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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 12:53

 

 

Avec des collègues de l'Université de Lorraine, nous organisons une journée d'étude sur les monnaies locales, la gouvernance et l’ESS, le vendredi 6 novembre 2020. Elle se déclinera en tables rondes auxquelles participeront des chercheurs de premier plan sur la thématique (Jérôme Blanc (UMR Triangle, Science Po Lyon) et Marie Fare (UMR Triangle, Université Lumière Lyon 2)), ainsi que des représentants de monnaies locales et de structures de l’ESS du Grand Est. De nombreux moments d’échanges avec les participants sont prévus.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Compte tenu du contexte sanitaire, cette journée d’étude se fera uniquement à distance à l'aide de Microsoft Teams. L’inscription est gratuite, mais obligatoire, avant le mercredi 4 novembre à minuit sur https://www.eventbrite.fr/e/122692981009. Nous vous enverrons ensuite un lien qui vous permettra facilement d'y participer.

 

Organisateurs : Anne Carbonnel (CEREFIGE, Université de Lorraine), Raphaël Didier (BETA, Université de Lorraine), Paul Muller (BETA, Université de Lorraine), Bérangère Szostak (BETA, Université de Lorraine), Yamina Tadjeddine-Fourneyron (BETA, Université de Lorraine).

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 12:53

 

 

Actuellement, il est beaucoup question de la monnaie créée par la Banque centrale européenne (BCE), que d’aucuns qualifient même d'argent magique tant il semble simple à trouver.  C'est pourquoi, à quelques jours d'une journée d'étude sur les monnaies locales que nous organisons avec des collègues de l'Université de Lorraine, j'ai souhaité consacrer un billet à la monnaie émise par la Banque centrale et au financement de l'économie.

 

Comment est créée la monnaie ?

 

Contrairement à une idée reçue, l'essentielle de la création monétaire n'est pas le fait de la Banque centrale, mais des banques commerciales qui, sans aucune contrepartie (on dit ex nihilo dans le jargon), créent de la monnaie simplement en accordant un crédit à un client selon le schéma suivant :

 

 

[ Source : ABC de l'économie - Banque de France  ]

 

Autrement dit, la création de monnaie résulte d’un processus de monétisation des créances non monétaires :

La monnaie centrale

Dans un système bancaire hiérarchisé, c'est-à-dire où existe une Banque centrale et des banques commerciales dites de second rang, chaque banque commerciale émet sa propre monnaie qui, par construction, ne circule qu'au sein de son propre circuit bancaire. Dans ce cas, la monnaie centrale, est la seule monnaie acceptée par toutes les banques et plus généralement tous les agents économiques.  Elle est constituée des billets et de la monnaie scripturale émise par la Banque centrale :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Notons que chaque banque commerciale dispose d'un compte auprès de la Banque centrale, qui sert notamment au règlement des dettes interbancaires. Dès lors, lorsque l'assouplissement quantitatif (quantitative easing) mis en place par une Banque centrale consiste à acheter des titres de dette publique aux banques, il y a une égale hausse de la dette publique achetée par la Banque centrale et des réserves des banques à la Banque centrale.

 

La quantité de monnaie en circulation

 

On appelle masse monétaire le volume total de monnaie en circulation à un moment donné dans une économie donnée. Certains actifs sont considérés comme suffisamment liquides pour être considérés comme de la monnaie en termes de liquidité, d'où la possibilité de calculer plusieurs agrégats monétaires notés M0 (=monnaie centrale), M1, M2 et M3, sachant que M3 est celui surveillé plus spécifiquement par la BCE :

 

 * M1 qui regroupe les pièces et les billets en circulation ainsi que les dépôts à vue ;

 

 * M2 qui comprend M1 + les dépôts à terme inférieur ou égal à deux ans et les dépôts assortis d’un préavis de remboursement inférieur ou égal à trois mois ;

 

 * M3 qui correspond à M2 + les instruments négociables (certificats de dépôts, titres de créance de durée inférieure ou égale à deux ans) sur le marché monétaire et qui sont émis par les institutions financières monétaires.

 

Les chiffres récents font état de plus de 13 000 milliards d'euros en circulation (agrégat M3) dans la zone euro en mars 2020 :

 

 

[ Source : BCE ]

 

Le circuit de financement de l'économie

 

Dans un système bancaire hiérarchisé comme présenté ci-dessus (et qui correspond au monde dans lequel nous vivons), le financement de l'économie prend la forme simplifiée suivante :

 

 

[ Source : ABC de l'économie - Banque de France  ]

 

La monnaie hélicoptère

 

Comme le rappelle fort justement Thomas Piketty dans une tribune au Monde, la création de monnaie centrale atteint des montants vertigineux : + 3 000 milliards de dollars en sept mois pour la Fed aux États-Unis, + 2 000 milliards pour la BCE ! Et pourtant l'économie de ces deux régions s'enfonce de plus en plus dans la crise, car cette monnaie n'irrigue pas l'économie réelle en quête de financement... C'est pourquoi certains économistes comme Jézabel Couppey-Soubeyran proposent désormais d'en venir à de la monnaie hélicoptère, qui consiste à transférer de la monnaie centrale directement aux agents économiques :

 

 

[ Source : https://www.veblen-institute.org ]

 

Et face à la hausse formidable de la dette publique - et privée ! -, il est peu probable d'échapper à une annulation (même partielle) des titres de dette publique détenus par les Banques centrales.

