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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 13:09

Euro-brise.JPG

 

La forte croissance des bourses mondiales depuis le début de l'année, a conduit les commentateurs patentés à affirmer que ces hausses boursières signifient la fin de la crise au sein de la zone euro. En cela ils furent confortés par les déclarations du Président de la République qui, lors de sa visite au Japon en juin, s'était laissé aller à prononcer cette phrase surréaliste : "il faut bien comprendre que la crise dans la zone euro est terminée".

 

Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes (business world of course) possibles ! Les 26,6 millions de chômeurs que compte la zone euro apprécieront certainement d'apprendre que des jours meilleurs sont arrivés pour une minorité d'investisseurs. En particulier, Nathalie Michaud, cette femme qui avait interpellé François Hollande sur le chômage des plus de 50 ans, appréciera de savoir que la Bourse se porte bien ! De même, Grecs et Espagnols - et tant d'autres - seront ravis d'apprendre qu'ils ont sacrifié leur État-Providence sur l'autel de la relance boursière... 

 

Exaspéré par la réaction des élites politiques et économiques, qui feignent de ne pas savoir que leurs préconisations ont cassé les ressorts de la croissance potentielle, je me devais de réagir. C'est pourquoi, j'avais soumis une tribune économique au journal l'Humanité sur la crise de la zone euro avant l'été, qui fut publiée dans l'édition du vendredi 7 juin 2013 (l'Humanité des débats) :

 

Tribune-Huma.jpg

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article de RFI.

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 13:25

Impots-trop-lourds-question-copie-1.jpg

 

L'ineffable Olli Rehn, Commissaire européen chargé des affaires économiques, a jugé bon de déclarer dans un entretien accordé au Journal du dimanche que "les hausses d'impôts en France ont atteint un seuil fatidique". Il n'en fallait pas plus pour que les médias s'enflamment sur la question, comme en témoignent les questions que m'ont posées plusieurs journalistes depuis deux jours.

 

Dans ce billet il ne s'agira pas de faire un cours complet sur l'impôt, mais juste de donner quelques clés de compréhension. Le lecteur intéressé pourra se reporter à un chapitre de mon prochain livre qui sera publié aux éditions Ellipses le 17 septembre, et qui comporte une présentation pédagogique des types d'impôts et des détails sur leur efficacité. Il y aura même un chapitre sur la très médiatique TVA sociale... Je vous en dirai plus très prochainement !

 

Les augmentations d'impôts en 2013

 

L'INSEE s'intéresse plus précisément aux prélèvements obligatoires, c'est-à-dire aux impôts et cotisations sociales effectives reçues par les administrations publiques et les institutions européennes. En 2012, les différentes mesures fiscales ont contribué à augmenter les prélèvements obligatoires de 22 milliards d'euros :

 

Hausses-impots.jpg

 

[ Source : Le Figaro.fr ]

 

Dans le détail, on peut citer entre autres les mesures suivantes :

 

 * le gel du barème de l'impôt sur le revenu

 

Gel-bareme.jpg

 

[ Source : Les Échos.fr ]

 

 * la création d'une tranche supérieure du barème de l'impôt à 45 %

 

 

Trnches-IR.png

 

[ Source : Le Figaro.fr ]

 

 * l'abaissement du plafond du quotient familial


Quotient-familial.jpg

[ Source : Le Point.fr ]

 

 * la fin du prélèvement forfaitaire libératoire pour les revenus du capital

 

Revenus-capital.jpg

 

[ Source : Les Échos.fr ]


Dans une interview à la radio, je rappelais il y a deux jours que même si certaines hausses d'impôts pèsent partiellement sur les entreprises, le principe d'incidence fiscale permet d'en déduire que, au vu de la situation économique actuelle, c'est sur les salariés que seront reportés ces nouveaux prélèvements par de moindre hausses de salaires notamment...

 

Le cercle vicieux de l'austérité

 

A travers le traité TSCG et les mesures d'austérité, les gouvernements achèvent de démontrer qu'ils continuent à appliquer les mêmes politiques néolibérales qui ont conduit à la crise. C'est précisément ce que je montrais dans mon livre, la grande saignée économique.

 

Ainsi, afin d'atteindre l'objectif de réduction du déficit public, le gouvernement français - comme tant d'autres ! - augmente les impôts et réduits les dépenses publiques : 24 milliards d'euros de prélèvements prévus pour 2013. En 2014, le gouvernement souhaite réduire le déficit structurel de 1 point de PIB, soit 20 milliards d'euros, avec 14 milliards d'économies (entendez par là désengagement de l'État) et 6 milliards de prélèvements supplémentaires.

 

C'est malheureusement oublier un peu vite que la baisse des dépenses et la hausse des impôts conduisent à une activité en berne, qui empêchera de tenir les objectifs de réduction du déficit public en raison de rentrées fiscales plus faibles. Cela conduit alors le gouvernement à ajouter encore de l'austérité l'année suivante (c'est le cas en 2013 et en 2014) et fait par conséquent entrer l'économie dans une spirale récessive. Ce cercle vicieux est de plus renforcé par la concomitance des politiques d'austérité menées dans nombre de pays de la zone euro.

 

Est-on trop taxé en France ?

 

Ce débat sur le niveau d'imposition est basé sur la courbe de Laffer, vague idée empirique selon laquelle "trop d'impôt tue l'impôt" et qui prend la forme suivante :

 

Courbe_de_Laffer.jpg

[ Source : Wikiberal.org ]

 

Bien évidemment, pour les néolibéraux les taux sont d'ores et déjà dissuasifs et il convient donc de réduire tout à la fois les taux d'imposition, les dépenses publiques, le déficit public, etc., ce qui revient à détruire l'État social. Je trouve du reste toujours curieux de se focaliser uniquement sur le niveau des prélèvements en "oubliant" de se poser les bonnes questions :

 

 * à quoi servent les impôts ? Tout le monde veut d'un État protecteur mais de plus en plus de personnes refusent de payer leur écot au pot commun de la nation... Or, comme l'indique Christophe Ramaux, "la moitié de la dépense publique (580 milliards) est constituée de prélèvements qui sont immédiatement restitués aux ménages sous formes de prestations sociales en espèce (retraite, chômage, allocations familiales, etc.) ou en nature (médicaments, consultation de médecine libérale, allocation logement…) : cela soutient une bonne part de leur revenu et donc leur consommation privée".

