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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 12:33

 

 

Après les plans de soutiens sectoriels nationaux, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait proposé en juin 2020 un plan de relance de 750 milliards d’euros, une partie étant redistribués sous forme de subventions dans le cadre du budget européen et une autre sous forme de prêts. Au même moment, Donald Trump annonçait un plan de relance de 900 milliards d'euros aux États-Unis, avant que Joe Biden n'engage des sommes encore plus importantes. Que faut-il en attendre ? Vont-il conduire à un retour de l'inflation ?

 

De Trump à Biden

 

C'est peu dire que l'économie américaine, déjà ultra-flexibilisée, a subi un choc d'une rare amplitude avec la pandémie (ci-dessous le taux de chômage) :

 

[ Source : BLS ]

 

Face à cette situation qui menaçait - et menace toujours ! - de muer en crise sociale majeure, Républicains et Démocrates avaient négocié comme des marchands de tapis un plan d'aide de 900 milliards de dollars, qui accorde des aides aux ménages et aux petites entreprises affectés par la pandémie.

 

Puis est venu Joe Biden, qui a décidé d'ouvrir grandes les vannes de la politique budgétaire avec un plan de relance de 1 900 milliards de dollars :

 

 

[ Source : https://www.post-gazette.com ]

 

Et au vu de la situation économique inquiétante, Joe Biden proposa également un plan massif d'investissement dans les infrastructures de quelque 2 000 milliards de dollars :

 

 

[ Source : Sciences et Avenir ]

 

Le plan de relance européen

 

En juillet 2020, les 27 États membres de l’UE ont décidé de s’endetter en commun pour financer un plan d’aide européen de 750 milliards d’euros baptisé Next Generation EU. Plus précisément, cette somme serait empruntée par la Commission au nom de l’Union européenne et serait ensuite redistribuée vers les États membres, soit sous forme de subventions (390 milliards d’euros) soit de prêts (360 milliards d’euros) :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Hélas, comme toujours au sein de l'UE, le diable se cache dans les détails ! Ainsi, de par sa conception, ce plan de relance reste très loin  d’un véritable financement européen mutualisé des déficits publics nationaux, qui reste qu'on le veuille ou non la ligne rouge pour l'Allemagne. D'ailleurs, à la fin du mois de mars 2021, les juges de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe ont suspendu la ratification par l’Allemagne du plan de relance européen, au motif qu’ils souhaitaient d’abord examiner un recours en référé déposé contre le mécanisme de dette commune prévu par le Fonds de relance...

 

Et quand bien même l'Allemagne donnerait son aval, chaque État membre doit encore transmettre son programme de relance national à la Commission européenne avant le 30 avril 2021, pour validation par le Conseil de l’UE à la majorité qualifiée. C'est d'ailleurs ce que viennent de faire, avec tambours et trompettes, Bruno Le Maire et son homologue allemand. Mais le processus ne s'arrête pas là, puisqu'il faudra encore attendre l'autorisation des parlements nationaux avant que la Commission européenne puisse, enfin, emprunter les fonds sur le marché et effectuer les premiers versements aux États vers le mois de septembre 2021… et le reliquat entre 2022 et 2023 ! Cela fait immanquablement penser aux carabiniers d'Offenbach...

 

Un risque d'inflation ?

 

Le gigantisme des plans américains a immédiatement soulevé la crainte d'un retour de l'inflation. En particulier, Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, et Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, redoute une surchauffe de l'économie et une envolée des prix, qui réduirait à néant cette relance. Et comme les économies sont interdépendantes, il n’en fallait pas plus pour que la problématique fasse également son grand retour au sein de la zone euro, alors même qu’elle avait disparu des radars depuis de très nombreuses années. Même les marchés financiers semblent anticiper de l’inflation, dans la mesure où les taux d’intérêt à long terme ont augmenté ces dernières semaines.

 

Les causes conjoncturelles de l’inflation sont bien connues (ci-dessous un schéma extrait de mon petit manuel Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition) :

 

 

À plus long terme, le vieillissement démographique, la transition écologique et la relocalisation des entreprises sont des facteurs susceptibles de provoquer de l'inflation. En revanche, les tombereaux de liquidités créées par les Banques centrales dans le cadre de leur politique monétaire ultra-expansionniste ne débouchent pas sur de l'inflation, simplement parce que ce sont les marchés financiers qui en profitent et pas les ménages. D’où une forte hausse du cours des actifs, mais pas des biens et services.


Mais l’inflation est avant tout un rapport social, qui dépend beaucoup du rapport de force entre salariés et employeurs dans le partage des revenus. Et à moins que les salariés - c'est-à-dire ceux qui ont encore un semblant d'emploi avec un vrai contrat de travail ! - ne réussissent à retrouver un pouvoir de négociation au sein des entreprises, il y a fort à parier que l'inflation ne fera pas son grand retour. 

 

En définitive, l'on notera avec ironie combien cela prouve que les États ne manquent pas d'argent pour financer leurs grands projets (transition écologique, rénovation des infrastructures...), mais juste de volonté politique ! Par ailleurs, peu d'observateurs ont remarqué que le chômage partiel payé par l'État en Europe et les chèques directement envoyés par l'État aux ménages aux États-Unis témoignaient du passage à une économie administrée non souhaitée par les gouvernements. D'une certaine façon, la crise liée à la covid-19 nous aura rapprochés, bon gré mal gré, d'une économie avec revenu universel, ce qui dans les conditions actuelles est loin d'annoncer des jours heureux...

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20 avril 2021 2 20 /04 /avril /2021 12:56

 

 

La dette publique fait couler beaucoup d'encre en ce moment, en particulier depuis la publication du rapport sur l'avenir des finances publiques en France dont j'avais rendu compte dans cet article. En particulier, les médias font souvent usage de l'expression "effet boule de neige", lorsqu'il s'agit d'évoquer l'emballement de la dette publique. Mais de quoi s'agit-il exactement ?

