Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Tout savoir sur l'économie

Les mécanismes de l'économie 2

50 idées reçues déchiffrées

 

Économie BTS

100% BTS

Les grands débats économiques

 

La grande saignée économique

 

Comprendre la dette

 

Dictionnaire révolté d'économie

Les mécanismes de l'économie

 

Le capitalisme en clair

Les marchés financiers en clair

Concours commun IEP 2020

Concours commun IEP 2019

Concours commun IEP 2017

Concours commun IEP 2016

Concours commun IEP 2015

Mondialisation-IEP.jpg

Concours commun IEP 2014

Travail et culture

Concours commun IEP 2011

63548

Concours commun IEP 2010

iep

Recherche

22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 11:28

 

Faillite-banque.jpg 

Vous avez aimé l'affaire BNP et les cris d'orfraie poussés par les dirigeants politiques français suite à sa condamnation à 9 milliards d'euros d'amende ? Vous avez également aimé Chypre dont le système bancaire national représentait 7 fois le PIB du pays ? Vous avez par ailleurs adoré le feuilleton des banques zombies en Espagne (Bankia, NovaCaixaGalicia et Banco de Valencia) qui s'est soldé par un sauvetage européen à hauteur de 41 milliards d'euros ?

 

Alors vous ne serez pas déçu par l'affaire qui secoue le Portugal depuis quelques semaines et qui porte un nom charmeur : Banco Espirito Santo...

 

De quoi s'agit-il ?

 

La banque banco Espirito Santo, première banque Portugal, a perdu a perdu 30 % de sa capitalisation boursière depuis quelques mois. De plus, sa maison mère, Espirito Santo International, a falsifié ses comptes pour cacher des pertes d'un montant de 1,3 milliard d'euros, la banque étant exposée à la dette du groupe à hauteur de 1,18 milliards d'euros.

 

Ajoutez à cela des divisions ostensibles au sommet de la hiérarchie du groupe familial et quelques révélations croustillantes sur des cadavres financiers dans les placards (créances douteuses, 6 milliards d'euros de crédits non documentés en Angola, placement de la dette de la maison mère auprès des clients de la banque,...), et vous avez tous les ingrédients d'une crise bancaire grave qui menace de devenir systémique, c'est-à-dire de s'étendre à tout le pays et à la zone euro ensuite !

 

Bien entendu tout le monde se veut rassurant : aucun problème de solvabilité de la banque, ratios prudentiels exemplaires, précédente augmentation de capital réussie, etc. Bref, la banque devrait se porter comme un charme selon les canons en vigueur dans la finance. A ceci près que la banque est au bord du gouffre et que personne ne connaît l'exposition exacte au risque des autres filiales du groupe. On sait cependant que la banque, par ses ramifications tentaculaires dans l'économie portugaise, menace toute l'économie réelle du pays qui vient pourtant à peine de sortir du plan de sauvetage européen ! D'où la volatilité accrue sur les obligations de l'État portugais.

 

Et vendredi dernier, la maison mère du groupe ESI (Espirito Santo International) a demandé à être placée en redressement judiciaire, ce qui n'augure rien de bon sur planète finance... D'autant que ESI a son siège, comme par hasard, au Luxembourg !

 

Quelle est la structure du groupe ?

 

La réponse dans cette infographie :

 

Structure-groupe-BES.jpg

[ Source : Le Figaro ]

 

Le groupe Espirito Santo est un groupe familial très puissant au Portugal, qui domine toute l'économie du pays par ses ramifications dans de nombreux secteurs d'activités : finance, assurance, hôtellerie, agriculture, santé, etc. Il s'agit donc d'un conglomérat très actif en Europe mais aussi au brésil et en Angola.

 

Espirito Santo International est la maison mère de ce groupe familial. Et c'est précisément au sein de la maison mère qu'avaient été dissimulées des pertes d'un montant de 1,3 milliard d'euros ! Mais en raison de l'exposition de la banque au reste des activités du groupe, Standard & Poor's a dégradé la note de la dette à long terme de Banco Espirito Santo, provoquant au passage un mouvement de panique puisque celle-ci est désormais en catégorie spéculative !

 

Vous remarquerez au passage que Crédit Agricole, après le naufrage de sa filiale grecque Emporiki, n'a décidément pas fait que des choix heureux dans ses participations bancaires...

 

Et l'Union bancaire européenne dans tout cela ?

 

La mise en place d'une Union bancaire, c'est-à-dire un mécanisme unique de supervision placé sous l'autorité de la BCE et un mécanisme unique de résolution, doit permettre d'éviter qu'une nouvelle crise bancaire ne se transforme en crise de la dette au sein de la zone euro, suivant le modèle désormais bien connu : les banques vont mal ; elles appellent l'État à l'aide ; ce dernier s'endette pour leur prêter des fonds ; tous les contribuables paient in fine pour renflouer les banques.

 

Or, en plus de devoir attendre 2025 pour que le mécanisme fonctionne à plein, celui-ci est tellement complexe qu'il lui sera difficile de rétablir la confiance dans le système bancaire européen. Le pire est que l'accord trouvé ne brise même pas le lien entre sauvetage des banques et endettement des États, qui était pourtant le point de départ de l'Union bancaire...

 

En pratique, lorsqu'une banque sera en faillite, les premiers à mettre au pot seront les actionnaires et les prêteurs (d'où le nom de bail-in), qui devront couvrir au minimum 8 % des pertes de la banque. Si cela ne suffit pas, il sera possible de faire appel à des fonds nationaux de résolution, abondés par le secteur bancaire. Enfin, les ménages et les PME seront protégés puisqu'il a été confirmé que leurs dépôts seront garantis à hauteur de 100 000 euros.

 

Sauf que, au Portugal, l'État envisage déjà d'intervenir pour sauver cette banque grâce à son fonds de restructuration bancaire qui pèse 6,4 milliards d'euros. Et il doit se dépêcher, car la Banque du Portugal n'est compétente que jusqu'au 4 novembre 2014, date à laquelle le superviseur européen prendra le relai dans le cadre de l'Union bancaire. Et je pense pouvoir dire avec certitude que personne en Europe n'a envie de sortir le carnet de chèques pour renflouer, encore une fois, les banques portugaises...

 

Et n'oublions pas que si les récents déboires du monde bancaire en Bulgarie n'avaient pas vraiment attiré l'attention - bien que 400 millions d'euros aient été retirés des comptes bancaires en une seule journée le 27 juin ! -, c'est avant tout parce que la Bulgarie n'est pas dans la zone euro. Or, une étincelle comme la Banco Espirito Santo au Portugal pourrait très bien faire sauter à nouveau le couvercle de la marmite euro qui bouillonne !

 

Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de vous citer les mots d'un grand clairvoyant de notre pays, mais je suis certain que le Portugal doit pouvoir en trouver un chez lui aussi : "nous avons taxé les bonus bancaires, il y a une séparation des activités spéculatives et des activités de dépôt. En France, nous avons les taux d'intérêt les plus bas de notre histoire : la finance a été maîtrisée". Là, c'est moi qui n'ai plus de mots...

