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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 12:02

 

pancho_travailler_plus-copie-1.jpg

 

A plus d'un an de l'élection présidentielle, certains politiciens ne savent plus quoi dire pour se distinguer de leurs homologues. Après notre omniprésident qui rêve de faire converger notre système fiscal vers celui de l'Allemagne en dépit du bon sens économique, voici que Manuel Valls propose de "déverrouiller les 35h". Cela dans le but de se passer du système des heures supplémentaires qui "ont beaucoup coûté à l'État". Puis suit un galimatias sur la concurrence mondiale et l'adaptation à la modernité, qui laisse à entendre que Manuel Valls considère que le progrès social c'est de travailler plus et plus longtemps... Bref, on en déduit que les Français travaillent trop peu et qu'ils en feraient beaucoup plus si on leur en laissait la possibilité durant une semaine de 37 ou 38h.

 

Est-il besoin de rappeler totu d'abord que les 35 heures furent mises en place, sous le gouvernement Jospin, par l'actuelle patronne du PS Martine Aubry qui était alors ministre de l'Emploi, et qu'un certain Manuel Valls fut chargé de la communication et de la presse au cabinet du Premier ministre Lionel Jospin ?

 

 

Les chiffres avancés sur le nombre d'heures effectivement travaillées par semaine varient selon que l'on y inclut les congés, les temps de déplacement domicile-entreprise, les jours fériés,...  Eurostat propose des chiffres où le nombre moyen d'heures correspond au nombre d'heures normalement travaillées par la personne. Ce chiffre inclut les heures supplémentaires, rémunérées ou non, normalement effectuées par la personne. Il ne comprend pas la durée du trajet entre le domicile et le lieu de travail ni la pause déjeuner (généralement prise à midi). Une distinction est faite entre le travail à temps plein et le travail à temps partiel en fonction de la réponse spontanée donnée par la personne interrogée. C'est en me basant sur ces chiffres de 2007, que j'ai construit les deux graphiques ci-dessous.

 

Le premier est celui qui est le plus souvent cité par les politiciens de tout bord lorsqu'ils cherchent à nous faire culpabiliser de ne pas travailler plus pour gagner moins. Il s'agit d'une comparaison du nombre d'heures effectivement travaillées par semaine, mais uniquement pour les personnes ayant un emploi à temps plein :

 

Nombre d'heures travaillées par semaine des personnes ayant un emploi à plein temps

 

Temps-plein.jpg 

[ Source : Eurostat ]

 

Si les dirigeants politiques prenaient le temps de bien regarder ce graphique et de faire un peu moins de propagande économique sur une pseudo-compétitivité à reconquérir, ils y découvriraient que le temps effectif passé au travail est bien supérieur aux 35h et que cette fixation qu'ils font sur la réduction du temps de travail n'a aucun sens. Mais surtout, ils seraient bien avisé de jeter un oeil sur le graphique suivant qui propose une comparaison du nombre d'heures effectivement travaillées par semaine, mais cette fois pour les personnes ayant un emploi à temps partiel :

 

Nombre d'heures travaillées par semaine des personnes ayant un emploi à temps partiel

 

Temps-partiel.jpg

 

[ Source : Eurostat ]

 

 

Retournement de situation ! Les politiciens préfèrent donc oublier que certains salariés acceptent des temps partiels à défaut de trouver mieux, multipliant ainsi les contrats précaires sans réel espoir d'amélioration.

 

L'un dans l'autre, le temps de travail hebdomadaire effectif des salariés en heures (moyenne sur quatre trimestres au 1er trimestre 2010) est de 35 heures en France (pure coïncidence avec la durée légale du travail), 51h en Turquie,  41h en Roumanie, 35,1h en Angleterre, 34,3 h en Allemagne et 30,4 h aux Pays-Bas ! Ainsi, les Français travaillent et mêmes plus que les Allemands ces derniers temps... Et surtout mieux, puisque malgré les 35 heures, la France reste l'un des pays où ceux qui ont un emploi produisent le plus de richesses (PIB par salariés) !

 

Tout ce battage médiatique permet surtout d'occulter les vrais questions : comment mieux partager le temps de travail ?, Comment offrir des possibilités de travail pérennes qui limiteront la précarité ? Comment permettre à chacun de décider de son temps de travail sans que cela lui soit imposé au nom d'un impératif de compétitivité-coût dont la bataille est déjà perdue (Séguéla pense même savoir que les salariés chinois sont heureux de se faire exploiter au travail...) ? Etc.

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 11:01

 

  bonne annee

 

 

Que d'événements et de non-événements dans l'actualité économique en 2010 ! J'avais cherché à en rendre compte sur ce blog, notamment au travers des billets suivants :

 

* le stress au travail en France, en 2007, avait été chiffré par l'INRS entre 1,9 et 3 milliards d'euros, soit 14,5 % à 27,3 % du budget de la branche accident du travail/maladies professionnelles de l'Assurance-maladie...

 

* Christine Lagarde, à défaut de nous fournir une politique économique lisible, était devenue une championne de la communication politique avec son concept de 4R qui n'a pas fait long feu...

