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3 novembre 2021 3 03 /11 /novembre /2021 14:04

 

 

Il y a quelque temps, un étudiant me demandait ce que signifiait l'expression "banquier du monde" qui sert souvent à qualifier les États-Unis. Comme je pense que cela peut également intéresser les lecteurs de mon blog, j'ai décidé de rédiger un court billet ce sujet, après mes billets sur les dépenses publiques, le prix de l'électricité, la pensée de Cornelius Castoriadis et Robert Owen, père fondateur du mouvement coopératif.

 

Le système monétaire international de 1990 à 2008

 

Du début des années 1990 à 2008, le système monétaire international se caractérisait par les éléments suivants :

 

 * des flux de capitaux de long terme en provenance des pays de l’OCDE et à destination des émergents (Chine incluse), en raison de la forte rentabilité du capital et d'un faible coût salarial unitaire ;

 

 * une balance commerciale largement et structurellement excédentaire dans les pays émergents ;

 

 * une accumulation massive de réserves de change par les pays émergents, pour éviter l'appréciation trop importante de leur monnaie. Comme rappelé dans ce billet, le plus souvent, en fait de devises, ce sont plutôt des titres en devises (essentiellement des bons et obligations du Trésor en dollars) qui constituent les avoirs de réserve. Ces réserves de change permettent alors aux Banques centrales d'intervenir sur le marché des changes afin de réguler les taux de change, et de maintenir la confiance dans leur monnaie.

 

Ce système monétaire international était favorable à la croissance mondiale, en ce que les États-Unis s'endettaient auprès de la Chine pour lui acheter ensuite des produits peu chers, d'où le creusement de la balance commerciale aux États-Unis et l'augmentation des réserves de change en Chine.

 

Le banquier du monde

 

Au vu de la brève présentation ci-dessus, l'on commence à comprendre le rôle des États-Unis dans le fonctionnement du système monétaire et financier international, que l'on qualifie de "banquier du monde" :

 

 * le pays fournit un actif sans risque, lié au "privilège exorbitant du dollar", qui est très demandé dans le monde entier ; cet actif est bien entendu la dette publique des États-Unis, ce qui revient à dire que le pays a traditionnellement une dette extérieure brute composée essentiellement de dette publique ;

 

 

[ Source : Natixis ]

 

* en contrepartie des titres de dette publique achetés par les non-résidents, les États-Unis voient des flux de capitaux entrer dans le pays dont ils se servent pour financer des investissements partout dans le monde en capital ; cela équivaut à dire que les États-Unis ont traditionnellement des avoirs extérieurs bruts composés essentiellement d’actions et d’autres titres liés à l'investissement.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Dit de manière ultra-simplifiée, les États-Unis vendent des titres de leur dette publique à l'étranger et investissent l'argent récupéré dans des entreprises étrangères risquées. Par analogie avec une banque, l'actif est risqué mais le passif est sans risque.

 

Toute la question est alors de savoir si en l'état actuel de l'économie mondiale, et en particulier celle des États-Unis qui souffre toujours d'un manque d'épargne de la nation leur faisant accumuler structurellement de la dette extérieure, les États-Unis pourront conserver ce rôle. D'autant que la Chine est en embuscade...

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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 13:12

 

 

Après mes billets sur les dépenses publiques et le prix de l'électricité, j'ai souhaité prendre un peu de champ comme je l'avais déjà fait en vous présentant la pensée de Cornelius Castoriadis, dont les réflexions jettent une lumière éclatante sur notre société. Aujourd'hui, il sera question de Robert Owen, entrepreneur britannique vu comme le père fondateur du mouvement coopératif et même du socialisme britannique. Lorsque des numéros de pages sont cités, ils font référence à ma traduction personnelle de certains textes rassemblée dans l'excellent recueil de textes de Robert Owen, aux éditions Penguin.

 

Éléments de biographie

 

Robert Owen est né le 14 mai 1771 dans le comté de Montgomeryshire au pays de Galles, plus précisément dans une ville appelée Newtown. Il ne fera que peu d'études, mais développera très tôt un véritable esprit d'entrepreneur (au sens que lui donnera Schumpeter), qui le conduira avec plus ou moins de succès à construire des machines à filer le coton et à diriger de très grandes filatures. Le tournant de sa carrière se produisit lorsqu'il épousa Anne Caroline Dale, fille du propriétaire de la filature de New Lanark. Il devint alors directeur général de l'entreprise en 1800 et prit la décision - révolutionnaire pour l'époque - d'y appliquer des principes paternalistes quasiment inconnus dans les autres manufactures.

 

En 1825, il créa une communauté de vie basée sur ses idées et principes dans ce qui est aujourd'hui l'Indiana (comté de Posey). L'échec de cette utopie (voir ci-dessous) l'affecta beaucoup et il abandonna alors toute participation dans son entreprise la New Lanark, pour s'engager à Londres dans une activité de propagande mêlant socialisme et laïcité. Celle-ci déboucha en 1832 sur l'instauration d'une bourse du travail équitable, sur laquelle les échanges étaient effectués par le moyen de bons de travail semblables à des billets de banque et basés sur le temps de travail (1, 2, 5, 10, 20, 40 et 80 heures). Toujours convaincu néanmoins de l'importance d'un système de production coopératif, il se lança dans diverses créations de guildes/syndicats sectoriels (bâtiment) et même dans une Association of all Classes of all Nations, en 1835. L'on peut donc affirmer que les positions et visions de Robert Owen se sont radicalisées avec le temps.

 

Toutes ses réflexions sur la société, consignées dans plus de 130 livres et d'innombrables discours, firent ainsi de Robert Owen un précurseur du socialisme, dans la veine plus précisément du "socialisme utopique" (Saint-Simon, Fourier...) tel que l'appelait Karl Marx, même si ce dernier voyait également en Robert Owen un précurseur du "socialisme scientifique".  Vers la fin de sa vie, Robert Owen se tourna même vers une forme de spiritualisme millénariste, affirmant que la société était en passe de connaître une grande révolution morale (Book of the New Moral World, 1844), lui qui avait déjà prédit la fin de la religion dans son Catechism of the Moral World en 1838. Il mourut à l'âge de 84 ans, le 17 novembre 1858 à Newtown, lors d'une ultime allocution.