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du Point.

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 15:00

 

 

En ces temps de crise profonde où il devient très difficile d'anticiper les évolutions économiques à court terme en raison de l'extrême incertitude qui entoure chaque variable, les agents économiques cherchent par tous les moyens à couvrir la valeur de leur stock de noisettes. Bien entendu, la peur d'une dépréciation du patrimoine ne concerne que les chanceux qui en possèdent un... Pour les autres, il s'agit avant tout de sauvegarder leur emploi et le salaire afférent.

 

Dans ce contexte très tendu, la quête d'une richesse dont la valeur est sécurisée pousse de plus en plus de personnes à investir dans l'or, la célèbre relique barbare selon Keynes. D'où une hausse très importante de son cours depuis le début de l'année qui, par un mécanisme mimétique bien connu, conduit d'autres personnes à en acheter dans l'espoir de réaliser une plus-value à terme. Ce billet a donc pour objet de présenter un aperçu global du marché de l'or mondial et de rappeler que si aujourd'hui n'importe quel strass peut remplacer la gemme, alors les cryptomonnaies deviennent des concurrents directs du lingot d'or...

 

L'évolution du cours de l'or

 

Sur les marchés internationaux, l'or est coté en dollar par once (US$/oz), sachant que 1 oz (troy) = 31,10348 grammes. Même si l'or peut être coté sur de nombreuses bourses dans le monde, c'est le fixing de Londres (10h30 historiquement et 15h) qui fait référence (ici en dollars US sur le graphique) :

 

 

[ Source : LBMA ]

 

Ainsi, le cours de l'or tutoie les 2 000 dollars par once, ce qui n'a pas manqué de provoquer des torrents de commentaires et d'attirer tous les spéculateurs en herbe.  Il est vrai que le cours de l'or étant le plus souvent libellé en dollars, une dépréciation du billet vert rend mécaniquement l'achat d’or plus attrayant pour les agents qui utilisent une autre devise que le dollar.

 

L'offre d'or sur le marché mondial

 

Certes, l'or est une matière première, mais comme le disait Keynes c'est aussi "une relique barbare" lorsqu'il est utilisé dans le cadre de l’étalon or, système monétaire dont je vous parlerai très prochainement. Quoi qu'il en soit, mesurer la richesse d'un pays à ses réserves en métal précieux me semble particulièrement déraisonnable... Mais pour en revenir au marché physique de l'or, l'offre est alimentée par trois sources :

 

 * la production minière (3 530 tonnes en 2019, en stagnation ce qui fait craindre à certains la fin de la veine d'or...) ;

 

 

[ Source :  https://www.gold.org ]

 

 * le recyclage (bijoux, dentaire, etc. pour un volume de 1 300 tonnes environ en 2019) ;

 

 * le déstockage.

 

Au total, en 2019, l'offre du marché est constituée de plus de 4 800 tonnes d'or issues de la production minière et du recyclage :

 

 

[ Source :  https://www.gold.org ]

 

La demande d'or mondiale

 

La demande, quant à elle, provient de :

 

 * la bijouterie, qui représente bon an mal an 50 % de la demande mondiale en or (2 122 tonnes en 2019) ;

 

 * l'investissement en lingots, pièces d'or, médailles, ETF et assimilés, qui représente 30 à 40 % de la demande mondiale et correspond en partie à la demande en valeur refuge (1 273 tonnes en 2019) ;

 

 * les achats d'or par les Banques centrales (667 tonnes en 2019) ;

 

 

[ Source :  https://www.gold.org ]

 

 * l'industrie (326 tonnes).

 

Au total, en 2019, la demande en or dans le monde s'est élevée à près de 4390 tonnes :

 

 

[ Source :  https://www.gold.org ]

 

La pandémie de coronavirus a bien entendu affecté négativement la demande physique d'or pour la joaillerie notamment, même si en Chine - et surtout en Inde - offrir des bijoux en or demeurent le nirvana du raffinement à tout le moins une institution sociale. Mais c'est l'or papier qui tire la demande en 2020 au travers des fonds indiciels adossés au cours de l'or connus sous le doux nom d'ETF. 

 

L'or : une valeur refuge ?

 

Si l'on en croit ce sondage OpinionWay pour Aucoffre.com, réalisé en 2019, 73 % des sondés considèrent l'or comme une valeur refuge en temps de crise :

 

 

[ Source : https://www.loretlargent.info ]

 

Qu'entend-on par valeur refuge ? Essentiellement, il s'agit d'assurer la valeur de l'investissement en période d'incertitude et de grande volatilité, c'est-à-dire d'offrir une décorrélation entre le prix de l'actif refuge et les autres actifs. L'or est un bon candidat d'après le graphique ci-dessous, ce que semble confirmer la décision du célèbre investisseur Warren Buffett de prendre une participation significative dans le capital d'une société aurifère :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Pendant longtemps, l'anticipation populaire était que le prix de l'or devait augmenter lorsque le dollar s'affaiblit et/ou l'inflation augmente. Dans le premier cas, l'or sert de couverture contre le recul du billet vert, dans le deuxième de couverture contre la perte de pouvoir d'achat de la monnaie. Cependant, ce lien supposé ou espéré entre cours de l'or et crise économique n'est pas toujours vérifié en pratique. Pis, le lien sur long terme avec l'inflation n'est pas très net, non plus que celui avec les taux d'intérêt. 