 

* Henri Proglio, soutenu par une partie de la classe politique, avait voulu faire croire qu'il était possible d'être le dirigeant de 2 grandes entreprises en même temps, car tout le monde sait que diriger une entreprise laisse beaucoup de temps libre... suffisamment pour en diriger une deuxième !

 

* au mois de mars, les Européens découvraient (ou feignaient de découvrir plus exactement) les difficultés de l'économie grecque, qui allaient se transformer en une crise de la zone euro... qui n'est toujours pas réglée encore !

 

* la crise grecque mis également en lumière le pouvoir exorbitant des agences de notations et les petits grands secrets des banques...

 

* dans son rapport 2010 (Les revenus et le patrimoine des ménages), l'INSEE présentait les principaux indicateurs et des analyses spécifiques sur les inégalités monétaires et la pauvreté. Et de conclure entre autres que les 10 % les plus riches percevaient en 2007 1/4 des revenus d'activité déclarés, près de 2/3 des revenus du patrimoine et plus de 4/5 des revenus exceptionnels. Qui peut bien douter que la France soit un pays où la justice sociale règne ?

 

* le coup d'envoi des "discussions" sur la réforme des retraites entre le ministre du travail, Eric Woerth, et les partenaires sociaux avait été donné au mois d'avril... pour ensuite déboucher sur une absence totale de négociation et l'instauration unilatérale d'une réforme injuste et régressive !

 

* en mai, on découvre des salariés chinois qui se révoltent contre leurs conditions de travail, affolant un peu plus les capitalistes persuadés qu'un salarié se doit d'être heureux de travailler plus pour gagner moins !

 

* durant l'été, nous avions pu nous détendre en suivant le feuilleton Woerth-Bettencourt et découvrir l'intérêt incontestable d'un bouclier fiscal pour les riches, et nous rassurer sur la pseudo bonne santé des banques qui ont passé des stress tests.

 

* la rentrée de septembre fut morose, dominée par les annonces officielles de plans de rigueur, pourtant déjà annoncés officieusement depuis plusieurs mois ! On en oublia alors que les matières premières flambaient et qu'il manquait à l'Union européenne un vrai exécutif capable d'enrayer les crises.

 

* en octobre, Jérôme Kerviel, après avoir été le recordman des pertes de trading, faisait son entrée dans l'histoire des condamnations judicaires record !

 

* en novembre, c'est le tigre celtique qui commence à faiblir et qui impose immédiatement un plan de rigueur draconien à son économie, pour bien démontrer qu'il était en fait tomber sur la tête comme les autres pays européens qui n'ont rien compris à cette crise !

 

* en décembre, dans le match intempéries vs crise économique et politique, le résultat fut sans appel : 3-0 ! Sur ces entrefaites, il semblait que les frimas de l'hiver avaient gelé tout reste de bon sens à nos chers politiques en France, qui ne cessaient de répéter que le modèle économique allemand était le meilleur qui soit !

 

* heureusement, Éric Cantona nous donnait une solution pour nous venger des banques qui avaient provoqué la crise, et WikiLeaks nous tenait chaque jour en haleine avec ses révélations sur la diplomatie américaine !

 

* enfin, quoi qu'en disent les politiciens, le capitalisme est en crise !

 

En 1975, Renaud chantait Hexagone, une chanson où il égrenait la réalité vécue en France mois après mois. Comme je la trouve toujours d'actualité, je ne résiste pas à l'envie de vous la proposer ci-dessous :

 

 

A titre personnel, l'année 2010 fut marquée par la sortie de mon livre sur le capitalisme aux éditions Ellipses, par les séances de dédicaces et par ma collaboration à un livre de préparation au concours commun IEP. Mais aussi par de nombreuses conférences à Forbach (les plans de rigueur), Saint-Avold (le blanchiment de capitaux), Metz (la dette publique), Thionville (la croissance), Sarreguemines, Strasbourg,... 2011 sera pour moi une année importante qui verra se concrétiser de nombreux projets d'écriture entamés en 2010. En particulier, un manuscrit d'économie qui me tenait à coeur - et sur lequel j'ai beaucoup travaillé pour le rendre très original - sera publié au printemps aux éditions Bréal. J'aurai l'occasion de vous en reparler très prochainement sur ce blog !

 

 

En ce qui me concerne, j'ai pris grand plaisir à décrypter et analyser l'économie sur mon blog. Je tiens donc à vous remercier chers lecteurs (et chères lectrices !) pour votre fidélité et votre participation, car sans vous, mon travail serait vain. Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne année 2011 où primeront en premier lieu la santé et le bonheur ! J'aurai plaisir à vous retrouver pour d'autres chroniques économiques et d'autres conférences.

