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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 16:40

Competitivite.jpg

 

Révolution : François Hollande vient d'annoncer clairement qu'il s'était converti au social-libéralisme ! Pourtant, la politique qu'il menait depuis le début de son mandat ne laissait guère de doutes à ce sujet, même si les mots employés n'étaient pas encore aussi explicites. Désormais, c'est dit et assumé : le gouvernement place l'entreprise au coeur de ses préoccupations.

 

 

Bien entendu, cela n'a pas manqué de provoquer la liesse dans les milieux patronaux, le président du MEDEF allant même jusqu'à revendiquer la paternité de ce pacte qu'il qualifiait lui de "pacte de confiance" en novembre dernier...

 

De plus, cet épisode démontre surtout que les mots n'ont plus de sens en politique et les chiffres non plus malheureusement, puisque lorsque Pierre Gattaz évoquait la création d'un million d'emplois en échange d'une baisse de 100 milliards d'euros des prélèvements sur les entreprises (sic !), Arnaud Montebourg monte la barre à 1,8 million d'emplois sur 5 ans !

 

Mais quel sont les tenants et aboutissants de ce pacte de responsabilité ? Commençons par évoquer la notion de compétitivité que le lecteur pourra aussi retrouver en détails dans mon livre, les grands débats économiques actuels.

 

La compétitivité

 

Pour une entreprise, la compétitivité est sa capacité à vendre durablement ses produits à un prix supérieur à ses coûts, en faisant face à la concurrence. La compétitivité peut être divisée en deux composantes :

 * la compétitivité-prix, qui repose sur l’évolution des prix domestiques comparée à l’évolution des prix dans les pays concurrents.

 * la compétitivité hors-prix, qui trouve son origine dans d’autres déterminants que le prix, comme par exemple l’innovation, la qualité, le niveau de gamme, etc.

 

Le pacte de responsabilité se focalise donc uniquement sur la première composante, c'est-à-dire les coûts.

 

Le pacte de responsabilité

 

Un petit schéma qui en dit plus qu'un long discours (cliquer sur l'image pour l'agrandir) :

 

Pacte-de-responsabilite.jpg 

 

[ Source : Le Parisien ]

 

Le pacte de responsabilité, comme le choc de compétitivité (ou de confiance) de Louis Gallois, consiste donc à diminuer les cotisations sociales employeurs - dans le cas présent, les cotisations familiales - dans le but de reconstituer les marges des entreprises et créer l'équivalent d'une dévaluation (voir mon billet sur les dévaluations internes), qui permettrait de relancer les exportations. Lorsque les États disposaient encore du pouvoir régalien de battre monnaie, c'était le taux de change qui était utilisé pour retrouver de la compétitivité-prix au travers d'une dévaluation.

 

En contrepartie de cette baisse des cotisations sociales patronales (que le patronat appelle, par un subtile glissement sémantique charges sociales), l'État attend des engagements chiffrés du patronat sur les questions d'embauches et de dialogue social, qui devront être définies au niveau national, puis déclinées par branche.

 

Comment sera financé ce pacte de responsabilité ?

 

Les cotisations familiales patronales, qui pèsent 35 milliards d'euros par an, doivent être supprimées d'ici à 2017, vraisemblablement de manière progressive à compter de 2015. Pour financer ces baisses de cotisations sociales, le gouvernement ne veut peut plus augmenter les impôts (le grand soir fiscal aurait-il déjà fait long feu ?) et coupera donc dans les dépenses publiques : 18 milliards d'euros en 2015 et 2016 et 17 milliards en 2017, après 15 milliards en 2014 !

 

Reste donc la question de l'avenir du crédit d'impôt compétitivité et emploi (CICE), qui constitue déjà 20 milliards de baisse du coût du travail sous forme de crédit d'impôt. Or, sans rentrer dans la technique comptable, tout le monde comprend que les entreprises ne seront pas toutes sur un pied d'égalité puisque les allégements de cotisations se calculent avant impôt sur les sociétés, le CICE par définition après.

 

En définitive, de nombreuses zones floues subsistent sur le financement du pacte, d'autant qu'il faut avoir à l'esprit que la hausse de TVA qui s'applique depuis le 1er janvier 2014 sert justement déjà à financer des transferts vers les entreprises comme le CICE.

 

Quelles seront les contreparties ?

 

Disons-le d'emblée : pour l'instant les contreparties restent très vagues et le président du MEDEF a clairement fait comprendre qu'il ne s'engagerait pas sur des chiffres précis, alors même qu'il avançait la possibilité de créer 1 million d'emplois... Bien entendu, le gouvernement se déclare vigilant mais avalera son chapeau comme pour la TVA dans la restauration. C'est ce qui ressort d'un sondage réalisé il y a quelques jours et qui montre que les sondés ne croient pas en ces créations d'emplois.

 

Pourtant le MEDEF va encore plus loin, puisqu'il pousse désormais son avantage jusqu'à demander au gouvernement des mesures supplémentaires :

 

 

Vous noterez que c'est généralement au moment où l'on parle de flexibilité et de compétitivité que la référence au sacro-saint modèle allemand réapparaît. Mais comme il se doit, on oublie la pauvreté qui a augmenté très vite Outre-Rhin en raison notamment des minijobs, ces emplois payés 400 euros par mois et qui font basculer les personnes de la trappe à inactivité vers la trappe à misère ! J'ose espérer que ce n'est pas vers un tel modèle trappe à misère laborieuse que l'on se destine...


Le pacte de responsabilité va-t-il régler tous les problèmes ?


Ce gouvernement, tout comme le précédent, n'a donc pas compris que dans l'industrie le problème est que nos entreprises ont des coûts trop élevés au vu du niveau de gamme des produits vendus. C'est donc le couple coût-niveau de gamme qu'il conviendrait d'analyser et non le seul coût salarial unitaire. Pour le dire autrement, c'est sur la compétitivité hors prix qu'il faut désormais se concentrer et pas seulement sur les coûts, sauf à vouloir se tiers-mondiser en baissant les salaires au niveau de ceux du Bangladesh.