 

 

 * l'impôt est-il juste ? C'est-à-dire pour faire simple, chacun contribue-t-il à hauteur de ses revenus ? On peut en douter lorsqu'on se rappelle qu'une étude menée par Gabriel Zuckman, conclut qu'environ 8 % du patrimoine financier des ménages est détenu dans des paradis fiscaux  à l’échelle mondiale, c'est-à-dire près de 6 000 milliards de dollars en 2008 ! Au surplus, tandis que les uns ont le droit de manger le pain rance de l'austérité, une minorité profite de niches fiscales qui les affranchissent de la contribution collective.

 

Pire, Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez ont montré dans leur livre, Pour une révolution fiscale, que contrairement à l'idée reçue selon laquelle les pauvres sont des assistés, si l’on prend en compte l’ensemble des prélèvements obligatoires (impôts sur le revenu + cotisations sociales + impôts sur la consommation), les plus modestes supportent des taux effectifs d’imposition proches de 50 %, quand les plus riches ne dépassent pas 35 %...

 

En définitive, axer le débat sur le seul niveau des impôts est réducteur. En effet, ce sont les questions de rendement de l'impôt, de redistribution et de justice fiscales qui comptent le plus. Mais sur ces points, la conclusion est sans appel : le système fiscal français est malheureusement régressif, peu lisible et admet beaucoup trop de dérogations clientélistes. Avec un brin de réalisme politique, je dirais tout simplement qu'il manque la volonté de révolutionner le système fiscal !

 

N.B : l'image de ce billet provient du site CFE-CGC Adecco

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 13:32

Cites-d-or.gif

L'Allemagne fait décidément beaucoup parler d'elle ces derniers temps... On apprenait en effet il y a deux jours que le Bitcoin, une "monnaie" électronique, vient d'obtenir un statut de monnaie privée en Allemagne, c'est-à-dire qu'il pourra être utilisé légalement pour les transactions. L'administration fiscale prélèvera au passage une taxe de 25 % sur les profits réalisés lors  d’une vente en Bitcoins.

 

S'agit-il là d'une innovation révolutionnaire ou d'une fausse-bonne idée ?

 

Qu'est-ce que le Bitcoin ?

 

C'est une monnaie électronique non régulée, conçue en 2009 par l'informaticien Satoshi Nakamoto, mais qui n'a de cours légal dans aucun pays. On pourrait donc la classer dans ce que je qualifiais de monnaies complémentaires dans ce billet de blog

 

 

Le Bitcoin est présenté comme un système de paiement décentralisé, en ce sens qu'il ne nécessite aucun intermédiaire bancaire pour valider les transactions et aucune Banque centrale.

 

Comment fonctionne le système Bitcoin ?

 

Le système Bitcoin - qui fait partie du domaine libre - repose sur une chaîne de bloc, qui est un journal de transactions partagé et public. Il s'apparente ainsi à un système d'échange de fichiers du type peer-to-peer comme BitTorrent. Dès lors, tout utilisateur devra télécharger sur son ordinateur ce journal de transactions et se verra attribuer une adresse bitcoin protégée par une clé privée : 

 

Bitcoin.jpg

[ Source : Bitcoin.org ]


En pratique, un utilisateur peut obtenir des Bitcoins en les acceptant en tant que paiement pour une vente, ou en les achetant notamment sur une bourse d'échange en ligne comme Mt.Gox (50 % des échanges mondiaux, contre 27 % pour Bitstamp et 11,2 % pour BTC-E). A terme, le système a été conçu  pour que le montant maximum de Bitcoins en circulation ne dépasse pas environ 21 millions d'unités :

 

evolution_du_nombre_de_bitcoins.png

 

[ Source : Bitcoin.fr ]

 

Tout cela semble très intéressant, mais à l'origine il a bien fallu créer les premiers Bitcoins et les distribuer. C'est là qu'intervient un processus appelé "minage", qui consiste à créer 25 Bitcoins et à les affecter à une personne (le "mineur") qui aura contribué à vérifier la validité des opérations en installant sur son ordinateur un logiciel spécifique à cet effet.

 

Ces mineurs sont donc rémunérés à mesure des calculs effectués, mais la forte concurrence entre ces personnes pour obtenir de nouveaux Bitcoins et la puissance très importante de calcul nécessaire, rendent le minage de plus en plus difficile sinon impossible.

 

Quel est le prix du Bitcoin ?

 

Bien qu'il existe des cours du Bitcoin contre les principales devises, les échanges se font à 80 % contre des dollars, 8 % contre des euros et 6 % contre des renminbis. Rien d'étonnant donc à ce que le Bitcoin ait longtemps suivi les tendances du dollar, c'est-à-dire qu'il progressait lorsque les marchés étaient baissiers. Mais suite aux annonces de super-Ben aux États-Unis, le Bitcoin semble s'être détaché du sacro-saint dollar pour s'arrimer désormais à l'or, ce que Paul Krugman interpréte depuis plusieurs années comme une réintroduction de l'étalon-or dans notre système monétaire.

 

Mais l'événement majeur s'est produit en avril 2013 :

 

Évolution du cours Bitcoin/Euro depuis octobre 2011 (Mt.Gox)

 

Bitcoin-1-y.png

[ Source : Bitcoin.fr ]

 

Même sans connaissances particulières en finance, chacun aura compris que ce graphique montre l'explosion d'une bulle du Bitcoin ! Au printemps 2013, le Bitcoin a ainsi perdu plus 70 % de sa valeur. Que s'est-il passé ?

