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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 10:16

ancienne television

Le jour de mon passage sur le plateau de l'émission 13 avec vous de France 3 Lorraine, où j'ai pu répondre à quelques questions des internautes sur les agences de notation, je suis également allé au journal de la chaîne locale Mosaïk.

 

12 minutes pour répondre à plusieurs questions sur la perte du triple A et les conséquences possibles, avec en prime un petit lapsus lorsque je dis Madame Sarkozy en lieu et place de Madame Merkel, trop habitué à parler de "Merkozy" lorsque j'ironise sur la situation actuelle au sein de la zone euro !

 

Mosaikaaa.jpg

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo ]

 

Il est vrai que la politique impulsée par le couple Sarkozy-Merkel (si tant est que l'on puisse qualifier ainsi la multiplication des sommets-de-la-dernière-chance) nous amène tout droit vers le précipice, puisqu'elle ne cherche pas à rompre avec l'idéologie qui nous a amenés à la crise. Même le ministre des affaires étrangères du Luxembourg l'a compris... et le dit en des termes peu diplomatiques dans cet article, qui fait suite à sa lettre ouverte du mois de novembre ! Le résultat est sans appel : dans ses Perspectives économiques mondiales, le FMI prévoit une croissance mondiale de 3,3 % en 2012, alors que la zone euro sera la seule région du monde en récession !

 

Sur ces entrefaites, certains parlent déjà d'accalmie voire de fin de crise car la perte du triple A de la France n'a pas coulé les marchés financiers. Est-ce réellement un bon indicateur alors que les tractations sur la réduction de la dette en Grèce patinent et que le pays s'achemine vers un énième plan de rigueur ? Quant aux problèmes fondamentaux de la zone euro, faut-il rappeler que le Mécanisme européen de stabilité (MES) n'est toujours pas prêt et que le futur traité à 26, s'il est adopté un jour, ne sera qu'un vaste plan de rigueur européen ?

 

Enfin, et c'est probablement le plus important, l'Organisation internationale du travail (OIT) rappelle que le chômage a désormais tendance à se répandre à grande vitesse dans les pays développés et pire encore que "les capacités de l'économie mondiale à créer de nouveaux emplois ont nettement baissé" !


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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 09:44

ancienne television

 

Suite à la publication de mon billet sur la perte du triple A, j'ai été invité sur le plateau de l'émission 13 avec vous de France 3 Lorraine. J'ai ainsi pu, pendant quelques minutes, répondre aux questions des internautes sur les agences de notation et les conséquences d'une dégradation de la note souveraine d'un État. La vidéo est consultable gratuitement en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

France-3-17-janvier-2012.jpg

 

 

A noter que "agence de notation" est une entrée de mon dictionnaire révolté d'économie (cliquer sur l'image pour agrandir) :

 

entrée agences

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 12:10

AAA2.jpg

 

Cette fois les jeux sont faits : la France vient officiellement de perdre sa notation AAA auprès de Standard and Poor's, note qu'elle avait depuis 1975... année depuis laquelle l'État n'a plus voté un seul budget à l’équilibre ! Celle-ci a été abaissée d'un cran, à AA+, avec perspective négative, ce qui laisse envisager une nouvelle dégradation dans les mois à venir... Dans la foulée, l'agence de notation a également soufflé le chaud et surtout le froid en abaissant de deux crans les notes de l'Espagne (A avec perspective négative), de l'Italie (BBB+), du Portugal (BB), de Chypre (BB+), et d'un cran les notes de l'Autriche (AA+), de la Slovénie (A), de la Slovaquie (A+), et de Malte (A-).

 

Seules sont préservées les notes de l'Allemagne (AAA avec perspective stable) et de la Finlande (AAA sous perspective négative). Bref, ce fut l'hécatombe des notations au sein de l'Union européenne ! A l'échelle mondiale, il ne reste désormais plus que 16 États notés AAA sur les 127 suivis par Standard and Poor's. Parmi les heureux notés, on trouve : Singapour, le Canada, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suisse, le Danemark, la Suède, l'Australie, l'Ile de Man, Guernesey, Hongkong, le Liechtenstein, le Luxembourg, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande.

 

Un décryptage de la situation s'impose.

 

Qu'est-ce qu'une agence de notation ?

 

Ce sont des sociétés privées dont le métier consiste à apprécier le risque de solvabilité financière d'une entreprise ou d'un État, en donnant une note à la dette émise par ces agents économiques. Plus la note est basse, plus le coût de la dette (les taux d'intérêt) est en général élevé. Standard and Poor's, Moody's et Fitch sont les 3 principales agences de notation et se partagent près de 90 % du marché mondial de la notation.  

 

Peut-on faire confiance aux agence de notation pour noter un État ?

 

Le gros problème de ces agences de notation c'est qu'elles sont privées, c'est-à-dire qu'elles se font payer par exemple par l'entreprise à qui elles doivent donner une note : il y a donc là confusion des genres et même conflit d'intérêt possibles... comme en témoignent les notes AAA qu'elles ont accordées à des produits financiers toxiques et aux subprimes !


Mais dans le cas de quelques grands États dont la France, l'Italie, l'Allemagne, le Royaume-Uni ou les États-Unis, la notation est déclarée "non sollicitée", car le gouvernement ne paye pas pour obtenir ces notes. Néanmoins, le résultat reste le même : chaque variation de la note provoque d'innombrables dégâts sur les marchés financiers, qui se répercutent ensuite tout au long de la chaîne économique de décision pour aboutir à des dégâts politiques et sociaux (plans d'austérité...).

 

Mais surtout, un État n'est pas une entreprise qui pourrait faire faillite ! Bien au contraire, l'État reste une entité souveraine et ne peut donc pas être mis en liquidation judiciaire. De plus, que peut-on attendre de ce système de notation qui, en janvier 2009, dégradait la note de la dette publique portugaise tout en créditant General Electric de la meilleure note AAA ? Cela signifiait aux marchés financiers que General Electric était sans risque à cette époque... mais que le Portugal était un débiteur moins sûr qu'une entreprise privée ! Actuellement, Microsoft et Exxon Mobil sont même mieux notés que l'État américain lui-même...

 

Pourquoi la note semble-t-elle si importante ?

