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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 12:41

Drapeau-japonais-copie-1.jpg

 

Tout commence par le retour dans le cockpit japonais de Shinzo Abe :

 

 

Depuis le second semestre 2012, le Japon traverse une récession économique (que la tragédie de Fukushima a amplifiée) qui se conjugue avec une déflation quasi permanente depuis 1997.

 

Évolution de la croissance au Japon

 

japan-gdp-growth-annual.png

[ Source : http://www.tradingeconomics.com ]

 

C'est pourquoi, à rebours des politiques d'austérité menée en Europe, Shinzo Abe a mis en place un programme de relance économique de plus de 170 milliards d'euros. Celui-ci est basé sur le financement de grands travaux, une politique monétaire expansionniste et des aides aux entreprises. Examinons plus en détail cette politique monétaire.

 

Tout d'abord, il est prévu un doublement de la base monétaire d’ici la fin de 2014, ce qui signifie que la Banque du Japon va augmenter ses achats d'obligations d'État et même acquérir des actifs plus risqués (ETF, fonds communs immobiliers,...). Le but recherché est de faire baisser les taux d'intérêt sur les obligations à long terme et de relancer l'investissement. De manière moins avouable il s'agit aussi probablement de déprécier le yen afin de gagner en compétitivité-prix.

 

L'objectif d'inflation est quant à lui passé à 2 %, non sans heurts... En effet, nous avons dit plus haut que le pays est confronté à une déflation, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous qui montre que l'inflation est en moyenne négative depuis 1995. L'expansion de la base monétaire, pourtant prononcée depuis 1997, n'a pas réussi à inverser en raison de la baisse des salaires et de la poursuite du désendettement du secteur privé.

 

Évolution du taux d'inflation au Japon

 

japan-inflation-cpi.png

[ Source : http://www.tradingeconomics.com ]

 

La réussite de cette politique monétaire dépendra entre autres de l'évolution des salaires nominaux et de l'anticipation d'inflation que formeront les investisseurs :

 

 * si les salaires nominaux n'augmentent pas, alors cette hausse de l’inflation réduira le pouvoir d'achat, entraînant l'économie dans une récession encore plus profonde.

 

* si l'anticipation d'inflation augmente, alors les taux d'intérêt nominaux augmenteront également, ce qui revient à dire que les taux d’intérêt réels ne baisseront pas et donc qu'il n'y aura pas eu de soutien au désendettement. Pire, une hausse des taux d’intérêt nominaux provoquerait une panique sur le marché obligataire et coûterait très cher à l'État, dont le taux d'endettement public a atteint 220 % du PIB en 2012 !

 

Pour l'instant il semble que cette politique de relance ait redonné le moral aux consommateurs, qui se mettent à dépenser davantage. Il n'y a de toute façon pas de sortie de crise possible si les agents économiques n'anticipent pas une hausse de leurs revenus futurs : quels ménages augmenteraient leur consommation, quelles entreprises augmenteraient leurs investissements, s'ils n'espèrent aucune hausse de leurs revenus à venir ?

 

Pour finir, n'oublions pas que le Japon n'est pas le seul pays à mener une politique monétaire très souple pour soutenir l'activité. Certes la croissance de la base monétaire fut très forte au sein de la zone euro depuis 2008 :

 

Base-monetaire.jpg

[ Source : Natixis ]

 

Mais aux États-Unis la Fed va beaucoup plus loin, puisqu'elle achète également des titres risqués le tout pour 85 milliards de dollars par mois !

 

En définitive, le Japon démontre que pour faire face à une crise, un État doit se servir de toutes les armes de la politique économique : changements structurels conjugués à une politique budgétaire et une politique monétaire expansionnistes pour soutenir l'activité (et la demande). Remarquons également que cette relance a lieu alors même que le taux d'endettement public est stratosphérique et que Shinzo Abe est réputé être... conservateur !

 

Malheureusement, les États membres de la zone euro ne semblent pas prêts à coordonner leur politique économique autrement que sur la base du moins-disant social et de l'austérité... et ce ne sont pas les changements cosmétiques, annoncés il y a quelques jours par la Commission européenne, qui changent l'orientation néolibérale de la politique économique européenne, n'en déplaise à notre ministre de l'économie !


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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 11:11

Punch-ali.jpg

 

Depuis le début de la crise, il ne se passe pas une journée sans qu'il soit question de la compétitivité. Le plus surprenant est que ce sujet semble dorénavant transcender les clivages politiques, puisque François Hollande y fait autant référence que Nicolas Sarkozy...

 

A l'occasion de l'inauguration en octobre 2012 de l'usine d'assemblage du futur Airbus A350, Jean-Marc Ayrault avait martelé que "relever le défi de la compétitivité, c'est relever le défi de la lutte contre le chômage" :

 

 

D'où la création d'un "Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi" pour restaurer la compétitivité. Faisant suite au rapport Gallois dont j'avais parlé dans ce billet, ce pacte est décliné en 35 mesures que l'on peut consulter ici. On ne manque d'ailleurs pas d'être étonné lorsqu'on lit qu'il faut "redresser nos finances publiques pour assurer un environnement financier stable à nos entreprises" (mais bien entendu, pas d'austérité mais juste un peu d'après ce document).

 

Les médias auront surtout retenu la mesure phare : le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE). Le CICE correspond à une réduction d'impôt, donc à une baisse des coûts pour les entreprises d’environ 4 % en 2013, puis 6 % à partir de 2014 de la masse salariale brute en-dessous de 2,5 SMIC. L'objectif étant bien entendu que l'entreprise n'en profite pas pour augmenter les dividendes ou la rémunération du patron.

