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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 14:47

 

 

En cette période où il est de bon ton de commémorer les grands événements de notre histoire, on peut être surpris du peu d'empressement des médias à évoquer les 75 ans de la conférence de Bretton Woods. Celle-ci a en effet débouché sur un nouveau système monétaire international, que d'aucuns ont à juste titre qualifié d'ordre monétaire mondial... Je me devais donc d'en dire quelques mots dans ce billet.

 

Système monétaire international (SMI)

 

Le système monétaire international (SMI) est de manière simple l'ensemble des règles et institutions qui fixent le fonctionnement monétaire international, c'est-à-dire en particulier le mode d'échange des monnaies entre-elles (cours de change) et la nature des réserves internationales (or, devises...). Durant la première moitié du XXe siècle, deux grands SMI se sont succédé : 

 

 * le système de l'étalon-or (Gold Species Standard) jusqu'en 1914, caractérisé par la définition de l'unité monétaire par un poids d'or - d'où la stabilité des taux de change -, la convertibilité de la monnaie en or et la libre-circulation de l'or entre les pays ; l'intervention des autorités monétaires pour éviter les sorties d'or et établir un cours forcé des billets de banque dans un contexte de guerre et d'inflation, est l'un des éléments qui conduisit à l'abandon de ce SMI.

 

 * le système de l'étalon de change-or (Gold Exchange Standard) de 1922 jusqu'au début des années 1930, dans lequel les monnaies ne sont plus convertibles en or directement mais dans les devises étalons - le dollar et la Livre Sterling - pouvant être elles-mêmes convertibles contre de l'or à un taux déterminé. Ce SMI s'est écrasé contre la crise de 1929...

 

La conférence de Bretton Woods

 

Face aux nombreuses crises monétaires de l'entre-deux-guerres, les chefs d'États ont pris conscience de l’impérieuse nécessité de créer un système monétaire international stable. Que l'on me permette à ce stade de questionner les décisions prises pour stabiliser le système monétaire après la crise de 2008, puisque je pense avoir assez souvent montré le peu d'empressement des gouvernants sur ces questions pourtant cruciales. O tempora, o mores comme disaient les Anciens...

Nixon signe la mort du SMI de Bretton Woods

 

Richard Nixon, dans une allocution télévisée du 15 août 1971, décida au nom de l'intérêt des États-Unis de suspendre la convertibilité en or du dollar, signant par là même unilatéralement l'acte de décès du SMI de Bretton Woods :

Ceux qui nourrissaient encore quelques doutes sur la suprématie économique et militaire des États-Unis en furent pour leur frais. Désormais, le dollar jouerait un rôle capital dans la vie économique internationale et les taux de change deviendraient flottants.

 

Il n'est pas question dans un billet de blog de détailler par le menu l'onde de choc provoquée par la décision américaine de mettre un terme au SMI de Bretton Woods. Tout au plus peut-on rappeler qu'il y eut des tentatives de retour à un système de change fixes (accords du Smithsonian Institute du 18 décembre 1971, Serpent monétaire européen en 1972...), avant que les accords de la Jamaïque de janvier 1976 ne viennent définitivement entériner le système quasi général de flottement des monnaies. Depuis, les États auront tout essayé pour se concerter et l'Europe en viendra à l'idée d'une Union économique et monétaire (la fameuse zone euro !) après l'échec du Système monétaire européen (SME) en vigueur de 1979 à 1992.

 

Le système monétaire international de 1990 à 2008

 

Du début des années 1990 à 2008, le système monétaire international se caractérisait par les éléments suivants :

 

 * des flux de capitaux de long terme en provenance des pays de l’OCDE et à destination des émergents (Chine incluse), en raison de la forte rentabilité du capital et d'un faible coût salarial unitaire ;

 

 * une balance commerciale largement et structurellement excédentaire dans les pays émergents ;

 

 * une accumulation massive de réserves de change par les pays émergents, pour éviter l'appréciation trop importante de leur monnaie. Comme rappelé dans ce billet, le plus souvent, en fait de devises, ce sont plutôt des titres en devises (essentiellement des bons et obligations du Trésor en dollars) qui constituent les avoirs de réserve. Ces réserves de change permettent alors aux Banques centrales d'intervenir sur le marché des changes afin de réguler les taux de change, et de maintenir la confiance dans leur monnaie.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Ce système monétaire international était favorable à la croissance mondiale, en ce que les États-Unis s'endettaient auprès de la Chine pour lui acheter ensuite des produits peu chers, d'où le creusement de la balance commerciale aux États-Unis et l'augmentation des réserves de change en Chine.

 

Le grand chambardement

 

Mais depuis 2014, on assiste à une dégradation de la situation économique des émergents et de la Chine. Cela a débouché sur d'importantes sorties de capitaux à long terme, qui l’emportent sur les excédents extérieurs des pays, d'où une baisse des réserves de change. En effet, les autorités, en régime de changes quasi fixes, se servent des réserves de change pour stabiliser leur monnaie. Pendant 20 ans, elles ont cherché à empêcher l'appréciation du Renminbi, puisqu'il y avait des entrées massives de capitaux dans le pays ; mais depuis peu, les sorties de capitaux les conduisent à lutter contre une dépréciation.

 

Ainsi, les Banques centrales des émergents et de Chine ont cessé de facto de contribuer à l’accroissement de la liquidité mondiale, ce qui signifie aussi qu'elles n'achètent plus de titres de la dette des pays de l'OCDE, donc qu'elles ne financeront plus les futurs déficits publics des pays de l'OCDE (États-Unis, zone euro, etc.).

