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30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 12:52

 

 

Après avoir commencé avec le mouvement des gilets jaunes et le grand déba(llage) national, l'année 2019 s'est achevée sur une contestation massive de la réforme des retraites et de nombreux mouvements de grève. C'est que malgré l'ampleur de la crise sociale et politique, le gouvernement s'enferre délibérément dans une stratégie néolibérale proche de celle décrite par Walter Lippmann, qui assume la substitution de l'expertocratie à la démocratie. L'année 2020 va dès lors commencer sous de mauvais auspices en France...

 

Mais revenons un instant encore sur l'année 2019, riche en événements économiques et sociaux, d'où mes nombreuses analyses dont vous trouverez les liens dans le tableau ci-dessous. Pour finir ce billet, je vous proposerai comme chaque année quelques éléments de prospective, exercice hautement périlleux en économie...

 

Retour sur l'année 2019

 

Commençons donc par un petit retour en arrière sur mes billets de l'année 2019. Tous les liens sont actifs, il vous suffira donc de cliquer sur le billet de votre choix pour le lire ou le relire, c'est selon !

 

Janvier Février

 

Le référendum d'initiative citoyenne (RIC)

Crise des gilets jaunes : mon décryptage dans le Républicain Lorrain

Apprendre l'économie à Sarreguemines

Grand déba(llage) national : la question des dépenses publiques

 

Le partage des revenus au détriment des salariés

Les pays émergents ne sont plus compétitifs en termes de coûts de production

Les causes économiques de la crise sociale en France

L'impôt de solidarité sur la fortune (ISF)

Mars Avril

Les conséquences du passage à une économie de services

CDD : de plus en plus nombreux et de plus en plus courts

Crise économique en vue dans la zone euro

Chômage : la calvaire des plus de 50 ans

 

 

La pauvreté dans un pays riche comme la France

Fiscalité et dépenses publiques : ce que la restitution du grand débat ne dit pas...

L'économie allemande dans la tourmente

L'illusion d'un marché du travail européen unifié

Macron conserve son cap économique... pour le pire !

 

Mai Juin

 

Économie de la zone euro : ô rage ! ô désespoir !

Le dogme de la concurrence tue l'Europe !

Le temps de travail en France

La stratégie économique de Macron après les élections européennes...

 

Trump, la Chine et l'économie américaine...

La classe moyenne : un rêve de plus en plus inaccessible

Les taux d'intérêt très bas

La politique économique du Japon

Juillet Août

 

Libra : la monnaie de Facebook

Le hasard et les hypothèses en statistique

 

Les vraies motivations de la Banque centrale européenne

Mercantilisme et colbertisme

Septembre Octobre

 

Cafet'éco à Sarreguemines !

Baisse du chômage : en route vers la crise sociale ?

Aide aux devoirs à Forbach

Politique monétaire de la BCE : dernière tentative désespérée avant la crise ?

 

Impôts, salaires, retraites, pouvoir d'achat : un trop-plein d'inégalités ?

Du système monétaire de Bretton Woods à nos jours

La croissance sera faible dans la zone euro et les difficultés nombreuses

Impôts et redistribution

Novembre Décembre

 

L'Italie peut-elle faire défaut sur sa dette ?

La pauvreté en France s'aggrave !

Ciné-débat à Sarreguemines : la crise grecque !

Non, la Grèce ne vas pas mieux !

 

Une réforme des retraites mauvaise et injuste !

Réforme des retraites : une idéologie destructrice !

Joyeux Noël

 

Et en 2020 ?

 

Selon les prévisions de la Banque mondiale, confirmées par quasiment toutes les institutions qui font de la prospective, la croissance mondiale devrait fléchir :

 

 

[ Source : Banque mondiale ]

 

La zone euro n’échappera pas à l'atonie de l'activité, la Commission européenne évoquant même "une route qui s'annonce difficile" dans ses prévisions économiques de l'automne 2019 :

 

 

[ Source : Commission européenne ]

 

En tout état de cause, la faiblesse des compétences de la population active ainsi que son vieillissement, la désindustrialisation, l'insuffisance d'investissement dans les technologies pèsent lourdement sur la croissance potentielle de la zone euro. L'Allemagne, en particulier, va connaître des jours difficiles dans l'industrie, car les facteurs favorables au mitan des années 2000 à son économie tournée vers les exportations sont devenus des faiblesses structurelles une décennie plus tard. Quant à l'économie française, n'en déplaise à Emmanuel Macron, elle vivote malgré sa poudre de perlimpinpin qui aura juste servi à soutenir quelque peu les chiffres de l'activité à très court terme...

 

On pourra m'objecter à juste titre que la croissance n'est pas le meilleur indicateur de bonne santé d'une économie, mais sa stagnation (ou son recul) a le mérite de montrer l'énorme danger qui pèse sur des économies droguées à la hausse du PIB... Qu'on se le dise une bonne fois pour toutes : nous n’assistons pas à un simple ralentissement économique, mais à une remise en cause profonde d'un système économique qui a fait des questions sociales un simple corollaire des choix économiques ! Hélas, outre le gouvernement, de nombreux décideurs économiques n'ont toujours pas compris les enjeux actuels et s'évertuent dès lors à proposer des rustines pour prolonger encore un peu ce système, dont une infime minorité profite au détriment d'une majorité trop longtemps restée silencieuse.

 

D'aucuns prétendent, horresco referens, que la baisse du taux de chômage est tout de même bien une preuve que l'économie repart, en particulier en France. Pourtant, comme je ne cesse de le répéter à mes étudiants, commenter l'évolution du taux de chômage sans dire un mot sur le taux d'activité, le chômage de long terme et la qualité des emplois, n'est que logorrhée. Dans les conditions actuelles de fonctionnement du "marché du travail", j'avais montré dans ce billet que le plein-emploi est loin de se confondre avec un taux de chômage très bas, surtout si ce dernier est obtenu au prix d'une austérité salariale (avec hausse du nombre de travailleurs pauvres), d'une dégradation des conditions de travail et d'une perte de sens...