 

Pour satisfaire les TPE et les PME, le gouvernement a également mis en place des Assises de l'entrepreneuriat qui ont débouché sur 44 propositions. Officiellement, elles ont pour ambition de "réconcilier l'impératif de croissance et de compétitivité avec la dimension sociale et humaine de l'entreprise".

 

Pellerin.jpg

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo de Fleur Pellerin ]

 

Plus prosaïquement, il s'agit de doubler le nombre de création d'entreprises de croissance sur le territoire d’ici à cinq ans. D'où certainement l'expression de choc de compétitivité pour les PME qui circule dans les médias pour qualifier ces mesures...

 

Et l'emploi dans tout ça ? Il devrait découler de la compétitivité des entreprises... Mais on néglige ainsi les questions de conditions de travail, de contrats de travail, etc. D'aucuns prétendent que ces questions ont trouvé réponses dans le texte signé en janvier par les partenaires sociaux (qualifié d'accord compétitivité-emploi), puisqu'il propose de nouveaux droits pour les salariés (complémentaire santé,...) en contrepartie d'une flexibilité accrue pour les entreprises (simplification du chômage partiel,...).

 

Mais c'est oublier un peu vite que les rares concessions faites par le patronat lui ont permis de faire avancer, en quelques mois, un agenda néolibéral qui détricote les acquis des salariés comme le rappellent Thomas Coutrot et Gérard Filoche. Voilà pourquoi Pierre Gattaz a pu affirmer à l'Usine nouvelle que "tous les chefs d’entreprises de France ont six problèmes majeurs : le coût du travail, la peur de l’embauche, le financement du développement de leur entreprise, la fiscalité et l’environnement réglementaire, la transmission. Sur tous ces sujets, nous devons aller plus loin. Si nous les réglons, nous serons les rois du monde !".

 

En définitive, sous couvert de soutenir l'emploi, les mesures de compétitivité servent à imposer une baisses des salaires réels et une précarité accrue afin de satisfaire les objectifs de profit des actionnaires (Continental à Clairoix est devenu l'archétype des promesses de compétitivité-emploi non tenues). Mais quand vont-ils comprendre que sans demande solvable stable les entreprises ne peuvent survivre ?

 

Au bout du compte, l'alternative qui nous est offerte par ce système est la suivante : soit un chômage élevé (voir mon billet) soit des salariés pauvres et précarisés. Bref, la régression sociale dans tous les cas ! La stratégie du choc de compétitivité ressemble dès lors furieusement à la stratégie du choc tout court...

 

Pourtant, selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), "la compétitivité est la capacité de la France à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants, et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale, dans un environnement de qualité. Elle peut s’apprécier par l’aptitude des territoires à maintenir et à attirer les activités, et par celle des entreprises à faire face à leurs concurrentes". Certains feraient donc bien de relire cette définition souvent !

 

 

Cette semaine, j'ai évoqué la compétitivité dans ma chronique sur Mirabelle TV. C'est à voir dans le Grand rendez-vous du lundi à partir de la 20e minute :

 

Mirabelle-29-avril-2013.jpg

 

[ Cliquer sur la photo pour lancer la vidéo ]

 

N.B : cette photo d'un combat de Muhammad Ali contre George Foreman provient du site uk.eurosport.yahoo

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 11:29

baisse-chomage.jpg

 

Le 9 septembre 2012, le président de la République était l'invité de TF1 pour détailler son plan de redressement pour l'emploi. Il y annonçait notamment qu'il "inverserait la courbe du chômage d'ici un an", tout en tenant un discours basé quasi exclusivement sur la compétitivité, alors même que l'on connaît le résultat des politiques de l'offre (voir mon billet à ce sujet) menées ces derniers mois en Europe...

 

 

Le 28 mars, sur le plateau de France 2 cette fois, François Hollande est venu expliquer que l'effort de réduction des dépenses publiques - comprendre l'austérité dont j'ai analysé les effets néfastes sur l'économie dans ce billet - porterait également sur la Sécurité sociale. Et d'annoncer alors toute une série de tartes à la crème d'idées creuses censées tout à la fois permettre des économies et une baisse du chômage : créer des incitations fortes à reprendre le travail, meilleur cumul emploi-indemnités, améliorer la formation des chômeurs,...

 

 

D'aucuns ont prétendu qu'il s'agissait d'un exercice de communication sans message; moi je dirais plutôt que c'était une communication avec le mauvais message, à savoir que l'État se prive désormais des derniers moyens qu'il avait encore pour réguler l'activité économique et que l'on appelle la politique budgétaire !

 

Où en est le chômage actuellement ? A des niveaux stratosphériques en France (cliquer sur l'image pour l'agrandir) :

 

taux-chomage-france-2012.jpg

 

[ Source : RTL.fr ]

 

Au sein de l'Union européenne, les nouvelles du front de l'emploi ne sont guère plus réjouissantes (cliquer sur l'image pour l'agrandir) :

 

Chomage-europe.jpg

 

[ Source : La Croix ]

 

Les économistes ne sont pas tous d'accord sur la nature du chômage. Selon que l'on privilégie une approche par la demande ou l'offre on distingue :

 

 * le chômage keynésien : celui-ci résulte de l'insuffisance de la demande de biens et de services. D'où l'intérêt d'éviter les politiques d'austérité - également appelées dévaluation interne - en pleine crise et de lisser ensuite les ajustements budgétaires lorsque la croissance revient.