 

De plus, que vaudra ce faible gain de compétitivité-coût si le prix de l’énergie flambe ou si l’euro s’apprécie ? En effet, il faut se souvenir que le coût du travail représente en moyenne entre 20 et 25 % du coût de production total. Ainsi, en mettant en regard le total des rémunérations versées par les entreprises - c'est-à-dire salaires nets + cotisations employés et patronales, soit environ 700 milliards d’euros en 2012 - et les cotisations patronales (170 milliards d'euros), le lecteur saisit rapidement qu'en supprimant toutes les cotisations familiales patronales (35 milliards d'euros), les entreprises gagneront en compétitivité quelque chose de l'ordre de 1 % ! Tout ça pour ça ? Au surplus, ces baisses de cotisations sociales profiteront à toutes les entreprises, même celles qui sont à l'abri de la concurrence internationale, alors que le gouvernement souhaitait viser essentiellement l'industrie avec le CICE il y a un an...

 

En outre, en passant quasi exclusivement à une politique de l'offre, le gouvernement en oublie qu'il a été élu pour mener également une politique de la demande ! De plus, les coupes prévues dans les dépenses publiques nous réservent d'ores et déjà une austérité sans précédent dans l'histoire économique de la France, qui nous plongera encore un peu plus dans la crise au moment où le dernier moteur de la croissance, la consommation, s'essouffle... Mais ça, le peuple ne l'a pas encore compris, puisqu'on les persuade dans les médias que les dépenses publiques sont stériles.

 

Il suffit pourtant de se souvenir, comme je l'expliquais dans ce billet, que près de la moitié de la dépense publique est versée aux ménages sous formes de prestations sociales en espèce ou en nature, ce qui contribue évidemment à soutenir leur consommation. Imaginez alors les dégâts que vont causer une baisse aussi massive des dépenses publiques sur 3 ou 4 ans ! D'où les idées de décentralisation, de fusion des régions et/ou départements, c'est-à-dire autant d'idées qui peuvent s'avérer intéressantes et pertinentes mais pas en période de crise économique, doublée d'une crise politique si on en croit ce sondage ainsi que celui-ci

 

Lorsque j'annonçais il y a quelques mois que la France était en train de faire son entrée dans la course à la déflation salariale et au moins-disant social, oubliant les leçons de l'histoire (déflation Laval en France, déflation Brüning en Allemagne), certains m'ont pris pour un fou et m'ont dit que jamais un gouvernement n'oserait faire cela en France. C'est pourtant bien ce qui se passe actuellement depuis que la compétitivité-prix et la reconsitution des marges ont été érigés en cause nationale par le président de la République ! Paul Krugman, Prix Nobel d'économie, voit rouge lui-aussi, au point de commettre un billet de blog incendiaire...

 

Pour finir, gardons à l'esprit que ceux qui invoquent la compétitivité de la France ne comprennent pas que notre nation n'est pas une entreprise. D'où la très pertinente définition de la compétitivité d'un pays fournie par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) : "la compétitivité est la capacité de la France à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants, et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale, dans un environnement de qualité. Elle peut s’apprécier par l’aptitude des territoires à maintenir et à attirer les activités, et par celle des entreprises à faire face à leurs concurrentes".

 

 

N.B 1 : l'image de ce billet provient d'un article du quotidien La Croix.

 

N.B 2 : en raison de cette actualité, la prochaine cafet'éco ce mercredi aura comme par hasard pour thème... la compétitivité et le pacte de responsabilité !

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 11:17

Le-chat-pauvres.jpg Dans son rapport annuel publié au mois de novembre dernier, le Secours catholique conclut à une augmentation continue de la pauvreté en France. L'INSEE, quant à elle, nous apprenait il y a quelques jours (information reprise notamment par Le Monde) que si l'Ile-de-France reste la région la plus prospère de France, une pauvreté très forte côtoie une richesse très importante; d'où une augmentation des inégalités : en 2011, l'écart entre les revenus déclarés des 10 % des ménages les plus riches et les 10 % les plus pauvres est de 7,5, alors qu'il était de 7,2 en 2004.

 

Qu'est-ce que la pauvreté ?

 

Disons-le d'emblée, il est très difficile de mesurer la pauvreté car il s'agit d'un phénomène multidimensionnel qui n'est pas uniquement lié à l'argent. En effet, l’insuffisance de ressources matérielles, l'incapacité de vivre décemment, l'exclusion, sont des facettes de la pauvreté.

 

C'est pourquoi, en 1984, l'Europe lorsqu'elle fonctionnait encore avait retenu comme définition qu'un pauvre est une personne dont "les ressources matérielles, culturelles et sociales sont si faibles qu’elles sont exclues des modes de vie minimaux acceptables dans l’État dans lequel elles vivent". C'est ce que l'on appelle aussi la pauvreté en conditions de vie. Une autre définition possible est de mesurer par exemple le nombre de bénéficiaires des minima sociaux (en 2011, près de 3,7 millions de personnes en France étaient allocataires de l’un des 10 minima sociaux).

 

En France, l'ONPES (Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale) a précisément été créé en 1998 pour "promouvoir la connaissance des phénomènes de pauvreté et d’exclusion". Il fait ainsi réaliser des travaux d’études, de recherche et d’évaluation sur des thèmes variés liés à cette problématique : exclusion, pauvreté subjective, conditions de vie, etc.

 

On voit par conséquent que la mesure de la pauvreté est tributaire de la définition retenue.

 

La pauvreté monétaire

 

La difficulté de mesurer toutes les dimensions de la pauvreté et un certain biais pour les questions d'argent ont dès lors conduit les États à retenir essentiellement l'approche monétaire. Ainsi, en France, nous utilisons une approche dite relative, c’est-à-dire liant la définition de la pauvreté au niveau de vie propre à la société considérée. Par conséquent, dans notre pays, une personne est considérée comme pauvre au sens monétaire, si son niveau de vie est inférieur à 60 % du revenu médian de la population. Le seuil de pauvreté pour une personne seule est ainsi actuellement fixé à 977 euros par mois.

 

Notons que d'autres pays, comme les États-Unis et le Canada, privilégient une approche absolue de la pauvreté monétaire fondée sur des normes de consommation minimales. Selon cette approche, le seuil de pauvreté est alors fixé en fonction de la valeur d'un panier de biens alimentaires et non alimentaires nécessaires à la survie quotidienne. On en déduit que, suivant cette définition, en 2009, un Américain vivant seul avec un revenu inférieur à 10 850 $ est considéré comme pauvre.