 

Le constat sur la dette publique

 

Voici le taux d'endettement public au sein de l'Union européenne au troisième trimestre 2020 :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Selon Eurostat, par rapport au troisième trimestre 2019, tous les États membres ont enregistré une hausse de leur ratio de la dette publique par rapport au PIB ! Il est vrai que la crise liée à la covid-19 est passée par là... Les hausses les plus fortes ont été observées à Chypre (+22,9 points), en Italie (+17,4 points), en Grèce (+17,3 points), en Espagne (+16,6 points) et en France (+16,5 points).

 

La dynamique simplifiée de la dette publique

 

Tout d'abord, il faut garder à l'esprit que c'est au taux d'endettement public que l'on s'intéresse, défini comme le rapport entre le volume de dette publique et le PIB. Dès lors, l'on peut montrer que le taux d’endettement public à une année donnée t+1 (noté dt+1) dépend du taux d'endettement public de l'année précédente (noté dt), du taux d'intérêt sur la dette publique (i), du taux de croissance du PIB (g) et du solde public hors charge d'intérêt (noté bpt+1):

 

 

Cette relation est en fin de compte assez simple à comprendre, puisqu'elle dit simplement que l’évolution du taux d'endettement public dépend des conditions d'emprunt (taux d'intérêt), des conditions économiques (taux de croissance) et de l'état des finances publiques au même moment (solde public hors charge de la dette).

 

La stabilisation du taux d'endettement public peut donc s’écrire :

 

 

Le solde primaire stabilisant dépend donc de l'écart entre le taux de croissance de l'économie (g) et le taux d'intérêt apparent de la dette publique (i). Dès lors, pour stabiliser la dette publique en pourcentage du PIB, il faut que le solde public primaire soit supérieur au produit du taux d'endettement public (dt) et de l’écart entre le taux d’intérêt sur la dette publique (i) et le taux de croissance en valeur du PIB (g).


L'austérité

 

Sur la base des éléments développés ci-dessus, nous en déduisons que si le taux d’intérêt sur la dette publique (i) est supérieur au taux de croissance en valeur du PIB (g), il devient plus difficile de stabiliser le taux d'endettement public, dans la mesure où cela nécessite de réduire considérablement le solde public primaire au prix d'une austérité drastique (coupe dans les dépenses publiques, hausse d'impôts...) :

 

 

L'effet boule de neige

 

Et la pire situation est celle où les investisseurs qui achètent les titres de dette publique prennent peur. Dans ce cas, il peut se mettre en place un effet boule de neige, qui débouche sur une auto-alimentation de la dette publique du fait de l’accumulation des charges d’intérêt :

 

 

Mais disons-le clairement : la France n'est absolument pas dans ce cas de figure, n'en déplaise aux Cassandre ! Au reste, d'autres États européens, comme l'Italie, sont dans des situations financières bien plus dramatiques, mais qui ne portent pas à conséquence - pour l'instant ! - en raison de la politique monétaire ultra-expansionniste menée par la BCE. Tout cela devrait inciter les gouvernements à débattre démocratiquement de ce qu'il est souhaitable de financer avec la dette publique...

 

P.S. L'image de ce billet provient du site https://immersioninenglish.wordpress.com

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13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 12:34

 

 

"La Bourse, temple de la spéculation" est une phrase choc que l'on trouve dans le Manuel du spéculateur à la Bourse, publié en 1853 par Pierre Joseph Proudhon. L'image avait déjà été employée par Karl Marx et fera florès notamment dans la littérature du XIXe siècle (Maupassant, Zola...). C'est pourquoi, après mes billets sur la financiarisation de l'économie et ses conséquences mortifères, je vous propose un petit retour dans le passé en commentant très brièvement certains passages de ce livre de Proudhon, dont les références se rapportent à l'édition de 1857, disponbiel en ligne.

 

De la définition de la spéculation

 

Son manuel se veut, certes, une description très pédagogique du fonctionnement réel de la Bourse, mais aussi une charge lourde contre les pratiques boursières de son époque. Pour éviter tout contresens, il faut garder à l'esprit que Proudhon ne condamne pas la spéculation par nature, en ce qu'elle encourage le développement économique et le progrès technique (on se rapproche ici de la description de l'entrepreneur faite par Schumpeter) : "En tant qu’il sert de compensation au risque que toute spéculation productive emporte avec elle, l’agio est légitime" (p.19).


Mais son détournement par des spéculateurs qui cherchent la richesse sans risque est détestable, car alors le spéculateur ne crée aucune nouvelle entreprise et se contente d'espérer des rendements mirobolants de son investissement. Ce genre de spéculateurs, les agioteurs comme l'on disait au XIXe siècle, font alors travailler leur argent sans aucun apport/utilité pour la société. "Recherché pour lui-même, indépendamment de la production spéculative, l’agio pour l’agio enfin, il rentre dans la catégorie du pari et du jeu, pour ne pas dire de l’escroquerie et du vol : il est illicite et immoral. La Spéculation ainsi entendue n’est plus que l’art, toujours chanceux cependant, de s’enrichir sans travail, sans capital, sans commerce et sans génie ; le secret de s’approprier la fortune publique ou celle des particuliers sans donner aucun équivalent en échange : c’est le chancre de la production, la peste des sociétés et des États." (p.19).

 

Les délits d'initiés

 

Sa charge contre les délits d'initiés n'a du reste pas pris une ride : "La plupart des spéculations de Bourse, qu’elles aient pour objet les fonds publics ou les valeurs industrielles, reposent aujourd’hui, soit sur des éventualités plus ou moins ingénieusement calculées, et dont la cause première est généralement l’État ; soit sur des secrets dérobés aux compagnies ou à l’État ; soit enfin sur la faveur, l’indiscrétion, la connivence ou la vénalité présumée des administrateurs de compagnies et des fonctionnaires de l’État. À cette heure la spéculation n’est plus un jeu où chacun a le droit de faire tout ce que la loi ne défend pas, et de corriger, autant que le permet la prudence, les caprices du hasard. C’est une réunion de tous les délits et crimes commerciaux : charlatanisme, fraude, monopole, accaparement, concussion, infidélité, chantage, escroquerie, vol." (p.23).

