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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 13:30

 

Dans mon précédent billet, je vous avais annoncé ma conférence qui aura lieu à l'UPT de Forbach ce mardi 5 octobre à 19h. Cette conférence, intitulée Qui paiera la dette après la crise du Covid-19 ?, est en phase avec l’actualité si l'on en juge par le budget que le gouvernement vient de présenter : le taux d'endettement public en France devrait atteindre 114 % du PIB en 2022, contre 115,6 % en 2021, et il est question d'un cantonnement de la dette liée à la covid-19 !

 

Le Républicain Lorrain vient du reste d'annoncer ma conférence dans ses colonnes :

 

Ainsi, après avoir expliqué le rôle de l’État et de la Banque centrale dans la lutte contre cette crise, nous analyserons l’évolution de l’endettement public (et privé) et sa soutenabilité. Cette conférence s’adresse à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. L’entrée est fixée à 5€.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

 

[ Cliquer sur la carte pour l'agrandir ]

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30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 18:49

 

Pour faire face à la pandémie de covid-19, les États ont pris de nombreuses mesures de limitation des déplacements de personnes et des échanges commerciaux. D’où une récession  d’un genre nouveau, dont les agents économiques (État, entreprises et ménages) ont cherché à limiter l’ampleur en s’endettant, parfois pour des montants gigantesques, comme dans le cas des plans d’aide sectoriels et de relance mis en œuvre par l’État (« quoi qu’il en coûte », voir ici mon analyse du plan de relance français). Mais en fin de compte, après la crise de la covid-19, qui paiera la dette ?

 

Afin d’analyser le rôle de l’État et de la Banque centrale dans la lutte contre cette crise, l’évolution de l’endettement public (et privé) et sa soutenabilité, je donnerai une conférence à l’Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach, mardi 5 octobre 2021 à 19h. Celle-ci est ouverte à tous et ne nécessite aucune connaissance particulière. L’entrée est fixée à 5 €.

 

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

 

 

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 11:27

 

 

Comme vous le savez, mes travaux de recherches portent sur les monnaies locales. Mon terrain d'étude est le Florain, monnaie locale complémentaire qui circule depuis octobre 2017 sur Nancy et le Sud de la Meurthe-et-Moselle. Celle-ci a fait l'objet d'un petit reportage sur France 3 et les journalistes m'ont alors demandé de donner quelques éléments plus généraux concernant les monnaies locales.

 

Je me suis prêté à l'exercice, à distance et en direct, pour un format de 2m30 à retrouver ci-dessous en cliquant sur l'image et en choisissant l'émission du vendredi 24 septembre  (le reportage sur le Florain commence à 1m21 et je m'exprime vers la 5e minute) !

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo en replay sur France 3 ]

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21 septembre 2021 2 21 /09 /septembre /2021 15:58

 

 

J'ai profité de l'été pour faire des incursions dans d'autres de mes domaines de prédilection : la science politique avec un billet sur une théorie de la succession des régimes politiques appelée anacyclose et la pédagogie avec un billet sur le niveau inquiétant en France des élèves en science. Aujourd'hui, je vous propose d'évoquer un grand penseur de philosophie politique, Cornelius Castoriadis, dont les réflexions jettent une lumière éclatante sur notre société. Il va de soi qu'il m'est impossible de vous présenter dans un court billet toute l’œuvre d'un tel intellectuel, au sens le plus noble que l'on puisse donner à ces deux mots, c'est pourquoi je me concentrerai sur une toute petite partie de l'un de ses plus célèbres recueils de textes : la montée de l'insignifiance.  

 

Cornelius Castoriadis

 

Cornelius Castoriadis est né en 1922 dans une famille grecque de Constantinople, dans une période de grands bouleversements géopolitiques qui font suite à la fin de la Première Guerre mondiale en 1918, au démembrement de l'Empire ottoman après le traité de Sèvres en 1920 et à la naissance de la Turquie moderne en 1923 avec le traité de Lausanne. La famille Castoriadis fut donc contrainte par ces événements à s'installer à Athènes, où le jeune Cornelius étudiera le droit et les sciences politiques et économiques.