 

Combien y a-t-il de pauvres en France ?

 

Selon Patrick Balkany aucun, comme en témoigne cette vidéo réalisée par les Yes men :

 

 

Plus sérieusement, selon l'INSEE, en 2011, la France compte 8,7 millions de personnes pauvres (soit 14,3 % de la population !), si l’on fixe le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian. Mais le tableau ci-dessous montre combien les chiffres peuvent varier selon le seuil retenu.

 

Évolution du nombre de personnes pauvres

 

taux-de-pauvrete-INSEE.jpg

[ Source : INSEE ]

 

Quoi qu'il en soit, après avoir baissé des années 1970 au milieu des années 1990, la pauvreté est restée plutôt stable jusqu’au milieu des années 2000, avant de repartir à la hausse depuis et de connaître une nette accélération depuis la crise de 2008. Les chiffres sont désormais affolants, que l'on s'intéresse aux personnes ou aux ménages (voir ci-dessous) !

 

Évolution du nombre de ménages pauvres

 

Menages-pauvres-INSEE.jpg

 

[ Source : INSEE ]

 

La situation en Europe

 

Un graphique vaut plus que de longs discours :

 

Pauvrete-Europe.jpg

[ Source : RTL ]

 

La lutte contre la pauvreté en France

 

La pauvreté n'est pas uniformément répartie sur le territoire, comme le montre cette carte de la DATAR :

 

Pauvreté par département

Carte_tx_pauvrete_2009-01.png

 

[ Source : DATAR ]

 

Le gouvernement cherche dès lors à faire face à cette inégalité territoriale au travers de la politique de la ville. Celle-ci vient d'ailleurs d'être modifiée afin de concentrer ces aides là où se situent les plus pauvres. Il s'agira en pratique de créer de nouvelles zones prioritaires sur la base de la pauvreté monétaire des ménages, car aujourd'hui c'est plus de 2 492 contrats urbains de cohésion sociale (CUCS) et 751 zones urbaines sensibles (ZUS) qui coexistent sur tout le territoire !

 

Quant aux minima sociaux, s'ils permettent d'empêcher que l'édifice ne s'effondre, ils deviennent de plus en plus inopérants pour résorber la pauvreté face à une crise économique et sociale longue. Ainsi, selon cette étude du CEE, le revenu de solidarité active (RSA), entré en vigueur le 1er juin 2009 en remplacement du RMI et de l’API, a échoué à réduire significativement la pauvreté.

 

Mais le plus terrible est que, contrairement à ce que certains pensent, les pauvres ne sont pas tous sans emploi, bien au contraire ! Il existe ainsi ce que l'on appelle les travailleurs pauvres, c'est-à-dire des personnes qui ont un emploi, font l'effort de travailler souvent dur, et qui n'arrive pas à gagner correctement leur vie.

 

Qu'une prétendue démocratie, qui place le travail comme valeur suprême, puisse accepter qu'une personne travaille et soit pauvre, n'est-ce pas tout à la fois une honte et un échec patent de la politique (économique) ? C'est aussi un avertissement pour les politiques qui rêvent de copier le modèle allemand des minijobs, ces emplois payés 400 euros par mois et qui font basculer les personnes de la trappe à inactivité vers la trappe à misère !


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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 11:13

Union-bancaire.jpg

 

Si vous aimez les bobards bonnes nouvelles de début/fin d'année, alors vous avez dû être ravi d'apprendre qu'un accord avait été trouvé sur l'Union bancaire européenne. Petit florilège :

 

 * "Le dernier pilier de l'union bancaire a été construit", Wolfgang Schäuble

 

 * "C'est un moment très important dans l'histoire de l'Union européenne", Pierre Moscovici 

 

 

Précisons d'emblée que cet accord doit encore être approuvé d'ici le mois de mai par le Parlement européen, ce qui augure encore de beaux moments épiques puisque même Martin Schulz, le président du Parlement européen, estime qu'en l'état cet accord est "la plus grosse erreur jamais commise dans la lutte contre la crise".

 

De quoi s'agit-il ?

 

Lors du sommet européen des 28 et 29 juin 2012, il fut décidé de créer un superviseur bancaire pour les quelques 6 000 banques de la zone euro, sous l'égide de la Banque Centrale Européenne (BCE). Le désaccord portait sur le nombre de banques à superviser : l'Allemagne voulait que seules les grandes banques systémiques soient concernées (les Landesbanken, les banques régionales allemandes, en seraient donc exclues) alors que la France désirait qu'elles soient toutes concernées.

 

La mise en place de ce superviseur bancaire est la condition sine qua non d'une recapitalisation directe des banques par le Mécanisme européen de stabilité (MES), c'est-à-dire le moyen de rompre le lien entre sauvetage des banques et endettement public des États.

 

L'objectif est donc d'éviter qu'une nouvelle crise bancaire ne se transforme en crise de la dette au sein de la zone euro, suivant le modèle désormais bien connu : les banques vont mal; elles appellent l'État à l'aide; ce dernier s'endette pour leur prêter des fonds; tous les contribuables paient in fine pour renflouer les banques.

L'objectif est d'éviter qu'une nouvelle crise bancaire ne se transforme en crise de la dette au sein de la zone euro, c'est-à-dire que les Etats - donc les contribuables - ne paient pour renflouer des banques en faillite.

 

MUS-MUR.jpg

 

[ Source : Courrier International

 

Voyons donc plus en détail les deux mécanismes prévus par cet accord : le mécanisme unique de supervision, placé sous l'autorité de la BCE, et le mécanisme unique de résolution.

 

Le mécanisme unique de supervision (MUS, SSM en anglais)

 

En l'état actuel de l'accord, seuls 130 établissements bancaires seront concernés, soit 85 % de l’actif bancaire de l’UE (au passage, cela montre combien le système bancaire est encore beaucoup trop concentré). Mais le superviseur est autorisé à assurer directement un contrôle sur les autres banques, s'il considère qu'elles ont des difficultés financières.

