortie de la Grèce de l'Euro) deviendrait par conséquent réalité, même si les Grecs ne souhaitaient pas quitter la zone euro ! Ce qui n'était pas prévu de jure (les traités ne prévoient pas la sortie d'un État de la zone euro), le deviendrait donc de facto !

 

Les conséquences d'un Grexit

 

Disons-le d'emblée : je ne crois absolument pas que les conséquences d'un tel événement puissent être contenues à la Grèce seule. Au contraire, les investisseurs du monde entier vont saisir que la construction européenne n'est pas autant irréversible que l'avait laissé entendre Mario Draghi, il y a quelques mois.

 

Et même si certains pensent que Super Mario peut tout à la BCE depuis qu'il a annoncé en 2012 sa volonté de tout faire pour sauver l'Euro, il y a fort à parier que la panique ne cesserait pas et emporterait avec elle l'ensemble des économies membres de la zone euro.

 

Certes, l'OMT a été validé par la Cour européenne de justice de l'UE, ce qui signifie que la BCE pourrait intervenir massivement sur le marché secondaire de la dette souveraine pour éviter la spéculation sur les autres États membres. Et le MES pourrait lui apporter son aide. Mais l'OMT n'ayant encore jamais été utilisé, le flou entourant son utilisation me fait dire qu'il ne pourra certainement pas servir à éteindre un feu dans toute la zone euro... D'autant que la solidité du système bancaire européen reste encore à prouver.

 

Mais c'est oublier que, au-delà de l'aspect financier, l'abandon de l'Euro par la Grèce constituerait certainement un détonateur bien plus puissant que ce qu'estime l'Allemagne, qui laisse même entendre qu'il s'agirait d'un non-événement. En effet, comment croire qu'une sortie précipitée de la Grèce ne créerait pas une panique politique, économique et sociale en Espagne et surtout en Italie ?

 

Car les ménages et entreprises, loin d'accorder un grand crédit aux institutions européennes, pourraient prendre peur et reporter leurs projets d'investissement, annulant ainsi la timide embellie due à la baisse des prix du pétrole ! La récession pourrait alors être violente...

 

Dans ce cas, le mécanisme de sortie ordonnée de la zone euro, que j'avais présenté dans plusieurs conférences et évoqué brièvement dans cette vidéo, ne sera plus qu'une chimère. Pourtant, depuis de nombreuses années, et en particulier dans ce billet de 2012, j'expliquais comme quasiment tous les économistes qui ont encore un peu de bon sens, que la Grèce ferait tôt ou tard défaut sur sa dette.

 

Et ma conclusion reste la même : qui peut croire qu'un peuple, qui a connu la dictature politique, puisse accepter encore longtemps la tyrannie économique, qui débouche sur le chaos social ?

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article Courrier International

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 11:11

 

 

Comme je l'avais écrit dans ce billet, notre époque a vu fleurir les idées reçues et autres contrevérités en économie, qui ne cessent d'être martelées afin de servir les intérêts d'une minorité en s'assurant, à défaut d'adhésion, l'absence de contestation du plus grand nombre.

 

C’est pourquoi, j'avais pris grand plaisir à la publication de mon nouveau livre, Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, aux éditions Ellipses. C'est justement pour en parler, que j'ai été invité dans l'émission entre les lignes de Mosaïk, par Marie-Anne Gabriel. La vidéo peut être visionnée gratuitement en cliquant sur la photo ci-dessous :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo ]

 

Je rappelle que mon livre, comme l'indique son titre, répertorie 50 idées reçues et vous offre la possibilité de comprendre ces sujets simplement, sans mathématiques ni graphiques.

 

Pour ce faire, chaque idées reçue fait l'objet d'un chapitre court, qui commence par quelques citations sur le sujet, se poursuit par deux ou trois pages d'explications et se termine par un encadré "boîte à outils", où le lecteur trouvera des compléments techniques sur la question (par exemple sur la manière de mesurer le chômage, de calculer l’inflation, de fixer le seuil de pauvreté,…). En fin d'ouvrage, le lecteur trouvera en prime un petit lexique.