 

Au reste, faut-il rappeler que si l'or est vu par certains comme une valeur refuge, il sert aussi d'outil de spéculation à d'autres au point que ce marché est loin d'être exempt de bulles et de crises ? Et si vous êtes dans une logique de fin du monde et que vous anticipiez le cas extrême où l'économie s'arrêterait plus longtemps qu'un confinement, alors détenir de l'or ne nourrira pas son homme... D'ailleurs, d'autres actifs peuvent servir de valeur refuge comme l'immobilier, les œuvres d'art, les bons du Trésor américain, le franc suisse et depuis peu les cryptoactifs, certains étant beaucoup moins stériles que l'or !

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Mais il est vrai qu'en ces temps de taux d'intérêt négatifs, la fiscalité avantageuse sur l'or en tant qu'actif d'investissement et la discrétion qu'il offre font du métal jaune un bon compromis financier et accessoirement une idole fascinante pour certaines âmes en mal de repères...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du site Le Revenu.

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 11:18

 

 

Après le succès de ma conférence sur la crise économique et sociale liée à la covid-19, il m'a semblé utile de donner quelques informations supplémentaires concernant l'emploi. Ce d'autant plus que, paradoxalement, bien que les prévisions économiques soient sombres cela ne se voit pas (encore) dans les chiffres du chômage. C'est pourquoi après mon billet sur le modèle néolibéral, caractérisé par une croissance obtenue au prix d'un endettement croissant, nous allons aujourd'hui nous intéresser à la mesure du chômage sur la base des chiffres fournis par l'INSEE.

 

L'enquête emploi impactée par le confinement

 

Commençons par une définition. Un chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT) est une personne âgée de 15 ans ou plus qui est sans emploi au cours de la semaine de référence, est disponible pour travailler dans les deux semaines à venir et a effectué, au cours des quatre dernières semaines, une démarche active de recherche d’emploi ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois.

 

Le confinement a donc inévitable eu des conséquences sur la mesure du chômage au sens défini ci-dessus. En effet, entre le 17 mars et le 10 mai, au plus fort d'un confinement strict doublé d'une psychose ambiante entretenue par les médias, peu de chômeurs étaient disponibles disposés pour "travailler dans les deux semaines à venir". De plus, la collecte des données de l'enquête emploi n'ayant pu être effectuée en face à face (premières et dernières interrogations), elle s'est faite par téléphone, d'où un recul de la qualité et du taux de collecte. Néanmoins, en utilisant des méthodes de redressement tout en s'abstenant de modifier le questionnaire, les chiffres obtenus demeurent pertinents pour l’analyse. 

 

Le chômage au 2e trimestre 2020

 

En attendant les chiffres du 3e trimestre qui seront publiés à la mi-novembre par l'INSEE, nous allons nous intéresser aux 13 semaines du 2e trimestre, impactés par 6 semaines de confinement :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Au deuxième trimestre 2020, le taux de chômage au sens du BIT est en baisse à 7,1 % de la population active en France (hors Mayotte). Au-vu des explications données ci-dessus, le lecteur aura compris que ces chiffres sont évidemment en trompe-l’œil et qu'il serait déraisonnable d'en inférer quelque amélioration de la situation sur le front de l'emploi. Cette baisse du taux de chômage résulte d'un fort recul du nombre de personnes sans emploi en recherche active d'emploi pendant la période de confinement, comme le montre le graphique ci-dessous :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Le halo de chômage

 

La contrepartie de la baisse du chômage au 2e trimestre est une augmentation du halo autour du chômage, qui est constitué d'inactifs n'étant pas au chômage au sens du Bureau international du travail mais étant dans une situation qui s'en approche :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Le taux d'emploi en baisse

 

Le taux d'emploi d'une classe d'individus est calculé en rapportant le nombre d'individus de la classe ayant un emploi au nombre total d'individus dans la classe. En moyenne au deuxième trimestre 2020, le taux d’emploi des 15-64 ans diminue de 1,6 point à 64,4 %, après une stabilité au premier trimestre. Il baisse pour toutes les catégories d'âge et de sexe, surtout pour les jeunes !

 

 

[ Source : INSEE ]

 

En raison des dispositifs de chômage partiel, le sous-emploi a nettement augmenté au 2e trimestre 2020 et le nombre moyen d'heures hebdomadaires travaillées par emploi a reculé.

 

Ce que le taux de chômage ne dit pas

 

Le taux de chômage n'est qu'un nombre, incapable de synthétiser toute la réalité socioéconomique du phénomène. Or, à force de commenter ce seul et unique indicateur, l'on finit par occulter toutes les questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel, qui expliquent le malaise grandissant ressenti par les salariés ravalés au rang de simples exécutants numérotés d'un programme d'ensemble voué tout entier à l'efficacité, c'est-à-dire prosaïquement au rendement. On notera d'ailleurs non sans ironie que les soignants, adulés depuis la crise de la covid-19 par le gouvernement, étaient pourtant l'objet d'un profond déni (mépris ?) quelques mois auparavant, comme en témoignent les grèves réprimées et les audits sans fin...