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article de ce site : http://npa29.unblog.fr


Partager cet article

Repost0
8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 12:23

 

Carte-vitale.jpg

 

Le fonctionnement de l'assurance santé a été remis sous les feux des projecteurs ces derniers mois, tant en France qu'aux États-Unis. En effet, d'après l'OCDE, en 2011 les États-Unis ont dépensé nettement plus pour la santé que tous les autres pays de l’OCDE :

 

Depenses-de-sante-OCDE.jpg

[ Source : Panorama de la santé 2013, OCDE ]

 

Dans les calculs de l'OCDE, les dépenses totales de santé correspondent à la consommation finale de produits et services de santé plus les dépenses d’investissement dans l’infrastructure. Afin de comparer les niveaux de dépenses entre les pays, les dépenses de santé sont converties en dollar américain et corrigées de la différence de pouvoir d’achat des monnaies nationales ; dans le jargon économique on dit que les sommes présentées dans le graphique ci-dessus sont des dollars en parités de pouvoir d’achat (PPA).

 

Mais on peut aussi analyser les dépenses de santé en proportion du PIB. On voit ainsi sur le graphique ci-dessous qu'en 2011, les dépenses de santé représentaient en moyenne 9.3 % du PIB dans les pays de l’OCDE (17,7 % aux États-Unis contre 11,6 % en France et 11,3 % en Allemagne) :

 

Depenses-de-sante-OCDE-PIB.jpg

[ Source : Panorama de la santé 2013, OCDE ]

 

En France, dans le cadre du plan d'austérité Valls, la ministre des affaires sociales, Marisol Touraine, cherche à couper de 10 milliards d'euros les dépenses de l'assurance-maladie. Pour ce faire, elle a demandé à l'administration de lui faire des propositions pour atteindre cet objectif ; d'où ce rapport qui préconise la réduction des séjours post-accouchement à l’hôpital, la dialyse à domicile, la réduction du nombre d'IRM, le développement généralisé de la chirurgie ambulatoire, la substitution de médicaments génériques aux princeps, etc.

 

Pour information, le conseil de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnamts) n'a pas avalisé ce rapport - ce qui est suffisamment exceptionnel pour être noté ! -, car les représentants du patronat ont considéré que ces propositions n'étaient pas assez ambitieuses...


A ce stade il est bon de rappeler qu'aux États-Unis chaque État américain possède son système de couverture et que la plupart des personnes souscrivent à des assurances privées pour couvrir les risques liés à leur santé. Cela signifie en particulier que les personnes cotisent en fonction des risques de santé réels ou potentiels, sachant que les plus démunis ont accès au système MEDICAID, et les plus âgés au système MEDICARE. Dans un pays qui se veut la première puissance économique mondiale, 47 millions de personnes (sur 300 millions d'Américains) ne sont pas couvertes par une assurance santé alors que nous avons vu plus haut que les États-Unis dépensaient amplement plus que les autres pays de l'OCDE dans ce domaine !

 

D'où la réforme voulue par le Président Obama, que l'on nomme depuis obamacare, et qui a pour but de réduire le risque de la perte de l'assurance en créant une couverture universelle, qui est loin de faire l'unanimité tant les Américains restent persuadés que chaque citoyen a le devoir de se prendre en charge tout seul face à ce risque. Toujours est-il que cette réforme (révolution ?) permettrait de ne plus lier l'assurance santé uniquement à l'emploi comme c'est le cas aujourd'hui, afin de ne pas condamner le chômeur à une double peine : perte de son emploi et perte de l'assurance santé pour toute sa famille !

 

Dès lors, l'obamacare oblige les ménages à souscrire une assurance santé (pour les plus pauvres MEDICAID), avec l'obligation pour les compagnies d'assurance de prendre en charge les personnes quel que soit leur état de santé. En effet, le bon fonctionnement de ce système repose sur un volume de cotisations suffisant pour faire face aux risques de santé des individus, comme je vais l'expliquer dans un exemple ci-après. 

 

Le but de ce billet n'est pas de faire un cours sur les objectifs de dépenses de l'assurance-maladie, encore moins d'analyser toutes les propositions avancées pour couper les dépenses, mais de pointer du doigt comment le risque de sélection adverse (également appelé antisélection) peut conduire à bloquer un tel marché de l'assurance santé privé. Pour ce faire, imaginons trois personnes cherchant à obtenir une couverture santé : Antoine, Bernadette et Cécile.

 

Chacune d'entre-elles a une idée du montant de ses dépenses de santé annuelle et se fixe un montant maximum pour la police d'assurance, c'est-à-dire un montant maximum qu'elle est prête à débourser pour se couvrir. 

 

Choix personnes-copie-1

Bien entendu, si Cécile est prête à payer 3 700 € de police pour des dépenses annuelles estimées à 3 500 €, c'est qu'elle doit se savoir malade (ou qu'elle a une aversion particulièrement maladive au risque...). Il est donc fort probable qu'elle n'en fera pas mention lors de la recherche d'un contrat d'assurance santé, ce qui constitue un risque pour la compagnie d'assurance.

 

C'est précisément ce risque lié à l'asymétrie d'informations entre l'assuré et l'assureur avant la signature du contrat que l'on appelle risque de sélection adverse ou antisélection.

 

Si l'on imagine à présent que la compagnie d'assurance est dans l'incapacité de discerner le niveau de risque réel de chaque assuré, elle sera alors contrainte de fixer la police d'assurance au moins à la valeur moyenne des dépenses estimées :

 

Prime-assurance.jpg

 

Mais à ce prix, Antoine et Bernadette ne voudront plus se couvrir auprès de la compagnie d'assurance. D'où l'obligation de monter encore le prix de la prime pour couvrir les assurés restants (ici uniquement Cécile), jusqu'au point où il ne restera plus que les assurés les plus risqués du point de vue de l'assureur, les autres préférant ne pas s'assurer car le prix leur semble trop élevé.

 

On comprend donc mieux pourquoi j'expliquais plus haut que le bon fonctionnement de l'obamacare reposait sur un volume de cotisation suffisant pour faire face aux risques de santé des individus : la mutualisation des risques doit permettre d'abaisser le montant de la prime à verser par les assurés.

 

Certes, cet exemple est assez simple et suppose que la compagnie d'assurance n'a aucun moyen de savoir l'état de santé réel de la personne à assurer, mais il a l'avantage de démontrer que des choix individuels rationnels peuvent conduire à une situation catastrophique au niveau de la population prise dans son ensemble. C'est bien le cas lorsque 47 millions de personnes dans un pays ne sont pas assurés contre le risque de tomber malade...

 

Dès lors, ne jetons pas trop vite nos assurances universelles en Europe, même si la très libérale Commission européenne semble pousser à la privatisation de l'assurance santé !