 

Mais en tout état de cause, le dollar américain reste la seule monnaie internationale :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Et si pour finir je vous disais que c'est la zone euro qui semble avoir pris le relai de la Chine pour financer les États-Unis, au moment même où Donald Trump l'accuse d'avoir un excédent commercial trop élevé avec son pays ? À n'en pas douter, nous entrons dans un monde bien plus conflictuel où la concertation sera réduite à la portion congrue, d'autant que les États-Unis mènent ouvertement une politique mercantiliste ! La guerre des monnaies aura bien lieu : O tempora, o mores...

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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 11:15

 

 

Dans mon précédent billet, je vous avais annoncé ma conférence qui aura lieu à l'UPT de Forbach ce mardi 8 octobre à 19h. Le Républicain Lorrain l'a par ailleurs annoncée dans ses colonnes :

 

 

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

 

Cette conférence, intitulée Impôts, salaires, retraites, pouvoir d'achat : un trop-plein d'inégalités ? , ne nécessite aucune connaissance préalable et s’adresse à tous. Elle a pour objectif d'analyser certaines des questions économiques et sociales soulevées par le mouvement des gilets jaunes : poids élevé des prélèvements obligatoires, injustices fiscales, inégalités, stagnation du pouvoir d’achat tant pour les actifs que les retraités, suppression des services publics dans un contexte de baisse des dépenses publiques, etc.  L’entrée est fixée à 5€.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

 

[ Cliquer sur la carte pour l'agrandir ]

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 11:17

 

Il y a moins d’un an émergeait le mouvement des gilets jaunes dont j'ai beaucoup parlé sur mon blog :

 

 * La révolte des gilets jaunes, Impôts et taxes : un trop-plein... d'inégalités !,

 

 * Gilets jaunes : Macron propose de la poudre de perlimpinpin pour augmenter le SMIC,

 

 * Le référendum d'initiative citoyenne,

 

 * Crise des gilets jaunes : mon décryptage dans le Républicain Lorrain,

 

 * Grand déba(llage) national : la question des dépenses publiques,

 

 * Le partage des revenus au détriment des salariés,

 

 * Les causes économiques de la crise sociale en France,

 

 * L'impôt de solidarité sur la fortune (ISF),

 

 * Macron conserve son cap économique... pour le pire !,

 

 * La stratégie économique de Macron après les élections européennes.

 

À l'origine, il s’agissait d'exprimer un mécontentement face au poids des taxes et à la hausse des prix des carburants, qui s'est matérialisé par une pétition dépassant le million de signataires et une manifestation de plusieurs centaines de milliers de personnes. Mais loin de se résumer à une simple révolte fiscale ponctuelle, le mouvement s’est installé dans la durée et a obtenu le soutien d’une large majorité de Français. C’est que désormais, les gilets jaunes se voulaient les représentants d’une France oubliée des politiques, abandonnée à son sort loin des métropoles et condamnée à boucler tant bien que mal ses fins de mois en raison de salaires très bas et de retraites trop faibles.

 

Les gilets jaunes auront donc soulevé d’importantes questions économiques et sociales : poids élevé des prélèvements obligatoires, injustices fiscales, inégalités, stagnation du pouvoir d’achat tant pour les actifs que les retraités, suppression des services publics dans un contexte de baisse des dépenses publiques, etc. Dans ce contexte de crise sociale (et politique) avérée, ces sujets méritent d’être analysées en profondeur, d’autant que le Grand débat national voulu par Emmanuel Macron n’aura finalement permis que de les effleurer malgré leur importance pour notre société.

 

C’est pourquoi, il m'a semblé indispensable de proposer une conférence grand public à l’Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach, le mardi 8 octobre à 19h, avec pour titre Impôts, salaires, retraites, pouvoir d'achat : un trop-plein d'inégalités ?. L’entrée est fixée à 5€.

 

 

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

 

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. L’entrée est fixée à 5€.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 11:23

 

 

Dans sa conférence de presse du mois de juillet, Mario Draghi laissait entendre qu'il y aurait une nouvelle baisse des taux directeurs de la BCE couplée à des mesures non-conventionnelles. C'est précisément ce qui vient d'être annoncé jeudi 12 septembre 2019, sans que cela n'émeuve particulièrement les médias d'habitude si friands de ces injections massives de liquidités. Pourtant, il eût été de bon ton de se demander pourquoi la politique monétaire, déjà très expansionniste, a été rendue encore plus accommodante. Et en fin de compte, ces mesures vont-elles au moins permettre de relancer l'économie ?

 

Les annonces de la BCE

 

Dans le communiqué de presse publié par la BCE, l'on peut lire que le Conseil des gouverneurs a pris les décisions de politique monétaire suivantes :

 

 * le taux d’intérêt de la facilité de dépôt est abaissé de 10 points de base, à -0,50 %. Ce taux négatif signifie que les banques commerciales se font taxer lorsqu'elles déposent des fonds inutilisés à la BCE... Mais pour éviter que les banques, dont le métier est a priori de faire de la transformation de ressources à court terme en crédits à long terme - bref de faire de la marge d'intérêt - ne meurent trop vite, la BCE a décidé de mettre en place un système à deux paliers pour la rémunération des excédents de liquidité (l'une à -0,50 %, l'autre à 0 %).