 

Dès 1937, sous le régime autoritaire de Métaxas, il s'engage dans les Jeunesses communistes, lui qui avait découvert la philosophie et le marxisme en même temps à l'âge de 12 ans. Très rapidement, il comprendra que le Parti communiste n'était pas le parti révolutionnaire qu'il prétendait être, mais une énorme bureaucratie autoritaire ("un régime capitaliste bureaucratique total et totalitaire"), dont il se séparera pour adhérer à un groupe trotskiste tout aussi décevant. À la faveur d'une bourse d’études, il décide alors de compléter sa formation universitaire à Paris où il n'a pas hésité avec quelques camarades à critiquer la politique trotskiste officielle. Cela débouchera sur une rupture définitive avec le trotskisme et la création, en 1948, du groupe et de la revue Socialisme ou Barbarie, dont les écrits sont réédités depuis 2012 aux Éditions du Sandre. Socialisme ou Barbarie prendra fin en 1965 en tant que revue et en 1966/1967 en tant que groupe politique.

 

Cornelius Castoriadis aura porté plusieurs casquettes intellectuelles durant sa vie, notamment celle d'économiste à l'OCDE (1948-1970), de psychanalyste (1973-1997) et de directeur d'étude à l'EHESS (1980-1995). Ses séminaires font l'objet d'une publication posthume au Seuil et nous nous concentrerons dans ce billet sur le 4e volume des Carrefours du labyrinthe.

 

La trahison des intellectuels

 

Les citations dans cette partie sont extraites du 4e volume des Carrefours du labyrinthe cité plus haut.  Castoriadis y rappelle que le travail de l'intellectuel doit être un travail critique sur ce que nous tenons pour des évidences, à l'image ce ce que faisaient les philosophes grecs lorsqu'ils s’interrogeaient sur la marche du monde, l'organisation des États ou les représentations collectives. Mais le grand danger qui guette les intellectuels c'est précisément de finir par justifier l'ordre existant au lieu de le critiquer, position ô combien agréable, mais en contradiction scandaleuse avec la mission qui leur est assignée. Castoriadis évoque Sartre, mais je laisse soin aux lecteurs de compléter à son gré la liste avec des intellectuels plus récents...

 

Castoriadis déduit de la trahison des intellectuels, qui n'est pas sans rappeler l'excellent livre de Julien Benda  la trahison des clercs paru en 1927, que "la crise de la critique n'est qu'une manifestation de la crise générale et profonde la société" (p.101). Ce n'est pas la censure qui empêche les voix discordantes, mais "la commercialisation générale",  dans la mesure où tout ce qui est différent de la doxa est récupéré par le marketing pour en faire un nouveau produit. Autrement dit, ce qui est vraiment différent ou même révolutionnaire est ravalé au rang de nouvel ordinaire, ce qui annihile leur nature même et conduit à une crise du sens et à la montée de l'insignifiance.

 

Qu'il suffise de penser à un livre qui présenterait un point de vue novateur sur une question sociale ou philosophique. Un bon marketing éditorial aura vite fait de transformer le livre en objet, tant et si bien que l'idée novatrice est désormais devenue un produit périssable dont la durée de vie est celle que voudront bien lui accorder les médias. Et comme les médias modernes (télévision, YouTube...) sont sinon dans l'instantanéité au moins dans le très court terme, il se crée une forme d'adaptation du public à ce genre de contenu qui devient la norme. Bref, une idée pertinente, mais longue à exposer, n'a plus aucune chance d'être écoutée ou lue, ce qui laisse la porte grande ouverte aux idées approximatives et aux mensonges. Cela rejoint cette conclusion de Tocqueville au XIXe siècle, que j'ai mise en exergue de mon site web (didierraphael.fr) : "une idée fausse mais claire et précise aura toujours plus de puissance dans le monde qu'une idée vraie mais complexe".

 

La critique du capitalisme

 

Castoriadis montre que le projet capitaliste, loin de se résumer à une certaine forme de rationalité économique, est en fait un projet global qui cherche à avoir le pouvoir sur toutes les facettes de la société. En particulier, il évoque la biopolitique, terme popularisé par les écrits de Foucault, mais auquel il donne un sens un peu différent dans la mesure où il prend l'exemple parlant de l'État français qui privilégie des dépenses publiques onéreuses pour la procréation médicalement assistée alors qu'une immense partie de la population mondiale meurt de faim et de maladies. Dès lors, ceux qui affirment que nous sommes en crise se trompent, car selon Castoriadis, il ne s'agit pas d'une crise au sens de point de basculement où des forces opposées s'affrontent comme dans une maladie. Non, dans notre société contemporaine, Castoriadis voit au contraire "la disparition du conflit social et politique" (p.106), bref ce qui caractérise précisément la démocratie. Et d'ajouter cette phrase riche d'actualité : "les partis politiques officiels disent la même chose" !