 

Tout d'abord, la crise chypriote battait son plein et les investisseurs, inquiets de voir leurs dépôts lourdement taxés, ont certainement cherché à convertir leurs euros en Bitcoins. Mais à mon avis c'est surtout la spéculation qui explique cette progression : la valeur du Bitcoin montait, donc certains se disaient qu'elle grimperait encore plus demain et qu'il fallait ainsi l'acheter aujourd'hui. Bref, la hausse était auto-entretenue jusqu'à ce que le retournement d'anticipation se produise et là... ce fut la catastrophe !

 

Pour mémoire, le Bitcoin avait déjà connu un mini-krach en 2011, lorsqu'il était passé de moins d'un dollar à 30 dollars avant de redescendre sous les 3 dollars !

 

Avantages et inconvénients du Bitcoin

 

Sur le plan pratique, quelques milliers de sites Web acceptent désormais les Bitcoins. L'utilisation du Bitcoin semble du reste assez simple et la gratuité des transactions est de mise. Une forme très avancée d'anonymat est également permise, ce qui n'est pas sans poser de problèmes. En effet, dans le monde réel, qui peut ignorer qu'anonymat rime avec blanchiment ? N'est-ce pas en particulier pour cette raison que les régulateurs financiers du monde entier s'intéressent de près à Bitcoin ?

 

De plus, il est bon de rappeler que des failles de sécurité existent, comme en témoignent les attaques menées sur la plateforme Mt.Gox en 2011. Les développeurs du système ont du reste annoncé la semaine dernière qu'il existait également une faille critique dans Android.

 

En limitant la création d'unités, le système Bitcoin est vu par certains comme non inflationniste, surtout en ces périodes où l'abreuvoir à liquidités financières est grand ouvert... C'est oublier un peu vite que l'effet de rareté crée nécessairement des comportements de spéculation. D'autres  notent que la décentralisation du système permet d'éviter, selon un argumentaire très libéral, les politiques d'émission monétaire trop excessives ou à l'inverse trop restrictives. Pour ma part, j'ai tendance à me méfier des systèmes non régulés, car j'ai en mémoire une grande catastrophe qui a eu lieu en 2007 en raison notamment de l'absence de régulation...

 

Convertir son argent dans une devise expérimentale, électronique, dont la sécurité reste encore à améliorer et dont le prix est volatile est un jeu spéculatif, il faut le dire ! C'est pourquoi, Bitcoin reste à mon sens un actif à très haut risque qui ne s'adresse pas à Monsieur Tout-le-monde. Au reste, avec un brin de perfidie, je constate que lorsqu'un utilisateur veut échanger ses Bitcoins contre des euros par exemple, il devra attendre que de nouveaux utilisateurs rejoignent le système. N'est-ce pas précisément ce que l'on appelle une pyramide de Ponzi, escroquerie que le héros Madoff avait poussée à l'extrême ?

 

En définitive, il n'est déjà pas simple de piloter une monnaie unique comme le montre le naufrage de la zone euro, alors comment imaginer qu'introduire une monnaie concurrente sur Internet pourrait résoudre nos problèmes ?


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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 13:05

seniorcv.png

Tout le monde a en mémoire cette femme au chômage, Nathalie Michaud, qui a interpellé François Hollande en marge de son déplacement en Vendée... sur le thème de l'emploi !

 

 

Elle rappelait au Président que le chômage n'était pas uniquement cantonner chez les jeunes, et que les plus de 50 ans comme elle ont beaucoup de mal à retrouver un emploi même lorsqu'ils cherchent activement. Leur échange semble démontrer l'impuissance du politique de gauche comme de droite du reste à répondre au fléau du chômage :

 

 - J'ai la cinquantaine, ça fait un an et demi que je cherche un emploi. Je n'ai jamais de réponses. Je suis obligée de revenir vivre chez mes parents parce que je n'ai pas de travail. (...) Qu'est-ce que vous pensez faire pour nous ?

 

 - Si on est là, c’est bien pour que même pour les personnes qui sont chômeuses de longue durée comme vous, on puisse trouver des solutions

 

Cela m'a donné l'idée d'examiner plus en détail le "marché" de l'emploi chez les 50 ans et plus...

 

Le chômage des plus de 50 ans

 

Ci-dessous un graphique qui présente l'évolution du nombre de demandeurs d'emploi depuis 2008 :

 

Chomage-50-ans.jpg

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

On constate que si le chômage des jeunes est en très nette progression depuis la crise, le chômage des plus de 50 ans a quant à lui doublé en 5 ans ! Beaucoup d'explications, plus ou moins pertinentes et correspondant parfois à des idées reçues, ont été avancées pour expliquer ces chiffres pour les plus de 50 ans : les salariés les plus âgés seraient les plus chers et/ou les moins productifs, la désindustrialisation et les délocalisations auraient détruit les emplois des plus âgés, culte du jeunisme, manque de mobilité au sein d'un groupe, discrimination, etc.

 

De plus, les réformes successives des retraites ont surtout eu pour conséquence d'allonger l'âge de départ. Quant à la dispense de recherche d'emploi, les articles L. 5421-3 alinéa 2 et L.5411-8 relatifs à la dispense de recherche d’emploi sont supprimés; ainsi le dispositif continue de s’appliquer mais uniquement aux bénéficiaires en cours, plus aucune entrée n'étant possible.

 

Évolution du nombre de dispensés de recherche d'emploi depuis 1986

 

Dispense-recherche-emploi.jpg

 

[ Source : Pôle Emploi ]

 

Cela se traduit par une hausse du taux d'activité des 50-64 ans depuis 2008 : 

 

Évolution du taux d'activité des 50-64 ans depuis 2008

 

Taux-d-activite.jpg

 

[ Source des données :  Insee, enquêtes Emploi 1975-2011, séries longues ]

 

Les chômeurs de longue durée âgés de plus de 50 ans

 

Selon l'INSEE, un chômeur de longue durée est un actif au chômage depuis plus d'un an.