 

Ce livre s'adresse donc à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie, et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


Amazon I Fnac I Ellipses I Decitre I Chapitre I Joseph Gibert

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 10:57

 

 

Après avoir connu des taux de croissance formidables pendant près de deux décennies, la Chine devra probablement se contenter d'un modeste 7 % cette année. Certes, d'aucuns diront que c'est déjà très bien comparé à l'Union européenne, mais c'est méconnaître les risques que cela fait peser sur une économie chinoise, dont le modèle reste pour l'instant largement tributaire d'une croissance forte.

 

Évolution de la croissance chinoise

 

Le graphique ci-dessous résume parfaitement la situation :

 

 

[ Source : http://philippewaechter.nam.natixis.com ]

 

Le taux de croissance en Chine, dont la moyenne était de 10 % sur la période 1980-2014 (avec des pics officiels à 16 %, probablement plus officieusement), ralentit inexorablement depuis 2010 pour atteindre 7,4 % en 2014 et probablement 7 % en 2015.

 

Les causes du ralentissement de la croissance

 

Le ralentissement du taux de croissance en Chine est dû à plusieurs facteurs :

 

 * le changement de modèle économique est lent et difficile. La Chine cherche en effet à rééquilibrer son processus de croissance, c'est-à-dire à passer d'un modèle de croissance tiré uniquement par les industries exportatrices à une croissance plus équilibrée basée sur la consommation des ménages et les services. Or, tandis que l'industrie ancienne, intense en main-d'oeuvre, stagne, les services et la consommation intérieure n'ont pas encore pris le relais, ce qui risque de conduire à de graves problèmes sociaux si l'économie chinoise n'arrive plus à absorber les jeunes diplômés et laisse augmenter le chômage.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * l'économie mondiale tourne au ralenti et la demande adressée à la Chine est donc plus faible. C'est d'ailleurs précisément ce que déclare Roberto Azevedo, directeur général de l'OMC, dans une interview aux Échos : "On ne voit nulle part une reprise robuste de la croissance, que ce soit en Europe, aux États-Unis ou en Chine. [...] Le ralentissement du commerce par rapport à la croissance est lié à des pays comme la Chine".

 

 * la démographie est défavorable en Chine (vieillissement et population active en stagnation)

 

 

[ Source : http://www.businessinsider.com ]

 

 * l'immobilier a trop longtemps été le principal secteur d'investissement, ce qui a débouché sur la création d'une bulle qui menace désormais d'exploser.

 

 * la compétitivité-prix de la Chine s'est dégradée sensiblement, en raison de la hausse rapide des coûts salariaux unitaires. Rappelons que cette hausse est, pour l'essentiel, le résultat du changement de modèle économique désiré par les autorités chinoises, puisque les augmentations de salaires doivent conduire à une hausse du pouvoir d'achat des consommateurs et donc au rééquilibrage du processus de croissance.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Les conséquences du ralentissement de l'activité en Chine

 

Malgré les mesures de relance prises par le gouvernement en Chine (investissement public et assouplissement monétaire), l'activité ne repart pas. Plus exactement, l'ancien modèle de développement économique en Chine a fait long feu, mais le rééquilibrage avec la demande intérieure sera long et difficile. En attendant, les conséquences de ce ralentissement de la croissance en Chine sont les suivantes :

 

* les pays qui sont de grands exportateurs vers la Chine vont évidemment souffrir du ralentissement de son activité et du recul de ses importations (confirmé au mois de mai selon cet article). On pense bien entendu aux pays de l'ASEAN, mais aussi à tout le continent africain qui est commercialement lié avec la Chine.

 

* les exportateurs de matières premières vont être très durement touchés par ce ralentissement, qui va de pair avec une moindre demande de minerais, métaux et hydrocarbures. Au vu de la taille des importations chinoises, un tel recul conduit nécessairement à une baisse des cours des matières premières au niveau mondial... et donc à un manque à gagner important pour les exportateurs. Faut-il rappeler ici que 35 % des exportations de l'Australie sont destinées à la Chine ?