 

Une certaine vision de l'Homme et de la société

 

En sa qualité d'entrepreneur et de directeur d'entreprises, Robert Owen voit les grandes manufactures comme "le principal pilier et support de la grandeur politique et de la prospérité de notre pays".  Néanmoins, il n'a de cesse de répéter dans ses nombreux écrits, qu'il est impératif de tenir compte du bien-être des travailleurs : "si l'attention que vous portez à l'état de vos machines inanimées peut produire des résultats aussi bénéfiques, que peut-on attendre si vous accordez la même attention à vos machines vitales, qui sont bien plus merveilleusement construites ?" (p.5). Il devançait en cela toutes les théories modernes du management, qui portent sur le bien-être au travail et la motivation à l'ouvrage.

 

Mieux, il comprend parfaitement que les principes tenus pour justes par la société sont en fait imposés par la classe sociale dominante, d'où une aberration : "la seconde est la masse restante de la population, qui est maintenant instruite à croire, ou au moins à reconnaître, que certains principes sont infailliblement vrais, et à agir comme s'ils étaient grossièrement faux ; remplissant ainsi le monde de folie et d'incohérence, et faisant de la société, dans toutes ses ramifications, une scène d'insincérité et de contre-action" (p.10).

 

Et lorsque rien n'est fait pour améliorer le sort des pauvres, cela aura des répercussions pour toute la société et donc l'économie du pays. En effet, les pauvres "sont maintenant formés pour commettre des crimes, pour lesquels ils sont ensuite punis". Il en conclut que "c'est dans cet état que le monde s'est maintenu jusqu'à présent ; ses maux ont augmenté et augmentent continuellement ; ils réclament à grands cris des mesures correctives efficaces, qui, si nous tardons plus longtemps, entraîneront un désordre général" (p.10).

 

Il annonce alors son ambition d'améliorer le bien-être d'un pays par la mise en œuvre de principes communautaires que nous détaillerons plus loin : "tout caractère général, du meilleur au pire, du plus ignorant au plus éclairé, peut être donné à toute communauté, même au monde entier, par l'application de moyens appropriés ; ces moyens sont dans une large mesure à la disposition et sous le contrôle de ceux qui ont une influence sur les affaires des hommes" (p.12). Bref, l'on retrouve ici une idée-force de la vision de Owen, à savoir que le caractère de l'Homme est déterminé par l'environnement dans lequel il vit et travaille : "la volonté de l'homme n'a aucun pouvoir sur ses opinions ; Il doit, et il a toujours fait, et il croira toujours ce qui a été, est, ou peut être influencé sur son esprit par ses prédécesseurs et les circonstances qui l'entourent" (p.52).

 

C'est donc cet environnement qu'il faut modifier pour améliorer la société, en s'appuyant sur la raison et l'éducation. Sur ce dernier point, en particulier, il précise : "Ces plans doivent être conçus pour former les enfants, dès leur plus jeune âge, aux bonnes habitudes de toutes sortes (ce qui les empêchera bien sûr d'acquérir celles du mensonge et de la tromperie.) Ils doivent ensuite être éduqués rationnellement, et leur travail doit être utilement dirigé. Ces habitudes et cette éducation leur donneront un désir actif et ardent de promouvoir le bonheur de chaque individu, et cela sans l'ombre d'une exception pour la secte, le parti, le pays ou le climat. Elles assureront aussi, avec le moins d'exceptions possible, la santé, la force et la vigueur du corps, car le bonheur de l'homme ne peut s'ériger que sur les bases de la santé du corps et de la paix de l'esprit." (p.16).

 

Il prend également position de manière plus en plus radicale sur la question du travail des enfants, considérant dans un premier temps qu'il "vaudrait beaucoup mieux pour les enfants, pour leurs parents et pour la société que les premiers ne commencent à travailler qu'à l'âge de douze ans, lorsque leur éducation serait terminée et que leur corps serait plus apte à supporter les fatigues et les efforts qu'on leur demande" (p.30). Il est vrai qu'il avait très bien compris combien les initiatives d'école après 11 heures de travail à la filature ne pouvaient qu'être vouées à l'échec. Dans sa vision de l'éducation, la pédagogie devait s'éloigner de celle de l'instruction publique nationale, tenir compte de l'âge des enfants et les éloigner des livres, comme en témoigne l'école qu'il avait ouverte dans son entreprise à New Lanark après avoir constaté l'échec de celle bâtie par son beau-père. Plus tard, dans son utopie de la société, il souhaitera que chaque couple dispose d'un appartement privé et élève ses enfants jusqu'à l'âge de trois ans environ, puis que la communauté prenne le relais...

 

En tout état de cause, il faisait grand cas des problèmes de violence, d’alcoolisme, de grossesses non désirées et autres périls qui ravageaient le peuple. Il s'inquiétait même du temps de repos de ses ouvriers, prônant 8 heures de travail, 8 heures de loisir, 8 heures de sommeil, répartition qui n'est pas sans rappeler les revendications des mouvements ouvriers.

 

L'expérience de New Harmony

 

Mais ses réflexions ne s'arrêtent pas à la porte de son entreprise. Bien au contraire, la misère économique et sociale qui déferla sur l'Europe après les guerres napoléoniennes l'incita à imaginer une nouvelle organisation de la société humaine (A new view of society). Dans Address to the Working Class (1819), il explicite que la société qu'il appelle de ses vœux prendrait la forme de villages où l'agriculture serait privilégiée sur l'industrie ("civilisation de la bêche"), autonomes et fondés sur des principes communautaires ("villages de coopération") comme la mise en commun de la propriété. Le producteur devra y recevoir une part équitable de la richesse qu'il a contribué à créer, le travail humain étant "le critère naturel de la valeur". Bref, "une science de la société", que certains appelleront plus tard socialisme...