 

 * le chômage classique : celui-ci résulte d'un sous-emploi des capacités de production. D'où la nécessité d'améliorer la profitabilité des entreprises au travers d'une baisse des salaires réels et des charges sociales notamment.

 

Or, en analysant différentes variables au sein de la zone euro (profitabilité des entreprises, évolution de la demande, évolution de la balance commerciale pour les produits manufacturés, etc.), on met en évidence que le chômage est essentiellement keynésien, c'est-à-dire lié à l'insuffisance de la demande de biens et de services.

 

La question est surtout de savoir si le chômage résulte d'un ralentissement temporaire de l'activité (chômage conjoncturel) ou bien s'il provient d'un déséquilibre profond et durable du marché du travail (chômage structurel). On peut très bien du reste s'intéresser à toutes les composantes du chômage en même temps, mais encore faut-il ne pas perdre de vue que bien que nous subissions la pire crise depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le chômage est loin d'avoir explosé comme on pouvait s'y attendre. Cela devrait nuancer les propos tenus par ceux qui appellent à toujours plus de flexibilité au détriment des salariés (Cf. le compromis dit de flexisécurité signé par les partenaires sociaux).

 

En définitive, le chômage n'est pas une fatalité (Cf. François Mitterrand et son célèbre "en matière de lutte contre le chômage, on a tout essayé") à condition de sortir de ce système économique néolibéral qui, d'une part atrophie la demande, et d'autre part soumet les entreprises à une concurrence mondiale intenable. Mais cela passera nécessairement par des changements profonds au sein des institutions européennes, à condition que les dirigeants politiques le souhaitent.

 

Or, au vu des récentes déclarations du commissaire européen Olli Rehn, l'austérité reste toujours l'alpha et l'oméga des politiques économiques européennes, ce qui ne laisse rien présager de bon pour les chiffres du chômage...



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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 20:01

iceberg.jpg

 

Depuis maintenant 10 jours, l'onde de choc de l'affaire Cahuzac (cliquez ici si vous n'avez rien suivi...) ne cesse de faire des dégâts, tant au niveau de l'opinion publique qui incline désormais vers le "tous pourris" :

 

sondage_apres_cahuzac.png

[ Source : Le figaro.fr ]

 

qu'au sein de la classe politique où François Hollande est désormais fortement chahuté. Pour tenter d'apaiser le malaise grandissant, le président de la République a fait des annonces le 10 avril pour prévenir de pareilles dérives à l'avenir :

 

* transparence de la vie publique :

 

Une Haute Autorité indépendante va remplacer la Commission pour la transparence financière de la vie politique, créée en 1988. Elle exigera des ministres, mais aussi d'un nombre plus large de personnes (parlementaires, responsables d'exécutifs locaux, membres des cabinets ministériels, chefs d'entreprises publiques,...), notamment une déclaration de patrimoine et d'intérêts.

 

 

Bien qu'ils avaient jusqu'au 15 avril pour publier l'état de leur patrimoine, certains ministres ont pris de l'avance et livré de nombreuses informations qui recèlent parfois quelques pépites. Ainsi, apprend-on qu'Aurélie Filippetti possède un T-shirt de papy David Beckham, qu'Arnaud Montebourg dispose d'un fauteuil Charles Eames acheté 28.000 francs, que le président du Conseil régional de Languedoc-Roussillon Christian Bourquin ne possède pour seul patrimoine qu'un âne catalan de 8 mois, qu'Eva Joly possède des kayaks et des meubles Ikea, que Cécile Duflot a un deuxième véhicule polluant en plus de sa Twingo (une 4L).

 

En définitive, nos ministres et élus sont d'une pauvreté affligeante (sic !)... sauf certains qui sont millionnaires d'après les informations publiées ce lundi sur le site du gouvernement (cliquez sur la photo du gouvernement pour voir les déclarations de patrimoine publiées sur le portail du gouvernement) :

 

gouvernement-ayrault.jpg

François Fillon, quant à lui, a dévoilé son patrimoine au journal télévisé de 20h sur France 2, acte que l'on peut aussi interpréter comme une déclaration de guerre contre Jean-François Copé (ce dernier refusant de publier l'état de son patrimoine s'il n'y est pas obligé par la loi) :

 

 

* règles de non cumul : actuellement, le principe est que les parlementaires peuvent exercer toutes les activités professionnelles à l'exception notable de fonctions de direction dans un établissement public ou dans des sociétés privées bénéficiant d'avantages publics. Normalement, les parlementaires ne peuvent pas non plus exercer le métier d'avocat si cela les amène à plaider contre l'État par exemple, afin d'éviter les conflits d'intérêt.

 

La proposition de François Hollande inverse cette logique et dispose que l'exercice de toute activité professionnelle serait interdite aux parlementaires, sauf exceptions. Le risque est bien évidemment d'aboutir à un Parlement constitué uniquement de fonctionnaires (ce qui est déjà bien engagé puisque 55 % des députés sont fonctionnaires, la plupart d'entre-eux étant en détachement pendant la durée de leur mandat afin de garder leurs droits à avancement et à la retraite...). Bref, la question du statut de l'élu reste donc ouverte tant au niveau national que local. 