 

En dehors de toutes ces conséquences négatives, notons tout de même que ce ralentissement est une bonne nouvelle pour l'environnement en Chine. En effet, le gouvernement a mis en place un embryon de politique de lutte contre la pollution, qui passe notamment par la fermeture des usines les plus polluantes et vétustes.

 

Et quand on sait que les alertes à la pollution se mutliplient à un rythme effrayant, on comprend l'intérêt de cette question et les raisons qui ont poussé les autorités chinoises à en cacher l'existence, quitte pour cela à censurer le documentaire Under the dome, réalisé par une ancienne présentatrice vedette de la télévision chinoise :

 

 

En définitive, l'avenir économique en Chine sera, à moyen terme, inexorablement lié au développement de la demande intérieure. Dès lors, les entreprises étrangères, dont les françaises, qui voudront commercer avec la Chine, auront tout intérêt à répondre directement aux besoins de la classe moyenne (encore en devenir pour l'instant...).

 

Mais avant, gageons que l'immense bulle immobilière ne fasse pas trop de dégâts lorsqu'elle explosera, d'autant qu'elle fut massivement financée par l'endettement auprès d'institutions financières peu ou pas réglementées...

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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 11:24

 

 

La lutte contre l'évasion fiscale est enfin devenue une priorité des gouvernements, en raison de leurs difficultés à équilibrer leur budget. Et pour être efficace, elle doit d'abord commencer par un grand ménage au sein de l'Union européenne, sous peine de revivre chaque année de nouveaux LuxLeaks... 

 

C'est pourquoi, je suis avec beaucoup d'intérêt les actions menées depuis quelques mois par l'OCDE, qui s'est engagée désormais dans une lutte mondiale pour l'échange automatique de données fiscales pour les particuliers, et contre l'érosion des bases imposables des entreprises,

 

C'est d'ailleurs pour évoquer l'évasion fiscale durant une quinzaine de minutes, que TV Cristal m'a invité sur son plateau :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]

 

Il ne faut donc pas relâcher la pression sur les multinationales, qui cherchent à s'exonérer des règles communes et à ne pas payer d'impôt.

 

Amazon est de ce point de vue le cas d'école de la multinationale, qui a eu maille à partir avec Bruxelles en raison de ses stratégies d'optimisation fiscale. En effet, en 2013, la société avait créé une polémique au Royaume-Uni en annonçant le paiement de 2,8 millions d’euros d'impôts sur les sociétés en 2012, un montant dérisoire au regard de ses bénéfices !

 

La commission parlementaire sur les finances publiques avait alors découvert qu'Amazon, bien qu'ayant perçu 2,5 millions de livres d'argent public, s'arrangeait pour faire enregistrer ses ventes au Luxembourg où se trouve son siège social. Or, comme par hasard, les règles de taxation au Luxembourg lui permettait de baisser substantiellement l'impôt acquitté, en raison de montages opaques, mais légaux !

 

C'est ainsi que quasiment toutes les administrations fiscales de la zone euro ont eu des griefs à l'égard d'Amazon. L'Allemagne a ainsi considéré qu'Amazon ne lui avait payé que 3 millions d'euros d'impôts sur les sociétés pour environ 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans le pays ! La France est même allée jusqu'à lancer une procédure de redressement fiscal pour un montant de 230 millions de dollars avec des arguments solides comme ceux-là :

 

 

[ Source : http://www.nextinpact.com ]

 

Enfin, à force de jouer à l'équilibriste sur le fil raide de la fiscalité européenne, cela lui a valu une enquête en bonne et due forme de la part de la Commission européenne, qui reprochait au Luxembourg d'avoir accordé à Amazon une aide d'État préférentielle, contraire aux traités européens.

 

Et là coup de théâtre il y a quelques jours, Amazon annonçait qu'il déclarerait ses revenus - et donc paierait ses impôts - dans chaque pays où la société réalise des ventes, quitte pour cela à créer des filiales ! C'est donc bien la preuve qu'avec un peu de bonne volonté politique, on peut lutter efficacement contre l'évasion fiscale...