Le conseil de supervision sera dirigé par un haut fonctionnaire français, Danièle Nouy. Pour assoir sa crédibilité, le superviseur unique s'est lancé dans une recension des actifs bancaires européens (Asset Quality Review, AQR), afin de connaître précisément la situation financière des banques qui seront sous son autorité et redonner confiance aux investisseurs.

 

Le mécanisme unique de résolution (MUR, SRM en anglais)

 

Il s'agissait de fixer des règles de renflouement des établissements bancaires en difficulté et de prévoir la liquidation d'une banque insolvable. N'oublions pas que les aides publiques déboursées au secteur bancaire en zone Euro ont totalisé 1 130 milliards d'euros entre 2008 et 2011 :

 

Aides-aux-banques.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

En pratique, un Conseil de Résolution Unique (CRU) pilotera le SRM, c'est-à-dire qu'il décidera soit de liquider une banque soit de la renflouer, selon le calendrier suivant :

 

SRM2.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

Rappelons que les règles de renflouement sont désormais les suivantes (accrochez-vous, les termes officiels sont un peu technique) : le Fonds de résolution ne pourra pas être utilisé  avant que 8 % du passif de la banque ait fait l’objet d’un bail-in. Par ailleurs, l’intervention du Fonds ne pourra être supérieure à 5 % du passif de la banque.

 

Très bien, mais ça veut dire quoi en clair ? Et bien simplement que lorsqu'une banque sera en faillite, les premiers à mettre au pot seront les actionnaires et les prêteurs (d'où le nom de bail-in), qui devront couvrir au minimum 8 % des pertes de la banque. Si cela ne suffit pas, il sera possible de faire appel à des fonds nationaux de résolution, abondés par le secteur bancaire. Enfin, les ménages et les PME seront protégés puisqu'il a été confirmé que leurs dépôts seront garantis à hauteur de 100 000 euros.

 

Un exemple de renflouement par le SRM

 

Pour que le lecteur comprenne bien les règles de renflouement énoncées ci-dessus, voici un exemple concret. Supposons qu'une banque, dont le total de bilan est de 200 milliards d'euros, est en difficulté. Le SRM vient à son secours suite à une perte de 26 milliards d'euros. Comment vont se décomposer les aides ? Réponse sur le schéma suivant :

 

Bail-in.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

Un accord dicté par l'Allemagne ?

 

Les équipes de recherche de Natixis avaient synthétisé les deux grands scénarios (cliquer sur le tableau pour l'agrandir) : scénario de Michel Barnier à la Commission européenne vs scénario allemand :

 

Tableau-SRM.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

A votre avis, et d'après ce que j'ai décrit plus haut, quel scénario l'a emporté ? Voilà pourquoi Michel Barnier ne pouvait contenir une certaine forme de déception, car les intérêts nationaux l'ont à nouveau emporté sur le grand projet européen...

 

La zone euro est-elle sauvée ?

 

Il n'aura pas échappé au lecteur que bien le Fonds de résolution soit unique, il reste compartimenté jusqu'en 2025. Cela signifie que chaque États disposera de son propre compartiment propre alimenté par ses banques domestiques. La mutualisation tant attendue du risque bancaire a donc fait long feu et un recours direct au MES est donc exclu jusqu'à cette date. Bref, en attendant 2025, c'est toujours chacun pour soi si une banque fait faillite.

 

Il faut par conséquent espérer qu'il n'y ait pas de crise bancaire avant 2025... D'où l'embarras de la BCE, et en particulier de Jean-Claude Trichet son ancien gouverneur, qui se demande bien quels pourront-être les filets de sécurité (backstops en anglais) qui seront mobilisés en cas de crise bancaire.

 

Du reste, le montant du fonds de résolution (environ 55 milliards d'euros) n'est qu'une goutte d'eau lorsqu'on sait que le total du bilan du Crédit Agricole avoisine les 2 000 milliards d'euros, c'est-à-dire 100 % du PIB français ! Il faut ainsi garder à l'esprit que le sauvetage des banques espagnoles avait mobilisé à lui seul 40 milliards d’euros en 2012 !

 

En fin de compte, il y a fort à parier que si une catastrophe bancaire arrivait, les États seraient à nouveau obligés de s'endetter pour sauver ses banques. Sauf que cette fois les États ne disposent plus de marges de manoeuvre suffisantes...

 

 

En définitive, cet accord sur l'Union bancaire est une usine à gaz qui passe à côté des vrais problèmes. En effet, en plus de devoir attendre 2025 pour que le mécanisme fonctionne à plein, celui-ci est tellement complexe qu'il lui sera difficile de rétablir la confiance dans le système bancaire européen. Le pire est que l'accord trouvé ne brise même pas le lien entre sauvetage des banques et endettement des États, qui était pourtant le point de départ de l'Union bancaire...

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site Presseurope.

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 13:41

crystal-ball.jpg

 

Disons-le d'emblée : je ne possède aucun pouvoir paranormal et je n'ai pas eu de boule de cristal comme cadeau à Noël. Néanmoins, avec une bonne dose de réalisme et une petite cuillérée de connaissances des mécanismes économiques, on peut avancer quelques pistes... Si vous êtes pressé, un résumé se trouve en fin d'article !

 

 *  la France se lance à corps perdant perdu dans l'austérité (et le revendique de surcroît !), alors même que l'inefficacité de ces politiques économiques est démontrée dans le cadre européen. Ainsi, le ministre de l'économie, Pierre Moscovici, avait annoncé lors d’une réunion de l'Eurogroupe que la France prendrait toutes les mesures nécessaires pour tenir l’objectif de réduction du déficit public à 3 % du PIB en 2015. Or, ces politiques d'austérité, en plus d'empêcher la reprise de la croissance, pèseront par conséquent très lourdement sur l'emploi et les salaires en 2014.

 

 * après le psychodrame de l'écotaxe, le gouvernement a annoncé sa volonté de remettre à plat toute la fiscalité du pays. Mais je crains qu'en fait de Grand Soir fiscal en 2014, nous n'assistions qu'à une temporisation qui débouchera encore une fois sur le néant sur une poursuite des politiques d'austérité, d'autant que l'exécutif semble viser une réforme sur 10 ans !

