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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 11:13

 

Crisebox.jpg

 

Ceux qui aiment les séries américaines à la télévision vont être servis, puisque la zone euro - et la France en particulier - prépare la saison 8 de "mon économie est en crise, mais je fais tout pour continuer à m'enfoncer". Car pour ceux qui ne l'avaient pas encore remarqué, les banques ne sont pas plus solides qu'avant, le fléau du chômage poursuit sa dévastation, de nouvelles bulles se créent sur les marchés financiers, mais surtout la crise n'est toujours pas finie malgré les coups de menton de nos chefs politiques !

 

Comment pourrait-il d'ailleurs en être autrement, puisque les orientations politico-économiques qui ont conduit à la crise en 2007 n'ont été modifiées qu'à la marge ? Or, comme le disait Albert Einstein, "on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré"... Pire, l'année 2014 marqua l'entrée de la France dans la spirale de l'austérité avec son lot de conséquences négatives !

 

Pourtant même la nouvelle Commission européenne a fait volte-face en affirmant vouloir relancer l'investissement au sein de l'Union européenne, qui s'est effondré de 17 % depuis le début de la crise. Elle rejoint en cela le FMI et surtout le président de la BCE, Mario Draghi, qui multiplient les appels à une relance de la demande sous peine de voir la zone euro tomber dans la spirale déflationniste.

 

Mais le gouvernement français, à l'instar de nombreux autres au sein de la zone euro, semble croire que tant que la population ne détruit pas tout dans la rue, il n'y a pas de problème. Mieux, certains ministres se persuadent qu'il s'agit-là d'un signe d'apaisement du climat social et de retournement favorable du cycle économique vers la prospérité, alors même que certains chiffres comme l'évolution de la pauvreté des enfants dans les pays riches devraient les amener à douter de leur conclusion :

 

Pauvrete-enfants.jpg

[ Source : Le Dauphiné ]

 

Malheureusement, ils s'aveuglent plus ou moins volontairement en raison de leur déconnexion d'avec les réalités et d'un tropisme néolibéral désormais clairement avoué ; ils ne sont donc plus en mesure de comprendre que le calme peut précéder la tempête à l'image de la mer qui se retire avant un tsunami...

 

Le calme apparent résulte plus de l'adaptation forcée des ménages à une situation économique dégradée, qui les dépasse et ne leur laisse plus le loisir d'imaginer une alternative au modèle économique actuel. Mais la déflation risque fort d'être cette vague qui va déferler sur notre économie et plus généralement sur la zone euro, emportant tout sur son passage !

 

Mais fort heureusement, selon un vieux principe bien connu des Shadoks, quelle que soit la couleur politique du gouvernement, on ne change pas une stratégie économique qui perd depuis 2007... puisqu'elle pourrait peut-être un jour fonctionner ! Mieux, les gouvernements au sein de la zone euro ont visiblement adopté la machine d'Antimémoire des Shadoks, dont le principe vous est rappelé en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

Antimemoire.png

Pour le dire autrement, tout va très bien Madame la Marquise :

 

 

Et pourtant des solutions existent, même si certaines peuvent paraître extrêmes, mais elles nécessitent assurément du courage pour les mettre en oeuvre... Sur ce, pour cette saison 8 de la crise, je vous souhaite un joyeux Noël !

 

 

noel.gif

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://golem13.fr

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 12:09

 

Prix-immobilier.jpg

 

En ces temps de risque déflationniste avéré, la question du prix de l'immobilier reste prégnante. En effet, une étude réalisée par l’université Paris-Dauphine et le Crédit Foncier vient de montrer que le pouvoir d’achat immobilier des ménages a beaucoup baissé de 1998 à 2010, en raison principalement d'une décorrélation entre revenus et prix de l'immobilier, et ce malgré les baisses de taux d'intérêt.

 

Dès lors, même si certains affirment que le marché immobilier est sur une tendance baissière - pour l'instant une pente très douce - on comprend mieux pourquoi les ménages n'ont absolument pas ce ressenti.

 

Une synthèse en vidéo

 

J'ai été invité sur le plateau de TV Cristal pour donner quelques clés de compréhension sur le fonctionnement ce qui est appelé un peu trop vite le marché immobilier. C'est certes généraliste, mais cela permet de comprendre de quoi on parle... A voir gratuitement sur le site de TV Cristal en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

TV-Cristal-15-decembre-2014-copie-1.png

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur TV Cristal ]

 

Qui détient le pouvoir d'achat immobilier ?

 

L'étude citée plus haut, qui se base sur les données issues de l'enquête patrimoine des Français de l'INSEE en 1998, 2004 et 2010, répond d'une certaine manière à cette question au travers du baromètre Capacim qui définit le pouvoir d'achat immobilier comme la part des ménages pouvant  acquérir un bien correspondant à leurs besoins, compte tenu de la structure familiale. On obtient alors le graphique suivant :

 

PA-immobilier.png 

[ Source : Étude l'évolution du pouvoir d'achat  immobilier selon l'âge des ménages ]

 

On en conclut que, sans surprise, quelle que soit l'année des données, le pouvoir d'achat immobilier le plus important est détenu par les personnes âgées de 50 à 55 ans.

 

Comment évoluent les prix de l'immobilier ?

