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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 10:23

 

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Suite aux dernières semaines dantesques qu'ont subies les économies européennes et américaines, je tenais à rédiger une petite tribune pour apporter mon éclairage. J'ai eu la chance de voir celle-ci publiée dans le quotidien Le Monde. J'y expliquais en quelques mots comment le financement de l'État par l'endettement sur les marchés avait déplacé le centre de gravité du pouvoir économique vers la finance, au détriment de la majorité des citoyens.

 

J'ai rappelé ensuite qu'un État n'est pas une entreprise, ce que j'avais par ailleurs déjà développé sur mon blog, et que lorsque les agences de notation s'alarment du niveau de la dette publique elles ne semblent guère prendre en considération les richesses d'une nation. Au surplus, quel crédit accorder à des sociétés privées qui ont donné des notes de solvabilité maximales à des produits toxiques pourris ? Paul Krugman, prix Nobel d'économie, avait du reste écrit un billet (en avril 2010) sur son blog tenu au New York Times, où il expliquait que bon nombre de produits financiers présentés comme sans risque (note AAA) avaient rapidement perdu toute valeur sur les marchés...

 

Pour finir, je ne manque pas de dire encore une fois que la situation actuelle est ubuesque : les États se sont endettés pour sauver les banques, et aujourd'hui le système financier leur reproche leur endettement excessif ! D'où des plans de rigueur administrés à toutes les économies comme on prescrivait des saignées censées être la panacée pour soigner les maux du corps au XVIIe siècle ! Pourtant des solutions existent, soit qu'elles passent par plus de fédéralisme au sein de la zone euro (eurbonds,...) si l'objectif est de conserver l'euro, soit qu'elles se contentent d'une monnaie commune faisant suite à un processus de démondialisation, etc. 

 

Malheureusement, les chantres politiques de l'Union européenne et de la monnaie unique sont aussi ceux qui ne veulent surtout pas froisser leur électorat avant des échéances nationales quasi-permanentes en démocratie. D'où une accumulation de mini-sommets et de réunions techniques qui sont loin d'avoir l'envergure attendue par les citoyens. Serait-ce encore une occasion manquée de changer les choses, à l'image de cette réforme des marchés financiers qui nous avait été promise avec trompettes et tambours suite à la crise des subprimes en 2007 ? Quoi qu'il en soit, pour l'instant nous voilà installés durablement en "debtocracy" pour reprendre le titre d'un documentaire dont j'avais rendu compte dans ce billet !


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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 19:01

 

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"C'est une réunion technique" : voilà comment un sherpa allemand a résumé la réunion de salon le mini-sommet franco-allemand sur la crise de la dette en Europe. Comme on pouvait le prévoir sans trop de difficulté, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ne sont parvenus à aucun accord contraignant sur la manière de sauver la zone euro. Tout au plus ont-ils à nouveau abusé des effets de manches en préconisant de nouvelles mesures de convergence budgétaire et en appelant à la création d'un gouvernement de la zone euro, dont on sait qu'il ne résoudra en rien la crise actuelle puisqu'il n'est pas prévu de créer un Trésor européen.

 

Certes, l'idée d'instaurer une taxe sur les transactions financières au niveau de l'Union européenne est un bon début à mon sens, mais n'oublions pas que le Parlement européen a déjà voté en début d'année pour la mise en place d'une telle taxe à l'échelle européenne. De plus, le Parlement français a également voté en juin une telle résolution, même si celle-ci demeure non contraignante. Toute la question réside en fait dans l'utilisation qui serait faite des recettes de cette taxe : certains évoquent la création d'un fonds climatique ou d'aide au développement, quand d'autres souhaitent utiliser le produit pour désendetter les États ! Bref, une bonne idée sur le papier, mais encore très floue dans l'application...

 

Quant à la possibilité de créer un impôt sur les sociétés commun à la France et à l'Allemagne (au niveau de l'assiette et des taux), je reste dubitatif quant à la portée d'une telle mesure lorsqu'on sait le montant des niches fiscales accordées aux entreprises en France : TVA réduite dans la restauration, grandes sociétés bénéficiant d'un "taux moyen d'imposition de l'ordre de presque 20 points inférieurs à la moyenne des PME" selon le rapporteur général du Budget Gilles Carrez, taxation à taux zéro des plus values à long terme provenant de cessions de titres de participation (un cadeau face auquel feu le bouclier fiscal fait figure de dose homéopathique pour le Budget général), etc.

 

Enfin, le couple franco-allemand (le mot est un peu fort lorsqu'on parle de dirigeants politiques qui ne s'entendent sur quasiment rien sauf lorsque la cale du bateau euro est pleine d'eau déjà...) souhaite que tous les États membres de la zone euro adoptent la  "règle d'or" qui impose l'équilibre budgétaire de manière plus ou moins forte. Avec de telles propositions vous avez la preuve absolue que le métronome européen est cassé, car qui dit politique dit lenteur... Or, toute personne connaissant un tant soit peu le fonctionnement des institutions européennes sait pertinemment qu'il sera quasiment impossible d'imposer une telle règle à tous, d'autant que les parlementaires français n'arrivent même pas à se mettre d'accord entre-eux au niveau national ! 

 

Sur ce point, je tiens d'ailleurs à rappeler comme l'a fait l'économiste Charles Wyplosz (même si je ne partage pas toutes ses idées), que la version française de cette règle n'a rien de contraignant par rapport à celle votée en Allemagne, ce qui m'amène à me demander à quoi peut-elle bien servir si ce n'est à tendre un piège politique aux opposants... Mais pourquoi suis-je toujours en train de croire que l'échéance de 2012 pourrait influencer les décisions économiques en France ?