 

* fraude fiscale et corruption : un parquet financier à compétence national va être créé, alors qu'il existe déjà de telles structures au niveau régional qui manquent cruellement de moyens. De plus, faut-il rappeler que pour l'instant seul le ministère du budget peut engager des poursuites pénales, après avis favorable de la Commission des infractions fiscales ? Il a également été annoncé la création d'un office central de lutte contre la fraude et la corruption.

 

Ces annonces ne devraient pas nous faire oublier que le précédent gouvernement avait lui aussi commandé un rapport sur la question, suite à l'affaire Bettencourt. Intitulé  Pour une nouvelle déontologie de la vie publique, le rapport de la Commission présidée par Jean-Marc Sauvé avait conclu que les règles de déontologie applicables aux ministres sont "souvent imprécises et dispersées, quand elles ne sont pas inexistantes". Résultat ? Le rapport fut enterré !

 

De même, la commission sur "la rénovation et la déontologie de la vie publique", présidée par Lionel Jospin, avait rendu fin 2012 un rapport très intéressant intitulé Pour un renouveau démocratique, où il était préconisé de lutter notamment contre les conflits d'intérêts et le cumul des mandats. Résultat ? Peu d'empressement à changer quoi que ce soit !

 

En fin de compte, cette moralisation voulue de la vie politique dépendra de nombreux facteurs : moyens de contrôle réellement à la disposition de la nouvelle Haute Autorité et du parquet financier national, possibilité ou non d'éviter une déclaration exhaustive du patrimoine, etc. Mais le plus important reste la morale personnelle de l'élu, ce qui inévitablement me fait penser à ces mots d'André Malraux : "on ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n'en fait pas davantage sans". Ainsi, je ne pense pas que ces mesures auraient pu éviter l'affaire Cahuzac, pas plus qu'elles ne permettront d'éviter les fraudes à l'avenir... Elles risquent surtout de déboucher sur un grand voyeurisme, qui ne fera que renforcer le fossé qui existe entre les élus et le peuple.

 

Cette semaine, j'ai profité de mon passage sur Mirabelle TV pour évoquer l'évasion fiscale et les paradis fiscaux, dont j'avais déjà parlé dans ce billet. C'est à voir à partir de la 23e minute dans le Grand rendez-vous du lundi :

 

Mirabelle-15-avril-2013-copie-2.jpg

[ Cliquer sur la photo pour lancer la vidéo ]


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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 13:03

Flyer recto

 

Dans mon précédent billet, je vous faisais part de la projection-débat gratuite organisée par la médiathèque de Forbach ce samedi 13 avril à 15h. A l'issue de la projection du documentaire la dette de Nicolas UBELMANN et Sophie MITRANI d'une durée d'une heure environ, j’animerai un petit débat pour préciser les mécanismes et enjeux de la dette.

 

Le Républicain Lorrain m'a interviewé à ce propos :

 

RL-6-avril-2013.jpg

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Et a également publié un article pour annoncer l'événement :

 

RL-11-Avril-2013.JPG

 

[ cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Nous vous attendons nombreux  !

 

Renseignements auprès de la médiathèque de Forbach

 

4 place Aristide Briand

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 61 90

Email : mediatheque@mairie-forbach.fr  

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 11:41

Flyer-recto.jpg

 

Souvenez-vous ainsi de cette intervention de Christine Lagarde, alors ministre de l'économie :

 


La crise était présentée comme étant le résultat d'un endettement excessif des États et des administrations publiques, ce qui permettait à Christine Lagarde de se réjouir en 2010 de la création prochaine d'un nouveau pacte européen de rigueur budgétaire. Elle formait également le voeu qu'il n'y ait pas de concurrence fiscale avec l'Allemagne, et préconisait dès lors une convergence des systèmes fiscaux.

 

Depuis, Christine Lagarde est devenue directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), et son discours a passablement évolué en ce qui concerne la dette publique :

Lagarde-Irlande.jpg

 

En effet, elle s'est aperçue que les prescriptions de rigueur envoient depuis 2008, un à un, les États européens au tapis : Grèce, Portugal, Espagne, Irlande,... Mais lecteurs, quant à eux, connaissent la vraie nature de la crise au sein de la zone euro, savent pourquoi les politiques de dévaluation interne sont un échec, comprennent ce que valent les déclarations sur l'Union bancaire, et savent que le nouveau traité européen ne sauvera pas l'euro !

 

C'est dans ce contexte, où la dette publique atteint près de 90 % du PIB en France et 85 % au sein de l'Union européenne, que la médiathèque de Forbach m'a invité à démêler le vrai du faux lors d'une projection-débat gratuite ce samedi 13 avril à 15h.

 

Flyer-verso.jpg

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

A l'issue de la projection du documentaire la dette de Nicolas UBELMANN et Sophie MITRANI d'une durée d'une heure environ, j’animerai par conséquent un petit débat pour préciser les mécanismes et enjeux de la dette.

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 11:18

bernanke-argent.jpg

 

Ces dernières semaines les bourses mondiales ont été en forte croissance :

 

Évolution du CAC 40 sur 6 mois

 

CAC-40-2013.jpg[ Source : Boursorama.com ]

 

Évolution du FTSE 100 sur 6 mois

 

FTSE-2013.jpg

[ Source : Boursorama.com ]

 

Quant à l'indice phare de Wall Street, le Dow Jones, il a signé il y a quelques temps un nouveau record historique :

 

Évolution du Dow Jones sur 6 mois

 

DJ-2013.jpg

[ Source : Boursorama.com ]

 

Il n'en fallait pas plus aux commentateurs patentés pour en déduire que ces hausses boursières signifient tout à la fois que la crise est finie aux États-Unis, que le chômage va être vaincu d'ici peu, qu'investir en zone euro ne présente plus de risque, bref que tout va bien dans le meilleur des mondes (business world of course !) possibles.

