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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 13:05

 

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Dans un article très remarqué, paru dans le Monde et disponible également sur le site associé à son livre Pour une révolution fiscale, Thomas Piketty expliquait que la suppression du bouclier fiscal, conjuguée à une réforme de l'ISF ramenant le seuil de déclaration de 800 000 à 1,3 million d'euros de patrimoine, aura été "le plus énorme cadeau fiscal aux plus riches du quinquennat !"... Réponse de François Baroin, ministre du budget et accessoirement porte-parole du gouvernement : "il n'y a de cadeau à personne. La réforme est simple, juste et équilibrée".

 

Je ne suis, pour ma part, absolument pas convaincu par le ministre qui affirme que les pertes de recettes de l'ISF (elles tomberont de 4 milliards d'euros à 1,8 milliards puisque nombre de personnes seront exonérées, tandis que d'autres verront leur note diminuer sensiblement !) seront intégralement financée par une contribution renforcée des successions et donations et une hypothétique exit tax qui pourrait se révéler anticonstitutionnelle et n'être donc qu'un effet de manche supplémentaire.

 

Surtout, sans être fiscaliste, on comprend vite que les grands gagnants de la réforme seront les contribuables ayant plusieurs dizaines de millions d'euros de patrimoine. Ce n'est pas moi qui l'invente, mais Gilles Carrez, rapporteur UMP du Budget à l’Assemblée nationale, dans un document de travail passionnant à lire en ces temps préélectoraux. On peut y lire entre autres que pour les redevables de la première tranche qui vient d'être supprimée, le gain devrait être, en moyenne, de 1086 euros par personne. A l'autre bout de l'échelle, c'est-à-dire là où se situent les 1700 contribuables de la dernière tranche qui ont un patrimoine supérieur à 16,54 millions d'euros, on verra de nombreux gagnants du gros lot puisque leur ISF passera de 172 071 euros après bouclier fiscal à 142 500 euros, soit un gain moyen de près de 30 000 euros suite à la réforme !

 

En effet, François Baroin a juste omis de dire que sa réforme "simple, juste et équilibrée" est associée à une importante baisse des taux d'imposition de cette dernière tranche, de 1,8 à 0,5 % ! Et il faudrait encore tenir compte des niches fiscales, comme l'investissement dans les PME... Bref, plus de bouclier fiscal d'un côté mais moins d'ISF de l'autre, de sorte qu'au final le Syndicat national unifié des impôts (Snui), qui a réalisé ses propres simulations, considère que la réforme se traduira par un gain net moyen de plus de 35 000 euros ! Cette réforme est vraiment digne d'un loto du vendredi 13... à ceci près que tout le monde ne peut pas y participer !

 

C'est pourquoi, j'ai décidé de terminer mon cycle de conférences économiques à l'Université Populaire Transfrontalière de Forbach par une présentation sur la fiscalité, le mardi 17 mai 2011. Elle aura pour titre un brin provocateur comme d'habitude : "Sommes-nous tous égaux face à l'impôt ?".Je m'attacherai à montrer précisément pourquoi on peut affirmer que notre fiscalité devient de plus en plus injuste, privilégiant un système à deux vitesses : l'une pour les plus riches comme nous venons de le voir dans ce billet, l'autre pour le reste des contribuables !

 

Début des hostilités à 19h, entrée fixée à 5 euros pour les personnes non inscrites au cycle entier de conférences. Vous pouvez cliquer sur l'affiche ci-dessous pour en savoir plus :

 

Affiche-conference-fiscalite.jpg

Pour finir, quelqu'un pourrait-il rappeler au gouvernement que ISF signifie Impôt de Solidarité sur la Fortune. Je sais, par les temps qui courent, la solidarité chacun aime en bénéficier mais plus personne ne veut y contribuer...

 

 

N.B : l'image de ce billet provient du blog de l'union locale de la CGT Libourne.

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 12:45

Suite à la parution du dictionnaire révolté d'économie et en prévision de ma conférence-dédicace à la médiathèque de Forbach, le Républicain Lorrain m'a consacré un long article qui résume bien ma position dans le livre (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :

 

RL-10-05-2011-2.JPG

 

A noter également que le livre commence à faire l'objet de présentations dans des journaux plus éloignés géographiquement, comme par exemple dans le Télégramme du lundi 9 mai.

