Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Tout savoir sur l'économie

Les mécanismes de l'économie 2

50 idées reçues déchiffrées

 

Économie BTS

100% BTS

Les grands débats économiques

 

La grande saignée économique

 

Comprendre la dette

 

Dictionnaire révolté d'économie

Les mécanismes de l'économie

 

Le capitalisme en clair

Les marchés financiers en clair

Concours commun IEP 2020

Concours commun IEP 2019

Concours commun IEP 2017

Concours commun IEP 2016

Concours commun IEP 2015

Mondialisation-IEP.jpg

Concours commun IEP 2014

Travail et culture

Concours commun IEP 2011

63548

Concours commun IEP 2010

iep

Recherche

10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 10:30

rentree-u.jpg

 

Voici venue la rentrée... de mes conférences et ateliers d'économie ! Je me suis à nouveau engagé dans de nombreux projets, car j'ai toujours autant de plaisir à communiquer ma passion de l'économie et j'ai à coeur de donner aux auditeurs des clés pour comprendre les mécanismes économiques. Ce sera aussi l'occasion d'une nouvelle expérience, puisque j'anime désormais une chronique économique sur Radio Jerico un mardi sur deux vers 9h50 (la première a été diffusée ce mardi 9 septembre).

 

Pour l'année 2014/2015, j'ai prévu des interventions dans plusieurs villes, dont je vous parlerai au fur et à mesure de l'année lorsque les dates seront arrêtées définitivement. Il y aura donc la cafet'éco à l'UPSC de Sarreguemines, un module d'économie et des conférences à l'UPT de Forbach, et des interventions à divers endroits (traité transatlantique à Metz, interventions à la médiathèque de Forbach et de Sélestat,...).

 

Un article du Républicain Lorrain revient sur mes interventions à Forbach :

  RL 05 Septembre 2014 1

 

[ Cliquer sur l'image pour agrandir ]

Partager cet article

Repost0
3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 12:33

devoirs.gif

 

Comme l'année dernière, j'assurerai la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs de l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach. L'UPT propose en effet, en partenariat avec la mairie de Forbach, la communauté d'agglomération Forbach Porte de France, le CUCS via l'Acsé, une aide aux devoirs pour les collégiens et les lycéens de la ville de Forbach pour seulement 10 € par an !

 

Fort du succès rencontré l'année passée où nous avons été contraints d'arrêter les inscriptions dès la fin septembre en raison du nombre très important d'élèves (plus de 60 !), l'opération est renouvelée pour l'année scolaire 2014/2015. Notre équipe est constituée de formateurs expérimentés et recrutés par les services de l’Université Populaire Transfrontalière. Les séances débuteront le mercredi 1er octobre et auront lieu dans la salle Bruxelles du Burghof, chaque semaine, les mercredis et vendredis de 17h à 19h (accueil des élèves jusqu'à 17h30 maximum).

 

Pour s'inscrire, il suffit de se présenter au bureau de l’UPT (ouvert même pendant les congés scolaires) situé au Burghof, muni impérativement d’une photo d’identité récente. 

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach (UPT)

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

Ci-dessous, voici l'affiche que j'ai réalisée avec l'UPT pour présenter cet atelier. Les chefs d'établissements de Forbach ont été destinataires d'un courrier les informant des tenants et aboutissants de cet atelier, que nous souhaitons utiles pour les élèves !

Aide-aux-devoirs-2014-copie-1.jpg

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Que toute mon équipe de formateurs soit ici remerciée pour son implication !


Partager cet article

Repost0
26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 15:47

Hollande-finance.jpg

Décidément, ce gouvernement déclaré de gauche n'en manque pas une lorsqu'il s'agit de prendre son électorat à rebrousse-poil, comme en témoigne cette déclaration de Michel sapin :

 

 

Pourtant, le discours officiel était, il n'y a guère, le suivant :

 

 

Que s'est-il donc passé en deux ans ? D'après cet article de Libération, c'est "l'histoire d'un renoncement sémantique" qui passe par différentes phases, depuis "la finance est essentielle à l'économie" (Moscovici en 2013) à "nous avons besoin de la finance" (Valls en 2014) en passant par la vérité médicale de feu docteur Montebourg "la finance c'est comme le cholestérol. Il y a la bonne et la mauvaise".

 

Est-ce à dire que la crise est donc finie ? Oh non, comme je l'avais rappelé dans ce billet où je montrais que le chômage atteint des sommets dans de nombreux pays. En France, l'évolution du nombre de demandeurs d'emploi depuis 2007 est effrayante :

 

Chomage-ABC-2013-copie-1.png

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

A court terme il n'y a pas grand chose à attendre de la demande extérieure et encore moins de la demande domestique au vu du chômage, de la faiblesse des salaires réels, du ralentissement voire du recul du crédit au secteur privé et de la politique d'austérité menée par ce gouvernement avec encore plus de force que le précédent... Et le remaniement qui vient de s'opérer ne laisse rien présager de meilleur, bien au contraire puisque cette fois les austériens vont marcher en ordre serré autour du Premier ministre ! Or, tant qu'on ne changera pas le logiciel global de pilotage de l'économie basé sur le triptyque austérité-compétitivité-inégalité, aucune amélioration ne sera possible en particulier dans la zone euro !

 

Pendant ce temps, la finance elle se porte à merveille comme en témoigne la progression record des dividendes versés aux actionnaires européens depuis 5 ans :

 

Dividendes-2014.jpg

[ Source : Les Échos ]

 

Il est vrai que le monde de la finance n'a vraiment rien à craindre du régulateur en Europe, contrairement aux États-Unis où le régulateur a frappé plusieurs fois très fort ces derniers temps, en particulier contre BNP Paribas :

 

Amendes-banques-copie-1.png

[ Source : Le Figaro ]

 

En effet, au sein de l'Union européenne la BCE vient d'annoncer deux LTRO sur 4 ans et va probablement continuer à abreuver l'économie de liquidités pour éviter la déflation. De plus, on ne cesse de voter des régulations plus lâches et relâches les unes que les autres, au point qu'il devient presque évident pour tout le monde que si l'on cherchait à ne pas réguler la finance on ne s'y prendrait pas autrement.