 

A priori, la note des agences de notation étant censée refléter la solvabilité de l'État, plus la note est basse, plus le coût de la dette (les taux d'intérêt) est en général élevé.

 

De plus, une note basse ne permet que très peu de diversifier les sources de fonds (banques, fonds de pension, assureurs, etc.), car certains d'entre-eux n'ont pas le droit légalement d'investir dans des produits financiers mal notés. Ainsi, la perte du triple A peut provoquer en plus hausse des taux d'intérêt à servir sur la dette, une fuite des investisseurs les plus stables comme les fonds de pension.

 

Enfin, le pire est certainement que les réglementations financières et prudentielles ont intégré ces notes dans leurs divers codes, conduisant par exemple la Banque centrale européenne à n'accepter en garantie que des titres ayant une certaine note auprès de Standard and Poor's...

 

Au final, une dégradation de note aura des conséquences sur l'ensemble du système financier, ce qui peut donc en faire un risque systémique !

 

Pourquoi Standard and Poor's a-t-elle dégradé les notes ?

 

Standard & Poor's, dans son communiqué officiel, précise qu'elle a dégradé la note de la France en raison "de l'aggravation des problèmes politiques, financiers et monétaires dans la zone euro à laquelle la France est étroitement liée". Puis elle décerne quelques bons points à notre économie en écrivant que la France continue de "refléter son économie saine, diversifiée et solide dont la main-d'oeuvre est hautement qualifiée et productive", avant de souligner l'endettement public élevé et les rigidités du marché du travail dont on se demande bien avec quelle légitimité elle peut en parler.

 

En ce qui concerne la zone euro, l'agence de notation juge avec sévérité le nouvel accord budgétaire visant à renforcer la discipline au sein de la zone euro, considérant qu'il ne s'agit pas d'une réponse adaptée à la crise que connaît la zone. Pour le dire autrement, Standard and Poor's ne fait pas confiance au tandem Sarkozy-Merkel et ne croît pas à la règle d'or que l'Allemagne souhaite imposer à tous ses partenaires européens.   

 

La fin du triple A va-t-elle conduire à la catastrophe financière en France ?

 

Tout d'abord, plus personne n'était dupe que la France avait déjà perdu son triple A dans les faits, au vu notamment du différentiel de taux (appelé spread dans le jargon) qui existe entre les taux allemands et français. C'est au reste ce que je confirmais au journaliste de TV8 qui m'interrogeait à ce sujet au mois de décembre. 

 

De plus, il faut se souvenir du cas des États-Unis, où la dégradation de la note par Standard & Poor's, de AAA à AA + avec une perspective négative, fut loin de provoquer le cataclysme tant redouté... tout simplement parce que d'une part les marchés l'avaient anticipée et d'autre part les bons du Trésor américain restent très prisés des investisseurs (où voulez-vous que les excédents soient investis ?).

 

Mais qu'en sera-t-il pour la France, sachant qu'en 2012 il lui faudra emprunter 178 milliards d’euros sur les marchés financiers dans le cadre du refinancement de sa dette et de son déficit public ? Les taux d'intérêt sont restés pour l'instant très bas, avec un taux moyen historiquement bas en 2011 de 2,8 %... Mais il faudra certainement s'attendre à une hausse lors des prochaines adjudications d'OAT, ce qui pourrait déboucher sur une dégradation des conditions de crédit offertes par les banques à leurs clients, les prêts immobiliers étant par exemple tributaires des taux longs des OAT.

 

Mais surtout, si l'État français voit sa note dégradée, tous les agents subsouverains, terme jargonneux qui désigne tous ceux qui bénéficient de la garantie implicite de l’Etat, verront leur situation à l'emprunt se dégrader potentiellement. Il en va ainsi des collectivités territoriales, de la Caisse des dépôts et consignations, de l'Unedic, etc. Plus grave encore (sic !), le Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui est censé sauver les États en difficulté au sein de la zone euro en empruntant (grâce à la garantie apportée par la France, le Luxembourg, l'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas et la Finlande) des fonds sur les marchés pour les leur reverser, risque également de perdre la note AAA, après cette dégradation de la France et de l’Autriche. Mais grand prince, Standard and Poor's a déclaré que le FESF pourrait conserver sa note AAA si l'Allemagne et les trois autres États notés AAA augmentaient leur soutien financier, condition qui a une probabilité d'occurence à court terme aussi élevée que la création d'eurobonds...  

 

Que peut-on faire pour réduire le poids des agences de notation ?

 

Tous les États ont affirmé vouloir réduire l'influence des agences de notation, Bruxelles ayant même cherché à créer - sans succès - plus de concurrence entre elles afin de diminuer la probabilité d’une dégradation de la note d'un État. La Commission européenne avait également souhaité - sans succès - suspendre la notation d’un pays aidé par la troïka (FMI, BCE et Union européenne) pour ne pas le déstabiliser davantage. Enfin, la proposition de Michel Barnier de créer une agence de notation publique au sein de l'Union européenne a été loin de faire l'unanimité et fut passée à la trappe aussi rapidement qu'elle émergea.


 

En définitive, l'Europe est à mon sens victime de son idéologie ultralibérale, qui se traduit dans les traités et en particulier dans le récent accord conclu sans le Royaume-Uni. Dorénavant, ce non-événement économique de la perte du triple A restera dans les annales de l'économie comme la preuve qu'une politique économique basée uniquement sur le maintien d'une note conduit à des catastrophes sociales (austérité, grèves, manifestations, mouvement des indignés, etc.) et dessert au final la souveraineté politique !

 

Quant à François Fillon, son discours où il s'évertue à expliquer que  "c'est une alerte qui ne doit pas être dramatisée, pas plus que sous-estimée", il faudrait lui rappeler que c'est pourtant son gouvernement qui n'a cessé de faire de l'austérité (réforme des retraites, règle d'or, plans de rigueur, TVA sociale, ...) dans le but avoué de conserver le triple A :

 

 


Sarkozy explique l'importance du triple A par lefigaro

 

 

N.B : l'image de ce billet provient du site de la RTBF 


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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 10:45

 

moneyfly.jpg

 

Après l'évocation d'une TVA sociale, Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il souhaitait mettre en place une taxe sur les transactions financières, quitte à faire cavalier seul si les autres États membres de l'Union européenne ne le suivaient pas. Cette déclaration n'a bien entendu pas manqué de provoquer des réactions sinon virulentes au moins crispées. Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité des marchés financiers (le gendarme de la Bourse qui n'a pas vu venir la crise...) considère, quant à lui, qu'il s'agit d'une " bonne idée sur le fond, et en premier lieu d'un point de vue moral".