 

 * dans le climat économique anémié que nous connaissons en Europe, la déflation va continuer à menacer d'autant que la BCE n'a que très peu réagi, c'est un euphémisme, à la baisse marquée de l'inflation depuis mi-2012. Pour augmenter les anticipations inflationnistes, il ne restera donc plus à la BCE que des politiques monétaires non conventionnelles en 2014 (quantitative easing, taux directeurs négatifs, etc.), mais là elle risque fort de se heurter frontalement au mur du refus allemand...

 

 * certains pays européens n'ont plus aucune chance de sortir par le haut du marasme économique, en raison de la dévaluation interne que la Troïka leur administre. Il en va ainsi du Portugal, de la Grèce et même de l'Espagne, pays dont les populations ont déjà tellement fait les frais de ces politiques qu'on risque fort de voir se multiplier les mouvements sociaux d'ampleur en 2014 (comme au Portugal).

 

 * 2014 ne sera pas l'année de la fin des paradis fiscaux, fin annoncée du reste très souvent depuis le G20 de Londres en 2009... En effet, même si on note des avancées sérieuses dans la lutte depuis le Conseil européen de mai 2013 et du G8 un mois plus tard, je ne vois pas comment on arrivera à lutter contre la fuite des capitaux vers Singapour dans un système de libre-échange généralisé.

 

 * la situation des chômeurs de plus de 50 ans et des jeunes devient tout simplement catastrophique : si le chômage des jeunes est en très nette progression depuis la crise (+ 50 % pour les moins de 25 ans), le chômage des plus de 50 ans a quant à lui doublé en 5 ans ! Je ne vois pas comment le gouvernement pourrait inverser la tendance en 2014, si ce n'est par des artifices statistiques (emplois aidés, découragement des chômeurs face à un marché du travail bloqué et d'un service public à l'emploi qui n'a rien à leur proposer de concret, croissance plus faible de la population active,...).

 

 * la croissance dans le monde sera plus faible en 2014 qu'espérée, en raison de la crise qui a secoué les pays émergents et de l'impossibilité de la zone euro de s'extirper de l'ornière. Pour ce qui concerne la France, à partir de la tendance de la productivité par tête et de la croissance future de la population active, on déduit que la croissance potentielle sera faible les prochaines années.

 

 * les États-Unis devront bien un jour s'occuper de la question de l'abreuvoir à liquidités financières, qui a rendu la taille des flux de capitaux internationaux préoccupante. Cet argent, loin de servir l'économie réelle, sert surtout à la spéculation internationale, ce qui a en retour des conséquences négatives sur les fluctuations des taux de change. De plus, cette politique monétaire, en faisant augmenter les prix des actifs, crée un risque de retournement des prix si elle devait s'arrêter. Le 31 décembre 2014, Janet Yellen succèdera à Ben Bernanke à la tête de la Fed et sera très attendue (et entendue !) sur cette question puisque la Fed a déjà réduit ses achats d'actifs de 85 milliards de dollars par mois à 75 !

 

 * toujours aux États-Unis, après le shutdown de fin 2013, rien n'est vraiment réglé pour 2014. Tout au plus, y a-t-il eu un accord de marchands de tapis entre républicains et démocrates pour sauver la face, c'est-à-dire relancer l'administration fédérale et relever le plafond de la dette publique... jusqu'en février 2014 !

 

Enfin, comme l'explique Nassim Nicholas Taleb, nous ne sommes jamais à l'abri d'un "cygne noir", c'est-à-dire un événement très rare mais qui aurait des conséquences majeures. On pense par exemple à une faillite bancaire ou un défaut d'un pays (est-ce encore un événement rare ?), dont la fréquence d'occurrence est systématiquement sous-estimée comme en témoigne les stress tests que vont subir les banques européennes en 2014 et qui ne prévoient pas de telles hypothèses. Je vous réserve d'ailleurs un billet assez complet sur l'Union bancaire en janvier...

 

En résumé, 2014 sera une année de faible croissance et de mouvements sociaux dans de nombreux pays où la population est excédée par les politiques d'austérité. L'Europe devra lutter contre les pressions déflationnistes et l'insolvabilité de certains États membres de la zone euro. En France, on s'achemine vers une poursuite des politiques de rigueur (avec notamment une hausse de la TVA et autres transferts vers les entreprises), un chômage à haut niveau, une hausse des inégalités, et de nombreux mouvements sociaux.

 

Je sais ce n'est guère réjouissant mais au moins ça a le mérite d'être réaliste, contrairement aux prévisions de croissance du gouvernement et aux promesses d'inverser la courbe du chômage !

 

Sur ce, je tiens à remercier tous mes lecteurs pour leur fidélité et vous présente, malgré la crise qui n'en finit pas, mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année 2014 ! Merci pour vos commentaires, liens et encouragements qui me touchent...

 

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 13:30

crisebox-pole-emploi-golem13-2.jpg

Pour ceux qui ne l'avaient pas encore remarqué, la crise n'est toujours pas finie malgré les incantations de nos chefs politiques ! Comment pourrait-il d'ailleurs en être autrement, puisque les orientations politico-économiques qui ont conduit à la crise en 2007 n'ont été modifiées qu'à la marge ? Or, comme le disait Albert Einstein, "on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré"...

 

J'avais ainsi expliqué dans ce billet, que le Pacte de croissance contenu dans le TSCG ne ressemble d'ores et déjà plus qu'à un cautère sur une jambe de bois, puisque qu'il n'y a aucune remise en cause des politiques néolibérales prônées par le TSCG. Quant à l'Union bancaire, dont j'aurai l'occasion de parler plus en détail dans un billet au mois de janvier, personne n'est dupe qu'elle ne sera pas à la hauteur de ses ambitions, ne serait-ce que parce qu'elle est devenue une usine à gaz qui mettra 10 ans à fonctionner effectivement...

 

Et en contrepoint de ces laborieux développements européens, la France se lance à corps perdant perdu dans l'austérité, alors même que l'inefficacité de ces politiques économiques est démontrée dans le cadre européen.