 

Ainsi, la mise en place d'une Union bancaire (et de son corollaire le superviseur bancaire) a été si laborieuse qu'il ne s'agit déjà plus que d'une usine à gaz qui passe à côté des vrais problèmes. Car en plus de devoir attendre 2025 pour que le mécanisme fonctionne à plein, celui-ci est tellement complexe qu'il lui sera difficile de rétablir la confiance dans le système bancaire européen. Le pire est que l'accord trouvé ne brise même pas le lien entre sauvetage des banques et endettement des États, qui était pourtant le point de départ de l'Union bancaire...

 

Il y a donc fort à parier que si une catastrophe bancaire arrivait, par exemple au Portugal (voir mon billet), les États seraient à nouveau obligés de s'endetter pour sauver ses banques. Sauf que cette fois les États ne disposent plus de marges de manoeuvre suffisantes...

 

Le vrai problème, que le gouvernement ne semble pas avoir compris (est-ce seulement possible après avoir fait l'ENA ?), n'est pas tant celui de la finance que de la financiarisation à outrance de l'économie ! Cette hypertrophie de la finance est du reste une réalité quantifiable : les volumes de transaction sur produits dérivés sont devenus très dangereux et ne correspondent plus uniquement à des logiques de couverture de risques.

 

Bien au contraire comme le montre le tableau ci-dessous, qui présente les flux dans la sphère économique mondiale en milliers de milliards de dollars (appelés trillions par les Américains et parfois téra-dollars) :

 

flux-financiers.png

 

[ Source : www.financeglobale.fr ]

 

A partir de ces chiffres issus du FMI, de la Banque mondiale, de la BRI, et compulsés par François Morin, on constate que les flux financiers sont près de 60 fois supérieurs aux flux de l'économie réelle ! Pour le dire autrement, la spéculation fait rage sur les marchés financiers...

 

Et si pour changer, le gouvernement s'imposait de vrais objectifs ? Par exemple reprendre la main sur les taux d'intérêt et les taux de change, qu'il n'aurait jamais dû céder à la jungle des marchés financiers ! Mais il n'en a pas le temps, car il reste trop occupé à réciter le mantra de l'austérité pour le plus grand malheur de l'économie française...

 

On vient du reste d'apprendre que le nouveau ministre de l'économie est Emmanuel Macron, ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée, mais surtout banquier d'affaire chez Rothschild. Le message est à mon sens très clair, d'autant plus que le Premier ministre a considéré que sa nomination était un "beau symbole" !

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article du site http://www.pg87.fr

Partager cet article

Repost0
12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 10:09

Croissance.jpg

 

Selon l'INSEE, au premier trimestre 2014, le PIB en volume n'a pas augmenté alors qu'il avait progressé de 0,2 % au quatrième trimestre 2013. De plus, selon certaines indiscrétions, la croissance au deuxième trimestre sera également en berne en raison d'une baisse du moral des ménages et des entreprises depuis quelques mois : en effet, les uns anticipent un chômage de masse tandis que les autres ne prévoient pas de hausse de la demande, bref aucun acteur économique privé n'anticipe une reprise de l'économie...

 

Tout cela éloignera par conséquent encore un peu plus l'horizon du 1 % de croissance annuelle poursuivi par le gouvernement. Voilà certainement pourquoi, malgré son optimisme au mois de mai, le président de la République a admis lors d'une conférence de presse le 21 juillet dernier qu'il n'était « pas impossible que la croissance puisse encore s'affaiblir ». Et ce d'autant plus que la Chancelière allemande est restée sourde aux suppliques de François Hollande qui lui réclamait "un soutien plus ferme à la croissance" en Europe, bien que l'OCDE ait noté une "inflexion négative" de la croissance en Allemagne.

 

Or, cela aurait des conséquences tant sur le plan interne que sur les engagements de la France à réduire le déficit public en-dessous de la barre des 3 % du PIB. Il est donc important de comprendre comment se calcule le PIB et quelles sont ses composantes. Ce billet est certes un peu plus théorique que d'habitude, mais il permettra à certains de mes étudiants de réviser quelques concepts lointains... et à mes autres lecteurs de se familiariser avec la modélisation macroéconomique de base.

 

Qu'est-ce que la croissance ?

 

Dans L’économie du XXe siècle (1961), l’économiste français François Perroux a proposé la définition suivante de la croissance : "augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues, chacune de ces périodes comprenant plusieurs cycles quasi décennaux, d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels". L'indicateur retenu est en général le PIB en volume.

 

La croissance potentielle, quant à elle, peut être définie comme celle réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main d'oeuvre disponibles.

 

Quels sont les composantes de la croissance ?

 

Par définition, le PIB est égal à la somme des emplois de produits finals :

 

 * la consommation (C) ==> il s'agit de la consommation finale des ménages

 

 * l'investissement privé (I) ==> réalisé par les ménages et les entreprises, il inclut essentiellement l'investissement en capital fixe (immeubles, machines). On fait généralement la distinction entre l'investissement de remplacement qui sert à renouveler les machines par exemple, et l'investissement net qui sert à augmenter les capacités de production. 

 

 * les dépenses des administrations publiques (G) ==> il peut s'agir de consommation publique (matériel en tous genres) ou d'investissement public (infrastructures,...)

 

 * l'accroissement des stocks de biens et services (∆S) 

 

 * les exportations (X) - les importations (M) ==> c'est précisément le solde de la balance commerciale.

 

On obtient donc l'identité macroéconomique suivante :  

 

PIB = C + I + G + ∆S + X - M

 

Comment évoluent le PIB et ses composantes ?

 

En s'appuyant sur l'identité comptable que nous venons de décrire, l'INSEE étudie l'évolution du PIB et de ses composantes chaque trimestre :

 

PIB-et-composantes.png

 

[ Source : INSEE ]

 

On y voit qu'au 1er trimestre 2014 la consommation et l'investissement se replient, ce qui est une très mauvaise nouvelle puisque comme le montre le graphique les dépenses de consommation des ménages ont toujours été un pilier de la croissance du PIB.