 

Commençons par regarder l'évolution des appartements dans l'ancien, pour quelques grandes villes :

 

Prix-appart.jpg

[ Source : Les Échos ]

 

Bref, il apparaît clairement que la baisse des prix est enclenchée un peu partout en France. Mais l'évolution des prix dans l'immobilier n'a de sens que rapporté à l'évolution du revenu disponible des ménages. D'où le graphique suivant, appelé courbes de Friggit, issu des travaux réalisés par le  conseil général de l’Environnement et du Développement durable (CGEDD) :

 

Courbes-Friggit-copie-1.png

[ Source : conseil général de l'Environnement et du développement durable (CGEDD) ]

 

Ce graphique montre bien qu'au début des années 2000, les prix de l'immobilier se sont déconnectés du revenu disponible des ménages et qu'une correction tend à s'opérer depuis quelques temps.

 

Toute la question est maintenant de savoir si les prix de l'immobilier vont continuer à baisser doucement pendant plusieurs années ou s'ils vont s'effondrer d'un coup, comme ce fut le cas en Espagne et surtout aux États-Unis !

 

Mais quoi qu'il en soit, sans disposer d'aucune boule de cristal, je reste persuadé qu'une correction des prix doit encore avoir lieu au vu des prix stratosphériques atteints. Mais pour l'instant le marché immobilier, bien que très malade, semble résister car il est encore sous perfusion des taux d'intérêt très bas et des multiples dispositifs fiscaux.

 

Mais jusqu'à quand, car l'austérité a laminé le peu de pouvoir d'achat qui restait encore aux ménages ?

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site radins.com

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 12:42

 

Bourse-et-vie.jpg 

Il n'est plus à démontrer que les médias ont un tropisme pour les courbes cycliques, c'est-à-dire tantôt croissantes tantôt décroissantes, qui leur permettent de dire que le monde se dirige vers la prospérité dans le premier cas et vers l'abîme dans le second. L'évolution du CAC 40 fait partie de ces courbes, au point que certains commentateurs patentés en arrivent à proposer des analyses toutes les heures...

 

Une synthèse en vidéo

 

J'ai été invité sur le plateau de TV Cristal pour donner quelques clés de compréhension sur le fonctionnement de la Bourse. C'est certes généraliste, mais cela permet de comprendre de quoi on parle... A voir gratuitement sur le site de TV Cristal en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

TV-Cristal-1er-decembre.png

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur TV Cristal ]

 

Comment évolue le CAC 40 ?

 

Commençons par regarder l'évolution sur quelques mois de l'indice CAC 40, principal indice boursier de la place de Paris composé de 40 valeurs de sociétés françaises :

 

CAC-40-novembre-2014.jpg

[ Source : Boursorama.com ]

 

Bref, d'aucuns diront que la Bourse de Paris poursuit son ascension en raison des rares pseudo- bonnes nouvelles provenant de l'Allemagne. A ceci près que les problèmes de la Grèce - qui ne sont pas réglés mais dont on ne souhaite plus parler - ont réussi à faire chuter les principales Bourses dont celle de Paris hier, démontrant par là que les investisseurs peuvent très (trop) facilement changer leurs anticipations...

 

La réalité est que, ces derniers mois, les investisseurs ont surtout été sensibles à d'éventuelles nouvelles mesures de politique monétaire de la BCE, dont j'avais expliqué tous les risques qu'elles comportent et que je résume à grands traits ici :

 

 * un écrasement des primes de risque et donc baisse artificielle des taux des obligations publiques.

 

 * un resserrement des primes de risque sur les actifs risqués car la liquidité créée ira s'investir dans des actifs risqués plus rémunérateurs. Il y aura donc une élévation du risque global.

 

 *danger de ne plus pouvoir faire marche arrière, sous peine de créer une grave crise bancaire et économique...

 

Enfin, les investisseurs semblaient se réjouir un peu trop vite de la baisse du prix du pétrole, alors même que c'est loin d'être une bonne nouvelle pour l'économie mondiale comme je l'ai expliqué dans ce billet.  

 

Petit retour en arrière

 

Si les médias ont beaucoup parlé de la hausse de la Bourse durant les dernières semaines, peu d'entre-eux semblaient se rappeler que mercredi 15 octobre toutes les bourses européennes avaient dévissé en même temps !

 

En effet, suite aux politiques monétaires non-conventionnelles menées par les Banques centrales aux États-Unis, au Japon et désormais au sein de la zone euro, des tombereaux de liquidités ont été déversés dans l'économie mondiale et en particulier sur le marché des actions, faisant dès lors monter leur prix. Mais il y a toujours un moment où l'illusion de prospérité issue du mouvement haussier des indices boursiers finit par buter sur la piètre santé de l'économie "réelle".

 

Les investisseurs prennent alors tout simplement conscience que la crise de la zone euro n'était pas finie, car rien n'a changé ! Pire que cela, à force de mener des politiques économiques qui compriment la consommation et l'investissement, c'est aujourd'hui à un risque de déflation que la zone euro doit faire face... Et là c'est la chute des cours !

 

La bonne santé d'une économie

 

Quoi qu'il en soit, c'est pure folie que de croire que la bonne santé d'une économie se mesure à l'évolution des indices boursiers qui, comme nous venons de le voir, fluctuent au gré des informations et des anticipations propres aux investisseurs. Et ce d'autant plus que les investisseurs ont prouvé à maintes reprises qu'ils étaient myopes et pour la plupart incapables de comprendre les réalités économiques sous-jacentes, comme c'est encore le cas aujourd'hui.

 

On ne peut donc que rappeler la justesse des propos du Général de Gaulle : "la politique de la France ne se fait pas à la corbeille". Pourtant, les dirigeants politiques s'acharnent à vouloir rassurer les marchés financiers à grands renforts  de politiques d'austérité menées concomitamment au sein de la zone euro, quitte à matraquer fiscalement, socialement et politiquement les ménages !