 

Proudhon développe alors sur plusieurs pages de multiples exemples de délits d'initiés qui, il est vrai, se comptaient par légion au XIXe siècle : chemins de fer, mines, poterie, etc. Ajoutons avec Émile Zola, dans son roman L'argent, que "l'argent est le fumier dans lequel pousse l'humanité de demain. Le terreau nécessaire aux grands travaux qui facilitent l'existence".

 

Les liens entre économie réelle et économie financière

 

Selon Proudhon, les spéculateurs n'hésitent pas à jouer leur argent sur les denrées alimentaires et les titres d'État, pratiques qui portent à grandes conséquences dans la mesure où ce que nous qualifions aujourd'hui d'économie réelle est très largement dépendante de l'économie financière et réciproquement : "Mais, de même que par la division du travail et la spécialité des fonctions, toutes les opérations industrielles, capitalistes et mercantiles sont plus ou moins dépendantes les unes des autres et solidaires ; de même il y a dépendance et solidarité plus ou moins étroite entre toutes les affaires spéculatives, de quelque nature qu’elles soient". (p.29).

 

S'ensuit une splendide description des liens entre l'économie financière et l'économie réelle, qui montre la folie de laisser la finance s'autonomiser : "Les fonds publics, par exemple, ne peuvent éprouver ni hausse ni baisse, sans que les valeurs industrielles, cotées à la Bourse, en reçoivent aussitôt le contre-coup, lequel se propage ensuite, comme un écho, dans tout le monde spéculateur. Le banquier de Marseille et de Bordeaux, aux nouvelles de la Bourse de Paris, élargit ou resserre son crédit ; le notaire de province, le petit prêteur, se montrent plus réservés ou plus faciles ; le commissionnaire restreint ou augmente ses commandes ; l’entrepreneur donne plus ou moins d’essor à sa fabrication ; l’ingénieur est excité ou retenu dans la poursuite de ses découvertes ; le fermier, le vigneron, l’éleveur de bétail, augmentent ou diminuent le prix de leurs produits ; et si la masse ouvrière ne répond pas à son tour à chaque impulsion qu’elle reçoit par une élévation ou une réduction proportionnelle de ses salaires, elle ne subit pas moins les conséquences du mouvement, en en faisant tous les frais. Dans l’économie générale, celui qui refuse de marcher quand les autres sont en route paye pour tout le monde." (p.29).

 

Le pouvoir de la finance

 

Proudhon en conclut avec pertinence le pouvoir tout-puissant de la Bourse au XIXe siècle, qu'en termes modernes nous pouvons rapprocher du pourvoir tout-puissant des marchés financiers (actions, obligations, dérivés...) :  "Quoi qu’il en soit, comme toute faculté, dans la société aussi bien que dans l’individu, doit avoir son expression et son organe, il était inévitable que la spéculation obtînt aussi le sien ; qu’elle eût son appareil, son lieu de manifestation, ses formules, son temple. La politique a ses palais, la religion ses églises, l’industrie ses manufactures et ses chantiers, le commerce ses ports, le capital ses banques : pourquoi la Spéculation serait-elle demeurée à l’état de pure abstraction ? La BOURSE est le temple de la Spéculation. La Bourse est le monument par excellence de la société moderne." (p.31).

 

Face à ces comportements spéculatifs néfastes, Proudhon préconise une solution radicale pour extirper le mal dans la société :  "Si les 80 milliards d’opérations qui se font annuellement à la Bourse n’ajoutent pas un centime à l’actif social, l’exécution en masse de cette population parasite ne créera pas non plus un centime de déficit" ! (p.165). Dans une version actuelle apaisée, peut-être pourrions-nous nous contenter d'envoyer certains d'entre eux purger de véritables peines de prison, histoire de rendre la justice un peu plus juste...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article des Échos.

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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 13:34

 

 

La France est un pays qui aime créer des commissions de réflexion pour régler ses problèmes. Dernière en date, la commission sur l’avenir des finances publiques, présidée par Jean Arthuis, vient de remettre ses conclusions au Premier ministre. Après un diagnostic sur l'état des finances publiques en France, le rapport détaille ses propositions pour réduire le déficit public et stabiliser le taux d'endettement public. Jetons-y un œil !

 

Les membres

 

Le rapport de cette commission, intitulé Nos finances publiques post-Covid-19 : pour de nouvelles règles du jeu et sous-titré Commission pour l’avenir des finances publiques, fut commandé par le Premier ministre à la fin de l'année 2020. Derrière l'habillage sémantique, il s'agissait de faire des propositions pour retrouver l'équilibre des comptes et de maîtriser la dette publique. Fidèle à son positionnement sur cette question lors de sa participation au gouvernement sous Jacques Chirac, Jean Arthuis a su s'entourer de personnes qui étaient loin d'être des hétérodoxes. Qu'on en juge :

 

 

Le constat

 

Dès lors, rien d'étonnant à ce que le rapport s'ouvre par un chapitre intitulé Un niveau de dette préoccupant encore accru par la crise du Covid-19, alors même que l'un des graphiques prouve que les taux historiquement bas marquent le moment où il faudrait au contraire allonger la maturité de la dette publique, afin de retarder le moment où une hausse des taux d’intérêt – liée par exemple au retour de l’inflation – commencera à avoir un impact sur la charge de la dette.

 

 

[ Source : Rapport Arthuis ]

 

En revanche, je suis d'accord avec le constat que la divergence des taux d'endettement public entre les États membres de la zone euro est plutôt inquiétante, ne serait-ce qu'en raison du partage d'une monnaie unique :

 

 

[ Source : Rapport Arthuis ]

 

Quant à la ventilation des dépenses publiques selon les pays, rappelons que comparaison ne vaut pas raison. Le lecteur intéressé par la dépense publique pourra utilement lire le billet circonstancié que j'avais rédigé à ce sujet lors du vrai-faux Grand débat national.

 

 

[ Source : Rapport Arthuis ]

 

Les préconisations

 

Pour faire face à la hausse de l'endettement public, le rapport préconise de "poursuivre le soutien budgétaire tant que la crise sanitaire et économique n’est pas derrière nous", rejette catégoriquement l'annulation de la dette publique détenue par la BCE, l'allongement de maturité, les dettes perpétuelles, les hausses d'impôts ainsi que le cantonnement de la dette liée à la pandémie. Il propose de faire en sorte que "les dépenses publiques augmentent tendanciellement moins vite que les recettes, c’est-à-dire moins vite que la croissance potentielle" et, pour couper court à la critique de l'austérité, suggère de "s’assurer de ne pas sacrifier les dépenses ou investissements d’avenir".