 

Pour mettre en œuvre concrètement sa vision alternative de la société, il fit l'acquisition, en 1824, de 20 000 arpents (vergers, vignobles, terres arables...) et d'une petite colonie de peuplement dans l'Indiana, composée de nombreuses infrastructures (moulins, usine textile, tannerie...), qui deviendra la communauté autonome de New Harmony. Régis par une Charte de la communauté égalitaire de New Harmony, tous les membres devaient être vus comme appartenant à une même famille - ce qui fait référence à la communauté telle que définie sociologiquement par Tönnies -, qui vivraient sur un pied d'égalité en matière de nourriture, d'éducation, de logement, etc. Owen imaginait une ville où les bâtiments seraient organisés en forme de parallélogramme, comme le montre le plan dessiné par l'architecte Thomas Stedman Whitwell :

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

Une exposition à la BNF sur les utopies présentait un document rare de 1826-1828, un numéro de The Co-operative Magazine and Monthly Herald (dirigé par Owen lui-même) dans lequel il était question de New Harmony. On y apprend notamment que les quatre côtés du parallélogramme devaient être occupés par des maisons avec des écoles et des "salles de conversation" aux angles. Hélas, l'édifice tel que dessiné par l’architecte ne fut jamais bâti et les quelque 800 à 900 personnes qui participèrent à la communauté de New Harmony (de nos jours l'on dirait l'expérience de New Harmony) virent l'utopie s'effondrer en 1828, en raison d'une population trop hétérogène (utopistes, aventuriers, vagabonds...), d'une trop grande désorganisation, de contestations (présence de surintendants dans une communauté égalitaire...) et d'une mauvaise gestion.

 

Au-delà de cet échec, les idées promues par Owen eurent une postérité. En effet,  d'anciens membres de New Harmony et même des associations d'ouvriers ou commerçants intéressées par sa vision du monde créèrent de telles communautés au Royaume-Uni, même si parfois leurs statuts furent bien éloignés de la Charte de New Harmony... Mais surtout, les idées d'Owen sur l'éducation connurent un certain écho aux États-Unis, pays où le rêve américain s'harmonisait fort bien avec la foi dans l'éducation pour soigner les maux de la société !

 

P.S. L'image de ce billet est la couverture d'un excellent recueil de textes de Robert Owen, aux éditions Penguin.

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 14:00

 

 

Alors que la crise liée à la pandémie de covid-19 devrait coûter très cher à l'État français, la Commission sur l’avenir des finances publiques, présidée par Jean Arthuis, a préconisé que "les dépenses publiques augmentent tendanciellement moins vite que les recettes, c’est-à-dire moins vite que la croissance potentielle" tout en veillant à "s’assurer de ne pas sacrifier les dépenses ou investissements d’avenir". Bref, la question de la dépense publique refait fort opportunément surface avant l'élection présidentielle, même si pour le moment ce sont plutôt celles du pouvoir d'achat et du prix de l'énergie qui agitent les médias...

 

Les dépenses publiques : quelques faits

 

Par définition, les dépenses publiques correspondent à la somme des dépenses de l’ensemble des administrations publiques : État, bien entendu, mais aussi organismes divers d’administration centrale (ODAC), administrations publiques locales (APUL) et administrations de Sécurité sociale (ASSO). Au total, les dépenses publiques en 2016 s'élevaient à 1 257 milliards d'euros (l'année n'a que peu d'importance pour mon propos, puisqu'il s'agit d'en expliquer les ressorts) :

 

 

[ Source des données : INSEE - Comptes nationaux ]

 

Ce sont les dépenses de protection sociale qui représentent la plus grande part des dépenses publiques en France, tout comme dans les autres États membres de l'UE :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Plus précisément, ce sont les dépenses liées à la vieillesse (dont les retraites !) qui représentent la part la plus importante des dépenses de protection sociale :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Au total la France, avec une dépense publique équivalente à environ 55,6 % du PIB (source Eurostat), se situait en tête du peloton européen avant la pandémie :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

En tout état de cause, il faut faire pièce à l'idée fausse selon laquelle si les dépenses publiques représentent 56 % du PIB, alors il ne reste plus que 44 % pour le privé. Au contraire, dépenses publiques et dépenses privées ne sont pas une part du gâteau PIB ; il ne s'agit là que d'une manière pratique de comparer en pourcentage du PIB des données dont les montants en milliards d'euros dépassent de loin notre niveau de perception. La dépense publique n'est pas prélevée sur la production.

 

Faut-il diminuer les dépenses publiques ?

 

Ce sont les prélèvements obligatoires qui servent à financer les dépenses publiques :

 

 

[ Source : Insee ]

 

Moyennant quoi, le fort taux de dépenses publiques en France  s'explique avant tout par le choix de répondre collectivement en France (jacobinisme quand tu nous tiens...), et par le secteur public, à certains besoins. D'où une différence d'environ 8 points avec la moyenne de la zone euro, dont la moitié s'explique par la protection sociale et principalement les retraites. Et privatiser le système de retraites pour le livrer aux fonds de pension ne résoudrait la question qu'en apparence, puisque la baisse de dépenses publiques enregistrée serait compensée par des placements désormais privés dans les fonds dont il n'est pas évident que les coûts de gestion soient plus faibles que la branche vieillesse de la Sécu !

 

Plutôt que de focaliser l'attention sur le seul montant des dépenses publiques, il importe surtout de s'interroger sur leur nature, leur efficacité, leur nécessité, etc. Mais c'est là un travail bien plus fastidieux et assurément moins vendeur en matière politique, d'autant qu'il faudra admettre que les administrations publiques ne s’enrichissent pas elles-mêmes en dépensant, au contraire elles contribuent à augmenter la capacité de production de richesses futures de l’ensemble de l’économie par des investissements porteurs, des subventions bienvenues ou des dotations suffisantes.