 

La Bourse ou la vie ? Il faudra un jour que nos dirigeants politiques aient l'honnêteté d'indiquer leur choix... Mais je crains de connaître déjà la réponse !

 

N.B : l'image de ce billet provient de ce site : http://richard-anthony.chez-alice.fr

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 12:02

 

baisse-prix-petrole.jpg

 

Il n'aura échappé à personne que le cours du pétrole a baissé dans des proportions importantes ces derniers mois. Pourtant, le contexte géopolitique n'a cessé de se tendre dans les pays exportateurs de pétrole, au point que cette baisse du prix du pétrole semble paradoxale. Elle l'est d'autant plus que les réserves d'or noir ne sont pas extensibles... Cela méritait donc une petite analyse de ma part.

 

L'évolution du prix du pétrole

 

Commençons par regarder l'évolution du prix du pétrole. Nous allons commencer par le baril de WTI (West Texas Intermediate), également appelé Texas Sweet Light, qui est la référence pour les contrats à terme sur le pétrole auprès du Nymex (New York Mercantile Exchange). De 1972 à 2008, on observe ceci :

 

Evolution-WTI.jpg

[ Source : La Dépêche ]

 

Et les derniers mois, on observe cela :

 

 

chart.jpg

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

En ce qui concerne le baril de Brent de la mer du Nord, qui sert de référence sur les marchés européens notamment, l'évolution récente fut la suivante :

 

Brent.jpg

[ Source : Boursorama.com ]

 

Pour le dire d'un mot, le prix du pétrole a considérablement baissé ces derniers mois.

 

Pourquoi le prix du pétrole a-t-il tant baissé ?

 

Tout d'abord, en raison de la crise mondiale qui n'est toujours pas finie - même si certains prétendent le contraire ! -, la demande mondiale de pétrole progresse plus faiblement que prévue au point de conduire à un écart croissant entre capacités de production pétrolière et demande.

 

De plus, l'économie chinoise, très grande consommatrice de pétrole, subit une stagnation prolongée de sa production industrielle qui se reflète d'ailleurs dans les chiffres de la croissance. Cela conduit naturellement à une moindre consommation de pétrole en Chine, comme le montre le graphique ci-dessous :

 

Petrole-Chine.png[ Source : Natixis ]

 

En outre, le rôle de l'Arabie Saoudite n'est pas négligeable dans cette chute des prix. En effet, Riyad a longtemps été seule à réduire sa production afin de maintenir un prix du baril élevé sur les marchés. Or, depuis quelques temps, il semble que l'Arabie Saoudite souhaite que les autres pays membres de l'OPEP réduisent eux-aussi leur production ; mais comme ils ne souhaitent pas s'engager dans cette voie, Riyad a décidé de ne plus réduire sa production quitte à laisser le cours s'effondrer... On peut imaginer que l'Arabie Saoudite cherche par là même à rendre non profitable la production de pétrole de schiste aux États-Unis, dont le coût de production est estimé à environ 70 $ le baril.

 

Enfin, la production de pétrole non conventionnel aux États-Unis est en pleine effervescence depuis quelques années, ce qui contribue à augmenter encore la production totale de pétrole dans le monde, au moment où la demande ralentit.

 

Quelles sont les conséquences de cette baisse sur l'économie ?

 

En première approche certains disent que c'est une très bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat des ménages, qui a été bien malmené durant cette crise. D'autres ajoutent que les entreprises en tirent profit, puisqu'elles font ainsi baisser leurs coûts de production. En définitive, cette baisse du prix du pétrole pourrait même soutenir la croissance.

 

Tout ceci est vrai, MAIS... les effets négatifs ne sont pas négligeables pour autant, bien que trop souvent occultés :

 

 * la zone euro frôle déjà la déflation, ainsi une baisse du prix du pétrole conduira à maintenir l'inflation très faible alors que la BCE fait tout pour la faire remonter au plus vite !

 

 * une baisse du prix du pétrole encouragera la consommation d'énergie fossile et rendra plus difficile l'indispensable transition énergétique.

 

 * certains pays exportateurs de pétrole se retrouvent en difficulté pour équilibrer leur budget lorsque le prix du pétrole est trop bas. C'est bien entendu le cas de la Russie, qui subit de plus des sanctions suite aux événements survenus en Ukraine, mais cela concerne aussi le Venezuela et l'Angola par exemple. Ces pays pourraient même conjuguer à terme déficit public et déficit extérieur, ce qui les placerait dans une situation de crise sociale et politique...

 

En définitive, si la baisse du prix du pétrole semble être une bonne nouvelle à court terme, il ne faut pas négliger la montagne d'effets négatifs qui se dresse juste derrière. Cette baisse du pétrole est par conséquent loin d'être une bonne nouvelle pour l'économie mondiale !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du quotidien Le Temps.

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 11:06

3-pourcents.png 

Dans mon précédent billet concernant le budget 2015, j'avais évoqué le bras de fer entre la France et la Commission européenne dû à la réduction trop lente du déficit public. La lettre de rappel à l’ordre budgétaire envoyée par la Commission européenne avait alors provoqué un psychodrame à Bercy, qui a contraint le ministre du budget à trouver en un week-end 3,6 milliards d’euros.

 

Il s’agissait en effet d’éviter à tout prix l’humiliation de voir la Commission européenne invalider le budget de la France, ce qui rappelle au passage que Bruxelles a les moyens de contraindre la France à pratiquer encore plus d’austérité, quitte à aller à l’encontre du vote des parlementaires… Mais qu’en est-il réellement de la dynamique du déficit public ?