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 10:40

 

Couverture

 

Après la crise des subprimes en 2007 dont on prétendait un peu vite qu’elle n’aurait aucune conséquence sur l’Europe, voici que la zone euro est entrée en crise avec les difficultés de financement rencontrées par la Grèce, l’Irlande et le Portugal notamment. C’est pourquoi, au nom d’un impératif de compétitivité de la zone euro, tous les citoyens seraient appelés à subir des plans de rigueur (baisse des retraites, gel des salaires, diminution des aides sociales,…).

 

Dans le cadre d’une conférence gratuite d’une heure à la médiathèque de Forbach, Raphaël DIDIER cherchera  précisément à montrer, avec simplicité et convivialité, que ce raisonnement trop simpliste et teinté d’idéologie n’est qu’une manière de justifier la soumission des États aux marchés financiers. Après avoir dans un premier temps expliquer pourquoi le montant de la dette publique n’est pas un bon indicateur pour juger d’une gestion saine d’un État, le conférencier démontrera que ces plans de rigueur qui privilégient les investisseurs au détriment des citoyens risquent d’entraîner de graves problèmes socio-économiques et politiques.

 

S’ensuivra une séance de dédicace de son dernier livre grand public, le  Dictionnaire révolté d’économie (éditions Bréal), durant laquelle il sera possible de s’entretenir avec l’auteur. Ce livre a été écrit en réaction à toutes ces réponses consensuelles qui sont apporter aux problèmes économiques actuels et qui empêchent que soient soulevées les bonnes questions. Son principal objectif est donc de susciter une prise de conscience salutaire et, peut-être même, l’envie de participer aux débats actuels, afin de ne pas subir le système économique mais bien de le construire !

 

Vous trouverez ci-dessous l'affiche officielle de la conférence-dédicace (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :

 

 

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 13:30

 

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Dans le prolongement de ce que j'ai écrit sur les hausses de salaire et la prime carotte électorale de 1 000 euros, voici aujourd'hui un billet consacré à une idée reçue qui à la peau dure : le niveau élevé des cotisations sociales pèserait sur la compétitivité des entreprises françaises et réduirait les profits, ce qui déboucherait sur une baisse de l'investissement et de la création d 'emplois. Clair comme de l'eau de roche ? Et pourtant, les faits démentent cette conclusion...

 

Commençons par définir précisément les termes dont nous aurons besoin, quitte à faire un long détour... La valeur ajoutée est ce qu'il reste à l'entreprise après avoir payé les fournisseurs, et qu'elle se partage en trois parts : celle de l'État, celle destinée aux salariés, le reste revenant aux apporteurs de capitaux (actionnaires + créanciers).

 

Les profits sont alors mesurés par le très fruste excédent brut d'exploitation, et on appelle taux de marge le rapport Excédent brut d'exploitation/Valeur ajoutée. La valeur ajoutée se partageant essentiellement entre l'entreprise et les salariés (entre le capital et le travail si on préfère), on comprend donc que les profits soient étroitement liés à l'évolution du partage de celle-ci, de sorte qu'une diminution de la part des salaires dans la valeur ajoutée s'accompagne d'une augmentation de la part de l'excédent brut d'exploitation comme ce fut le cas entre 1982 et 1988 par exemple.

 

 

Part de la rémunération des salariés et de l'excédent brut d'exploitation dans la valeur ajoutée brute
des sociétés non financières (en %)

 

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[ Source :  Comptes nationaux annuels - Base 2000 - Secteurs institutionnels ]

 

 

La courbe en rouge sur le graphique montre l'évolution du taux de marge depuis 1949, donc la part des profits dans la valeur ajoutée créée par les entreprises. On constate que durant les Trente Glorieuses (1950 à 1974 pour faire simple), le taux de marge oscillait entre 25 % et 30 %, alors depuis les années 80, le partage de la valeur ajoutée s'est modifié en faveur des profits puisque le taux de marge augmente (le niveau étant toujours au-dessus de 30 %). La période comprise entre 1974 et 1982 est quant à elle très particulière, puisque les salariés avaient obtenu des hausses de rémunération 2,5 fois plus élevées que les gains de productivité réalisés, entraînant par conséquent une chute de la part des profits dans la valeur ajoutée.