 

 * les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement et de la facilité de prêt marginal resteront inchangés, à respectivement 0,00 % et 0,25 %. En même temps, on ne voit pas très bien comment l'on pourrait abaisser un taux égal à zéro... Beaucoup plus intéressant, le Conseil des gouverneurs de la BCE prévoit que "les taux d’intérêt directeurs de la BCE resteront à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas jusqu’à ce qu’il ait constaté que les perspectives d’inflation convergent durablement vers un niveau suffisamment proche de, mais inférieur à 2 % sur son horizon de projection, et que cette convergence se reflète de manière cohérente dans la dynamique d’inflation sous-jacente". C'est ce que l'on appelle dans le jargon économique la forward guidance, c'est-à-dire que la BCE se lie volontairement les mains en annonçant sa politique de taux.

 

* le quantitative easing, auquel j'avais consacré un chapitre entier dans mon dernier livre grand public, va reprendre sous la forme d’achats d’actifs (Asset Purchase Programme, APP) à un rythme mensuel de 20 milliards d’euros à partir du 1er novembre. Il est précisé que "le Conseil des gouverneurs prévoit d’y avoir recours aussi longtemps que nécessaire pour renforcer les effets accommodants de ses taux d’intérêt et d’y mettre fin peu avant de commencer à relever les taux d’intérêt directeurs de la BCE". Cette dernière phrase signifie simplement que la BCE ne sait plus comment sortir de cette politique...

 

 * la BCE reste attachée à l'idée qu'il faut impérativement préserver des conditions de prêts bancaires favorables pour relancer l'économie, d'où une modification des modalités de la nouvelle série d’opérations trimestrielles de refinancement à plus long terme ciblées (Targeted Longer-Term Refinancing Operations, TLTRO III).

 

Une relance préventive

 

Quand on voit une Banque centrale baisser des taux directeurs déjà négatifs et s'engager à les laisser à ce niveau aussi longtemps que nécessaire, on en déduit que la BCE doit s'attendre à l'ouragan dont j'avais parlé dans ce billet... En fait, la BCE a peur de revivre l'enchaînement cataclysmique de 2009, où la chute de la croissance en Europe s'était accompagnée d'une crise bancaire et financière, bien entendu soldée par les ménages ! Dès lors, elle a préféré se lancer dans une relance monétaire préventive alors que la politique monétaire est déjà ultra-expansionniste.

 

Autrement dit, la peur de la crise est devenue la conseillère en chef au sein de la BCE, ce qui d'après un dicton populaire n'augure rien de bon, d'autant plus qu'à ce stade, la situation macroéconomique de la zone euro ne justifie en rien des taux d'intérêt aussi bas voire carrément négatifs sur les emprunts d'États à toutes les maturités jusqu'à 10 ans (ci-dessous l'exemple de la France) :

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

Mais personne d'est dupe que le véritable objectif de la BCE a été de solvabiliser temporairement des États en grande difficulté financière comme l’Italie. Autrement dit, l'économie européenne est sous perfusion financière constante de la BCE.

 

Un bilan très modeste

 

Hélas, malgré toutes les mesures mises en œuvre par la BCE depuis près de 10 ans (baisse des taux directeurs, assouplissement des conditions de refinancement des banques, quantitative easing, etc.), la politique monétaire n'aura été un succès que sur un point, en ce qu'elle a effectivement permis à des États en difficulté de ne pas faire défaut sur leur dette publique. Mais pour le reste, c'est chou blanc :

 

 * la cible du taux d'inflation (suffisamment proche de, mais inférieur à 2 % sur le moyen terme) est loin d'être atteinte, alors que c'est pourtant la mission principale de la BCE d'après  l’article 127, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 * l'investissement productif n'a pas été soutenu par les taux d'intérêt faibles, car l'économie est tombée dans une trappe à liquidité fermée à double tour par un contexte morose et une exigence de rentabilité des actionnaires toujours trop élevée.

 

 * quant à la croissance de la zone euro, le résultat reste bien maigre  :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Le pire dans cette mauvaise histoire est que nombre de personnes se persuadent désormais que des taux d'intérêt extrêmement bas - voire négatifs - constituent la norme...  Or, il faudra bien un jour que les taux d'intérêt représentent à nouveau quelque chose de concret, comme je l'ai expliqué dans mon dernier livre, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’économie (Ellipses) ! Dans un billet récent, j'avais analysé brièvement les conséquences délétères de ces taux d'intérêt très bas sur l'économie (bulles immobilières et obligataires, taux d'intérêt qui ne représentent plus la réalité du risque, prix de certains actifs sans signification économique, entreprises zombies, etc.), qui expliquent certainement l'opposition rencontrée par Mario Draghi au sein même sur Conseil des gouverneurs de la BCE.

 

En définitive, la peur de voir le château de cartes capitaliste s'effondrer prochainement est si grande, que les chefs d'État se réjouissent de voir la Banque centrale pratiquer une politique monétaire avec un biais expansionniste permanent. Hélas, celle-ci demeurera très inefficace tant que les politiques budgétaires ne seront pas actionnées en complément, ce que le gouvernement allemand refuse catégoriquement malgré les excédents budgétaires accumulés outre-Rhin. L'arrivée de Christine Lagarde le 1er novembre prochain n'y changera rien, puisque c'est même pour cela qu'elle a été choisie ; elle se contentera ainsi de poursuivre ce déversement de tombereaux de liquidités jusqu'à la catastrophe finale...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de l'Usine nouvelle.

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16 septembre 2019 1 16 /09 /septembre /2019 18:50

 

 

 

Depuis 9 ans, j'assure avec plaisir la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs de l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach. L'UPT propose en effet, en partenariat avec la mairie de Forbach, la CAFPF et la politique de la ville, une aide aux devoirs pour les collégiens et les lycéens de la communauté d'agglomération Forbach Porte de France (CAFPF) pour seulement 10 € par an !