 

La société est donc devenue malade de la gestion, pour reprendre un titre d'un excellent livre de Vincent de Gaulejac, ce qui signifie qu'il existe un projet politique visant à confier aux bons soins de la logique de marché des pans entiers de notre société qui devraient normalement lui échapper. Tel est le cas de la médecine, de l'instruction, etc. qui font désormais leur entrée dans la guerre économique où s'expriment avant tout les intérêts particuliers financiers et égoïstes.

 

En définitive, il n'y a pas de quoi pavoiser sur ces chiffres du chômage, d'autant que les dégâts de la crise sanitaire vont seulement se voir statistiquement au début de l'année 2021. Et comme les restrictions ne cessent de se multiplier dans un département après l'autre, je n'ose imaginer le front de l'emploi après Noël...

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 18:21

 

 

Dans mon précédent billet, je vous avais annoncé ma conférence qui aura lieu à l'UPT de Forbach ce mardi 6 octobre à 19h. Le Républicain Lorrain l'a par ailleurs annoncée dans ses colonnes :

 

 

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

 

Cette conférence, intitulée Quel monde économique et social après la crise du Covid-19 ?, ne nécessite aucune connaissance préalable et s’adresse à tous. Elle a pour objectif d’analyser la crise économique et sociale qui nous attend et de réfléchir aux contours du monde d’après. L’entrée est fixée à 5€.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

 

[ Cliquer sur la carte pour l'agrandir ]

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 13:25

 

 

Pour faire face à la pandémie de Covid-19, c’est près de la moitié de l’humanité qui a été confinée au mois d’avril 2020, de sorte que la crise sanitaire s’est depuis doublée d’une crise économique et sociale d’ampleur mondiale. Celle-ci se caractérise par une hausse rapide des défaillances d’entreprises, de nombreuses suppressions d’emplois, un recul marqué de l’activité, une augmentation vertigineuse des déficits publics et de la dette (privée et publique)…

 

Dès lors, peut-on croire qu’une fois la croissance éventuellement retrouvée, les problèmes seront de facto réglés ? Une telle crise n’est-elle pas une occasion unique de se poser des questions sur nos modes de vie, de production et de consommation, pour imaginer le monde d’après ?

 

C’est pourquoi, afin d’analyser la crise économique et sociale qui nous attend et réfléchir aux contours du monde d’après, il m'a semblé indispensable de proposer une conférence grand public à l’Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach, le mardi 6 octobre à 19h, avec pour titre Quel monde économique et social après la crise du Covid-19 ?. La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. L’entrée est fixée à 5€.

 

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

 

 

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 12:59

 

 

Face à une telle crise polymorphe, j'ai cédé à la tentation d'imaginer les linéaments du monde d'après dans ce billet sur les types de reprises économiques et dans celui-là sur les conditions préalables à la création d'un nouveau monde. Mais pour changer de système socio-économique, encore faut-il s'entendre sur les principaux changements à opérer. Et le moins que l'on puisse dire est que le retour au business as usual est devenu l'objectif inavoué des dirigeants politiques, qui pour ce faire n'hésite pas à mettre en œuvre des politiques économiques extrêmement dangereuses et au succès plus que mitigé...   

 

Le modèle néolibéral en pratique

 

D'emblée, il faut dire que les politiques économiques mises en œuvre avant et après le confinement ont quasiment toutes pour objectif la croissance, même si en France l'on y ajoute ostensiblement un volet écologique tout en le contredisant ouvertement... Toujours est-il que celle-ci ne semble pas vouloir revenir depuis des années, au point qu'il a fallu admettre que c'est même la croissance potentielle (croissance réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles) qui a reflué depuis le passage au néolibéralisme au début des années 1980.

 

Or, dans un monde qui a construit sa relative prospérité et les institutions afférentes sur la seule croissance, la baisse de celle-ci ne peut que conduire à des problèmes économiques et sociaux graves. Au lieu de chercher à sauver un système économique qui prend l'eau de toutes parts, il eût été judicieux d'imaginer "un autre monde pour nos enfants", expression que l'on entendu ad nauseam chez quasiment les dirigeants politiques en mal de sensationnalisme. Hélas, les intérêts personnels sont encore très puissants et depuis la dynamique sociale est devenue de la dynamite et les plans sociaux de licenciements se multiplient...

 

Certains voient l'effondrement de la croissance potentielle des pays riches comme le signe d'une moindre efficacité des dépenses de recherche et développement, qui conduirait à un recul du progrès technique. C'est peut-être le cas, mais il faut aussi admettre que le néolibéralisme tel qu'il fonctionne effectivement est bien loin du modèle théorique. Ainsi, la concurrence parfaite est une vue de l'esprit comme en témoigne la domination des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

 

Alors que les dirigeants politiques semblent n'avoir retenu qu'une seule phrase ("la destruction créatrice") dans la foisonnante œuvre de Joseph Schumpeter, chaque crise prouve jusqu'à satiété que pour être réélus les mêmes dirigeants pratiquent allègrement la palinodie, en venant ostensiblement à l'aide de presque toutes les entreprises à grands coups de plans d'aide, qui transforment certaines entreprises moribondes en entreprises zombies surendettées.