 

Pour être plus précis sur le partage entre travail et capital, il faudrait retirer de la valeur ajoutée brute ce qui n'est pas distribuable, comme les impôts sur la production et l'amortissement, postes qui ont sensiblement augmenté au cours du temps. On obtient alors un agrégat appelé valeur ajoutée nette au coût des facteurs. Mais pour notre propos, je m'en tiendrai au graphique ci-dessus, où la part des profits dans la valeur ajoutée des entreprises est restée stable à environ 32 % depuis 1985. Les représentants du patronat aime à citer cette phrase du chancelier allemand Helmut Schmidt que d'aucuns qualifient même de théorème : "les profits d'aujourd'hui font les investissements de demain qui font les emplois d'après demain". Or, le vrai problème avec les profits d'aujourd'hui, c'est qu'au lieu de financer l'investissement de demain ils servent de plus en plus à verser des dividendes aux actionnaires d'aujourd'hui... au détriment des emplois de demain et souvent même d'aujourd'hui !

 

Venons-en enfin à nos cotisations sociales. Elles correspondent à des versements obligatoires (pour la Sécurité sociale) ou volontaires (pour les mutuelles par exemple) effectués par les non-salariés, les employeurs et leurs salariés pour acquérir des droits à prestations sociales. Le coût du travail pour l'employeur (également nommé salaire super brut) est donc égal au salaire brut auquel on ajoute les cotisations sociales patronales. De son côté, le salarié ne touche qu'un salaire net égal au salaire brut diminué des cotisations sociales salariales, oubliant souvent que les cotisations constituent une rémunération indirecte puisqu'elles ouvrent des droits à la retraite, au chômage dans certains cas, au remboursement des dépenses de santé, etc.

 

Le patronat laisse entendre que toutes les cotisations sociales sont des charges supportées par les employeurs et qui pèsent donc sur l'entreprise. Mais lorsqu'on regarde le graphique du taux de marge (la courbe rouge à nouveau), on ne peut que conclure que le hausse des cotisations sociales sous la Ve République n'a pas pesé sur les profits, le niveau du taux de marge étant même supérieur ces dernières années à celui atteint durant les Trente Glorieuses ! C'est donc le poids du salaire net qui a baissé, montrant au passage que les cotisations sociales pèsent essentiellement sur les salariés, même si on distingue à tort entre cotisations patronales et salariales. C'est ce que l'on appelle le principe de l'incidence fiscale en économie, et qui semble être un des mécanismes économiques les moins bien compris...

 

Il serait donc préférable pour améliorer la clarté des débats de bien préciser tout cela afin d'éviter les contresens plus ou moins voulus d'ailleurs : les cotisations sociales n'étant au final pas prélevées sur les profits comme nous venons de le montrer, les entreprises ne devraient pas s'immiscer dans la question des cotisations (tant que le coût salarial unitaire reste stable), celle-ci se ramenant en fait à la façon dont les salariés souhaitent collectivement arbitrer entre rémunération directe et indirecte ! Cela devrait ainsi nous permettre de nous poser les questions indispensables sur la prise en compte de la dépendance par exemple, sans réduire à chaque fois ces questions sociales à une question économique liée à la compétitivité des entreprises !

 

C'est aussi cela se réapproprier le débat économique : commencer par faire le bon constat et se poser ensuite les bonnes questions... C'est tout l'objet du dictionnaire révolté d'économie et de la page Facebook qui lui est associée !

 

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 13:15

 Couverture

 

 

Je vous avais parlé de la parution prochaine de mon nouveau livre grand public, qui se voulait vraiment différent tant sur la forme que sur le ton ! Je l'évoquais à la fin de cet article concernant le renflouement des banques irlandaises au détriment des citoyens et de celui-ci qui traite des effets des plans de rigueur en Europe. Et bien j'ai aujourd'hui le plaisir de vous annoncer la parution officielle du dictionnaire révolté d'économie aux éditions Bréal.

 

Ce livre part d'un constat : le débat économique proposé aujourd’hui dans les médias est souvent d'une pauvreté affligeante, comme s’il existait in fine un consensus sur les réponses à apporter aux problèmes actuels. Petit à petit, nous avons abandonné le débat public à une « expertocratie », c'est-à-dire un petit nombre d'experts autoproclamés et surmédiatisés, qui décide, en dehors de tout cadre démocratique, des réponses à apporter aux questions économiques, comme si nous désirions éviter que soient soulevées les bonnes questions.