 

Autrement dit, les dépenses publiques de l'État n'ont rien à voir avec les dépenses d'un ménage comme certains s'échinent à le répéter ; elles sont avant tout le fruit d'un compromis social entre des citoyens qui veulent œuvrer à l'intérêt commun. L'on ne peut donc échapper à une réflexion sur l'articulation entre le secteur privé et le secteur public, afin de fixer les missions que les citoyens français veulent confier à la puissance publique.

 

Répétons-le : s'il est indispensable de s’interroger sur la nature et l'efficacité des dépenses publiques, il faut néanmoins se garder de vouloir les couper à tout prix, sous peine de plonger l'économie dans un tourbillon récessif. À moins que l'objectif ultime ne soit de privatiser subrepticement les services publics après les avoir asséchés et désorganisés... Il s'agit alors d'une politique des caisses vides, traduction euphémisée de la politique néolibérale « starve the beast » (« affamer la bête ») , comme le rappelle avec brio Bruno Amable. En pratique, c'est le traditionnel argument du trou de la Sécu, qui permet de faire passer dans l'opinion publique la nécessité d'une réponse forte et courageuse consistant à réduire les dépenses tout en baissant parallèlement les recettes (les cotisations et impôts), car les prélèvements obligatoires sont réputés inutiles. Bref, on affame la bête jusqu'au point où elle n'est plus capable d'avancer. Il devient alors facile de justifier la mise en coupe réglée ou la privatisation de la Sécu, en affirmant qu'il s'agit là du seul viatique...

 

Le débat actuel laisse notamment entendre qu'il n'est pas possible de taxer mieux (en particulier les plus riches qui sortent magnifiquement leur épingle du jeu fiscal comme je l'ai montré dans ce billet). C'est tout simplement (mais qui s'en souvient ?) l'argumentaire développé depuis deux décennies par le MEDEF. En effet, pour le dire simplement, selon eux si les dépenses publiques baissent, alors il est possible de diminuer concomitamment les impôts prélevés pour les financer en particulier ceux des entreprises. Ce faisant, le patronat imagine le cercle vertueux suivant : baisse des impôts et cotisations sur les entreprises => hausse des marges => hausse de l'investissement => hausse des emplois.

 

Les plus attentifs de mes lecteurs auront certainement reconnu là un enchaînement popularisé par le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt en 1974 et qui lui vaut désormais le nom de théorème de Schmidt (sic !). Sauf que ce théorème n'a que très rarement fonctionné dans nos économies (c'est le charme des sciences sociales qui se prennent pour des sciences dures), au point qu'on avait fini sinon par l'oublier au fil des ans au moins par le mettre au placard des curiosités économiques, pour mieux le retrouver ces derniers mois comme tous les concepts "zombie".

 

Le monde d'après, expression répétée ad nauseam par des politiques incapables de proposer une véritable vision alternative de la société, semble prendre une tournure austéritaire tant sur le plan économique que politique. Est-ce vraiment là le nouveau contrat social dont rêvent les citoyens français ?

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du Nouvel Économiste.

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 14:36

 

 

C'est peu dire que la flambée des prix de l’énergie est au cœur de l’actualité. À tel point que le dernier budget de l'État pour le quinquennat, dont j'ai parlé dans ce billet, donne lieu à une foire d’empoigne entre les différents partis politiques, chacun proposant une solution qu'il considère comme la meilleure pour défendre le pouvoir d'achat des Français. En tout état de cause, le gouvernement surveille les prix de l'énergie comme le lait sur le feu, avec en mémoire la crise des gilets jaunes... Comme beaucoup de choses ont déjà été dites sur le prix du gaz, dans ce billet, nous allons plutôt nous concentrer sur les prix de l'électricité.

 

Comparaison des prix de l'électricité au sein de l'UE

 

Globalement, les Français payent moins cher leur électricité que la moyenne européenne, comme le montre Eurostat :

Infographie: Le prix de l'électricité en Europe | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

Comment se calcule le prix de l'électricité en France ?

 

Le prix de l’électricité pour les particuliers dépend de plusieurs facteurs, sachant que depuis 2007, le marché de l'électricité et du gaz est ouvert à la concurrence pour les particuliers :

 

 * les coûts de fourniture de l’électricité, dont tout à chacun comprend qu'il dépend du contexte (temps, saison...) ;

 

 * les taxes (la Contribution au service public de l’électricité (CSPE) qui finance les missions de service public de l’électricité, les Taxes sur la Consommation Finale d’Electricité (TCFE) définies par chaque commune et chaque département, la Contribution Tarifaire d’Acheminement (CTA) qui finance la retraite du régime IEG, la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) qui s’applique avec un taux réduit de 5,5 % sur l'abonnement HT et la CTA, et un taux de 20% sur le prix de l’électricité HT, sur la CSPE et les TCFE) ;

 

 * les coûts d’acheminement ;

 

 * les options tarifaires et la puissance (heures pleines/heures creuses, abonnement, puissance installée du compteur...).

 

Le graphique ci-dessous présente la décomposition du prix moyen de l'électricité, tous consommateurs (à l’exception de la branche électricité) et tous types d’offres (tarifs réglementés ou offres de marché) confondus :

 

 

[ Source : Bilan énergétique de la France pour 2019 ]

 

L'ouverture à la concurrence pour les ménages

 

Sans vouloir trop complexifier ce billet, il me semble important de rappeler le basculement qui s'est opéré lors de l'ouverture à la concurrence. Historiquement, lorsque EDF était encore une entreprise publique intégrée, la tarification de l'électricité devait intégrer les coûts réels de production, de transport et de distribution de l’électricité, afin que le prix payé par le consommateur reflète le coût réel de fourniture de l'électricité par EDF. D'où, ce que les économistes appellent une tarification au coût marginal de production du dernier kWh. Or, comme ce coût marginal varie tout au long de l'année, EDF avait mis en place une tarification à deux étages :

 

 * la part fixe, qui était proportionnelle à la puissance souscrite et devait couvrir le coût d’investissement et le coût de maintenance du parc de production ;

 

 * la part variable, qui était proportionnelle à la quantité d'électricité consommée et devait s'approcher d'une tarification au coût marginal.