 

En définitive, la zone euro est loin d'être tirée d'affaire et les spéculateurs ont encore de beaux jours devant eux (ce qui revient à dire que nous avons encore de mauvais jours devant nous) !

Et même si Le Monde titrait "le couple franco-allemand encore une fois condamné à s'aimer", on reste dubitatif quand on voit l'enthousiasme des dirigeants politiques. Pourtant, si je ne m'abuse, amour rime avec partage ?

 

 

 

 

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 14:36

 

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Dans le gloubi-boulga des solutions envisageables pour sortir de la crise, on trouve environ 20 % d'idées intelligentes pour 80 % d'idéologie(s), conformément à une répartition de Pareto pour ceux qui se souviennent de leurs cours de statistiques/probabilités. Le problème est que les idéologues sont souvent les mieux armés sur le plan de la communication pour faire passer leurs idées, qui finissent ensuite par être admises comme des vérités par des téléspectateurs pas toujours capables de distinguer la frontière entre débat et manipulation. Ajoutez à cela une pincée de phrases chocs ("La France peut faire faillite", "les caisses de l'État sont vides", "la zone euro est redevenue une zone de solidarité",...) et vous avez tous les ingrédients pour en faire des experts qui détiennent LA vérité économique.

 

Seulement voilà, il y a comme un noyau dans le clafoutis lorsqu'on voit les récentes évolutions au sein de la zone euro et même aux États-Unis. Dans un cas, on multiplie en vain les sommets pour sauver la Grèce sans rien changer au système qui a conduit le pays dans le gouffre, tandis que dans l'autre on joue avec le feu et on coupe les dépenses publiques au moment où tout va mal ! Résultat, même les marchés financiers, pourtant réputés pour aimer les plans de rigueur et autres amuses-bouches de ce genre, ont paniqué depuis 15 jours. C'est peut-être que derrières les beaux discours et les effets de manche se cachent de vrais problèmes qui sont à peine effleurés sur les plateaux de télévision.

 

Mes lecteurs savent bien que c'est la raison d'être de ce blog que de déchiffrer l'actualité économique et expliquer les tenants et aboutissants des projets économiques avancés par les dirigeants politiques. J'ai ainsi traité récemment la question du rôle joué par l'Allemagne dans la crise de la zone euro, la véritable teneur du programme d'assistance concocté pour la Grèce, la supercherie des stress tests bancaires, le pouvoir exorbitant des agences de notation, le but réel des plans de sauvetage des États en difficulté, etc. On peut d'ailleurs retrouver une partie de mes analyses dans mon dictionnaire révolté d'économie.

 

Nous sommes du reste nombreux à dénoncer les inepties économiques actuelles et à proposer des alternatives sérieuses dont il peut être débattu. L'un d'entre-elle est la démondialisation et son digne représentant en est Jacques Sapir, directeur d'études à l'EHESS. Je vous propose de regarder tout d'abord son excellente analyse de la crise de la zone euro (durée 7min53) qui rejoint la mienne et celle de nombreux autres économistes :

 

 

 

En ce qui concerne la Grèce, son analyse (vidéo ci-dessous) est tout à fait pertinente et s'appuie sur deux constats principaux et un élément théorique primordial. D'une part, certaines clauses des Traités européens successifs ont été imposés par quelques pays, mais toute évolution nécessite désormais l'unanimité dans beaucoup de cas (fiscalité quand tu nous tiens...). D'autre part, à vouloir imposer un Traité de substitution à feu le Traité constitutionnel européen de 2005, les dirigeants politiques payent le non respect du choix des électeurs qui ne croient absolument plus à l'Union européenne. Enfin, croire qu'une monnaie unique allait permettre l'intégration (ou au moins la convergence) de tant de pays différents sur le plan économique, relève au mieux d'une illusion au pire d'un non sens économique puisque la zone euro n'est même pas une zone monétaire optimale...

 

 

 

Pour les plus courageux, entendre par là ceux qui ont encore 30 minutes à perdre, je ne peux que les inviter à écouter Jacques Sapir s'exprimer sur la question de la démondialisation, qui est du reste le titre de son dernier livre paru aux éditions du Seuil. Il cherche à montrer que la mondialisation n'a jamais été "heureuse" comme l'affirmait un peu vite un visiteur du soir du Président de la République. Le libre-échange a surtout conduit, en fait d'un marché mondial profitant à tous, à la constitution de puissances commerciales dominantes et à la lutte économique. Il préconise donc une démondialisation "pensée et ordonnée par une nouvelle organisation du commerce et des relations financières internationales".

 

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 10:22

 

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Après le sommet extraordinaire des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro, d'aucuns ont crû que la crise grecque était résolue. Non seulement je m'inscrivais en faux avec cet optimisme dans ce billet, mais de plus j'affirmais que ce énième plan de sauvetage ne préviendrait absolument pas un risque de contagion à d'autres États membres comme l'Espagne ou l'Italie. En effet, sauver la Grèce qui pèse moins de 3 % du PIB de la zone euro n'est rien à côté de l'Espagne ou de l'Italie...

 

La confirmation de mes craintes est venue tout d'abord des marchés eux-mêmes. Les taux des obligations d'État espagnoles et italiennes à 10 ans n'ont depuis cessé de grimper pour atteindre 6,36 % pour l'Espagne et 6,18 % pour l'Italie en début de semaine (14,85 % pour la Grèce), tandis que le Bund allemand rapportait 2,39 %. En bref, des taux historiquement hauts pour les uns et historiquement bas pour les autres (dont la France).