 

La finalité de l'enrichissement à tout prix promue par le néolibéralisme met ainsi en péril la survie même de la société, au point que selon Castoriadis la seule corde de rappel pour éviter le délitement social complet est aujourd'hui la peur de la sanction pénale. Mais je crains fort que 25 ans après sa mort, cette inquiétude ne concerne plus tout le monde tant l'impunité semble être de mise chez certains... Il en déduit tout de même que "la corruption généralisée que l'on observe dans le système politico-économique contemporain [...] est devenue un trait structurel, systémique de la société où  nous vivons" (p.107). Ce qu'il appelle "les types anthropologiques" (le juge incorruptible, l'ouvrier fier de son ouvrage, l'enseignant dévoué...) ont été broyés par le système capitaliste, tout comme le véritable entrepreneur tel que défini par Schumpeter (c'est-à-dire celui qui prend des risques). Même l'environnement naturel est passé par pertes et profits...

 

Des citoyens sans boussoles

 

"Personne ne sait aujourd'hui ce qu'est d'être citoyen ; mais personne ne sait même ce que c'est qu'être un homme ou une femme" (p.108). Même la relation parents-enfants est devenue floue. Tristes constats qui sont criants d'actualité ! Et la notion de progrès, convoquée pour justifier à peu près tous les changements déjà déjà au temps où Castoriadi écrivait, lui semble être une vaste mystification notamment sur le plan moral. Face aux enjeux écologiques et de meilleure répartition des richesses, l'urgence selon Castoriadis serait "une création qui mettrait au centre de la vie humaine d'autres significations que l'expansion de la production et de la consommation" (p.112).

 

Bref, remettre l'Homme au centre des préoccupations, projet humaniste par excellence, et réencastrer l’économie dans le social selon la conclusion de Polanyi ! Castoriadis est conscient de l'ampleur de la tâche, qui implique une réorganisation complète des institutions sociales (rapports salariaux, économiques, politiques...). Il est aussi conscient du peu d’enthousiasme que ce projet semble soulever dans la population, alors même qu'il en va de son salut...

 

En définitive, j'espère vous avoir convaincu de l'actualité de l’œuvre de Cornelius Castoriadis et donné l'envie de découvrir plus avant sa pensée sur l'économie, la politique, la philosophie morale... Pour conclure, quoi de mieux que de citer la 4e de couverture de l'ouvrage cité plus haut : "l'individu moderne vit dans une course éperdue pour oublier à la fois qu'il va mourir et que tout ce qu'il fait n'a strictement pas le moindre sens".

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14 septembre 2021 2 14 /09 /septembre /2021 13:13

 

 

Depuis plus de 10 ans, j'assure avec plaisir la coordination de l'atelier d'aide aux devoirs de l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach. L'UPT propose en effet, en partenariat avec la mairie de Forbach, la CAFPF et la politique de la ville, une aide aux devoirs pour les collégiens et les lycéens de la communauté d'agglomération Forbach Porte de France (CAFPF) pour seulement 10 € par an !

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Fort du succès rencontré depuis la décennie écoulée, l'aide aux devoirs est renouvelée pour l'année scolaire 2021/2022. Notre équipe est constituée de professeurs expérimentés, qui ont à cœur de partager leurs savoirs dans un cadre non scolaire propice à l’étude. Les séances débuteront le mercredi 29 septembre et auront lieu dans la salle Athènes du Burghof, chaque semaine, les mercredis et vendredis de 17h à 19h (accueil des élèves jusqu'à 17h30 maximum, aucun départ avant 19h). En tout état de cause, les élèves doivent impérativement venir avec du travail pour toute la séance et avoir un comportement sérieux, sous peine d'être exclus.

 

En raison des conditions sanitaires, le port du masque sera obligatoire durant toute la séance et les élèves qui présentent des symptômes grippaux (écoulement nasal, toux, rhume, fièvre...) ne pourront pas être acceptés en cours. Conformément à la loi, l'accès aux cours de l'UPT nécessite un passe sanitaire.

 

Pour s'inscrire, il suffit de se présenter au bureau de l’UPT situé au Burghof, muni impérativement d’une photo d’identité récente, de remplir une fiche de renseignements (disponible à cette adresse) et de signer le règlement intérieur (disponible ici).