 

Chômage de longue durée selon le sexe et l’âge en 2011 (France métropolitaine, %)

 

Chomage-longue-duree.jpg

 

[ Source : INSEE, enquête Emploi 2011 ]

 

D'après ce tableau, en moyenne en 2011, 57,8 % des personnes de 50 ans ou plus au chômage le sont depuis au moins un an ! Et si l'on regarde la durée moyenne d'inscription à Pôle Emploi, ce n'est guère mieux pour les demandeurs d'emploi de plus de 50 ans :


Durée moyenne d'inscription sur les listes de Pôle emploi des sortants de catégories A, B, C

 

DELD.jpg

 

[ Source : Pôle Emploi ]

 

Certes des dispositifs nombreux existent pour les chômeurs de longue durée, comme on peut s'en rendre compte en jetant un oeil sur le portail des politiques publiques de l'emploi et de la formation professionnelle. On se souvient ainsi du CDD sénior de 18 mois, qui s’adressait (et s'adresse toujours !) aux personnes âgées de plus de 57 ans inscrites depuis plus de trois mois comme demandeur d’emploi ou bénéficiant d’une convention de reclassement personnalisé (CRP). Il était censé favoriser le recrutement de certaines catégories de personnes sans emploi, mais en fin de compte ce fut un échec.  

 

Tout ceci achève de démontrer que, plutôt que d'opposer les moins de 30 ans et les plus de 50 ans sur la question de l'emploi, il serait judicieux de penser une réponse d'ensemble. C'était la finalité du contrat de génération de François Hollande, un dispositif d'aide à l'emploi visant à encourager l'embauche des jeunes et garantir le maintien dans l'emploi des seniors, en assurant la transmission des compétences.

 

Mais au-delà des doutes que l'on peut avoir sur la mise en oeuvre d'un tel dispositif, cela ne règle pas en amont le grand problème macroéconomique : la conjoncture économique est morose - nous sommes en pleine récession, n'en déplaise à Monsieur Moscovici -, les entreprises n'anticipent donc pas de reprise à court terme et limitent dès lors les embauches. Faut-il dès lors rappeler que l'économie marchande continue à détruire des emplois en 2013 ? Comment espérer dans ces conditions réduire le chômage aux extrémités de la pyramide des âges, lorsque le gâteau à se partager se réduit comme peau de chagrin ? Et je ne parle même pas de la concurrence féroce et souvent déloyale au niveau mondial, qui comprime les salaires puis les emplois... 

 

La réalité est celle exprimée par cette femme lorsqu'elle disait à François Hollande que "pour l'instant il n'y a rien de concret" : lorsque vous avez plus de 50 ans, vous avez toutes les peines du monde à retrouver un emploi, le CDI étant quasiment impossible à décrocher ! Même les cadres, qui sont un peu moins touchés surtout quand ils disposent de compétences pointues, sont dorénavant souvent obligés de se mettre à leur compte en faisant du conseil ou du portage salarial...


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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 13:44

Ballon-degonfle.jpg

 

Au moment où certains voient dans chaque chiffre économique un signe de reprise de la croissance, il m'a semblé utile de revenir en cette période estivale sur la notion de croissance potentielle, afin d'entrer un peu plus dans les détails.

 

Qu'est-ce que la croissance potentielle ?

 

Dans L’économie du XXe siècle (1961), l’économiste français François Perroux a proposé la définition suivante de la croissance : "augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues, chacune de ces périodes comprenant plusieurs cycles quasi décennaux, d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels". L'indicateur retenu est en général le PIB en volume.

 

La croissance potentielle, quant à elle, peut être définie comme celle réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main d'oeuvre disponibles.

 

Quels sont les facteurs qui influent sur la croissance potentielle ?

 

On peut citer principalement :

 

 * les gains de productivité : ils correspondent à une augmentation de la productivité.

 

 * l'innovation : on la mesure souvent par les dépenses de R&D et le nombre de brevets triadiques (brevets déposés à l'Office européen des brevets, à l'USPTO américain, et au Japan Patent Office).

 

 * les prix de l'énergie et des matières premières

 

 * l'investissement 

 

 * le niveau de formation de la population active : on peut par exemple l'appréhender par la part de la population active titulaire d'un diplôme de l'enseignement supérieur, par les dépenses d'éducation supérieure par étudiant,...

 

 * la démographie : les interactions sont fortes entre les phénomènes démographiques et économiques. Par exemple, l'évolution de la pyramide des âges a une influence sur le financement de la protection sociale, comme le montre la question de la dépendance (ou de la retraite).

 

 * la productivité globale des facteurs de production : c'est le rapport entre le volume de la production et l'ensemble des facteurs de production utilisés. Dit autrement, c'est l'augmentation de la production qui ne peut pas s'expliquer par l'augmentation des deux facteurs de production (capital et travail). Elle reflète donc d'une part le progrès technique, technologique, et d'autre part l'amélioration de ce que les économistes appellent de manière bien malheureuse le capital humain (éducation, expérience des salariés).

 

Comment peut-on estimer la croissance potentielle de la France ?

 

Pour estimer la croissance potentielle on peut utiliser l'une des deux méthodes suivantes :

 

 * méthode basée sur la productivité globale des facteurs 

 

On part d'une fonction de production Cobb-Douglas du type :

 

Cobb-Douglas.jpgoù Y désigne le PIB, A la productivité globale des facteurs, K le stock de capital, N l’emploi et a la part du coût du travail dans le PIB.

 

Il s'agit donc d'étudier la tendance passée de la productivité globale des facteurs, la croissance future anticipée du stock de capital net et la croissance future de la population active, pour en déduire grâce à cette formule la croissance potentielle de la France.

 

 * méthode basée sur la productivité du travail

 

On part de l'identité suivante : Y = P.N où Y désigne le PIB, P la productivité par tête et N  l'emploi.

 

Dès lors, à partir de la tendance de la productivité par tête et de la croissance future de la population active, on en déduit la croissance potentielle de la France.