 

L'évolution du PIB par habitant

 

Le PIB divisé par le nombre d'habitants au sein d'un pays est souvent utilisé comme indicateur - très fruste ! - du niveau de vie moyen par habitant. Afin d'identifier les raisons qui expliquent les différences de cet indicateur d'un pays à l'autre, on décompose le PIB par habitant (au centre noté PIB/hab) comme le produit des 4 autres rapports :

 

PIB-par-habitant.jpg 

Hab est la population totale en milliers d'habitants, H le nombre d'heures travaillées par la population active pendant un an, L le nombre d'emplois et A la population en âge de travailler.

 

Ainsi, on a décomposé le PIB par habitant comme le produit de 4 rapports qui sont :

 

 * PIB/H ==> c'est un indicateur de productivité horaire du travail. 

 

 * H/L ==> il s'agit du nombre d'heures travaillées par an et par travailleur en moyenne.

 

 * L/A ==> ce rapport correspond au taux d'emploi, c'est-à-dire au nombre de personnes ayant un emploi dans la population en âge de travailler.

 

 * A/hab ==> c'est un indicateur démographique qui reflète la population en âge de travailler dans la population totale.

 

A parti de cette décomposition, il devient facile de comprendre que les différences de PIB par habitant selon les pays vont s'expliquer en premier lieu par des différences de taux d'emploi et de taux de chômage. D'où l'importance fondamentale de la démographie en économie, qui explique pourquoi j'ai beaucoup insisté dans mes billets sur le problème de vieillissement de la population que connaît l'Allemagne et le Japon par exemple.

 

 

N.B : l'image de ce billet provient du site suivant : http://www.cesi-entreprises.fr

Partager cet article

Repost0
1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 11:31

Fonds-vautours.jpg

 

Après le krach de la banque BES au Portugal dont j'avais rendu compte dans mon précédent billet, voici que l'Argentine fait "faillite" ! Plus précisément, l'agence de notation Standard and Poor's a déclaré le pays en défaut sélectif sur sa dette. Mais comment en est-on arrivé là, seulement 13 ans après la grave crise économique de 2001 ? Qu'est-ce que cela signifie en pratique pour l'Argentine ? Réponses dans ce billet...

 

Un bras de fer avec les fonds vautours

 

Cette (mauvaise) histoire met en lumière le pouvoir démesuré de la finance, alors même que tous les États affirment avoir coupé les ailes aux financiers. En effet, l'Argentine en sa qualité d'État souverain a été condamnée par un tribunal américain à payer 1,33 milliards de dollars aux fonds vautours NML Capital et Aurelius Capital. Mais, et c'est bien là le pire, l'Argentine se voit interdit de rembourser ses autres créanciers tant qu'elle n'a pas payé en priorité les rapaces... D'où le défaut de paiement dit "technique", en ce sens que l'Argentine a les moyens de rembourser ses autres créanciers mais n'a pas le droit de le faire !

 

A ce stade, vous devez vous demandez pourquoi l'Argentine ne paye pas ces 1,33 milliards de dollars d'autant qu'elle dispose de 28 milliards de dollars de réserves. Pour le comprendre, un petit retour dans le passé s'impose. En 2001 le pays avait fait défaut sur sa dette qui s'élevait à environ 100 milliards de dollars ; il était ensuite parvenu à restructurer sa dette puisque 93 % des créanciers ont accepté une décote de 65 % en moyenne ; mais parmi les 7 % qui l'ont refusé se trouvent justement les fonds vautours qui exigent aujourd'hui le remboursement intégral de leur dû.

 

Le gouvernement argentin redoute donc un effet de cascade si tous ses créanciers exigent d'être remboursés à 100 % comme les fonds vautours, cela en raison d'une clause mal négociée et appelée dans le jargon RUFO (Rights Upon Futur Offers) ; celle-ci stipule que si l'Argentine améliore les conditions de remboursement pour certains créanciers elle doit alors nécéssairement en faire profiter les créanciers qui ont accepté les restructurations de 2005 et 2010. Le but pour le gouvernement était à l'époque de rassurer les détenteurs d'obligations du Trésor argentin qui avaient accepté une restructuration.

 

Pour le dire autrement, cette menace réelle de devoir rembourser tous les créanciers à 100 % en raison de la clause RUFO, pourrait conduire le pays à devoir débourser non pas 1,5 milliards de dollars mais plus de 100 milliards de dollars dans le pire scénario, ce qui signifierait le défaut sur l'ensemble de sa dette !

 

Qui sont les fonds vautours ?

 

Ces fonds, comme leur nom l'indique bien, achètent des titres d'entreprises ou d'États qui ont fait faillite. Ils mettent ensuite la pression sur le gouvernement ou la direction de l'entreprise pour qu'il y ait une restructuration ; cela dans le but évident de faire remonter le cours du titre et d'empocher au passage une substantielle plus-value ! Dans le cas des États, leur tactique (sic !) consiste à utiliser la voie juridique pour exiger le remboursement de la dette à sa valeur de départ (= valeur faciale).

 

Ainsi, ces fonds n'ont aucun intérêt à ce que le pays aille mieux, leur seul objectif étant de réaliser une belle plus-value suivant une logique purement spéculative... et au détriment des citoyens ! NML Capital, Aurelius Capital et Elliott Management sont les principaux fonds vautours actifs sur la dette des États. On les retrouve ainsi à l'affût des titres obligataires de l'Argentine, mais aussi de tous les autres pays en difficultés financières.


Elliott Management a du reste beaucoup fait parler de lui, car son fondateur, Paul Singer, est un milliardaire membre du Parti républicain qui n'a absolument aucun état d'âme à rançonner les pays en difficulté. Ses coups d'éclat sont toujours scandaleux, comme en 2007 lorsqu'il voulut faire saisir l'avion du président argentin en escale aux États-Unis, ou en 2012 lorsqu'il fit saisir un navire de la marine argentine le long des côtes africaines !