 

Quant au monde financier - actuellement dopé par les taux d'intérêt historiquement faibles qui démontrent au passage que l'économie européenne est en déflation -, il porte en lui les germes de la prochaine crise d'ampleur. En effet, les taux d'intérêt ne représentent aujourd'hui plus rien de concrets, en tout cas pas le risque réel des actifs, ce qui conduit à la formation de bulles et à une prise de risque accrue des investisseurs. Et je ne parle même pas des créances douteuses qui grèvent les bilans bancaires... En ce qui concerne l'endettement, public certes mais aussi et surtout privé, il atteint des niveaux extrêmement dangereux un peu partout dans le monde sans que cela n'émeuve plus personne... La Chine est d'ailleurs l'archétype du pays qui cumule endettement massif, crise économique, bulle immobilière et tout un tas d'autres problèmes qui pourraient créer une onde de choc mondiale...

 

Enfin, n'oublions pas que nous ne sommes jamais à l'abri d'un cygne noir, tant les fragilités économiques et sociales sont nombreuses...

 

Sur ce, je tiens à vous remercier chers lecteurs pour votre fidélité et vous prie de recevoir mes meilleurs vœux (l’indispensable santé en premier) pour cette année 2020 ! Merci pour vos commentaires, partages, liens et encouragements, qui me touchent et m'incitent à continuer mes analyses sur ce blog malgré le temps qui me fait cruellement défaut...

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22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 11:10

 

 

Décidément, les Fêtes de fin d'année ne sont plus ce qu'elles étaient ! Outre que l'aspect commercial s'est substitué à toute autre considération - mais ceci est déjà un lieu commun depuis longtemps -, on assiste paradoxalement à une quasi-disparition de la féerie de Noël dans les entreprises.  Même au sommet de l'État, la magie (de Noël) n'est invoquée que lorsqu'il s'agit d'appeler les grévistes de la SNCF à reprendre le travail. Tout cela n'est au fond que l'aboutissement des incantations néolibérales du gouvernement, qui ont conduit le pays à s'enfoncer dans une crise sociale et politique majeure, dont  le mouvement des gilets jaunes n'est peut-être que la face émergée de l'iceberg néolibéral européen...

 

L'austérité salariale érigée comme programme

 

Dans ce billet, j'avais montré que depuis deux décennies, le partage des revenus au sein de la zone euro se déforme structurellement en faveur des entreprises et donc au détriment des salariés :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

C'est le résultat de politiques économiques exclusivement axées sur l'offre qui, au nom de la compétitivité des entreprises, ont feint d'oublier que le salarié était avant tout un être humain vivant en société et soucieux d'avoir une existence digne (absence de précarité salariale, filet de Sécurité sociale...). Au surplus, la concurrence entre entreprises et entre pays fut érigée en principe cardinal au sein de l'UE, pour le pire et rarement le meilleur...  En effet, outre que la notion même de marché du travail est contestée par de nombreux économistes à la suite de Keynes, j'ai montré dans ce billet que c'est l'hétérogénéité qui domine en la matière au sein de la zone euro et que celle-ci charrie des catastrophes humaines et sociales.

 

Actuellement, on sent monter un peu partout en Europe (et dans le monde...) l'envie de rééquilibrer ce système socio-économique délétère, ce qui ne manquera pas de créer les conditions d'une crise financière, puisque les profits actuels de la finance sont dans une très large mesure liés à l'exploitation des entreprises et de ceux qui y travaillent.

 

Certes, l'exploitation a été longtemps déniée par les politiciens, à l'image de François Rebsamen ("l'on ne peut pas poser comme point de départ que le contrat de travail est une subordination") et bien sûr d'Emmanuel Macron ("Moi j'adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible"). Pis, au mot salarié s'est substitué abusivement - mais à dessein ! - le terme de collaborateur. Mais depuis la condamnation des dirigeants de France Télécom, on sait ce que représentaient lesdits collaborateurs pour une direction qui paradoxalement prétendait s'occuper des "ressources humaines", termes staliniens s'il en est...

 

La mobilité sociale en panne

 

J'avais montré dans ce billet que l'ascension sociale vers la classe moyenne est devenue très difficile voire inaccessible au sein de l'OCDE, et en particulier en France où cette classe moyenne représente depuis très longtemps un idéal (Cf. Tocqueville) en raison de l'aspiration à l'égalité. Vivre correctement même sans luxe est devenu de plus en plus difficile, ne serait-ce qu'en raison de la précarisation de l'emploi, de la baisse des salaires et de la hausse des prix de l'immobilier (l'accession à la propriété est pourtant souvent vu comme le symbole d'appartenance à la classe moyenne), des prix de la santé et de l'éducation.

 

Le graphique ci-dessous résume à peu près tout le problème, puisqu'il montre le nombre de générations qu'il faudrait aux descendants d'une famille située dans le décile inférieur (10 % les plus pauvres) pour atteindre le revenu moyen dans la société :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Oui, vous avez bien lu : il faut plus de 6 générations en France à une personne du bas de la distribution des revenus pour en atteindre la moyenne ! L'exemple américain, où les personnes faiblement qualifiées semblent condamnées aux emplois peu qualifiés à salaires faibles, devrait nous faire réfléchir en Europe. Faut-il en effet rappeler que l’élection de Donald Trump ne doit rien au hasard ?

 

Hélas, dans une logique néolibérale proche de celle décrite par Walter Lippmann, l'oligarchie politique s'est accrochée à la chimère d'un monde gouverné par des experts, seuls capables de comprendre les règles économiques universelles immuables, qui rendent de facto inutiles la confrontation de projets de sociétés différents, et subséquemment les débats contradictoires dans le cadre de l'agon, bien qu'ils soient depuis plus de deux millénaires l'essence même de la démocratie.

 

Joyeux Noël tout de même !

 

Sur ce constat, je vous souhaite tout de même un joyeux Noël et vous retrouve la semaine prochaine pour le dernier billet de l'année 2019 !

 

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Et comme il est toujours bon d'enfoncer une porte ouverte quand tout le monde la voit fermée, n'oubliez pas que le plus beau cadeau de Noël que vous puissiez faire aux autres est votre présence !