 

Il est vrai que les palabres entre Républicains et Démocrates aux États-Unis sur le relèvement du plafond de la dette ont certainement ajouté à la confusion générale, tout en prouvant que moins un parti a de choses sérieuses à proposer plus il peut espérer recueillir l'assentiment des foules... et ceux même si les propositions vont à l'encontre des intérêt de la majorité des Américains ! C'est ce que rappelle fort à propos Henri Sterdyniak dans une interview au quotidien Le Monde : "au final, ce sont les plus pauvres qui vont supporter l'ajustement, alors même que l'une des causes de la crise aux Etats-Unis, c'est la trop faible consommation, ou plutôt la trop forte consommation à crédit".

 

Mais pour en revenir à l'accord trouvé entre les chefs d'État et de gouvernement de la zone euro, personne n'est dupe que celui-ci fut obtenu à l'arraché le 21 juillet et qu'il n'est au mieux qu'une rustine pour tenter de sauver un bateau qui sombre. Au surplus, les mesures qui furent décidées à l'issu de ce sommet doivent encore passer par le filtre politique pour obtenir l'approbation du Parlement en France, ce qui rend l'accord très incertain encore aux yeux des investisseurs.

 

L'OCDE, dans sa dernière étude sur la Grèce, semble au reste partager mon pessimisme (réalisme ?) puisqu'elle évoque plusieurs scénarios basés sur l'application plus ou moins rigoureuse du traitement suicidaire que lui a prescrit la Troïka. Sa conclusion est que le rétablissement de la Grèce est possible à condition de "mettre un terme au gaspillage des ressources publiques, s'attaquer résolument à la fraude fiscale, améliorer les services publics et rétablir la confiance des citoyens grecs envers leur gouvernement, renforcer l'emploi des jeunes, des femmes et des seniors...". Assurément la Grèce va s'en sortir...

 

Pourtant, on ne répètera jamais assez que le problème de la zone euro est loin de se résumer à un endettement excessif, l'Italie ayant intégré la zone avec un taux d'endettement proche de 100 % du PIB (120 %  actuellement) et l'Espagne ayant longtemps été vue comme un bon élève (taux d'endettement de 55 % du PIB en 2010 contre près de 64 % aujourd'hui). Faut-il également rappeler que la France et l'Allemagne ont allègrement dépassé les 80 % ? Le vrai problème est lié à des déséquilibres commerciaux et à un défaut d'intégration politique, économique et sociale des États membres de la zone euro. Mais les dirigeants politiques, obnubilés par des questions picrocholines, continuent de soigner un problème d'illiquidité en lieu et place d'une insolvabilité.

 

Pour finir, on m'a envoyé ce court extrait de l'émission de Canal +, les guignols de l'info. Les célèbres marionnettes donnent leur vision de la crise en Espagne et des solutions a apporter... Drôle et effrayant !

 

 

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 19:20

 

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Souvenez-vous de ces incantations en 2008 du Premier ministre fraîchement nommé, qui pensait avoir trouvé la martingale pour lutter contre le chômage :

 

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Six mois plus tard, il fallut bien avouer que la crise des subprimes, que le ministre de l'économie regardait du haut de son plongeoir, venait de se muer en un raz-de-marée financier qui allait dévaster la planète économique ! Et à tous ceux qui n'ont cessé de répéter ces derniers mois que la crise était derrière nous, je demanderai juste de jeter un oeil (pas les deux, car sinon ils auraient encore une fois une excuse pour ne avoir vu...) sur les chiffres du chômage en juin 2011, publiés par la DARES.

 

Remarque 1 : la notion de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi est différente de celle de chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) : certains demandeurs d’emploi ne sont pas chômeurs au sens du BIT et certains chômeurs au sens du BIT ne sont pas inscrits à Pôle emploi. Mais c'est tellement plus agréable de tout compliquer...

 

Remarque 2 : Pôle emploi classe les demandeurs d’emploi suivant des catégories (A, B, C, D, E). Les 3 premières concernent les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi et tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi : sans emploi (catégorie A), activité réduite courte d’au plus 78 heures au cours du mois (catégorie B), activité réduite longue de plus de 78 heures au cours du mois (catégorie C). D'autres demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi ne sont pas tenues de faire des actes positifs de recherche d’emploi : sans emploi et non immédiatement disponibles (catégorie D), pourvus d’un emploi (catégorie E). 


Demandeurs d'emploi inscrits en fin de mois à Pôle emploi en catégories A, B, C (cvs-cjo en milliers)

 

chomage-juin-2011.jpg[ Source : DARES, Publication sur les demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi en juin 2011 ]

 

Au total, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégories A, B, C s’établit ainsi à 4 103 700 en France métropolitaine fin juin 2011 (4 368 200 en France y compris Dom). Ce nombre est en hausse de 0,6 % (+25 200) au mois de juin, mais surtout il augmente de 4 % sur 1 an... 

 

Dans le détail, cela donne le tableau suivant (cliquer sur le tableau pour l'agrandir) :

 

chomage-juin-2011-2.jpg

 

[ Source : DARES, Publication sur les demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi en juin 2011 ]

 

Quant au chômage des jeunes, même si l'indicateur du taux de chômage n'est pas le plus adéquat pour en rendre compte (puisque de nombreux jeunes sont encore étudiants), il donne tout de même une tendance lourde sur le fléau qui les touche :

 

Demandeurs d'emploi de moins de 25 ans inscrits en fin de mois à Pôle emploi, en catégories A, B, C (cvs-cjo en milliers)

 

chomage-juin-2011-3.jpg[ Source : DARES, Publication sur les demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi en juin 2011 ]

 

Enfin, on se souvient d'une réforme des retraites bâclée par le gouvernement, contre laquelle je m'étais élevé arguments à l'appui, et dont je rappelais qu'elle ne pouvait fonctionner qu'à la condition impérative que les plus de 50 ans trouvent du travail (ou gardent celui qu'ils ont pour commencer...). Or, la tendance est là aussi prononcée depuis la crise :

 