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Fort du succès rencontré l'année passée, l'aide aux devoirs est renouvelée pour l'année scolaire 2019/2020. Notre équipe est constituée de professeurs expérimentés, qui ont à cœur de partager leurs savoirs dans un cadre non scolaire propice à l’étude. Les séances débuteront le mercredi 02 octobre (il reste encore quelques places...) et auront lieu dans la salle Bruxelles du Burghof, chaque semaine, les mercredis et vendredis de 17h à 19h (accueil des élèves jusqu'à 17h30 maximum, aucun départ avant 19h). En tout état de cause, les élèves doivent impérativement venir avec du travail pour toute la séance et avoir un comportement sérieux, sous peine d'être exclus.

 

Pour s'inscrire, il suffit de se présenter au bureau de l’UPT situé au Burghof, muni impérativement d’une photo d’identité récente, de remplir une fiche de renseignements et de signer le règlement intérieur.

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach (UPT)

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation. Les chefs d'établissements de Forbach ont d'ailleurs été destinataires d'un courrier les informant des tenants et aboutissants de cette aide aux devoirs, qu'ils connaissent bien à présent.

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 14:15

 

 

Cocorico ! Selon l'INSEE, le taux de chômage trimestriel au sens du BIT a diminué de 0,2 point en moyenne sur le deuxième trimestre 2019, pour s'établir à 8,5 % de la population active en France (hors Mayotte). Mieux, ce taux est le plus bas niveau atteint depuis début 2009 ! Faut-il pour autant en déduire que tout va mieux en France depuis que les gouvernements successifs ont flexibilisé le marché du travail (loi travail, ordonnances Macron) ? Rien n'est moins sûr...

 

Évolution du taux de chômage

 

Le taux de chômage est en baisse depuis 2015, ce qui n'a pas manqué de provoquer des réactions de liesse tant dans le gouvernement précédent que dans l'actuel, chacun se félicitant de la prétendue efficacité de sa politique de l'emploi :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Hélas, comme je ne cesse de le répéter à mes étudiants, commenter l'évolution du taux de chômage sans dire un mot sur le taux d'activité, le chômage de long terme (900 000 personnes au chômage depuis plus d'un an !) et la qualité des emplois, revient à commenter des chiffres dans le vide. Ce d'autant plus que le marché du travail rêvé par les néolibéraux fait la part belle aux contrats précaires et au travail segmenté en temps et en lieu. D’aucuns argueront que c'est le propre des politiques (modernes) de communiquer sur le néant ; peut-être ont-ils raison ?

 

Évolution du halo de chômage

 

L'INSEE, qui fait bien son travail, rappelle régulièrement que "la définition et la mesure du chômage est complexe et extrêmement sensible aux critères retenus. En effet, les frontières entre emploi, chômage et inactivité ne sont pas toujours faciles à établir (exemple d'un étudiant qui travaille quelques heures par semaine...)". Ce faisant, il existe un halo du chômage, constitué des personnes qui souhaitent travailler mais ne sont pas classées comme chômeurs, soit parce qu'elles ne sont pas disponibles rapidement pour travailler (deux semaines), soit parce qu'elles ne recherchent pas activement un emploi. Ce halo de chômage s'élève tout de même à 1,5 million de personnes !

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Évolution du taux d'activité

 

À la force de parler de ceux qui n'ont pas d'emploi, l'on finit par oublier que les chômeurs et les actifs occupés font partie d'un ensemble appelé population active. Ainsi, le niveau du chômage résulte de la différence entre la population active et les actifs occupés (=en emploi). Nous allons donc nous servir de deux indicateurs pour étudier le chômage :

 

 * le taux d'emploi, qui rapporte le nombre de personnes de 15 à 64 ans ayant un emploi au nombre total de personnes de 15 à 64 ans ;

 

 * le taux d'activité, qui rapporte le nombre de personnes de 15 à 64 ans qui ont un emploi ou en cherche un au nombre total de personnes de 15 à 64 ans.

 

Or, au deuxième trimestre 2019, le taux d’emploi des 15-64 ans a baissé de 0,1 point pour s'établir à 66,0 % et il a même diminué de 0,3 point pour les 15-24 ans. Quant au taux d'activité, il a baissé de 0,2 point.

Vu sous cet angle, la légère baisse du taux de chômage est donc loin d'être une bonne nouvelle puisqu'elle s'accompagne d'une légère baisse du taux d'activité. Si la tendance devait se confirmer, cela voudrait dire que de plus en plus de chômeurs se découragent de retrouver un emploi, ce qui fait mécaniquement baisser le taux de chômage mais témoigne en réalité d'une aggravation de la situation sociale !

 

Flexibilité et chômage

 

En prenant appui sur le concept de destruction créatrice de J. Schumpeter, auquel ils font dire plus qu'il ne signifie, d'aucuns se persuadent que la flexibilité (flexisécurité dans la novlangue macronienne) est le meilleur moyen d'accompagner ce processus vu comme inéluctable et bienfaisant pour l'économie à long terme. En gros, il s'agit donc d’abandonner les secteurs en déclin tout en aidant à la création d'emplois dans les nouveaux secteurs de l'économie. Ce faisant, les thuriféraires de la flexisécurité négligent juste que les emplois détruits ne sont pas nécessairement recréés en nombre égal dans les nouveaux secteurs d'activité. De plus, les qualifications n'étant pas les mêmes, rien n'assure le "déversement" d'un secteur à l'autre pour reprendre une expression popularisée par Alfred Sauvy. Quant aux salaires, le primat de la négociation au niveau des entreprises conduira inévitablement à un ajustement à la baisse des salaires.