Un échec à réduire le déficit public


La première mouture du projet de loi de finance prévoyait que le déficit public français atteindrait 4,4 % du PIB en 2014 et 4,3 % en 2015, donc très loin des 3 % prévus par les traités européens :

 

Deficit-prevu.jpg

[ Source : L'Alsace.fr ]

 

De plus, le déficit public structurel, calculé en enlevant l'impact de la conjoncture sur les comptes publics et dont la mesure sujette à caution, serait également trop élevé. En effet, depuis la ratification du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire (TSCG), le déficit public structurel ne doit pas excéder 0,5 % du PIB.


L’austérité n’a pas permis de réduire le déficit public


Les mesures de rigueur prises par le gouvernement sont pourtant historiques : 50 milliards d’euros de coupes dans les dépenses publiques sur 3 ans dont 21 milliards rien qu’en 2015 ! L’État participera à hauteur de 19 milliards d'euros, la Sécurité sociale 21 milliards et les collectivités locales 10 milliards d'euros :

 

21-milliards-2.jpg

[ Source : Les Échos ]


Au-delà des éléments de langage qui polluent le discours politique, il est bien entendu évident que ces 50 milliards d'euros - dont 21 milliards en 2015 - ne peuvent être des « économies », ce qui laisserait à penser qu'il suffit de couper dans quelques dépenses de fonctionnement inutiles ou somptuaires pour y arriver... Ce sont malheureusement bien les dépenses d’intervention, d’investissement et plus généralement d’avenir qui seront fatalement touchées, avec pour conséquence une baisse de la croissance potentielle !


Les dépenses publiques ne sont pas stériles par nature


Contrairement à une croyance bien ancrée, le budget d'un État n'a rien en commun avec celui d'un ménage. En effet, si le ménage veut réduire son endettement et rééquilibrer son budget, il peut (et il devra même !) réduire ses dépenses au niveau de ses recettes dans un premier temps. 

 

Dans le cas de l'État, une baisse de ses dépenses aura des conséquences sur les recettes futures, puisqu'une partie des dépenses publiques influe directement sur le fonctionnement d'autres agents économiques au travers des subventions, allocations, etc. Ces derniers consommeront et investiront par conséquent moins, ce qui débouchera sur de moindres rentrées fiscales pour l'État.


Le rôle du multiplicateur budgétaire


Cet enchaînement est bien connu des économistes et s'appuie sur le mécanisme du multiplicateur des dépenses publiques, qui rapporte l’évolution du PIB à la variation de la dépense publique. Longtemps, les mesures d’austérité ont été mises en œuvre avec l’idée que ce multiplicateur était constant et proche de 0,5, alors que les récentes études menées notamment par le FMI montrent que sa valeur, dans la période actuelle, est souvent supérieure à 1 dans de nombreux pays. Examinons le cas de la France.


La valeur estimée du multiplicateur en France est de 1,5. Cela signifie que si le gouvernement met en œuvre une politique d’austérité visant à réduire le déficit public par une baisse de la dépense publique de 1 % du PIB, alors cette diminution conduira à une baisse du PIB de 1,5 %. Mais cette baisse du PIB débouchera malheureusement sur une baisse des recettes fiscale de l’État que l’on peut estimer à environ 0,7 %. En fin de compte, la baisse initiale des dépenses publiques de 1 % du PIB aura conduit à réduire le déficit public non pas de 1 % du PIB mais seulement de 0,3 %...


Et lorsqu’en plus la croissance est en berne et risque de le rester longtemps avec de telles politiques en France mais aussi en Europe, le gouvernement n’a quasiment plus aucune chance de réduire le déficit public. Les dirigeants ne semblent pas comprendre que nous nous engageons, au sein de la zone euro et désormais en France, dans la course à la déflation salariale et au moins-disant social, oubliant dès lors les leçons de l'histoire (déflation Laval en France, déflation Brüning en Allemagne).

 

Pourtant, faut-il encore rappeler que tant qu'il n'y aura pas anticipation d'une hausse de la demande, les entreprises n'investiront pas et se refuseront à embaucher quand bien même leurs marges seraient plus élevées.


Et si l’on récupérait les recettes qui manquent au budget ?


Ignorant ou feignant d’ignorer le mécanisme du multiplicateur évoqué ci-dessus, les gouvernements successifs – et ce quelle que soit leur couleur politique – ont choisi de baisser le déficit public d’abord à coups de hausses d’impôts, puis de coupes drastiques dans les dépenses. Ce faisant, ils oublient que les recettes n’ont cessé de baisser en raison d’une croissance faible depuis des années et d’une fiscalité mitée par les niches fiscales et l’évasion vers les paradis fiscaux, comme le Luxembourg dont j'ai parlé dans ce billet

 

Mais pourquoi changer une stratégie perdante pour la majorité des citoyens au bénéfice  d'une minorité ? Les dirigeants politiques seraient donc bien avisés de méditer cette phrase de Montesquieu : « si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l'oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe, ou bien qui fût utile à l'Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime ».


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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 11:11

 

Budget-2015-2.jpg

 

Jamais l'élaboration du budget de la France n'aura été autant scrutée par les médias étrangers. Et pour cause, la Commission européenne a bien failli déclencher un séisme politique en refusant de valider en l'état le budget 2015. Mais que s'est-il donc passé ?