 

Le tout à l'horizon 2030 avec "une transformation radicale de la gouvernance de nos finances publiques" dans un cadre pluriannuel, car le pilotage des finances publiques est trop court-termiste (vrai !), peu crédible (vrai !), éclaté entre de multiples administrations (vrai !) et caractérisé par une insuffisante responsabilisation (vrai !). Pour renforcer la transparence à long terme des finances publiques, il préconise enfin la création d'une "institution budgétaire indépendante aux compétences larges" à l'image de l’Office for budget responsability britannique ou du Congressional budget office américain.

 

Voici la synthèse des propositions faites par le rapport :

 

 

Peu ou prou, ce sont exactement les préconisations faites depuis 30 ans et je souhaite, par conséquent, bien du bonheur au gouvernement pour départir les dépenses courantes des dépenses d'avenir... Mais ne soyons pas dupes, lorsqu'il s'agit de réduire à court terme le déficit public, qui à n'en pas douter sera un marqueur fort de la prochaine campagne présidentielle, les gouvernements ne s'embrassent pas de détails.

 

Ils se tournent quasi systématiquement vers des politiques d'austérité qui ne disent pas leur nom ou à tout le moins vers des coupes aveugles dans les dépenses publiques. Le tout au nom d'une idéologie de l'équilibre budgétaire, qui n'a jamais fait ses preuves ni sur la croissance ni sur l'emploi, mais qui a toujours réussi à disloquer le corps social d'un pays...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du Nouvel économiste.

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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 13:13

 

 

Dans un précédent article, j'avais expliqué le mécanisme de création monétaire par les banques commerciales et la nature de la monnaie créée par la Banque centrale. En complément, et pour répondre à des questions qui m'ont été posées, je vous présenterai aujourd'hui le bilan de la Banque centrale européenne.

 

Bilan simplifié d'une Banque centrale

 

Pour faire simple, le passif d'une Banque centrale correspond à ses ressources et l'actif à ses emplois (ce qu'elle fait avec ses ressources) :
 

 

Pour le dire en quelques mots, l'on trouve au passif de la BCE les billets et réserves des banques commerciales auprès de la Banque centrale, tandis qu'à l'actif figurent les réserves (or, devises, titres...) ainsi que les créances sur l'État et les banques commerciales.

 

Dans un système bancaire hiérarchisé, c'est-à-dire où existe une Banque centrale et des banques commerciales dites de second rang, chaque banque commerciale émet sa propre monnaie qui, par construction, ne circule qu'au sein de son propre circuit bancaire. Dans ce cas, la monnaie centrale, est la seule monnaie acceptée par toutes les banques et plus généralement tous les agents économiques.  Elle est constituée des billets et de la monnaie scripturale émise par la Banque centrale. Dès lors, lorsque l'assouplissement quantitatif (quantitative easing) mis en place par une Banque centrale consiste à acheter des titres de dette publique aux banques, il y a une égale hausse de la dette publique achetée par la Banque centrale et des réserves des banques à la Banque centrale.

 

Le bilan complet de la BCE

 

Maintenant que le lecteur est familier avec les grandes masses du bilan d'une Banque centrale, regardons en détail celui, au 19 mars 2021, de la BCE :

 

 * Actif

 

 

[ Source : BCE ]

 

 * Passif

 

 

[ Source : BCE ]

 

La taille du bilan de l’Eurosystème (BCE + Banques centrales nationales) a ainsi dépassé 7 000 milliards d’euros en 2021, soit plus de 60 % du PIB de la zone euro !

 

Évolution du bilan de la BCE

 

L'évolution du bilan de la BCE entre 1999 et 2020 en dit long sur la nature de la politique monétaire menée par cette Banque centrale :

 

 

[ Source : BCE ]

 

Le total de l'actif de la BCE a donc été multiplié par 7 en 15 ans, et par 3,5 depuis 2014 ! L'on repère immédiatement la mise en place de l'assouplissement quantitatif (quantitative easing), qui s'accompagne d'une augmentation phénoménale des titres (titres de dette publique essentiellement et titres privés) de la zone euro détenus à l'actif de la BCE. Avant même la pandémie, la BCE détenait 20 % des dettes publiques de la zone euro, proportion vouée à augmenter après l’annonce par Christine Lagarde d’un programme d’achat urgence pandémique (PEPP). La contrepartie de ces actifs détenus par la BCE est principalement la monnaie centrale détenue par les banques commerciales.

 

Et les autres grandes Banques centrales dans le monde ne sont pas en reste, puisqu'elles pratiquent quasiment toutes des politiques monétaires non conventionnelles, amplifiées depuis la pandémie de covid-19 :

 

 

[ Source : FRED ]

 

Bref, la création de monnaie centrale atteint des montants vertigineux partout dans le monde. Certes, à court terme, une Banque centrale peut créer toute la monnaie nécessaire pour acheter encore et encore des titres, dans l'espoir d'atteindre enfin un jour son objectif (un taux d'inflation à moyen terme proche de 2 % dans le cas de la BCE). Mais à condition que ne s'installe pas une défiance envers la monnaie, d'autant que malgré les tombereaux de liquidités qui s'échappent de la BCE, l'économie ne semble pas s'en porter mieux. C'est que cette monnaie n'irrigue, hélas, pas l'économie réelle pourtant en quête de financement utile !

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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 12:42

 

 

Il aura suffi que le ministre délégué au Commerce extérieur, Franck Riester, commente les chiffres des importations pour que soit relancé le débat sur le déficit commercial. Honnie pour les uns, simple statistique pour les autres, la balance commerciale semble assurément polariser les opinions... C'est pourquoi, après mes billets sur la financiarisation de l'économie et ses conséquences mortifères, il sera question aujourd'hui des échanges commerciaux de la France.