 

En outre, il ne faut pas oublier qu'un emploi perdu n'est jamais simplement l'équivalent d'un emploi retrouvé, même s'il offre les mêmes conditions matérielles de subsistance. Au contraire, certains métiers font la fierté de ceux qui les exercent et ils ne peuvent être remplacés par d'autres emplois alimentaires sans conduire à la perte d'un savoir-faire et d'une logique de l'honneur au travail dont parlait Philippe d'Iribarne. La flexisécurité est donc un excellent moyen de réduire le taux de chômage, mais au prix d'une omerta sur toutes les questions de qualité de l'emploi, de déclassement professionnel et de mal-être au travail. Pourtant, l'on sait depuis longtemps que la multiplication des emplois aux conditions dégradées à un énorme coût social, mais certains préfèrent ne pas l'évoquer...

 

En définitive, en commentant ad nauseam cette légère baisse du taux de chômage sans évoquer au moins un minimum les autres aspects que nous avons brièvement passés en revue, le gouvernement démontre que le travail n'est pas sa priorité, mais juste un moyen d'asseoir une politique néolibérale pourtant contestée avec vigueur par les gilets jaunes ! Dans les conditions actuelles de fonctionnement du "marché du travail", le plein-emploi est loin de se confondre avec un taux de chômage très bas, surtout si ce dernier est obtenu au prix d'une austérité salariale (avec hausse du nombre de travailleurs pauvres), d'une dégradation des conditions de travail et d'une perte de sens...

 

Autrement dit, contrairement à la vision défendue par le gouvernement, un taux de chômage très bas obtenu de cette façon peut très bien conduire à une crise sociale majeure !

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article d'Europe1.

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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 10:55

 

 

L'heure de la rentrée vient de sonner ! J'ai profité de l'été pour lire (et relire !) de nombreux livres d'économie, mais aussi de philosophie, d'histoire et même des romans. Je n'ai pas pour autant oublié l'écriture, puisque j'ai publié sur mon blog des billets sur le Libra, monnaie de Facebook, le hasard et les hypothèses en statistique, les vraies motivations de la Banque centrale européenne ainsi que sur le mercantilisme et le colbertisme

 

Cette année, je poursuivrai mes recherches universitaires sur la monnaie et plus particulièrement les monnaies locales, tout en continuant à donner quelques conférences, qui m'offrent toujours l'occasion de transmettre ma passion de l'économie et à tout le moins de donner aux auditeurs des clés pour comprendre les mécanismes économiques. Pour l'année universitaire 2019/2020, j'ai prévu des interventions dans plusieurs villes, dont je vous parlerai au fur et à mesure de l'année lorsque les dates seront arrêtées définitivement. La première conférence aura lieu à l'Université Populaire de Forbach (UPT), le mardi 8 octobre 2019 de 19h00 à 20h30. Pour répondre à une question qui m'est fréquemment posée, la médiathèque de Forbach n'a pas souhaité reconduire la conférence annuelle que je donnais dans leurs locaux et qui attirait souvent une cinquantaine de personnes.

 

Mais aujourd'hui, je souhaite vous parler de la cafet'éco que j'ai créé il y a plus de dix ans à l'Université Populaire de Sarreguemines (UPSC) ! À l'origine, les cours avaient lieu dans la cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, mais en raison de nombre important d'auditeurs, j'ai été contraint de choisir une salle à l'étage. En moyenne, la cafet'éco se tient un mercredi dans le mois à 18h30. D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail est comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Aucun prérequis n'est nécessaire pour suivre mes cours d'économie. Au reste, depuis plus de dix ans, j'ai rencontré à la cafet'éco des auditeurs de tous horizons, grands débutants ou non, mais toujours désireux de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Et très humblement, ma plus grande satisfaction est de constater qu'ils en ressortent avec une bonne compréhension des mécanismes économiques principaux.

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, c'est pourquoi l'année dernière je n'ai cessé de modifier mes sujets afin d'aborder la crise des gilets jaunes, le pouvoir d'achat des classes moyennes, le fonctionnement des prestations sociales, la crise budgétaire en Italie, le Brexit, le système fiscal en France, l'économie de la santé en France, la concurrence au sein de l'Union européenne, la dette publique et la dette privée, etc. Je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs, débutants ou non, les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC entre le 2 et le 20 septembre 2019 :

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

 

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 11:35

 

 

En ces temps troublés où le protectionnisme revient en force après des années de libéralisme à outrance, il m'a semblé intéressant de profiter de la torpeur estivale pour évoquer le mercantilisme et le colbertisme. Pour ce faire, je vous propose d'étudier les écrits de quelques grands auteurs...

 

Colbert

 

L'on trouve facilement sur internet de très nombreux développements sur la vie de Colbert. C'est pourquoi, je me contenterai de quelques éléments utiles pour la suite de mon propos. Jean-Baptiste Colbert est né le 29 août 1619 à Reims et mort le 6 septembre 1683 à Paris. On retient surtout qu'il fut pendant près de vingt ans à la tête des principaux ministères économiques sous Louis XIV. Ainsi fut-il Contrôleur général des finances de 1665 à 1683, secrétaire d'État de la Maison du roi et secrétaire d'État de la Marine de 1669 à 1683. Par ailleurs, c'est un euphémisme d'affirmer qu'il n'aimait guère Nicolas Fouquet...