 

Tobin.jpg

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo ]

 

 

Pour l'anecdote, souvenez-vous de ce débat télévisé en 1999, où un certain Nicolas Sarkozy considérait une telle taxe sur les transactions financière comme une "absurdité" :

 

Tobin2.jpg

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo ]


Que faut-il donc en penser ? Décryptage !

 

De quoi s'agit-il ?

 

En 1972, un économiste américain nommé James Tobin (prix Nobel d'économie en 1981) proposait de taxer les transactions financières à hauteur de 0,05 % (maximum 0,2 %) par mouvement financier, dans le but de lutter contre la spéculation. Il préconisait que les fonds récoltés par les Banques centrales grâce à cette taxe soient redistribués aux pays du tiers monde pour assurer leur développement. Mais ne faisons pas de contresens, James Tobin s'est toujours déclaré favorable au libre-échange et n'a jamais été un altermondialiste, comme il l'a dit lui-même dans une interview donnée à Spiegel en 2001.

 

Depuis, la taxe Tobin a surtout fait parler d'elle avec la création de l'Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne, ATTAC, qui milite pour sa création.

 

Quel est le principe de cette taxe ?

 

L'idée est qu'une taxe bien calibrée sur les transactions financières internationales pourrait "jeter quelques grains de sable dans les rouages de la finance internationale", selon les propres mots de James Tobin. En clair, on espère que cette taxe limitera les mouvements spéculatifs et donc stabilisera le système financier dans son ensemble. Pour mémoire, il s'échange chaque jour plus de 4 000 milliards de dollars sur le marché des changes et le marché des produits dérivés à explosé depuis une décennie !

 

En 2011, suite à une proposition faite lors d'un G20, la Commission européenne avance le projet d'une taxe sur les transactions financières, qui s’appliquerait à partir de 2014 et servirait essentiellement à alimenter le futur budget de l’Union européenne. Les actions et des obligations seraient taxées à 0,1 %, tandis que les produits dérivés le seraient à 0,01 %. Cette taxation devrait ainsi rapporter environ 50 milliards d'euros par an, qui abonderait soit le budget européen, soit le fonds de stabilité financière (FESF). Peut-être restera-t-il un petit epsilon pour l'aide au développement... Mais cette taxe pourrait aussi lutter efficacement contre le trading à haute fréquence, qui représente aujourd'hui plus de la moitié des transactions financières et qui crée de l'instabilité sur les marchés financiers.

 

Quelles seront les difficultés rencontrées pour mettre en place une telle taxe ?

 

Premièrement, comme la plupart des transactions financières passent par une banque, il y a fort à parier que les frais bancaires augmenteront, les banques s'arrangeant pour en faire payer une partie à leurs clients.

 

De plus, si le taux de la taxe est trop élevé, elle risque alors de décourager les investissements productifs à l'étranger puisque les actions et obligations sont également concernées. Il s'agit donc de bien calibrer celle-ci afin qu'elle ne limite que les transactions effectuées à court terme par les spéculateurs. Il ne s'agit donc pas non plus de rétablir l'impôt de bourse qu'on a connu jusqu'en 2008, et qui ne touchait que les actions pour faire simple. Cela ne correspond pas à l'esprit de la taxe Tobin qui préconisait de taxer toutes les transactions financières internationales. Or, il ne sera pas facile de taxer les transactions sur produits dérivés effectuées de gré à gré et qui échappent donc souvent à toute traçabilité.

 

Bien entendu, le principal problème évoqué est celui de la coordination internationale. Même si je ne nie pas l'effet d'entraînement possible si la France appliquait seule cette taxe, il ne faut perdre de vue que les pays qui ne l'appliqueront pas se feront un plaisir d'accueillir les capitaux spéculatifs du marché des changes et des produits dérivés. On se souvient du précédent de la Suède, qui avait mis en place une telle taxe en 1984 et qui avait dû faire face à une fuite des capitaux vers Londres et New York. Il est donc indispensable que cette taxe s'applique au moins aux grands pays de l'Union européenne sur tous les marchés de capitaux (changes, dérivés,...), ce qui pourrait avoir raison des réticences qu'ont les États-Unis et la Chine.

 

Enfin, par construction, si la taxe Tobin fonctionnait de manière efficace, elle découragerait suffisamment  les mouvements spéculatifs pour que son produit soit nul et ne puisse plus dès lors servir l'objectif qu'on s'était fixé (abondement du budget européen, aide au développement, etc.).


 

En définitive, je suis clairement pour une telle taxation qui est à mon sens légitime, mais celle-ci ne pourra atteindre ses objectifs qu'à la condition d'être appliquée par plusieurs grands pays qui se coordonneront. Or, au vu du nombre de sommets-européens-de-la-dernière-chance qui n'ont servi à rien, on peut douter de la capacité des Européens à s'entendre sur un programme commun à court terme...


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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 14:10

 

tva1.jpg

 

L'idée d'une TVA sociale avait fait du bruit dans le Landerneau politique en 2007, avant d'être très vite abandonnée suite à son effet supposé sur les résultats des élections législatives. Aujourd'hui, elle revient en force avec cette annonce du Président de la République lors de ses voeux pour 2012 : "le financement de la protection sociale ne peut plus reposer principalement sur le travail, si facilement délocalisable. Il faut alléger la pression sur le travail et faire contribuer financièrement les importations qui font concurrence à nos produits avec de la main-d'oeuvre à bon marché". Parée désormais de toutes les vertus, la TVA sociale serait-elle LA réponse efficace à la perte de compétitivité des entreprises françaises ? Rien n'est moins sûr comme nous allons le voir et comme je l'avais écrit à l'entrée TVA sociale de mon dictionnaire révolté d'économie...

 

De quoi s'agit-il ?