 

Cela a permis d'anesthésier la réflexion des citoyens afin qu'ils se résignent à admettre les vicissitudes du capitalisme. Combien de fois ai-je entendu des gens me dire que ce qui se passe actuellement est bien triste, mais que c'est ainsi depuis la mondialisation ? Pire, je ne compte plus ceux qui invoquent de prétendues lois du marché pour justifier la prédation économique et l'exploitation à outrance des ressources humaines et naturelles. Pourtant nous ne devons pas accepter sans nous RÉVOLTER qu’une minorité soit gagnante et que la grande majorité soit celle des perdants économiques ! En pleine démocratie, cette résignation est absurde tant il y a de possibilités de réformes intelligentes et constructives qui s’offrent à nous !

 

L’économie ne peut s'entendre qu'au service de l’Homme, ce qui rend indispensable la prise en compte des éléments sociaux, politiques et humains dans les processus de décisions. Il nous faut dès lors récupérer le débat public, le décrypter, distinguer les véritables enjeux des simples effets de manche de la communication politique pour poser des diagnostics et tenter d’apporter ensuite une vraie réponse démocratique. C'est pourquoi, j'ai jugé indispensable de faire découvrir au plus grand nombre, à travers une écriture simple (sans graphiques ni mathématiques) et sans langue de bois, ce que le citoyen doit savoir du monde économique dans lequel nous évoluons et tout ce que l’on ne nous dit pas ! La forme d'un petit dictionnaire (format très agréable 15cm x 15cm, facilement transportable) s'est dès lors imposée à moi comme étant la plus pratique : d'une part elle permet au lecteur de chercher directement ce qui l'intéresse sans lire plusieurs chapitres pour comprendre un mot, et d'autre part elle permet également de butiner des mots si l'on manque de temps. Un système de renvois à la fin de chaque définition permet judicieusement d'élargir et d'approfondir une définition en proposant la lecture d'autres mots liés à une notion.

 

Ainsi, même si vous ne possédez aucune connaissance préalable, vous découvrirez dans ce dictionnaire peu ordinaire de nombreuses informations qui vous permettront de comprendre les questions économiques actuelles. Du mot classique « action », à celui plus original de « zhéros », en passant par « chômage », « économie solidaire », « flexibilité », « mouton », « spéculation » et « télévision », par exemple, parcourez avec amusement ou indignation ces définitions critiques, mais précises, illustrées avec conviction par un dessinateur engagé.

 

Si sa lecture suscite chez vous l’envie de participer aux débats actuels, de ne plus subir le système économique mais bien de le construire, alors ce dictionnaire aura atteint son objectif : permettre aux citoyens de se réapproprier le débat économique ! 

 

 

En complément du livre, une page Facebook a été ouverte pour permettre de poursuivre le débat en fonction de l'actualité économique. N'hésitez pas à m'y rejoindre en devenant "fan".

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 11:23

 

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Eu égard aux nombreuses questions que l'on m'a posées au sujet de la prime obligatoire annoncée par François Baroin et martelée depuis dans les médias par notre omniprésident, il m'a semblé utile d'écrire un billet en complément de celui concernant les hausses de salaire.

 

Rappelons quelques éléments pour commencer. Il s'agit d'une prime obligatoire dans les entreprises de 50 salariés et plus qui distribuent des dividendes en hausse (retenez ce dernier mot car il va prendre tout son sens dans quelques instants). Cette prime, dont le montant, le calendrier et les modalités (chèque, hausse de participation ou d'intéressement,...) sont renvoyés à la négociation entre partenaires sociaux, sera exonérée de charges sociales dans la limite d'un plafond à définir (les fameux 1 000 euros a priori...), mais soumise tout de même à la CSG et à la CRDS ainsi qu'au forfait social pour un total de 8 %. Le montant total de la prime sera déductible de l'impôt sur les sociétés. Les entreprises de moins de 50 salariés ne seront pas concernées par cette obligation, le versement de la prime étant seulement "facultatif" selon le gouvernement. 

 

Ainsi, en faisant les comptes, Xavier Bertrand conclut que la prime sera potentiellement octroyée au maximum à 8 millions de personnes travaillant dans près de 30 000 sociétés. Mais le chiffre sera amplement plus faible pour au moins deux raisons :

 

   * la première est que toutes ces entreprises ne distribuent pas nécessairement chaque année des dividendes. Sur ce point, le gouvernement a certainement déjà oublié le rapport le rapport Cotis sur le partage de la valeur ajoutée, remis en 2009 à Nicolas Sarkozy. Ce document de l'INSEE nous apprend que 41 % des 240 entreprises françaises de plus de 5 000 employés versaient des dividendes en 2007, contre 30,6 % des 5 000 entreprises qui comptent entre 250 à 5000 salariés et seulement 16,4 % des 3,07 millions de PME !