 

Facteurs positifs et négatifs sur la croissance potentielle de la France

 

 * facteurs ayant des conséquences négatives sur la croissance potentielle : stagnation de la productivité globale des facteurs, faiblesse des dépenses de R&D (recherche-développement), désindustrialisation, stagnation voire recul de l'investissement des entreprises, perte de capital humain suite au chômage élevé et de longue durée.

 

 * facteurs ayant des conséquences positives sur la croissance potentielle : pour l'instant, je n'en vois aucun, d'autant que le dynamisme démographique de la France est probablement très largement compensé - malheureusement ! - par la hausse du taux de chômage structurel suite à la crise...

 

Les diverses estimations de la croissance potentielle

 

Le gouvernement français, c'est-à-dire des énarques de Bercy qui ne voient jamais le même film que nous, estime la croissance potentielle entre 1,5 et 1,6 % à la fin du mandat présidentiel. La Commission Européenne, quant à elle, table plutôt sur 1%, Natixis sur moins de 1 %, tandis que l'OCDE envisage en moyenne 1,8 % par an sur la période 2012-2017. Enfin, le FMI prévoit une croissance potentielle en France de 1,5 à 1,6 %.

 

Pour information, l'INSEE estime la croissance potentielle en fonction de plusieurs scénarios (croissance de la productivité et de la population active), puisque c'est la mode de scénariser notre avenir avec un scénario noir qui reste malgré tout bien clair au vu de la réalité; son scénario bas évalue la croissance potentielle à 1,2 % par an sur la période 2015-2025.

 

En définitive, il ne faudra pas compter avec une croissance forte dans les prochaines années. Certes on s'en doutait tout de même un peu déjà même si ceux qui nous gouvernent espèrent toujours revenir un jour aux Trente Glorieuses, comme en témoigne cette phrase issue de la communication du Conseil des ministres du 28 septembre 2012 (adoption du budget 2013, qualifié de budget de "combat" et de "conquête") : "le Gouvernement conduit un agenda de réforme ambitieux pour renouer avec une croissance plus forte, plus équilibrée et plus solidaire, respectueuse de notre modèle social et des équilibres environnementaux, en mobilisant toutes les énergies et tous les atouts"...

 

N.B : l'image de ce billet provient de cette émission de France culture.

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 11:36

prisoner.gif

 

La théorie des jeux est un outil qui permet d'analyser des problèmes issus de l'interaction d'agents rationnels. Elle a connu son essor et ses premières applications à l'économie à partir de 1944, avec le célèbre livre de John von Neumann et Oskar Morgenstern The Theory of Games and Economic Behavior. On doit à John Forbes Nash l'introduction en 1951 du concept d'équilibre qui porte son nom, et qui correspond à une solution dans laquelle aucun joueur ne souhaite modifier sa stratégie étant donné la stratégie des autres. 

 

Pour les économistes, la théorie des jeux sert à analyser les interactions économiques sous la forme de jeux stratégiques, c'est-à-dire de jeux où les gains d'une personne dépendent à la fois de ses actions mais aussi de celles des autres. Rassurez-vous si vous vous sentez un peu perdu, il n'est pas question ici de faire un cours complet sur la théorie des jeux, mais juste de montrer son intérêt dans l'analyse économique au travers d'un jeu célèbre : le dilemme du prisonnier.

 

Le dilemme du prisonnier

 

C'est une situation où les intérêts individuels s'opposent à l'intérêt collectif. Imaginons donc que deux personnes, Franck et Raphaël, se fassent arrêter par la police pour un braquage d'une institution censée financer l'économie réelle et non l'économie-casino et qu'elles soient incarcérées dans des cellules isolées sans aucune possibilité de communiquer. Le commissaire de police ne disposant pas d'assez de preuves pour les accuser, il fait alors la même proposition à chaque prisonnier : soit il dénonce l'autre suspect, soit il se tait, mais la peine de prison dépendra de la réaction de l'autre suspect.

 

Plus précisément, s'ils se dénoncent l'un l'autre, alors ils écoperont de 10 ans de prison tous les deux; si les deux se taisent alors ils n'obtiendront qu'une toute petite peine de quelques mois (6 mois, donc 0,5 an) pour avoir fait obstruction au travail de la police; enfin si l'un des deux dénonce et l'autre se tait, alors le dénonciateur sortira libre tandis que l'autre prendra 20 ans !

 

Il s'agit bien d'un jeu stratégique au sens défini plus haut et il nous est possible de résumer les gains de ce jeu (plutôt les issues) dans une matrice :

 

 

prisonnier1-copie-1.jpg

Quelle est la meilleure stratégie dans ce jeu ?

 

Si Franck choisit de me balancer, euh je voulais dire balancer Raphaël, alors le meilleur choix pour Raphaël est de le dénoncer parce qu'il écopera de 10 ans de prison au lieu de 20 s'il se tait.

 

Et si Franck décide de se taire ? Le meilleur choix pour Raphaël est alors de le dénoncer parce qu'il sortira libre de prison  au lieu d'écoper 6 mois (0,5 an) s'il la boucle.

 

Ainsi, quel que soit le choix de Franck, Raphaël minimise son temps passé en prison en décidant de la dénoncer. On dit par conséquence que "dénoncer" est sa stratégie dominante dans ce jeu. Par symétrie, on notera que c'est la même chose pour Franck, qui aura donc tout intérêt à dénoncer Raphaël pour minimiser le temps passé en prison.

 

Les conséquences de cette stratégie rationnelle

 

La stratégie dominante de Franck étant la même que celle de Raphaël, c'est-à-dire dénoncer l'autre, les deux écoperont de 10 ans de prison. Ce n'est pourtant clairement pas l'issue la plus favorable pour nos deux lascars, puisque s'ils avaient choisi de se taire ils n'auraient eu que 6 mois de prison chacun !