 

La TVA sociale consiste à basculer sur la TVA une partie des cotisations sociales patronales, de sorte que la TVA augmenterait et le coût du travail baisserait. Ce mécanisme, qui s'apparente juste à un autre mode de financement de la Sécurité sociale, ne change a priori rien pour les finances publiques. Mais tout l'intérêt de ce dispositif résiderait théoriquement dans le gain de compétitivité que pourrait en tirer les entreprises françaises : en effet, le prix hors taxe (HT) des produits fabriqués en France baisserait à la faveur de la diminution des charges patronales, tandis que les produits venant de l'étranger subiraient la hausse de la TVA sans bénéficier de la baisse des cotisations sociales.

 

En d'autres termes, les entreprises françaises vendraient leurs produits en France au même prix, puisque la hausse de TVA pourrait compenser la baisse des cotisations sociales, tandis que les produits importés se renchériraient . D'où l'appellation politique de TVA anti-délocalisation, capable de donner un avantage compétitif aux entreprises présentes sur le territoire français. Et les politiques de nous rappeler que c'est précisément ce qu'avait fait l'Allemagne en 2007, en augmentant de 3 points son taux de TVA en contrepartie d'une baisse promise des cotisations sociales.

 

Une arme anti-délocalisation ?

 

Qui peut encore raisonnablement penser que le coût du travail en France pourra un jour s'aligner sur celui de la Chine ? Ce dont les entreprises françaises ont besoin est surtout d'améliorer la compétitivité hors prix, et sur ce point une TVA sociale ne peut que jouer un rôle négatif sur les entreprises françaises qui risquent de se contenter de jouer sur la compétitivité prix.

 

La TVA sociale permettra-t-elle de résorber la balance commerciale ?

 

Le rôle joué par les préférences individuelles est dans ce cas prépondérant : si les Français veulent un produit importé, ils l'achèteront parce que la marque leur plaît, parce que la couleur est plus belle, parce que le design est grandiose, parce que c'est un bijou de technologie, etc. sans que la question du prix soit le critère décisif ! Ce n'est que sur certains produits, tout au plus, que l'on peut s'attendre à une baisse des importations. Cela dépend donc de ce qu'en économie on appelle l'élasticité-prix de la demande de produits importés.

 

Au final, l'effet de la TVA sociale ne se pas forcément très net macroéconomiquement...mais peut permettre de gagner des parts de marché au détriment de nos voisins européens, à l’image du jeu non coopératif (et totalement suicidaire pour la zone euro) pratiqué par l‘Allemagne et dont j'ai souvent parlé sur ce blog.

 

Enfin, il serait bon de se souvenir que nous sommes dans un système de changes flottants, ce qui implique que les effets positifs attendus d’une TVA sociale peuvent être très rapidement annulés par une simple fluctuation défavorable des taux de change : ainsi si l’euro s’apprécie face au dollar, les exportations françaises vers les États-Unis se renchériront, annulant l’avantage compétitif acquis grâce à la TVA sociale ! Tout ça pour ça pourrait-on être tenté de conclure...

 

Si la TVA augmente, les prix augmenteront-ils ?

 

Sur ce point aussi, rien n'est évident. Pour que le mécanisme économique de la TVA sociale fonctionne (basculer une partie des cotisations sociales patronales sur la TVA), il faut que les entreprises françaises répercutent la baisse des cotisations sociales sur leurs prix hors taxes. Or, sur ce point, la baisse de TVA dans la restauration a surtout prouvé que l'État était disposé à faire des cadeaux fiscaux aux corporations, puisque cela ne s'est traduit ni par les créations d'emplois espérés, ni par des baisses substantielles de prix sur la carte !

 

Si certaines entreprises décident en ces temps de crise de reconstituer leurs marges plutôt que de baisser leurs prix, le résultat sera inévitablement de l'inflation et une baisse du pouvoir d'achat, déjà bien malmené, ce qui aurait un impact non négligeable sur la croissance qui est tirée en France par la consommation ! Faut-il aussi rappeler que la TVA étant une taxe payée par tous les consommateurs au même taux, toute hausse touchera davantage les ménages les plus modestes qui dépensent une plus grande partie de leur revenu que les riches ? Peut-être inventera-t-on alors un bouclier fiscal pour les gens modestes...

 

 

En définitive, la TVA sociale (qu'elle s'appelle TVA travail, TVA anti-délocalisation, TVA compétitivité ou TVA superriendutout) n'est qu'une annonce politique faite par des politiques à court d'idées dans la lutte contre la crise et le chômage ! Quant à ceux qui seraient tentés de croire que le dispositif a donné satisfaction en Allemagne, ce document de Natixis montre que "la TVA sociale de 2007 a plus servi à rembourser la dette qu’à faire baisser les charges sociales. La baisse des coûts du travail hors salaire provient moins de celle des cotisations que de l’abandon pur et simple du modèle social allemand avec le développement de contrats de travail précaire cautionnés par l’Etat". Si même une banque le dit...

 

N.B : l'image de ce billet provient du site EcoInter View


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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 11:08

 

merrycrisis.jpg

 

Encore une année écoulée durant laquelle l'actualité économique fut riche en rebondissements ! J'avais tenté d'en rendre compte au travers des nombreux billets de mon blog. Souvenez-vous :

 

* janvier d'eau chiche fait le paysan riche. Certainement, mais la richesse semble avoir désormais d'autres origines que la terre. Ainsi, la direction du Trésor avait publié un panorama du patrimoine des ménages français à destination de quelques parlementaires. La conclusion était sans appel : le patrimoine des ménages français a doublé en 10 ans, essentiellement grâce à l'immobilier et aux placements financiers ! Cerise sur le gâteau : les 10 % des ménages les plus riches concentrent 25 % des revenus totaux et 48 % du patrimoine privé...

 

* en février, le plus court des mois, est de tous le pire à la fois. Je n'irais pas jusque là au vu de ce que les mois suivants nous ont réservé. Néanmoins, tandis que Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez publiaient leur livre pour une révolution fiscale, la France organisait son premier Gvain de l'année suite à sa prise de présidence du G20 le 12 novembre 2010 et du G8 le 1er janvier 2011. Résultat : néant un joli communiqué, plus proche de l'amphigouri que de la prose diplomatique, pour afficher une pseudo-unanimité entre les grands argentiers du monde... et moi je parlais de blanchiment de capitaux.