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14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 13:50

 

 

Dans mon précédent billet, j'avais présenté le système de retraite français et donné quelques clés pour comprendre la réforme souhaitée par le gouvernement. On ne sait d'ailleurs plus si cette réforme correspond dans les termes à celle voulue par Emmanuel Macron ou s'il s'agit d'une version modifiée par Édouard Philippe, d'où un flou artistique supplémentaire. Aujourd'hui, je m'attarderai sur les annonces faites par le Premier ministre, qui témoignent d'une volonté de passer en force et d'une méconnaissance des réalités sociales, à moins que ce ne soit simplement le parachèvement d'une politique néolibérale entamée en 2017...

 

Les annonces du Premier ministre

 

Cette vidéo résume en moins de 3 minutes l'essentiel de ce qu'il faut retenir des annonces d'Édouard Philippe, faites  devant le Conseil économique, social et environnemental (CESE) :

Ainsi, le gouvernement veut absolument créer un régime universel de retraite, qui se substituerait aux 42 régimes actuels. Mais contrairement à une idée reçue, cela ne signifie en rien la disparition de certains régimes dérogatoires, les policiers, entre autres, ayant déjà obtenu quelques garanties de ce côté-ci... Mais comme l'explique Daniel Cohen dans une vidéo à voir en bas de cet article, ce n'est pas parce que cette réforme se veut universelle qu'elle est forcément juste. Au contraire, elle va faire un grand nombre de perdants, qui n'auront que faire des arguments d'universalisme ! Quant au siphonnage des caisses de retraite autonomes, à l'instar de celle des professions libérales, le gouvernement semble avoir abandonné cette idée explosive.

 

En ce qui concerne l'âge de départ en retraite, il est prévu de l'augmenter à 64 ans au moyen d'un mécanisme appelé âge pivot. En pratique, il s'agit d'appliquer un malus sur la valeur du point en cas de départ à la retraite avant 64 ans et un bonus pour ceux qui accepteraient de travailler après 64 ans. Et pour mieux faire passer la pilule, l'âge pivot devient un "âge d'équilibre" dans la bouche du Premier ministre, qui envisage de l'appliquer à partir de 2027, histoire d'anesthésier les critiques pendants quelques années... C'est cette ligne rouge de l'âge de départ qui a été franchie selon la CFDT, alors même que la centrale syndicale était jusque-là le seul soutien du gouvernement !

 

Enfin, la question de l'évolution du point reste floue, dans la mesure où aucun engagement ferme ne semble avoir été pris pour en faire évoluer la valeur en fonction du salaire moyen. Tout au plus le gouvernement a-t-il évoqué une indexation progressive, qui laisse planer des doutes sérieux. Ce d'autant plus que le Premier ministre a parlé d'une loi "pour que la valeur des points acquis ne puisse pas baisser"... Pourtant, nous gardons tous à l'esprit cette déclaration devenue célèbre de François Fillon :

Quant à la retraite minimum pour une carrière complète, Édouard Philippe ratisse gratis en évoquant 85 % du SMIC, puisque dans la loi réformant la retraite en 2003, on pouvait lire : "La Nation se fixe pour objectif d'assurer en 2008 à un salarié ayant travaillé à temps complet et disposant de la durée d'assurance nécessaire pour bénéficier du taux plein un montant total de pension lors de la liquidation au moins égal à 85 % du salaire minimum de croissance net lorsqu'il a cotisé pendant cette durée sur la base du salaire minimum de croissance". Bref, avec cette promesse, le gouvernement ne ferait qu'appliquer une loi vieille de deux décennies !

 

Une transition délicate

 

La transition entre le système actuel et le faux régime universel façon Macron sera à l'évidence compliquée. Face aux critiques, c'est un euphémisme, le gouvernement ne prévoit d'appliquer la réforme qu'à compter de 2037 (personnes nées après 1975) suivant un calendrier qui tient de l'usine à gaz :

 

Calendrier de la réforme des retraites selon l'âge de naissance des personnes

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Les retraites comme variable d'ajustement budgétaire

 

Au lieu de créer un système universel de retraite (sic), la réforme se veut en fait une standardisation des retraites quelle que soit la situation réellement vécue par le travailleur. À bien y regarder, elle consiste surtout à rendre le système actuel moins généreux au nom de l’indispensable lutte contre les 17 milliards d'euros de déficit potentiel du système par répartition actuel en 2025, sachant que la France est l'un des pays de l'UE qui dépense le plus (en % du PIB) pour les retraites (12 %). Pourtant, et il faut le marteler, l'argument est fallacieux :

Il s'agit ni plus ni moins que de faire des retraites une variable d’ajustement des finances publiques, parachevant de la sorte l'évolution de notre État social vers un État néolibéral. L'État aurait la mainmise sur l'ensemble de la protection sociale, mais confierait bon prince aux partenaires sociaux la tâche de remettre les comptes du régime de retraite à l'équilibre.

 

Il leur concède également le soin de fixer la valeur du point mais "sous le contrôle du Parlement", ce qui en dit long sur le paritarisme version Macron, d'autant que l'introduction d'un âge pivot met à mal l'argumentaire d'une valeur unique du point. Et pour diviser le front social, le gouvernement relèvera la pension minimum de retraite à 85 % du SMIC, ce qui semble avoir satisfait les agriculteurs, mais n'est rien d'autre qu'une mise en conformité avec la loi comme je l'ai expliqué plus haut.

 

Quant aux précaires, ils sont déjà perdants à la suite de la réforme de l'assurance-chômage et voilà qu'ils vont encore y laisser des plumes à la retraite, puisque seules les périodes de chômage indemnisées permettent d’engranger des points. Les enseignants, de leur côté, seront dépendants d'une revalorisation à définir de leur rémunération, afin de tenir compte du niveau de prime plus faible qui leur est versé et dont le montant sera après la réforme inclus dans le calcul de leur retraite. Bref, une usine à gaz.

 

Enfin, pour vous faire une idée plus précise, je vous propose les analyses de grands économistes :

 

 * la première de Thomas Piketty

 * la seconde de Daniel Cohen, qui rappelle que ce n'est pas parce que cette réforme se veut universelle qu'elle est forcément juste

En définitive, malgré les mises en garde des quatre économistes qui ont inspiré le programme du candidat Macron en 2017, le gouvernement a choisi de poursuivre dans la logique de son idée, ce qui selon Hannah Arendt est la définition même de l'idéologie. Cela achève de démontrer le peu de cas qui est fait de la concertation démocratique, alors même que le gouvernement se réfère ad nauseam à la réforme des retraites dans les pays nordiques, dont il y aurait du reste beaucoup à dire...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du Huffington Post.