 

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 10:44

 

  noel-dans-la-crise.jpg

 

 

* Bien que des précipitations de couleur blanches paralysent la France, nécessitent un plan de crise et vont certainement empêcher le Père Noël de travailler plus pour gagner moins

 

* Bien que la réforme des retraites en France ait été injuste et n'aura même pas servi à assurer le financement des retraites, comme cela fut annoncé avec trompettes et tambours

 

* Bien que l'euro fasse du yoyo en attendant que les pays membres de la zone euro comprennent enfin qu'il y a unicité de destins lorsqu'on crée une zone monétaire

 

* Bien que l'Irlande passera probablement le pire Noël depuis son entrée dans l'Union européenne

 

* Bien que les plans d'austérité se multiplient dans toute l'Europe en dépit du bon sens qui voudrait que l'on relance l'économie plutôt que de l'étouffer

 

* Bien que l'agence de notation Standard & Poor's ait confirmé jeudi 23 décembre, sur la base des promesses (qui n'engagent que ceux qui y croient) de réduction des déficits faites par le gouvernement, la note AAA à la dette souveraine de la France, alors qu'au même moment l'agence de notation Fitch Ratings abaissait de AA- à A+ la note du Portugal

 

* Bien que, à la faveur de la crise, la Chine en profite pour faire ses emplettes jouer les bons samaritains en Europe

 

* Bien que Ernst & Young soit poursuivi pour avoir aidé feu Lehman Brothers à masquer l'imminence d'une faillite (Vous avez dit éthique ou étique ?)

 

* Bien que le nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle Emploi soit en hausse sur la fin d'année (2 698 100 en catégorie A en France métropolitaine fin novembre 2010, 4 019 100 en catégories A, B, C en France métropolitaine et 4 272 200 en France y compris Dom) ! 

 

* Bien que les salariés souffrent toujours autant (si ce n'est plus...) au travail

 

* Bien que nous sommes désormais entré pleinement dans ce que Jacques Généreux appelle la Grande régression, sur les plans économique, politique et moral

 

 

Je vous souhaite tout de même un joyeux Noël !

 

joyeux20noel1

 

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 10:39

 

 Chat-neige.jpg

 

Le gouvernement a activé, il y a quelques jours, le centre interministériel de crise où se sont réunis 21 représentants des différents institutions françaises et l'ensemble des préfets (par visioconférence pour ces derniers). Quel menace grave et imminente risquait-on de voir s'abattre sur la France ? Réponse : la neige !

 

 

Je trouve vraiment surréaliste que dans un pays où une large part de la population connaît un climat continental, la neige et le froid puissent encore tant désorganiser les services publics ! Si je me restreins à ma région, la Lorraine, la neige et le chaos qui s'ensuivrait fut annoncée par les médias 3 semaines à l'avance déjà... Ma région a pourtant connu par le passé des hivers très rigoureux et neigeux, auxquels elle a su s'adapter en termes d'organisation de la circulation notamment. Mais depuis quelques années, il semble que le moindre épisode neigeux soit suivi d'une pagaille sans nom, comme on peut le vérifier en lisant par exemple ces deux articles (article 1 et article 2) du Républicain Lorrain.

 

C'est pourquoi, je pense qu'il est utile de rappeler que la période s'étendant de 1550 à 1860 en France est couramment qualifiée par les historien de «petit âge glaciaire»... Pour mémoire, voici quelques hivers très rigoureux que la France a connus (voir cet article complet de l'excellent site d'histoire Herodote.net) :

 

* l'hiver 1407-1408 : il fut marqué par deux longs épisodes de gel, qui mirent à mal le ravitaillement par voie fluviale, (voie essentielle au Moyen Âge) et le fonctionnement des moulins, source d'énergie essentielle à cette époque.

 

* les années 1690 à 1695 sont restées dans l'histoire en raison d'une terrible famine causée essentiellement par l' alternance de grands froids et de canicules. Cela provoqua un surplus de décès en France évalué à plus d'un million de personnes... sur une population qui n'en comptait que 20 millions !

 

* l'hiver 1708-1709, qualifié de «Grand Hyver», est une période exceptionnelle de froid intense qui déboucha sur une grande famine (le prix du blé étant notamment multiplié par plus de dix !) et un surplus de décès évalué à 600 000 personnes !

 

* les hivers 1783-1784 et 1784-1785 furent mémorables par la grande abondance des neiges, le haut Beaujolais ayant été recouvert près de 6 mois par un manteau blanc !

 

* l'hiver 1788-1789 fut aussi très rigoureux et, ajouté à une mauvaise haute saison en été, précipita encore un peu plus les tensions sur le prix des céréales et en particulier du blé.

 

* les hivers 1953-1954 et 1956-1957 furent particulièrement froids et sont restés dans l'histoire de par l'appel de l'abbé Pierre, le 1er février 1954.

 

Et bien qu'il y eut encore de nombreux autres hivers rigoureux, je vais arrêter là mon énumération en terminant par l'hiver 1978-1979 où le froid provoqua la gigantesque panne d'électricité du lundi 19 décembre 1978...

 

 

N.B 1 : les lecteurs intéressés par l'histoire du climat pourront lire avec intérêt le livre de l'historien Emmanuel Leroy Ladurie : Histoire du climat depuis l'an mil, publié chez Flammarion en 1967.