 

* ce que mars couve, on le sait après son trente et unième jour. C'est vrai, le mois d'avril fit parler de lui... Mais en mars, ce sont surtout les prix des carburants qui firent parler d'eux en suivant une tendance haussière qui affolait les ménages et les entreprises... et la BCE puisque Jean-Claude Trichet, gouvernator pas encore retraité, évoquait une possible remontée des taux directeurs de son institution parce que l'inflation avait dépassé depuis trois mois le seuil de 2 %. Depuis, son successeur s'est (r)avisé qu'il y avait une crise et qu'il valait certainement mieux les baisser... Et moi je parlais déjà du prétendu modèle économique vertueux allemand et je venais de publier les grands mécanismes de l'économie en clair, un petit livre de 160 pages qui présente de manière abordable, avec de nombreux exemples, schémas et graphiques, le fonctionnement de l’économie.

 

* en avril, ne te découvre pas d'un fil tant les euros vont devenir rares... En effet, l'État irlandais venait de ravir le titre de champion du renflouement public en Europe en déboursant 46 milliards d'euros pour sauver le secteur bancaire (près de 30 milliards d'euros rien que pour l'Anglo Irish Bank, qui a perdu 17,7 milliards d'euros en 2010) ! Sa dette publique a ainsi bondi de 64,8 % du PIB en 2009 à 100 % du PIB fin 2010, tandis que le déficit a littéralement explosé passant de 11,6 % du PIB en 2009 à 32 % en 2010 ! Pendant ce temps, la France était secouée par le populisme de la prime à 1 000 euros dont il ne reste aujourd'hui que quelques poussières... Et moi je parlais des conséquences des plans de rigueur suite notamment au marasme de l'économie portugaise.

 

* en mai, fais ce qu'il te plaît. C'est certainement pour cela que j'ai commencé la promotion de mon dictionnaire révolté d'économie, répété à l'envi que les plans de rigueur mèneront à la catastrophe, expliqué que les citoyens avaient été trompés par les théories néolibérales et que l'égalité devant l'impôt était un leurre, montré que les cotisations sociales ne pèsent pas sur les profits des entreprises.

 

* au mois de juin, quand les ânes se secouent l’oreille, c’est signe qu’il pleuvra à merveille. C'est surtout signe que la presse se passionnera pour la fuite au bac S, qui virera au psychodrame, alors que la question fondamentale de l'égalité des chances était à peine évoquée correctement... Au même moment, ECEH (Escherichia coli entérohémorragique) était en passe de devenir aussi célèbre que H1N1 l'année dernière, et prenait la forme d'une nouvelle hystérie collective. 

 

* soleil de juillet donne la fortune. Comme l'été n'a vraiment commencé qu'au mois d'août, on peut comprendre l'infortune connue au mois de juillet. Cela commence par la mascarade des "stress tests " auxquels l'Autorité bancaire européenne avait soumis les banques et qui concluaient que le système bancaire européen était en bonne santé... les deux mois qui suivront achèveront de nous convaincre de l'inconsistance de ces tests ! On poursuivit également avec un nouveau-sommet-de-la-dernière-chance pour sauver la Grèce. Enfin, en France, on croyait un peu trop vite que la crise était finie...

 

* s'il tonne en août, grande prospérité partout, mais des maladies beaucoup. Grande prospérité, pour certains qui peuvent bénéficier des niches fiscales oui, pour les autres assurément non puisqu'ils n'héritent que d'un plan de rigueur qui risque bien de faire beaucoup de "maladies" ! Selon les 6 000 pages du rapport de l'Inspection des finances, 470 niches fiscales et 68 niches sociales coûtent plus de 100 milliards d'euros par an aux finances publiques ! C'est pourquoi, je me suis fendu d'une tribune dans le quotidien Le Monde, où j'expliquais en quelques mots comment le financement de l'État par l'endettement sur les marchés avait déplacé le centre de gravité du pouvoir économique vers la finance, au détriment de la majorité des citoyens. La preuve en était donnée par l'Espagne qui se retrouvait alors en difficulté. Enfin, dans le gloubi-boulga des solutions envisageables pour sortir de la crise, je présentais le concept de démondialisation avancé par Jacques Sapir dans son excellent livre intitulé la démondialisation.

 

* en septembre si tu es prudent achète grains et vêtements. On ne peut mieux dire lorsqu'on pense à ce qui va arriver ensuite au sein de la zone euro... Pour ma part, je prenais mes nouvelles fonctions d'enseignant en économie et gestion à l'IUT de Moselle-est et donnais le coup d'envoi des deux cafés économiques que j'anime à l'Université Populaire de Sarreguemines depuis plusieurs années. Enfin, en partenariat avec la médiathèque de Forbach, je proposais la diffusion de debtocracy, un documentaire à contre-courant de la doxa officielle en économie et très proche dans l'esprit de mon dictionnaire révolté d'économie. Sur planète banque, la situation s'était largement dégradée durant l'été et l'on s'interrogeait sur l'avenir du système bancaire français pourtant longtemps présenté comme plus sûr que les autres...

 

* en octobre, qui n’a pas de manteau, doit en trouver un bientôt. Il est en effet conseillé de se couvrir lorsque Dexia s'effondre et appel à l'aide l'État, tandis que la zone euro sombre inévitablement toujours plus vite vers l'abîme... ce qui donne droit à un nouveau-sommet-de-la-dernière-chance sur fond de crise sociale aiguë puisque l'on voit apparaître des mouvements d'indignés qui refusent dorénavant les diktats néolibéraux. De mon côté, je reprenais à nouveau la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs créé par l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach pour les collégiens et les lycéens de la ville de Forbach.

 

* novembre est un bien mauvais mois pour les brebis tondues. De fait, le mouton a bien été tondu comme en témoigne le vague espoir de retour à la démocratie que laissait entrevoir le référendum voulu et saboté ensuite par le Premier ministre grec Papandréou. Bien entendu, sous d'autres latitudes, l'objectif de maintien de la note AAA continuait à être l'alpha et l'oméga de toute politique économique, notamment en France. Pour ma part, je m'étais lancé dans un véritable "road show" sur la crise de la zone euro... et à mon retour j'ai constaté que la zone euro allait toujours aussi mal et que nous allions avoir droit à un nouveau-sommet-de-la-dernière-chance, après un nouveau Gvain !