 

Sur la question de l'endettement, le discrédit jeté par les discours politiques sur la dette publique a d'ailleurs réussi à faire oublier la croissance très dangereuse de la dette privée... Fidèle à une politique de l'offre, le modèle néolibéral a asphyxié la demande en déformant le partage des revenus au détriment des salariés, lesquels ont depuis aussi perdu quasiment tout pouvoir de négociation, ce qui conduit au cercle vicieux de l'endettement.

 

Quant aux crises, qui restent un impensé majeur du modèle dominant dans la mesure où celles-ci sont vues comme exogènes au système, leur fréquence a indubitablement augmenté sur la période 1980-2020. À tel point que la jeune génération comme on dit à présent dans les médias, aura connu deux crises majeures espacées de seulement une poignée d'années (crise des subprimes et crise de la zone euro) et maintenant une crise sanitaire qui va déboucher sur une des plus graves crises économiques ! Et à chaque crise, les pays perdent un peu plus de capital productif et humain...

 

Le nouveau monde macroéconomique

 

Bien qu'il soit tentant d'imaginer que tous les maux économiques et sociaux puissent être mis sur le compte du covid-19, il n'en demeure pas moins que l'économie allait déjà mal depuis quelques années. La fin de l'année 2018 aura de ce point de vue marquée l'entrée de la zone euro dans une crise profonde.

 

Et certaines variables économiques démontrent sans conteste que le modèle économique néolibéral est à bout de souffle, malgré toutes les politiques économiques mises en œuvre. Ainsi, le taux d'inflation ne semble plus corrélé avec le cycle économique, au point où malgré toutes les tentatives désespérées de la BCE pour faire remonter les anticipations d'inflation, la hausse de l'indice des prix à la consommation reste faible :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Les taux d'intérêt à court terme et désormais à long terme (par l'achat des dettes publiques des États) sont dans une large mesure administrés par les Banques centrales (Yield Curve Control) :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

N'oublions pas que sans ces taux d'intérêt bas, de nombreux États de la zone euro seraient insolvables... Et après la crise sanitaire, la BCE - comme d'autres Banques centrales - est devenue une machine à racheter les dettes publiques des États obligés de voler au secours de leur tissu socio-économique. Ce faisant, en s'engageant dans cette voie, elles se sont lié les mains, puisqu'une remontée brutale des taux directeurs conduirait à une crise de la dette publique, notamment en Italie. Or, par un mécanisme de contagion bien documenté, la dette publique des autres pays membres serait également attaquée par les spéculateurs...

 

En tout état de cause, il désormais certain qu'il nous faudra réécrire nos livres de macroéconomie... En particulier, je compte bien mettre le mien à jour d'ici quelques mois dans le cadre d'une 3e édition !

 

Les préalables pour construire un modèle alternatif

 

Sans prétendre à l'exhaustivité, je considère pour ma part qu'il faudrait prioritairement s'atteler à :

 

 * réduire les inégalités les plus criantes ;

 

 * lutter efficacement contre la pauvreté ;

 

 * faire en sorte que le partage des revenus devienne plus favorable aux salariés et redonner un véritable pouvoir de négociation aux travailleurs (pas toujours salariés du reste...) ;

 

 * redonner du sens au travail et adapter l'activité aux enjeux de l'époque (transition énergétique, écologie, etc.)

 

 * réduire la financiarisation de l'économie, qui n'est que la forme parasitaire de la finance, en ce qu’elle met l’ensemble des activités productives sous la coupe des puissances financières, avec la complicité active ou résignée du politique.

 

 * faire en sorte que les chaînes de valeur soient plus régionales et subséquemment relocaliser la production, d'autant que Zygmunt Bauman nous a alertés sur le coût humain de la mondialisation ;

 

 * remettre à plat la fiscalité pour la rendre plus claire, plus juste et plus efficace.

 

En définitive, le modèle néolibéral est loin d'avoir tenu ses promesses, en particulier la première d'entre elles : la croissance. Et encore, le peu d'expansion que nous avons connue est concomitant à une hausse vertigineuse de l'endettement public et privé. Hélas, tant qu'aucune discussion sérieuse ne sera menée sur un modèle alternatif, les quelques privilégiés qui profitent de ce système auront toujours beau jeu d'en vanter l'incomparable efficacité à l'image du capitalisme basé sur l'accumulation intensive !

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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 15:12

 

 

Après mon analyse du plan de relance, qui se trouve être en réalité un plan de réformes structurelles, il m'a semblé utile d'évoquer deux ou trois faits saillants qui expliquent la dynami(te)que sociale à venir. En effet, à force de communiquer quasi exclusivement sur les questions économiques, le gouvernement arrive à occulter les aspects sociaux les plus inquiétants...