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3 décembre 2019 2 03 /12 /décembre /2019 15:51

 

 

Au vu de la grève massive qui se profile le 5 décembre, il m'a semblé utile d'apporter ma contribution au débat, d'autant que j'avais récemment écrit sur la pauvreté en France et la situation catastrophique des chômeurs de plus de 50 ans. Bien entendu, il ne peut s'agir d'être exhaustif - le sujet est bien trop vaste et technique pour tenir tout entier en un article de blog -, mais juste de donner des éléments clés.

 

Une présentation globale du système de retraite français

 

Plutôt qu'un long discours, voici une petite vidéo qui résume bien le fonctionnement du système de retraite par répartition et ses problèmes :

Régime par répartition vs régime par capitalisation

 

Le système français de retraite fonctionne par répartition, c'est-à-dire que les cotisations versées par les travailleurs et employeurs aux caisses servent à payer les pensions de retraite. Autrement dit, ce système repose sur la solidarité entre générations et la mutualisation. Face aux difficultés rencontrées pour équilibrer les régimes par répartition, certains préconisent alors le passage à un régime par capitalisation, dans lequel les cotisations font l’objet de placements financiers ou immobiliers, dans un cadre individuel ou collectif ; ce sont ces placements et leurs revenus qui servent dans ce cas à verser une pension de retraite.

 

Or, ce serait tout d’abord oublier un peu vite que le système par répartition a été bâti sur la solidarité entre les générations, avec un ensemble de filets de sécurités que la capitalisation n’offre pas. Qu'il suffise de se souvenir des grandes faillites d'entreprises aux États-Unis, qui ont réduit à néant tant de plans de retraite par capitalisation détenus par les ménages ! À chaque crise (boursière ou économique), les très nombreux salariés qui cotisent dans des fonds de pension - essentiellement des fonds à cotisations définies comme les célèbres 401k - y laissent leurs plumes... De plus, la retraite par capitalisation ne résout en rien le problème démographique (16 millions de retraités pour près de 28 millions d’actifs en France), qui se traduit inéluctablement par une baisse tendancielle du ratio cotisants/retraités. Quel que soit le régime de retraite (répartition ou capitalisation), ce sont toujours les revenus des actifs de l'année N qui financent les revenus des retraités de l'année N.

 

La réforme Macron

 

Jean-Paul Delevoye, conformément à la feuille de route fixée par le Président de la République, a préconisé de conserver le régime par répartition, pour en faire à l’horizon 2025 un régime universel par points où chaque euro cotisé ouvrirait les mêmes droits. En particulier, les 42 régimes de retraites actuels seraient fondus dans un régime universel où le point serait indexé sur la dynamique des salaires et non l’inflation.

 

 

[ Source : Ouest France ]

 

Cocorico ? Hélas, sous couvert d'universalisme, cette réforme cache des intentions bien moins nobles...

 

Pourquoi la réforme est-elle injuste ?

 

Disons-le d'emblée : personne ne nie la nécessité de rendre le système des retraites plus lisible, mais pas dans la précipitation, d'autant que nous disposons de temps pour bien faire, comme je vais le montrer. Hélas, au lieu de créer un système universel de retraite (sic), la réforme se veut en fait une standardisation des retraites quelle que soit la situation réellement vécue par le travailleur. À bien y regarder, elle consiste surtout à rendre le système actuel moins généreux au nom de l’indispensable lutte contre les 17 milliards d'euros de déficit du système par répartition actuel, sachant que la France est l'un des pays de l'UE qui dépense le plus (en % du PIB) pour les retraites (12 %). Pourtant, l'argument est fallacieux :

Il s'agit ni plus ni moins que de la politique des caisses vides, traduction euphémisée de la politique néolibérale « starve the beast » (« affamer la bête ») , comme le rappelle avec brio Bruno Amable. En pratique, c'est le traditionnel argument du trou de la Sécu, qui permet de faire passer dans l'opinion publique la nécessité d'une réponse forte et courageuse consistant à réduire les dépenses tout en baissant parallèlement les recettes (les cotisations et impôts), car les prélèvements obligatoires sont réputés inutiles. Bref, on affame la bête jusqu'au point où elle n'est plus capable d'avancer. Il devient alors facile de justifier la mise en coupe réglée ou la privatisation de la Sécu, en affirmant qu'il s'agit là du seul viatique... Voilà comment on met à mort une construction sociale majeure, la Sécurité sociale, en s'attaquant méticuleusement à chaque branche. 

 

Quant aux perdants du système dit universel, ils risquent d'être nombreux, même si le site mis en place par le gouvernement tente désespérément d'affirmer le contraire :

 

 

[ Source : Le Parisien ]

 

Ce d'autant plus que la réforme cherche à gommer les différences d'espérances de vie (en bonne santé) entre les travailleurs et laisse à penser que les plus de 50 trouveront facilement du travail jusqu'à plus de 64 ans !

 

En définitive, le principal changement avec cette réforme sera l’ajustement du niveau des nouvelles pensions aux recettes afin d’en assurer l’équilibre, ce qui revient à faire des retraites une variable d’ajustement des finances publiques. Par ailleurs, l'État aura la haute main sur ce nouveau régime de retraite, dont il pourra faire varier la valeur du point à sa discrétion. Et tout cela au nom du progrès. Bienvenue dans le monde orwellien de la macronie !

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du Huffington Post.

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 12:52

 

 

La soirée ciné-débat, organisée par l'Université Populaire de Sarreguemines Confluences (UPSC), en partenariat avec les cinémas Forum de Sarreguemines, fut un grand succès ! De très nombreuses personnes ont fait le déplacement pour voir nouveau film de Costa-Gavras Adults in the room, qui s'appuie sur le livre de l'ancien ministre des Finances grec Yánis Varoufákis, et participer ensuite au débat (près d'une heure trente de discussions, parfois intenses !). Il m'a donc semblé utile de compléter mon propos par quelques chiffres précis sur la situation actuelle de la Grèce, afin de montrer que les politiques d'austérité ne soignent pas une économie malade mais la tuent !