 

* en décembre froid, si la neige abonde, en une année féconde le laboureur a foi. Il faudra à mon avis avoir une grande foi en l'année 2012 pour l'espérer féconde, car nous venons d'entrer en récession dans le cadre d'un scénario de double dip, c'est-à-dire d'un retour en récession après une brève reprise (mais vraiment très brève pour la France...) ! Je montrais dans un billet que tandis que l'on parlait beaucoup des prochaines annonces que pourraient faire Nicolas Sarkozy et Angela Merkel dans le cadre d'un nouveau-sommet-de-la-dernière-chance, on en oubliait que les différents volets du plan de sauvetage du mois d'octobre n'avaient toujours pas été appliqués... et ce n'est pas   l'accord intergouvernemental - imposé par la France et l'Allemagne - engageant les 17 États-membres de la zone euro et quelques volontaires kamikazes qui apportera des solutions.

 

Tout le problème réside en effet dans le mauvais diagnostic fait par les dirigeants européens influencés par l'idéologie néolibérale. J'ai ainsi rédigé une tribune dans le quotiden Le Monde, où je démontre que des solutions existent, mais qu'aujourd'hui on semble croire que la seule échappatoire à la crise serait une réduction rapide de l'endettement public et la convergence des modèles économiques et sociaux des États de la zone euro vers celui de l'Allemagne. Enfin, la chaîne de télévision TV8 m'avait invité sur le plateau de son émission studio 8 pour parler de la crise de la zone euro et du prétendu modèle vertueux allemand.

 

Pour finir, je tiens à remercier tous mes lecteurs pour leur fidélité et vous présente, malgré la crise, mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année ! Merci pour vos commentaires, liens et encouragements qui me touchent...

 

 

 

 

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 10:53

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Lundi 19 décembre, la chaîne de télévision TV8 m'a invité sur le plateau de son émission studio 8 pour parler de la crise de la zone euro et du prétendu modèle vertueux allemand. Pour voir la vidéo de mon passage à TV8 (disponible gratuitement sur leur site pendant quelques jours), vous pouvez cliquer sur la photo ci-dessous qui est une capture d'écran :

 

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[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo ]

 

Le journaliste en a aussi profité pour annoncer la sortie de mon livre Comprendre la dette aux éditions Ellipses, que l'on voit en arrière-fond... Un livre qui, comme je l'expliquais déjà dans mon précédent billet, se propose de guider le lecteur dans les méandres de la dette d’un État, en proposant des définitions précises, présentées de manière abordable et illustrées d’exemples, de schémas et de graphiques (41 figures et 19 tableaux). 

 

Vous remarquerez que le journaliste se souvient des propos que je lui avais tenus au sujet de la croissance. En effet, lors de notre dernière rencontre, j'évoquais le risque d'un double dip, c'est-à-dire d'un retour en récession après une brève reprise (mais vraiment très brève pour la France...). Nous y sommes malheureusement, puisque l'INSEE anticipe une croissance de - 0,2% au quatrième trimestre puis - 0,1% au premier trimestre 2012. Sans surprise, la dernière note de conjoncture de l'Institut national de la statistique prévoit également une récession au sein de la zone euro, due pour l'essentiel aux mesures d'austérité concomitantes prises par les différents États membres. Et ce n'est pas le mini-bazooka dégainé par la BCE qui y changera quelque chose. Oubliez donc toutes les promesses sur le pouvoir d'achat et l'emploi pour 2012...

 

Pour finir, et malgré cela, je souhaite à tous mes lecteurs un joyeux Noël, avant mon billet pour nouvel an.

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 10:30

 

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Une petite vidéo circule depuis quelques temps sur le net, qui cherche à présenter, en 10 minutes, le principe de la création monétaire et le mécanisme de la dette publique :

 

 

Bien que je ne dénie pas à son auteur ni grandes qualités en infographie ni un certain sens de la pédagogie, il me faut tout de même relever et corriger un certains nombre d'imprécisions voire de fautes dans le raisonnement économique. Pour ce faire, suivons la diffusion de la vidéo, minutes après minutes.

 

Tout commence par une explication sur la création monétaire où il est rappelé, fort à propos, que la monnaie est créée par les Banques centrales mais aussi par les banques commerciales lorsqu'elles émettent des prêts. La comparaison avec la baignoire que l'on doit remplir de monnaie à partir des robinets Banque centrale et banques commerciales est assez intéressante, puisqu'elle montre qu'une mauvaise gestion de la création monétaire peut déboucher sur de l'inflation si le mécanisme s'emballe ou sur une récession dans le cas contraire.

 

L'auteur s'interroge ensuite sur l'utilisation de l'un ou de l'autre des deux robinets évoqués précédemment. Et c'est là que ça se gâte, puisqu'il déclare que depuis 1973 en France (et plus généralement maintenant, le traité de Lisbonne), les États n'ont plus le droit de faire appel à la Banque centrale et qu'il ne reste donc plus que les banques commerciales. Je ne disconviens pas du fait que le traité de Lisbonne, dans son article 123, nous prive scandaleusement du pouvoir régalien de battre monnaie, mais de la manière dont cela est présenté, on pourrait croire qu'avant le traité de Lisbonne les États se finançaient uniquement auprès de leur Banque centrale, ce qui est faux !

 

En effet, les historiens ont montré que les riches marchands et banquiers n'ont cessé de prêter aux États (même si cette notion est parfois vague à l'époque) depuis le XVe siècle... d'autant que la Banque de France ne fut créée qu'en 1800 (elle n'acquiert le monopole de l'émission des billets qu'en 1803) et la FED américaine en 1913 ! De plus, pour être précis, la Banque centrale fonctionne toujours et crée encore de la monnaie, mais elle est devenue indépendante - c'est là le problème ! - ce qui signifie qu'elle n'a plus le droit d’acheter des titres de dettes publiques. 