 

N.B 2 : suite à mon billet sur l'euro, je tiens à rassurer tous ceux qui ont été très mauvais au jeu mis en ligne par la BCE. En effet, Jean-Claude Trichet se débrouille visiblement très bien tout seul pour sauver la zone euro, puisqu'il a affirmé ce matin sur Europe 1 que nous étions dans une crise de la stabilité financière et pas dans une crise de la monnaie unique (ah bon ?), concluant que "l'euro est une monnaie crédible" ! On se disait bien que les spéculateurs avaient dû se tromper de cible en choisissant l'euro...

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 10:47

 

 monopoly.jpg

 

A court d'arguments autres que d'autorité pour justifier sa politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE) vient de lancer un petit jeu vidéo dont voici le descriptif officiel : "€CONOMIA est un jeu qui explique, de manière simplifiée, le fonctionnement de la politique monétaire. Il ne reflète pas nécessairement la position de la Banque centrale européenne ou de toute autre banque centrale de la zone euro". Il vous suffit de cliquer sur la capture d'écran ci-dessous pour devenir le gouverneur de l'euromonde et prendre les décisions sans en rendre compte à personne !

 

economia.JPG

 

Vous aurez tôt fait de remarquer que le seul paramètre dont vous disposiez réellement est le taux directeur pratiqué par l'institution de Francfort. En effet, n'oublions pas que l'objectif principal de l'Eurosystème est, selon les traités, "de maintenir la stabilité des prix".  Tout au plus est-il concédé que "sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la Communauté, tels que définis à l’article 2". (article 105, paragraphe 1, du traité). Article 2 du traité sur l’Union européenne qui dispose que "la Communauté se donne pour objectifs d’obtenir un niveau d’emploi élevé et une croissance durable et non inflationniste".

 

Bref, la lutte contre l'inflation d'abord et ensuite, éventuellement, la croissance et l'emploi... exactement ce dont nous avons besoin dans la zone euro actuellement puisque les tensions inflationnistes sont quasi-inexistantes et que le chômage atteint une moyenne de 10 % au sein de la zone euro. De l'autre côté de l'Atlantique, la Banque centrale des États-Unis (appelée FED) décide de la politique monétaire avec un double objectif de stabilité des prix et de plein emploi, obligation lui étant faite de faciliter la croissance économique...

 

Si à l'issue de ce billet vous aviez encore des doutes sur le bien fondé de l'objectif poursuivi par la BCE (la lutte contre l'inflation), le site de l'institution vous propose un second jeu appelé Inflation Island. Celui-ci est clairement à réserver aux adultes avertis puisqu'on va vous présenter "des vidéos et des photos montrant comment l'inflation et la déflation ont affecté certains pays à travers les années". Vous pourrez ensuite "explorez les différentes parties de Inflation Island, observez les réactions des personnages face à l'inflation et à la déflation et les changements du décor". Et après ce jeu, vous devriez être reconnaissant à tout jamais au SEBC de lutter en priorité (et en votre nom, même s'il ne reçoit aucun mandat démocratique !) contre l'inflation, le chômage n'étant plus au fond qu'un problème secondaire de moindre gravité. Cette vision oublie simplement une chose : les questions économiques ne peuvent pas être dissociées des questions sociales et politiques. Par conséquent, baser la politique monétaire de toute une zone que sur un unique objectif, c'est négliger le but premier d'une union de pays qui est la prospérité. Or cette dernière est à l'évidence multidimensionnelle !

 

Et si vraiment aucun adulte n'arrive à gagner à ces jeux, la BCE a en réserve un jeu primé pour les enfants de 9 à 16 ans : "Rallye euro". Le cinquième jeu-concours Rallye euro s'est déroulé du 15 juillet au 14 octobre 2010. Devinez quelle est la nationalité des 3 gagnants ? Allemands, français ?  Non, le premier est tchèque et les deux suivants néerlandais. Imaginez la tête de nos dirigeants politiques si le vainqueur avait été irlandais, grec ou portugais ! C'est peut-être pour cela que le jeu est "momentanément interrompu en raison de la maintenance du site internet", car les adultes savent y faire eux avec la monnaie unique, la vraie !

 

Pour la petite histoire, j'ai terminé le jeu €CONOMIA avec le titre de meilleur banquier central. Il faut dire que je me suis contenté de monter les taux lorsque l'inflation apparaissait, puis de les baisser lorsque l'inflation baissait. Si avec ça on reçoit une telle distinction, alors je comprends mieux pourquoi tant de candidats se pressent devant le perron de la BCE... à moins que ce ne soit pour la rémunération proposée, chose absolument inconcevable puisque tout le monde sait qu'on ne travaille pas à la BCE mais qu'on sert les intérêts de tous les européens, qu'on ne travaille pas au FMI mais qu'on sert les intérêts de l'humanité, qu'on ne travaille pas à l'Élysée mais qu'on sert les intérêts de tous les Français,...

 

 

N.B : la finalité subliminale de ce billet était de rappeler que l'économie doit être au service de l'Homme et pas l'inverse. D'où l'image du monopoly pour illustrer que les politiques économiques menées actuellement au sein de la zone euro et plus largement de l'Union européenne, ne sont en fait basée que sur l'instauration d'une concurrence effrénée qui va nous conduire, au-delà des diificultés économiques, à des catastrophes sociales et politiques comme je l'ai écrit pour la Grèce ou l'Irlande !