Demandeurs d'emploi de moins de 50 ans et plus inscrits en fin de mois à Pôle emploi, en catégories A, B, C (cvs-cjo en milliers)

 

chomage-juin-2011-4.jpg[ Source : DARES, Publication sur les demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi en juin 2011 ]

 

Bref, ces quelques graphiques issus de l'étude de la DARES nous montre qu'à l'instar du titre d'un article du Monde, en matière de chômage, on en est à 5 ans d'annonces pour 5 ans d'insuccès... Le but de ce billet n'est pas de critiquer la volonté affiché de résorber le chômage - cause ô combien noble ! - mais les moyens employés qui ne font que plonger toujours un peu plus les salariés dans le gouffre de la misère : précarisation de l'emploi au nom d'un objectif de flexibilité des salariés, politique de salaires faibles pour gagner en compétitivité alors même que cette bataille de la compétitivité-prix est perdue depuis longtemps avec la mondialisation (d'où l'idée très intéressante d'une démondialisation dont parle Jacques Sapir), etc. A cela, il faut rajouter des mesures comptables et techniques plus ou moins contestables telles les radiations des listes de demandeurs d'emploi, qui permettent au final de faire baisser marginalement le taux de chômage.

 

Mes propos tiennent autant d'un minimum de bon sens économique (à la veille d'une crise majeure, pas la peine d'espérer faire baisser le chômage, les salariés en activité souhaitant déjà conserver leur emploi) et d'un profond réalisme quant à la portée des promesses faites par les politiques dans ce domaine... En définitive, si avec tous les procédés de flexibilisation encouragés et développés par les pouvoirs publics (et qui débouchent sur de la casse sociale), et les radiations un peu trop rapides ces derniers temps, les chiffres du chômage version Pôle emploi ne baissent pas, c'est que la crise n'est pas terminée... Nous sommes en plein dedans !

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 10:33

 

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Source de l'image : http://www.ifinance.fr

 

Hier s'est tenu à Bruxelles un sommet extraordinaire des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro sur la Grèce. Il faut dire qu'il y avait le feu au lac puisque la Grèce ne peut toujours pas se financer sur les marchés financiers, sauf à payer des intérêts exorbitants (17,439 % sur 10 ans le 15 juin, contre 2,952 % pour l'Allemagne et 3,333 % pour la France !).

 

Finalement, après près d'une dizaine d'heures de discussions que l'on peut supposer âpres, les 17 États membres de la zone euro sont parvenus à un accord sur un nouveau plan d’aide à la Grèce d'un montant de 158 milliards d'euros, qui devrait lui permettre de tenir jusqu'à mi-2014. Mais autant le dire tout de suite, ce n'était pas après la conférence de presse de Nicolas Sarkozy que l'on pouvait avoir une chance de comprendre les tenants et aboutissants de ce plan. Visiblement éreinté par les négociations, le Président français a improvisé une allocution où il s'est emmêlé les pinceaux comme en témoigne la vidéo ci-dessous :

 

 

 

 

Mais le communiqué de presse a suivi et peut être consulté en en PDF cliquant sur l'image ci-dessous :

 

21-juillet.jpg

 

Il commence par ces quelques mots qui laissent perplexes : "Nous réaffirmons notre attachement à l'euro et sommes résolus à faire tout ce qui est nécessaire pour assurer la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble et celle de ses États membres. Nous réaffirmons également notre détermination à renforcer la convergence, la compétitivité et la gouvernance dans la zone euro". Tout faire pour assurer la stabilité financière ? Quelqu'un pourrait-il me rappeler depuis combien de temps les chefs d'État tergiversent sur la question grecque ? Renforcer la compétitivité ? Décidément certains ont du mal à saisir que la croissance qui pourrait sauver la Grèce viendra essentiellement de la hausse de la productivité et non d'une hausse des exportations. Renforcer la gouvernance ? Est-ce un propos incantatoire ou un voeu pieux ?

 

Globalement, on oscille donc entre doutes et soulagement, d'autant qu'à ne parler que des divergences au sein du couple franco-allemand, on en oubliait que les Finlandais réclamaient du gouvernement grec qu'il hypothèque des biens publics et que les Néerlandais exigeaient un engagement plus important de la part du secteur financier car les banques néerlandaises ne sont quasiment pas exposées à la dette grecque. Même les banquiers étaient présents au nom de l'impérieuse nécessité de trouver un accord... Qu'en est-il ressorti ? Réponse en quelques mots avec la vidéo ci-dessous :

 

 

 

Donc, pour résumer :

 

* des prêts plus attractifs : doublement de la maturité des prêts (de 7,5 ans à 15 ans au minimum) accordés aux États membres en difficulté et abaissement du taux d'intérêt de 4,5 % à 3,5 %. Et contrairement à ce que déclarait Nicolas Sarkozy, l'Irlande et le Portugal bénéficieront du même traitement et l'Irlande n'est plus enjointe à baisser son taux (très attractif) d'impôt sur les sociétés.

 

* une contribution des créanciers privés : c'est là où règne la plus grande confusion puisque, bien qu'ils détiennent qui environ 150 milliards de la dette grecque (banques, fonds de pension, etc.), on en est toujours encore à se demander sous quelle manières ils contribueront "volontairement" à l'allégement de la dette et qui seront les contributeurs. Malgré l'annonce d'un apport de 135 milliards accordés sur trente ans par les banques à l'État grec, il semble que le représentant des banques (l'Institut de la finance internationale, IIF) privilégie toutes les options depuis le refinancement avec allongement de maturité des titres, jusqu'à la décote en passant par le rollover dont j'avais déjà parlé dans un billet. D'aucuns disent déjà que les dirigeants politiques se sont abstenus d'imposer un modèle de participation unique pour s'assurer su soutien "volontaire" des banques...C'est beau le pouvoir réel de la politique !