 

La vidéo évoque alors un prétendu pouvoir illimité de création monétaire des banques commerciales, avec pour seule contrainte éventuelle de disposer d’un certain montant de réserves fractionnaires, c’est-à-dire de monnaie banque centrale. Là, il y a clairement erreur puisque qu'aujourd'hui la création monétaire est pilotée par les Banques centrales non pas par les réserves fractionnaires, mais par les taux directeurs auxquels les banques commerciales peuvent se refinancer. Ainsi, si une Banque centrale souhaite limiter la création monétaire, elle augmentera son taux directeur, si bien que les banques commerciales se refinanceront plus chères et augmenteront en conséquence les taux des crédits proposés aux ménages et aux entreprises, ce qui limitera le volume de monnaie créé par les banques commerciales.

 

C'est ce qui explique tout l'enjeu des réunions de la BCE où les économistes attendent avec fébrilité de connaître l'évolution du principal taux directeur de la Banque centrale. Mario Draghi a ainsi récemment abaissé ce taux à 1 %, laissant apparaître, malgré lui, au grand jour la crainte d'une récession au sein de la zone euro, ce que je ne cesse de répéter par ailleurs !

 

La vidéo se poursuit alors en dénonçant le coût de l'eau de la baignoire, c'est-à-dire les intérêts cumulés de la dette. Cette présentation est doublement problématique : d'une part parce qu'on n'imagine pas un système de prêt sans intérêt (incitation quand tu nous tiens...), et d'autre part cela laisse entendre que les banques seraient les vraies gagnantes dans l'affaire. Or, même si je suis toujours prompt à dénoncer les abus et errements des banques - et de la finance en général -, j'ai souvent rappelé aussi sur mon blog que le vrai gagnant dans le mécanisme de l'endettement public est l'investisseur, pas l'intermédiaire (même si ce dernier peut faire ses choux gras au passage). Car n'oublions pas que si un Français achète un titre de la dette publique française, c'est avec l'argent des Français qu'on lui payera son coupon annuel...

 

La conclusion de la vidéo ne manque pas d'intérêt et rejoint nombre de mes remarques sur la question : recours à l'inflation pour réduire la dette (j'irai même plus loin en préconisant des taux d'inflation différents pour restaurer la compétitivité de certains pays), indépendance de la Banque centrale difficile à justifier démocratiquement, hypertrophie du système financier, etc. Lorsque l'auteur nous dit qu'il faut utiliser le robinet de la Banque centrale à bon escient pour limiter les intérêts, je réponds oui mais à condition d'avoir une discipline budgétaire lorsqu'un État n'est pas en crise. Sinon, gare à l'aléa moral... J'ai expliqué dans cet article et lors de mes nombreuses conférences, que les problèmes de la zone euro sont liés notamment au fait qu'il n'y a pas de transferts financiers possibles entre les États et que la BCE ne joue pas son rôle de prêteur en dernier ressort. L'endettement public n'est alors qu'un symptôme d'un mal plus profond !

 

 

Pour finir, si toutes ces questions liées à l'endettement public vous intéressent, alors pourquoi ne pas commander au Père Noël un exemplaire de mon dernier livre consacré à la dette et qui s'intitule Comprendre la dette ?.

 

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Ce livre se propose de guider le lecteur dans les méandres de la dette d’un État, en proposant des définitions précises, présentées de manière abordable et illustrées d’exemples, de schémas et de graphiques (41 figures et 19 tableaux). Les points les plus ardus sont amenés progressivement, et tout au long du texte des encadrés ont été insérés pour développer des points précis. Pour une plus grande lisibilité, les idées fortes d’un chapitre sont résumées dans un encart spécial dénommé « à retenir », faisant ainsi de ce livre un outil pratique que l’on peut consulter lorsque l’on cherche un point précis. Parmi les nombreux points traités, on peut citer les suivants :

 

 

     * Comment est construit le budget de l’État ?

 

     * Quelles différences y a-t-il entre dette publique, dette extérieure et dette totale ?

 

     * Quelles sont les théories qui rendent compte des effets de l’endettement public ?

 

     * L’endettement a-t-il toujours été utilisé dans l’histoire 

 

     * Comment les États font-ils face au service de la dette ?

 

     * Les États grec et irlandais sont-ils menacés de faillite ?

 

     * La dette publique est-elle un fardeau pour les générations futures ?


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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 13:55

 

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Un accord à minima semble se profiler au Conseil européen, qui ne répondra pourtant en rien à la crise actuelle que connaît l'Europe. En effet, il s'agira d'un accord intergouvernemental - imposé par la France et l'Allemagne - engageant les 17 États-membres de la zone euro et quelques volontaires kamikazes. La Grande-Bretagne ne désire au reste pas en faire partie afin de préserver la compétitivité de la City... Prévisible, mais ô combien hors sujet dans la crise actuelle, car la Grande-Bretagne n'a pas l'euro et a clairement fait comprendre qu'elle n'a aucune vocation à l'avoir !

 

Même si je suis tout à fait d'accord avec l'idée qu'il ne faut pas dispenser un État des règles qui s'imposent aux autres, je trouve tout de même que Nicolas Sarkozy oublie un peu vite le passé lorsqu'il affirme qu'il eût été inacceptable "d'exonerer le Royaume-Uni d'un certain nombre de réglementations sur les services financiers". Quelqu'un pourrait-il en effet lui rappeler les nombreuses concessions faites à Thatcher et à ses successeurs tant sur le plan politique, qu'économique et social ? Quant à l'envolée lyrique sur l'indispensable régulation financière, il me semble qu'on l'attend toujours tant sur le marché des CDS et des titres d'États, que sur les autres marchés financiers...

 

L'Allemagne a évidemment obtenu ce qu'elle voulait : le renforcement de la discipline budgétaire, qu'elle n'a pourtant cessé de bafouer avec la France depuis de nombreuses années (Cf. pacte de stabilité...). Il s'agit encore une fois du mauvais diagnostic (dette publique, quand tu nous tiens...), ce qui nous conduira toujours plus loin dans les mauvais remèdes et donc vers le précipice ! Désormais, on évoque des sanctions automatiques en cas de non respect des critères avec contentieux devant la Cour de justice ! Néanmoins, Valérie Pécresse a cru bon de déclarer "Je crois qu'on a vraiment très fortement renforcé l'euro, parce qu'il y a une solidarité de la zone euro qui s'exercera, parce que la BCE sera un outil très puissant de cette solidarité, parce que nous avons affirmé la volonté de tous les Etats d'aller vers la discipline budgétaire, vers la règle d'or, vers le redressement des finances publiques".