 

Je l'avais expliqué notamment dans un article publié par le Républicain Lorrain, dans lequel je m'exprimais sur ce sujet (vous pouvez le trouver à la fin de ce billet), mais aussi dans mon livre publié à compte d'auteur, la grande saignée économique (67 pages, sans mathématiques ni graphiques). Bien entendu, j'ai aussi évoqué les tenants et aboutissants de cette rigueur dans de nombreux billets de mon blog et lors de mes conférences.

 

La conclusion essentielle de mon analyse, que nous sommes de plus en plus nombreux à partager, est que les politiques d'austérité en plus d'empêcher le reprise de la croissance, pèsent très lourdement sur l'emploi et les salaires. Rien d'étonnant donc à ce que le chômage continue sa progression un peu partout en Europe, et en particulier en France où il faut désormais compter sur un dysfonctionnement des serveurs téléphoniques pour espérer voir les chiffres du chômage baisser...

 

Les conséquences se font du reste sentir même en cette période de fêtes, puisque selon la dernière étude de Deloitte France pour Noël 2013, pour la première fois depuis 2010 les Français prévoient de dépenser moins à Noël.

 

Budget-Noel-Deloitte.jpg

 

[ Source : Deloitte - Étude de Noël 2013 ]

 

Encore plus symptomatique, un sondage réalisé par Ipsos pour Ca Com et LSA conclut qu'environ un tiers des sondés envisagent de faire leurs emplettes de cadeaux de Noël en janvier pour pouvoir faire des économies !

 

Bref, les Français ont les deux pieds dans la crise et la situation s'aggrave. Mais fort heureusement, selon un vieux principe bien connu des Shadoks, on ne change pas une stratégie économique qui perd... puisqu'elle pourrait peut-être un jour fonctionner ! Pour le dire autrement, tout va très bien Madame la Marquise :

 

 

Et pourtant des solutions existent, mais elles nécessitent assurément du courage pour les mettre en oeuvre... Sur ce, même si nous sommes en pleine crise, je vous souhaite un joyeux Noël !

 

 

noel.gif

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://golem13.fr

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 11:04

Travail et culture

 

Si vous préparez le concours commun d'entrée aux IEP, alors en complément de mon dernier livre, les grands débats économiques actuels, je vous conseille cet ouvrage collectif auquel j'ai participé. Composé de 576 pages, il permet une préparation efficace à l'épreuve - redoutable et redoutée ! - de questions contemporaines du concours (durée : 3h, coefficient 3, dissertation sur un sujet à choisir parmi deux), dont les thèmes pour 2014 sont le travail et la culture.

 

Rappelons que celle-ci évalue la connaissance, la capacité à analyser et à argumenter sur les grands thèmes et débats inscrits dans l'actualité des années récentes. Le candidat doit dès lors mobiliser une palette de savoirs variés : économie, histoire, science politique, géographie, philosophie, actualité des sciences et techniques..., pour traiter des grandes problématiques actuelles.

 

Dans cette perspective, nous avons été nombreux (enseignants en classes préparatoires, responsables de formation IEP et universitaires spécialistes du thème) à nous réunir pour concevoir des dissertations et fiches de lecture/synthèse pour une préparation optimale des candidats à l'épreuve. Pour ma part, j'ai proposé une fiche intitulée Mesures et évaluations du facteur travail, qui présente les notions de capital humain, coût salarial, productivité et progrès technique.

 

Ce livre peut être utilement complété par les autres ouvrages de la même collection et par l'un de mes deux livres,  les grands mécanismes de l'économie en clair et les grands débats économiques actuels, toujours aux éditions Ellipses.

 

Cet ouvrage de préparation au concours IEP peut être acheté dans quasiment toutes les librairies, en particulier celles en ligne (dont voici quelques liens) :

 

Amazon I Ellipses I Fnac I Decitre Joseph Gibert I Chapitre

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 11:22

TV8-novembre-2013-2-copie-1.png

 

Vous cherchez un cadeau intelligent pour Noël ? Alors pensez à mon dernier livre, les grands débats économiques actuels ! Il vous permettra de préparer un concours, de compléter vos notes de cours ou tout simplement de vous instruire en économie et d'en comprendre le fonctionnement (ce qui est déjà bien par les temps que nous vivons...).

 

A ce propos, la chaîne de télévision locale TV8 vient justement de diffuser une émission à laquelle j'étais invité pour évoquer tout à la fois la parution de mon livre et la situation économique en France. C'est à voir sur le site de TV8, en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

TV8-novembre-2013-copie-1.jpg

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV8 ]

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 11:39

Chute-des-prix.jpg

Pendant que le gouvernement se lance dans une remise à plat de toute la fiscalité du pays (voir mon précédent billet à ce sujet), l'attention s'est détournée d'un grand danger qui menace la zone euro : la déflation. Pourtant, par certains aspects, la déflation peut être bien pire que l'inflation, d'autant que l'on ne dispose pas de beaucoup de moyens pour lutter contre ce phénomène...

 

Mon billet est un peu long, mais il me semble utile au vu de la situation. C'est pourquoi, j'ai également décidé de traiter ce sujet lors de ma prochaine leçon d'initiation à l'économie à Forbach, cours grand public auquel il est toujours encore possible de s'inscrire pour le 1er ou le 2e semestre.

 

Commençons par quelques rappels préliminaires.

 

Qu'est-ce que l'inflation ?

 

L'inflation est une augmentation générale et durable des prix, que l'on évalue en utilisant l'indice des prix à la consommation (IPC). Il est cependant à noter que cet indice néglige certains aspects du phénomène inflationniste, l'inflation couvrant un champ plus large que celui de la consommation des ménages. Néanmoins, c'est l'IPC qui est utilisé pour indexer de nombreux contrats privés et le SMIC.

 

Le phénomène contraire de l'inflation est la déflation, c'est-à-dire une diminution générale et durable des prix (certains parlent également d'inflation négative). Au reste, il ne faut pas confondre la déflation avec la désinflation, qui est un ralentissement du rythme de l'inflation.

 

Quelle est la situation actuelle sur le front de l'inflation ?