 

* le FESF va voir son champ d'action évoluer : le Fonds européen de stabilité financière avait été créé en 2010 pour venir en aide à l'Irlande et au Portugal, en leur prêtant les fonds qu'ils ne pouvaient trouver sur les marchés financiers. D'une part il est prévu que, dans des circonstances exceptionnelles qui restent à déterminer, le FESF pourra acheter des titres de dette publique de pays en difficulté directement sur le marché, premier pas vers une mutualisation des dettes publiques en Europe. D'autre part, le FESF pourra aussi, sous conditions, jouer au FMI et accorder des prêts... par exemple pour recapitaliser leurs banques puisque personne n'est dupe que cet imbroglio ne va pas s'arrêter avec ces mesures ! Nicolas Sarkozy est même allé très vite en besogne puisque, ne réussissant plus à trouver le sigle, il décida de l'appeler fonds monétaire européen, ce qu'il n'est pas pour l'instant ! Du reste, on ne sait pas si le Mécanisme permanent de stabilité (MES), qui doit succéder au FESF à partir de 2013, est concerné par toutes ces belles idées...

 

* de vagues propositions pour amender la gouvernance de la zone euro : les dirigeants, ou plus exactement leurs conseillers sherpas, ont compris que le vrai problème de la zone euro est un manque de fédéralisme que je n'ai de cesse de dénoncer.

 

En définitive, ce énième plan de sauvetage ne change en rien le système qui a conduit à la crise, puisque tout est fait pour réduire drastiquement la dette de la Grèce afin de faire remonter la note souveraine que lui donneront les agences de notation, avec pour but ultime de permettre à l'État d'emprunter à nouveau sur les marchés et donc de se soumettre à nouveau aux diktats de la finance ! Au surplus, il ne prévient absolument pas d'un risque de contagion à d'autres États membres comme l'Espagne ou l'Italie (on parle déjà de Chypre...). En effet, sauver la Grèce qui pèse moins de 3 % du PIB de la zone euro n'est rien à côté de l'Espagne ou de l'Italie. Pourtant, si je ne m'abuse, cela fait près de 2 ans qu'on tergiverse au sujet de la Grèce ?

 

Enfin, ce plan ne règle en rien non plus la question du défaut de paiement de la Grèce et je me demande bien ce que les agences de notation vont réserver comme sort à ce plan. l'ISDA (Association Internationale des Swaps et Dérivés), qui fait figure de référence pour déterminer s'il s'agit ou non d'un événement de crédit, vient d'annoncer qu'elle allait justement étudier ce plan pour la Grèce. Rappelons que si un événement de crédit devait survenir suite à l'adoption des mesures de ce plan, alors le malade ferait une grosse hémorragie (écoulement de CDS), ce qui amènerait à une crise systémique comme j'en ai brièvement expliqué le mécanisme à la fin de ce billet.

 

L'Union européenne a par conséquent soigné la souffrance à court terme du malade par de la morphine, en passant à nouveau à côté du bon diagnostic : la Grèce ne fait pas face à un problème d'illiquidité, mais d'insolvabilité ! Comment pourrait-elle rembourser si elle n'a plus de croissance et partant plus de recettes ?

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 10:54

 

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Le système bancaire européen est en bonne santé, d'après les conclusions des "stress tests" auxquels l'Autorité bancaire européenne avait soumis les banques. Immédiatement, le nouveau ministre de l'économie s'est senti obligé de vanter "la solidité du modèle de banque universelle". Bref, mis à part 8 banques, toutes les autres se portent à merveille et ne redoutent absolument pas la crise de la zone euro et encore moins son avatar, la crise grecque. Sauf qu'à bien y regarder, les tests ne permettent pas de trancher aussi facilement en faveur d'un optimisme sur la santé du système bancaire européen. C'est précisément ce que je vais chercher à vous démontrer dans ce billet.


 

De quoi s'agit-il ?

 

Les stress tests, ou tests de résistance, ont été conçus par l'Autorité bancaire européenne (EBA) pour mesurer la capacité des banques à supporter des chocs économiques et financiers (inflation, récession, hausse des taux d'intérêt, hausse du chômage, etc.). Cela passe ainsi par la création de scénarios négatifs (appelés stress dans le jargon financier), comme je l'avais expliqué dans un billet lors de la précédente mouture de 2010. Ils sont résumés dans ce communiqué de la Banque de France, mais on pourra retenir que 2 scénarios principaux ont été retenus :

 

* l'un dit "scénario macroéconomique central", fait l’hypothèse d’une croissance modérée pour l’eurozone

 

* l'autre dit "scénario macroéconomique adverse", simule un ralentissement de la demande globale dans un contexte marqué par une hausse du chômage, une dépréciation du dollar par rapport à l’euro (-15% par rapport au scénario central), une dégradation des conditions de financement via la hausse des taux courts et une baisse du prix des actifs.

 

Pour la France, le scénario est résumé par le tableau suivant (cliquer dessus pour l'agrandir):

 

Stress.jpg

[ Source : Communiqué de presse du 15 juillet 2011 de l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP) ]

 

Au total, 90 banques ont été testées dans 21 pays, qui représentent plus de 60 % des actifs bancaires européens. En principe, elles étaient 91, mais la banque allemande régionale de Hesse-Thuringe (Helaba) a refusé que l'on publie ses résultats, après en avoir contesté la méthodologie. Et comme une autorité européenne de régulation a besoin du consentement de la banque pour publier...

 

En France, BNP Paribas, Société Générale, Groupe Crédit Agricole et Groupe BPCE, qui sont les quatre groupes bancaires soumis aux tests, représentent près de 80% de l’ensemble des actifs du secteur.