 

Les précédents défauts sur dette souveraine

 

Le défaut partiel ou total sur dette public est loin de concerner uniquement l'Argentine, comme le montre la carte ci-dessous :

 

Defauts-dette.png

[ Source : Le Figaro ]

 

Quelles conséquences pour l'Argentine ?

 

Certes il ne s'agit pour l'instant que d'un défaut technique comme je viens de l'expliquer, mais tout de même le signal est très négatif sur les marchés d'autant que le gouvernement argentin est depuis des mois sous un feu nourri de critiques - souvent justifiées - pour sa gestion calamiteuse de l'économie. Faut-il en effet rappeler que le pays est en récession, que l'inflation s'envole tandis que le peso a reculé de 20 % sur un an ?

 

Le grand danger lié à un défaut serait de voir les capitaux refluer hors d'Argentine à un moment où le pays en a grand besoin, puisque d'une part il ne lui reste plus que 28 milliards de dollars de réserve et d'autre part il est quasiment exclu, depuis 2001, des marchés financiers. Pourtant, l'Argentine a tout fait pour chercher à apaiser ses relations avec ses créanciers et partenaires économiques (Club de Paris, Banque mondiale, compagnies étrangères comme l'espagnole Repsol, etc.), mais s'est refusé à négocier avec les fonds vautours.

 

Un dégât collatéral de la victoire des fonds vautours va être que les autres États en difficulté auront certainement beaucoup plus de mal à restructurer leur dette avec le précédent argentin. En effet, à quoi bon négocier avec un État une restructuration de dette souveraine si des financiers peuvent se faire rembourser en priorité la totalité de leur dû et pousser le pays au défaut ?

 

Le pouvoir de la finance reste intact...

 

J'ai écrit plus haut que les États affirment tous avoir coupé les ailes aux financiers. Il suffit pour s'en convaincre de réécouter les propos tenus par Pierre Moscovici lorsqu'il était ministre de l'économie et s'enorgueillissait d'avoir défendu une réforme large des banques, ou mieux de lire les nombreuses déclarations enthousiastes sur la loi Dodd-Frank aux États-Unis et le règlement EMIR en Europe, qui doivent empêcher la finance de nous conduire à nouveau à une catastrophe comme les subprimes.

 

Mais sous couvert de tout changer, rien n'a vraiment changé puisque les États n'ont pas souhaiter reprendre le pouvoir qu'ils avaient volontairement donné à la finance, nous faisant ainsi passer d'une démocratie à une "dettocratie" comme je l'avais écrit dans cette tribune publiée dans Le Monde. Une grande réforme consisterait dès lors à reprendre en main le taux de change et le taux d'intérêt, pour le bien de tous.

 

En effet, qui se souvient encore qu'avant les accords de la Jamaïque en 1976 les taux de change étaient (pour simplifier) fixes, donc point de risques de change et par conséquent inutilité d'un marché de couverture. De même, la maîtrise des taux d'intérêt à court terme par les Banques centrales et ceux à long terme par l'encadrement du crédit rendait inutile une couverture des risques de variations des taux d'intérêts. Mais lorsque le taux de change et le taux d'intérêt furent libéralisés, les investisseurs témoignèrent d'une aversion très forte à ces risques et l'on créa donc des produits dérivés destinés à s'en couvrir sur les marchés financiers.

 

 

En fin de compte, depuis 30 ans, une part importante des transactions sur les marchés financiers sert à couvrir les risques liés au fonctionnement même des marchés financiers et à spéculer de plus en plus souvent sur l'avenir d'un État souverain ! C'est le système qui marche sur la tête... Qu'attend-on pour en changer ?

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article du site http://www.suisse.attac.org

Partager cet article

Repost0
22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 11:28

 

Faillite-banque.jpg 

Vous avez aimé l'affaire BNP et les cris d'orfraie poussés par les dirigeants politiques français suite à sa condamnation à 9 milliards d'euros d'amende ? Vous avez également aimé Chypre dont le système bancaire national représentait 7 fois le PIB du pays ? Vous avez par ailleurs adoré le feuilleton des banques zombies en Espagne (Bankia, NovaCaixaGalicia et Banco de Valencia) qui s'est soldé par un sauvetage européen à hauteur de 41 milliards d'euros ?

 

Alors vous ne serez pas déçu par l'affaire qui secoue le Portugal depuis quelques semaines et qui porte un nom charmeur : Banco Espirito Santo...

 

De quoi s'agit-il ?

 

La banque banco Espirito Santo, première banque Portugal, a perdu a perdu 30 % de sa capitalisation boursière depuis quelques mois. De plus, sa maison mère, Espirito Santo International, a falsifié ses comptes pour cacher des pertes d'un montant de 1,3 milliard d'euros, la banque étant exposée à la dette du groupe à hauteur de 1,18 milliards d'euros.

 

Ajoutez à cela des divisions ostensibles au sommet de la hiérarchie du groupe familial et quelques révélations croustillantes sur des cadavres financiers dans les placards (créances douteuses, 6 milliards d'euros de crédits non documentés en Angola, placement de la dette de la maison mère auprès des clients de la banque,...), et vous avez tous les ingrédients d'une crise bancaire grave qui menace de devenir systémique, c'est-à-dire de s'étendre à tout le pays et à la zone euro ensuite !

 

Bien entendu tout le monde se veut rassurant : aucun problème de solvabilité de la banque, ratios prudentiels exemplaires, précédente augmentation de capital réussie, etc. Bref, la banque devrait se porter comme un charme selon les canons en vigueur dans la finance. A ceci près que la banque est au bord du gouffre et que personne ne connaît l'exposition exacte au risque des autres filiales du groupe. On sait cependant que la banque, par ses ramifications tentaculaires dans l'économie portugaise, menace toute l'économie réelle du pays qui vient pourtant à peine de sortir du plan de sauvetage européen ! D'où la volatilité accrue sur les obligations de l'État portugais.