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article du site http://www.trunews.com

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 13:09

 

 

Les médias n'ont de cesse de s'esbaudir devant les très bons chiffres du chômage aux États-Unis. Qu'il suffise de lire cet article du Figaro ou celui-ci qui provient de l'Obs pour s'en convaincre... Il est vrai que, en mai 2015, le taux de chômage est tombé à 5,4 % de la population active, son plus bas niveau depuis le début de la crise des subprimes. Mais ces chiffres reflètent-ils la réalité de la situation sur le marché de l'emploi aux États-Unis ?

 

La baisse du chômage aux États-Unis

 

Plutôt qu'un long discours, jetons un oeil au graphique suivant :

 

 

[ Source : Yahoo finance ]

 

Avant de nous intéresser aux chiffres du chômage, notons que les barres rouges de ce graphique correspondent aux "non-farm payrolls", c'est-à-dire le nombre d'emplois salariés dans tous les secteurs en dehors de l'agriculture.

 

Ce graphique montre, entre autres, la baisse impressionnante du taux de chômage aux États-Unis depuis quelques mois. Tellement prononcée, que certains n'hésitent plus à affirmer que le pays va très prochainement arriver à son taux de plein emploi. Quoi qu'il en soit, il est dorénavant officiellement inférieur au seuil de 6,5 % que la Fed avait fixé comme préalable à la remontée de ses taux directeurs. Donc tout semble aller très bien chez l'Oncle Sam, sauf que...

 

Ce que cette baisse des chiffres ne dit pas

 

Tout d'abord, si le marché de l'emploi aux États-Unis était si proche du plein emploi, on se demande pourquoi on ne voit pas apparaître de tensions sur les salaires. Au contraire, à de rares exceptions près très médiatiques, leur évolution reste désespérément atone :

 

 

[ Source : https://www.americanprogress.org ]

 

De plus, si l'on compare avec les précédentes récessions, l'économie américaine a beaucoup plus de mal a retrouver le niveau d'emploi d'avant crise. Voilà pourquoi les statistiques publiées début mai par le BLS (Bureau of Labor Statistics), qui font état de 223 000 créations d'emplois en avril 2015, ont passé du baume au coeur des dirigeants politiques, après un premier trimestre plutôt mauvais.

 

Des chômeurs découragés...

 

En outre, il est nécessaire de regarder le taux de participation, qui est par définition le rapport entre la population active et la population en âge de travailler effectivement. Pour le dire autrement, c’est la proportion de la population en âge de travailler qui a un emploi ou qui en cherche. Son évolution est très importante, car elle donne une indication sur les raisons de la baisse du taux du chômage.

 

 

[ Source : zerohedge.com ]

 

On voit sur le graphique ci-dessus que, aux États-Unis, le taux de participation a baissé depuis le début de la crise en 2008 et reste désormais à un niveau historiquement bas de 62,8 %. Cela peut s'interpréter comme le résultat d'un découragement de beaucoup de chômeurs qui, au vu du peu d'offres qu'ils trouvent, finissent par abandonner toute recherche d'emploi...

 

Cependant, une personne qui abandonne ses recherches d'emploi passe de la catégorie chômeur (qui est incluse dans la population active) à la catégorie inactif, ce qui fait mécaniquement baisser le taux de chômage. Mais est-ce vraiment le signe que l'économie américaine va mieux ? Et que dire de tous ces Américains qui subissent le travail à temps partiel, mais viennent tout de même diminuer le taux de chômage ?

 

C'est du reste un grand débat aux États-Unis, de savoir si la baisse du taux de participation est due à des effets conjoncturels ou structurels. De nombreuses incertitudes demeurent, même si  de nombreuses études penchent désormais pour des explications structurelles (démographie, perte de capital humain, découragement, effet d'hystérèse, etc.). Voilà pourquoi la Fed a abandonné le seuil de taux de chômage à 6,5 % évoqué plus haut pour commencer à augmenter ses taux d'intérêt.