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://www.unof.org

Partager cet article

Repost0
1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 11:18

Croissance-portee.jpg

 

Après avoir défini ce qu'était la croissance dans ce billet, j'étais venu sur le plateau de TV Cristal pour donner quelques chiffres et éléments sur le sujet (voir ce billet). Cette semaine, je remets le couvert et j'analyse les conséquences réelles - ou espérées ! - d’une croissance forte sur le chômage, la pauvreté et les inégalités dans une émission de 27 minutes :

 

TV-Cristal-16-juin-2014.jpg

   

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]

 

Après avoir visionné cette vidéo, vous comprenez que la croissance ne se décrète pas et qu'elle nécessite un cadre favorable que nous n'avons pas actuellement. En effet, en plus des problèmes structurels que connaît l'économie française (stagnation de la productivité globale des facteurs, faiblesse des dépenses de recherche-développement, désindustrialisation, stagnation voire recul de l'investissement des entreprises, perte de capital humain suite au chômage élevé et de longue durée), les politiques d'austérité étouffent définitivement toute possibilité de croissance économique...

 

On ne s'étonnera donc pas que depuis peu les organisations syndicales de salariés et d’employeurs (autre que le MEDEF...) demandent en choeur la fin de l'austérité qui mine la demande. C'est le cas notamment dans les travaux publics où l'inquiétude est grande suite à la baisse de 12,5 milliards d’euros des dotations de l’État aux collectivités locales, qui achèvera de peser sur une demande atone et pourrait menacer 60 000 emplois.

 

Mais il est bien connu qu'on ne change pas une politique qui échoue, comme le prouve le report du vote à l'Assemblée du projet de budget rectificatif de la Sécurité sociale en raison de la (micro-)"fronde" d'un petit groupe de députés opposés à cette rigueur...

 

D'un côté le gouvernement français semble donc attendre une planche de salut de la part des institutions européennes - dont la BCE qui s'en va en guerre contre la déflation et l'Union bancaire dont l'objectif est d'éviter qu'une nouvelle crise bancaire ne se transforme en crise de la dette au sein de la zone euro -, de l'autre il pense résoudre les problèmes économiques structurels par la loi, après avoir fait le constat qu'en dessous de 1,5 % de taux de croissance il n'arriverait pas à diminuer le taux de chômage.

 

Voilà pourquoi le ministre de l'économie, Arnaud Montebourg, a évoqué pour l'automne une " grande loi sur la croissance et le pouvoir d'achat" dont on devrait en savoir plus le 10 juillet. Toujours est-il que, d'après ce qui a filtré, il serait question de réformer les mécanismes économiques, ce qui me laisse toujours songeur inquiet lorsqu'on se rappelle que pour le gouvernement réforme = cadeau aux entreprises. J'en veux pour preuve l'annonce faite avec tambours et trompettes du Pacte de responsabilité, alors même qu'il n'est pas certain que restaurer la compétitivité de nos entreprises débouchera sur des créations d’emplois.

 

Pire, selon le rapporteur général du Budget, Valérie Rabault, "le plan d’économies de 50 milliards d’euros proposé par le Gouvernement pour la période 2015 à 2017, soit une réduction des dépenses de plus de 2 points de PIB, aurait ainsi un impact négatif sur la croissance de 0,7 % par an en moyenne entre 2015 et 2017, et pourrait entraîner la suppression de 250 000 emplois à horizon 2017". Comme en contrepartie le Pacte de responsabilité devrait conduire à "rehausser l'activité de 0,6 point à horizon 2017 et créer 190 000 emplois", on en déduit que le gouvernement appuie toute sa politique économique sur un ensemble de mesures qui détruira plus d'emplois qu'il n'en crée !

 

Bien entendu (politique quand tu nous tiens...), le rapporteur cherche ensuite à tempérer ses propos en expliquant que les baisses d'impôts pour les ménages et de cotisations sociales pour les entreprises devraient limiter ces conséquences négatives, et elle en vient même à soutenir le gouvernement dans son choix de baisser les dépenses publiques. En langage clair cela signifie que le Pacte de responsabilité et de solidarité est une énorme bêtise mais qu'avec un peu de chance les rustines qu'on y ajoute rendront l'ensemble un peu moins récessif que prévu...

 

Et que dire de cette annonce du gouvernement, passée quasiment inaperçue dans les médias depuis que les yeux sont rivés sur des multimillionnaires qui travaillent (pensent ?) avec leurs pieds sur un terrain ? Selon Thierry Mandon, secrétaire d'État chargé de la Simplification (sic !), il s'agit de créer une nouvelle autorité indépendante composée de représentants d'entreprises, dont l'objet serait de rendre des avis contraignants sur les nouveaux textes de loi ! Pour le dire autrement, les représentants d'entreprises seraient chargés de la contre-expertise des textes de loi au risque d'alourdir encore davantage le processus législatif et de jeter encore plus de doute sur l'indépendance du Parlement...

 

En définitive, il est faux de croire que c'est uniquement à coup de lois que l'économie française renouera avec la croissance. Mais à l'opposé, il est important de noter qu'il est tout aussi faux de croire que la suppression de toutes les lois qui protègent les salariés permettrait de retrouver le chemin de la croissance. C'est malheureusement entre ces deux écueils que naviguent depuis des années les gouvernements successifs en France !

 

N.B : l'image de ce billet provient du site www.decideursenregion.fr


Partager cet article

Repost0
24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 10:04

Augmentation-salaire.jpg

 

Après avoir écrit sur le SMIC que certains souhaitent baisser, je vais m'intéresser dans ce billet au partage des revenus entre salariés et entreprises.

 

Quelques rappels pour commencer

 

La richesse créée par les agents économiques, appelée valeur ajoutée, est partagée entre ceux qui on participé directement ou indirectement à la production. Cela signifie que l'État, les salariés et les entreprises vont se partager ces revenus dits primaires : l'État perçoit des impôts sur la production (contribution économique territoriale, taxe foncière…), les salariés des salaires et les entreprises l’excédent brut d’exploitation (c'est-à-dire le profit). On appelle taux de marge le rapport excédent brut d'exploitation/Valeur ajoutée.

 

Pour simplifier, nous allons admettre que la valeur ajoutée se partage essentiellement entre l'entreprise et les salariés (entre le capital et le travail si on préfère). Pour être plus précis sur le partage entre travail et capital, il faudrait retirer de la valeur ajoutée brute ce qui n'est pas distribuable, comme les impôts sur la production et l'amortissement, postes qui ont sensiblement augmenté au cours du temps. On obtient alors un agrégat appelé valeur ajoutée nette au coût des facteurs. Mais le but n'étant pas de faire un cours de comptabilité nationale, cette approximation suffira donc pour les besoins de mon analyse...


On comprend donc que les profits sont étroitement liés à l'évolution du partage de la valeur ajoutée, de sorte qu'une diminution de la part des salaires dans la valeur ajoutée s'accompagne d'une augmentation de la part de l'excédent brut d'exploitation.

