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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 14:02

La conférence que j'ai donnée jeudi 13 novembre à Forbach sur la crise a attiré près de 60 personnes. Les questions furent nombreuses et précises, témoignant par là de la volonté du public de comprendre les mécanismes qui sont à l'oeuvre dans cette crise. Initialement prévue pour durer 1h30, la conférence, qui a débuté vers 20h, s'est terminée aux alentours de 22h30 ! Je tiens par conséquent à remercier chaleureusement les personnes de l'auditoire pour leur participation, et j'aurai plaisir à les retrouver le jeudi 11 décembre à 20h pour une conférence sur le thème de la croissance...

En dehors de cela, je rappelle aux auditeurs du cafet'eco de Sarreguemines que le prochain rendez-vous/débat, prévu initialement le mercredi 19 novembre, est reporté au mercredi 26 novembre à 18h30. En effet, je participe mercredi à la semaine de la finance organisée par l'ISEG Strasbourg. J'interviendrai pour expliquer comment l'on crée un portefeuille boursier en fonction de certains choix stratégiques et techniques. Vous pouvez retrouver le programme de cette manifestation en cliquant sur l'image ci-dessous :


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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 10:57




A la veille de la réunion du G20 qui se déroulera à Washington, j'ai souhaité écrire un petit billet pour en décrire les tenants et aboutissants. En effet, la finalité ultime de ce sommet est officiellement de chercher à réformer la finance pour éviter qu'une nouvelle crise se reproduise. Vaste entreprise ! Plus prosaïquement, ce sommet, à l'instar des précédents, risque de n'être qu'une réunion de plus actant les divergences d'opinions sur le sujet.  Car comment concilier les visions (souvent dogmatiques) de la Chine, des Etats-Unis, et de la France par exemple ?

Rappelons tout d'abord que le G20 est composé des pays industrialisés du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) – auxquels se joint l'Union européenne – et des principaux pays émergents : Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Russie et Turquie. Pour donner un ordre de grandeur, le G20 représente environ 85 % de la richesse et les deux tiers de la population du monde (voir la carte ci-dessous issue d'une infographie du journal Le Monde. Cliquer dessus pour l'agrandir...).




Quelles sont donc les principales régulations qui seront débattues à ce sommet ? Tout d'abord, il y a la volonté de réguler les hedges funds, ces fameux fonds spéculatifs qui échappent à tout contrôle prudentiel et misent des sommes colossales en utilisant l'effet de levier. Sachant que la plupart d'entre-eux sont implantés fiscalement dans des paradis fiscaux, il devient important de lever le secret qui caractérise ces places financières dont l'ONG Transparency International évalue à 10 000 milliards de dollars les fonds gérés. Une place non négligeable sera ensuite accordée à des propositions de modification des normes comptables qui aggravent notamment les dépressions à cause du principe d'estimation des actifs au prix du marché. Cela ira de pair avec un débat sur la remise en cause de la pratique actuelle de la titrisation qui fut la courroie de transmission de la crise des subprimes à l'ensemble des compartiments financiers. Et bien entendu se posera la question d'un régulateur mondial de type FMI...

Il y a donc beaucoup d'idées intéressantes au menu... Mais déjà de nombreuses déclarations de dirigeants politiques commencent à sonner faux dans l'harmonie internationale que l'on cherche à nous vendre. J'en veux pour preuve le discours de George W. Bush qui marque très nettement sa différence avec notre omniprésident français. Je vous laisse apprécier ces mots du président américain : "Si les réformes s'imposent absolument dans le secteur financier, la solution à long terme aux problèmes actuels est une croissance économique soutenue, et le chemin le plus sûr vers cette croissance, ce sont des marchés libres et des gens libres. Nous devons reconnaître que l'intervention gouvernementale n'est pas un remède universel,
cette crise n'est pas l'échec de l'économie de libre marché. Et la réponse n'est pas de réinventer ce système."

Que dire de plus face à un tel discours politique qui nie la réalité de l'échec ? Si le Trésor américain nationalise des banques, c'est pourtant bien parce l'absence de régulation forte a permis aux banquiers de prendre des risques inconsidérés pour augmenter leurs profits ! Mais il est vrai qu'il est bien difficile d'admettre que le libéralisme économique a échoué. Si aucune décision majeure n'est prise à ce sommet, on se contentera de panser les plaies de cette crise et on attendra gentiment que la prochaine éclate dans quelques années !