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach (UPT)

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation. Les chefs d'établissements de Forbach ont d'ailleurs été destinataires d'un courrier les informant des tenants et aboutissants de cette aide aux devoirs, qu'ils connaissent bien à présent.

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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7 septembre 2021 2 07 /09 /septembre /2021 12:34

 

 

Dans un précédent article, j'avais montré que les Banques centrales déversent des tombereaux de liquidités dans l'économie. D'aucuns en déduisent alors un peu vite que l'inflation va faire son grand retour...

 

L'inflation monétaire selon les monétaristes

 

Dans un célèbre livre publié en français en 1976 sous le titre Inflation et systèmes monétaires (Calmann-Lévy), Milton Friedman affirmait de manière péremptoire que "la cause immédiate de l'inflation est toujours et partout la même : un accroissement anormalement rapide de la quantité de monnaie par rapport au volume de la production". Bref, selon la théorie quantitative de la monnaie, toute augmentation de la quantité de monnaie en circulation conduit inexorablement à une hausse des prix.

 

Tout au plus concédait-il qu'à court terme, une certaine illusion monétaire pouvait conduire à une baisse temporaire des taux d’intérêt réels, d'où une relance de l'investissement par le crédit et ainsi une réduction du chômage. Mais cela renforce le pouvoir de négociation des travailleurs, qui vont demander des hausses de salaire, d'où à terme une inflation par les coûts. Une certaine école de pensée économique, dite des anticipations rationnelles, va même jusqu'à dénier toute utilité à la politique monétaire (à court terme et à long terme) dans la mesure où les agents anticipent parfaitement les conséquences des décisions de politique économique.

 

Un lien monnaie/inflation peu visible

 

En sciences sociales, il est toujours bon de revenir aux faits et aux chiffres. L'on voit alors que ce lien entre monnaie et inflation est démenti par les faits :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Le gigantisme des plans de relance aux États-Unis a immédiatement soulevé la crainte d'un retour de l'inflation. En particulier, Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, et Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, redoute une surchauffe de l'économie et une envolée des prix, qui réduirait à néant cette relance. Or, comme nous ne disposons pas d'une théorie robuste pour expliquer les prix à long terme et qu'en plus l'essentiel des liquidités créées par les Banques centrales va dans le secteur financier, l'inflation ne me semble pas devoir découler d'un plan de relance. Ce d'autant plus qu'il est mis en œuvre au moment où l'économie est déprimée.

 

Mais il est vrai qu'aux États-Unis, l'on voit apparaître une hausse importante de l'inflation sous-jacente, c'est-à-dire de l'inflation hors prix soumis à l'intervention de l'État (électricité, gaz, tabac...) et hors prix volatils (produits pétroliers, produits frais, produits laitiers, viandes, fleurs et plantes,...). C'est donc plutôt le signe d'une inflation par la demande. Quant à l'inflation sous-jacente dans la zone euro, elle reste contenue pour l'instant.

 

Causes conjoncturelles et structurelles de l'inflation

 

À long terme, la concurrence des pays à bas salaires, la numérisation de l'économie, le vieillissement démographique, la transition écologique, etc. peuvent avoir une grande influence sur le taux d'inflation. Cependant, et c'est le point important, le faible taux d'inflation peut s'expliquer par des facteurs indépendants de la politique monétaire, donc indépendants de la quantité de monnaie en circulation.

 

C'est que l'inflation est avant tout un rapport social. Or, le pouvoir de négociation des salariés concernant le partage des revenus est devenu structurellement faible dans la zone euro. Ce sont donc les effets éventuels effets de second tour qu'il faut surveiller, c’est-à-dire les éventuelles hausses de salaires liées à la hausse des prix à la consommation. En effet, l'inflation suppose une hausse généralisée et autoentrenue des prix à la consommation. Et pour l'instant, dans la zone euro, si l'on observe des effets de second tour sur la production (hausse des coûts de production liés à des hausses de prix des intrants), rien de tel n’est visible du côté des salaires.

 

Les causes conjoncturelles de l’inflation sont bien connues (ci-dessous un schéma extrait de mon petit manuel Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition). Dans le schéma ci-dessous, si j'évoque l'inflation par la monnaie, c'est dans le cas très précis où le supplément d’offre de monnaie débouche à court terme sur une hausse de la demande de biens et services.