 

Le partage de la valeur ajoutée en France

 

Un graphique pour résumer l'évolution du partage de la valeur ajoutée en France :

 

Part de la rémunération des salariés et de l'excédent brut d'exploitation dans la valeur ajoutée brute
des sociétés non financières (en %)

 

partage_valeur_ajoutee.gif

 

[ Source :  Comptes nationaux annuels - Base 2000 - Secteurs institutionnels ]

 

La courbe en rouge sur le graphique montre l'évolution du taux de marge depuis 1949, donc la part des profits dans la valeur ajoutée créée par les entreprises. On constate que durant les Trente Glorieuses (1950 à 1974 pour faire simple), le taux de marge oscillait entre 25 % et 30 %, alors depuis les années 80, le partage de la valeur ajoutée s'est modifié en faveur des profits puisque le taux de marge augmente (le niveau étant toujours au-dessus de 30 %). 

 

La période comprise entre 1974 et 1982 est quant à elle très particulière, puisque les salariés avaient obtenu des hausses de rémunération 2,5 fois plus élevées que les gains de productivité réalisés, entraînant par conséquent une chute de la part des profits dans la valeur ajoutée.

 

Remarquons également que la relative stabilité de la part des salaires dans la valeur ajoutée ne donne aucune indication a priori sur l'évolution du salaire net, puisqu'il s'agit de salaires bruts, donc avec cotisations sociales. Une analyse plus fine montrerait alors que  cette stabilité relève pour l'essentiel de l’augmentation des cotisations sociales. Enfin, ce type de graphique est en quelque sorte l'arbre qui cache la forêt, puisqu'il ne "montre" pas les inégalités de salaires...

 

Le partage des revenus dans l'OCDE

 

Pour mémoire, si le salaire n'augmente pas au même rythme que sa productivité, alors il y a déformation du partage des revenus au détriment des salariés. Dès lors, on peut déduire du graphique ci-dessous que, depuis la fin des années 1990, le partage des revenus se déforme structurellement en faveur des entreprises, au détriment des salariés :

 

Partage-revenus-OCDE.jpg

[ Source : Natixis ]

 

Quelle est la conséquence d'une telle déformation du partage des revenus ?

 

Une telle déformation du partage des revenus au profit des entreprises et au détriment des salariés conduit à une baisse de la demande, et donc de la croissance. Pour le dire autrement, si le profit des entreprises augmente plus que ce qu'elles ont besoin pour investir (ce que l'on peut mesurer en première approche avec le taux d'autofinancement), alors la croissance en pâtit.

 

Quels facteurs ont empêché une chute de la demande momentanément ?

 

A défaut d'utiliser les politiques budgétaires (en raison d'un taux d'endettement public trop important, d'une volonté de ne pas le faire pour respecter des critères normatifs,...), les gouvernements de l’OCDE se sont rabattus sur des politiques monétaires expansionnistes lorsqu'ils le pouvaient. Cela s'est traduit par :

 

 * des taux d'intérêt bas qui ont soutenu le crédit avant la crise

 

Credits-emergents.jpg

[ Source : BNP Paribas ]

 

 * des injections de monnaie afin de créer des effets de richesse, c'est-à-dire une hausse de la demande tirée par une hausse du prix des actifs.

 

En définitive, tout le système économique reposait donc sur le crédit, avant la crise, et sur l'injection massive de liquidités par les Banques centrales depuis, avec tous les risques que cela comporte. Il n'y a pourtant qu'une manière de sortir par le haut de cette situation généralisée au sein des pays de l'OCDE : rééquilibrer le partage des revenus au profit des salariés, ce qui nécessite d'accroître le pouvoir de négociation des salariés dans les entreprises.

 

Je connais déjà la remarque que l'on va me faire : comment arriver à retrouver des marges de négociation dans un marché du travail si tendu et avec une concurrence internationale implacable ? C'est peut-être le moment de penser démondialisation plutôt que mondialisation, et donc d'imaginer une autre Europe...

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://aviva.unsa.org

Partager cet article

Repost0
17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 11:06

ancienne television

Selon un rapport de la Banque mondiale, la croissance économique de la Chine va ralentir ces prochaines années en raison principalement d'un changement de modèle économique.

 

Au même moment, confrontée à une croissance en berne et à un risque fort de déflation dans la zone euro, la BCE s'est aventurée en terre inconnue avec un cocktail composé (voir mon billet) d'une baisse de son principal taux directeur de 0,25 % à 0,15 %, d'un taux de dépôt négatif, de la fin de la stérilisation des capitaux et, plus surprenant, l'annonce de deux LTRO sur 4 ans, alors qu'en 2011 et 2012 les LTRO d'un total de 1 000 milliards d’euros (sic !) avaient seulement conduit à acheter de la dette publique des États membres...

 

Bref, la croissance mondiale restera faible comme le confirme le FMI dans son rapport  les perspectives économiques mondiale, qui anticipe 3,6 % de taux de croissance en 2014, contre 1,2 % dans la zone euro... Quant à la croissance au Royaume-Uni, dont on ne cesse de nous vanter le retour, j'ai montré dans ce billet qu'elle est essentiellement basée sur les effets de richesse qui ne peuvent être un moteur à long terme de l'économie.

 

Comme j'ai cherché à le montrer dans ce billet-ci ou dans celui-là, les facteurs ayant des conséquences négatives sur la croissance potentielle en France l'emportent largement sur les facteurs positifs : stagnation de la productivité globale des facteurs, faiblesse des dépenses de R&D (recherche-développement), désindustrialisation, stagnation voire recul de l'investissement des entreprises, perte de capital humain suite au chômage élevé et de longue durée. Par conséquent, la croissance économique de la France restera très basse les prochaines années.

 

C'est précisément pour comprendre ce qu'est la croissance et analyser les conséquences réelles - ou espérées ! - d’une croissance forte sur le chômage, la pauvreté et les inégalités, que j'ai été invité sur le plateau de TV Cristal pour deux émissions, dont voici la première de 27 minutes (la suivante sera diffusée lundi 30 juin 2014) :

 

TV-Cristal-16-juin-2014.jpg

   

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]


Partager cet article

Repost0
10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 09:11

Euro-coule.jpg

 

Dans l'actualité dominée par les petites faiblesses des dominants politiques, les récentes mesures adoptées par la BCE devraient donner à réfléchir sur le risque de déflation dans la zone euro. Commençons donc par quelques rappels sur l'inflation et la déflation, avant d'analyser les mesures prises par la BCE pour lutter tardivement contre cette menace.

 

La déflation


Le phénomène contraire de l'inflation est la déflation, c'est-à-dire une diminution générale et durable des prix (certains parlent également d'inflation négative). Au reste, il ne faut pas confondre la déflation avec la désinflation, qui est un ralentissement du rythme de l'inflation. Depuis mi-2012, la zone euro montrait des signes de recul très rapide du taux d'inflation :

 

Evolution-inflation-zone-euro.jpg

[ Source : Le Monde ]

 

Mais les derniers mois ont montré que le glissement était enclenché pour de bon :

 

Inflation-eurostat-mai-2014.jpg

[ Source : Eurostat ]

 

L’inflation anticipée sur les marchés financiers (appelée swap d'inflation) est elle aussi en baisse pour la zone euro.