 

Et vendredi dernier, la maison mère du groupe ESI (Espirito Santo International) a demandé à être placée en redressement judiciaire, ce qui n'augure rien de bon sur planète finance... D'autant que ESI a son siège, comme par hasard, au Luxembourg !

 

Quelle est la structure du groupe ?

 

La réponse dans cette infographie :

 

Structure-groupe-BES.jpg

[ Source : Le Figaro ]

 

Le groupe Espirito Santo est un groupe familial très puissant au Portugal, qui domine toute l'économie du pays par ses ramifications dans de nombreux secteurs d'activités : finance, assurance, hôtellerie, agriculture, santé, etc. Il s'agit donc d'un conglomérat très actif en Europe mais aussi au brésil et en Angola.

 

Espirito Santo International est la maison mère de ce groupe familial. Et c'est précisément au sein de la maison mère qu'avaient été dissimulées des pertes d'un montant de 1,3 milliard d'euros ! Mais en raison de l'exposition de la banque au reste des activités du groupe, Standard & Poor's a dégradé la note de la dette à long terme de Banco Espirito Santo, provoquant au passage un mouvement de panique puisque celle-ci est désormais en catégorie spéculative !

 

Vous remarquerez au passage que Crédit Agricole, après le naufrage de sa filiale grecque Emporiki, n'a décidément pas fait que des choix heureux dans ses participations bancaires...

 

Et l'Union bancaire européenne dans tout cela ?

 

La mise en place d'une Union bancaire, c'est-à-dire un mécanisme unique de supervision placé sous l'autorité de la BCE et un mécanisme unique de résolution, doit permettre d'éviter qu'une nouvelle crise bancaire ne se transforme en crise de la dette au sein de la zone euro, suivant le modèle désormais bien connu : les banques vont mal ; elles appellent l'État à l'aide ; ce dernier s'endette pour leur prêter des fonds ; tous les contribuables paient in fine pour renflouer les banques.

 

Or, en plus de devoir attendre 2025 pour que le mécanisme fonctionne à plein, celui-ci est tellement complexe qu'il lui sera difficile de rétablir la confiance dans le système bancaire européen. Le pire est que l'accord trouvé ne brise même pas le lien entre sauvetage des banques et endettement des États, qui était pourtant le point de départ de l'Union bancaire...

 

En pratique, lorsqu'une banque sera en faillite, les premiers à mettre au pot seront les actionnaires et les prêteurs (d'où le nom de bail-in), qui devront couvrir au minimum 8 % des pertes de la banque. Si cela ne suffit pas, il sera possible de faire appel à des fonds nationaux de résolution, abondés par le secteur bancaire. Enfin, les ménages et les PME seront protégés puisqu'il a été confirmé que leurs dépôts seront garantis à hauteur de 100 000 euros.

 

Sauf que, au Portugal, l'État envisage déjà d'intervenir pour sauver cette banque grâce à son fonds de restructuration bancaire qui pèse 6,4 milliards d'euros. Et il doit se dépêcher, car la Banque du Portugal n'est compétente que jusqu'au 4 novembre 2014, date à laquelle le superviseur européen prendra le relai dans le cadre de l'Union bancaire. Et je pense pouvoir dire avec certitude que personne en Europe n'a envie de sortir le carnet de chèques pour renflouer, encore une fois, les banques portugaises...

 

Et n'oublions pas que si les récents déboires du monde bancaire en Bulgarie n'avaient pas vraiment attiré l'attention - bien que 400 millions d'euros aient été retirés des comptes bancaires en une seule journée le 27 juin ! -, c'est avant tout parce que la Bulgarie n'est pas dans la zone euro. Or, une étincelle comme la Banco Espirito Santo au Portugal pourrait très bien faire sauter à nouveau le couvercle de la marmite euro qui bouillonne !

 

Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de vous citer les mots d'un grand clairvoyant de notre pays, mais je suis certain que le Portugal doit pouvoir en trouver un chez lui aussi : "nous avons taxé les bonus bancaires, il y a une séparation des activités spéculatives et des activités de dépôt. En France, nous avons les taux d'intérêt les plus bas de notre histoire : la finance a été maîtrisée". Là, c'est moi qui n'ai plus de mots...

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article de ce site : http://npa29.unblog.fr


Partager cet article

Repost0
8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 12:23

 

Carte-vitale.jpg

 

Le fonctionnement de l'assurance santé a été remis sous les feux des projecteurs ces derniers mois, tant en France qu'aux États-Unis. En effet, d'après l'OCDE, en 2011 les États-Unis ont dépensé nettement plus pour la santé que tous les autres pays de l’OCDE :

 

Depenses-de-sante-OCDE.jpg

[ Source : Panorama de la santé 2013, OCDE ]

 

Dans les calculs de l'OCDE, les dépenses totales de santé correspondent à la consommation finale de produits et services de santé plus les dépenses d’investissement dans l’infrastructure. Afin de comparer les niveaux de dépenses entre les pays, les dépenses de santé sont converties en dollar américain et corrigées de la différence de pouvoir d’achat des monnaies nationales ; dans le jargon économique on dit que les sommes présentées dans le graphique ci-dessus sont des dollars en parités de pouvoir d’achat (PPA).

 

Mais on peut aussi analyser les dépenses de santé en proportion du PIB. On voit ainsi sur le graphique ci-dessous qu'en 2011, les dépenses de santé représentaient en moyenne 9.3 % du PIB dans les pays de l’OCDE (17,7 % aux États-Unis contre 11,6 % en France et 11,3 % en Allemagne) :

 

Depenses-de-sante-OCDE-PIB.jpg

[ Source : Panorama de la santé 2013, OCDE ]

 

En France, dans le cadre du plan d'austérité Valls, la ministre des affaires sociales, Marisol Touraine, cherche à couper de 10 milliards d'euros les dépenses de l'assurance-maladie. Pour ce faire, elle a demandé à l'administration de lui faire des propositions pour atteindre cet objectif ; d'où ce rapport qui préconise la réduction des séjours post-accouchement à l’hôpital, la dialyse à domicile, la réduction du nombre d'IRM, le développement généralisé de la chirurgie ambulatoire, la substitution de médicaments génériques aux princeps, etc.