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 12:50

 france-allemagne.jpg

 

Les frimas de l'hiver semblent avoir gelé toute reste de bon sens à nos chers politiques en France. Petit pot-pourri des déclarations récentes liées à la compétitivité française :

 

* Jean-Claude Trichet, gouvernator de la BCE, est persuadé que l'Allemagne peut servir de modèle à tous ses voisins.

 

* le recalé du gouvernement, Gérard Longuet, affirme sur un ton péremptoire dans le Figaro que la France n'a le choix qu'entre sortir de l'euro et abandonner les 35h pour retrouver sa compétitivité.

 

* notre omniprésident, quant à lui, souhaite ardemment une convergence fiscale avec l'Allemagne afin d'imiter le modèle allemand qui semble si efficace à ses yeux.

 

En résumé, pour renouer avec la croissance il faudrait impérativement imiter le modèle allemand, abandonner les 35h et baisser encore la fiscalité et la progressivité de l'impôt. Sauf que :

 

* comme le montre l'étude faite par l'OFCE et dont le graphique ci-dessous est issu (cliquez sur celui-ci pour l'agrandir), "au cours de la période suivant la mise en place des 35 heures, l'évolution de la compétitivité a été plus favorable en France que chez la plupart de ses voisins européens grâce à une modération salariale et d'importants gains de productivité dans l'industrie".

 

 

ofcE-competitivite.JPG

 

                 [ Source : lettre de l'OFCE n°322, juillet 2010 ]

 

 

* la compétitivité allemande fut acquise au prix d'une compression des salaires - la rémunération salariale par tête ayant baissé de 1,1 % entre 2003 et 2007, alors qu'en France elle gagnait 3,3 % - et d'une orientation de l'économie tournée quasi-exclusivement vers l'exportation. Cette stratégie, qui s'apparente à une désinflation compétitive, a permis à l'Allemagne de gagner, entre 2001 et 2008, 15 points de parts de marché à l'intérieur de la zone euro au détriment de ses partenaires européens... alors même que l'Union européenne (et la zone euro !) est censée être un espace de coopération économique...

 

* entre 1995 et 2009, le taux de croissance réel de l'économie allemande n'aura été supérieur à celui de la France que durant les années 2006 et 2007 ! Plus précisément, sur la période 1999-2007, la croissance de l'économie française était en moyenne de 2,2 % contre 1,6 % pour l'Allemagne.

 

En contrerésumé, avec sa politique de modération salariale, l'Allemagne se prive volontairement d'un moteur de croissance important qu'est la consommation. De plus, sa compétitivité extérieure s'est faite au détriment de ses partenaires européens à qui l'Allemagne a pourtant imposé les dogmes de la Bundesbank lors de la création de l'euro. En outre, cette compétitivité ne rime absolument pas avec croissance puisque nous venons de voir que celle-ci était plus faible qu'en France sur longue période.

 

Et pour ceux qui pensent encore que la France doit faire pénitence de ses péchés économiques, je rappelerais simplement que si tous les pays membres de la zone euro adoptaient le modèle économique allemand, nous n'aurions déjà plus d'union monétaire depuis longtemps, tant les déséquilibres de balances commerciales seraient ingérables...

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 12:16

 

  BankRunLarge.jpg

 

Passée l'onde de choc provoquée par les révélations du site WikiLeaks, nous voici revenu à l'économie (hors crise irlandaise !) d'une manière assez surprenante, il me faut le concéder. Tout commence par cette déclaration hallucinante, qui se veut être le manuel du petit révolutionnaire moderne :

 

 

Peu de gens y auraient prêté attention si cette vidéo n'avait pas depuis fait le tour du monde, sous-titrée en plusieurs langues ! Les moyens de communication modernes ont ainsi permis de réunir, sur un groupe Facebook, 37 600 personnes qui se sont engagées à retirer leurs économies mardi 7 décembre 2011. Un site web a même été créé pour diffuser l'action dans plusieurs langues (http://bankrun2010.com) et de nombreux grands journaux internationaux ont depuis rendu compte de cette surprenante révolution : The Guardian, El Pais, Die Welt, etc. Bref, Éric Cantona est désormais devenu le chantre - certainement malgré lui ! - d'une campagne antibanques.

 

Toute cette action repose en fait sur un constat simple : aujourd'hui, près de 90 % de la monnaie est créée sous forme scripturale, c'est-à-dire par de simples jeux d'écritures sur des comptes bancaires. Il n'y a donc pas création de billets comme on pourrait le penser, car les banques anticipent que sauf en de rares occasions - comme celle que l'on annonce pour le 7 décembre - les clients ne viennent pas tous retirer leurs avoirs au guichet. Ainsi, le système monétaire fonctionne sur la confiance que les gens ont en leur monnaie, sachant que celle-ci n'est  plus gagée sur de l'or comme par le passé.