 

Le partage des revenus défavorable aux salariés

 

De manière assez simple, si le salaire n'augmente pas au même rythme que sa productivité, alors il y a déformation du partage des revenus au détriment des salariés. Dès lors, on peut déduire du graphique ci-dessous présentant l'évolution du ratio salaire réel par tête sur la productivité par tête, que le partage des revenus au sein de l'OCDE se déforme structurellement en faveur des entreprises et donc au détriment des salariés :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Le chômage structurel

 

La crise de la covid-19 va certes conduire à une augmentation du chômage conjoncture mais, plus inquiétant, également à une hausse du chômage structurel que l'on ne peut par définition faire baisser avec des politiques de relance. En effet, malgré les plans d'aide sectoriels des gouvernements, certains secteurs d'activité comme l'automobile, l'aéronautique ou le tourisme vont subir des difficultés durables, même si des observateurs avisés n'auront pas manqué de remarquer que ces problèmes ne datent pas de la crise sanitaire...

 

Toujours est-il que les salariés qui y travaillent vont pour certains perdre définitivement leur emploi et qu'il faudra du temps pour les reconvertir dans les rares secteurs qui embaucheront (santé, informatique, sécurité...). Ce d'autant plus que les systèmes de formation - en France notamment - sont parfois loin d'être dimensionnés et efficaces face à l'ampleur de la tâche. Autrement dit, pour parler comme Alfred Sauvy, le "déversement" d'un secteur à l'autre n'est pas assuré.

 

Quant à la qualité des emplois, elle semble avoir tout simplement été sacrifiée sur l'autel de la flexisécurité, alors même qu'il est évident qu'un emploi perdu n'est jamais simplement l'équivalent d'un emploi retrouvé, quand bien même il offre des conditions matérielles de subsistance similaires. Certains métiers font la fierté de ceux qui les exercent et ils ne peuvent être remplacés par d'autres emplois alimentaires sans conduire à la perte d'un savoir-faire et d'une logique de l'honneur au travail dont parlait Philippe d'Iribarne. Et je ne parle même pas du développement de l'emploi non-salarié comme substitut à l'introuvable emploi salarié, avec tout ce qu'il charrie de conditions d'exercice précaires...  

 

Des salaires comprimés

 

À force d'évoquer dans les médias les rémunérations des stars du ballon rond ou du show-biz, l'on finirait par oublier que l'échelle des salaires des travailleurs ne compte pas autant de chiffres. Pour s'en convaincre, voici la distribution des salaires en France :

 

 

 [ Source : INSEE ]

 

Et ci-dessous une comparaison internationale :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Et la crise aura bon dos lorsqu'il va s'agir de négocier des baisses plus ou moins temporaires de rémunération, dans le cadre notamment (en France) des accords de performance collective, qui remplacent et fusionnent les accords de maintien dans l'emploi (AME), les accords de préservation ou développement de l'emploi (APDE) et les accords de mobilité interne (AMI). Seulement voilà : les salaires constituent aussi l'un des moteurs de la demande.

 

Autrement dit, la demande des ménages est affaiblie afin d'augmenter la compétitivité des entreprises, dans l'espoir qu'elles fassent des profits et subséquemment se remettent à investir. Si le pari est gagnant, cela devrait déboucher sur une hausse de la productivité et la création d'emplois de meilleure qualité, donc mieux rémunérés. Mais comment dire, j'ai peine à croire à un tel schéma qui conduit les ménages à s'appauvrir et à s'endetter, d'autant que le MEDEF nous a déjà fait le coup du million d'emplois avec le CICE...

 

Patrimoine et salaires

 

Tout le monde se souvient de cette harangue de François Guizot : "Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne" ! Certes, mais plutôt par l'épargne (patrimoine) que par le travail si l'on en juge par le graphique ci-dessous :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et le moins que l'on puisse dire est que la crise actuelle conduira à n'en pas douter à une accélération de ce phénomène, les prix de l'immobilier et de certains actifs financiers étant tirés vers les cimes par la politique monétaire ultra-expansionniste des Banques centrales. Or, les inégalités sont de moins en moins supportées dans nos sociétés...

 

En définitive, il faut être un grand optimiste ou un grand menteur, pour affirmer dans ces conditions que la dynamique sociale est orientée vers le meilleur. Et encore, nous n'avons abordé ici que quelques points pour éviter d'alourdir ce billet. Gare alors à la dynamite sociale qui guette et qui ferait passer les gilets jaunes pour un simple mouvement de contestation !

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article des Échos.

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 12:30

 

 

Depuis 10 ans, j'assure avec plaisir la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs de l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach. L'UPT propose en effet, en partenariat avec la mairie de Forbach, la CAFPF et la politique de la ville, une aide aux devoirs pour les collégiens et les lycéens de la communauté d'agglomération Forbach Porte de France (CAFPF) pour seulement 10 € par an !

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Fort du succès rencontré l'année passée, l'aide aux devoirs est renouvelée pour l'année scolaire 2020/2021. Notre équipe est constituée de professeurs expérimentés, qui ont à cœur de partager leurs savoirs dans un cadre non scolaire propice à l’étude. Les séances débuteront le mercredi 30 septembre (il reste encore quelques places...) et auront lieu dans la salle Bruxelles du Burghof, chaque semaine, les mercredis et vendredis de 17h à 19h (accueil des élèves jusqu'à 17h30 maximum, aucun départ avant 19h). En tout état de cause, les élèves doivent impérativement venir avec du travail pour toute la séance et avoir un comportement sérieux, sous peine d'être exclus.