 

Le lecteur intéressé par la crise grecque, les politiques d'austérité et leurs conséquences, pourra utilement se référer au chapitre 33 de mon dernier livre Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie ! ou au chapitre 9 de mon petit manuel d'économie Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition). Accessoirement, c'est aussi une bonne idée de cadeau de Noël !

 

La croissance

 

D'aucuns se persuadent que si le taux de croissance est positif, cela signifie que le pays va nécessairement mieux :

Mais outre que le taux de croissance ne dit rien de la réalité productive du pays (spécialisation, viabilité du modèle économique, etc.), un tel indicateur achève de ravaler un problème social/politique au rang de simple problème économique chiffré. Autrement dit, après une telle dépression économique, il n'y a rien d'exceptionnel à voir le taux de croissance redevenir légèrement positif, mais cela ne dit rien de la situation sociale et économique du pays.

 

Baisse du taux de chômage à la faveur d'une hausse du travail précaire

 

Là aussi, bien que le taux de chômage demeure le plus élevé de la zone euro, certains notent qu'il est passé sous la barre des 20 % :

Mais la baisse du taux de chômage s'accompagne hélas d'une progression salariale défavorable aux ménages, en raison de la libéralisation du marché du travail exigée par la Troïka (BCE, FMI et Commission européenne) :

Les emplois créés à la faveur de cette libéralisation sont en effet précaires et peu rémunérés, constat que l'on fait dans tous les pays qui ont pratiqué ce genre de politiques. Même les médecins ont quitté le pays faute de conditions d'embauches acceptables. Rien d'étonnant donc à ce que la part de la population exposée au risque de pauvreté ou d'exclusion sociale s'élève à plus de 30 %, un record dans la zone euro !

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Il n'est donc pas certain qu'un modèle économique basé sur le tourisme, la culture et le transport maritime soit à même de permettre un développement soutenable du pays.

 

Une dette publique stratosphérique

 

Malgré tous les plans de la Troïka pour limiter l'endettement à défaut de la restructurer, le taux d'endettement public demeure à des niveaux stratosphériques :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Face à une telle montagne de dette, la seule solution est le défaut partiel, quel que soit le nom qu'on lui donne pour mieux faire passer la pilule... Même le FMI se prend à douter de la convalescence de la Grèce : dans un rapport publié il y a quelques jours, l'institution de Washington évoque une croissance plus faible qu'anticipée, un sous-emploi structurel élevé, des banques fragiles, etc.

 

Mais la Troïka a préféré poursuivre le jeu de massacre en accordant un moratoire sur 40 % du stock de dette publique pendant 10 ans, ce qui revient à dire que la Grèce ne commencera à rembourser qu'en 2032 et terminera vers 2069 ! Mais pour ce faire, le gouvernement devra dégager chaque année un excédent budgétaire primaire de 3,5 % du PIB jusqu'en 2022 et 2,2 % ensuite ! Seules des pétromonarchies sont pourtant capables de telles prouesses... ce qui revient à dire que la prochaine génération devra à son tour, inévitablement, négocier un plan de restructuration de la dette publique ! En attendant (Godot), le gouvernement privatise à tout-va pour être bien vu de ses créanciers et remplir désespérément ses caisses...

 

Les fragilités bancaires

 

Les créances douteuses représentent plus de 40 % des bilans bancaires et les taux d'intérêt pratiqués par les banques restent très élevés :

 

 

[ Source : https://www.bankofgreece.gr ]

 

En définitive, derrière des indicateurs économiques qui ne donnent en réalité aucune information pertinente, se cache une réalité socio-économique (et politique) bien moins reluisante. Disons-le clairement : la Grèce va très mal ! Sans changement profond des structures sociales et économiques du pays, il ne retrouvera jamais le chemin du développement, d'autant que la crise migratoire complique encore les choses. En tout état de cause, ce ne sont pas les mesures d'austérité qui l'y aideront, c'est certain ! Pourtant, aussi surprenant que cela puisse paraître, malgré ce contexte dépressif, l'opinion publique grecque reste fortement attachée à la zone euro.

 

Mais actuellement, la Grèce a quelque peu disparu des radars médiatiques, remplacée par l'Italie, dont la situation socio-économique est elle aussi très dégradée...

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 11:16

 

 

Malgré les annonces lénifiantes, l'économie grecque reste dans un état catastrophique : dette publique gigantesque (180 % du PIB), chômage très élevé, austérité généralisée, et plus généralement climat social dégradé. À tel point que même le FMI vient de conclure il y a quelques jours que « la convalescence de l’économie grecque est décevante ». Autrement dit, là où certains veulent voir un malade guéri, d'autres y voient plutôt un malade mort !

 

C'est dans ce contexte que l'Université Populaire de Sarreguemines Confluences (UPSC), en partenariat avec les cinémas Forum de Sarreguemines, m'a proposé d'animer un ciné-débat consacré à la crise grecque, lundi 25 novembre à 20h :

 

 

La soirée débutera par la projection du nouveau film de Costa-Gavras Adults in the room, qui s'appuie sur le livre de l'ancien ministre des Finances grec Yánis Varoufákis. Ce film montre les coulisses des négociations entre la Grèce et les institutions internationales/européennes au plus fort de la crise grecque, et ne manquera pas de susciter de très nombreuses questions. C'est pourquoi, j'animerai ensuite un petit débat sur la crise grecque, ses conséquences, son actualité brûlante et le rôle trouble joué par les institutions internationales/européennes.

 

Vous trouverez à cette adresse les détails de cette soirée, sachant que les billets peuvent d'ores et déjà être achetés :

 

https://www.lescinemasforum.fr/evenement/1801705-soiree-debat-lundi-25-novembre-a-20h00

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13 novembre 2019 3 13 /11 /novembre /2019 16:18

À la suite de ma conférence donnée à l'UPT de Forbach sur le trop-plein d'inégalités ressenties par les Français (revenus, retraites, impôts, pouvoir d'achat, patrimoines, etc.), il m'a semblé utile d'évoquer sur mon blog les dernières estimations de l'INSEE concernant l'évolution des inégalités et de la pauvreté en France.