 

 

Or, actuellement, les tombereaux de liquidités conduisent surtout à une augmentation de la demande d’actifs financiers et immobiliers. Bien que le lien entre quantité de monnaie en circulation et inflation ne soit donc pas visible dans les faits (en revanche le lien avec la hausse des actifs financiers est beaucoup plus net !), cela n'empêche hélas pas la causalité trop de monnaie => inflation de demeurer vivace. Alexis de Tocqueville nous avait prévenu : "une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu'une idée vraie, mais complexe"...

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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 11:14

 

 

L'heure de la rentrée vient de sonner ! Après une année universitaire très chargée, j'ai profité d'un petit temps cet été pour lire (et relire !) de nombreux livres (économie, philosophie, histoire, essais, sociologie et même des romans). Une véritable période d'otium, comme disaient les Anciens... Certaines de mes lectures m'ont du reste donné des idées intéressantes de cours et conférences, même si pour l'instant je manque cruellement de temps. Mais, j'ai tout de même souhaité en garder une trace écrite, notamment lorsqu'il s’agissait de grands penseurs qui aident à comprendre le monde présent. D'où quelques articles, rédigés pour faire ressortir les principales idées clés de leur pensée, et que je publierai prochainement sur mon blog.

 

Toujours est-il que vous pouvez déjà en attendant lire (ou relire) mes billets suivants de cet été : un curieux sujet d'économie au bac portant sur le lien entre flexibilisation et chômage, le niveau inquiétant en France des élèves en scienceoù vont les liquidités des Banques centrales ?, l'anacyclose ou le cycle des régimes politiques.

 

Bien que cette année mes recherches universitaires sur la monnaie, et plus particulièrement les monnaies locales, me prendront encore énormément de temps (les choses devraient se calmer au deuxième trimestre 2022...), je continuerai à donner quelques conférences grand public, qui m'offrent l'occasion de transmettre ma passion de l'économie et à tout le moins de donner aux auditeurs des clés pour comprendre les mécanismes économiques. Et à quelques encablures des élections présidentielles, cela peut être utile... Pour l'année universitaire 2021/2022, j'ai prévu des interventions dont je vous parlerai au fur et à mesure de l'année, lorsque les dates seront arrêtées définitivement. La première conférence aura lieu à l'Université Populaire de Forbach (UPT), le mardi 5 octobre 2021 de 19h00 à 20h30.

 

Mais aujourd'hui, je souhaite vous parler de la cafet'éco que j'ai créé il y a plus de dix ans à l'Université Populaire de Sarreguemines (UPSC) ! À l'origine, les cours avaient lieu dans la cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, mais en raison de nombre important d'auditeurs, j'ai été contraint de choisir une salle à l'étage. En moyenne, la cafet'éco se tient un mercredi dans le mois à 18h30. D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail est comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Aucun prérequis n'est nécessaire pour suivre mes cours d'économie. Au reste, depuis plus de dix ans, j'ai rencontré à la cafet'éco des auditeurs de tous horizons, grands débutants ou non, mais toujours désireux de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Et très humblement, ma plus grande satisfaction est de constater qu'ils en ressortent avec une bonne compréhension des mécanismes économiques principaux.

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité et le programme ci-dessous n'est qu'indicatif. Quoi qu'il en soit, je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs, débutants ou non, les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC entre le 1er et le 24 septembre 2021 :

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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10 août 2021 2 10 /08 /août /2021 13:38

 

 

L'été est une période propice pour écrire sur des sujets qui sortent un peu du champ économique. D'où mon billet sur un curieux sujet d'économie au bac portant sur le lien entre flexibilisation et chômage et un autre sur le niveau inquiétant en France des élèves en science. Aujourd'hui, je vous propose une incursion dans l'un de mes autres domaines de prédilection, la science politique. J'avais déjà commis une analyse plus détaillée de la démocratie et du vote, il y a un an après les élections municipales, et je souhaite poursuivre cette exploration des régimes politiques en vous présentant une théorie de la succession des régimes politiques : l'anacyclose.

 

4 formes de gouvernement défectueuses chez Platon

 

Dans le livre VIII de La République, Platon décrit 4 formes de gouvernements "défectueuses" : "Le premier, et le plus loué, est celui de Crète et de Lacédémone ; le second, que l'on ne loue aussi qu'en second lieu, est appelé oligarchie : c'est un gouvernement plein de vices sans nombre ; opposée à ce dernier vient ensuite la démocratie ; enfin, la noble tyrannie, qui l'emporte sur tous les autres, et qui est la quatrième et dernière maladie de l'État. Connais-tu quelque autre gouvernement qui se puisse ranger dans une classe bien distincte? Les souverainetés héréditaires, les principautés vénales et certains autres gouvernements semblables ne sont, en quelque sorte, que des formes intermédiaires, et l'on n'en trouverait pas moins chez les barbares que chez les Grecs.".