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 10:21




J'avais expliqué dans un précédent billet combien les conditions de crédit auprès des banques s'étaient resserrées tant pour les particuliers que pour les entreprises. J'avais également réagi au "pacte moral" que notre omniprésident avait passé avec les grandes banques au moment de leur sauvetage : celles-ci, en échange de fonds, devaient s'engager à faire progresser l'encours de crédit de 3 à 4 % par an auprès des agents économiques privés. Or, il semblerait que dans les faits elles soient peu enclines à prêter de l'argent, à tel point que le chef de l'Etat les a convoquées à l'Elysée, en présence des préfets et des trésoriers payeurs généraux désormais chargés de surveiller l'encours des prêts accordés aux PME et aux particuliers. Notre Premier ministre était même allé jusqu'à menacer les banques d'une nationalisation partielle si elles ne respectaient pas leurs engagements...

Qu'en est-il donc au niveau des chiffres ? Depuis novembre 2006, la distribution de crédits à l'habitat n'a cessé de décroître. Fin août 2008, les banques avaient, sur douze mois, accordé 125,4 milliards d'euros de prêts, un montant en baisse de 15,8 %, par rapport à la même période de 2007.  Le Crédit Logement, qui est un organisme de caution, constate en octobre 2008 un taux moyen de prêts (hors assurance et coût des sûretés) de 5,15 % contre 4,98 % en août et affirme que ce taux croît pratiquement de 0,10 %, chaque mois, depuis janvier ! On assiste par conséquent à un double mouvement néfaste pour l'économie : le crédit est devenu rare mais aussi très cher ! En général, cela est couplé avec une baisse de la durée de prêt qui elle aussi vient faire pression sur les mensualités de remboursement. Le courtier Empruntis a ainsi calculé que la seule hausse des taux a, en dix mois, exclu du marché environ 20 % des clients potentiels. Le résultat est alors clair : les achats de logements ont chuté de 25 % dans l'ancien et près de 35 % dans le neuf...

Certains ont espéré que la baisse des taux de la BCE apporterait une bouffée d'oxygène au marché du crédit. Malheureusement, en plus de ne pas avoir été assez substantielle, certains économistes pensent que cette baisse a déjà été partiellement intégrée dans les taux à longs terme. Au vu du temps nécessaire pour qu'une modification des taux à court terme s'impute sur les taux à long terme, il faudra attendre quelques mois avant de savoir si cette baisse a porté ses fruits.

Du côté des entreprises, ce n'est guère plus réjouissant puisque, en particulier, de nombreuses PME ont des difficultés d'accès au crédit. Le médiateur mis en place par le gouvernement recense déjà plusieurs centaines d'entreprises victimes du resserrement des conditions de crédit de leur banque. Pour les plus grandes entreprises, celles qui ont accès au marché obligataire, l'horizon est lui aussi sombre d'autant plus que la dette nette des groupes du CAC 40, hors valeurs bancaires, a bondi de 25 % en deux ans, à environ 250 milliards d'euros en 2008 ! Celles qui veulent aujourd'hui lever de la dette sur le marché obligataire en euros doivent offrir une prime de 4,5 % par rapport à de la dette souveraine, contre 0,7 % il y a deux ans, ce qui amène à servir du 8 % ! Ce qui exclut d'office les sociétés les moins bien notées. On peut donc craindre le pire pour les sociétés de la catégorie "non-investment grade" qui pourraient connaître de sérieuses difficultés de refinancement...

Il va donc falloir surveiller la distribution du crédit de très près si l'on ne veut pas que le plan de sauvetage français, au demeurant de bonne qualité, ne se retrouve sans effet réel !


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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 14:18

Jeudi 13 novembre 2008, j'animerai une conférence sur la crise économique mondiale qui sévit actuellement. Il s'agira d'expliquer l'origine de cette crise puis, après avoir montré les moyens de transmission de celle-ci à l'ensemble du secteur financier et à l'économie réelle, de donner des pistes de réflexion sur le sauvetage de l'économie et les réformes possibles.

Cette conférence débutera à 20h à l'Université Populaire de Forbach (salle Berlin du Burghof). Vous trouverez les détails en lisant l'article que le Républicain Lorrain y a consacré :




                 [ Cliquer sur l'article pour l'agrandir]

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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 11:03




Aujourd'hui un peu de détente et par conséquent un billet un peu plus léger, mais dans l'air du temps. On vient en effet de me faire parvenir un lien vers une petite video qui fait fureur dans les banques ces derniers jours. Je vous laisse écouter pour comprendre pourquoi les banquiers et financiers trouvent cette chanson fort à propos...