 

Certes, il faut en principe attendre le mois de septembre 2020 pour connaître le taux de pauvreté et les principaux indicateurs d’inégalités de niveau de vie relatifs à l’année 2018. Mais à la faveur d'une microsimulation basée sur un échantillon représentatif de ménages de l'année 2018 et les dernières données disponibles (démographie, économie, législation...), l'INSEE est en mesure de fournir dès l’automne 2019 des indicateurs avancés sur l’année 2018. Et le moins que l'on puisse dire est que globalement la situation empire...

 

Évolution de l'indicateur de Gini en France

 

Au sein de chaque pays, les inégalités de revenus peuvent être appréhendées par l'indicateur de Gini, qui compare l’état de la répartition des revenus à une situation théorique d’égalité parfaite. Ainsi, plus il est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité ; plus il est proche de un, plus on s'approche d'une situation où un seul individu reçoit tous les revenus. Selon les estimations de l'INSEE, l’indice de Gini aurait augmenté en 2018 de 0,005, pour s’établir à 0,294, ce qui constitue la plus forte hausse depuis 2010, bien que le niveau de 2018 resterait tout de même en dessous du pic atteint en 2011 :

 

 

[ Source : INSEE Analyses n°49 ]

 

Évolution du rapport entre les niveaux de vie

 

Un autre indicateur pertinent est le rapport entre la masse des revenus détenue par les 20 % d’individus les plus riches et celle détenue par les 20 % des personnes les plus pauvres. Jamais avares de langage abscons, les économistes appellent ce rapport le ratio (100-S80)/S20. Après une quasi-stabilité depuis 2013, celui-ci augmenterait en 2018 de 0,1 point, pour s’établir à 4,4 :

 

 

[ Source : INSEE Analyses n°49 ]

 

Évolution du rapport interdécile

 

Un dernier indicateur étudié est le rapport interdécile D9/D1, qui est le ratio entre le niveau de vie au-dessus duquel se situent les 10 % les plus riches et celui au-dessous duquel se situent les 10 % les plus pauvres. Celui-ci resterait stable en 2018 à 3,5 :

 

 

[ Source : INSEE Analyses n°49 ]

 

Évolution de la pauvreté en France

 

Venons-en à présent à la pauvreté, qui est un phénomène multidimensionnel comme le montre cette infographie du Monde :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Dans ses estimations, l'INSEE s'est intéressée au seul taux de pauvreté monétaire, qui correspond à la proportion de personnes dont le niveau de vie est inférieur à 1 026 euros par mois pour une personne seule en 2018 (60 % du revenu médian, qui s'élève à 1 710 euros nets par mois en 2018). Selon l'INSEE, ce taux de pauvreté aurait augmenté de de 0,6 point, pour s’établir à 14,7 % de la population, soit 9,3 millions de personnes !

 

 

[ Source : INSEE Analyses n°49 ]

 

L'INSEE précise cependant : "ces estimations tiennent compte de la baisse des allocations logement dans le parc HLM en 2018, mais pas de la réduction de loyer de solidarité destinée à la compenser, qui n’entre pas, par définition, dans la mesure des niveaux de vie". Autrement dit, le taux de pauvreté monétaire ne doit pas être vu comme un indicateur de pouvoir d’achat qui tiendrait compte des revenus et des dépenses. Mais cela rappelle tout de même le coup de folie (humain et politique) d'Emmanuel Macron, lorsqu'il a décidé de baisser ces aides, démontrant par là même son incapacité à s'intéresser et à comprendre la vie du petit peuple :

Mais même sans prendre en compte cette baisse des allocations logement, le taux de pauvreté monétaire augmenterait de 0,2 point en 2018, pour s’établir à 14,3 % de la population, soit 9,1 millions de personnes ! Pour un pays où les revenus du capital permettent (trop) souvent de s'enrichir sans peine, la pauvreté en devient encore plus intolérable !

 

 

La France en macronie adore encenser les premiers de cordées, au détriment de tous ceux qui aspirent seulement à vivre une vie simple à partir des fruits de leur travail. Dès lors, inégalités et pauvreté ne constituent plus une priorité de la politique économique ; pire, elles en sont la conséquence (instauration d'une flat tax, suppression de l'ISF, etc.) !

 

Derrière les beaux discours qui font des très hautes rémunérations la contrepartie du seul talent, se cache une vérité contenue dans le long monologue du Mariage de Figaro (1784) : "Parce que vous êtes un grand Seigneur, vous vous croyez un grand génie !... Noblesse, for­tune, un rang, des places : tout cela rend si fier ! Qu’avez­-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus…"

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6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 13:08

 

 

Lorsqu'en économie il est question de l'Italie, c'est rarement pour  la Dolce Vita mais le plus souvent en raison de son économie malade. De la démission de Matteo Renzi en 2016, jusqu'à l'actuelle coalition entre le Mouvement 5 étoiles (M5S) et le Parti démocrate, en passant par l'improbable « contrat pour un gouvernement de changement » entre le M5S et la Ligue de Matteo Salvini en 2018, la crise politique semble sans fin en Italie. La crise économique également ! Dans ce billet, je m'attacherai à vous présenter la question de la dette publique, qui a atteint dans ce pays un niveau très inquiétant...

 

Déficit public et dette publique

 

Pour l'instant, le déficit public permet de stabiliser plus ou moins le taux d’endettement public, malgré l'absence de gains de productivité et le vieillissement de la population :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Il est vrai qu'au vu du niveau stratosphérique atteint par l'endettement public (près de 135 % du PIB !), il vaut mieux qu'il n'augmente plus :

Infographie: Italie : la dette publique continue de gonfler | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

 

Existe-t-il un risque de défaut sur la dette publique ?