 

Ainsi, pour Platon, les quatre formes typiques et défectueuses de gouvernements sont la timocratie (fondée sur la recherche des honneurs), l'oligarchie (fondée sur un petit nombre de personnes), la démocratie (fondée sur l'égalité) et la tyrannie (fondée sur les passions du tyran). Pour Platon, le seul gouvernement "bon et juste" est l'aristocratie, fondée sur le pouvoir des meilleurs, qui correspond à son idéal du "philosophe-roi" réunissant pouvoir et sagesse entre ses mains.

 

Polybe et les six formes de gouvernement

 

Polybe, dans son Histoire générale, référence six régimes politiques : "Pour se convaincre de la vérité de ce que j’avance, il ne faut que remarquer que toute monarchie n’est pas royauté, mais celle-là seulement à laquelle les sujets se soumettent de bon gré, et où tout se fait plutôt par raison que par crainte et violence. Toute oligarchie ne mérite pas non plus le nom d’aristocratie. Il n’y a que celle où l’on choisit les plus justes et les plus prudents pour être à la tête des affaires. En vain aussi donnerait-on le nom de démocratie à un état où la populace serait maîtresse de faire tout ce qui lui plairait. Un état où l’on est depuis long-temps dans l’usage de révérer les dieux, d’être soumis à ceux dont on tient le jour, de respecter les vieillards et d’obéir aux lois, et dans lequel l’opinion de la majorité est toujours victorieuse : voilà ce qu’on peut à juste titre appeler le gouvernement du peuple.

 

On doit donc distinguer six sortes de gouvernements, les trois dont tout le monde parle et dont nous venons de parler, et trois qui ont du rapport avec les premiers ; savoir : le gouvernement d’un seul, celui de peu de citoyens, et celui de la multitude. Le gouvernement d’un seul ou la monarchie s’établit sans art et par le pur mouvement de la nature : de la monarchie naît la royauté, lorsqu’on y ajoute l’art et qu’on en corrige les défauts ; et quand elle vient à enfanter la tyrannie, dont elle approche beaucoup, sur les ruines de l’une et de l’autre s’élève l’aristocratie, qui se change comme naturellement en oligarchie ; et de la démocratie, lorsque le peuple devient insolent et qu’il méprise les lois, naît le gouvernement de la multitude.".

 

L'anacyclose

 

Polybe distingue la monarchie, la tyrannie, l'aristocratie, l'oligarchie, la démocratie et l'ochlocratie (pouvoir de la foule). Mais surtout, il décrit un cycle en 6 phases, qui fait basculer d'un régime à l'autre et que l'on qualifie d'anacyclose :

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

Selon Polybe, "chaque forme particulière de gouvernement a naturellement en elle certain défaut qui devient la cause de sa ruine", de sorte que "la monarchie se perd par la royauté, l’aristocratie par l’oligarchie, la démocratie par la violence". Et bien qu'elle ait été élaborée il y a deux millénaires, cette analyse demeure très pertinente pour comprendre le monde d'aujourd'hui, ne serait-ce qu'en raison de ce qu'elle nous dit sur la démocratie : "lorsque le peuple devient insolent et qu’il méprise les lois, naît le gouvernement de la multitude".

 

Cette forme de régime, appelé ochlocratie, est de loin la pire puisqu'elle se fonde sur les passions de la foule, au sens latin de turba. N'oublions jamais, comme l'écrivait déjà Gustave Le Bon en 1895 sans La psychologie des foules, que la foule fonctionne d'une manière peu conforme aux intérêts des individus qui la composent, avec des représentations simplistes, voire fausses, de la réalité. Simone Weil avait parfaitement compris que si une passion collective s'empare du peuple au moment du vote, alors l'élection peut conduire au pire en ce qu'aveuglés par cette passion les électeurs sont capables de donner leur voix à n'importe quel hamster, poisson rouge, chameau candidat se prévalant des idées du moment.