 

Balance commerciale et taux de couverture

 

La balance commerciale est  le compte qui retrace la valeur des biens exportés et la valeur des biens importés sur la base des statistiques douanières. Le solde du commerce extérieur est la différence entre la valeur des exportations et celle des importations. Si celui-ci est positif, on parle d'excédent commercial, sinon il s'agit d'un déficit commercial. Il à noter que contrairement aux États-Unis entre autres, la balance commerciale en France ne couvre pas les services, qui figurent dans la balance des biens et des services.

 

Le taux de couverture du commerce extérieur est le rapport entre la valeur des exportations et celle des importations :

 

 

* lorsque le taux de couverture est inférieur à 1, la balance commerciale est déficitaire ;

 

 * lorsque le taux de couverture est égal à 1, la balance commerciale est équilibrée ;

 

 * lorsque le taux de couverture est supérieur à 1, la balance commerciale est excédentaire.

 

Notons que la balance commerciale, et donc le taux de couverture, peut être relative à un produit ou à l'ensemble des échanges de produits.

 

Le déficit commercial de la France

 

Commençons par ce graphique qui présente l'évolution du solde commercial de la France depuis 2004, date à laquelle elle devient structurellement déficitaire :

 

 

[ Source : Rapport 2021 sur le commerce extérieur ]

 

 

On constate que même hors énergie, la balance commerciale française est déficitaire. Quant à l'année 2020, selon le rapport 2021 sur le commerce extérieur, les exportations de la France chutent de près de 16 % et les importations de 13 % (sauf bien entendu les masques  et autres produits de santé...), reculs prévisibles lors d'une crise. En revanche, la facture énergétique diminue presque de moitié à la faveur du recul du prix du pétrole et des volumes importés. Au total, le déficit commercial de la France s'élevait à 65,2 milliards d'euros en 2020, soit une dégradation de plus de 7 milliards par rapport à l'année précédente. 

 

Les chiffres clés du commerce extérieur de la France en 2020

 

Toujours selon le rapport 2021 sur le commerce extérieur, voilà les principaux éléments à retenir sur le commerce extérieur de la France (chiffres, principaux partenaires, secteurs concernés...) :

 

 

[ Source : Rapport 2021 sur le commerce extérieur ]

 

Le solde commercial de quelques autres pays de l'UE

 

Le graphique ci-dessous présente le solde de la balance commerciale pour plusieurs pays de l'UE. Il faut néanmoins rester prudent sur l'interprétation de ces chiffres, puisqu'ils ne tiennent pas définition pas compte des services (alors que nous sommes dans un monde de services) et ne permettent certainement pas de conclure qu'en Allemagne tout va bien et qu'à l'inverse au Royaume-Uni tout va mal, comme je l'expliquais dans mon livre Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie.

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Est-ce grave docteur ?

 

Ce qui compte vraiment, ce n'est pas tant le solde des seuls biens (balance commerciale), mais celui des biens, services, revenus (salaires, dividendes, intérêts…) et de certains transferts (dons, aides…). L'on obtient alors la balance courante, présentée sur le graphique ci-dessous :

 

 

[ Source : Rapport 2021 sur le commerce extérieur ]

 

Et l'image qu'elle donne du commerce extérieur est bien différente de celle qui résultait de la seule prise en compte des biens. En effet, même si le solde commercial est déficitaire, c'est tout le contraire pour les services, ce qui reflète la réalité de l'économie française où la part de l'industrie est déclinante (désindustrialisation) et où les emplois se situent essentiellement dans le secteur des services. Et il faudrait par ailleurs refaire les calculs hors énergie, puisqu'en l'état actuel des choses la France est contrainte d'importer, bon gré mal gré, le pétrole nécessaire à l'activité.

 

Ces chiffres sont donc loin d'être catastrophiques, mais ils doivent faire réfléchir sur les choix politiques faits depuis trois décennies... En effet, l'illusion d'une économie sans industrie (fabless pour reprendre les mots d'un grand patron français...) a contribué à une désindustrialisation accélérée, qui a débouché sur une baisse tendancielle des gains de productivité et de la croissance potentielle :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Chemin faisant, la France a perdu des parts de marché dans les exportations mondiales de biens et services :

 

 

[ Source : Rapport 2021 sur le commerce extérieur ]

 

Ce n'est cependant pas en accompagnant la dégradation industrielle d'une dégradation des conditions de travail que l'on inversera une tendance, répétons-le, voulue en partie par le politique. Et dire qu'il aura fallu attendre Macron, chantre de la flexibilité rebaptisée flexisécurité, pour que la question de la souveraineté économique refasse surface, même si la gestion de la crise de la covid-19 a montré l'incapacité du gouvernement français à ajouter des actes aux paroles ! Et que dire de cette lubie pour les seules start-up, alors que l'essentiel de l'emploi est lié aux industries plus traditionnelles, qu'il faudrait accompagner dans leur transition écologique (entre autres !).

 

En définitive, c'est bien d'une politique industrielle que la France a besoin !

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15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 12:25

 

 

Lorsqu'il est question de prévisions économiques, trop souvent elles se résument à évoquer la croissance, négligeant de facto l'ensemble des questions sociales ou faisant croire qu'elles découlent de la production. Or, c'est l'emploi qui devrait être au cœur des préoccupations, puisque d'une part il est encore intimement lié à la (sur)vie des individus et d'autre part il y a fort à craindre que la crise liée à la covid-19 ait un impact majeur à long terme non seulement sur le volume d'emploi, mais aussi sur les conditions de travail...

 

Le chômage en France au 4e trimestre 2020

 

Au quatrième trimestre 2020 (derniers chiffres connus), le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) atteint 2,4 millions de personnes en France (hors Mayotte), soit 8 % de la population active, en baisse par rapport au trimestre précédent :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Cette baisse du chômage au 4e trimestre (-340 000 personnes) provient d’abord de la hausse du taux d’emploi, c'est-à-dire du rapport entre le nombre de personnes en emploi et le nombre total de personnes (encore qu'en regardant le nombre d'heures travaillées la situation n'est plus la même...). Mais, les chiffres sont quelque peu en trompe-l’œil, dans la mesure où le deuxième confinement, qui s'est étendu du 30 octobre au 15 décembre 2020, a influé sur les chiffres du chômage d'une manière équivalente, mais plus modérée, à celle que j'avais détaillée pour le 1er confinement. En effet, un nombre important de personnes ont basculé statistiquement dans l’inactivité parce qu'elles n'étaient pas en mesure d'effectuer des recherches actives d’emploi, l'une des conditions pour être considéré comme chômeur au sens du BIT.