 

A priori, tant qu'un État peut augmenter sa pression fiscale pour redevenir solvable, la question du défaut ne se pose pas. Mais celle-ci est déjà très élevée en Italie :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Heureusement, la politique monétaire ultra-expansionniste menée par la BCE depuis quelques années a conduit à une compression des taux d'intérêt dans la zone euro, qui permettent à l'Italie d'assurer temporairement sa solvabilité :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Hélas, à moins d'imaginer un monde (fou) où les taux d'intérêt resteraient perpétuellement bas, il faudra bien un jour que l'Italie affronte ses difficultés avant que les taux ne remontent. Si cela n'est pas fait, je crains fort que la hausse des taux d’intérêt ne déclenche une crise de la dette publique en Italie et partant la spéculation sur l’éclatement de la zone euro, comme à l'époque de la crise en Grèce !

 

Et si l'Italie décidait alors de faire défaut sur une partie de sa dette publique, détenue aux deux tiers par des résidents domestiques, je vous laisse imaginer la dépression économique dans le pays et la déflagration au sein de la zone euro, où l'économie italienne pèse 20 % du PIB ! En dernier ressort, le gouvernement italien pourra toujours espérer une monétisation de sa dette publique, c'est-à-dire un rachat de ses titres de dette publique par la Banque centrale, mais cela se fera au prix d'une perte de souveraineté que les Italiens ne sont certainement pas prêts à accepter !

 

Dans ce contexte, s'imaginer qu'il est encore possible d'échapper à une crise de la zone euro relève d'un voeu pieux !

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29 octobre 2019 2 29 /10 /octobre /2019 14:14

 

 

En cette période de rentrée, les impôts constituent un marronnier médiatique. C'est pourquoi, après de nombreux billets sur la politique monétaire et la fausse bonne nouvelle de la baisse du chômage, j'ai souhaité aborder la fiscalité sous un angle plus original. Il sera ainsi question aujourd'hui de dépenses publiques et de prélèvements obligatoires, mais surtout de redistribution, car cette fonction assez récente de l'impôt est souvent mal comprise. Une fois n'est pas coutume, nous allons nous appuyer sur les statistiques glissées par les services du ministre du budget dans nos déclarations d'impôts... 

 

Les prélèvements obligatoires

 

De façon simple, les prélèvements obligatoires sont constitués de l’ensemble des impôts, taxes fiscales et cotisations sociales prélevés par les administrations publiques et les institutions européennes. Dans le détail, ils se répartissent de la sorte :

 

 

[ Source : https://www.aquoiserventmesimpots.gouv.fr ]

 

Dans le très joli feuillet que les impôts vous ont fait parvenir, on lit que "contrairement aux idées reçues, les impôts sur le revenu ne représentent que 7 % du total des impôts et taxes payées par les Français". Sans la marque du pluriel à impôt, on aurait pu concéder une facilité de langage du gouvernement, mais évoquer les "impôts sur le revenu" est volontairement tendancieux. En effet, dès que l'on parle d'impôt sur le revenu, on pense d'emblée à la déclaration que chaque ménage fait une fois par an et qui représente bien 7 % des prélèvements obligatoires.

 

Mais il existe un autre impôt sur le revenu, qui trop souvent est occulté dans les débats puisque non lié au budget de l'État : la CSG. Créée au début des années 1990, la contribution sociale généralisée (CSG) est un impôt proportionnel - c'est-à-dire que son taux est le même pour tous les niveaux de revenus (flat tax) - destiné à la Sécurité sociale, prélevé sur les salaires, les primes, les pensions de retraite, les revenus du patrimoine, les allocations-chômage, etc. De sorte que c'est bien à l'ensemble (IR+CSG) que devrait se rattacher l'expression "impôts sur le revenu".

 

Dépenses publiques et prélèvements obligatoires

 

Il ne s'agit pas pour moi de jouer sur des nuances sémantiques (taxes, redevances, prélèvements,...), mais juste de rappeler que les prélèvements obligatoires servent à financer les dépenses publiques, en particulier les retraites, l’assurance maladie et l’Éducation nationale, qui en représentent plus de 55 % :

 

 

[ Source : https://www.aquoiserventmesimpots.gouv.fr ]

 

Alors certes, d'aucuns affirmeront que les dépenses publiques sont trop élevées :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Mais les administrations publiques ne s’enrichissent pas elles-mêmes en dépensant, au contraire elles contribuent à augmenter la capacité de production de richesses futures de l’ensemble de l’économie par des investissements porteurs, des subventions bienvenues ou des dotations suffisantes. Autrement dit, les dépenses publiques de l'État n'ont rien à voir avec les dépenses d'un ménage comme certains s'échinent à le répéter ; elles sont avant tout le fruit d'un compromis social entre des citoyens qui veulent œuvrer à l'intérêt général. S'il n'est alors pas exclu de s’interroger sur leur nature et leur efficacité, il faut néanmoins se garder de vouloir les couper à tout prix, sous peine de plonger l'économie dans un tourbillon récessif. Et pourtant, la réforme des retraites montrent que c'est le (mauvais) chemin qui est pris...

 

La redistribution

 

La redistribution consiste pour l'État et la Sécurité sociale à effectuer des transferts monétaires ou en nature vers les ménages dans le cadre d'un objectif de justice sociale. Assez curieusement, le gouvernement communique énormément ces dernières semaines sur ce que les économistes appellent la redistribution verticale, celle qui doit servir à réduire les inégalités (la redistribution horizontale couvre les risques sociaux), comme si la crise des gilets jaunes avait laissé plus de stigmates qu'on ne le pensait... Il est vrai qu'Alexis Spire, sociologue et directeur de recherches au CNRS, avait rappelé dans une interview au Monde que les Français ont l'impression de ne plus en avoir pour leur argent avec tous ces services publics qui disparaissent de la carte, et que nombre d'entre eux pensent que leur argent sert juste à financer les dépenses de luxe de la caste dirigeante !

 

Dès lors, pour tenter de redorer le blason, on lit sur le feuillet évoqué plus haut que "les prestations sociales (prestations familiales, allocations logement, minima sociaux et prime d’activité) contribuent pour deux tiers de la réduction des inégalités, et l’impôt progressif sur le revenu pour un tiers". On y lit également que "les impôts et prestations sociales augmentent de plus de deux tiers le niveau de vie des 20 % des foyers les plus modestes, et diminuent d’un cinquième celui des 20 % les plus aisés. Avant impôts et prestations sociales, le niveau de vie des 20 % des ménages les plus aisés est huit fois supérieur à celui des 20 % des ménages les plus modestes. Après redistribution, il est quatre fois plus élevé".