 

Une vidéo pour commencer

 

J'ai été invité sur le plateau de TV Cristal pour donner quelques clés de compréhension sur l'élaboration du budget 2015. C'est à voir gratuitement sur le site de TV Cristal en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

TV-Cristal-17-novembre-2014.png

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur TV Cristal ]

 

Le budget 2015 en un coup d'oeil

 

Bien que non encore voté définitivement, le budget 2015 - appelé PLF 2015 dans le jargon de la loi - a été construit sur les bases suivantes :

 

Budget-2015.jpg

 

[ Source : La Dépêche ]

 

Quel est le montant des "économies" ?

 

Au-delà des éléments de langage qui polluent le discours politique, il est bien entendu évident que ces 50 milliards d'euros - dont 21 milliards en 2015 - ne peuvent être des "économies" ; il s'agit bel et bien de coupes claires dans les budgets publics !

 

Elles se répartissent de la manière suivante pour le budget 2015 :

 

21-milliards.jpg[ Source : Le Figaro ]

 

Quel est le point d'achoppement avec Bruxelles ?

 

La trajectoire de réduction du déficit public était la suivante au début de l'année 2014 :

 

Previsions-deficit-public.jpg

[ Source : Le Point ]

 

Or, très rapidement il devint évident que le gouvernement ne serait pas en mesure de respecter ce retour du déficit public rapide en-deçà des 3 % du PIB, non plus que la réduction du déficit structurel (hors effets de la conjoncture). Ce fut alors le début d'un bras de fer avec la Commission européenne, dans le cadre de la procédure de semestre européen :

Semestre-europeen.gif[ Source : Sénat ]

 

Nombreux étaient malheureusement ceux qui ignoraient, jusqu'à la venue de cette fameuse lettre, que la France doit désormais transmettre sa trajectoire budgétaire triennale à la Commission européenne. Au bout du compte, ce sont donc bien les services de la Commission européenne qui décideront de valider ou non le budget de l'État français, et non le Parlement français !

 

Et en l'occurrence ces derniers ont décidé que le compte n'y était pas en matière de réduction des déficits, ce qui a conduit Michel Sapin à promettre 3,6 milliards d'euros d'efforts supplémentaires dans la réduction du déficit public. Et avant même le 1er janvier 2015, les coups de rabot ont déjà commencé dans les ministères pourtant déjà à l'os pour nombre d'entre-eux...

 

En complément du semestre européen, on trouve dans l'arsenal communautaire le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG, dit Pacte budgétaire) ainsi que ses avatars ("two-pack", "six-pack",...). Mais quel que soit le nom de la gangue, le fruit mauvais reste le même : le déficit devra tendre vers 0, quelles que soient les dépenses financées, ce qui signifie qu'après s'être privés de la politique monétaire les États se privent désormais de la politique budgétaire en pleine crise. Ne cherchez donc pas trop loin si vous voulez savoir pourquoi la crise n'en finit pas en Europe !

 

Dans mon prochain billet, je vous expliquerai en détail pourquoi le déficit public ne se réduit pas malgré les hausses d'impôts et les baisses drastiques de dépenses publiques.

 

A suivre !

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article de ce site : http://www.cgt-ag2r.fr


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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 12:27

 

tax-rulings.gif

 

L'évasion fiscale est depuis longtemps le poison de la démocratie, puisqu'elle conduit à déliter le consentement à l'impôt et augmente la charge fiscale de ceux qui ne peuvent s’y soustraire. J'avais déjà évoqué ce sujet dans le cadre du secret bancaire suisse, mais aussi de la transparence fiscale chez nos élus, et bien entendu dans ma dernière conférence consacrée à l'impôt.

 

Mais ces révélations sur le Luxembourg, qui ne devraient pourtant étonner plus personne, ont créé une véritable onde de choc dans le landerneau des banquiers et fiscalistes ! C'est pourquoi, il m'a semblé utile de vous livrer dans ce billet une petite analyse de la créativité fiscale du Luxembourg...

 

D'où proviennent ces révélations ?

 

Elles sont apparemment issues d'un lanceur d'alerte employé au sein de la filiale luxembourgeoise de la société d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Et à l'instar des révélations de l'Offshore Leaks en 2013, c'est l’International Consortium of Investigative journalists (ICIJ) qui partage les documents reçus - en l'occurrence 28 000 pages et 548 accords confidentiels qui portent sur la période 2002-2010 ! - avec une quarantaine de médias dans le monde. La base de données est disponible à cette adresse.

 

Et dans la liste des entreprises clientes de PwC ayant conclu des tax rulings on trouve certes des géants de l'informatique ou des télécoms comme Apple ou Verizon, mais aussi Ikea, Axa, Pepsi ou Heinz.

 

Qu'est-ce que les tax rulings ?

 

Pour faire simple, les tax rulings s'apparentent à des accords entre une entreprise et l'administration des impôts du Luxembourg. Ils servent normalement à sécuriser sur le plan juridique une opération (transfert du siège social, création d'une filiale,...), c'est-à-dire que l'administration confirme officiellement à l'entreprise la légalité de son montage fiscal pour cette opération.

 

Mais ils ont rapidement été détournés de cette fonction par des spécialistes de l'optimisation fiscale (notamment les célèbres cabinets d'audit, les Big4), qui ont transformé les tax rulings en accords fiscaux avantageux. En effet, les multinationales cherchent à dissocier le lieu réel de leur activité du lieu où elles vont déclarer leurs bénéfices et donc payer leurs impôts. Et ces tax rulings participent de l'environnement favorable à l'implantation des multinationales qu'a souhaité créer le Luxembourg. Le Luxembourg n'est d'ailleurs pas le seul pays à proposer de tels accords, puisque la Suisse, les Pays-Bas et l'Irlande en font aussi une spécialité....