ON SERA TOUS AU RMI
envoyé par chezwat

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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 14:02



J'ai expliqué dans mes derniers billets comment la crise financière a désormais impacté l'économie réelle à travers principalement le canal du crédit. Mais, il y a aussi à craindre tant un ralentissement de la consommation de certains types de produits qu'un arbitrage (substitutions/abandons) dans le panier de la ménagère. Cela se comprend facilement : si vous manquez de revenus suffisants pour vous offrir un produit, vous chercherez d'abord à en trouver un à peu près équivalent. A défaut, vous abandonnerez sans doute sa consommation s'il vous semble hors de prix...

Aujourd'hui, je jette un regard sur l'industrie automobile qui subit de plein fouet le retournement économique. En effet, la presse a largement couvert les arrêts temporaires de production d'une grande partie des sites français de Renault et PSA Peugeot-Citroën. Dans les faits, citons en vrac : chez PSA Peugeot-Citroën, le site de Sochaux fermera au total dix-huit jours d'ici le 31 décembre, tandis qu'à Mulhouse, où dix jours chômés sont prévus, l'équipe de nuit a été supprimée cette semaine. A Rennes, certaines lignes de production sont arrêtées. Du côté de chez Renault, ce n'est guère plus brillant : plusieurs sites sont fermés cette semaine dont Flins, Douai, Le Mans, Maubeuge, Batilly et Dieppe. Les usines de Flins, Douai et Le Mans resteront à l'arrêt également la semaine suivante, tandis qu'à l'usine de Sandouville, c'est la ligne Espace-Vel Satis qui est fermée cette semaine.

Tout cela montre clairement un retournement des anticipations des constructeurs. Ceux-ci n'ont visiblement pas saisi l'impact qu'aurait cette crise sur l'achat de véhicules lorsqu'ils ont fait leur prévisions de croissance (ils n'avaient notamment pas anticipé une chute aussi forte du marché en Espagne ou encore en Grande-Bretagne). Ainsi, Renault ne prévoit plus qu'une marge opérationnelle comprise entre 2,5 % et 3 % alors qu'il visait en début d'année les 4,5 %. Rappelons que dans le cadre du plan Renault Contrat 2009, l'objectif assigné était de 6 % !  Il en va bien entendu de même chez PSA qui annonce une marge de 1,3 % en 2008 contre 3,5 % prévus initialement... D'ailleurs, chez PSA Peugeot Citroën on a noté au troisième trimestre un chiffre d'affaires de 13,301 milliards d'euros, en baisse de 5,2 % par rapport au même trimestre de 2007 ! Tout ceci a conduit les deux constructeurs français a annoncer la semaine dernière leur décision de réduire leur production au quatrième trimestre, Renault de 20 % et PSA de 30 %, pour réduire leurs stocks face à la baisse des ventes en Europe.

Dans leur malheur, les constructeurs français peuvent se rassurer en se disant que la crise financière a touché l'ensemble du marché automobile européen. Ainsi, sur douze mois, en septembre, les immatriculations européennes de voitures neuves ont chuté de 8,2 % après 15,6 % en août. Sur l'ensemble de l'année, le marché pourrait reculer de 8 %, à tel point que Ferdinand Piëch, président du conseil de surveillance de Volkswagen (VW) a prédit "une traversée du désert" pour l'automobile...

Comment peut-on expliquer ce net recul dans l'automobile ? C'est là encore une histoire de pouvoir d'achat puisque, confrontés à une baisse de celui-ci, les automobilistes qui voulaient changer leur voiture ont décidé de reporter leur achat. De plus, en Europe, 80 % des véhicules sont achetés à crédit. Essayez donc de venir emprunter 20 000 euros aujourd'hui à une banque et vous comprendrez combien elles sont réticentes à prêter de l'argent en ce moment...

Le problème prend alors une autre dimension lorsque l'entreprise se doit finalement d'adapter sa production à une demande en forte baisse. Cela débouche sur les arrêts de travail que nous avons évoqués ci-dessus. Mais quand la baisse de la demande est durable, on abouti alors aux licenciements : Volvo va ainsi supprimer 850 emplois, en plus des 1 400 déjà annoncés, Chrysler 1 800, General Motors envisage des licenciements, Volkswagen pourrait licencier jusqu'à 25 000 travailleurs intérimaires, Renault a annoncé récemment la suppression de 2 000 emplois dans ses filiales européennes en plus des 4 000 déjà prévus en France, etc. !

Nous sommes donc partis d'une crise bancaire localisée sur un compartiment bien précis (les subprimes) pour arriver à une crise économique grave. C'est ce cheminement que je chercherai à expliquer lors de ma conférence spécialement dédiée à la crise le 13 novembre 2008 à 20h00 au Burghof de Forbach (pour les non inscrits au cycle complet de conférences, possibilité d'assister spécifiquement à celle-ci au prix de 3 euros avec inscription prélable obligatoire).