 

   * et quand bien même le ferait-elle, il faudrait encore que le montant des dividendes soit en hausse pour qu'il y ait versement de la prime aux salariés. Or, cette condition trouve surtout à s'appliquer dans les grands groupes du CAC 40 et presque pas dans les PME... Et au sein même du royaume du CAC 40, seules 19 d'entre elles ont versé à leurs actionnaires plus de dividendes qu'en 2010, l'essentiel des dividendes étant versés par 5 grands groupes bien identifiés (Total, France Télécom, GDF Suez, Sanofi-Aventis et BNP Paribas).

 

Bref, avec ce double filtre on saisit bien que la mesure n'est en faite qu'un populisme, doublé d'une incompréhension de la réalité financière actuelle, car une hausse des dividendes versés ne signifie pas forcément que l'entreprise se porte mieux, mais plus souvent que les actionnaires ont augmenté leur voracité le coût du capital exigé pour les fonds octroyés...

 

Le risque évident est que cette prime qui doit être pérenne - si tant que cela ait un sens puisqu'elle est liée à la distribution de dividendes en hausse - pourrait se transformer en substitut commode à de véritables hausses de salaire. Et ce d'autant plus que le niveau de taxation plaide en faveur des primes plutôt que des hausses de salaire. De plus, le rapport de force entre syndicats et patronat étant loin d'être à l'avantage des salariés le plus souvent, le montant de la prime sera dès lors fort probablement inférieur aux 1000 euros évoqués si souvent. D'autant plus que si les partenaires sociaux ne se mettent pas d'accord, ce sera le chef d'entreprise qui décidera au final...

 

Pour terminer ce billet, je souhaite encore répondre ici à une question qui m'est fréquemment posée : quelle différence entre cette prime et la participation ou l'intéressement ? La participation est obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés qui réalisent un résultat positif (donc des bénéfices). Les sommes versées sont exonérées d'impôt mais restent, sauf circonstances exceptionnelles, bloquées pendant 5 ans. Ce dispositif touche 5,5 millions de salariés en 2008 et se monte à un volume total de fonds proche de 7,9 milliards d'euros. L'intéressement, quant à lui, est facultatif  et repose sur un accord ou une convention qui en fixe les conditions de versement en fonction des résultats de l'entreprise ou d'autres indicateurs de performance. Cette prime est directement disponible pour les salariés mais subit l'impôt sur le revenu à moins de la verser sur un plan d'épargne d'entreprise (PEE) où elle sera bloquée pendant 5 ans. L'intéressement a concerné 4,3 millions de salariés en 2008 pour un montant total de 6,5 milliards d'euros.

 

 

En définitive, cette prime liée aux dividendes n'est qu'un populisme électoral à 1 an de l'élection présidentielle qui réussit le tour de force de mécontenter autant les syndicats de salariés que de patrons ! Mais elle aura au moins eu un mérite : celui d'occulter le vrai débat sur la hausse des salaires, qui est pourtant un élément clé de la sortie de crise !

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 09:22

 

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C'est cette question que le journaliste de France Bleu Alsace m'a posée d'emblée lors de mon intervention mardi 19 avril à l'émission "L'invité de France Bleu Alsace". Elle s'inscrit dans un contexte économique houleux en ce moment en Alsace puisqu'après Carrefour, Alcan, Général Motors ou encore Ricoh, ce sont les salariés de Sonoco (à Schweighouse sur Moder) qui ont décidé de faire grève pour réclamer des hausses de salaires plus conséquentes que les 0,75 % proposés par la direction de cette usine, qui fabrique du papier recyclé.

 

Les quelques minutes de cette émission sont disponibles gratuitement à l'écoute sur le site de la radio. Il suffit pour cela de cliquer sur l'image ci-dessous puis sur "Archives reportages" et de choisir la date du 19 avril 2011 :

 

 

France bleu

 

 

Précisons que le journaliste s'est un peu emmêlé les pinceaux avec les titres et m'a dès lors affublé d'un honorable "professeur à l'université de Metz", alors que j'enseigne plus prosaïquement en école de commerce mais qu'il m'arrive d'intervenir dans le cadre universitaire...