 

La spirale déflationniste

 

Si cette baisse du taux d'inflation permet certes de redonner provisoirement un peu de pouvoir d'achat aux ménages, elle fait malheureusement aussi monter les taux d’intérêt réels à long terme de la zone euro. Les taux d'intérêt réels deviennent alors supérieurs à la croissance en volume de la zone euro, ce qui alourdit l'endettement - notamment public - et réduit encore un peu plus l'activité en Europe.

 

Et si l'inflation devait carrément devenir négative, la situation serait encore plus dangereuse puisqu'il est très difficile de sortir de la déflation par des politiques économiques et monétaires conventionnelles (voir ci-dessous)...

 

Spirale-deflationniste2.jpg

 

[ Source : L'Expansion ]

 

De quels moyens dispose la BCE ?

 

Jusqu'à présent, la BCE n'a que très peu réagi à ce recul marqué du taux d'inflation qui a pourtant débuté mi-2012. Au contraire, elle a même laissé la base monétaire de la zone euro se contracter et l’euro s’apprécie, ce qui a provoqué l'ire d'un ministre français...

 

Pour faire remonter les anticipations d'inflation, et dans un deuxième temps l'inflation elle-même, la BCE dispose tout d'abord des politiques monétaires conventionnelles :

 

 * utilisation des taux directeurs : le principal taux directeur est le taux d’intérêt auquel les banques commerciales se refinancent auprès de la Banque centrale ; ainsi plus il est élevé plus les banques payent leurs ressources chères, et donc moins elles sont incitées à prêter. Dans le cas présent, la BCE peut encore très légèrement abaisser son principal taux directeur, mais qui est déjà tangent à 0.

 

 * stérilisation : pour faire simple cela correspond au retrait de la liquidité injectée dans le système, afin de limiter les risques d'inflation. Dans le cas présent, la BCE pourrait déstériliser ses interventions pour justement créer les conditions de l'inflation.

 

Et quand il y a le feu au lac, elle peut se tourner vers des politiques monétaires non-conventionnelles comme c'est le cas aux États-Unis et au Japon par exemple :


 * forward guidance : c'est en quelque sorte l’engagement de la Banque centrale à ne pas modifier ses taux d’intérêt directeurs pendant une longue période de temps ; cela dépend donc fortement de la crédibilité de la Banque centrale.

 

 * taux des dépôts négatif : comme ce taux rémunère l'argent placé par les banques auprès de la BCE, le rendre négatif (c'est-à-dire faire payer aux banques le droit de déposer de l'argent) forcerait les banques à prêter leurs fonds.

 

 * quantitative easing (= assouplissement quantitatif) pour accroître la quantité de monnaie en circulation dans l’économie.

 

 * achats de dettes privées, de crédits bancaires et d’ABS pour faire baisser les primes de risque, c'est-à-dire notamment faire baisser les marges de taux d’intérêt sur les crédits

 

Quelles sont les décisions prises par la BCE ?

 

BCE-mesures.jpg

[ Source : Le Point ] 

 

Dans le détail, la BCE nous a gratifiés donc d'un cocktail composé de plusieurs ingrédients :

 

 * une baisse de son principal taux directeur de 0,25 % à 0,15 %

 

 * une baisse de son taux de facilité de prêt marginal de 0,75 % à 0,40 % => c'est le taux d'intérêt auquel les banques commerciales empruntent des liquidités à la BCE en dehors des opérations principales de refinancement.

 

 * un passage en territoire négatif de son taux de dépôt (-0,10 %) => c'est le taux d'intérêt auquel la BCE rémunère les liquidités excédentaires que les banques commerciales déposent sur les comptes de dépôt de la BCE.

 

 * la fin de la stérilisation.

 

Et le plus important, la BCE vient d'annoncer deux LTRO sur 4 ans. Mais de quoi s'agit-il ? Déjà utilisée en 2011 et 2012, cette arme du LTRO (Long-Term Refinancing Operation) est une opération de refinancement à long terme, ici 4 ans, proposée par la Banque centrale européenne. Plus précisément, la BCE offrira aux banques de la zone euro des prêts à 4 ans, en vue d'injecter des liquidités dans le système financier qui, on l'espère, devraient atterrir ensuite dans l'économie réelle cette fois.

 

En effet, on se souvient qu'en 2011 et 2012, c'est environ 1 000 milliards d'euros de liquidités qui avaient été fournies au marché, et qui malheureusement n'avaient servi pour l'essentiel qu'à acheter de la dette d'État avec au passage de confortables marges de taux... Pendant ce temps, on devait constater une baisse de près de 50 % de la production de crédits immobiliers entre 2011 et 2012 et plus généralement de grandes difficultés pour les entreprises à trouver un financement adéquat.

 

Cette fois la BCE a promis de tirer les leçons de ses échecs et conditionnerait ses prêts, dans le sens où les banques pourront faire appel à ces fonds LTRO à la condition de prêter des fonds aux ménages et entreprises. A suivre...

 

Quelle est la finalité de ces mesures ?

 

Faisons simple. L'injection de liquidités à bas coût doit permettre :

 

 * un refinancement pas cher aux banques

 

 * une relance du crédit aux ménages et aux entreprises avec des coûts faibles

 

 * une reprise de la consommation et de l'investissement

 

 * une augmentation de la croissance

 

 * une hausse des anticipations d'inflation et ensuite de l'inflation proprement dite

 

 * éventuellement, mais non avoué pour l'instant, provoquer une baisse de l'euro

 

Bref, c'est un nombre important de conséquences positives que l'on attend de ces mesures. Mais je crains fort que ces mesures ne suffiront pas, car elles viennent trop tard et dans un contexte d'économie anémié par l'austérité généralisée.

 

De plus, de nature prudente, j'ai toujours des doutes quant à la volonté des banquiers de reprêter ces fonds aux autres agents économiques, d'autant qu'actuellement on assiste à un vaste processus de désendettement au sein de la zone euro. En outre, le risque est grand que ces liquidités abondantes créent l'illusion que le contexte économique s'améliore parce que les Bourses montent comme, alors que nous sommes au bord du précipice !

 

Il est donc fort probable que la BCE devra revenir sur cette question très vite, et passer à des mesures non conventionnelles du type assouplissement quantitatif. Celles-ci prendraient probablement la forme d'achats de dettes publiques sans risque en contrepartie d'un accroissement de sa base monétaire.

 

Mais même si on arrive à colmater (certes à la force brute) la voie d'eau sur le navire européen, il manquera toujours l'essentiel à la zone euro : un fédéralisme pour fonctionner à peu près correctement et une politique budgétaire et fiscale à même de relancer l'économie... A défaut, l'option sortie de la zone euro, que j'avais présentée dans ce billet, reste pour l'instant la plus valable afin de briser la spirale de la déflation salariale et du moins-disant social !

 

 

Pour finir, j'ai profité de mon passage sur TV Cristal pour effleurer pendant 23 minutes ces questions d'inflation et de déflation !