 

En raison des conditions sanitaires, le port du masque sera obligatoire durant toute la séance et les élèves qui présentent des symptômes grippaux (écoulement nasal, toux, rhume, fièvre...) ne pourront pas être acceptés en cours.

 

Pour s'inscrire, il suffit de se présenter au bureau de l’UPT situé au Burghof, muni impérativement d’une photo d’identité récente, de remplir une fiche de renseignements (disponible à cette adresse) et de signer le règlement intérieur (disponible ici).

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach (UPT)

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation. Les chefs d'établissements de Forbach ont d'ailleurs été destinataires d'un courrier les informant des tenants et aboutissants de cette aide aux devoirs, qu'ils connaissent bien à présent.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 18:06

 

Après les différents plans de soutien sectoriels et les mesures d'urgence, le gouvernement s'est enfin décidé à annoncer les détails d'un plan de relance global attendu depuis longtemps et reporté une première fois le 25 août. Mais au fond, que faut-il espérer des 100 milliards d'euros qui seront injectés dans l'économie ? S'agit-il enfin d'imaginer les contours d'un nouveau monde en phase avec les priorités sociales, écologiques et économiques, tout en s'en donnant les moyens ? Rien n'est moins sûr...

 

100 milliards d'euros

 

Après près de deux mois de confinement strict, le recul de l’activité et de la consommation des ménages en France était de l'ordre de 35 % ! Face au désastre économique et social à venir, le gouvernement n'eut guère d'autre choix que d'annoncer des mesures d’urgence en faveur des entreprises : délais pour les échéances sociales et fiscales, report du paiement des loyers et factures, fonds de solidarité, prêt garanti par l’État, rééchelonnement des crédits bancaires, plan de soutien aux entreprises françaises exportatrices, chômage partiel... Puis vinrent les plans d’aide sectoriels (tourisme, aéronautique, commerce, livre, automobile, entreprises technologiques, BTP...) à plusieurs milliards d'euros, qui laissèrent tout de même le sentiment d'une absence de vision globale.

 

Il ne restait plus au gouvernement qu'à annoncer un plan global de relance, certes après changement du maestro adjoint. C'est ce que vient de faire le Premier ministre, Jean Castex, en évoquant 100 milliards d'euros soit quatre fois plus que lors de la crise de 2008 :

 

 

[ Source : France bleu ]

 

Et voici la version petit dessin d'illustration, tel qu'on le trouve sur le site du gouvernement :

 

 

[ Source : https://www.gouvernement.fr/france-relance ]

 

Objectif du plan ? Laissons la parole au gouvernement : "Sans nouvelles mesures, la France sortirait de la crise fin 2021 avec un écart de richesse par rapport à 2019 de 4 points de pourcentage de PIB, soit 100 Md€ de richesse manquante. L’ambition du plan de relance est de combler cet écart pour retrouver dans deux ans la richesse d’avant-crise".

 

De l'argent magique ?

 

En ces temps où les Banques centrales sont capables d'injecter des centaines de milliards d'euros ou de dollars sur les marchés en une seule nuit pour sauver le système financier, il est légitime de se demander d'où viennent ces 100 milliards d'euros. Jean Castex apporte la réponse lumineuse suivante : "Je veux rappeler ici de façon très solennelle que grâce à l’accord  historique  obtenu  par  le  président  de  la  République  avec  la  Chancelière,  nous bénéficierons d’un financement européen de ce plan de relance à hauteur de 40 milliards d’euros. Sur tous les projets dans les territoires, que ce plan va financer, l’Europe sera présente à hauteur de 40 %. Nous avons par ailleurs fait le choix d’une relance fondée sur des dépenses non pérennes,qui représentent 80 % du plan".

 

Bref, en cherchant à démêler tout cela, on en déduit que 20 milliards proviennent de fonds existants et 80 milliards sont à trouver dont 40 milliards récupérés des fonds européens. Le tout sans hausse d'impôts d'après l'engagement du Premier ministre. Il reste donc la dette publique, qui n'est pas un problème en ce moment au vu des très faibles taux d'intérêt et de la vaste entreprise de monétisation des dettes publiques mise en œuvre par la BCE (achat des titres de dette publique aux investisseurs contre de la monnaie créée par la Banque centrale européenne). Mais à l'arrivée, je parie que l'on verra refleurir une communication gouvernementale destinée à vendre aux Français des politiques économiques zombies du type augmenter le temps de travail, baisser les dépenses publiques pourtant très importantes en temps de crise, etc.