 

Son mercantilisme mâtiné de dirigisme, laissera dans l'histoire le nom de colbertisme dont nous parlerons plus loin. Curieusement, tous ses hauts faits d'armes économiques ont depuis quelque temps étaient occultés pour ne plus se concentrer que sur le Code noir qu'il a préparé, relatif à l'administration de l'esclavage dans les colonies.

 

Une fable de la Fontaine

 

Le lecteur perspicace comprendra pourquoi je prends plaisir à citer Le Loup et l'Agneau, dixième fable du livre I de Jean de La Fontaine, d'autant que le ministre de l'éducation nationale a offert un magnifique recueil de ces fables à 800 000 élèves de CM2 dont la majorité ne saura même pas quoi en faire et cherchera à revendre son exemplaire sur Ebay ou Priceminister :

 

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau ; je tette encor ma mère
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens:
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

 

Mercantilisme et colbertisme

 

Disons le d'emblée, il n'existe pas à proprement parler d'école de pensée mercantiliste, il s'agit surtout d'une appellation donnée a posteriori par des économistes qui s’opposaient vigoureusement à ces idées. Jean Bodin, Thomas Mun, Antoine de Montchrestien, William Petty, John Locke sont quelques grands noms du mercantilisme. Le dénominateur commun des mercantilistes est de chercher à capter les métaux précieux, vus comme  signe de richesse d'un État, en profitant notamment du commerce extérieur. Cela revient donc à privilégier les exportations au détriment des importations afin de rendre excédentaire la balance commerciale, comme le montre sans équivoque le texte ci-dessous de John Locke (Considérations sur les conséquences de la baisse de l’intérêt et la hausse de la valeur de la monnaie, 1691) :

 

Un royaume devient riche ou pauvre comme un fermier le devient, et pas autrement. Supposons que toute l'île de Portland soit une ferme ; et que le propriétaire, en plus de ce qui est utile à sa maison, porte au marché, à Weymouth et Dorchester, etc., pour une valeur annuelle de milles livres : bétail, blé, beurre, fromage, laine ou drap, plomb et étain, toutes marchandises produites et travaillées dans sa ferme de Portland ; et qu'en contrepartie il rapporte chez lui : sel, vin, huile, épices, toile et soieries, pour une valeur de neuf cents livres, et les cents livres restant en monnaie. Il est évident qu'il s'enrichit chaque année de cents livres et ainsi, au bout de dix ans, il est clair qu'il aura obtenu mille livres. [...]

 

Une ferme et un royaume sous ce rapport ne diffèrent que par l'étendue. Nous pouvons commercer et être actifs, et en devenir pauvres, à moins de modérer nos dépenses ; si de plus nous sommes oisifs, négligents, malhonnêtes, malveillants et si nous gênons sous quelque prétexte que ce soit ceux qui sont sérieux et industrieux dans leurs affaires, nous nous ruinerons encore plus rapidement... L'argent n'entre en Angleterre par aucun autre moyen que d'y dépenser moins en marchandises étrangères que ce que nous portons au marché peut payer.

 

Notons que le mercantilisme fait par conséquent la part belle aux marchands, dont les intérêts sont censés rejoindre ceux du roi. Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé n'est ni fortuite ni involontaire...

 

Quant au colbertisme, en plus de soutenir les grandes manufactures au travers d'une réglementation stricte pour obtenir des produits de qualité à exporter, il est splendidement décrit dans l’extrait ci-dessous des Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert (1670) :

 

[…] et comme il faut que les peuples ayent de quoi payer avant qu’ils pensent à s’acquitter de leurs impositions, et qu’elles doivent toujours avoir leur proportion avec l’argent que chaque particulier peut avoir, la conduite universelle des finances doit toujours veiller et employer tous les soins et l’autorité de Votre Majesté, pour attirer l’argent dans le royaume, le répandre dans toutes les provinces pour procurer aux peuples la facilité de vivre et de payer leurs impositions [...]

 

Le bon état des finances et l’augmentation des revenus de Votre Majesté consiste à augmenter par tous moyens le nombre de l’argent monnoyé qui roule continuellement dans le royaume et à maintenir dans les provinces la juste proportion qu’elles en doivent avoir [...], augmenter l’argent dans le commerce public en l’attirant des pays d’où Il vient, en le conservant au dedans du royaume en empeschant qu’il n’en sorte, et donnant des moyens aux hommes d’en tirer profit.

 

Comme en ces trois points consiste la grandeur, la puissance de l’État et la magnificence du Roi par toutes les dépenses que les grands revenus donnent occasion de faire, qui est d’autant plus relevée qu’elle abaisse en même temps tous les États voisins, vu que n’y ayant qu’une même quantité d’argent qui roule dans toute l’Europe et qui est augmentée de temps en temps par celui qui vient des Indes occidentales, il est certain et démonstratif que s’il n’y a que 150 millions de livres d’argent qui roule dans le public, l’on ne peut parvenir à l’augmenter de 20, 30 et 50 millions qu’en même temps l’on en oste la même quantité aux États voisins [...], je supplie Votre Majesté de me permettre de lui dire que depuis qu’elle a pris l’administration des finances, elle a entrepris une guerre d’argent contre tous les États de l’Europe.

 

Elle a déjà vaincu l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre, dans lesquels elle a jeté une très grande misère et nécessité, et s’est enrichie de leurs dépouilles, qui lui ont donné les moyens de faire tant de grandes choses qu’elle a faites et fait encore tous les jours. Il ne reste que la Hollande qui combat encore avec de grandes forces: son commerce du Nord [...], celui des Indes orientales [...], celui du Levant [...] celui des Indes occidentales, ses manufactures, son commerce de Cadix, celui de Guinée et une infinité d’autres dans lesquels réside et consiste toute sa puissance. Votre Majesté a formé des compagnies qui comme des armées les attaquent partout [...]