TV-Cristal-2-juin-2014.jpg

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]

 

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article de Marianne

Partager cet article

Repost0
3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 10:48

 

Compétitivité Europe

 

La compétitivité serait-elle le nouveau nom de ce qui a été sacrifié sur l'autel de la monnaie unique ou bien un rêve fuyant que les pays européens ne pourront caresser qu'au prix d'une austérité toujours accrue ? Et du reste, est-ce bien certain que restaurer la compétitivité de nos entreprises débouchera sur des créations d’emplois comme annoncé avec trompettes et tambours par le gouvernement français ?

J'ai déjà esquissé certains éléments de réponse dans un billet de mon blog, dans un texte publié dans La Tribune et lors de plusieurs cours et conférences.

 

Dernière en date, une émission de 38 minutes que j'ai enregistrée sur TV Cristal et durant laquelle j'ai pu rentrer dans les détails et méandres de la compétitivité !

TV-Cristal-19-mai-2014.jpg

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]

 

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article de Challenges.fr

Partager cet article

Repost0
27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 11:11

smic.jpg 

Les attaques contre le SMIC sont nombreuses, mais depuis quelques temps elles se font plus intensives si on en juge par le nombre de "célébrités" du monde économique qui appellent à une réforme : le triumvirat Cette-Cohen-Aghion, Pascal Lamy, Francis Kramarz,... Mais au fait, le SMIC c'est quoi ? Qui le touche ? Tous les pays européens ont-ils un salaire minimum ? Le SMIC est-il condamné ? Réponse dans ce billet, avec des compléments disponibles dans ce livre !

 

Qu'est-ce que le SMIC et qui le perçoit ?

 

Le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) est le salaire horaire minimum légal en France métropolitaine ainsi que dans les départements d'outre-mer et dans la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon. Institué en 1970, il remplace le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) qui datait de 1950. A noter qu'il exista également un SMAG (salaire minimum agricole garanti) bien moins généreux que le SMIG, mais en 1968 décision fut prise d'aligner le SMAG sur le SMIG.

 

En 1950, le SMIG concernait 16 % des travailleurs, alors qu'en 2013 le SMIC concernait environ 12 % des salariés (cliquer pour agrandir) :

 

Salaries-SMIC.jpg

[ Source : INSEE ]

 

Il faut néanmoins remarquer que le SMIC est un minimum horaire (9,53 euros de l'heure actuellement), ce qui signifie qu'un salarié à temps partiel payé au SMIC ne touchera donc pas forcément un salaire suffisant pour vivre... et peut facilement se retrouvait sous le seuil de pauvreté monétaire fixé à 977 euros par mois pour un célibataire. En outre, il existe encore des grilles de salaires dans certaines branches qui démarrent sous le SMIC, bien que cela soit en voie de résorption...

 

Mais ce qui m'inquiète le plus, c'est le contournement légal du SMIC sous couvert d'aider à l'insertion des jeunes. Ainsi, voit-on fleurir de nombreuses exceptions à la rémunération minimale dans le cas des contrats d'apprentissage, de professionnalisation, des stages, etc., ce qui est très fermement dénoncé notamment par le collectif Génération Précaire

 

Tous les pays européens ont-ils un salaire minimum ?

 

Un salaire minimum légal national s'applique (ou va s'appliquer comme en Allemagne en 2015 à 8,50 euros de l'heure) dans 22 des 28 États membres de l'Union européenne. Seuls le Danemark, l'Italie, l'Autriche, la Finlande, la Suède et Chypre font exception ; dans ces pays le salaire minimum est fixé soit par négociations entre les partenaires sociaux, soit par des accords de branche.

 

Salaires-minimum.png

 

[ Source : Le Monde ]

 

Ainsi, au moment où la France s'interroge sur la nécessite de maintenir un salaire minimum assez élevé, d'autres pays prennent le contrepied et pas qu'en Europe ! On pense bien entendu aux États-Unis où Barack Obama, dans le cadre de son programme de lutte contre les inégalités, a décidé de revaloriser par décret le salaire minimum pour les deux millions d'employés de sociétés privées au service de l'État fédéral ; celui-ci augmentera donc progressivement sur 3 ans pour passer de 7,25 $ à 10,10 $. Même le très libéral Royaume-Uni s'est prononcé pour une augmentation substantielle de son salaire minimum légal.

 

Certes le niveau du salaire minimum doit être fixé judicieusement pour éviter que les salariés peu qualifiés, qui ont une productivité faible, ne soient exclus définitivement du marché du travail. Mais n'oublions jamais qu'en plus d'être pour certains un moyen de lutter contre la pauvreté et les inégalités, le salaire minimum est avant tout un moyen de garantir une valeur minimale au travail et d'inclure tous les salariés au sein de la société.

 

C'est ce que l'UE ne semble pas avoir compris puisque bien que la création d'un salaire minimum européen, fixé par exemple en fonction du salaire médian ou moyen du pays, est crédible, elle reste le serpent de mer - pour ne pas dire l'arlésienne ! - d'une Union européenne qui se voulait pourtant sociale... Le typhon électoral d'hier sera-t-il à même de changer la donne ? Au vu des déclarations des uns et des autres, je crains que non malheureusement...

 

Cette semaine, j'ai profité de ma chronique sur Mosaïk TV pour évoquer le SMIC. Celle-ci a été diffusée dans le journal du lundi 26 mai :

 

Mosaik-26-mai-2014.jpg

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de Mosaïk ]

Partager cet article

Repost0
20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 14:35

Robinet-euros.jpg

 

Face au risque déflationniste dont j'ai parlé dans ce billet et à la croissance qui reste faible, certains évoquent la possibilité pour la BCE de passer au quantitative easing. De quoi s'agit-il ? Que peut-on en espérer ? Réponse dans ce billet un peu long mais qui je l'espère vous fournira beaucoup d'informations !

 

Le constat

 

 * sur le front de l'inflation et du chômage

 

Selon l'INSEE, en mars 2014, l’indice des prix à la consommation (IPC) est en hausse de 0,4 %, soit 0,6 % sur un an. Hors tabac, il croît de 0,5 % en mars 2014 et également de 0,5 % sur un an. Corrigé des variations saisonnières, l'IPC se replie de 0,1 % en mars 2014. On note un repli des prix de l'énergie et de l'alimentation. L’inflation sous-jacente (ISJ) augmente quant à elle très faiblement de 0,1 % en mars 2014, soit 0,4 % sur un an.

 

Glissements annuels de l'indice des prix à la consommation (IPC) et de l'inflation sous-jacente (ISJ)

 

Inflation-mars-2014.png

[ Source : INSEE  - indice des prix à la consommation ]

 

Selon l'INSEE, le taux de chômage s'élève à 9,8 % de la population active, en recul de 0,1 point par rapport au troisième trimestre 2013. Il n'en fallait pas plus pour que le gouvernement affirme avoir inversé la courbe du chômage !