 

En regard de ce chiffre se trouve le halo de chômage, constitué d'inactifs (1,8 million tout de même !) n'étant pas au chômage au sens du BIT, mais étant dans une situation qui s'en approche :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Les plans sociaux se multiplient

 

Dans le but d’alerter l'opinion publique, la CGT a créé le site stoplicenciement.fr avec une carte des plans sociaux et de licenciements en cours, tant ceux-ci se multiplient depuis le début de la pandémie, avec parfois un zeste d'opportunisme patronal à peine voilé :

 

 

[ Source : CGT ]

 

Certes, pour l'instant l'on n’assiste pas à une explosion des pertes d'emplois, en raison principalement des mesures de soutien public : chômage partiel, prêts garantis par l'État, reports de cotisations sociales et autres aides dont le coût flambe ! Autrement dit, et cela mérite d'être remarqué, c'est un gouvernement néolibéral qui choisi d'intervenir fortement dans l'économie ("quoi qu'il en coûte") de peur de voir le capitalisme s'effondrer.

 

Mais que les tenants de l'orthodoxie budgétaire se rassurent, Olivier Dussopt, ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, chargé des Comptes publics, a déjà sonné la fin de la récréation interventionniste en 2021 et évoque désormais les réformes qui doivent permettre de "rembourser" (sic !) la dette publique. Son ministre de tutelle, quant à lui, n'en finit plus de s'ingénier pour que les ménages français dépensent leur surplus d'épargne en consommation et investissement. Du moins, pour ceux qui ont encore de l'argent dans leur bas de laine...

 

Le licenciement collectif simplifié

 

Qui n'a pas remarqué que depuis quelque temps, il n'est plus tellement question de licenciements dans les médias, mais plutôt de départs volontaires, comme si les salariés rêvaient de quitter leur emploi pour se retrouver au chômage ? Ce changement de vocable ne doit pas faire oublier qu'il s'agit toujours d'une perte d’emplois, mais classée et parfois indemnisée différemment par l'administration.

 

Au traditionnel plan de sauvegarde de l'emploi (qu'on juge de l'expression orwellienne !), s'ajoutent désormais le plan de départs volontaires (PDV), la rupture conventionnelle collective (RCC), l'accord de performance collective (APC) et l'accord d'activité partielle de longue durée (APLD). Une véritable panoplie de petit magicien des ressources humaines, qui permet de faire sortir facilement et à moindres frais des licenciements collectifs du chapeau de la compétitivité :

 

 

En fin de compte, la flexibilité, ou sa déclinaison macroniste la flexisécurité, n'aura été qu'une illusion censée permettre de renouer avec la croissance. Non seulement elle aura conduit à faire des salariés encore un peu plus une variable d'ajustement économique, mais pis, elle aura ravagé les notions d'engagement au travail et de sens. Et bien entendu, quand une politique est délétère et ne profite qu'à une infime minorité, il est important de la poursuivre au nom d'un intérêt général qui fleure bon l'intérêt privé...  

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8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 12:39

 

 

Après de nombreux billets sur la création de monnaie, la monnaie de la Banque centrale, les monnaies locales et plus récemment l'étalon-or, il m'a semblé intéressant de compléter cette série par une petite analyse du Bitcoin, devenu un véritable phénomène de société depuis que son cours défraie la chronique.

 

Qu'est-ce que le Bitcoin ?

 

Le Bitcoin, conçu en 2009 par l'informaticien Satoshi Nakamoto (plus probablement un groupe de geeks cachés derrière ce pseudonyme), est une monnaie émise de pair-à-pair, non régulée par une Banque centrale, utilisable au moyen d'un réseau informatique décentralisé et qui s'appuie sur des techniques de cryptographie. D'où sa qualification abusive de cryptomonnaie à laquelle je préfère celle de cryptoactif.


Par ailleurs, il ne faut pas confondre cryptomonnaie et monnaie numérique (ou digitale en franglais) :

Comment fonctionne le système Bitcoin ?

 

Concrètement, voilà comment se déroule de manière schématique une transaction en bitcoins :

 

 

[ Source : BdF - ABC de l'économie ]

 

En complément, je vous invite à regarder la courte vidéo ci-dessous, qui résume plutôt bien les principaux éléments à retenir :

Tout cela semble très intéressant, mais à l'origine il a bien fallu créer les premiers Bitcoins et les distribuer. C'est là qu'intervient un processus appelé minage, qui consiste à créer des Bitcoins et à les affecter à une personne (le mineur) qui aura contribué à vérifier la validité des opérations en installant sur son ordinateur un logiciel spécifique à cet effet. Ces mineurs sont donc rémunérés à mesure des calculs effectués, mais la forte concurrence entre ces personnes pour obtenir de nouveaux Bitcoins et la puissance très importante de calcul nécessaire, rendent le minage de plus en plus difficile. Voilà pourquoi ses défenseurs le comparent souvent à l'or et rêvent de le voir devenir un actif refuge...

 

Quel est le cours du Bitcoin ?

 

Disons-le clairement, il n'existe pas de Bourse officielle du Bitcoin qui aurait pour fonction de sécuriser les échanges et de s'assurer de l'identité des personnes effectuant une transaction. C'est d'une certaine façon l'une des raisons pour lesquelles le Bitcoin a été créé, ce qui rattache d'emblée le Bitcoin a une mouvance libertaire/anarchiste. Tout au plus dispose-t-on de plusieurs sites où il est possible d'échanger du Bitcoin (Kraken, Coinbase...), d'où des cours différents. Le site CoinMarketCap nous fournit une évolution du cours moyen du Bitcoin en dollars :

 

 

[ Source : CoinMarketCap ]

 

Bref, le Bitcoin monte fréquemment dans les tours, et récemment, lorsque le cours de 50 000 dollars pour un Bitcoin a été dépassé, cela n'a pas manqué d'exciter  l'attention des médias et des investisseurs en herbe ! Ne parlons même pas de l'hystérie qui gagna les réseaux sociaux lorsqu'Elon Musk, le patron de Tesla, ajouta un hashtag bitcoin sur son compte Twitter...