 

Quoi qu'il en soit, il faut retenir que la politique fiscale du Luxembourg est rendue possible par les défaillances du système fiscal international et se fait donc au détriment des autres pays... et in fine des contribuables !   

 

Le Monde a réalisé une excellente infographie pour résumer tout ceci :

 

Tax-Rulings-Le-Monde-copie-1.jpg

[ Source : Le Monde ]

 

Quelles questions ce scandale soulève-t-il ?

 

Ce scandale soulève tout d'abord une question politique. Certes, d'aucuns argueront que chaque pays a le droit de bâtir le système fiscal qui lui convient le mieux. Mais lorsqu'un pays est membre d'une union politique, économique et monétaire, il y a également des obligations, en particulier celle de ne pas vider de sa substance le budget du voisin...

 

De plus, au moment où l'OCDE s'engagent dans une lutte mondiale pour l'échange automatique de données fiscales pour les particuliers et contre l'érosion des bases imposables des entreprises, il est de mauvais ton de laisser les multinationales s'exonérer des règles communes afin de ne pas payer d'impôt. L'OCDE rappelle à juste titre que ces pratiques nuisent à "l'équité et à l'intégrité des systèmes fiscaux" et propose d’obliger les pays qui pratiquent le tax ruling à les notifier à leurs voisins.

 

Et que dire des différences de traitement fiscal insupportables que cela induit entre les multinationales et les petites entreprises, incapables de se payer une batterie d'avocats fiscalistes pour éviter l'impôt dans un pays donné !

 

L'onde de choc a évidemment fini par atteindre Bruxelles où Jean-Claude Juncker, tout juste nommé président de la Commission européenne, ne pourra faire l'économie d'une explication sur ces pratiques fiscales scandaleuses qui ont eu lieu pendant son mandat à la tête du gouvernement luxembourgeois. Mais bien entendu, Monsieur Juncker continue à nier que le Luxembourg est un paradis fiscal, comme il l'avait déjà fait avec véhémence en 2008 dans le cadre du journal télévisé de France 2 :

 

 

L'Union européenne, déjà vue comme un repoussoir par nombre de citoyens, en arrivent à être totalement discréditée par ce scandale. En effet, comment faire confiance à une institution comme la Commission européenne, gardienne des traités, lorsque son président fut pendant de nombreuses années le Premier ministre d'un paradis fiscal membre de la zone euro ?

 

En outre, la précédente Commission européenne s'était engagée dans un bras de fer juridique avec le Luxembourg... justement au sujet des avantages accordés à certaines entreprises Fiat et Amazon pour ne pas les citer et qui pourraient être assimilés à des aides d’État illégales ! Et devinez qui va représenter la Commission européenne au prochain G20 consacré à la lutte contre l’optimisation fiscale ? Mais si vous le connaissez, c'est bien sûr... Jean-Claude Juncker !

 

Au reste, peu de gens se rappellent que si le Luxembourg a tant développé sa place financière, et par là-même les dispositions fiscales avantageuses qui ont fait la réputation de la place, c'est d'abord parce que l'industrie luxembourgeoise s'était effondrée dans les années 1980. Voilà pourquoi j'insiste très souvent sur la nécessité absolue de maintenir des capacités de production dans tous les pays, afin de répondre au moins partiellement à la demande intérieure. Cela permet aussi surtout de ne pas tomber dans la situation de la Grèce, qui n'a pas de secteur exportateur suffisant pour éviter une dégradation structurelle de sa balance courante. Or, une balance courante structurellement déficitaire conduit inévitablement à un endettement extérieur croissant qui finit toujours pas déboucher sur une crise grave lorsque les prêteurs se retirent du pays : c'est précisément l'enchaînement de la crise de 2008 !

 

 

En définitive, ce scandale devrait nous garder de croire que la réduction des déficits publics ne peut passer que par la chasse aux resquilleurs à l'allocation sociale. Les montants en jeu sont en effet sans commune mesure avec ceux concernant l'évasion fiscale des multinationales. Et pourtant, les politiques n'en parlent que très peu et n'hésitent souvent pas (à dessein) à escamoter cette réalité des chiffres afin de soigner leur image... Mais auprès de qui ?

 

Conservons toujours à l'esprit cette déclaration de Henry Morgenthau, secrétaire au Trésor sous la présidence de Roosevelt, qui disait : "les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée. Trop de citoyens veulent la civilisation au rabais". 

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 14:16

 

Stress-tests.jpg

 

Face au concert de louanges concernant la réussite des banques aux stress tests, j'ai souhaité faire entendre une voix discordante sur la solidité réelle du système bancaire européen. Mon analyse a été publiée dans Le Monde ; vous pouvez la lire gratuitement sur le site du journal en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

Stress-tests-copie-1.png

 

[ Cliquer sur l'image pour lire ma tribune sur le site du Monde ]

 

Ma tribune s'inscrit dans le prolongement d'un de mes billets concernant le risque systémique que faisait courir la faillite de la première banque portugaise cet été, Banco Espirito Santo. J'y expliquais notamment qu'après l'affaire BNP et les cris d'orfraie poussés par les dirigeants politiques français suite à sa condamnation à 9 milliards d'euros d'amende, Chypre dont le système bancaire national représentait 7 fois le PIB du pays et le feuilleton des banques zombies en Espagne (Bankia, NovaCaixaGalicia et Banco de Valencia), le risque systémique n'a pas miraculeusement disparu avec la création de l'usine à gaz appelée Union bancaire...  