 

Très peu ont noté le rôle pourtant essentiel joué par la politique monétaire très accommodante de la Banque centrale américaine (Fed), qui a conduit à une création monétaire très abondante :

 

Base-monetaire-2013.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

En effet, ces liquidités abondantes fournies à des taux d'intérêt très faibles (voir mon billet sur les LTRO) incitent les investisseurs à acheter des titres risqués, d'autant que les rendements des actifs sans risque sont très faibles :

 

Taux obligations 10 ans T-note (US), Bund (Allemagne), OAT (France), GILT (UK) et JGB (japon)

 

Taux-10-ans.jpg

[ Source : Gecodia.fr ]

 

Cependant, si l'on regarde de près la situation économique mondiale on constate que :

 

* la zone euro a enclenché une spirale dépressive

 

* les États-Unis n'en ont pas fini avec les problèmes budgétaires (dont le fiscal cliff)

 

* le Royaume-Uni a de plus en plus de mal à cacher les lourdes conséquences de sa politique d'austérité, qui conduira très probablement à une troisième récession ! Et ce d'autant plus que pour éviter de faire payer les plus riches, ce sont les plus pauvres qui sont mis à contribution...

 

* la croissance des pays émergents ralentit en raison de goulots d’étranglement en Inde, d'une perte de compétitivité de la Chine, d'une désindustrialisation du Brésil,...

 

Dès lors, les primes de risques ne devraient pas se réduire, comme on le voit actuellement, sur les dettes publiques ou les obligations d'entreprises (mais aussi les actifs des pays émergents). C'est donc l’abondance de liquidités qui conduit à l’écrasement paradoxal des primes de risque en plein marasme économique. Or, si on y réfléchit bien, les Banques centrales ont désormais mis le doigt dans un engrenage qui les obligent à conserver une politique monétaire expansionniste, sous peine de voir les primes de risques augmenter, ce qui renchérirait les coûts de financement.

 

En définitive, ces liquidités abondantes ont créé l'illusion que le contexte économique s'améliore alors que nous sommes au bord du précipice, comme nous le rappelle l'amateurisme avec lequel le problème chypriote a été traité !

 


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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 11:21

 

nouvelle.jpg

 

Depuis le temps que j'explique ce qui ne va pas dans l'économie européenne et ce que l'on pourrait faire pour améliorer les choses, ne boudons pas notre plaisir : l'Eurogroupe a profité de ce week-end pascal pour enfin prendre des mesures concrètes pour sauver la zone euro !


Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, après sa gestion calamiteuse de la crise chypriote, vient en effet de proposer à ses collègues d'abandonner les politiques d'austérité. Il devenait évident à ses yeux que ces politiques économiques conduisent à une forte hausse du chômage, mais aussi à une baisse de la production et de la demande intérieure, ce qui aggrave encore plus le déficit budgétaire et réduit le pouvoir d'achat des ménages. Le risque était alors trop grand de voir la crise économique se muer en crise sociale et politique majeure !

 

En clair, et c'est tout à son honneur, il a admis que les institutions européennes avaient mal diagnostiqué le mal qui ronge la zone euro. C'est d'autant plus important que, depuis 2007, la Grèce était devenue le cas d'école d'un problème d'insolvabilité traité fautivement comme un problème de liquidité. Avec des conséquences terribles pour le peuple grec et des retraits massifs d'argent dans les banques du pays.

 

De plus, les ministres des finances des États membres ont désormais compris que la zone euro n'est plus unifiée par la monnaie unique, car un euro déposé sur une banque chypriote ne vaut plus la même chose qu'un euro déposé en France ou en Allemagne par exemple. Pourtant, les signes d'un délitement du marché commun ne manquaient pas : depuis quelques temps, on a vu apparaître des taux d'intérêt négatifs sur le marché primaire des obligations (notamment le Bubill allemand 6 mois), c'est-à-dire le marché des titres financiers nouvellement émis. Cela correspond à la situation où les investisseurs acceptent de prêter des fonds à un État en perdant de l'argent au passage, signe ultime d'une dégradation profonde de la confiance au sein de la zone euro !

 

Les ministres ont également saisi - il était temps ! -  que  les politiques de dévaluation interne, imposées en contrepartie de l'aide européenne, s'avèrent inefficaces en raison de la rigidité des prix (des exportations et de la consommation) même lorsque les salaires (ou le coût salarial unitaire) baissent. Dès lors, elles étaient certainement le meilleur moyen de plonger la zone euro dans une grande dépression. Dans la même lignée, ils ont décidé d'abandonner le nouveau Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG, dit Pacte budgétaire) ainsi que ses avatars ("two-pack", "six-pack",...).

 

L'Ecofin a lui aussi pris une décision majeure : celle d'en finir avec les paradis fiscaux avant la fin de l'année, et pas seulement de vitrifier Chypre lorsque l'argent se promène en toute opacité au Luxembourg ou à Monaco... Il est vrai que les ministres ont depuis lu l'étude menée par Gabriel Zuckman, qui  conclut qu'environ 8 % du patrimoine financier des ménages est détenu dans des paradis fiscaux à l’échelle mondiale, c'est-à-dire près de 6 000 milliards de dollars en 2008 !