 

Bitcoin, un actif spéculatif pas une monnaie

 

Selon l'économiste Jean Cartelier, un système de paiement monétaire peut être caractérisé par trois éléments : une unité de compte, une règle de monnayage et une procédure de paiement. Le Bitcoin semble donc avoir certaines caractéristiques d'un système de paiement, mais sa volatilité n'en fait à l'évidence pas une monnaie utilisable à grande échelle pour les échanges marchands.

 

Le bitcoin est d'ailleurs coutumier de ces variations extrêmes, ne serait-ce qu'en raison d'une offre (fixe) qui ne peut répondre aux variations de la demande, d'où  de fortes variations de cours. Qu'il suffise par ailleurs de se souvenir du premier mini-krach de 2011, lorsque le cours du bitcoin était passé de moins d'un dollar à 30 dollars avant de redescendre sous les 3 dollars ! Mais c'est surtout au printemps 2013 qu'il a beaucoup fait parler de lui après une chute de cours supérieure à 70 % ! C'était l'époque où la crise chypriote battait son plein et les investisseurs, inquiets de voir leurs dépôts lourdement taxés, ont certainement cherché à convertir leurs euros en bitcoins.

 

Et en 2016, le bitcoin a tutoyé les 1 000 dollars, en partie à cause du contexte économique difficile en Asie. En effet, les restrictions imposées par Pékin aux sorties de capitaux ont été partiellement contournées à la faveur de la conversion du yuan en bitcoin, ce qui conjugué au goût des Chinois pour la spéculation a conduit les trois principales plates-formes chinoises d’échange en bitcoins a représenter 95 % des volumes dans le monde ! Certes, le Bitcoin pourrait être vu comme un formidable outil de dissidence politique dans des pays autoritaires, mais en même temps son utilisation répétée comme moyen de paiement par des personnes aux intentions peu louables m'inquiète...

 

En définitive, le Bitcoin tient plus de l'actif spéculatif que de la monnaie, c'est un fait ! L’appellation cryptoactif me semble dès lors bien plus attitrée.

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de la Tribune.

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 13:33

 

 

Dans un précédent billet, j'avais expliqué la différence entre finance et financiarisation, la deuxième n'étant finalement que la forme parasitaire de la première, en ce qu’elle met l’ensemble des activités productives sous la coupe des puissances financières (investisseurs, marchés, fonds...), avec la complicité active ou résignée du politique. Aujourd'hui, j'aborderai en complément les dégâts provoqués par cette financiarisation sur les entreprises et les travailleurs.

 

Le rendement des fonds propres

 

La rentabilité exigée par les actionnaires est le plus souvent mesurée par un indicateur simple - trop simple ! - appelé ROE, défini comme suit :

 

 

Et dans la plupart des pays, dont la France, le ROE attendu par les actionnaires est très élevé au regard des taux d’intérêt à long terme sans risque :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

L'entreprise au service de la rente des actionnaires

 

Évidemment, pour satisfaire une telle rentabilité à court terme, les entreprises se sont lancées dans un processus d'autodestruction. Ainsi, les projets d'investissement à horizon trop lointains sont à bannir, puisque l'actionnaire n’est guère prêt à attendre 5 ans pour récupérer les fruits de l'investissement, ce qui peut conduire une entreprise à se priver d'opportunités de croissance dans le futur. Et afin que chaque actionnaire puisse satisfaire son besoin irrépressible de contrôler les comptes de l'entreprise, les sociétés cotées sont sommées de publier au moins tous les trimestres leurs états financiers.

 

De même, comme l'affirmait avec justesse Peter Drucker, "there is no profit unless you earn the cost of capital”, ce qui signifie que dans une économie financiarisée l'entreprise n'est plus seulement sommée de faire du résultat net, mais encore de dépasser le coût du capital utilisé (emprunts et titres financiers) appelé WACC (Weighted Average Cost of Capital) dans le jargon. C'est ce qui permet de comprendre pourquoi des entreprises qui font du profit annoncent néanmoins des plans de licenciements : ce sont les licenciements boursiers du type Renault à Vilvorde ! L'entreprise financiarisée se doit donc d'être à l'image du surhomme néolibéral, afin de s'adapter à son environnement pour dégager toujours plus de rentabilité : sans graisse, flexible, toujours en mouvement ! Le patron de Danone est d'ailleurs en train d'en faire les frais...

 

À défaut de pouvoir disposer du temps et des fonds nécessaires pour innover, les entreprises ont dès lors privilégié les rachats de brevets ou de sociétés innovantes, avec le splendide résultat que nous voyons en France avec Sanofi : en rade sur le vaccin contre la covid-19, l'entreprise a choisi de réduire ses effectifs (dont ceux de la recherche !), mais d'augmenter le dividende versé à ses actionnaires ! Au reste, l'innovation n'a souvent comme seul but que de permettre de raccourcir le cycle de production/consommation, afin de coiffer au poteau les concurrents. D'où une forme obsolescence programmée devenue la règle, afin de faire gonfler le chiffre d'affaires !

 

Les travailleurs comme variable d'ajustement

 

Bien entendu, l'entreprise financiarisée se retrouve bon gré mal gré ravalée au rang de simple boîte noire distributrice de dividendes. Et cela a forcément un impact en amont sur la répartition des revenus entre profits et salaires, au détriment des seconds. Cela peut se voir sur le graphique ci-dessous, qui montre que le partage des revenus au sein de la zone euro se déforme structurellement en faveur des entreprises et donc au détriment des salariés :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Si les actionnaires concédaient une baisse de leurs exigences de ROE, il serait a priori possible d’accroître au moins les bas salaires. Mais cela a autant de chance de se réaliser que la venue du père Noël par la cheminée. Tout d'abord, les rentiers de la Bourse n'ont aucun intérêt financier (la solidarité n'a jamais été une vertu à la Bourse...) à arrêter le dépeçage de la bête tant qu'il reste encore du gras. De plus, en régime capitaliste le salaire est réputé être le vrai prix du travail fourni, ce qui revient à dire que la main invisible du marché rétribue chacun à sa juste contribution sans qu'il y ait lieu de s'en soucier. De l'art de fabriquer des pauvres à défaut de chômeurs...