 

Après 2007, il fut question de démanteler le monopole d'EDF, de supprimer les tarifs réglementés (TRV) et de permettre aux fournisseurs alternatifs de racheter à EDF une partie de sa production nucléaire à un tarif compétitif appelé ARENH (Accès Régulé à l'Electricité Nucléaire Historique).

 

Ainsi, avant 2007, il n'existait que les Tarifs Réglementés de Vente (TRV) proposés par EDF (souvenez-vous, les tarifs bleu, jaune et vert). Si ces tarifs réglementés ont bien été conservés après 2007, désormais définis par le ministère sur proposition de la CRE et révisés deux fois par an (en août et février), ils doivent refléter les coûts d’approvisionnement des fournisseurs alternatifs pour assurer la concurrence, c'est-à-dire que les fournisseurs alternatifs doivent être en mesure de proposer un prix plus bas que les TRV. Si pendant des années ces offres permettaient de faire des économies en raison des prix faibles sur les marchés de gros, il n'est pas certain qu'il en soit de même dans les mois à venir au vu des hausses que connaît ce marché. Les TRV seront dès lors peut-être plus à même de protéger le consommateur des secousses des marchés (et de la faillite du fournisseur alternatif), même si la hausse des prix de l’électricité est généralisée.

 

Les prix de gros de l'électricité


L’électricité pour les professionnels (électriciens, fournisseurs alternatifs et financiers/spéculateurs) peut s’échanger de gré à gré (marché spot) ou sur des bourses :

 

 * European Power Exchange (Epex) Spot est la bourse du marché spot français ;

 

 * European Energy Exchange (EEX) Power Derivatives est le marché des produits à terme.

 

Ce faisant, l'on comprend vite que même s'il n'y a qu'une faible part de la fourniture d'électricité qui s'appuie effectivement sur le marché spot, cela signifie tout de même que la Commission européenne s'est persuadée que l'énergie, et l'électricité en particulier, est une marchandise comme une autre qu'un marché en libre concurrence est à même de réguler efficacement. Bref, le splendide modèle britannique qui est en faillite ! Et comme l'Europe de l'éducation avait pris l'eau, comme l'Europe de la défense avait pris l'eau, comme l'Europe de la recherche avait pris l'eau... Pourquoi se priver de faire prendre l'eau à l'Europe de l'énergie ?

 

Pour l'électricité, les dépenses de réseaux et d'infrastructures sont tellement gigantesques, que l'on parle en théorie économique de monopole naturel. Il n'y a donc rien de bon à attendre à une libéralisation d'un tel marché, sauf des déséconomies d'échelle et des faillites en cascade ! Peu de gens comprennent que l'électricité est un marché de contraintes physiques et que pour maintenir l'approvisionnement en courant, une tarification au coût marginal sur le marché du gros implique de fixer le prix du MWh sur la centrale la moins productive (= la plus chère). D'où une hausse du prix du gros qui se répercute sur le prix au client, même si encore une fois la part du spot est en fin de compte assez faible. C'est en fait le mode de calcul qui n'est pas adapté à la réalité du monde de l'électricité : une hausse du prix du gaz fait ainsi monter le coût de production d'électricité par une centrale à gaz, d'où une hausse des tarifs de l'électricité pour le client !

 

La Commission ne veut rien changer

 

On l'aura compris, si la Commission européenne accepte que les États membres de l'UE prennent des mesures en ordre dispersé (gel des tarifs, abaissement de la fiscalité, chèques-énergie...), et normalement interdites par la réglementation européenne, c'est que le spectre d'une crise sociale majeure - qui couve depuis des années - inquiète au plus haut point ! Mais, il ne faudra pas compter sur la Commission pour changer quoi que ce soit dans le calcul du prix de l'électricité, le marché de l'électricité en libre concurrence étant vu comme le meilleur outil de régulation, vision partagée publiquement par l'Allemagne...

 

Bref, ceux qui s'imaginaient que le monde d'après covid-19 ferait la part belle au bon sens et à des changements d'idéologie en sont pour leurs frais. Le marché en concurrence libre demeure l'alpha et l'oméga des politiques publiques de l'UE. Quant à ceux qui pensent encore qu'une baisse des taxes sur l'électricité permettra mécaniquement une baisse des prix pour les ménages, ils se trompent lourdement et je les invite à revoir l'histoire de la TIPP flottante de Jospin, un manque à gagner de 2,7 milliards d'euros pour l'État pour seulement 2 centimes d'euros en moins par litre...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du Parisien.

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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 14:41

 

 

À quelques encablures de l'élection présidentielle, le dernier projet de loi de finances du quinquennat  vient d'être présenté en Conseil des ministres avec pour ambition de soutenir la relance et l’investissement tout en cherchant à maîtriser les dépenses publiques. Un grand écart, qui augure mal du prochain quinquennat... C'est pourquoi, après ma conférence sur la dette et mon billet sur l'inflation monétaire, il me semblait utile de consacrer un billet à ce budget 2022 très électoraliste...

 

Les recettes nettes de l'État

 

Ce budget anticipe une hausse de presque toutes les recettes fiscales, conséquence de la reprise de l’activité, d'où un total de recettes nettes qui s’élèverait à 310,9 milliards d’euros en 2022 :

 

 

[ Source : PLF 2022 ]

 

Cette hausse des recettes nettes devrait permettre de dégager des marges de manœuvre pour valoriser politiquement deux indicateurs mis en avant par le gouvernement comme le signe de sa réussite économique durant le quinquennat :

 

 * la baisse du taux de prélèvements obligatoires (43,5 % en 2022), dont on sait pourtant qu'il n'est pas un très bon indicateur, car il ne reflète pas seulement les hausses ou les baisses d'impôts, mais aussi l'évolution de la conjoncture ;

 

 

[ Source des données : PLF 2022 ]

 

 * l’abaissement du taux de l’impôt sur les sociétés de 33,3 % en 2017 à 26,5 % en 2021 (27,5 % pour les grandes entreprises) et 25 % en 2022 pour toutes les entreprises, afin nous dit-on à Bercy de "converger vers la moyenne européenne avec un effet direct sur l’investissement à long terme".