 

Mario Draghi, quant à lui, a décidé de lutter contre l'hypertrophie financière et la spéculation, pour dégonfler les volumes des flux financiers qui sont près de 60 fois supérieurs aux flux de l'économie réelle ! La BCE a également incité les gouvernements à reprendre la main sur les taux d'intérêt et les taux de change, qu'ils n'auraient jamais dû céder à la jungle des marchés financiers. Pour compléter son action, Super Mario a affirmé qu'il lutterait contre l'oligopole constitué de quelques grandes banques internationales (Goldman Sachs, JP Morgan Chase, HSBC, Barclays, UBS, BNP, pour n'en citer que quelques unes), qui deviennent de facto des établissements systémique.

 

Enfin, en France, François Hollande décide de rompre définitivement avec les politiques néolibérales et mène désormais une vraie politique de gauche et exige désormais une séparation stricte des activités bancaires. Il s'est en effet aperçu que le texte porté par Karine Berger ne prévient en rien la survenue d'une crise, et que le rôle d'une banque n'est pas de spéculer avec les dépôts. Peut-être a-t-il lu le rapport de la Commission européenne qui conclut que, entre octobre 2008 et le 31 décembre 2011, les banques ont bénéficié d’aides publiques pour un montant de 1 616 milliards d'euros (13 % du PIB de l’UE), contre à peine 82,9 milliards d'euros apportés à l’économie réelle en vertu des règles temporaires en période de crise !

 

Malheureusement, tout ce que vous venez de lire n'est pour l'instant qu'un rêve fantasme ou plus exactement un :

 

Poisson.jpg

 

En effet, comment ai-je pu seulement espérer que les institutions européennes deviennent un instant démocratiques, humanistes et au service de l'intérêt général ? 

 

N.B : la tradition de la farce du 1er avril remonte vraisemblablement au XVIe siècle, où l'on s'offrait des cadeaux de nouvel an jusqu'au 1er avril puisque l'année calendaire commençait... le 25 mars ! L'édit de Roussillon du 9 août 1564 ramène le début de l'année au 1er janvier, mais les Français continuent dès lors à se faire des cadeaux à l'occasion du 1er avril... Mais pourquoi "poisson d'avril" ? D'aucuns prétendent que c'est en raison des petits farceurs qui lançaient dans les rivières des harengs lorsque la pêche fermait le 1er avril... 


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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 13:14

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 Chypre acte I : le pays est tombé en panne suite à la crise de 2007 et au hair cut en Grèce, essentiellement parce que sa finance et ses banques s'étaient développées de manière effrayantes, le système bancaire national représentant désormais plus de 700 % du PIB de l'île ! Résultat : le gouvernement chypriote a dû se résigner à demander l'aide de la tristement célèbre Troïka (FMI, UE, BCE), qui a débouché sur un plan d'aide de seulement 10 milliards d'euros sur les 17 demandés et sur l'instauration d'une taxe exceptionnelle sur tous les dépôts bancaires dont on attend 5,8 milliards d'euros...

 

Chypre acte II : avec une idée aussi géniale que de taxer les dépôts bancaires, tabou ultime au sein de la zone euro, la crise bancaire a mué en une crise économique, sociale et sous peu politique. En effet :

 

 * la Banque centrale européenne (BCE) exerce un véritable chantage sur le gouvernement chypriote, conditionnant ses liquidités d'urgence aux banques chypriotes - appelées LEA - à la mise en oeuvre d'un accord avec la Troïka. Voir le communiqué de la BCE à ce sujet.

 

 * le gouvernement chypriote cherche tous les moyens pour éviter cette taxation des dépôts, quitte à inventer un hypothétique fonds qui prendrait appui sur les fonds de pension et sur les revenus futurs de l'exploitation du gaz pour émettre des obligations garanties.

 

 * les Chypriotes font désormais face à une fermeture prolongée des banques pour éviter une fuite des capitaux aux effets dévastateurs. Bien entendu, dans pareil contexte, les commerçants n'acceptent que les paiements en liquide, que l'on ne peut obtenir qu'aux seuls distributeurs automatiques. Or, depuis dimanche 24 mars, la banque centrale de Chypre a imposé un plafond de 100 euros par jour pour les retraits bancaires, ce qui complique encore plus la vie des Chypriotes et rappelle que les moyens de paiement sont un bien commun. Au fait, comment fait la personne qui n'a pas de carte de retrait ?

 

 

Hier matin, la Troïka annonçait avoir trouvé un accord avec le gouvernement chypriote, qui prévoit de fermer la Popular Bank of Cyprus, avec visiblement la création d'une structure de défaisance (appelée bad bank dans le jargon), et de transférer les dépôts de moins de 100 000 euros ainsi que les dettes de cette banque envers la BCE à l'autre grande banque, la Bank of Cyprus.

 

Les dépôts supérieurs à 100 000 euros seraient quant à eux très lourdement taxés - on évoque plus de 30 % - afin de dégager entre 4 et 5 milliards d'euros pour compléter le plan de sauvetage de 10 milliards d'euros (essentiellement porté par le MES et le FMI dans des proportions inconnues pour l'instant), dont on ne cesse de rappeler qu'il est insuffisant pour faire face à toutes les obligations de Chypre.