 

Bien entendu, il est très difficile de répondre à une question aussi vaste en si peu de temps, surtout après l'annonce populiste et inepte du gouvernement à ce sujet. J'ai donc plutôt cherché à donner quelques éléments aux auditeurs pour justifier qu'à mon sens une hausse des salaires est légitime et indispensable pour relancer la consommation et partant l'économie. En ce sens, les hausses de salaires peuvent être vues par les entreprises comme un investissement qui débouchera sur un surcroît de demande. Quant à la légitimité de ces augmentations, n'oublions pas que les salariés ont contribué à la bonne marche des entreprises et à leur sortie de crise pour certaines; ils ont donc le droit de bénéficier des fruits de leur travail (issus notamment des gains de productivité) ! A moins que l'on souhaite poursuivre sur la voie des inégalités salariales présentées dans de nombreux travaux et en particulier dans ceux de Camille Landais :

 

Salaire moyen mensuel et évolution 1998-2006 de différentes tranches de population A838035C.gif 

[ Source : Alternatives Économiques n°276, janvier 2009 ]

 

 

Pour finir, vous noterez que le journaliste évoque la sortie de mon nouveau livre dont j'avais déjà parlé à la fin de cet article concernant le renflouement des banques irlandaises au détriment des citoyens et de celui-ci qui traite des effets des plans de rigueur en Europe. Vous savez à présent qu'il prendra la forme d'un dictionnaire avec des définitions courtes et précises (mais critiques !) pour permettre une lecture plus aisée. Parution demain aux éditions Bréal...

 

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 11:21

 

portugal-bailout.jpg

 

Le Portugal a désormais officiellement fait appel à l'aide financière du FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière), comme l'a confirmé la Commission européenne qui a reçu une demande formelle de la part du gouvernement portugais ou du moins de ce qu'il en reste.  On évoque en haut lieu des prêts à hauteur de 80 à 85 milliards d'euros avec, et c'est le point essentiel, des mesures budgétaires draconiennes, la Finlande s'aventurant même à parler de mesures de rigueur très strictes...

 

Mais ce que peu de personnes ont réellement compris, c'est que ce sont les banques commerciales portugaises qui ont pressé l'État de demander une aide européenne ! Dans les faits, elles ont notifié à la Banque centrale leur refus de continuer à acheter des titres de la dette publique comme auparavant,  leur limite d'exposition légale étant quasiment atteinte en raison notamment du niveau de risque perçu sur ces titres par les marchés financiers au travers du taux d'intérêt des titres d'État à 10 ans et de la valeur des CDS (Credit Default Swaps, sorte de contrat d’assurance contre le défaut d’un émetteur) :

 

Évolution du taux des obligations à 10 ans de l'État portugais

 

ChartImg.png

 

[ Source : Tradingeconomics.com ]

 

 

Comme le montre ce premier graphique, les obligations à 10 ans de l'État portugais ont ainsi vu leur taux d'intérêt augmenté de plus de 400 points de base en 1 an ! Sur le moyen terme (financier), le taux à 10 ans avait atteint son minimum en septembre 2005 (3,16 %) et son maximum ces derniers jours (8,66 %). Or, l'État doit refinancer 4,3 milliards d'euros de dette ce mois-ci et 4,9 milliards en juin. A ces taux, il n'était pas difficile de saisir que le Portugal aurait bien du mal... d'autant plus que l'agence de notation Moody's a abaissé la note de la dette à long terme de A3 à Baa1, ramenant les titres d'État à la limite d'un investissement spéculatif !

 

 

  Évolution du CDS à 5 ans sur la dette du Portugal

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[ Source : Bloomberg ]

 

 

Ce deuxième graphique nous montre que le coût de l'assurance contre un risque de défaut du Portugal sur sa dette à cinq ans a frôlé les 600 points de base. En pratique, cela signifie que si vous souhaitez assurer un portefeuille de 10 millions d'euros d'obligations de l'État portugais contre un risque de défaut, vous devrez payer une "prime d'assurance" de près de 600 000 euros ! A titre de comparaison, le CDS de l’Espagne est à environ 220 points et celui de la Grèce à près de 1 000 points...