 

Pour information, le conseil de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnamts) n'a pas avalisé ce rapport - ce qui est suffisamment exceptionnel pour être noté ! -, car les représentants du patronat ont considéré que ces propositions n'étaient pas assez ambitieuses...


A ce stade il est bon de rappeler qu'aux États-Unis chaque État américain possède son système de couverture et que la plupart des personnes souscrivent à des assurances privées pour couvrir les risques liés à leur santé. Cela signifie en particulier que les personnes cotisent en fonction des risques de santé réels ou potentiels, sachant que les plus démunis ont accès au système MEDICAID, et les plus âgés au système MEDICARE. Dans un pays qui se veut la première puissance économique mondiale, 47 millions de personnes (sur 300 millions d'Américains) ne sont pas couvertes par une assurance santé alors que nous avons vu plus haut que les États-Unis dépensaient amplement plus que les autres pays de l'OCDE dans ce domaine !

 

D'où la réforme voulue par le Président Obama, que l'on nomme depuis obamacare, et qui a pour but de réduire le risque de la perte de l'assurance en créant une couverture universelle, qui est loin de faire l'unanimité tant les Américains restent persuadés que chaque citoyen a le devoir de se prendre en charge tout seul face à ce risque. Toujours est-il que cette réforme (révolution ?) permettrait de ne plus lier l'assurance santé uniquement à l'emploi comme c'est le cas aujourd'hui, afin de ne pas condamner le chômeur à une double peine : perte de son emploi et perte de l'assurance santé pour toute sa famille !

 

Dès lors, l'obamacare oblige les ménages à souscrire une assurance santé (pour les plus pauvres MEDICAID), avec l'obligation pour les compagnies d'assurance de prendre en charge les personnes quel que soit leur état de santé. En effet, le bon fonctionnement de ce système repose sur un volume de cotisations suffisant pour faire face aux risques de santé des individus, comme je vais l'expliquer dans un exemple ci-après. 

 

Le but de ce billet n'est pas de faire un cours sur les objectifs de dépenses de l'assurance-maladie, encore moins d'analyser toutes les propositions avancées pour couper les dépenses, mais de pointer du doigt comment le risque de sélection adverse (également appelé antisélection) peut conduire à bloquer un tel marché de l'assurance santé privé. Pour ce faire, imaginons trois personnes cherchant à obtenir une couverture santé : Antoine, Bernadette et Cécile.

 

Chacune d'entre-elles a une idée du montant de ses dépenses de santé annuelle et se fixe un montant maximum pour la police d'assurance, c'est-à-dire un montant maximum qu'elle est prête à débourser pour se couvrir. 

 

Choix personnes-copie-1

Bien entendu, si Cécile est prête à payer 3 700 € de police pour des dépenses annuelles estimées à 3 500 €, c'est qu'elle doit se savoir malade (ou qu'elle a une aversion particulièrement maladive au risque...). Il est donc fort probable qu'elle n'en fera pas mention lors de la recherche d'un contrat d'assurance santé, ce qui constitue un risque pour la compagnie d'assurance.

 

C'est précisément ce risque lié à l'asymétrie d'informations entre l'assuré et l'assureur avant la signature du contrat que l'on appelle risque de sélection adverse ou antisélection.

 

Si l'on imagine à présent que la compagnie d'assurance est dans l'incapacité de discerner le niveau de risque réel de chaque assuré, elle sera alors contrainte de fixer la police d'assurance au moins à la valeur moyenne des dépenses estimées :

 

Prime-assurance.jpg

 

Mais à ce prix, Antoine et Bernadette ne voudront plus se couvrir auprès de la compagnie d'assurance. D'où l'obligation de monter encore le prix de la prime pour couvrir les assurés restants (ici uniquement Cécile), jusqu'au point où il ne restera plus que les assurés les plus risqués du point de vue de l'assureur, les autres préférant ne pas s'assurer car le prix leur semble trop élevé.

 

On comprend donc mieux pourquoi j'expliquais plus haut que le bon fonctionnement de l'obamacare reposait sur un volume de cotisation suffisant pour faire face aux risques de santé des individus : la mutualisation des risques doit permettre d'abaisser le montant de la prime à verser par les assurés.

 

Certes, cet exemple est assez simple et suppose que la compagnie d'assurance n'a aucun moyen de savoir l'état de santé réel de la personne à assurer, mais il a l'avantage de démontrer que des choix individuels rationnels peuvent conduire à une situation catastrophique au niveau de la population prise dans son ensemble. C'est bien le cas lorsque 47 millions de personnes dans un pays ne sont pas assurés contre le risque de tomber malade...

 

Dès lors, ne jetons pas trop vite nos assurances universelles en Europe, même si la très libérale Commission européenne semble pousser à la privatisation de l'assurance santé !

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://www.unof.org

Partager cet article

Repost0
1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 11:18

Croissance-portee.jpg

 

Après avoir défini ce qu'était la croissance dans ce billet, j'étais venu sur le plateau de TV Cristal pour donner quelques chiffres et éléments sur le sujet (voir ce billet). Cette semaine, je remets le couvert et j'analyse les conséquences réelles - ou espérées ! - d’une croissance forte sur le chômage, la pauvreté et les inégalités dans une émission de 27 minutes :

 

TV-Cristal-16-juin-2014.jpg

   

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]

 

Après avoir visionné cette vidéo, vous comprenez que la croissance ne se décrète pas et qu'elle nécessite un cadre favorable que nous n'avons pas actuellement. En effet, en plus des problèmes structurels que connaît l'économie française (stagnation de la productivité globale des facteurs, faiblesse des dépenses de recherche-développement, désindustrialisation, stagnation voire recul de l'investissement des entreprises, perte de capital humain suite au chômage élevé et de longue durée), les politiques d'austérité étouffent définitivement toute possibilité de croissance économique...