 

Rien d'étonnant donc à ce que Chypre repousse encore de quelques jours la réouverture de ses banques, d'autant que Bank of Cyprus et Laiki Bank représentent 80 % des avoirs bancaires du pays. Heureusement qu'aucun autre pays de la zone euro n'a de système bancaire aussi surdimensionné...

 

Nous aurons tout de même eu droit à un moment d'anthologie au sein de la zone euro, lorsque Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, a montré son sens développé de la démocratie en expliquant que cet accord n'avait pas besoin d'être approuvé par le parlement de Chypre... mais qu'il devait l'être par les Parlements des pays de la zone euro, dont l'Allemagne ! A défaut de démocratie participative, vive la démocratie contemplative !

 

Quant à Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, on se demande encore quelle mouche l'a piqué pour qu'il déclare que le modèle de résolution de la crise chypriote pourrait être appliqué à d'autres pays. Depuis, il a rétropédalé à grand renfort de communiqués de presse qui affirment que Chypre est un cas spécifique. Pourtant, si je ne m'abuse, le sauvetage du soldat grec fut en son temps présenté comme la réponse à un cas exceptionnel, à l'instar de l'aide apportée au tigre celtique ou aux banques espagnoles plus récemment...

 

Cela envoie un signal très négatif à l'ensemble de la zone euro : la zone euro n'est plus unifiée par la monnaie unique, car un euro déposé sur une banque chypriote ne vaut plus la même chose qu'un euro déposé en France ou en Allemagne par exemple. Le mal est donc fait et certains chercheront dès lors à fuir avec leurs capitaux. C'est pourquoi l'accord prévoit un contrôle des mouvements de capitaux. Il me semblait pourtant que le libéralisme économique détestait ce genre de restrictions ? En complément à ces mesures purement bancaires, l'impôt sur les sociétés passera de 10 à 12,5 %. 

 

De mon côté, suite aux intempéries, ma conférence-débat intitulée "les banques servent-elles uniquement à perdre de l'argent ?" a été reportée au jeudi 28 mars à 19h. Ce sera l'occasion pour moi de présenter le rôle joué par les banques dans le financement de l'économie, et d'examiner la loi bancaire française qui devait scinder les banques en deux. Bien entendu, nous parlerons aussi de la crise bancaire à Chypre où, pour la première fois de l'histoire européenne, il a été évoqué la possibilité de taxer les dépôts en euros des particuliers !


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[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance particulière. Renseignements et inscription auprès de l'UPT de Forbach.

 

Cette semaine, j'ai profité de mon passage sur Mirabelle TV pour évoquer les moyens de paiements bancaires. C'est à voir  dans le Grand rendez-vous du lundi à partir de la 18e minute environ :

 

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[ Cliquer sur la photo pour lancer la vidéo ]


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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 12:29

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De retour de l'IUT de Mantes-la-Jolie où j'ai participé à une très intéressante table ronde organisée par les étudiants sur les paradis fiscaux et la crise, il est nécessaire que j'aborde les problèmes que connaît Chypre. En effet, nous sommes là face à un nouveau séisme au sein de la zone euro. Pourtant, le sauvetage du soldat grec fut en son temps présenté comme la réponse à un cas exceptionnel, à l'instar de l'aide apportée au tigre celtique ou aux banques espagnoles plus récemment. Les difficultés chypriotes vont-elles porter l'estocade à la zone euro ?

 

Quelques mots sur Chypre

 

Chypre est une île de 9 250 km² située au sud de l'Anatolie et en face de la Syrie, comme le montre la carte ci-dessous issue de la Commission européenne et sur laquelle j'ai marqué en rouge le pays :

 

carte_Europe_27-copie-1.jpg

 

[ Source : Commission européenne, cliquer sur la carte pour l'agrandir ]

 

La République de Chypre a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne en 1960, mais des violences intercommunautaires entre Chypriotes turcs et grecs ont divisé, depuis 1974, l'île en deux : le nord, occupé par l'armée turque est autoproclamé République turque de Chypre du Nord, mais seul le sud est officiellement reconnu par la communauté internationale. Chypre a adhéré à l'Union européenne en 2004, ce qui en faisait le plus riche des dix nouveaux adhérents, et rejoint la zone euro en 2008. Ainsi, Chypre est désormais membre de l'Union européenne de facto pour sa partie sud, de jure pour toute l'île. Selon Eurostat, on compte 860 000 habitants en 2011 dans le sud pour 1,1 million d'habitant au total sur l'île.

 

L'économie de chypre

 

Les principales activités économiques de l'île sont le tourisme, le secteur de la confection et l'artisanat (broderie, poterie,...), ainsi que la marine marchande qui est la troisième de l'Union européenne et la huitième du monde. Comme c'est le cas pour l'essentiel des pays européens, le commerce extérieur de Chypre se fait pour les 2/3 avec le reste de l'Union européenne. Notons aussi que l'île disposerait de réserves prometteuses en gaz naturel qu'elle va chercher à exploiter et à exporter, d'où l'intérêt grandissant du géant gazier public russe Gazprom.

 

A cela ajoutons bien entendu les services financiers et juridiques, qui ont permis à Chypre d'attirer les capitaux internationaux et surtout russes, faisant dès lors de Chypre un lieu de blanchiment avéré et un paradis fiscal. 

 

Capitaux-russes.jpg

[ Source : Le Figaro.fr ]

 

Le graphique ci-dessous (cliquer dessus pour l'agrandir) présente l'évolution de la croissance, du chômage, du déficit public et de la dette publique de Chypre depuis 2008 :

 

economie-chypre.jpeg

 

[ Source : La montagne.fr ]

 

Quelle est la nature de la crise à Chypre ?