 

Face à ce problème social majeur (flexibilisation à outrance, exigence de productivité qui mine la santé mentale, perte de sens du travail, salaires à la peine...), la réponse a trop longtemps été la hausse de l'endettement des ménages, avec l'hyperconsommation comme calmant. Mais avec le ralentissement de l'économie à la suite de la crise liée à la covid-19, les États seront contraints d'augmenter les politiques de redistribution (assurance chômage, allocations pour lutter contre la pauvreté) pour tenter d'éviter la conflagration sociale. Mais en même temps, les finances publiques sont sous le coup des marchés financiers, qui exigent des gouvernements une baisse de la dette publique.

 

On marche sur la tête en raison d'un système économique vicié ! Émile Durkheim parlait d'anomie au XIXe siècle pour caractériser une telle situation de dérèglement social, qui selon lui résulte de la division du travail d'où découlent l'isolement des individus et la régression de la solidarité. Le pis est que cette anomie, provoquée par la financiarisation de l'économie, a reçu l'assentiment des gouvernements qui mènent tambour battant des politiques néolibérales... au nom de l'intérêt général !

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 13:39

 

 

Lorsque l'on écrit de nombreux billets sur la monnaie (la création de monnaie, la monnaie de la Banque centrale, les monnaies locales, l'étalon-or), les questions liées à la finance ne sont jamais très loin, ne serait-ce qu'en raison du volume incroyable de monnaie créé par les Banques centrales et qui se déverse essentiellement sur les marchés financiers. Il m'a donc semblé pertinent d'expliquer brièvement ce que l'on entend financiarisation de l'économie, tant cela semble mal compris...

 

La finance de marché

 

Tout le monde a déjà entendu parler de la Bourse, même si aujourd'hui l'on ne trouve plus grand-chose au palais Brongniart à Paris. Toujours est-il qu'une bourse (notez le b minuscule) est une institution - de plus en plus souvent privée -, qui permet la cotation de titres standardisés et des échanges sécurisés.

 

La Bourse (avec un b majuscule) correspond au marché des actions, qui est censé permettre aux entreprises de se financer autrement que par l'emprunt et leur propre épargne, même si ces dernières années il est loin d'être le canal le plus usité en raison précisément de la financiarisation dont nous allons parler dans ce billet. La vidéo ci-dessous vous explique en un temps très court l'essentiel à retenir :

Ainsi, si tout pouvait se financer immédiatement ou à très court terme, il n'y aurait pas besoin de finance. En revanche, en raison des décalages temporels, la finance permet de :

 

  • transférer de la monnaie à ceux qui ont des opportunités dans la production ou la consommation ;

 

  • gérer les risques associés à l'investissement de monnaie dans les processus de production et de consommation, et permettre un échange entre ceux qui veulent se défaire d'un tel risque et ceux qui sont prêts à en prendre pour gagner une rémunération.

 

Sans entrer dans des détails trop techniques, il est cependant bon de garder à l'esprit que le prix qui se forme sur un marché est rarement celui prédit par la théorie des marchés en concurrence parfaite. Au contraire, le prix sur un marché financier est le plus souvent le résultat d'un effet de mimétisme (Paul imité Jacques, car il pense que ce dernier est au courant de ce qui se passe sur les marchés...) et d'asymétries d’information (certains en savent probablement plus que d'autres sur la réelle santé financière d'une entreprise...). Bref, un marché financier n'est pas forcément irrationnel, mais sa logique propre peut facilement le conduire à des bulles sur certains titres sans force de rappel.

 

Au fondement de la financiarisation de l'économie

 

C'est l'esprit de rente qui est la cause essentielle de la financiarisation de l'économie. En effet, tous les agents économiques rêvent plus ou moins secrètement d'obtenir une rente, qui permet soit de ne plus travailler, soit de ne travailler que lorsque l’on veut ou à tout le moins de déconnecter le travail accompli du revenu.

 

Cela ne se réduit donc pas au seul fantasme du trader, qui a fait fortune à 40 ans et peut désormais passer ses journées à jouer au golf. Comment qualifier autrement que de rente les taux de rendement sur fonds propres exigés par les actionnaires des sociétés cotées en Bourse ? Mais faut-il rappeler que la rente des uns est financée par le travail des autres, dans la mesure où il n'y a pas de repas gratuit en économie ? D'où la nécessité de pressurer les entreprises (et in fine les travailleurs) pour qu'elles augmentent productivité, rentabilité et dividende !

Ainsi, vous en déduisez aisément qu’il y a confusion entre finance et financiarisation, la deuxième n'étant finalement que la forme parasitaire de la première, en ce qu’elle met l’ensemble des activités productives sous la coupe des puissances financières (investisseurs, marchés, fonds...), avec la complicité active ou résignée du politique.

 

La financiarisation se voit d'abord au formidable essor de l’industrie financière depuis le début des années 1980, concomitamment au développement de nouveaux acteurs à la taille impressionnante (fonds de pension, hedge funds, fonds d'investissement...). Et quel meilleur signe de la financiarisation de nos économies, que la croyance d'un lien entre santé des marchés et santé de l'économie, pourtant démenti allègrement par les faits. Mais au fond, dans un monde de post-vérité comme disent ce qui veulent être savants, chacun peut voir midi à sa porte... Effrayant !

 

En définitive, le processus de financiarisation de l’économie et ses conséquences mortifères pour les ménages et les entreprises sont aujourd'hui bien documentés. La financiarisation profite néanmoins à une minorité, qui peut augmenter considérablement son patrimoine sans coup férir. Ce faisant, ils ont tout intérêt à faire passer la financiarisation de l'économie comme une nécessité sur la route du progrès, mot que l'on emploie désormais trop souvent pour justifier la destruction d'une civilisation au nom des intérêts égoïstes d'une caste...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article des Échos.

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