 

Le critère de réussite aux tests est basé sur le ratio de fonds propres durs (Core Tier 1). Plus précisément, une banque aura réussi à passer les tests si son ratio Core Tier 1 reste au-dessus des 5 % dans les deux scénarios évoqués ci-dessus. Ces tests devraient, en principe, prouver aux marchés financiers que les banques sont suffisamment capitalisées -et donc solides - pour supporter une nouvelle crise. Par là même, ces tests devraient aussi permettre de démontrer que les autorités économiques et financières de l'Union européenne si tant est qu'elles existent sont capables de faire face aux difficultés des établissements bancaires.


 

Quels sont les résultats ?

 

Sur 90 banques testées, 8 ont échoué et devront lever 2,5 milliards d'euros de capital environ pour atteindre les exigences de fonds propres. Il s'agit de 5 banques espagnoles (Caja Mediterraneo, CatalunyaCaixa, Unnim, CajaTres et Banco Pastor), 2 grecques (Banque agricole de Grèce ATE et Eurobank), ainsi qu'une autrichienne (Volksbank).Les banques françaises ont, quant à elles, bien réussi les tests avec un niveau de fonds propres durs moyen de 7,5 % comme le montre les résultats publiés par l'ACP.

 

La banque allemande Helaba, évoquée plus haut, a déclaré d'elle-même avoir échoué aux tests bien qu'elle ait refusé que l'on publie ses résultats, contestant la méthodologie suivie... A contrario, les quatre principales banques portugaises ont réussi leur examen (lors des précdédents tests en 2010, faut-il rappeler que les banques irlandaises avaient réussi l'examen avant de s'effondrer quelques semaines plus tard ?).


 

Quelles sont les limites de ces tests ?

 

Tout d'abord, le choix du critère de réussite (le ratio Core Tier 1 à 5 % au moins) peut être discuté. Pourquoi ce ratio plutôt qu'un autre, sachant que les bilans bancaires sont remplis de produits plus ou moins sophistiqués (on dit hybrides), qui ont des caractéristiques tenant autant de la dette que des fonds propres ? Mais surtout, est-ce vraiment une garantie de savoir qu'une banque dispose d'un bon ratio de fonds propres lorsqu'on sait que les banques irlandaises avaient réussi l'examen avant de s'effondrer quelques semaines plus tard, nécessitant une recapitalisation massive de la part de l'État ? N'est-ce pas la raison qui a poussé la Banque centrale du Portugal a exigé que les deux premières banques privées du pays, la Banco Commercial Português et la Banco Espirito Santo, procèdent à des augmentations de capital ?

 

En dehors des critères, il est bon de s'interroger sur le test concernant les dettes souveraines. L'hypothèse retenue est une baisse sensible de la valeur de ces obligations d'État (on parle de creusement des spreads obligataires). Or, au vu du contexte actuel, n'eût-il pas fallu retenir également l'hypothèse éventuelle d'une cessation de paiement d'un État (au hasard, la Grèce) ? J'ai en effet souvent eu l'occasion d'expliquer dans mes billets, que les objectifs fixés à l'économie grecque sont quasiment inatteignables en si peu de temps et que l'on s'achemine de plus en plus sûrement vers un défaut ou à tout le moins une restructuration de la dette publique. 

 

Pour cela, encore aurait-il fallu que l'Autorité bancaire européenne dispose de l'exposition de chaque banque aux actifs de la Grèce, puisque la plupart d'entre-elles ont refusé de communiquer sur ce point. Serait-ce parce que les banques françaises et allemandes détiennent massivement des titres de la dette grecque ? Dès lors, rien d'étonnant que, à l'image des tests réalisés en 2010, on ne tienne compte que des obligations d'État placées dans les trading books, c'est-à-dire les obligations destinées à être revendus à plus ou moins court terme. Les obligations d'État placées dans les banking books, qui sont généralement conservées jusqu'à échéance et qui constituent l'essentiel de l'exposition au risque souverain, n'ont pas été concernées par le test.

 

Au final, comme pour les tests de 2010, ces tests de résistance ne permettent pas de conclure que le système bancaire européen est solide puisque certains scénarios catastrophes n'ont pas été envisagés malgré leur plus ou moins haute probabilité (défaut de la Grèce par exemple). Tout au plus s'agit-il d'une énième tentative pour tenter de rassurer les marchés financiers sur la servilité des États ! Et pendant ce temps, les agences de notation continuent à allumer des feux cependant que les tergiversations au niveau de l'Union européenne transforment les pompiers éventuels en pyromanes.

 

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 12:19

 

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Tout commence avec le projet de décret d'application de l'article 225 de la loi Grenelle 2, qui dispose que toute entreprise de plus de 500 salariés doit "publier un rapport sur la manière dont elle prend en compte les conséquences sociales et environnementales de son activité". Le texte réglementaire fournit ainsi une liste d'informations concernant l'entreprise - et ses filiales, point important - qui doivent impérativement figurer dans le rapport final : 13 concernent la responsabilité sociale (16 pour les sociétés cotées en Bourse) et 16 l'environnement (22 pour les sociétés cotées en Bourse). Bref, on devrait y trouver tout autant des éléments sur le respect des salariés que sur la lutte contre la pollution.

 

Pour s'assurer de la sincérité des informations fournies, un organisme tiers indépendant sera mandaté par les entreprises, à l'image des commissaires aux comptes, avec une mise en application progressive entre 2011 et 2016. C'est précisément là que se pose un premier problème : l'AFNOR est chargée d'élaborer ces critères de vérification des informations fournies par le rapport, sachant d'ores et déjà qu'il sera très difficile de s'entendre sur la lecture qu'il faudra avoir de ces chiffres tant les pressions seront nombreuses pour minimiser certains indicateurs au profit d'autres. Il suffit de voir les prouesses de la créativité comptable, qui ont débouché sur des scandales comme Enron - société pourtant auditée financièrement par feu le cabinet Arthur Andersen -, pour s'inquiéter de l'interprétation d'informations souvent plus qualitatives que quantitatives...A moins de dévoyer l'esprit de la loi et de résumer le rapport à une suite d'indicateurs chiffrés qui pourront dire à peu près tout et n'importe quoi !