 

Et selon Polybe, au stade de l'ochlocratie, "quand le peuple est une fois accoutumé à vivre sans qu’il lui en coûte aucun travail, et à satisfaire ses besoins avec le bien d’autrui, s’il trouve un chef entreprenant, audacieux, et que la misère exclut des charges, alors il se porte aux derniers excès : il s’ameute, ce ne sont plus que meurtres, qu’exils, que partage des terres, jusqu’à ce qu’enfin un nouveau maître, un monarque, usurpe le pouvoir et dompte ces fureurs". Bref, il ne reste plus qu'à attendre l'Homme providentiel qui ramènera à la monarchie. Inquiétant...

 

P.S.1 L'image de ce billet provient de l'entrée anacyclose de Wikipédia.

 

P.S.2 : le lecteur intéressé par ces questions politiques pourra trouver dans cet article mon analyse détaillée de la démocratie et du vote.

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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 12:59

 

 

C'est peu dire que la politique monétaire est actuellement ultra-expansionniste. Et pourtant, malgré les tombereaux de liquidités qui se déversent dans l'économie, la situation n'a pas l'air de s'améliorer notablement... D'où cette question : où vont les liquidités des Banques centrales ?

 

Le bilan d'une Banque centrale

 

Dans un précédent article, j'avais expliqué le mécanisme de création monétaire par les banques commerciales et la nature de la monnaie créée par la Banque centrale. En complément, j'avais écrit un article pour présenter synthétiquement le bilan de la Banque centrale européenne. Pour ceux qui veulent aller vite, le passif d'une Banque centrale correspond à ses ressources et l'actif à ses emplois (ce qu'elle fait avec ses ressources) :
 

 

Pour le dire en quelques mots, l'on trouve au passif de la BCE les billets et réserves des banques commerciales auprès de la Banque centrale, tandis qu'à l'actif figurent les réserves (or, devises, titres...) ainsi que les créances sur l'État et les banques commerciales.

 

Dans un système bancaire hiérarchisé, c'est-à-dire où existe une Banque centrale et des banques commerciales dites de second rang, chaque banque commerciale émet sa propre monnaie qui, par construction, ne circule qu'au sein de son propre circuit bancaire. Dans ce cas, la monnaie centrale, est la seule monnaie acceptée par toutes les banques et plus généralement tous les agents économiques.  Elle est constituée des billets et de la monnaie scripturale émise par la Banque centrale. Dès lors, lorsque l'assouplissement quantitatif (quantitative easing) mis en place par une Banque centrale consiste à acheter des titres de dette publique aux banques, il y a une égale hausse de la dette publique achetée par la Banque centrale et des réserves des banques à la Banque centrale.

 

L'augmentation des liquidités des agents financiers

 

La création de monnaie centrale atteint des montants vertigineux partout dans le monde, comme en témoigne l'évolution du bilan des Banques centrales :

 

 

[ Source : bloc-notes éco BdF - billet n°209 ]

 

Le graphique ci-dessous montre du reste très clairement que dans le cas de la zone euro, l’actif de l’Eurosystème est actuellement constitué à 50 % de titres de dette détenus à des fins de politique monétaire avec pour contrepartie principale de la monnaie centrale :

 

 

[ Source : bloc-notes éco BdF - billet n°209 ]

 

Hélas, comme le montre Olivier Passet dans l'excellente vidéo ci-dessous, "la liquidité des agents financiers croît bien plus vite que la liquidité entre les mains des agents non financiers".

D'où une hausse des prix des actifs, financiers et non financiers, qui écrase artificiellement les primes de risque, conduit à une élévation du risque global et enrichit in fine une minorité...

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site revue-banque.fr

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7 juillet 2021 3 07 /07 /juillet /2021 11:24

 

 

Au moment où tombent les résultats du baccalauréat, d'aucuns se rengorgent des résultats exceptionnels à cet examen tandis que d'autres prennent déjà cela pour une normalité. Comme l'été représente pour moi une période d'otium, surtout après cette année extrêmement chargée sur le plan de la recherche universitaire (je viens encore juste de présenter l'un de mes papiers à un colloque international), je serai volontairement un peu moins actif sur mon blog. Néanmoins, j'ai souhaité prendre un peu de temps dans ce billet pour évoquer le niveau en Mathématiques et en sciences de nos marmots.  J'ai ainsi lu avec intérêt les résultats de l'enquête TIMSS de 2019, menée avant la pandémie. Et le moins que l'on puisse dire est que les conclusions sont très inquiétantes...