 

Qu'il est désespérant de constater que le gouvernement croit encore à l'effet d'une baisse d'impôt sur l'investissement des entreprises ! En effet, si l'on mesure l’investissement des entreprises par le taux d’investissement net en valeur (pour éviter les effets de qualité dans le prix et le biais d’obsolescence qui oblige à investir plus en brut pour le même investissement net), alors comme le montre le graphique ci-dessous, il y a sous-investissement des entreprises en France depuis 2008, qui ne résulte pas de profits trop faibles, mais du niveau trop élevé de rentabilité exigé par les actionnaires et de l'incertitude !

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Les dépenses nettes de l'État

 

En 2022, les dépenses nettes de l’État pour 2022 s’élèveraient à 454,6 milliards d’euros : 385 milliards d’euros pour les dépenses du budget général, 43,2 milliards pour les collectivités territoriales et 26,4 milliards pour l’Union européenne.

 

 

[ Source : PLF 2022 ]

 

Globalement, les fonds alloués aux différentes augmentent à quelques exceptions notables près, même si ces hausses ne sont parfois que des gouttes d'eau face à l'immensité des chantiers :

 

 

[ Source : France Bleu ]

 

Les dépenses publiques

 

Je consacrerai un prochain article de mon blog à la question des dépenses publiques, donc je serai plutôt bref aujourd'hui. Je rappellerai juste qu'elles correspondent à la somme des dépenses de l’ensemble des administrations publiques : État, bien entendu, mais aussi organismes divers d’administration centrale (ODAC), administrations publiques locales (APUL) et administrations de Sécurité sociale (ASSO).

 

En 2022, les dépenses publiques devraient représenter 55,6 % du PIB, contre 59,9 % en 2021. Mais cette baisse est en trompe-l’œil, dans la mesure où ce budget tient compte de la diminution des dépenses de soutien d’urgence et de relance (34,5 milliards d’euros), tandis que les dépenses des ministères — appelées dépenses pilotables — devraient augmenter de près de 12 milliards d’euros. Cela permet juste aux ministres de répéter en chœur (et avec la main sur le cœur pour certains !) que ce budget vise la "maîtrise des dépenses publiques", "la rationalisation des moyens de l’administration", "le sérieux budgétaire", "la mutualisation des moyens" et j'en passe...

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), organisme indépendant placé auprès de la Cour des comptes, n'a en revanche pas goûté les imprécisions et incomplétudes de ce budget, comme cela ressort très clairement de l'avis qu'il a rendu et qu'il faut lire :

 

 

[ Source : HCPF ]

 

Déficit et dette

 

Plutôt que de longues phrases, voici l'évolution du solde général du budget de l'État :

 

 

[ Source : PLF 2022 ]

 

En 2022, le déficit budgétaire s'élèvera à 143,4 milliards d’euros, contre 197,4 milliards en 2021. En ajoutant les soldes de toutes les administrations publiques, dont celui de la Sécurité sociale qui est dans le rouge, l’on obtient un déficit public de 4,8 % du PIB pour 2022, qui sera financé par de la dette publique dont le niveau atteindrait 114 % du PIB en 2022 après 115,6 % en 2021 :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Et comme gage de son sérieux budgétaire, le gouvernement a décidé de mettre en œuvre un mécanisme de cantonnement de la dette liée à la covid-19 (165 milliards pour l’État et 65 milliards pour la Sécurité sociale). Cela le contraindra à affecter chaque année, jusqu'en 2042 (sic !) une partie des recettes à ce désendettement (1,9 milliard d'euros en 2022), au détriment, hélas, d’autres priorités… Et le pire est que nombre de citoyens finissent par penser que le remboursement de la dette publique - notion floue au niveau macroéconomique - est une priorité, ce qui révèle une véritable violence symbolique au sens que lui a donné Bourdieu !

 

Et après les élections en 2022, je parierai que le prochain gouvernement nous jouera le couplet de la nécessaire austérité budgétaire au nom de crédibilité de la France, de la compétitivité et de tout ce que vous voulez. Dans les conditions actuelles, où le corps social menace de s'effondrer, cela risque d'être un requiem...

 

P.S. L'image de ce billet provient du site de la ville de Maisons-Alfort.

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 13:30

 

Dans mon précédent billet, je vous avais annoncé ma conférence qui aura lieu à l'UPT de Forbach ce mardi 5 octobre à 19h. Cette conférence, intitulée Qui paiera la dette après la crise du Covid-19 ?, est en phase avec l’actualité si l'on en juge par le budget que le gouvernement vient de présenter : le taux d'endettement public en France devrait atteindre 114 % du PIB en 2022, contre 115,6 % en 2021, et il est question d'un cantonnement de la dette liée à la covid-19 !

 

Le Républicain Lorrain vient du reste d'annoncer ma conférence dans ses colonnes :

 

Ainsi, après avoir expliqué le rôle de l’État et de la Banque centrale dans la lutte contre cette crise, nous analyserons l’évolution de l’endettement public (et privé) et sa soutenabilité. Cette conférence s’adresse à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. L’entrée est fixée à 5€.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

 

[ Cliquer sur la carte pour l'agrandir ]

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30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 18:49

 

Pour faire face à la pandémie de covid-19, les États ont pris de nombreuses mesures de limitation des déplacements de personnes et des échanges commerciaux. D’où une récession  d’un genre nouveau, dont les agents économiques (État, entreprises et ménages) ont cherché à limiter l’ampleur en s’endettant, parfois pour des montants gigantesques, comme dans le cas des plans d’aide sectoriels et de relance mis en œuvre par l’État (« quoi qu’il en coûte », voir ici mon analyse du plan de relance français). Mais en fin de compte, après la crise de la covid-19, qui paiera la dette ?