 

Si une grande majorité des clients venait à retirer ses avoirs bancaires en même temps, c'est ce que l'on appelle une panique bancaire ou bank run, la banque se retrouverait de facto en situation d'illiquidité. Si elle ne trouve pas rapidement un moyen de se refinancer, elle glisse alors vers l'insolvabilité, c'est-à-dire la faillite... et là tout le monde perd presque tout, même s'il existe un petit fonds de garantie des dépôts. Nous avons tous en mémoire les énormes files d'attente devant les guichets de la banque anglaise Northern Rock en 2007, après des rumeurs d'insolvabilité de l'institution :

 

 

Cela conduisit le gouvernement a nationaliser dans l'urgence l'établissement pour éviter sa disparition... Mais l'histoire regorge d'autres exemples de paniques bancaires, comme en Argentine en 2001 ou en Russie en 1998. Mais surtout, les économistes gardent à l'esprit le bank run de 1907 aux États-Unis, qui démontre les effets ravageurs d'une crise systémique.

 

Néanmoins, dans le cas présent, il est peu probable que l'on atteigne des volumes de retrait colossaux en si peu de temps, ne serait-ce que parce qu'il faut désormais faire une demande à l'avance pour pouvoir retirer un certain montant au guichet. De plus, même si cette charge de retraits se produisait, elle serait répartie entre plusieurs réseaux bancaires ce qui permettrait d'absorber le choc plus facilement.

 

Néanmoins, je pense qu'au-delà de l'action proprement dite, les dirigeants politiques devraient prendre la juste mesure de ce ressentiment des citoyens envers les institutions bancaires. En effet, lorsque des personnes souhaitent détruire (le mot est exact) un système, c'est bien que celui-ci a perdu toute crédibilité à leurs yeux. Cela témoigne en outre d'un effondrement des valeurs morales dans le monde de la finance, que les citoyens perçoivent de mieux en mieux grâce aux informations disponibles sur Internet notamment. Il serait donc totalement irresponsale de ne pas répondre à ces velléités de changement d'un système qui nous a conduits dans l'ornière. D'autant plus que la crise que nous traversons nous le permettrait ! Mais au lieu de cela, on se contente d'appliquer les vieilles recettes : privatisations pour payer ses dettes, plans d'austérité, recherche de la croissance à tout prix,... c'est-à-dire toute la vulgate néolibérale qui a fait pourtant la preuve de son incompétence ! Il faut donc voir, derrière cette action coup de poing, la volonté des citoyens de reprendre  leur vie en main et de changer le système, en réinventant une finance au service de l'économie... et donc du développement !

 

Bien entendu nos ministres ont dénoncé en choeur cette action, ce qui a valu cette réplique de la part des Guignols de l'info :

 

 
Au fait, pour les Lorrains et Alsaciens qui me lisent, n'oublions pas qu'aujourd'hui c'est la Saint-Nicolas et qu'en plus  la neige tombe !

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 10:47

 

leak.jpg

 

Plus fort que le feuilleton Woerth-Bettencourt-État français-parce-qu'ils-le-valent-bien, voici venu le temps des révélations de WikiLeaks qui font trembler la diplomatie américaine et les autres aussi ! Il est vrai qu'entre les rapports militaires sur l'Afghanistan et les 400 000 notes rédigées par les officiers américains sur la guerre en Irak , la Maison blanche se serait fort bien passée de la divulgation de quelque 250 000 télégrammes diplomatiques, issus du département d'État et de 270 ambassades et consulats américains dans le monde.

 

Cette dernière onde de choc fut d'une rare intensité puisque de grands journaux nationaux publient désormais chaque jour de nouvelles "révélations" provenant de ces télégrammes diplomatiques : The New York Times aux États-Unis, The Guardian en Grande-Bretagne, Der Spiegel en Allemagne, El Pais en Espagne et Le Monde en France. Notre quotidien national de référence, visiblement submergé par tant de révélations, a même créé une carte pour en résumer la teneur en fonction de la zone géographique concernée ! Mais au-delà de la question de la liberté d'information (peut-on tout révéler ? serait un excellent sujet au concours d'entrée à l'ENA...), il appartient de faire le tri entre les propos infantiles tenus par certains diplomates sur le caractère de tel ou tel dirigeant politique et des informations très sensibles sur les positions américaines.

 

Mais le site risque surtout d'intéresser les économistes s'il mettait à exécution sa menace de publier, début 2011, des documents compromettants pour la direction d'une grande institution bancaire des États-Unis. Il souhaiterait dénoncer des pratiques contraires à l'éthique ce qui, dans le monde bancaire, ne va pas être très difficile dans le contexte actuel. Selon toute vraisemblance, il s'agirait de Bank of America, la banque qui avait fait scandale en autorisant Merrill Lynch à verser 5,8 milliards de dollars de primes, qui représentaient près de 12 % des 50 milliards de dollars que Bank of America avait payés pour acquérir Merrill Lynch... L'affaire s'était terminée par le versement de 33 millions de dollars à la SEC pour solder les poursuites pour fausses déclarations. Mais comme la peur est une arme souvent aussi (plus ?) efficace que le mal lui-même, les marchés financiers ont réagi et le titre de la banque a perdu plus de 3 % mardi à la Bourse...