 

On ne s'étonnera donc pas que depuis peu les organisations syndicales de salariés et d’employeurs (autre que le MEDEF...) demandent en choeur la fin de l'austérité qui mine la demande. C'est le cas notamment dans les travaux publics où l'inquiétude est grande suite à la baisse de 12,5 milliards d’euros des dotations de l’État aux collectivités locales, qui achèvera de peser sur une demande atone et pourrait menacer 60 000 emplois.

 

Mais il est bien connu qu'on ne change pas une politique qui échoue, comme le prouve le report du vote à l'Assemblée du projet de budget rectificatif de la Sécurité sociale en raison de la (micro-)"fronde" d'un petit groupe de députés opposés à cette rigueur...

 

D'un côté le gouvernement français semble donc attendre une planche de salut de la part des institutions européennes - dont la BCE qui s'en va en guerre contre la déflation et l'Union bancaire dont l'objectif est d'éviter qu'une nouvelle crise bancaire ne se transforme en crise de la dette au sein de la zone euro -, de l'autre il pense résoudre les problèmes économiques structurels par la loi, après avoir fait le constat qu'en dessous de 1,5 % de taux de croissance il n'arriverait pas à diminuer le taux de chômage.

 

Voilà pourquoi le ministre de l'économie, Arnaud Montebourg, a évoqué pour l'automne une " grande loi sur la croissance et le pouvoir d'achat" dont on devrait en savoir plus le 10 juillet. Toujours est-il que, d'après ce qui a filtré, il serait question de réformer les mécanismes économiques, ce qui me laisse toujours songeur inquiet lorsqu'on se rappelle que pour le gouvernement réforme = cadeau aux entreprises. J'en veux pour preuve l'annonce faite avec tambours et trompettes du Pacte de responsabilité, alors même qu'il n'est pas certain que restaurer la compétitivité de nos entreprises débouchera sur des créations d’emplois.

 

Pire, selon le rapporteur général du Budget, Valérie Rabault, "le plan d’économies de 50 milliards d’euros proposé par le Gouvernement pour la période 2015 à 2017, soit une réduction des dépenses de plus de 2 points de PIB, aurait ainsi un impact négatif sur la croissance de 0,7 % par an en moyenne entre 2015 et 2017, et pourrait entraîner la suppression de 250 000 emplois à horizon 2017". Comme en contrepartie le Pacte de responsabilité devrait conduire à "rehausser l'activité de 0,6 point à horizon 2017 et créer 190 000 emplois", on en déduit que le gouvernement appuie toute sa politique économique sur un ensemble de mesures qui détruira plus d'emplois qu'il n'en crée !

 

Bien entendu (politique quand tu nous tiens...), le rapporteur cherche ensuite à tempérer ses propos en expliquant que les baisses d'impôts pour les ménages et de cotisations sociales pour les entreprises devraient limiter ces conséquences négatives, et elle en vient même à soutenir le gouvernement dans son choix de baisser les dépenses publiques. En langage clair cela signifie que le Pacte de responsabilité et de solidarité est une énorme bêtise mais qu'avec un peu de chance les rustines qu'on y ajoute rendront l'ensemble un peu moins récessif que prévu...

 

Et que dire de cette annonce du gouvernement, passée quasiment inaperçue dans les médias depuis que les yeux sont rivés sur des multimillionnaires qui travaillent (pensent ?) avec leurs pieds sur un terrain ? Selon Thierry Mandon, secrétaire d'État chargé de la Simplification (sic !), il s'agit de créer une nouvelle autorité indépendante composée de représentants d'entreprises, dont l'objet serait de rendre des avis contraignants sur les nouveaux textes de loi ! Pour le dire autrement, les représentants d'entreprises seraient chargés de la contre-expertise des textes de loi au risque d'alourdir encore davantage le processus législatif et de jeter encore plus de doute sur l'indépendance du Parlement...

 

En définitive, il est faux de croire que c'est uniquement à coup de lois que l'économie française renouera avec la croissance. Mais à l'opposé, il est important de noter qu'il est tout aussi faux de croire que la suppression de toutes les lois qui protègent les salariés permettrait de retrouver le chemin de la croissance. C'est malheureusement entre ces deux écueils que naviguent depuis des années les gouvernements successifs en France !

 

N.B : l'image de ce billet provient du site www.decideursenregion.fr


Partager cet article

Repost0
24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 10:04

Augmentation-salaire.jpg

 

Après avoir écrit sur le SMIC que certains souhaitent baisser, je vais m'intéresser dans ce billet au partage des revenus entre salariés et entreprises.

 

Quelques rappels pour commencer

 

La richesse créée par les agents économiques, appelée valeur ajoutée, est partagée entre ceux qui on participé directement ou indirectement à la production. Cela signifie que l'État, les salariés et les entreprises vont se partager ces revenus dits primaires : l'État perçoit des impôts sur la production (contribution économique territoriale, taxe foncière…), les salariés des salaires et les entreprises l’excédent brut d’exploitation (c'est-à-dire le profit). On appelle taux de marge le rapport excédent brut d'exploitation/Valeur ajoutée.

 

Pour simplifier, nous allons admettre que la valeur ajoutée se partage essentiellement entre l'entreprise et les salariés (entre le capital et le travail si on préfère). Pour être plus précis sur le partage entre travail et capital, il faudrait retirer de la valeur ajoutée brute ce qui n'est pas distribuable, comme les impôts sur la production et l'amortissement, postes qui ont sensiblement augmenté au cours du temps. On obtient alors un agrégat appelé valeur ajoutée nette au coût des facteurs. Mais le but n'étant pas de faire un cours de comptabilité nationale, cette approximation suffira donc pour les besoins de mon analyse...


On comprend donc que les profits sont étroitement liés à l'évolution du partage de la valeur ajoutée, de sorte qu'une diminution de la part des salaires dans la valeur ajoutée s'accompagne d'une augmentation de la part de l'excédent brut d'exploitation.