 

L'économie des États-Unis va mal

 

Paul Craig Roberts, l'un des pères fondateurs des Reaganomics lorsqu'il était sous-secrétaire au Trésor dans l'administration Reagan, s'est fendu d'un article dans CounterPunch où il montre qu'aucun emploi n'a été créé en avril 2015 dans l'industrie ; pire, il affirme que "le paysage de la population américaine active est celui d’un pays du Tiers Monde. La plupart des emplois créés sont des services domestiques peu payés".

 

Pour finir, ne perdons pas de vue que, la diminution des gains de productivité aux États-Unis et le faible taux de participation au marché de l'emploi, vont conduire à un recul de la croissance potentielle, qui est déjà passée de près de 3,5 % avant crise à 1,7 % aujourd'hui... Ainsi, à long terme, je ne vois pas comment les États-Unis vont réussir à créer massivement de l'emploi avec le même modèle économique qu'avant la crise !

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 10:47

 

 

Dans un précédent billet, j'avais publié l'article/interview du Républicain Lorrain où j'évoquais les ressorts de l'évasion fiscale et des moyens de lutter contre ce fléau.

 

J'avais bien insisté sur le fait que la lutte contre l'évasion fiscale et les paradis fiscaux doit d'abord commencer par un grand ménage au sein de l'Union européenne, sous peine de revivre chaque année de nouveaux LuxLeaks... Bref, autant de choses qui font rugir l'opinion publique, que l'on soumet à l'austérité, alors même que des sommes impressionnantes dorment tranquillement dans les paradis fiscaux.

 

C'est justement pour évoquer les paradis fiscaux durant une quinzaine de minutes, que TV Cristal m'a invité sur son plateau :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 11:18

 

Réformes structurelles : voilà probablement l'expression la plus usitée par les dirigeants politiques et patronaux au sein de la zone euro. Dans le domaine du travail, elle est même devenue un synonyme politiquement correct de flexibilisation ou de déréglementation.

 

Quoi qu'il en soit, les réformes structurelles du marché du travail sont vues comme la condition sine qua non pour augmenter la croissance potentielle d'un pays. Pourtant, une étude du FMI vient de renverser les idées reçues...

 

Qu'est-ce que la croissance potentielle ?

 

Dans L’économie du XXe siècle (1961), l’économiste français François Perroux a proposé la définition suivante de la croissance : "augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues, chacune de ces périodes comprenant plusieurs cycles quasi décennaux, d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels". L'indicateur retenu est en général le PIB en volume.

 

La croissance potentielle, quant à elle, peut être définie comme celle réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main d'oeuvre disponibles.

 

Quels sont les facteurs qui influent sur la croissance potentielle ?

 

On peut citer principalement :

 

 * les gains de productivité : ils correspondent à une augmentation de la productivité.

 

 * l'innovation : on la mesure souvent par les dépenses de R&D et le nombre de brevets triadiques (brevets déposés à l'Office européen des brevets, à l'USPTO américain, et au Japan Patent Office).

 

 * les prix de l'énergie et des matières premières

 

 * l'investissement 

 

 * le niveau de formation de la population active : on peut par exemple l'appréhender par la part de la population active titulaire d'un diplôme de l'enseignement supérieur, par les dépenses d'éducation supérieure par étudiant,...

 

 * la démographie : les interactions sont fortes entre les phénomènes démographiques et économiques. Par exemple, l'évolution de la pyramide des âges a une influence sur le financement de la protection sociale, comme le montre la question de la dépendance (ou de la retraite).

 

 * la productivité globale des facteurs de production : c'est le rapport entre le volume de la production et l'ensemble des facteurs de production utilisés. Dit autrement, c'est l'augmentation de la production qui ne peut pas s'expliquer par l'augmentation des deux facteurs de production (capital et travail). Elle reflète donc d'une part le progrès technique, technologique, et d'autre part l'amélioration de ce que les économistes appellent de manière bien malheureuse le capital humain (éducation, expérience des salariés).