 

Maintenant, pour obtenir les 80 milliards d'euros prévus sur trois ans, un consensus doit être obtenu entre les formations politiques du pays afin de s'entendre sur un plan de rigueur, des mesures pour sauver le système financier et des réformes structurelles pour restaurer la compétitivité du pays (cette notion n'ayant pourtant que peu de sens pour un pays !), qui passeront notamment par des privatisations massives.

 

Le Portugal sera donc désormais lui aussi sous contrôle du FMI pour la 3e fois de son histoire - les précédentes interventions du FMI datant de 1977 et 1983, alors qu'il n'y a eu aucune crise bancaire ou immobilière et surtout aucune manipulation de chiffres (toute ressemblance avec un pays existant n'étant pas fortuite). Ce pays était pourtant vu, au début des années 1990, comme l'un des bons élèves de l'Union européenne puis de la zone euro, tant par son faible taux de chômage (4,5 %) que par sa capacité à attirer des capitaux étrangers. Mais tout bascule lorsque des taux d'intérêt bas hérités de l'entrée dans la zone euro se conjuguent à une politique laxiste privilégiant l'endettement et les déficits publics chroniques. Cet état de prospérité apparente s'effondre alors très vite après l'adhésion des 10 nouveaux membres à l'Union européenne, l'avantage compétitif tiré du faible coût de sa main-d'oeuvre s'évanouissant alors à grande vitesse, aussi vite certainement que les capitaux qui se relocalisent à l'Est.

 

Avec une économie reposant essentiellement sur l'agriculture et le textile, nulle difficulté à comprendre que l'économie portugaise est dès lors condamnée au mieux à la stagnation (sa croissance entre 2002 et 2008 fut deux fois moins rapide que l'ensemble de la zone euro), si elle ne prend pas un virage technologique majeur. Or, la seule réponse apportée par les gouvernants du pays fut d'institutionnaliser la précarité au travers par exemple des recibos verdes et de multiplier les plans de rigueur, ces derniers n'ayant été au fond qu'un coup d'essai au regard de ce qui se profile aujourd'hui...

 

Je répète à l'envi que les plans de rigueur mis en place actuellement ne sont rien d'autres que des plans de soumission aux marchés financiers. Après l'Irlande qui consacrera 24 milliards d'euros supplémentaires à renflouer ses banques (70 milliards en tout, l'Anglo Irish Bank engloutissant à elle-seule 29 milliards d'euros sans compter ses 17,7 milliards de pertes en 2010 !), le cas du Portugal en est l'exemple le plus frappant, puisque suite à la dissolution du Parlement et la convocation d'élections législatives anticipées le 5 juin, l'exécutif portugais ne peut normalement s'occuper que de la gestion des affaires courantes... et donc certainement pas négocier un plan de sauvetage ! Mais le pouvoir des marchés financiers semblent devoir s'imposer de facto à l'État...

 

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 14:49

 

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J'expliquais dans mon précédent billet que les plans de rigueur mis en place dans de nombreux pays d'Europe depuis 2010 pèsent lourdement sur la demande et dépriment l'activité. Pire, selon l'OFCE, ces plans de rigueur menés de manière concomitante par les pays d'Europe, déboucheront sur une croissance de l'économie française de 1,55 % par an en moyenne en 2011 et 2012, soit une perte de 1 point suite aux mesures d'austérité prises en France et encore 0,4 point en raison des mesures de nos partenaires européens. Le nirvana est sans doute qu'au moment où les gouvernements n'ont de cesse de parler de lutte contre le chômage, l'OFCE évalue que sans plan d'austérité le taux de chômage serait de 7,9 %, contre 9,5 % actuellement !

 

C'est pourquoi, il me semblait indispensable d'animer dans le cadre de l'Université du Temps Libre une conférence grand public que j'ai intitulée "Plans de rigueur et d'austérité : un mal nécessaire ?". Celle-ci se déroulera au centre cultuel Pierre Messmer à Saint-Avold, ce jeudi 14 avril 2011 à partir de 14h30. Elle s’adresse à tous ceux qui souhaitent comprendre ce que sont ces plans de rigueur/austérité et surtout quelles conséquences ils auront pour les citoyens (impôts, croissance, retraites,…) ! 