 

Toujours est-il qu'une lutte sans merci vient de se faire jour. D'un côté, les experts-comptables qui, à défaut d'obtenir une comptabilité unique chiffrant les implications financières et sociétales (ce qui nécessiterait de savoir monétiser tous les impacts de l'entreprise sur son environnement), espèrent une forme de parallélisme entre comptabilité financière et comptabilité sociétale. De l'autre, les grands cabinets d'audit (Ernst & Young, PricewaterhouseCoopers, Deloitte, KPMG) cherchent à récupérer ce marché qui fleure bon les millions d'euros ! Pour ce faire, ils ont déjà mis sur pied des départements "développement durable" spécialisés dans les questions de reporting RSE (on voit déjà la tendance au chiffrage qui s'amorce rien que dans la dénomination...). Entre ces deux belligérants se trouvent encore une classe de trublions qui cherche à faire parler d'elle : les cabinets de certification technique comme Bureau Veritas.

 

Mais qu'est-ce la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) ?

 

Il s'agit simplement de la déclinaison du concept de développement durable aux entreprises, c'est-à-dire la prise en compte des éléments économiques, sociaux et environnementaux. Le conseil européen de Lisbonne a au reste inscrit la RSE au premier rang des priorités politiques. La démarche consiste alors pour les entreprises à tenir compte tout autant des aspects financiers que des impacts sociaux et environnementaux de leur activité, dans le but de contribuer ainsi à l’amélioration de la société et à la protection de l’environnement.

 

La RSE : une utopie du capitalisme sans État ?

 

De nombreux économistes et professionnels du monde de l'entreprise aboutissent à cette conclusion lorsqu'ils examinent en détail la logique même de responsabilité sociale. En effet, le développement de la RSE dans les entreprises fut concomitant au retrait de l'État sur les questions sociales et environnementales, laissant dès lors apparaître la RSE comme un nouveau stade du capitalisme ultralibéral où les entreprises décident de communiquer sur des sujets qui servent surtout leurs intérêts financiers. Il s'agit au fond d'une privatisation de l'action sociétale qui dépend dorénavant du marché et donc d'une logique de rentabilité.

 

Car, même si cette loi doit permettre une amélioration des informations fournies et peut-être la fin des labels ou certifications parfois fantaisistes, il apparaît indubitable que les entreprises sont désormais entrées dans le monde du marketing sociétal où les certifications sociétales deviennent des alibis pour attirer les investisseurs (les américains parlent de license to operate). Il suffit de penser aux banques qui proposent d'investir dans des fonds ISR (Investissements Socialement Responsables) ou éthiques au sein desquels on trouve des entreprises polluantes ou finançant des régimes corrompus...

 

La RSE : une vaste supercherie ?

 

Si l'on se concentre uniquement sur l'aspect environnemental, on ne peut que sourire jaune des pseudo-efforts dont se vantent les entreprises les plus polluantes pour préserver la planète : c'est le greenwashing, nouveau terme pour parler de la récupération d'un concept important par des entreprises en mal de dollars. Les Amis de la Terre cherchent à dénoncer publiquement ce hiatus entre les grandes campagnes de communication de certaines entreprises et la réalité des engagements. Pour ce faire, ils ont créé trois prix Pinocchio :

 

* un prix Pinocchio "Droits humains", remis à l'entreprise ayant perpétré les violations les plus graves des droits humains (y compris les droits sociaux, salariaux et sociétaux) parmi les nominés


* un prix Pinocchio "Environnement", remis à l'entreprise ayant généré les impacts environnementaux les plus lourds parmi les nominés


* un prix Pinocchio "Greenwashing", remis à l'entreprise ayant mené la campagne de communication la plus abusive et trompeuse au regard de ses activités réelles parmi les nominés.

 

Pour l'anecdote, le lauréat du dernier prix est le Crédit Agricole. J'avais rendu compte dans un billet que, selon un rapport publié en 2007 par les Amis de la Terre, la banque était responsable en 2005 de l'émission d'environ 200 millions de tonnes de CO2 induites (c’est-à-dire provoquées par les projets financés par la banque).

 

Mais même sur les aspects sociaux on reste effrayé par la régression à laquelle nous assistons depuis une vingtaine d'années : l'OCDE à beau avoir édicté des "principes" à l'intention des multinationales dès 1976, le développement de la précarité et de la pauvreté laborieuse n'a cessé de progresser sous couvert de rapports techniques enjoliveurs. Comme l'écrit très justement Yvon Pasqueux dans le Monde économie du 5 juillet, "la RSE présente une transparence partielle, et de vrais trous béants qui ne sont révélés que par accident". [...] "On peut même se demander s'il n'y avait pas plus d'actions responsables quand, au XIXe siècle, certains patrons s'efforçaient de loger, soigner et d'éduquer leurs ouvriers".

 

Et pour finir achever de nous convaincre, une étude menée par les sociétés de conseil Karistem et la Deuxième Maison auprès de 23 entreprises disposant d'une direction du développement durable (DDD), conclut que ces directions ont des budgets réduits et n'interviennent que très peu dans la définition et l'accompagnement opérationnel des entreprises. En résumé, avec des mots simples, je dirais que ces DDD servent surtout à communiquer sur des chiffres qui n'intéressent que les spécialistes... avec un impact à peu près nul sur l'évolution des pratiques !