 

Alors là, on croit rêver ! Quelle solidarité peut-il bien y avoir au sein d'une zone où l'article 125 du TFUE (clause de no-bail out) condamne tout transfert budgétaire permettant de renflouer un État en difficulté ? Les termes du traité sont du reste sans ambiguïté aucune :

 

"L'Union ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d'autres organismes ou entreprises publics d'un État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d'un projet spécifique. Un État membre ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d'autres organismes ou entreprises publics d'un autre État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d'un projet spécifique".

 

La BCE est donc censé devenir un "outil très puissant de cette solidarité" ? Certes, la Banque centrale européenne (BCE) sera probablement chargée de gérer le FESF et le futur Mécanisme européen de stabilité (MES, qui aura une capacité de prêts de 500 milliards d'euros), mais elle n'assumera pas le rôle de prêteur en dernier ressort que l'on serait en droit d'attendre d'elle pour calmer la crise. Mario Draghi, son président, l'a clairement laissé entendre lorsqu'il a annoncé la baisse du principal taux directeur de l'institution à 1 % et une série de mesures pour assurer aux banques de la zone euro un accès aux liquidités qui font tant défaut actuellement.

 

Quant à ceux qui espéraient voir le FESF ou le futur MES endosser ce rôle à la place de la BCE, ils peuvent se réveiller de leur doux rêve. D'une part le FESF ne reste dispose plus guère que de 250 milliards en raison des sommes engagées pour le Portugal, l'Irlande et la Grèce, et l'utilisation d'un effet de levier qui permettrait de lever 1 000 milliards d'euros au moins s'est évanoui (on table plutôt sur une somme comprise entre 600 et 700 milliards d'euros). D'autre part, même si les dirigeants européens ont décidé d'avancer l'entrée en activité du MES d'un an, peut-on croire qu'un fonds doté de si peu de moyens pourra servir encore à quelque chose en juillet 2012 ? Surtout que l'Allemagne s'est opposée vigoureusement à l'idée de le doter d'une licence bancaire qui lui aurait permis d'avoir accès au guichet de la BCE... Quant aux eurobonds, ils ne font même plus partie des options lointaines envisageables... donc exit le fédéralisme à tout jamais !

 

Enfin, histoire de confirmer que la zone euro ne peut plus s'en sortir, il a été envisagé de renforcer les moyens... du Fonds monétaire international à hauteur de 200 milliards d'euros ! triste aveu d'échec : les dirigeants européens débattent encore et encore lors d'un énième sommet de la dernière chance, nous vendent encore plus d'austérité au moment où tout va déjà mal, et in fine on dote le FMI de 200 milliards d'euros supplémentaires pour venir en aide aux États en difficulté de la zone euro ?

 

Que l'on m'ôte d'un doute : à quoi servent encore les institutions de la zone euro ?

 

 

N.B1 : aux États-Unis, le Tea Party a déclaré qu'il était opposé à ce que les travailleurs américains paient pour renflouer les "bureaucrates européens qui prennent leur retraite à 50 ans avec tous leurs avantages sociaux". Qui se charge de leur rappeler qu'AIG a été renfloué par des Republicains avec de l'argent public et que cet argent à servi à dédommager des banques étrangères qui s'étaient assurées auprès d'AIG ?

 

N.B2 : pendant ce temps, la Grèce et le Portugal s'embourbent dans la récession et beaucoup d'autres pays risquent également de connaître la tempête l'année prochaine, surtout après ce nouveau sommet qui n'arrange rien !

 

N.B3 : l'image de ce billet provient du site daily bourse

 

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 13:03

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Nous revoilà partis pour une semaine décisive censée sauver la zone euro de la grave crise qu'elle traverse. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, inaugurent cette semaine cruciale comme ils le disent à chaque fois par une rencontre ce lundi à l'Élysée, où il sera vraisemblablement fait état des divergences de points de vue sur la manière de résoudre la crise.

 

Jeudi 8 décembre se tiendra alors l'acte 1 scène 2 à Marseille, puisqu'ils se reverront lors du congrès du Parti populaire européen (PPE), avant de passer à l'acte 2 lors du Conseil européen qui débutera jeudi soir. J'avais expliqué dans un précédent billet que chaque sommet est présenté comme celui de la dernière chance, mais les annonces qui y sont faites ne parviennent même plus à calmer les marchés pendant 2 semaines !

 

Le plus terrifiant dans tout cela c'est que des solutions existent, mais aujourd'hui on semble croire que la seule échappatoire à la crise serait une réduction rapide de l'endettement public et la convergence des modèles économiques et sociaux des États de la zone euro vers celui de l'Allemagne.

 

Rien n'est plus faut comme je le démontre dans cette tribune que je viens de publier dans Le Monde et qui est consultable en ligne en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

crise le monde

Je cherche aussi à montrer que le niveau de la dette publique n'est pas un critère de vertu et que les plans de rigueur imposés concomitamment par les États européens sur la base d'un diagnostic partiellement erroné (l'endettement public trop élevé empêcherait la reprise économique) ne peuvent que conduire à une chute du commerce au sein de la zone euro et à une nouvelle récession. C'est précisément ce que crie haut et fort Paul Krugman, prix Nobel d'économie, lorsqu'il cherche à avertir ses concitoyens américains sur ce qui pourrait leur arriver s'ils décidaient de mettre en place de nouvelles mesures d'austérité ! Même Jacques Delors y va de son commentaire sur l'Union européenne, stigmatisant autant l'absence de vision politique des États membres que l'obstination allemande à faire de la BCE une pure machine anti-inflation !

 

Au reste, c'est certainement ce que pensait le ministre des affaires sociales italien, Elsa Fornero, lorsqu'elle éclata en sanglots au beau milieu de la conférence de presse où elle venait d'évoquer les sacrifices que devront faire les Italiens et en particulier les retraités. Il est vrai que Mario Monti a mis l'Italie au régime sec en faisant adopter un plan d'austérité drastique de 30 milliards d'euros combinant notamment report de l'âge de départ à la retraite et hausse de la TVA.  

 

 

Gageons que la France et l'Allemagne puissent rapidement saisir qu'ils jouent désormais la scène finale de la zone euro et qu'il n'est plus l'heure d'apposer des rustines sur les traités !


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