 

Les manufactures, le canal de transnavigation des mers et tant d’autres établissements nouveaux que Votre Majesté fait, sont autant de corps de réserve que Votre Majesté crée et tire du néant pour bien faire leur devoir dans cette guerre... Le fruit sensible du succès de toutes ces choses serait qu’en attirant par le commerce une très grande quantité d’argent dans son royaume, non seulement elle parviendrait bientôt à rétablir cette proportion qui doit être entre l’argent qui roule dans le commerce et les impositions qui sont payées par le peuple, mais même elle les augmenterait l’un et l’autre, en sorte que ses revenus augmenteraient et elle mettrait ses peuples en état de pouvoir l’assister plus considérablement en cas de guerre ou d’autre nécessité.

 

Bref, le colbertisme fait un rapprochement de cause à effet entre la quantité d'argent possédait par un royaume et sa puissance militaire. Colbert décrit donc au roi Louis XIV une doctrine du commerce international appelée "guerre d'argent", titre troublant de modernité... Le commerce extérieur est donc vu au niveau mondial comme un jeu à somme nulle, c'est-à-dire que les gains de certains États sont en contrepartie les pertes des autres ; d'où la recommandation de s'emparer du plus grand volume possible de métaux précieux au travers d'une balance commerciale excédentaire (exporter plus que le royaume n'importe), ce qui permettra également selon Colbert de préparer la vraie guerre.

 

Autrement dit, d'abord la guerre commerciale, pour ensuite se préparer à d'éventuelles guerres stricto sensu ! Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé n'est décidément ni fortuite ni involontaire...

 

P.S. : il ne faudrait pas déduire de mon billet que le protectionnisme est forcément néfaste, tant s'en faut ! Si l'UE avait pratiqué un peu de protectionnisme pour l’industrie numérique naissante et pas un libéralisme dogmatique, les grandes sociétés de numérique ne se trouveraient peut-être pas seulement aux États-Unis et en Chine...

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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 12:49

 

 

Après mon article sur le Libra, cryptomonnaie que Facebook souhaite créer avec 27 entreprises partenaires, je reviens sur les taux d'intérêt au sein de la zone euro. En effet, dans son allocution de départ de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi a laissé entendre qu'il y aurait une nouvelle baisse des taux directeurs de l'institution couplée à des mesures non-conventionnelles. J'avais déjà écrit sur les taux d'intérêt très bas au sein de la zone euro, mais il m'a semblé utile d'y revenir pour comprendre l’objectif réellement poursuivi par la BCE.

 

Les taux directeurs de la BCE

 

Contrairement à la Banque centrale américaine (Fed), la BCE a fait le choix de laisser depuis mars 2016 son principal taux directeur à zéro, le taux du prêt marginal  à 0,25 % et le taux de dépôt à -0,40 % :

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

Un taux de dépôt à -0,40 % signifie que les banques commerciales se font taxer lorsqu'elles déposent des fonds inutilisés à la BCE... Ainsi, après avoir distribué la monnaie centrale à taux 0 et taxé les dépôts sur ses comptes depuis 3 ans, la BCE laisse explicitement entendre qu'elle pourrait encore assouplir sa politique monétaire ! Mais y a-t-il vraiment le feu au lac dans la zone euro ?

 

La situation macroéconomique de la zone euro

 

Objectivement, la situation macroéconomique de la zone euro est loin d'être catastrophique à ce stade, du moins elle ne justifie en rien des taux d'intérêt aussi bas voire carrément négatifs sur les emprunts d'États à 10 ans (ci-dessous l'exemple de la France) :

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

En effet, nous voyons que :

 

 * la zone euro n'est pas en récession pour l'instant :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 * le taux de chômage est en baisse, même si cela ne dit rien de la qualité de l'emploi

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 * la zone euro ne fait pas face à un risque déflationniste avéré, même si la cible des 2 % visée par la BCE est loin d'être atteinte

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Le véritable objectif de la BCE

 

Et si au fond, sans le crier sur les toits, la BCE avait d'autres objectifs que celui de maîtriser le taux d'inflation ? N'oublions pas que sans ces taux d'intérêt bas, de nombreux États de la zone euro seraient insolvables... Ce faisant, en s'engageant dans cette voie, Mario Draghi s'est lié les mains, puisqu'une remontée brutale des taux directeurs conduirait à une crise de la dette publique, notamment en Italie. Or, par un mécanisme de contagion bien documenté, la dette publique des autres pays membres serait également attaquée par les spéculateurs, ce qui avait conduit la BCE à créer l'arme nucléaire nommée OMT.

De plus, la crise de 2008-2009 reste présente dans tous les esprits, même si Christine Lagarde en sa qualité de ministre de l'économie en avait nié l'existence en France, spécialité française comme en témoigne les mensonges grossiers sur le nuage de Tchernobyl. En 2009, la chute de la croissance en Europe s'était accompagnée d'une crise bancaire et financière, que les ménages ont bien entendu soldée à leurs frais. Ainsi, la BCE ne souhaite visiblement prendre aucun risque - quitte à inonder encore plus de liquidité des ânes qui n'ont plus soif -, d'autant que les problèmes structurels de la zone euro sont loin d'être réglés.

 

Mais ne soyons pas dupes, si une crise grave devait se déclencher prochainement, les États, privés de politique budgétaire, seraient dans l'incapacité d'y faire face même avec une politique monétaire ultra-accommodante !