 

Chomage-INSEE-2014.png

 

[ Source : INSEE ]

 

Pourtant, le nombre des inscrits à Pôle emploi continue d'augmenter :

 

demandeurs-emplois.jpg

[ Source : 20 minutes ]

 

  Au niveau de la zone euro, la situation est sensiblement la même :

 

Constat-zone-euro.jpg

[ Source : OFCE ]

 

Au reste, l’inflation anticipée sur les marchés financiers (appelée swap d'inflation) est elle aussi en baisse pour la zone euro. Cette situation de recul prononcé de l'inflation résulte tout à la fois du niveau élevé du chômage, du faible niveau du taux d’utilisation des capacités de production et de toutes les politiques d'austérité qui ont contribué à faire reculer salaires et coût salariaux dans la zone euro.

 

 * sur le front du crédit

 

On assiste à un recul du crédit au secteur privé (en raison du durcissement des conditions de crédit mais aussi parce que les agents se désendettent), qui conduit au ralentissement de la masse monétaire :

 

Credit-zone-euro.jpg

[ Natixis ]

 

De plus, la base monétaire se contracte au sein de la zone euro en raison du remboursement des prêts accordés par la BCE, ce qui se traduit par une baisse de la taille du bilan de la BCE :

 

Taille-bilan-BCE.jpg

[ OFCE ]

 

Que fait la BCE ?

 

La plupart des Banques centrales ont pour objectif (pas forcément unique du reste) la stabilité des prix. C'est le cas de la Banque centrale européenne (BCE), qui traduit cela par l'objectif chiffré suivant : maintenir l'inflation au-dessous, mais à un niveau proche, de 2 %, sur le moyen terme.

 

Mais autant la BCE semble durcir très vite la politique monétaire au moindre signe d'inflation anticipée, afin d'éviter de devoir mener une politique monétaire très restrictive (forte hausse des taux d’intérêt) qui risque de conduire à une récession, autant la BCE n'a que très peu réagi, c'est un euphémisme, à la baisse marquée de l'inflation depuis mi-2012. Au contraire, elle a laissé la base monétaire de la zone euro se contracter et l’euro s’apprécier jusqu'au point où il est devenu une question conflictuelle :

 

Taux de change euro-dollar

 

Euro-dollar-novembre-2013.jpg

[ Source : Bloomberg ]

 

Faire remonter les anticipations d'inflation, et dans un deuxième temps l'inflation elle-même, va donc devenir difficile surtout que les marges sur les taux directeurs de la BCE sont devenues très faibles, le taux principal étant déjà à 0,25 %. C'est d'ailleurs en baissant ce taux de 0,25 points, que la BCE a explicitement fait comprendre qu'elle prenait toute la mesure du risque déflationniste, dont il faut rappeler qu'il conduit - s'il se matérialise - à un alourdissement de l'endettement réel, qui mène à l'augmentation des défauts d'emprunteurs et à des faillites bancaires.

 

Il est donc question depuis quelques semaines de passer à des politiques monétaires non conventionnelles, et la réunion du mois de juin sera scrutée à la loupe par tous les acteurs du monde économique puisqu'on évoque une nouvelle baisse des taux de 0,15 points.


Les politiques monétaires

 

En période "normale", les Banques centrales atteignent leurs objectifs grâce à des politiques monétaires conventionnelles :

 

 * utilisation des taux directeurs : le principal taux directeur est le taux d’intérêt auquel les banques commerciales se refinancent auprès de la Banque centrale ; ainsi plus il est élevé plus les banques payent leurs ressources chères, et donc moins elles sont incitées à prêter. Dans le cas présent, la BCE peut encore très légèrement abaisser son principal taux directeur, mais qui est déjà tangent à 0.

 

 * stérilisation : pour faire simple cela correspond au retrait de la liquidité injectée dans le système, afin de limiter les risques d'inflation. Dans le cas présent, la BCE pourrait déstériliser ses interventions pour justement créer les conditions de l'inflation.

 

Mais lorsque les canaux de transmission de la politique monétaire ne fonctionnent plus de manière satisfaisante (c'est le cas actuellement puisque les agents se désendettent, ce qui rend inefficace le canal des taux directeurs), les Banques centrales pratiquent des politiques monétaires non-conventionnelles comme c'est le cas aux États-Unis et au Japon par exemple :


 * forward guidance : c'est en quelque sorte l’engagement de la Banque centrale à ne pas modifier ses taux d’intérêt directeurs pendant une longue période de temps ; cela dépend donc fortement de la crédibilité de la Banque centrale.

 

 * taux des dépôts négatif : comme ce taux rémunère l'argent placé par les banques auprès de la BCE, le rendre négatif (c'est-à-dire faire payer aux banques le droit de déposer de l'argent) forcerait les banques à prêter leurs fonds.

 

 * quantitative easing (= assouplissement quantitatif) pour accroître la quantité de monnaie en circulation dans l’économie.

 

 * achats de dettes privées, de crédits bancaires et d’ABS pour faire baisser les primes de risque, c'est-à-dire notamment faire baisser les marges de taux d’intérêt sur les crédits

 

Quel type de quantitative easing pour la BCE ?

 

Il semble fort peu probable que la BCE, au vu de son mandat et des contraintes exercées par l'Allemagne, se lance dans un vaste programme de rachats d'actifs risqués en échange de création monétaire. En revanche, la BCE pourrait très bien accroître sa base monétaire par l’achat de dettes publiques sans risque.

 

Si la BCE s'engage dans un tel assouplissement quantitatif, certes elle aura un moyen de lutter contre la déflation, mais il ne faut pas oublier les risques d'une telle politique monétaire :

 

 * baisse des rendements sur les dettes publiques de la France et de l'Allemagne. Certes cela peut être une bonne nouvelle pour financer la dette publique, mais il ne faut pas que les investisseurs se rabattent alors massivement sur les dettes publiques des pays du Sud de la zone euro, afin d'y trouver des rendements plus intéressants.

 

 * écrasement des primes de risque et donc baisse artificielle des taux des obligations publiques.

 

 * resserrement des primes de risque sur les actifs risqués car la liquidité créée ira s'investir dans des actifs risqués plus rémunérateurs. Il y aura donc une élévation du risque global.

 

Il faut cependant garder à l'esprit que si le quantitative easing a relancé quelque peu l'économie aux États-Unis et au Japon, c'est d'abord parce que l'effet de richesse est beaucoup plus marqué dans ces pays qu'en Europe. Rappelons que les effets de richesse consistent en une hausse de la consommation et des achats immobiliers liées à la très forte augmentation des cours boursiers et des prix de l'immobilier.

 

Or, au sein de la zone euro la demande est déprimée, le désendettement se poursuit, les effets de richesse sont faibles, donc il semble difficile d'attendre une reprise de l'économie avec une telle politique monétaire. Mais son but principal n'est-il pas surtout de nous sauver de la déflation dans un premier temps ? Dans ce cas, un quantitative easing sera très utile ! Ensuite, il faudrait enfin penser à une politique budgétaire et fiscale pour relancer l'économie... ou sortir de la zone euro comme je l'ai expliqué dans ce billet, afin de briser la spirale de la déflation salariale et du moins-disant social !