 

Le dilemme du prisonnier montre donc qu'il existe des situations où les intérêts individuels s'opposent à l'intérêt collectif. En termes économiques, on dira que les stratégies dominantes individuelles débouchent sur un résultat qui n'est pas un optimum de Pareto... Dit simplement, la main invisible d'Adam Smith, qui doit en théorie permettre aux intérêts individuels de déboucher sur le meilleur choix collectif, va tout droit en prison et passe son tour...

 

Une application de ce jeu en économie

 

Supposons que sur le marché de l'automobile, il n'existe que deux grands constructeurs (toute ressemblance avec des entreprises existantes étant presque purement fortuite...) qui fabrique des voitures identiques. J'ai volontairement simplifié l'exemple, afin que le prix soit la seule variable que le consommateur prenne en compte lors de l'achat de son véhicule.

 

Chaque constructeur n'a dès lors que deux choix possibles : proposer soit un prix élevé soit un prix faible. La matrice des gains suivante indique alors les issues en termes de chiffre d'affaires pour chaque entreprise :

 

 

prisonnier2.jpg

 

Intuitivement, on comprend que si l'un des constructeurs fixe un prix élevé, l'autre pourra augmenter son chiffre d'affaires en vendant moins cher le même type de voitures. Plus exactement, il pratique une prédation par les prix qui a pour conséquence de capter l'essentiel du marché automobile. En revanche, si les deux entreprises fixent un prix de vente bas, alors elles se partageront certes un marché plus étendu puisque des prix faibles attirent de nouveaux clients, mais le chiffre d'affaires sera moins élevé en raison du faible prix de vente.

 

Or on peut montrer, comme précédemment, que la stratégie individuelle dominante pour chaque entreprise consiste à pratiquer des prix bas. L'équilibre de ce jeu consistera donc pour les deux entreprises à pratiquer des prix bas, alors qu'il aurait mieux valu pour elles pratiquer toutes les deux des prix élevés. On remarquera néanmoins que dans le cas d'espèce, un des bénéfices de cet équilibre est que les clients peuvent obtenir des prix plus bas !

 

Pour finir, je pense que le lecteur aura compris que le dilemme du prisonnier peut se résoudre très facilement si les deux suspects ont la possibilité de communiquer et d'aligner leurs intérêts personnels sur ceux de l'ensemble du groupe. C'est pourquoi les gouvernements incitent pêcheurs et agriculteurs à négocier lorsqu'il s'agit de faire face à la surpêche ou à l'utilisation abusive des engrais chimiques.

 

Une négociation permettra en effet de sortir de l'impasse où chacun à intérêt à poursuivre la production comme avant en laissant les autres payer pour le changement, ce que l'on appelle aussi un comportement de passager clandestin. En revanche, les gouvernements interdisent formellement aux entreprises de s'entendre sur les prix, puisque nous venons de voir que ce dilemme du prisonnier était favorable au consommateur...

 

N.B : on peut généraliser ce que je viens de décrire à des situations où il y a compétition pour l'accès à une ressource limitée commune. On appelle cela la tragédie des biens communs, suite à ce célèbre article de Garrett Hardin publié dans la revue Science en 1968. En 2009, Elinor Ostrom recevait le prix Nobel d'économie "pour avoir démontré comment les biens communs peuvent être efficacement gérés par des associations d'usagers".

 


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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 11:04

Taux-d-interet.jpeg

Dans la période récente, on observe que les banques détiennent des portefeuilles d'obligations publiques assez importants :

 

Dettes souveraines détenues par les banques des pays de la Zone euro et du Royaume-Uni (milliards d'euros)

 

Detentions-obligations-banques.jpg

 

[ Source : European Banking Association ]

 

Le Japon, quant à lui, affiche le record de détention d'obligations publiques par les banques :

 

Encours d'obligations publiques détenues par les banques au Japon (% du PIB)

 

Obligations-banques-Japon.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

Les banques détiennent de tels titres publics en raison essentiellement de leur qualité - surtout en cette période de crise -, qui permet de s'en servir comme collatéral auprès de la BCE pour se refinancer. Mais ces titres sont également recherchés par les banques pour leur liquidité, suite à la mise en place des normes prudentielles dites Bâle 3. Celles-ci obligent en effet les établissements financiers à augmenter leurs fonds propres et à maintenir un certain ratio de couverture des besoins de liquidité à court terme (Liquidity Coverage Ratio).

 

Cela signifie que la banque devra à l'avenir conserver suffisamment d'actifs liquides pour pouvoir les vendre facilement sur les marchés, afin de faire face à une situation de crise de liquidité sur une période de 30 jours. Remarquons que le régulateur semblait croire que toutes les dettes souveraines restent liquides en période de crise... Mais il est revenu partiellement sur cette vision en élargissant les réserves de liquidité aux obligations d'entreprises notées A+ à BB-, et à certains emprunts hypothécaires et actions.

 

Or, ces portefeuilles obligataires sont soumis à un risque de taux : lorsque les taux d’intérêt nominaux à long terme augmentent, les obligations valorisées aux prix de marché voient leur prix baisser, ce qui débouche sur des moins values et réduit les fonds propres des banques. On s'attend alors à un rationnement du crédit offert par les banques, ce qui aurait bien entendu des conséquences néfastes sur une éventuelle reprise économique. Dans un pays comme le Japon, les conséquences seraient encore plus désastreuses sur la situation des banques bien entendu et sur les finances publiques, puisque le pays a une dette publique de plus de 220 % du PIB !

 

La question est donc : existe-t-il actuellement un tel risque de remontée des taux d'intérêt à long terme ? La réponse est oui, comme le démontre la mini-panique qui a suivi les déclarations du président de la Fed, Ben Bernanke, évoquant l'arrêt programmé des politiques monétaires expansionnistes menées par la Banque centrale américaine. J'avais expliqué dans ce billet que les taux d'intérêt à long terme étaient maintenus très bas grâce à ces politiques, mais qu'il faudrait bien un jour fermer l'abreuvoir à liquidités financières, ce qui fera remonter les taux aux États-Unis... et pour notre plus grand malheur dans la zone euro, puisqu'on constate historiquement une corrélation entre les taux des deux côtés de l'Atlantique !