 

Selon l'INSEE, en octobre 2013, l’indice des prix à la consommation (IPC) en France a baissé de 0,1 %, soit une hausse d'à peine 0,6 % sur un an. Hors tabac, l’IPC baisse également de 0,1 % en octobre 2013 et croît de 0,5 % sur un an. L’indice d'inflation sous-jacente (ISJ) progresse de 0,7 % sur un an.

 

Glissements annuels de l'indice des prix à la consommation (IPC) et de l'inflation sous-jacente (ISJ)

Inflation-octobre-2013.png

[ Source : INSEE  - indice des prix à la consommation ]

 

Rappelons que l'indice d'inflation sous-jacente (ISJ) traduit l'évolution profonde des coûts de production et la confrontation de l'offre et de la demande, puisqu'il exclut les prix soumis à l'intervention de l'État (électricité, tabac, gaz,...) et les produits à prix volatils (produits pétroliers, produits frais, produits laitiers, viandes, fleurs et plantes,...

 

Au niveau de la zone euro, la situation est sensiblement la même :

 

CPI-zone-euro.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

Au reste, l’inflation anticipée sur les marchés financiers (appelée swap d'inflation) est elle aussi en baisse pour la zone euro. Cette situation de recul prononcé de l'inflation résulte tout à la fois du niveau élevé du chômage, du faible niveau du taux d’utilisation des capacités de production et de toutes les politiques d'austérité qui ont contribué à faire reculer salaires et coût salariaux dans la zone euro.

   

L'inflation est-elle un danger ?

 

Dans l'inconscient collectif, toute hausse des prix est toujours vue comme mauvaise et réciproquement. Il suffit en effet de penser à l'hyperinflation au Zimbabwe pour comprendre les dangers d'une inflation non maîtrisée :


 * les épargnants à taux fixe voient leur épargne grignotée par l'inflation

 

 * les salariés qui n’ont pas de clause d’indexation de leur salaire perdent du pouvoir d'achat. 

 

 * la structure des prix relatifs est perturbée. Cela se traduit en pratique par des incertitudes sur le signal envoyé au client par le prix : si les prix varient 3 fois par jour au gré des hausses de prix, comment savoir si ce que je paye vaut vraiment cette somme ? Cela finira à terme par bloquer toute transaction.

 

 *en cas de taux de change fixe de la monnaie, un taux d’inflation plus élevé que les partenaires commerciaux provoque une perte de compétitivité du pays.

 

Est-ce à dire que la déflation serait préférable ?

 

Ce recul de l’inflation, s'il permet en effet de redonner provisoirement un peu de pouvoir d'achat aux ménages, fait malheureusement aussi monter les taux d’intérêt réels à long terme de la zone euro. Les taux d'intérêt réels deviennent alors supérieurs à la croissance en volume de la zone euro, ce qui alourdit l'endettement - notamment public - et réduit encore un peu plus l'activité en Europe :

 croissance-taux-interet.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

Si l'inflation devait carrément devenir négative, la situation serait encore pire. En effet, la déflation est un grand danger, puisque sous couvert de n'être dans l'opinion publique qu'une simple baisse des prix, elle conduit en fait à un alourdissement de l'endettement réel, qui mène à l'augmentation des défauts d'emprunteurs et à des faillites bancaires. De plus, les consommateurs préfèrent différer leurs achats en espérant que leur pouvoir d'achat augmentera encore un peu plus. Ce mécanisme déflationniste est à l'oeuvre au japon depuis la fin des années 1990, d'où la possibilité d'en étudier les graves conséquences...

 

Mais couplée à une réduction de l'offre de crédit et à des faillites d'entreprises, la déflation devient aussi auto-entretenue et plonge alors un pays dans une crise durable - à l'échelle de la zone euro ce serait une dépression ! -, dont il devient difficile de sortir par des politiques économiques et monétaires conventionnelles...

 

Spirale-deflation.jpg

 

[ Source : Rue89 ]

 

Pour l'instant, techniquement nous ne sommes pas en déflation au sein de la zone euro puisque l'inflation reste positive. Néanmoins, certains économistes font remarquer à juste titre que lorsque les taux nominaux ne suivent pas la baisse des prix, comme c'est le cas actuellement dans la zone euro, alors l'économie est déjà entrée en déflation.

 

Que font les Banques centrales ?

 

La plupart des Banques centrales ont pour objectif (pas forcément unique du reste) la stabilité des prix. C'est le cas de la Banque centrale européenne (BCE), qui traduit cela par l'objectif chiffré suivant : maintenir l'inflation au-dessous, mais à un niveau proche, de 2 %, sur le moyen terme.

 

Ainsi, les Banques centrales ont appris à durcir très vite la politique monétaire au moindre signe d'inflation anticipée - dans le jargon économique, on parle de politique monétaire préemptive -, afin d'éviter de devoir mener une politique monétaire très restrictive (forte hausse des taux d’intérêt) qui risque de conduire à une récession. C'est ce que montre le graphique ci-dessous où l'on voit le taux directeur de la BCE (taux repo) et le taux d'inflation (CPI) :

 

politique-preemptive.jpg

[ Source : Natixis ]

 

En revanche, la BCE n'a que très peu réagi, c'est un euphémisme, à la baisse marquée de l'inflation depuis mi-2012. Au contraire, elle a laissé la base monétaire de la zone euro se contracter et l’euro s’apprécier :

 

Taux de change euro-dollar

 

Euro-dollar-novembre-2013.jpg

[ Source : Bloomberg ]

 

Or ceci, en plus d'être défavorable aux exportateurs, conduit également à une baisse de l'inflation en raison de la baisse du prix des importations...

 

Faire remonter les anticipations d'inflation, et dans un deuxième temps l'inflation elle-même, va donc devenir difficile surtout que les marges sur les taux directeurs de la BCE sont devenues très faibles, le taux principal étant déjà à 0,25 %. C'est d'ailleurs en baissant ce taux de 0,25 points, que la BCE a explicitement fait comprendre qu'elle prenait toute la mesure du risque déflationniste.

 

Mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas ? Certes, mais avec un crédit bancaire qui ne redémarre pas dans la zone euro, une baisse des taux ne risque pas de se transmettre à l'économie réelle. Pour augmenter les anticipations inflationnistes, il ne restera donc plus à la BCE que des politiques monétaires non conventionnelles (quantitative easing, taux directeurs négatifs, etc.), mais là elle risque fort de se heurter frontalement au mur du refus allemand...