 

Cohésion, compétitivité et écologie au menu

 

Ce plan de relance est constitué de trois volets : la cohésion sociale et territoriale (35 milliards d'euros), la compétitivité (35 milliards d'euros) et l'écologie (30 milliards d'euros). Le premier volet s'appuie sur le constat que "pour éviter la hausse des inégalités en France en raison de l’impact économique de la crise, la relance doit aussi être une relance sociale et territoriale". Il est vrai qu'ainsi présenté, l'on finirait même par oublier que l'ouverture des inégalités ne date pas de la crise du covid-19. Pour assurer la cohésion sociale, il est donc prévu entre autres :

 

  • un Ségur de la santé,
  • un accompagnement vers l’emploi notamment pour les jeunes et les handicapés,
  • la poursuite des dispositifs d’activité partielle et de formation durant ces périodes d'activité partielle,
  • un soutien aux personnes précaires (majoration de l’allocation de rentrée scolaire, hébergement d’urgence, plan de soutien aux associations de lutte contre la pauvreté),
  • des aides à la cohésion territoriale (relance de la banque des territoires, soutien aux collectivités tellement méprisées au début du mandat...)

 

Le volet compétitivité, à la manière dont il a été présenté, prouve qu'il est l'objectif principal du gouvernement, ne serait-ce qu'en raison des termes choisis : "favoriser le développement d’activité à forte valeur ajoutée en France", "rendre notre économie plus compétitive", "indépendance technologique", etc. D'où les annonces suivantes parmi d'autres :

 

  • la baisse des impôts de production pour 20 milliards d'euros, réclamée à cor et à cri par le patronat depuis une décennie,
  • le renforcement des fonds propres des entreprises,
  • l’investissement dans le numérique et la santé,
  • le soutien à la culture,
  • le renforcement du soutien à la recherche,
  • la formation.

 

Et pour montrer qu'il a tout de même pris un peu la mesure de la crise écologique, malgré les récentes palinodies sur les pesticides, 30 milliards d'euros sont prévus pour accompagner la transition écologique, avec pour objectif de rendre l’économie française plus économe des ressources naturelles et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. D'où les mesures suivantes notamment :

 

  • la rénovation thermique des bâtiments,
  • l’aide à la décarbonation de l’industrie,
  • un bonus écologique,
  • une prime à la conversion pour l’achat d’un véhicule propre,
  • le développement des transports en commun,
  • la transformation du secteur agricole,
  • la recherche et l’innovation pour le développement de technologies vertes (filière hydrogène, matériaux recyclés...).

 

Ces mesures seront déclinées progressivement jusqu'en 2022, avec un suivi effectué par un comité de pilotage, ce qui ne manque pas de susciter quelques interrogations sur la nature de ce plan : est-ce un plan de relance à court terme ou un plan d'investissements structurels ? Avec seulement 30 % des 100 milliards engagés en 2021, la partie conjoncturelle est donc loin d'être majoritaire dans ce plan réputé être de relance à court terme. Mais les mots ont-ils encore un sens ?

 

Une politique de l'offre pour soutenir la croissance

 

En tout état de cause, les mesures annoncées dans ce plan de relance ne laissent planer aucun doute sur le type de politique économique suivi par le gouvernement : l'essentiel est du côté de l'offre, afin que "la France retrouve dès 2022 le niveau de richesse d'avant crise". La mobilisation de l'épargne forcée des ménages et plus généralement la demande n'auront finalement pas été la principale motivation de ce plan, contrairement à l'Allemagne et au Royaume-Uni qui n'ont pas hésité à baisser la TVA, de manière ciblée pour le second.

Bref, retour à la case croissance... Et encore, le Premier ministre n'ose guère s'aventurer à jouer les augures et préfère se rabattre sur un objectif de création d'emplois en 2021, dont on sait qu'il n'a aucune portée réelle s'il n'est accompagné d'objectifs qualitatifs concernant le travail :

Notons que la crise aura servi d'effet d'aubaine pour certaines vieilles revendications des entreprises, comme la baisse des impôts de production pour 20 milliards d'euros en 2021 et 2022, réclamée à cor et à cri par le patronat depuis une décennie. Dans le détail, la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) les taxes foncières (CFE et TFPB) seront divisées par deux. Et tout cela sans contrepartie autre qu'une incitation à recruter des jeunes et des apprentis. Quant à croire qu'un milliard d'euros serviront à relocaliser massivement des industries en France, cela relève du domaine de l'incantation, ce que tend à prouver l'emploi de l'expression "souveraineté économique" par des gens qui font tout pour la perdre...

 

Autrement dit, pendant que certains se payent de mots d'autres se payent de promesses ! Les syndicats l'ont bien compris et même la CFDT, après avoir fait remarquer que ce plan donnait de très grandes marges de manœuvre aux entreprises, se demande désormais comment l'on peut s'assurer que ces fonds seront bien utilisés pour sauvegarder et créer des emplois de qualité... Pourtant, c'est peu dire que le travail a été ravagé par la perte de sens et de qualité ses trente dernières années !

 

Même BFM ne s'est pas trompée sur l'objectif de ce plan :

 

 

On se demande du reste quelle mouche a piqué le Premier ministre pour qu'il se sente obligé d'affirmer que "ce plan est un cadeau à la France pour relancer l'économie et lutter contre le chômage". La compréhension de cette phrase mériterait une analyse freudienne tant elle confond allègrement nation et État.

 

En définitive, ce plan servira avant tout à renouer au plus vite avec le monde d'avant, ce dont le gouvernement ne fait d'ailleurs pas grand secret. C'est bien la preuve que l'imaginaire des dirigeants économiques et politiques - trop souvent interchangeables - est encore colonisé par une idéologie néolibérale mortifère !

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