 

En ce qui concerne le Japon, la politique monétaire très expansionniste voulue par le nouveau gouvernement de Shinzo Abe se traduira par un doublement de la base monétaire d'ici fin 2014. D'où une remontée de l’inflation anticipée et une dépréciation du taux de change, qui débouchent sur une hausse des taux d'intérêt à long terme :

 

Japan-rate.jpg

 

[ Source : Bloomberg.com ]

 

En définitive, pendant que certains affirment que la reprise est là une autre catastrophe se profile...

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 11:11

secret-bancaire-suisse.jpg

 

La révision de l'accord UE/Suisse sur la fiscalité de l'épargne donne lieu à d'interminables négociations. Aux termes de cet accord signé en 2005, la Suisse prélève un impôt sur les revenus de l'épargne des contribuables européens ayant un compte non déclaré en Suisse.

 

Plus précisément, il est prévu selon cette source que "les agents payeurs suisses opèrent une retenue d’impôt sur le paiement d’intérêts provenant de placements réalisés par des citoyens de l’UE en Suisse; cette retenue atteindra progressivement 35 % d’ici à 2011 (initialement : 15 %; depuis le 1er juillet 2008: 20 %; dès le 1er juillet 2011: 35 %). La Suisse transfère une partie des recettes provenant de cette retenue d’impôt aux pays de résidence des investisseurs, tandis qu’elle en conserve une partie pour couvrir ses frais administratifs". En moyenne, le produit de cet impôt revient à hauteur de 75 % aux États membres concernés de l’UE, le reste étant pour la Suisse. 

 

Recettes de la fiscalité de l'épargne versées par la Suisse aux pays de l'UE

 

Recettes-fiscalite-suisse.jpg

[ Source : Département fédéral des finances ]

 

Le point important est que les personnes étrangères qui touchent des intérêts peuvent dès lors choisir entre cet impôt et une déclaration aux autorités fiscales de leur pays. Devinez ce qu'elles choisissent le plus souvent ? L'Union européenne souhaiterait désormais que les autres revenus financiers, à l'instar des dividendes ou des plus-values, soient également concernés... Mais surtout qu'il y ait un échange automatique d'informations en matière fiscale !

 

Le poids de la finance en Suisse

 

Commençons par rappeler que la Suisse ne fait pas partie de l'Union européenne, ce qui a contraint le pays a choisir la voie des accords bilatéraux pour sortir de son isolement. Refusant ainsi l'échange généralisé d'informations en matière fiscale pour préserver son secret bancaire, la Suisse a signé, en 2005 avec l'Union européenne, l'accord décrit ci-dessus. Il est vrai que la Suisse est l'une des principales places financières mondiales, avec une forte spécialisation dans la gestion de patrimoines privés et institutionnels :

 

Fonds-transnationaux.jpg

 

[ Source : Genève Place Financière ]

 

Le secteur financier pèse ainsi près de 11 % du PIB du pays. En janvier 2013, selon le bulletin mensuel de statistiques économiques de la banque nationale suisse, les établissements bancaires géraient 4 640 milliards de francs suisses pour le compte de leurs clients, 47 % provenant de clients suisses et 53 % de clients étrangers.

 

Le secret bancaire en Suisse

 

Pour le dire simplement, le secret bancaire en Suisse désigne l'interdiction qu'ont les banques de ce pays de livrer des informations sur leurs clients à des tiers. Elle résulte de la loi fédérale sur les banques et les caisse d'épargne de 1934 qui, contrairement à une croyance populaire, n'a pas été instaurée pour éviter que les fonds juifs déposés en Suisse ne tombent aux mains des nazis, mais bien pour des raisons bassement commerciales.


Le secret bancaire suisse reposait jusqu'en 2009 (voir ci-dessous) sur la distinction entre soustraction et fraude fiscale, la non déclaration à l'autorité fiscale (donc la soustraction) n’étant pas suffisante pour lever le secret bancaire. On comprend dès lors pourquoi même si le secret bancaire peut être levé, cela reste tout de même exceptionnel. D'ailleurs, toute violation du secret bancaire tombe sous le coup du droit pénal, qui prévoit des peines d'emprisonnement jusqu'à 3 ans et des amendes pouvant atteindre 250 000 francs suisses.

 

Evidemment, un tel régime de secret bancaire quasi absolu permet l'évasion fiscale autant que le blanchiment d'argent sale. C'est pourquoi, afin de faire bonne figure, la Suisse a décidé de se conformer, depuis 2009, à l’article 26 du modèle de convention fiscale de l’OCDE. Mais il ne s'agit-là que d'un faible engagement à l'échange de données fiscales, puisque les États requérants doivent démontrer la pertinence prévisible des renseignements demandés...

 

La loi Fatca scelle le secret bancaire suisse


La loi FATCA (Foreign Account Tax Compliance Act) est l'équivalent d'une bombe atomique envoyée par les États-Unis sur la Suisse. Adoptée en 2010 par le Congrès américain, elle vise à lutter contre l’évasion fiscale des citoyens américains en cette période de finances publiques dégradées.

 

Elle impose aux institutions financières du monde entier, même celles qui n'opèrent pas aux États-Unis, de donner à l'administration fiscale américaine (IRS, Internal Revenue Service) toutes les informations dont elles disposent sur leurs clients assujettis au fisc américain. En cas de refus, les États-Unis se laissent le droit de taxer à 30 % toutes les activités de cette banque dans le pays - ce qui signifie la mort financière de l'établissement - et menacent même d'aller jusqu'au retrait de la licence bancaire !

 

Ainsi, la Suisse, mais aussi le Luxembourg et l'Autriche, ont accepté le principe de cette loi sous peine de se priver de l'accès au marché américain. Or, la directive européenne sur la coopération administrative fiscale contient une disposition comparable à celle de la « nation la plus favorisée », ce qui signifie que lorsqu'un État membre établit avec un autre État une coopération plus étendue que celle prévue par la directive, il ne peut refuser cette coopération étendue aux autres États membres.