 

N.B : l'image de billet provient du blog alsacalor

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 12:37

Fiscalite.jpg 

Après le psychodrame de l'écotaxe, le gouvernement vient d'annoncer sa volonté de remettre à plat toute la fiscalité du pays, au moment où l'exécutif est au plus bas dans les sondages. D'où certainement la tempérance des propos du président de la République qui, en marge d'un voyage à Rome, annonçait que ce grand soir fiscal prendrait "le temps du quinquennat"...

 

Dans ce billet, je vous propose de dresser un rapide tableau de l'impôt sur le revenu, puis de voir en quoi la fiscalité est "injuste" en France. Pour finir, nous chercherons à savoir quelle réforme est envisageable. Pour les lecteurs intéressés par les hausses d'impôt et plus généralement par la question est-on trop taxé en France ?, je les invite à lire ou relire ce billet que j'avais écrit il y a quelques temps sur le sujet (courbe de Laffer, dépenses publiques,...) et qui fait écho au chapitre 13 de mon dernier livre, les grands débats économiques actuels

 

Qui paie l'impôt sur le revenu ?

 

Un graphique pour résumer la situation (cliquer sur l'image pour l'agrandir) :

 

IR.jpg

[ Source : Les Échos ]

 

Ainsi, bon an mal an, on compte environ 36 millions de foyers fiscaux dont la moitié qui paye l'impôt sur le revenu.

 

La fiscalité est-elle "juste" en France ?

 

Plutôt qu'un long discours, il suffit encore une fois de regarder ce graphique issu d'une étude réalisée par Thomas Piketty et son équipe, qui montre le taux global d'imposition, en incluant tous les prélèvements, selon le niveau de revenus :

 

Piketty.jpg

[ Source : Alternatives économiques ]

 

La fiscalité en France est donc loin d'être juste, puisqu'elle est faiblement progressive jusqu’au niveau des classes moyennes (au fait, qu'est-ce qu'une classe moyenne de nos jours ?) et devient régressive au niveau des classes les plus riches.

 

La fiscalité française souffre donc essentiellement de trois maux :

 

 * une très grande complexité : cela se traduit en pratique par le mécontentement des foyers fiscaux qui ne comprennent pas pourquoi leurs impôts augmentent, d'autant qu'il semble que Bercy soit également à la peine pour l'expliquer simplement.

 

 * une absence de transparence : qui paie quoi et pourquoi ? En voilà des questions qui restent sans réponses pour nombre de citoyens !

 

 * la régressivité de l'impôt sur le revenu (IR) : alors qu'il devrait compenser le caractère régressif des impôts sur la consommation et des cotisations sociales, l'IR est lui-même régressif (ce qui signifie que le taux effectif d'imposition diminue au fur et à mesure que les revenus déclarés augmentent) comme nous venons de le voir sur le graphique ci-dessus. Cela tient pour l'essentiel aux niches fiscales et autres règles dérogatoires (dont j'ai parlé dans ce billet), qui permettent à une minorité bien lotie de s'affranchir de la contribution collective.

 

Que peut-on faire ?

 

Parmi toutes les idées de réforme qui fleurissent depuis quelques années, celle de Thomas Piketty me semble la plus intéressante pour répondre aux trois grand maux dont souffre notre fiscalité.

 

Elle consiste en un nouvel impôt sur le revenu, individualisé et prélevé à la source sur les revenus du travail et du capital, qui prendrait dès lors la forme d'une extension de l’actuelle CSG, Contribution Sociale Généralisée, dont il faut rappeler qu'elle est un impôt individuel et proportionnel taxant tous les revenus à un taux de 8%, les recettes servant aux dépenses sociales.

 

CSG---IR.jpg

[ Source : Le Figaro ]

 

Mais cette fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu se ferait avec un barème progressif (exprimé en taux effectif applicable à la totalité du revenu, et non en taux marginal), puisque c'est tout l'enjeu de cette réforme. Cela permettrait aussi de simplifier grandement le système de prime pour l'emploi, qui actuellement reverse à 8 millions de salariés une "prime" issue de la CSG prélevée à la source un an auparavant. On attend donc plus que la volonté politique !


 

Malheureusement, je crains qu'en fait de Grand Soir fiscal, nous n'assistions qu'à une temporisation qui débouchera encore une fois sur le néant sur une poursuite des politiques d'austérité. En effet, le ministre de l'économie, Pierre Moscovici, vient d'annoncer lors d’une réunion de l'Eurogroupe que la France prendrait toutes les mesures nécessaires pour tenir l’objectif de réduction du déficit public à 3 % du PIB en 2015.

 

Bref, on ne change pas une stratégie économique qui perd, d'autant que j'ai appris par la presse que le chantier fiscal voulu par le Premier ministre allait s'accompagner de la nomination de François Villeroy de Galhau au poste de Directeur du Trésor. Mais si je ne m'abuse, François Villeroy de Galhau est directeur général délégué de BNP Paribas ?

 

Un peu surprenant ce choix lorsqu'on se rappelle que la Direction du Trésor a, entre autres attributions, de "veiller à la régulation du financement de l’économie et des institutions intervenant en matière d’assurance, de banque et d’investissement sur les marchés financiers"...


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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 13:20

photos5-0836.JPG

 

La médiathèque de Forbach m'avait invité à animer une conférence-dédicace gratuite, le samedi 16 novembre à 14h45. J'ai ainsi eu l'occasion d'évoquer les politiques d'austérité et leurs conséquences pour la France et chacun d'entre-nous.

 

Cette conférence-débat fut un franc succès, comme en témoigne le public nombreux qui s'était déplacé pour y participer et que je tiens à remercier chaleureusement à travers ce billet ! Mon dernier livre,  les grands débats économiques actuels, fut du reste très demandé lors de la séance de dédicace qui suivit et je ne peux, bien entendu, que me réjouir de l'intérêt croissant que les citoyens portent aux questions économiques.

 

Le Républicain Lorrain a rendu compte du succès de cette conférence dans ses colonnes, avec cet article :

 

RL-20-novembre-2013-2.jpg

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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