 

 

[ Source : https://www.aquoiserventmesimpots.gouv.fr ]

 

Enfin, il est même question de pauvreté : "notre système redistributif permet également de réduire significativement le taux de pauvreté : celui-ci s’établit aujourd’hui à 14 %, contre 17 % en moyenne dans l’Union européenne, mais atteindrait 22 % en l’absence de redistribution". C'est entièrement vrai et l'on s'étonne qu'un gouvernement qui semblait peu concerné par ces questions il y a tout juste un an, en arrive désormais à chanter les louanges de l'État social français qui coûte pourtant un pognon de dingue selon Emmanuel macron ! Le lecteur intéressé pourra du reste lire ici mon analyse détaillée sur la pauvreté.

 

En définitive, d'aucuns se réjouiront que le gouvernement fasse l'éloge de l'État social et de la redistribution verticale. Mais cela ne doit pas faire oublier que l'impôt est d'abord levé pour des questions civiques comme le rappelle l'article 13 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen : "Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés".

 

Or l'évasion fiscale (même chez les politiciens) et les cadeaux plus ou moins explicitement faits aux plus riches, ont participé de déliter ce bel idéal civique de l'impôt au profit d'un prélèvement obligatoire contrepartie d'un service public rendu. Ce glissement n'est pas que philosophique, au contraire il dénote le passage d'un État-nation à un État-entreprise, ce qui va de pair avec la transformation du citoyen-contribuable en usager-client, ce dernier se contentant de faire un stupide calcul coût-bénéfice pour sa petite personne. Est-ce le progrès version Macron ?

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22 octobre 2019 2 22 /10 /octobre /2019 17:39

 

 

À force de se rengorger dès que le taux de croissance dépasse 1 %, les chefs d'État des pays de la zone euro en oublient que de nombreux vents contraires soufflent sur l'activité en Europe. La croissance potentielle sera par conséquent très faible, d'où des difficultés en cascade pour les finances publiques, les systèmes de retraite, le pouvoir d'achat, etc., d'autant plus que le modèle économique de la zone euro est entièrement dépendant d'une croissance forte.

 

Croissance et croissance potentielle

 

Dans L’économie du XXe siècle (1961), l’économiste français François Perroux a proposé la définition suivante de la croissance : "augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues, chacune de ces périodes comprenant plusieurs cycles quasi décennaux, d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels". L'indicateur retenu est en général le PIB en volume.

 

La croissance potentielle, quant à elle, peut être définie comme celle réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles. Pour l'estimer, on peut utiliser l'une des deux méthodes suivantes :

 

 * méthode basée sur la productivité globale des facteurs 

 

On part d'une fonction de production Cobb-Douglas du type :

Cobb-Douglas.jpg

où Y désigne le PIB, A la productivité globale des facteurs, K le stock de capital, N l’emploi et a la part du coût du travail dans le PIB. Il s'agit donc d'étudier la tendance passée de la productivité globale des facteurs, la croissance future anticipée du stock de capital net et la croissance future de la population active, pour en déduire grâce à cette formule la croissance potentielle de la France.

 

 * méthode basée sur la productivité du travail

 

On part de l'identité suivante : Y = P.N où Y désigne le PIB, P la productivité par tête et N  l'emploi.

 

Dès lors, à partir de la tendance de la productivité par tête et de la croissance future de la population active, on en déduit la croissance potentielle de la France.

 

En tout état de cause, de nombreuses variables influent sur la croissance potentielle. On peut citer principalement : les gains de productivité, l'innovation, les prix de l'énergie et des matières premières, l'investissement, le niveau de formation de la population active, la productivité globale des facteurs de production (rapport entre le volume de la production et l'ensemble des facteurs de production utilisés, qui reflète donc le progrès technique et l'expérience des salariés), la démographie.

 

Estimation de la croissance potentielle de la zone euro

 

Sur la base de la deuxième méthode, la croissance potentielle s'analyse donc en termes de gains de productivité et d'évolution de la population active. Or,

 

 * les gains de productivité dans la zone euro sont faibles ;

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * la population active est peu dynamique en raison du vieillissement démographique, bien que le taux de participation augmente.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Au total, la croissance potentielle de la zone euro s'affaiblit :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En tout état de cause, la faiblesse des compétences de la population active ainsi que son vieillissement, la désindustrialisation, l'insuffisance d'investissement dans les technologies pèsent lourdement sur la croissance potentielle de la zone euro.

 

Les conséquences d'une croissance potentielle faible

 

Parmi les principales conséquences d'une croissance potentielle faible dans la zone euro, on peut citer :

 

 * un faible surplus à partager entre les agents économiques (en particulier les salaires augmenteront peu et les retraites seront sous contraintes fortes), ce qui augmentera les conflits sociaux ;

 

 * des difficultés budgétaires pour les États, dans la mesure où leurs revenus sont assis sur la croissance ;

 

 * un poids croissant du taux d'endettement public ;

 

 * une baisse de l'investissement malgré des taux d'intérêt très bas, qui conduit à un nouveau ralentissement des gains de productivité et partant de la croissance potentielle.

 

Dans un monde qui a construit sa relative prospérité sur la seule croissance, la baisse de celle-ci ne peut que conduire à des problèmes économiques et sociaux graves. Au lieu de chercher à sauver un système économique qui prend l'eau de toutes parts, il eût été judicieux d'imaginer "un autre monde pour nos enfants", expression que l'on entendu ad nauseam chez quasiment les dirigeants politiques en mal de sensationnalisme. Hélas, les intérêts personnels sont encore très puissants et les bonnes volontés semblent s'abîmer dans les sables souvent bitumineux, d'autant que les aspects environnementaux ne servent en fin de compte que d'argument électoral. Pourtant, selon Jeremy Rifkin l'effondrement de la civilisation basée sur l'exploitation fossile aurait lieu avant 2028... Pablo Servigne formule une conclusion sans appel : dans les conditions actuelles, il est impossible de croire que tout peut continuer comme avant. Sapienti sat !

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du site https://bridgingandcommercial.co.uk

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