 

Comment peut-on estimer la croissance potentielle de la France ?

 

Pour estimer la croissance potentielle on peut utiliser l'une des deux méthodes suivantes :

 

 * méthode basée sur la productivité globale des facteurs 

 

On part d'une fonction de production Cobb-Douglas du type :

 

Cobb-Douglas.jpgoù Y désigne le PIB, A la productivité globale des facteurs, K le stock de capital, N l’emploi et a la part du coût du travail dans le PIB.

 

Il s'agit donc d'étudier la tendance passée de la productivité globale des facteurs, la croissance future anticipée du stock de capital net et la croissance future de la population active, pour en déduire grâce à cette formule la croissance potentielle de la France.

 

 * méthode basée sur la productivité du travail

 

On part de l'identité suivante : Y = P.N où Y désigne le PIB, P la productivité par tête et N  l'emploi.

 

Dès lors, à partir de la tendance de la productivité par tête et de la croissance future de la population active, on en déduit la croissance potentielle de la France.

 

L'étude du FMI qui abat les idées reçues

 

Bien que le FMI ne puisse pas être soupçonné de penchants socialisants, force est de reconnaître que le World Economic Outlook d’avril 2015 met l'institution en contradiction avec ses préconisations. En effet, pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation.

 

Conclusion de l'étude à ce sujet ? Et bien, c'est lapidaire : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme ! Donc,  adieu veau, vache, cochon, couvée pour le FMI, qui avait pourtant prescrit de telles réformes dans chacun de ses plans d'ajustement structurelles, dont ceux mis en oeuvre dans la zone euro au travers de la Troïka...

 

Le pot au lait des réformes structurelles du marché du travail n'est donc qu'un infâme pot aux roses idéologique qui aura, hélas, conduit bien des gouvernements à agir contre les intérêts de leur peuple. Mais évidemment, les dirigeants politiques n'arrêteront pas pour autant de réclamer à cor et à cri une telle évolution de la réglementation du marché du travail, car cela leur tient lieu de catéchisme économique. Triste réalité. Fermez le ban !

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article du site http://vaucluse.pcf.fr

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 13:08

Dans un précédent billet, j'avais expliqué le rôle des banques et le privilège exorbitant de création monétaire qu'elles détiennent. Aujourd'hui, je poursuis en évoquant les crises bancaires. Et pour commencer, je vous propose une petite synthèse en vidéo, puisque j'ai consacré ma chronique sur TV Cristal à cette question :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]

 

Je rappelle que je m'étais déjà souvent exprimé sur la question des crises bancaires, notamment dans le cadre des stress tests, où j'ai souhaité faire entendre une voix discordante sur la solidité réelle du système bancaire européen. Mon analyse avait été publiée dans Le Monde :

 

Stress-tests-copie-1.png

 

[ Cliquer sur l'image pour lire ma tribune sur le site du Monde ]

 

Ma tribune s'inscrivait dans le prolongement de mes analyses sur ce blog, où je n'ai de cesse d'expliquer que le risque systémique n'a pas miraculeusement disparu avec la création de l'usine à gaz appelée Union bancaire...  Et ce d'autant plus que, pour des raisons réglementaires (normes prudentielles dites Bâle 3), les banques détiennent des portefeuilles d'obligations publiques assez importants.

 

Plus récemment, j'avais montré les risques liés à l'injection massive de liquidités, alors que nombreux sont ceux qui appellent à augmenter encore la base monétaire pour faire face à la crise, sans s'apercevoir que le niveau atteint est déjà stratosphérique !

 

Voilà pourquoi, dans mon dernier livre qui cherche à déconstruire les idées reçues en économie, le chapitre 34 s'institule l’Union bancaire permet désormais une sécurisation optimale du système bancaire européen, et le chapitre 35 une grande banque ne peut plus faire faillite au sein de la zone euro !

 

 

N.B : l'image de cce billet provient de cet article du Figaro.

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