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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 10:11


 

Conférence du 13 novembre 2008 à 20h à Forbach (changement)


L’actualité économique est depuis quelques temps dominée par la crise financière qui sévit dans le monde entier, et dont l'ancien président de la Réserve fédérale américaine (FED), Alan Greenspan, a affirmé qu’elle pourrait être la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale. Or, même si l’ensemble des médias ne cessent d’en parler, force est de constater que le public souhaite obtenir des réponses simples, mais précises, à ses interrogations. C’est ce qui  m'a amené à substituer à la conférence initialement prévue sur le chômage et la pauvreté, cette réflexion sur la crise qui doit permettre de répondre aux questions suivantes :

 

§         Qu’est-ce qu’un prêt subprime ?

 

§         Comment la crise a-t-elle débuté et quels sont les mécanismes en jeu ?

 

§         Comment s’est effectuée la contagion à l’ensemble de la finance mondiale ?

 

§         Que risquons-nous en France ?


Fort du succès de la rencontre sur le pouvoir d’achat le 16 octobre dernier – plus de 50 auditeurs et des questions très nombreuses – l’organisation restera la même : après 1 heure de présentation,  la parole sera alors donnée au public qui pourra réagir et poser toutes ses questions. Les sujets des prochaines conférences seront ensuite à nouveau conformes au programme établi initialement.

P.S : en photo ci-dessus la magnifique salle Berlin où se déroulent mes conférences...
  

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 13:38




Hier soir, lors de la réunion du cafet'eco que j'anime, nous avons débattu de la crise. Il s'agissait d'en connaître les causes et d'en prévoir les conséquences les plus immédiates. Bien entendu, un tel débat commence forcément par une présentation des prêts hypothécaires et en particulier des subprimes. Pour compléter ce que j'ai dit, voici une vidéo qui nous rappelle comment ces prêts risqués se sont développés à la faveur de politiques axées sur le mirage de l'accession à la propriété pour tous. On y voit un candidat à l'élection présidentielle qui, de retour des Etats-Unis, vantait le développement de ces crédits... C'est d'ailleurs le même qui aujourd'hui appelle à "moraliser le capitalisme" !


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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 11:09




Depuis maintenant quelques billets, je n'ai de cesse de rappeler qu'en pareille situation de crise, il est du rôle du politique d'intervenir pour éviter (essayer au moins...) la recession. Car les conséquences de celle-ci sont connues : licenciements, pauvreté, misère,...

Jusqu'à présent j'étais surpris par le dogmatisme dont faisait preuve notre omniprésident. En effet, souvenez-vous de la déclaration du Premier ministre, François Fillon, le 18 août : "la France n'a pas besoin d'un plan de relance, qui serait un plan de relance artificiel". Dans la foulée, Il s'était même senti obligé de pratiquer la novlangue en préférant évoquer un "ralentissement de l'économie" plutôt qu'une récession... Ensuite, l'ensemble des ministres a repris en choeur ses paroles, jurant que ce plan de relance serait autant inutile que coûteux. Tout cela relevait évidemment d'une communication politique brouillonne au vu des évènements économiques graves du moment.

Et la surprise arriva du froid ce lundi matin : tout en se refusant à amender le projet de loi de finances pour 2009, l'Elysée et Matignon préparent une nouvelle batterie de mesures de soutien à l'activité, que François Fillon n'hésitait pas, dimanche, en marge du sommet de la francophonie à Québec, à qualifier de "plan de relance" ! Et pour bien enfoncer le clou, il rajouta aux journalistes
"qu'il fallait arrêter la crise financière. Il faut désormais relancer la machine économique".

Coup de théâtre donc ! Après un mois et demi passé à nous expliquer que la France arriverait par elle-même à se redresser de cette crise, il est question à présent d'intervenir plus ou moins directement dans l'économie. Ainsi, le président de la République doit annoncer, dans les dix jours qui viennent, un nouveau dispositif en faveur de l'emploi et de la lutte contre le chômage. De plus, il est envisagé de venir en aide à plusieurs secteurs industriels, en particulier l'automobile - il s'agirait de prendre des mesures d'aide au développement de la voiture électrique par exemple ou de soutien à la recherche sur la pile à combustible. En outre, il est question d'accélerer les projets financés par des partenariats public-privé (PPP), et on va même jusqu'à parler de croissance verte à nouveau !