 

Par conséquent, la Suisse devra concéder l'échange automatique de données fiscales aux pays membres de l'UE ! Quel que soit le temps qu'il faudra, le secret bancaire suisse est donc condamné à terme... d'où les mouvements importants vers les paradis fiscaux et bancaires asiatiques (Hong-Kong, Singapour,...).

 

Pour finir, je vous propose de regarder cette vidéo très instructive. Il s'agit de l'audition de Pierre Condamin-Gerbier, ancien banquier chez Reyl & Cie, par le Sénat. Il y a multiplié les révélations sur le système bancaire suisse et sur les techniques d'évasion fiscale, au point de déranger pas mal de monde depuis l'affaire Cahuzac (voir mon billet sur la transparence chez les élus). D'où peut-être son arrestation et son placement en détention préventive en Suisse il y a quelques jours ?

 

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article de 20min.ch

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 11:17

Abreuvoir-copie-1.jpg

 

D'abord il y eut le rêve pendant quelques semaines :

 

Évolution du CAC 40 sur 6 mois

 

CAC-40-2013.jpg

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Évolution du Dow Jones sur 6 mois

 

DJ-2013.jpg

[ Source : Boursorama.com ]

 

Puis vint le réveil au mois de mai 2013, avec une correction marquée sur l'ensemble des marchés et en particulier celui des obligations d'État :

 

10-y-bonds.jpg

[ Source : Natixis ]

 

Ceci résulte pour une grande partie des déclarations du président de la Fed, Ben Bernanke, évoquant l'arrêt programmé des politiques monétaires expansionnistes menées par la Banque centrale américaine.

 

Qu'appelle-t-on une politique monétaire expansionniste ?

 

Ces politiques monétaires consistent, pour les Banques Centrales, à créer massivement de la monnaie (voir l'évolution de la base monétaire ci-dessous) pour acheter des actifs financiers sur les marchés, dans le but d'augmenter le prix de ces actifs et de faire baisser les taux d’intérêt à long terme.

 

Base monétaire

[ Source : Natixis ]

 

Ainsi, aux États-Unis, la Fed achète à la fois des titres publics et privés (risqués !), le tout pour 85 milliards de dollars par mois ! Au Japon, comme je l'avais expliqué dans ce billet, c'est carrément un doublement de la base monétaire qui est prévu d’ici la fin de 2014, ce qui signifie que la Banque du Japon va augmenter ses achats d'obligations d'État et même acquérir des actifs plus risqués (ETF, fonds communs immobiliers,...).


L'objectif est que lorsque la richesse (immobilière et/ou financière) des ménages augmente grâce à cette hausse des prix, ces derniers se remettent à consommer et à investir. C'est ce que l'on appelle l'effet de richesse, qui est beaucoup plus marqué aux États-Unis et au Japon qu'en Europe.

 

Les risques d'une politique monétaire très expansionniste

 

Tout d'abord, l'ouverture de cet abreuvoir à liquidités financières a rendu la taille des flux de capitaux internationaux préoccupante. En effet, cet argent, loin de servir l'économie réelle, sert surtout à la spéculation internationale, ce qui a en retour des conséquences négatives sur les fluctuations des taux de change.

 

De plus, cette politique monétaire, en faisant augmenter les prix des actifs, crée un risque de retournement des prix si elle devait s'arrêter. C'est précisément ce risque dont les investisseurs ont prix conscience avec les déclarations de Ben Bernanke, d'autant plus que les banques se sont gavées de produits financiers en tous genres...

 

Ce type de politique monétaire place donc le banquier central devant un dilemme cornélien : fermer l'abreuvoir à liquidités financières, au risque de provoquer un krach financier, ou poursuivre ces injections massives de fonds, qui certes permettent à l'économie américaine de ne pas couler grâce aux effets de richesse mais déstabilisent considérablement les marchés et peuvent déboucher sur de l'inflation. Voilà pourquoi les économistes évoquent souvent le risque d'irréversibilité d'une politique monétaire expansionniste.

 

En outre, des achats massifs d'obligations publiques font monter leur prix, donc baisser les taux d’intérêt à long terme. Ceci incite les investisseurs à se reporter sur des actifs financiers plus risqués pour obtenir une meilleure rentabilité, ce qui a pour conséquence un écrasement artificiel de la prime de risque (le retour des célèbres bulles)... et une prise de risque excessive !

 

Peut-on sortir de ces politiques monétaires actuellement ?

 

En raison de la situation très dégradée de l'économie réelle, c'est-à-dire tout sauf l'économie casino sur les marchés financiers, essentiellement due à la poursuite des politiques d'austérité, il est difficile de prévoir un arrêt de ces politiques monétaires expansionnistes.

 

Deux graphiques pour s'en convaincre :


Commerce des marchandises de certaines économies, flux trimestriels, 2010T1-2012T4
Indices du volume corrigés des variations saisonnières, 2010T1 = 100

 

Exportations-WTO.png[ Source : OMC ]

 

Évolution des salaires réels


Evolution-salaires-reels.jpg

[ Source : Natixis ]

 

Donc rien à attendre de la demande extérieure et encore moins de la demande domestique au vu du chômage et de la faiblesse des salaires réels...

 

En définitive, tant qu'on ne changera pas le logiciel global de pilotage de l'économie basé sur le triptyque austérité-compétitivité-inégalité, aucune amélioration ne sera possible !


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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 11:13

ancienne_television.jpg

La chaîne de télévision Air TV m'a invité dans son émission Bienvenue chez vous (avec Jean-Luc Bertrand) pour parler d'économie et évoquer la parution de mon dernier livre, La grande saignée économique. Je m'exprime à partir de la 28e minute :

 

Air-TV-02-juillet-2013.jpg

 

[ Cliquer sur la photo pour voir la vidéo ]

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