 

Avec tout cela, on comprend pourquoi Julian Assange, cofondateur et porte-parole du site WikiLeaks, a maille à partir avec les autorités politiques et judiciaires... du monde entier !

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 11:06

 

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Dans mon précédent billet, j'ai présenté la situation économique de l'Irlande ainsi que les tenants et aboutissants du plan de rigueur qui lui est imposé par l'Union européenne et le FMI. J'avais expliqué comment un capitalisme débridé, associé à des décisions gouvernementales malheureuses et complaisantes à l'égard du système financier, ont fini par aboutir à un cocktail explosif que tous les Irlandais se doivent à présent de gérer (=payer !)... même s'ils n'ont pas contribuer personnellement à cette crise pour la grande majorité d'entre-eux !

 

La vidéo ci-dessous, issue du télézapping du site Le Monde.fr, montre bien le ressenti du peuple irlandais et portugais après la mise en place de ces plans d'austérité :

 

 

 

                              [ Source : Le monde.fr ]

 

Cette vidéo témoigne aussi de la véracité d'une affirmation que j'avance souvent dans mes conférences : les questions économiques se muent de plus en plus rapidement en questions sociales et politiques graves, car les dirigeants feignent d'oublier que l'économie ne peut être que politique et donc au service du peuple ! Croire encore aujourd'hui que les forces d'un marché libre permettront un retour à la prospérité est, suite à la crise des subprimes, au mieux malhonnête au pire digne d'une idéologie criminelle. C'est pourtant l'argument que les gouvernements avancent lorsqu'ils mettent en place des plans de rigueur, prétendant que le système financier qui nous a mis au tapis va nécessairement nous en relever... pour notre plus grand bien à tous pour mieux nous assommer la fois prochaine !

 

A la fin de la vidéo, une femme s'interroge fort à propos sur ce Robin des bois qui détrousse les pauvres pour donner aux riches. Faut-il rappeler que Robinhood pourrait très bien se lire en anglais rob in hood, ce qui signifie littéralement "celui qui vole encagoulé" ? Plus sérieusement, n'est-ce pas plutôt parce que les "Robin des bois" modernes s'appellent banques - et que celles du Royaume-Uni et de l'Allemagne comptent parmi les plus exposées aux produits financiers irlandais (obligations, actions,...) - que l'on s'en prend désormais officiellement à ceux qui ont peu pour donner à ceux qui ont beaucoup ?

 

Et dire que c'est au moment où la plupart des gouvernements mettent en place des mesures injustes et/ou justifient l'injustice, que l'on parle le plus de justice sociale en politique...

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 10:55

 

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Je me suis beaucoup exprimé sur ce blog sur les questions de dettes et de déficits, expliquant que l'interprétation qui en est faite n'a souvent que peu de sens économique (en particulier, le mot faillite n'a aucun sens pour un État !). J'avais en outre expliqué que les mesures d'austérité auxquelles les bailleurs de fonds ont soumis la Grèce ne pouvaient conduire qu'à l'asphyxie de son économie... et donc à une restructuration de sa dette, c'est-à-dire un défaut plus ou moins partiel sur le remboursement, à moins de vouloir voir fleurir des troubles sociaux et politiques graves dans tout le pays ! J'aurai du reste l'occasion de détailler les tenants et aboutissants de ces plans de rigueur en Europe, dans le cadre de la conférence que j'animerai demain à l'UPT de Forbach.

 

Mais depuis quelques jours tous les regards sont désormais tournés vers le Nord de l'Europe où le tigre celtique semble s'être fait attrapé lors du safari des marchés financiers. Pour résumer la situation, on peut dire que l'Irlande paye les égarements de ses banques qui ont massivement joué à la spéculation immobilière, celle-ci ayant été entretenue par les possibilités d'endettement à taux très bas offertes par l'adhésion du pays à l'Union européenne et même à la zone euro : la totalité des engagements des banques irlandaises pèse actuellement plus de huit fois le PIB du pays ! Ajoutez un zeste de dumping fiscal (l'impôt sur les société étant très bas à 12,5 % contre une moyenne à 25 % au sein de l'UE) et une mauvaise régulation étatique, vous obtiendrez le cocktail explosif qui mine l'Irlande actuellement. Résultat des courses : au retournement du marché immobilier, c'est l'ensemble du système bancaire irlandais qui se retrouve quasiment au tapis !

 

L'État vient alors en aide à ceux qui ont mis le pays dans la crise : 46 milliards de fonds propres injectés pour soutenir les banques qui ne cessent d'annoncer des pertes records (il suffit de suivre les déboires de l'Anglo Irish Bank pour s'en convaincre), et 31 milliards d'euros d'actifs risqués ont été rachetés par l'État pour alléger leurs bilans moribonds. Et comme cela ne suffisait toujours pas, l'État leur ­offre dorénavant une garantie pour les émissions obligataires et de dette à court terme. Évidemment, toutes ces mesures ont eu pour conséquence de creuser de manière formidable le déficit public de l'Irlande, qui passe de 14,4 % du PIB en 2009 à 32 % en 2010... au moment où les rentrées fiscales baissent nettement du fait d'un impôt sur les sociétés très bas et de nombreuses faillites ou départs d'entreprises.