 

Afin d’analyser le rôle de l’État et de la Banque centrale dans la lutte contre cette crise, l’évolution de l’endettement public (et privé) et sa soutenabilité, je donnerai une conférence à l’Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach, mardi 5 octobre 2021 à 19h. Celle-ci est ouverte à tous et ne nécessite aucune connaissance particulière. L’entrée est fixée à 5 €.

 

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

 

 

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 11:27

 

 

Comme vous le savez, mes travaux de recherches portent sur les monnaies locales. Mon terrain d'étude est le Florain, monnaie locale complémentaire qui circule depuis octobre 2017 sur Nancy et le Sud de la Meurthe-et-Moselle. Celle-ci a fait l'objet d'un petit reportage sur France 3 et les journalistes m'ont alors demandé de donner quelques éléments plus généraux concernant les monnaies locales.

 

Je me suis prêté à l'exercice, à distance et en direct, pour un format de 2m30 à retrouver ci-dessous en cliquant sur l'image et en choisissant l'émission du vendredi 24 septembre  (le reportage sur le Florain commence à 1m21 et je m'exprime vers la 5e minute) !

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo en replay sur France 3 ]

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21 septembre 2021 2 21 /09 /septembre /2021 15:58

 

 

J'ai profité de l'été pour faire des incursions dans d'autres de mes domaines de prédilection : la science politique avec un billet sur une théorie de la succession des régimes politiques appelée anacyclose et la pédagogie avec un billet sur le niveau inquiétant en France des élèves en science. Aujourd'hui, je vous propose d'évoquer un grand penseur de philosophie politique, Cornelius Castoriadis, dont les réflexions jettent une lumière éclatante sur notre société. Il va de soi qu'il m'est impossible de vous présenter dans un court billet toute l’œuvre d'un tel intellectuel, au sens le plus noble que l'on puisse donner à ces deux mots, c'est pourquoi je me concentrerai sur une toute petite partie de l'un de ses plus célèbres recueils de textes : la montée de l'insignifiance.  

 

Cornelius Castoriadis

 

Cornelius Castoriadis est né en 1922 dans une famille grecque de Constantinople, dans une période de grands bouleversements géopolitiques qui font suite à la fin de la Première Guerre mondiale en 1918, au démembrement de l'Empire ottoman après le traité de Sèvres en 1920 et à la naissance de la Turquie moderne en 1923 avec le traité de Lausanne. La famille Castoriadis fut donc contrainte par ces événements à s'installer à Athènes, où le jeune Cornelius étudiera le droit et les sciences politiques et économiques.

 

Dès 1937, sous le régime autoritaire de Métaxas, il s'engage dans les Jeunesses communistes, lui qui avait découvert la philosophie et le marxisme en même temps à l'âge de 12 ans. Très rapidement, il comprendra que le Parti communiste n'était pas le parti révolutionnaire qu'il prétendait être, mais une énorme bureaucratie autoritaire ("un régime capitaliste bureaucratique total et totalitaire"), dont il se séparera pour adhérer à un groupe trotskiste tout aussi décevant. À la faveur d'une bourse d’études, il décide alors de compléter sa formation universitaire à Paris où il n'a pas hésité avec quelques camarades à critiquer la politique trotskiste officielle. Cela débouchera sur une rupture définitive avec le trotskisme et la création, en 1948, du groupe et de la revue Socialisme ou Barbarie, dont les écrits sont réédités depuis 2012 aux Éditions du Sandre. Socialisme ou Barbarie prendra fin en 1965 en tant que revue et en 1966/1967 en tant que groupe politique.

 

Cornelius Castoriadis aura porté plusieurs casquettes intellectuelles durant sa vie, notamment celle d'économiste à l'OCDE (1948-1970), de psychanalyste (1973-1997) et de directeur d'étude à l'EHESS (1980-1995). Ses séminaires font l'objet d'une publication posthume au Seuil et nous nous concentrerons dans ce billet sur le 4e volume des Carrefours du labyrinthe.

 

La trahison des intellectuels

 

Les citations dans cette partie sont extraites du 4e volume des Carrefours du labyrinthe cité plus haut.  Castoriadis y rappelle que le travail de l'intellectuel doit être un travail critique sur ce que nous tenons pour des évidences, à l'image ce ce que faisaient les philosophes grecs lorsqu'ils s’interrogeaient sur la marche du monde, l'organisation des États ou les représentations collectives. Mais le grand danger qui guette les intellectuels c'est précisément de finir par justifier l'ordre existant au lieu de le critiquer, position ô combien agréable, mais en contradiction scandaleuse avec la mission qui leur est assignée. Castoriadis évoque Sartre, mais je laisse soin aux lecteurs de compléter à son gré la liste avec des intellectuels plus récents...

 

Castoriadis déduit de la trahison des intellectuels, qui n'est pas sans rappeler l'excellent livre de Julien Benda  la trahison des clercs paru en 1927, que "la crise de la critique n'est qu'une manifestation de la crise générale et profonde la société" (p.101). Ce n'est pas la censure qui empêche les voix discordantes, mais "la commercialisation générale",  dans la mesure où tout ce qui est différent de la doxa est récupéré par le marketing pour en faire un nouveau produit. Autrement dit, ce qui est vraiment différent ou même révolutionnaire est ravalé au rang de nouvel ordinaire, ce qui annihile leur nature même et conduit à une crise du sens et à la montée de l'insignifiance.