 

N.B : l'image de ce billet vient de cet article du site ZDnet.

Partager cet article

Repost0
13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 11:31

 

Euro brisé

 

L'objet de mon blog a toujours été de décrypter l'économie et de m'exprimer sans langue de bois sur les thèmes que j'aborde. C'est pourquoi j'ai expliqué sans détours dans un récent billet ce qu'on pouvait attendre du plan d'austérité du gouvernement, qui n'est en fait que l'ultime viatique trouvé par des politiques à court d'idées pour financer 41 milliards d'euros distribués aux entreprises et respecter l'engagement de ramener le déficit public sous la barre des 3 % du PIB en 2015.

 

Au sein de la zone euro, si l'austérité n'apporte pas les résultats attendus, c'est d'abord parce qu'elle est pratiquée dans de nombreux pays d'Europe (il ne faut pas oublier que l'Union européenne est aussi une vaste zone de commerce interne et que les problèmes économiques des uns finissent dès lors par devenir ceux des autres) et ensuite parce qu'elle étouffe toute forme de reprise économique.

 

Tout se passe malheureusement comme si l'appartenance à la zone euro se résumait pour certaines populations a subir années après années des plans d'austérité, plus exactement des politiques de dévaluation interne. Pour mémoire, en l'absence de possibilité de dévaluer la monnaie, les pays en perte de compétitivité-prix pratiquent une baisse des coûts salariaux et des prix, que l'on appelle précisément dévaluation interne ou ajustement nominal.

 

Selon la théorie, comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et la compétitivité s'améliore à l'export. Or, en raison de la rigidité des prix (des exportations et de la consommation), la diminution des salaires conduit le plus souvent à la baisse du pouvoir d'achat des ménages, à une compression de l'activité et donc à une hausse du chômage !

 

Bref, en l'état, la zone euro est incapable de répondre efficacement aux problèmes économiques et sociaux des pays membres, puisque ces derniers sont très hétérogènes et que la politique économique et monétaire, par définition unique, ne peut convenir à toutes les économies.

 

C'est du reste ce que prouvent les décisions de la BCE depuis le début de la crise, depuis la création du MES (alors qu'un renflouement public est en principe interdit par les Traités) jusqu'au récentes rumeurs concernant l'utilisation de politiques non conventionnelles pour faire face à la déflation (dont je vous parlerai dans un prochain billet), en passant par l'OMT (programme de rachat de titres de dette d'États de la zone euro, sévèrement critiqué par l'Allemagne) et le sauvetage calamiteux de Chypre. Quant aux appels pressés et pressants pour faire "baisser" l'euro, ils resteront lettre morte puisqu'il n'existe pas de moyen simple - ni de volonté commune - de mener une telle politique.

 

Dans ces conditions, il est illusoire de croire que la crise de la zone euro est finie. Bien au contraire, les gouvernements en Europe ne cessent d'appliquer des politiques néolibérales qui conduisent tout à la fois à une stagnation de la productivité globale des facteurs, des gains de productivité quasi nuls, une faiblesse des dépenses de R&D (recherche-développement), une désindustrialisation, une stagnation voire un recul de l'investissement des entreprises, une perte de capital humain suite au chômage élevé et de longue durée.


En outre, les politiques économiques menées au sein de la zone euro nous engagent désormais dans la grande course à la déflation salariale et au moins-disant social, oubliant de la sorte les leçons de l'histoire (déflation Laval en France, déflation Brüning en Allemagne).

 

Mais que l'on se rassure, la finance obtient ce qu'elle souhaite : pseudo-loi de séparation bancaire, Union bancaire en forme d'usine à gaz, poursuite de la consanguinité entre banquiers et politiques, défenses des intérêts bancaires face à ceux des collectivités territoriales,... En d'autres termes, dormons tranquille, car si la société grecque a été détruite c'était juste pour sauver les banques françaises et allemandes !

 

C'est pourquoi, dans le gloubi-boulga des solutions envisageables pour sortir de la crise et remettre la finance au service de l'économie réelle, j'ai acquis la conviction que le seul moyen efficace serait la sortie de l'euro, ce que j'ai cherché à expliquer en quelques images dans la vidéo ci-dessous :

 

 

Certains esprits chagrins me diront que cette solution est celle avancée par le Front National. A ces personnes, j'opposerai deux arguments :

 

 * d'une part ce n'est pas parce que le FN s'est saisi d'une question que plus personne n'a le droit d'y réfléchir et d'apporter des compléments, sauf à accepter que le débat démocratique devienne captif des intérêts politiques,

 

 * d'autre part, je penche pour un retour à un  système de change fixe mais ajustable à l'instar de ce que fut l'ECU sous Giscard d'Estaing, c'est-à-dire une monnaie commune mais pas unique ! Mais dans l'opinion, ce scénario est souvent confondu avec l'idée du FN, qui consiste à revenir à la situation qui prévalait en 1973 où la Banque de France prêtait au Trésor français sans intérêt...

 

Des études sérieuses ont été menées pour soutenir cette proposition de sortie ordonnée de l'euro avant qu'elle n'arrive par la force des choses, notamment par Jacques Sapir. Elles montrent notamment qu'une telle solution serait favorable à notre industrie, mais que bien entendu elle aurait aussi des conséquences négatives notamment en matière d'inflation. Il ne s'agit donc pas d'une solution miracle, mais d'une solution crédible dans le contexte actuel ; le chemin sera difficile, mais l'enjeu est de redonner du souffle aux économies meurtries par le carcan monétaire. Frédéric Lordon vient du reste lui aussi de se prononcer sur la sortie de l'euro dans son dernier livre.

 

Quant à ceux qui affirment de manière péremptoire qu'il est impossible de quitter l'euro, ils nient de la sorte que la monnaie est une construction humaine, et qu'à l'image de tout ce que les hommes ont construit, il est possible de la modifier, de la faire évoluer, voire de la révolutionner, afin de tendre vers l'intérêt général... des peuples et non de la finance !

 

C'est pourquoi, j'ose affirmer en retour que ne pas opérer de changement alors qu'aujourd'hui la crise ne semble plus vouloir s'arrêter au sein de la zone euro, c'est au mieux confirmer l'admirable lucidité de Tocqueville lorsqu'il évoquait le "despotisme doux" en démocratie qui "réduit chaque nation à n'être qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux dont le gouvernement est le berger", au pire prendre le risque d'aboutir à des troubles politiques graves, comme les prochaines élections européennes risquent fort de le démontrer.

 

Ainsi, et je le répète, l’Union européenne n’est pas la zone euro et il est donc important de dissocier la construction politique de l’Europe de la monnaie unique. Si l'Euro est condamné à mon sens - et il l'était depuis son origine puisque la zone euro n'avait aucune chance d'être une ZMO -, cela ne remet certainement pas en cause le projet européen de paix entre les nations.


Partager cet article

Repost0

Archives