 

Plus récemment, j'avais montré les risques liés à l'injection massive de liquidités, alors que nombreux sont ceux qui appellent à augmenter encore la base monétaire pour faire face à la crise, sans s'apercevoir que le niveau atteint est déjà stratosphérique ! Pendant ce temps, la politique budgétaire reste restrictive, ce qui signifie que l'austérité se poursuit malgré le fort risque déflationniste qui en découle...

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article de ce site.

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 11:44

liquidite-mondiale.png

 

Nombreux sont ceux qui appellent à augmenter les injections de liquidités dans l'économie pour faire face à la crise, sans s'apercevoir que celles-ci ont déjà atteint un niveau stratosphérique ! J'ai donc souhaité consacré ce billet à expliquer et analyser l'évolution de la liquidité mondiale.

 

Le niveau de liquidité mondiale

 

Un graphique qui en dit plus long que des mots :

 

Base-monetaire-mondiale.png

[ Source : Natixis ]

 

La liquidité mondiale est donc en croissance soutenue, plus rapide même que celle du PIB.

 

Les causes de la croissance de la liquidité mondiale

 

L'origine de cette croissance soutenue de la création monétaire est à chercher tout d'abord du côté des pays émergents et exportateurs de pétrole, qui accumulent beaucoup de réserves de change :

 

 

Reserves-de-change.jpg

[ Source : Les Échos ] 

 

Les pays émergents accumulent des réserves afin d'empêcher l’appréciation de leur taux de change et/ou se constituer un cousin de sécurité financier pour ne plus revivre la crise asiatique de 1997. Les pays exportateurs de pétrole, quant à eux, profitent toujours de la dépendance de nos sociétés au pétrole.

 

Pour les pays de l'OCDE, il faut rappeler que les canaux de transmission de la politique monétaire ne fonctionnent plus de manière satisfaisante (c'est le cas actuellement puisque les agents se désendettent, ce qui rend inefficace le canal des taux directeurs), ce qui pousse les Banques centrales à pratiquer des politiques monétaires non-conventionnelles comme c'est le cas aux États-Unis et au Japon par exemple. L'une de ces politiques, la désormais célèbre quantitative easing (= assouplissement quantitatif), consiste précisément à accroître la quantité de monnaie en circulation dans l’économie.

 

Le risque de déflation au sein de la zone euro, risque qui se précise de mois en mois comme je l'ai expliqué ici, a conduit la BCE à prendre également des mesures non conventionnelles. La plus marquante fut l'annonce d'un programme d'achat d'ABS et d’obligations sécurisées (covered bonds) libellées en euro et émises par des institutions financières de la zone euro. Cela se traduira donc par de la création monétaire au sein de la zone euro, d'autant que l'on s'attend à la mise en place très prochainement d'un véritable quantitative easing avec achat de dettes publiques sans risque.

 

base-monetaire-zone-euro.png

[ Source : Natixis ]

 

Quels sont les facteurs qui peuvent ralentir la croissance de la liquidité ?

 

Il est à noter que certains facteurs tendent actuellement à ralentir la croissance de la liquidité mondiale :

 

 * arrêt progressif du quantitative easing aux États-Unis et au Royaume-Uni.

 

 * possible libéralisation du taux de change en Chine qui marquerait un coût d'arrêt à l'accumulation de réserves de change et donc à la croissance de la liquidité.

 

 * la crise de change qu'ont connu certains pays émergents et dont j'avais rendu compte dans ce billet, était essentiellement liée à des difficultés économiques qui sont loin de se résorber. Ainsi, leur taux de change risque de s'affaiblir encore, avec pour conséquence que ces pays n'auront plus besoin d’accumuler des réserves de change pour empêcher l’appréciation de leur monnaie.

 

Pourquoi n'y a-t-il pas d'inflation ?

 

Certains économistes craignent des tensions inflationnistes en raison de la très forte croissance de la base monétaire que nous avons analysée ci-dessus. Il s’agit certes d’une expansion de la monnaie Banque centrale (M0), mais qui ne s’est pas accompagnée d’une augmentation de la masse monétaire détenue par les agents économiques (M2).

 

Cela signifie que l’abondance de liquidités créées n’a pas relancé le crédit depuis 5 ans et donc n’a pas soutenu la demande. Rien d’étonnant donc à ce que l'inflation européenne – et mondiale – soit faible malgré l'injection massive de liquidités.

 

La liquidité, une arme de destruction massive ?

  

En définitive, tout porte à croire que la liquidité mondiale va continuer à croître à un rythme supérieur à celui du PIB. Certes cela peut être un moyen de lutter contre la déflation, mais dans le cas de la zone euro je ne crois pas un instant que la situation du crédit s'améliorera pour autant. Au contraire, lorsque la demande globale est anémique dans la zone euro, il est fort probable que les liquidités bancaires iront alimenter des titres d'États ou d'autres actifs plus rémunérateurs, quitte à créer des bulles gigantesques.

 

De plus, il ne faut pas oublier qu'une telle politique monétaire débouchera sur :

 

 *un écrasement des primes de risque et donc baisse artificielle des taux des obligations publiques.

 

 *un resserrement des primes de risque sur les actifs risqués car la liquidité créée ira s'investir dans des actifs risqués plus rémunérateurs. Il y aura donc une élévation du risque global.