 

Le partage de la valeur ajoutée en France

 

Un graphique pour résumer l'évolution du partage de la valeur ajoutée en France :

 

Part de la rémunération des salariés et de l'excédent brut d'exploitation dans la valeur ajoutée brute
des sociétés non financières (en %)

 

partage_valeur_ajoutee.gif

 

[ Source :  Comptes nationaux annuels - Base 2000 - Secteurs institutionnels ]

 

La courbe en rouge sur le graphique montre l'évolution du taux de marge depuis 1949, donc la part des profits dans la valeur ajoutée créée par les entreprises. On constate que durant les Trente Glorieuses (1950 à 1974 pour faire simple), le taux de marge oscillait entre 25 % et 30 %, alors depuis les années 80, le partage de la valeur ajoutée s'est modifié en faveur des profits puisque le taux de marge augmente (le niveau étant toujours au-dessus de 30 %). 

 

La période comprise entre 1974 et 1982 est quant à elle très particulière, puisque les salariés avaient obtenu des hausses de rémunération 2,5 fois plus élevées que les gains de productivité réalisés, entraînant par conséquent une chute de la part des profits dans la valeur ajoutée.

 

Remarquons également que la relative stabilité de la part des salaires dans la valeur ajoutée ne donne aucune indication a priori sur l'évolution du salaire net, puisqu'il s'agit de salaires bruts, donc avec cotisations sociales. Une analyse plus fine montrerait alors que  cette stabilité relève pour l'essentiel de l’augmentation des cotisations sociales. Enfin, ce type de graphique est en quelque sorte l'arbre qui cache la forêt, puisqu'il ne "montre" pas les inégalités de salaires...

 

Le partage des revenus dans l'OCDE

 

Pour mémoire, si le salaire n'augmente pas au même rythme que sa productivité, alors il y a déformation du partage des revenus au détriment des salariés. Dès lors, on peut déduire du graphique ci-dessous que, depuis la fin des années 1990, le partage des revenus se déforme structurellement en faveur des entreprises, au détriment des salariés :

 

Partage-revenus-OCDE.jpg

[ Source : Natixis ]

 

Quelle est la conséquence d'une telle déformation du partage des revenus ?

 

Une telle déformation du partage des revenus au profit des entreprises et au détriment des salariés conduit à une baisse de la demande, et donc de la croissance. Pour le dire autrement, si le profit des entreprises augmente plus que ce qu'elles ont besoin pour investir (ce que l'on peut mesurer en première approche avec le taux d'autofinancement), alors la croissance en pâtit.

 

Quels facteurs ont empêché une chute de la demande momentanément ?

 

A défaut d'utiliser les politiques budgétaires (en raison d'un taux d'endettement public trop important, d'une volonté de ne pas le faire pour respecter des critères normatifs,...), les gouvernements de l’OCDE se sont rabattus sur des politiques monétaires expansionnistes lorsqu'ils le pouvaient. Cela s'est traduit par :

 

 * des taux d'intérêt bas qui ont soutenu le crédit avant la crise

 

Credits-emergents.jpg

[ Source : BNP Paribas ]

 

 * des injections de monnaie afin de créer des effets de richesse, c'est-à-dire une hausse de la demande tirée par une hausse du prix des actifs.

 

En définitive, tout le système économique reposait donc sur le crédit, avant la crise, et sur l'injection massive de liquidités par les Banques centrales depuis, avec tous les risques que cela comporte. Il n'y a pourtant qu'une manière de sortir par le haut de cette situation généralisée au sein des pays de l'OCDE : rééquilibrer le partage des revenus au profit des salariés, ce qui nécessite d'accroître le pouvoir de négociation des salariés dans les entreprises.

 

Je connais déjà la remarque que l'on va me faire : comment arriver à retrouver des marges de négociation dans un marché du travail si tendu et avec une concurrence internationale implacable ? C'est peut-être le moment de penser démondialisation plutôt que mondialisation, et donc d'imaginer une autre Europe...

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://aviva.unsa.org

Partager cet article

Repost0
17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 11:06

ancienne television

Selon un rapport de la Banque mondiale, la croissance économique de la Chine va ralentir ces prochaines années en raison principalement d'un changement de modèle économique.

 

Au même moment, confrontée à une croissance en berne et à un risque fort de déflation dans la zone euro, la BCE s'est aventurée en terre inconnue avec un cocktail composé (voir mon billet) d'une baisse de son principal taux directeur de 0,25 % à 0,15 %, d'un taux de dépôt négatif, de la fin de la stérilisation des capitaux et, plus surprenant, l'annonce de deux LTRO sur 4 ans, alors qu'en 2011 et 2012 les LTRO d'un total de 1 000 milliards d’euros (sic !) avaient seulement conduit à acheter de la dette publique des États membres...

 

Bref, la croissance mondiale restera faible comme le confirme le FMI dans son rapport  les perspectives économiques mondiale, qui anticipe 3,6 % de taux de croissance en 2014, contre 1,2 % dans la zone euro... Quant à la croissance au Royaume-Uni, dont on ne cesse de nous vanter le retour, j'ai montré dans ce billet qu'elle est essentiellement basée sur les effets de richesse qui ne peuvent être un moteur à long terme de l'économie.

 

Comme j'ai cherché à le montrer dans ce billet-ci ou dans celui-là, les facteurs ayant des conséquences négatives sur la croissance potentielle en France l'emportent largement sur les facteurs positifs : stagnation de la productivité globale des facteurs, faiblesse des dépenses de R&D (recherche-développement), désindustrialisation, stagnation voire recul de l'investissement des entreprises, perte de capital humain suite au chômage élevé et de longue durée. Par conséquent, la croissance économique de la France restera très basse les prochaines années.

 

C'est précisément pour comprendre ce qu'est la croissance et analyser les conséquences réelles - ou espérées ! - d’une croissance forte sur le chômage, la pauvreté et les inégalités, que j'ai été invité sur le plateau de TV Cristal pour deux émissions, dont voici la première de 27 minutes (la suivante sera diffusée lundi 30 juin 2014) :

 

TV-Cristal-16-juin-2014.jpg

   

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]


Partager cet article

Repost0

Archives