On pourrait se réjouir de tant d'initiatives. Mais malheureusement, le gouvernement se refusant à amender le projet de loi de finances pour 2009, je me demande où cet argent va être pris. Pour l'instant, le gouvernement mobilise des ressources extrabudgétaires, dont chacun se doute qu'elles ne suffiront pas à financer tous ces projets. Alors à un moment où à un autre, il faudra repasser devant l'Assemblée nationale pour amender le budget. Ne serait-ce que pour les 40 milliards d'euros prévus pour prendre des participations dans les banques en difficulté... Ayons donc le courage d'appeler un chat un chat !

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 11:06




Aujourd'hui, suite à ma conférence d'hier soir sur le thème du pouvoir d'achat, je souhaiterais écrire un petit billet concernant le rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT) rendu public jeudi 16 octobre. Ce rapport, intitulé "Rapport sur le travail dans le monde 2008: Les inégalités de revenu à l’épreuve de la mondialisation financière", nous donne une photographie des inégalités au niveau mondial. Rappelons que ce rapport représente l’étude la plus complète sur les inégalités de revenu réalisée par l’Institut à ce jour. Les salaires et la croissance dans 73 pays développés ainsi qu’en développement y sont examinés. Ces conclusions auront donc une portée importante au vu du contexte économique actuel. Et les résultats sont assez stupéfiants...

Ainsi, en dépit d’une forte croissance de l’économie mondiale qui a créé des millions d’emplois depuis le début des années 1990 - l’emploi global a augmenté de 30 pour cent entre le début des années 1990 et 2007 - , les inégalités de revenus ont continué de se creuser de façon significative dans la plupart des régions du monde et devraient encore s’accroître du fait de la crise financière actuelle.

Mais lorsque l'on rentre dans les détails, on découvre non seulement que les écarts de revenu entre ménages riches et ménages pauvres se sont considérablement accrus , mais surtout que les travailleurs ont obtenu une part plus faible des fruits de la croissance économique, la part des salaires dans le revenu national ayant décliné dans 53 pays sur les 73 pour lesquels des données sont disponibles ! La diminution la plus forte s'est produite en Amérique latine et dans les Caraïbes (13 points en moins), suivies de l'Asie et de la région du Pacifique (- 10 points). Je ne citerai qu'une seule phrase de ce rapport qui résume l'ensemble de mon propos : "Le ralentissement mondial actuel de l’économie affecte de façon disproportionnée les catégories à bas revenus"... Au moment même où il faudrait, en priorité, s'occuper des bas revenus, les rapports de force au sein de la société font que les salariés modestes sont en perte de vitesse. Curieuse façon d'imaginer la construction d'une citoyenneté européenne, voire mondiale, dont on nous parle tant !

L'étude, très complète, nous fournit ensuite des données chiffrées que je vais résumer succinctement :

 * Entre 1990 et 2005, l’écart de revenu entre les 10 pour cent des salariés les mieux rémunérés et les 10 pour cent les moins bien payés - appelé rapport interdécile - a augmenté dans 18 pays sur les 27 observés.

 * Au cours de la même période, le revenu total des ménages à hauts revenus s’est accru plus rapidement que celui des ménages à moyen et bas revenus dans près de 70% des pays étudiés.

 * En 2007, les dirigeants des 15 plus grandes entreprises américaines gagnaient en moyenne 520 fois le salaire moyen d’un employé, contre 360 fois en 2003 ! L'étude confirme par ailleurs que des tendances semblables ont été enregistrées en Australie, Allemagne, Hong-kong (Chine), Pays-Bas et Afrique du Sud...

 * Dans les années 1990, les crises du système bancaire ont été nettement plus fréquentes qu'auparavant, entraînant, au passage, d'importantes destructions d'emplois qui ont frappé les ménages les plus vulnérables.

 * Entre 1993 et 2007, le taux d'imposition moyen des ménages situés en haut de l'échelle des revenus a baissé de trois points, passant de 37 % à 34 %. Cela signifie que les politiques fiscales sont devenues moins redistributives. C'est d'autant plus préjudiciable que les politiques sociales n'ont pas réussi à contrebalancer ce phénomène, alors qu'au même moment, on parle un peu partout dans le monde de solidarité...

Le rapport indique que des inégalités de revenu excessives pourraient être associées à des taux de criminalité accrus, une espérance de vie réduite et, dans le cas des pays pauvres, à la malnutrition et à une plus forte probabilité de voir les enfants privés d’école pour aller travailler. Cela se comprend aisément : les inégalités sont presque partout ressenties comme une injustice. C'est ce qui a poussé les économistes a réfléchir depuis longtemps à cette question de la justice sociale et aux conséquences néfastes des inagalités.

Le risque est donc grand de voir la situation de nombreux pays devenir socialement dangereuse et économiquement inefficace. Mais cela relève en premier chef du domaine politique !

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