 

Dans quelques mois (ou années) se posera alors la question de la récupération de ces liquidités excédentaires qui, comme nous l'avons vu, conduisent à comprimer artificiellement les primes de risque et à alimenter de nouvelles bulles gigantesques. Le danger est alors grand de ne plus pouvoir faire marche arrière, sous peine de créer une grave crise bancaire et économique... voire de plonger la zone euro dans une dépression, car les ménages n'auront eu le droit de se partager que les inconvénients d'une telle politique monétaire !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site revue-banque.fr

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 11:47

Krach-boursier.jpg

 

Mercredi 15 octobre a marqué le retour de la peur sur les marchés financiers européens, puisque toutes les bourses européennes ont dévissé en même temps ! Que s'est-il donc passé pour que les investisseurs prennent en choeur la poudre d'escampette ? Sommes-nous à la veille d'un krach boursier ?

 

Les faits

 

Commençons par regarder l'évolution sur 3 mois de l'indice CAC 40, principal indice boursier de la place de Paris composé de 40 valeurs de sociétés françaises :

 

CAC-40-octobre-2014.png

[ Source : Boursorama.com ]

 

Comparons maintenant l'évolution de l'indice CAC 40 avec celle de l'Eurostoxx 50, qui est un indice boursier européen regroupant 50 sociétés de la zone euro :

 

Comparaison-Eurostoxx50.png

[ Source : Boursorama.com ]

 

La corrélation forte entre l'évolution du CAC 40 et celle de l'Eurostoxx 50 montre bien que la cause de cette plongée soudaine des bourses doit être cherchée d'abord au sein de la zone euro puis au niveau mondial.

 

Pourquoi le prix des actions a-t-il tant augmenté ?

 

Comme les canaux de transmission de la politique monétaire ne fonctionnent plus de manière satisfaisante puisque les agents se désendettent, les Banques centrales pratiquent des politiques monétaires non-conventionnelles comme c'est le cas aux États-Unis et au Japon par exemple.

 

Cela se traduit essentiellement par un assouplissement quantitatif, c'est-à-dire un accroissement de la quantité de monnaie en circulation dans l’économie en contrepartie de l'achat d'actifs par les Banques centrales (obligations d'État, dettes privées, crédits bancaires, ABS,...), dans le but de faire baisser les primes de risque et les taux d'intérêt à long terme.

 

Ceci a ainsi conduit à un excès de la demande d'actifs, puisque les investisseurs qui ont vendu leurs actifs à une Banque centrale vont réinvestirent les liquidités reçue alors que l’offre d’actifs a diminué. Par conséquent, on assiste à une hausse du prix de toute une série d'actifs depuis quelques mois :

 

 * obligations d'États (ce qui est équivaut à dire que les taux d’intérêt à long terme sur les obligations d'État ont baissé)

 

 * dettes des entreprises

 

 * dettes des banques


 * actions

 

Le retour de l'aversion au risque

 

L'illusion de prospérité créée par le déversement de tombereaux de liquidités dans l'économie mondiale a fini par buter sur la piètre santé de l'économie "réelle" :

 

 * croissance mondiale en panne

 

 * croissance du commerce mondial en berne

 

 * risque d'une crise majeure en Chine

 

 * recul de l'activité au Japon malgré la mise en place des abenomics

 

 * difficultés croissantes dans les pays émergents

 

 * difficultés économiques et politiques en Ukraine

 

 * volonté de la Grèce de s’affranchir plus tôt que prévu de la tutelle de la Troïka alors que le pays est politiquement, économiquement et socialement au tapis

 

 * échec total de la politique économique d'austérité suivie en France

 

 * ralentissement de l'activité en Allemagne

 

En dehors de cela, les investisseurs ont peut-être tout simplement pris conscience que la crise de la zone euro n'était pas finie car rien n'a changé ! Pire que cela, à force de mener des politiques économiques qui compriment la consommation et l'investissement, c'est aujourd'hui à un risque de déflation que la zone euro doit faire face...

 

Existe-t-il un risque de krach ?

 

Disons-le d'emblée, personne ne peut prédire la survenue d'un krach. Mais à tout le moins, on peut affirmer que les conditions économiques mondiales se sont dégradées à tel point, que le système économique ne doit sa survie pour l'instant qu'aux mesures non-conventionnelles prises par les Banques centrales. Or, si les investisseurs prennent peur, alors ils se retirent des actifs risqués (actions, crédits aux entreprises, etc.) au profit des actifs réputés sans risque (obligations de certains États), et cela quelle que soit la politique monétaire suivie par la Banque centrale. Une correction sévère finira donc tôt ou tard par arriver si la croissance ne revient pas !

 

C'est précisément ce qui commence à arriver actuellement, d'où la remontée des spreads de crédit et le recul des bourses concomitamment à la baisse des taux d’intérêt à long terme de certaines obligations d'État (pour mémoire la France emprunte désormais à des taux historiquement bas, ce qui est loin d'être, comme nous venons de le voir, un signe encourageant pour l'économie française...). C'est pourquoi, d'aucuns évoquent déjà la possibilité pour la BCE d'acheter des actifs risqués afin d'en provoquer la hausse des cours. Mais à moins de vouloir transformer la BCE en banque pourrie, je crains fort qu'il n'y ait pas de force de rappel si les bourses dévissent à nouveau...

 

 

Quoi qu'il en soit, la bonne santé d'une économie ne se mesure pas à l'évolution de la Bourse (le Général de Gaulle ne disait-il pas que "la politique de la France ne se fait pas à la corbeille" ?) ; et aujourd'hui personne ne peut affirmer raisonnablement que les politiques d'austérité menées concomitamment en Europe ont porté leur fruit : au contraire, elles ont poussé la zone euro au bord du précipice déflationniste dont j'avais expliqué tout le danger dans ce billet...

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un billet du site http://fdg-info13.com/

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