 

 

Renseignements auprès des services de l'UTL Metz

 

Université Paul Verlaine - Metz
UTL
5, rue Marconi
57 070 Metz Technopôle
téléphone : 03 87 31 52 24 / 06 73 48 34 26
courriel : walster@univ-metz.fr

 

 

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 12:27

 

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Des plans de rigueur ont été annoncés et mis en place dans de nombreux pays d'Europe depuis 2010. Pudiquement appelés plans de consolidation budgétaire, ils sont publiés dans les projets de loi de finances nationaux. On obtient dès lors le graphique suivant (cliquez dessus pour agrandir) :

 

 

Ampleur des plans de consolidation budgétaire en Europe en 2011

 

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[ Source : Dossier INSEE Resserrement budgétaire en Europe : quels effets ? ]

 

 

Selon une étude de l'INSEE (Resserrement budgétaire en Europe : quels effets ?), les mesures de consolidation budgétaire représentent en 2011 environ 1,2 point du PIB de la zone euro. Mais ces plans de rigueur sont très différents d'un pays à l'autre : d'un côté certains cherchent surtout à augmenter leurs recettes (Allemagne, France,...), lorsque d'autres pratiquent des coupent drastiques dans les dépenses (Irlande, Portugal,...) :

 

 

Composition des plans de consolidation budgétaire en Europe en 2011

 

Composition-plans-copie-1.JPG

 

[ Source : Dossier INSEE Resserrement budgétaire en Europe : quels effets ? ]

 

 

A court terme, ces plans pèsent lourdement sur la demande et dépriment l'activité. Le seul espoir de salut repose sur une éventuelle baisse des taux d'intérêt (due à une baisse des besoins de financement des administrations publiques) que la BCE ne semble pas vouloir suivre, et à plus long terme sur l'anticipation par les agents économiques que ces plans permettront une baisse des impôts futurs, ce qui devrait déboucher sur une baisse de l'épargne de précaution et donc un surcroît de consommation (ce dernier effet s'appelle équivalence ricardienne du nom du célèbre économiste David Ricardo). Si l'équivalence ricardienne était parfaite, alors les effets du plan de rigueur seraient totalement compensés par une baisse de l’épargne privée, laissant inchangé le niveau d’activité. Malheureusement, le monde réel ne se comporte pas comme des vases communicants...

 

Bref, le lecteur aura compris que ces plans de rigueur influent sur l'activité économique au travers de multiples canaux - souvent antagonistes ! - dont il semble difficile a priori de prévoir lequel prendra le pas sur les autres. Malheureusement pour les citoyens, les premiers chiffres pour 2011 sont là pour nous rappeler que les effets keynésiens négatifs l'ont emporté à court terme déjà : selon l'OFCE, ces plans de rigueur menés de manière concomitante par les pays d'Europe, déboucheront sur une croissance de l'économie française de 1,55 % par an en moyenne en 2011 et 2012, soit une perte de 1 point suite aux mesures d'austérité prises en France et encore 0,4 point en raison des mesures de nos partenaires européens ! Le plus terrible est sans doute qu'au moment où les gouvernements n'ont de cesse de parler de lutte contre le chômage, l'OFCE évalue que sans plan d'austérité le taux de chômage serait de 7,9 %, contre 9,5 % actuellement !

 

En définitive, ces plans de rigueur ont été conçus pour ramener les finances publiques sur une trajectoire soutenable, sans comprendre qu'en l'état actuel du système les déficits et la dette repartiront à la hausse très vite puisque les États ne disposent plus du pouvoir de création monétaire... Dès lors, ces plans de rigueur ne sont qu'une manière de soumettre les États aux diktats des marchés financiers qui leur prêtent d'un côté de l'argent pour mieux les ruiner de l'autre ! Avec pour grands perdants les salariés qui paient par un chômage plus élevé l'objectif de réduction du déficit public à 3 % du PIB en 2013... Cela justifie encore une fois, si besoin était, la parution à la fin de ce mois de mon nouveau livre - bien moins académique sur la forme et le ton, mais très précis dans ses propos et chiffres ! - qui se veut un "coup de gueule" contre cette appropriation du débat public par une minorité qui oeuvre pour ses intérêts personnels au détriment de l'immense majorité des citoyens. A suivre pour les lecteurs intéressés...

 

 

N.B : ce billet montre également l'intérêt pour moi d'animer ce jeudi14 avril une conférence sur les plans de rigueur au CAC de Saint-Avold, dans le cadre de l'Université du Temps Libre de Metz. Début des "austérités" à 14h30 !

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