 

Qu'il suffise de penser à un livre qui présenterait un point de vue novateur sur une question sociale ou philosophique. Un bon marketing éditorial aura vite fait de transformer le livre en objet, tant et si bien que l'idée novatrice est désormais devenue un produit périssable dont la durée de vie est celle que voudront bien lui accorder les médias. Et comme les médias modernes (télévision, YouTube...) sont sinon dans l'instantanéité au moins dans le très court terme, il se crée une forme d'adaptation du public à ce genre de contenu qui devient la norme. Bref, une idée pertinente, mais longue à exposer, n'a plus aucune chance d'être écoutée ou lue, ce qui laisse la porte grande ouverte aux idées approximatives et aux mensonges. Cela rejoint cette conclusion de Tocqueville au XIXe siècle, que j'ai mise en exergue de mon site web (didierraphael.fr) : "une idée fausse mais claire et précise aura toujours plus de puissance dans le monde qu'une idée vraie mais complexe".

 

La critique du capitalisme

 

Castoriadis montre que le projet capitaliste, loin de se résumer à une certaine forme de rationalité économique, est en fait un projet global qui cherche à avoir le pouvoir sur toutes les facettes de la société. En particulier, il évoque la biopolitique, terme popularisé par les écrits de Foucault, mais auquel il donne un sens un peu différent dans la mesure où il prend l'exemple parlant de l'État français qui privilégie des dépenses publiques onéreuses pour la procréation médicalement assistée alors qu'une immense partie de la population mondiale meurt de faim et de maladies. Dès lors, ceux qui affirment que nous sommes en crise se trompent, car selon Castoriadis, il ne s'agit pas d'une crise au sens de point de basculement où des forces opposées s'affrontent comme dans une maladie. Non, dans notre société contemporaine, Castoriadis voit au contraire "la disparition du conflit social et politique" (p.106), bref ce qui caractérise précisément la démocratie. Et d'ajouter cette phrase riche d'actualité : "les partis politiques officiels disent la même chose" !

 

La finalité de l'enrichissement à tout prix promue par le néolibéralisme met ainsi en péril la survie même de la société, au point que selon Castoriadis la seule corde de rappel pour éviter le délitement social complet est aujourd'hui la peur de la sanction pénale. Mais je crains fort que 25 ans après sa mort, cette inquiétude ne concerne plus tout le monde tant l'impunité semble être de mise chez certains... Il en déduit tout de même que "la corruption généralisée que l'on observe dans le système politico-économique contemporain [...] est devenue un trait structurel, systémique de la société où  nous vivons" (p.107). Ce qu'il appelle "les types anthropologiques" (le juge incorruptible, l'ouvrier fier de son ouvrage, l'enseignant dévoué...) ont été broyés par le système capitaliste, tout comme le véritable entrepreneur tel que défini par Schumpeter (c'est-à-dire celui qui prend des risques). Même l'environnement naturel est passé par pertes et profits...

 

Des citoyens sans boussoles

 

"Personne ne sait aujourd'hui ce qu'est d'être citoyen ; mais personne ne sait même ce que c'est qu'être un homme ou une femme" (p.108). Même la relation parents-enfants est devenue floue. Tristes constats qui sont criants d'actualité ! Et la notion de progrès, convoquée pour justifier à peu près tous les changements déjà déjà au temps où Castoriadi écrivait, lui semble être une vaste mystification notamment sur le plan moral. Face aux enjeux écologiques et de meilleure répartition des richesses, l'urgence selon Castoriadis serait "une création qui mettrait au centre de la vie humaine d'autres significations que l'expansion de la production et de la consommation" (p.112).

 

Bref, remettre l'Homme au centre des préoccupations, projet humaniste par excellence, et réencastrer l’économie dans le social selon la conclusion de Polanyi ! Castoriadis est conscient de l'ampleur de la tâche, qui implique une réorganisation complète des institutions sociales (rapports salariaux, économiques, politiques...). Il est aussi conscient du peu d’enthousiasme que ce projet semble soulever dans la population, alors même qu'il en va de son salut...

 

En définitive, j'espère vous avoir convaincu de l'actualité de l’œuvre de Cornelius Castoriadis et donné l'envie de découvrir plus avant sa pensée sur l'économie, la politique, la philosophie morale... Pour conclure, quoi de mieux que de citer la 4e de couverture de l'ouvrage cité plus haut : "l'individu moderne vit dans une course éperdue pour oublier à la fois qu'il va mourir et que tout ce qu'il fait n'a strictement pas le moindre sens".

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14 septembre 2021 2 14 /09 /septembre /2021 13:13

 

 

Depuis plus de 10 ans, j'assure avec plaisir la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs de l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach. L'UPT propose en effet, en partenariat avec la mairie de Forbach, la CAFPF et la politique de la ville, une aide aux devoirs pour les collégiens et les lycéens de la communauté d'agglomération Forbach Porte de France (CAFPF) pour seulement 10 € par an !

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Fort du succès rencontré depuis la décennie écoulée, l'aide aux devoirs est renouvelée pour l'année scolaire 2021/2022. Notre équipe est constituée de professeurs expérimentés, qui ont à cœur de partager leurs savoirs dans un cadre non scolaire propice à l’étude. Les séances débuteront le mercredi 29 septembre et auront lieu dans la salle Athènes du Burghof, chaque semaine, les mercredis et vendredis de 17h à 19h (accueil des élèves jusqu'à 17h30 maximum, aucun départ avant 19h). En tout état de cause, les élèves doivent impérativement venir avec du travail pour toute la séance et avoir un comportement sérieux, sous peine d'être exclus.

 

En raison des conditions sanitaires, le port du masque sera obligatoire durant toute la séance et les élèves qui présentent des symptômes grippaux (écoulement nasal, toux, rhume, fièvre...) ne pourront pas être acceptés en cours. Conformément à la loi, l'accès aux cours de l'UPT nécessite un passe sanitaire.

 

Pour s'inscrire, il suffit de se présenter au bureau de l’UPT situé au Burghof, muni impérativement d’une photo d’identité récente, de remplir une fiche de renseignements (disponible à cette adresse) et de signer le règlement intérieur (disponible ici).

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach (UPT)

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation. Les chefs d'établissements de Forbach ont d'ailleurs été destinataires d'un courrier les informant des tenants et aboutissants de cette aide aux devoirs, qu'ils connaissent bien à présent.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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