 

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 12:40

 

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Un journaliste grec de 34 ans, Aris Hatzistefanou, a décidé d'utiliser la notoriété de son émission de radio “infowar” sur la station grecque Sky Radio, pour lancer une campagne de fonds afin de produire une vidéo Youtube sur la crise en Grèce. En seulement une dizaine de jours, il a récolté 8 000 euros et de nombreux professionnels de l’audiovisuel ont proposé de l'aider. C'est pourquoi, la petite vidéo du départ est devenue désormais un documentaire conséquent, visionné déjà par plus d'un million de personnes en Grèce. 

 

Ce documentaire, d'une durée de 1h15 min, est en langue grecque mais sous-titré dans de nombreuses langues étrangères dont le français. Il mérite d'être vu tant le message est à contre-courant de la doxa officielle en économie et très proche dans l'esprit de mon dictionnaire révolté d'économie. En toile de fonds, il rappelle ce que j'ai souvent évoqué sur mon blog, à savoir que le vrai problème de la zone euro n'est pas l'endettement mais le manque de fédéralisme et que les plans de rigueur imposés par le FMI et l'Union européenne déboucheront inévitablement sur une catastrophe économique et sociale !

 

Au surplus, il montre très bien que les plans de sauvetage ont pour finalité principale de sauver les banques - en l'occurrence allemandes et françaises - qui sont très exposées à la dette grecque et que seuls des tests de résistance très complaisants peuvent encore présenter comme capables de supporter un défaut souverain de la Grèce...

 


Par-delà le documentaire-choc, qui montre du reste très bien les ravages de l'idéologie néolibérale, le journaliste a cherché à a popularisé une campagne nationale demandant une commission d’audit de la dette publique du pays, à l'image de celle mise en place en 2007/2008 par le Président de l'Équateur, Rafael Correa, et qui entraîna la répudiation de près de 40% de la dette extérieure du pays, considérée comme illégitime car servant des intérêts particuliers au détriment de l'intérêt général.

 

En réponse à l'impossibilité pour l'État de se financer sur les marchés financiers, le gouvernement grec, sous la pression de la "troïka", a accepté de voter un nouveau plan de rigueur en échange d'un versement de 12 milliards d'euros, ce qui ressemble à s'y méprendre au tonneau des Danaïdes... En effet, les dirigeants européens croient-ils un instant que des économies budgétaires de 28,4 milliards d'euros et des privatisations chiffrées à 50 milliards permettront de sortir la Grèce de l'ornière en 2015 comme par enchantement, une fois qu'il ne restera plus rien de grec en Grèce ? Je ne sais combien de fois j'ai écrit et dit que la Grèce ne pourrait jamais rembourser intégralement sa dette (ni publique ni privée d'ailleurs) au vu des conditions économiques actuelles et que son salut passerait forcément par un défaut.

 

C'est au reste l'idée qui est en train de faire son chemin dans l'écheveau de nos têtes dirigeantes avec la proposition de "rollover". De quoi s'agit-il précisément ? En résumé, cela consiste pour les banques à continuer de financer la Grèce en achetant de nouvelles obligations d'État grecques à chaque fois que les titres qu'elles détiennent en portefeuille arrivent à échéance. Le programme de rollover est prévu pour s'étendre au moins jusqu'en 2014 et fait suite à une proposition des banques françaises fortement contraintes par le Trésor. Ainsi, les banques allemandes qui détiennent environ 10 milliards d'euros de dette souveraine grecque, contribueront à hauteur de 3,2 milliards d'euros à ce programme... sur la base du volontariat !

 

C'est là un point essentiel pour comprendre les négociations en cours : tant que les agences de notation considèrent que les banques participent volontairement au rollover, celui-ci ne sera pas perçu comme un événement de crédit, c'est-à-dire un incident de paiement qui nécessiterait de faire fonctionner les mécanismes de garanties souscrites au travers des CDS et qui entraîneraient des déboursements monstrueux à l'image de ce qui était arrivé à l'assureur américain AIG suite à la faillite de Lehman Brothers. Or, Standard & Poor's vient de considérer ce matin que le rollover reviendraient à placer Athènes en situation de défaut sélectif et qu'il s'agirait par conséquent d'un événement de crédit !

 

Retour donc à la case départ, car les marchés financiers ne sont pas contents d'une décision prise par des États souverains : la situation est simplement ubuesque ! A quand un véritable réveil politique au sein de l'Union européenne ?

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 14:35

ancienne television

Vendredi 24 juin, la chaîne de télévision TV8 m'a invité sur le plateau de son émission studio 8 pour parler de mon dictionnaire révolté d'économie et de la critique que j'y développe à l'encontre de la pensée toute faite. Pour voir la vidéo de mon passage à TV8 (disponible gratuitement sur leur site pendant 1 semaine), vous pouvez cliquer sur la photo ci-dessous qui est une capture d'écran :

 

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N'oubliez pas enfin que vous pouvez suivre l'aventure du dictionnaire révolté d'économie sur la page Facebook qui lui est consacrée. Merci enfin à tous ceux qui me suivent, m'écrivent ou participent à mes conférences, je leur souhaite de bonnes vacances... même si pour ma part elles seront studieuses comme à mon habitude et que je continuerai à écrire sur mon blog !

 

 

N.B : le programme économique de l'été risque d'être chaud - caniculaire ? - puisque s'il est vrai que le Parlement grec doit se prononcer sur le plan d'austérité exigé par la "troïka" en dépit du bon sens économique et politique, nous avons désormais la chance d'avoir un directeur du FMI absolument indépendant du milieu des affaires et sans taches judiciaires, qui a fait la preuve de sa "capacité d'objectivité et d'impartialité" (ce sont les termes exacts du FMI...).

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