 

La situation économique se tend alors sérieusement les dernières semaines et les marchés financiers commencent subséquemment à s'affoler, ce qui fait monter en flèche les taux d'intérêt sur la dette irlandaise (qui atteignent 9 %, contre moins de 3 % en Allemagne !). Comme de plus, les banques irlandaises ne peuvent plus emprunter à des banques étrangères à qui elles n'inspirent plus confiance, c'est vers la Banque centrale européenne (BCE) qu'elles se retournent pour se refinancer. Cela apparaît clairement au bilan de la BCE puisque le total des emprunts contractés par les banques irlandaises auprès de BCE est passé de 119 milliards d'euros au 24 septembre à 130 milliards le 29 octobre.

 

Au final, l'Irlande se voit contrainte d'appeler au secours les petits camarades si longtemps nargués lorsqu'opérait encore le mirage irlandais des années 2000. C'est une aide d'environ 80-90 milliards d'euros qui devrait dès lors être fournie sur 3 ans par le Fonds européen de stabilité financière (FESF), mécanisme européen de facilité financière mis en place suite à la crise grecque. Deux tiers de l'enveloppe seront pris en charge par les Européens (qui devront donc s'endetter eux-mêmes sur les marchés financiers pour fournir cet argent qu'ils n'ont pas !), le reste par le FMI. A noter enfin que le Royaume-Uni va fournir à l'Irlande un prêt bilatéral d'environ 8 milliards d'euros, ainsi que la Suède mais pour un montant non communiqué pour l'instant. Ce sauvetage n'est bien entendu pas désintéressé puisque l'euro pâtit des soubresauts au sein des économies membres de la zone euro. De plus, faut-il rappeler que le Royaume-Uni et l'Allemagne comptent parmi les pays dont les banques sont le plus exposées aux produits financiers irlandais (obligations, actions,...) ? Comme je le disais pour la Grèce, il est triste de constater que les plans de sauvetage au sein de l'Union européenne ne sont activés que lorsqu'il s'agit d'intérêts financiers bien compris et partagés par tous...

 

Mais en contrepartie de cette aide, les bailleurs de fonds exigent un "programme d'ajustement" qui ressemble à s'y méprendre aux tristement célèbres plans d'ajustements structurels (PAS), expérimentés en Amérique Latine par le FMI dans les années 80 et 90, et dont le résultat fut une catastrophe économique, sociale, politique et surtout humaine ! L'idée centrale est de ramener le déficit public de 32 % du PIB cette année, à moins de 3 % en 2014, c'est-à-dire encore mieux que l'objectif que s'est fixé l'omniprésident français. Cela passera par un nouveau plan d'austérité, qui vise à économiser 15 milliards d'euros sur quatre ans (10 % du PIB) en réduisant de manière draconienne les aides et allocations, et en touchant au salaire minimum qui serait abaissé d'un euro et passerait par conséquent de 8,65 euros de l'heure à 7,65 euros. 

 

Je reprends ici ma conclusion souvent rappelée sur ce blog : la situation est ubuesque puisque les États se sont endettés pour sauver le système financier, et aujourd'hui celui-ci leur reproche leur endettement excessif et les oblige à réduire leur déficit sur un temps bien trop court et par des plans d'austérité touchant l'ensemble de la population. Pas étonnant que le peuple irlandais, à l'image de celui de la Grèce, finisse par avoir du ressentiment envers ses dirigeants politiques accusés de mauvaise gestion et de collusion avec les banques. L'histoire irlandaise étant en quelque sorte celle de l'autonomie d'un peuple face à la grande soeur anglaise, on comprendra aisément que ces plans d'austérité (qui ne sont donc que l'autre face des plans de sauvetage...) sont vus comme une perte de souveraineté et entraînent des réactions très vives à l'instar de cette déclaration de dépendance dans le journal The Irish Examiner.  Le deuxième syndicat du secteur de l'industrie, le TEEU, a même appelé à une campagne de "désobéissance civile" si le gouvernement ne démissionnait pas. Message bien reçu par le premier ministre irlandais qui a annoncé, lundi 22 novembre, qu'il dissoudrait le Parlement au début de l'année 2011, après avoir fait adopter le projet de budget qui ne manquera pas d'être très chahuté...

 

Il n'y a plus qu'à attendre aujourd'hui ou demain matin au plus tard le détail précis des mesures d'austérité mises en place par le gouvernement irlandais.

 

 

N.B : l'image illustrant ce billet provient du journal anglais Guardian. Dans la bulle est écrit : "c'est certain, nous sommes trop petits pour faire faillite", allusion à la célèbre théorie "too big to fail" qui considère qu'il faut toujours sauver une institution financière de la faillite lorsqu'elle menace la stabilité de tout le système. C'était la raison invoquée par les États-Unis pour abreuver de dizaines de milliards de dollars les Fannie Mae, Freddie Mac, AIG, et autres rigolos de la planète finance...

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