 

A force d'avoir parié sur la finance et ses banques - le système bancaire national représente 7 fois le PIB du pays ! - le pays est en panne.

 

depots-banques_chypre.png

[ Source : Le Figaro.fr ]

 

Et ce d'autant plus qu'il est devenu une victime de la crise grecque, puisque la restructuration de la dette publique grecque en mars 2012 lui a coûté 4 milliards d'euros. Au bout du compte, Chypre a besoin de 17 milliards d'euros dont 8 à 10 milliards rien que pour sauver son système bancaire de l'asphyxie, c'est-à-dire 60 % de son PIB pour seulement recapitaliser ses banques !

 

La crise à Chypre était donc à l'origine essentiellement bancaire, mais a mué en une crise économique comme le montre le doublement du taux de chômage sur un an :

 

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[ Source : Eurostat ]

 

Le plan de sauvetage de l'économie chypriote

 

Après de nombreuses hésitations et une aide de 2,5 milliards d'euros accordée par la Russie en 2011, le gouvernement chypriote a dû se résigner à demander l'aide des bailleurs de fonds internationaux. Or, ces derniers hésitaient beaucoup à venir en aide à un pays perçu comme le havre de paix des blanchisseurs et mafieux russes. 

 

Finalement, pour réduire la participation de la zone euro et du FMI à ce sauvetage (10 milliards d'euros sur les 17 demandés), il fut décidé d'instaurer une taxe exceptionnelle sur tous les dépôts bancaires qui devrait rapporter 5,8 milliards d'euros : 6, 75 % sur les dépôts inférieurs à 100 000 euros et 9,9 % sur ceux supérieurs à ce seuil.

 

Sauvetage-chypre.jpg

[ Source : directmatin.fr ]

 

Au-delà des évidentes protestations de la Russie qui y voit un retour des Bolchéviks, ce plan de sauvetage m'interpelle. En effet, à chaque sauvetage d'un pays il est question de surveiller comme le lait sur le feu la réaction des marchés financiers et des agences de notation. Or, dans le cas précis, l'annonce du plan a suffi à créer un tumulte sur les bourses mondiales qui redoutent une contagion à d'autres pays de la zone euro et une défiance vis-à-vis des dépôts bancaires. Les déposants ont eux-aussi cherché à retirer leurs avoirs dans les banques (on évoque 10 % de Chypriotes qui se sont rendus à la banque...), mais décision fut prise de bloquer les comptes jusqu'à jeudi. 

 

Pour prévenir une éventuelle panique bancaire (dont j'ai évoqué les conséquences dans ce billet), les créanciers ont depuis quelques heures revu leur copie, et l'on s'achemine désormais vers une exemption totale ou partielle des dépôts bancaires inférieurs à 100 000 euros et une progressivité. A suivre donc...

 

Les conséquences de ce plan de sauvetage

 

A bien y réfléchir c'est un curieux sens du civisme que développent les bailleurs de fonds à Chypre : les ménages chypriotes honnêtes, c'est-à-dire ceux qui ont maintenu leurs avoirs dans l'île, sont donc taxés comme les oligarques russes ! Ce n'est donc pas tant le principe d'une taxation qu'il faut critiquer, car le gouvernement chypriote est souverain dans la levée des impôts, mais plutôt que cette taxe présente d'emblée un caractère inégalitaire et sera forcément rejetée violemment par le peuple, puisqu'imposée par des bailleurs de fonds étrangers.

 

Mais encore plus grave est le signal qu'envoie une telle taxe : un investisseur extérieur à la zone euro déduit de la situation actuelle que la zone euro n'est plus unifiée par la monnaie unique, car un euro déposé sur une banque chypriote ne vaut plus la même chose qu'un euro déposé en France ou en Allemagne par exemple. De plus, si une telle situation peut se présenter à Chypre, pourquoi n'y aurait-il pas le même risque en Espagne ou en Grèce ? Dès lors, si l'investisseur suit ce raisonnement il s'abstiendra d'investir dans l'ensemble de la zone euro (effet de contagion), ce qui aura pour effet de relancer la crise de la zone euro dont François Hollande disait un peu vite qu'elle était derrière nous...

 

Dans ce billet de mon blog, j'avais expliqué pourquoi la finance hypertrophiée conduit au désastre. Pour le dire de manière brève, la course aux échalotes financières (les flux financiers sont près de 60 fois supérieurs aux flux de l'économie réelle !) rend l'ensemble du système financier instable et conduit à des crises graves, qui emportpar le fond le construit sociale et politique des pays. Et la troïka vient de montrer qu'elle ne fait rien pour empêcher ce funeste destin à la zone euro. 

 

Pour ma part, je l'affirme sans ambages : certains États feront tôt ou tard encore défaut sur leur dette, car lorsqu'il y à insolvabilité on ne voit pas l'intérêt d'un énième plan de sauvetage qui traite un problème de liquidité (voir mon billet Comment soigner une crise de solvabilité d'un État ? pour une analyse plus technique de ces questions de soutenabilité de la dette).

 

Seul un éventuel et improbable fédéralisme salvateur pourrait permettre à la zone euro de ne pas exploser. A défaut de trouver un tel accord sur un véritable fédéralisme européen, capable de piloter les composantes politiques, économiques et sociales de l'Union européenne, je crains fort que le projet européen n'arrive à son terme.


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