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23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 12:53

L'été est une période propice pour écrire sur des sujets moins habituels. C'est pourquoi, après mon billet sur la cryptomonnaie développée par Facebook, je vous propose de nous intéresser aujourd'hui aux règles qui permettent de décider si l'on doit rejeter ou non une hypothèse statistique sur la base des résultats obtenus sur un échantillon. En simplifiant à l'extrême, nous allons nous demander si les observations faites sur un échantillon d'une population relèvent du hasard de l’échantillonnage ou correspondent à un phénomène significatif... Pour montrer la méthodologie suivie par les statisticiens, tant en médecine que dans d'autres sciences expérimentales, nous allons nous appuyer sur un exemple concret.

 

Un cas concret

 

Chaque année, l'examen du baccalauréat suscite une hystérie inversement proportionnelle à la valeur réelle du diplôme. Ainsi, à peine les épreuves passées, voit-on fleurir des pétitions pour réclamer la clémence des correcteurs en raison d'un exercice jugé trop difficile, d'un auteur considéré comme peu connu, etc. D'ailleurs cette année, et c'est hélas historique, nous avons touché le fond, l'absence de certaines notes ayant conduit des jurys - sous injonction du ministère - à pratiquer des retouches plus que cosmétiques et surtout aberrantes : élèves passés au rattrapage en raison de l'attribution d'une note fictive (pardon, de contrôle continu dans les éléments de langage...) mais qui auraient dû être admis dès le premier tour, élèves qui vont apprendre dans quelques jours qu'ils ont finalement décroché une mention, élèves qui n’auraient jamais eu de mention si la note de contrôle continu n’avait pas été retenue, etc.

 

Mais revenons à nos moutons... Imaginons qu'au niveau national, le ministre de l'éducation nationale affirme au doigt levé qu'en Mathématiques la note moyenne en filière S est de 12/20. Il est bien entendu possible de calculer la moyenne de tous les élèves, mais le procédé est coûteux en temps et en argent, et l'on sait bien qu'un ministre se doit de parler plus vite que son ombre dans les médias. Dans cet exemple, on suppose donc que le ministre n'a pas connaissance à ce moment de la vraie moyenne (sinon, il n'y a plus lieu de faire des hypothèses...).

 

Dès lors, on recourt le plus souvent à l’échantillonnage, c'est-à-dire que l'on va chercher à comparer la moyenne obtenue dans l'échantillon avec la moyenne annoncée par le ministre. Bien entendu, la valeur trouvée sur l'échantillon n'a que très peu de chances de correspondre exactement à la valeur réelle du paramètre, même si 12/20 est la vraie valeur. Toute la question est alors de savoir si l'écart entre ces deux valeurs provient du hasard lié à l'échantillonnage, et que l'on appelle erreur d'échantillonnage, ou s'il y a une autre explication... C'est là qu'intervient le test d'hypothèse, qui nécessite de créer l'échantillon par tirage au sort et, au moins dans un premier temps, de supposer que les moyennes dans un échantillon se distribuent selon une loi normale également appelée loi de Gauss (vous savez la fameuse courbe en cloche comme ci-dessous) :

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

Mise en œuvre du test d'hypothèse dans notre exemple

 

Notre test doit permettre de conclure au rejet ou non de l'hypothèse H0=la note moyenne en Mathématiques en filière S est de 12/20. L'hypothèse alternative sera par exemple H1=la note moyenne en Mathématiques en filière S n'est pas de 12/20. Notre prise de décision se fera sur la base des résultats obtenus sur les échantillons, ce qui signifie que nous ne serons jamais certain à 100 % d'avoir pris la bonne décision. En fait, il existe quatre situations :

 

Décision/Situation H0 vraie H0 fausse
Non-rejet de H0 Bonne décision

Mauvaise décision :

erreur de 2e espèce

Rejet de H0

Mauvaise décision :

erreur de 1re espèce

Bonne décision

 

Avec un peu d'humour, je dis toujours à mes étudiants que l'erreur de 1re espèce (alpha) est similaire à une alarme sans feu, tandis que l'erreur de 2e espèce (bêta) correspond à un feu sans alarme. Alpha mesure en quelque sorte la confiance que nous avons dans notre alarme pour retentir lorsqu'il y a effectivement le feu. On va donc chercher à minimiser le risque d'erreur, en l’occurrence celui de 1re espèce (alpha), sachant que les deux risques sont liés. En général, on fixe alpha à 5 %, voire 1 %. Puis, le test consistera à définir une zone où, si H0 est vraie, la valeur du paramètre calculée dans l'échantillon a peu de chance s de se trouver. En pratique, comme alpha est la probabilité de rejeter H0 sachant que H0 est vraie (risque de 1re espèce), et que la distribution est supposée normale, l'on trouve les deux bornes a et b de l'intervalle de non-rejet de l’hypothèse H0.

 

Si la note moyenne calculée dans notre échantillon est dans l'intervalle [a;b], on ne peut pas rejeter l'hypothèse H0 au seuil alpha. En revanche, si la note moyenne est suffisamment éloignée de la moyenne testée (donc en dehors de l'intervalle [a;b]), alors on rejettera l'hypothèse H0, ce qui signifie que l'on a 5 % de chances de prendre la mauvaise décision.

 

C'est ainsi que se construisent la plupart des tests, qui servent tant en médecine, en biologie et dans toutes les sciences expérimentales. Vous aurez noté que certaines conditions fortes doivent être respectées (distribution suivant une loi normale, etc.), ce qui peut parfois rendre les tests moins probants lorsque l'expérimentateur se contente d'appliquer des formules sans les comprendre...

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