 

L'enquête TIMSS

 

L’enquête internationale TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) organisée par l’IEA (International Association for the Evaluation of Educational Achievement) évalue les performances en Mathématiques et en sciences - biologie, chimie, physique et sciences de la Terre - des élèves dans leur quatrième ou huitième année de scolarité (en France, il s'agit donc des élèves de CM1 et de quatrième). TIMSS Advanced, menée en 1995, 2008 et 2015, étudie les résultats en mathématiques et en physique avancées des élèves en dernière année d'école secondaire (classes de terminale en France).

 

Ainsi, depuis 1995, l'enquête TIMSS permet de suivre les résultats en mathématiques et en sciences des élèves tous les quatre ans. La dernière mouture, en 2019, était la septième évaluation de ce type et fut menée en quatrième et huitième année de scolarité dans 64 pays.

 

Résultats en 2019 pour les élèves de 8e année de scolarité

 

Les élèves français en classe de 4e obtiennent un score moyen de 483 points en mathématiques, inférieur à la moyenne internationale des pays de l’OCDE et de l’UE participants :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

Même constat douloureux pour les sciences :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

Une tendance négative

 

Beaucoup plus intéressante est l'évolution des résultats de nos chères têtes blondes depuis 1995. La tendance globale pour les élèves de huitième année de scolarité est plutôt positive en Mathématiques, dans la mesure où il y a plus de pays avec une tendance haussière de leur score que baissière :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

De même pour les sciences :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

Et la France dans tout ça ? Et bien, comment dire... Regardez par vous-mêmes pour les Mathématiques :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

Et maintenant pour les sciences :

 

 

[ Source : https://timss2019.org/reports ]

 

Une baisse de niveau aux multiples conséquences

 

J'invite le lecteur intéressé par ces questions à se plonger en détail dans le rapport de cette enquête, tant il fourmille de statistiques et d'informations pertinentes. En effet, loin de se résumer à un chiffre unique, TIMSS analyse différentes composantes des Mathématiques et des sciences, qui permettent d'affiner les conclusions. Mais dans le cas de la France, il y a à l'évidence décrochage du niveau de nos élèves spatialement et temporellement.

 

Les raisons sont multiples et nombre d'auteurs les ont très bien documentées : La fabrique du crétin (Jean-Paul Brighelli), Requiem pour l'éducation nationale (Patrice Romain), Le pire est de plus en plus sûr : Enquête sur l'école de demain (Natacha Polony), Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter ! (Marc le Bris), etc. Plutôt que de faire de la redite en moins bien, je me contenterai d'insister sur un point : l'illusion de la pédagogie ludique. Vous savez, cette "festivisation" de l'école, au sens que donnait Philippe Muray à ce mot, où l'on fait croire aux élèves que l'acquisition de savoirs peut se faire sans effort et dans le jeu, alors qu'apprendre nécessite depuis l'aube de l'humanité un travail harassant. Ce n'est qu'après avoir accompli cette tâche, que l'on apprend à ressentir la véritable satisfaction du travail intellectuel (bien fait). Mieux, l'on apprend aussi l'humilité, car au fond nous ne sommes que "des nains sur des épaules de géants" (nani gigantum humeris insidentes), comme l'a énoncé avec brio Bernard de Chartres au XIIe siècle.

 

Assurément, la célèbre parabole de Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, publiée dans l’Organisateur en 1819 semble bien lointaine dans nos mémoires... Souvenez-vous, elle disait pourtant en substance que si la France perdait d'un coup ses meilleurs savants, artisans, producteurs, ingénieurs, etc.,  qui sont "de tous les Français les plus utiles à leur pays, ceux qui lui procurent le plus de gloire, qui hâtent le plus sa civilisation ainsi que sa prospérité ; la nation deviendrait un corps sans âme, à l’instant où elle les perdrait ; elle tomberait immédiatement dans un état d’infériorité vis-à-vis des nations dont elle est aujourd’hui la rivale, et elle continuerait à rester subalterne à leur égard tant qu’elle n’aurait pas réparé cette perte, tant qu’il ne lui aurait pas repoussé une tête. Il faudrait à la France au moins une génération entière pour réparer ce malheur, car les hommes qui se distinguent dans les travaux d’une utilité positive sont de véritables anomalies, et la nature n’est pas prodigue d’anomalies, surtout de celles de cette espèce.".

 

Mais, en France, par calcul, démagogie ou veulerie, certains dirigeants politiques ont préféré baisser les exigences tout en récompensant par des notes insignifiantes et élevées - quand il y en a encore ! - une acquisition de connaissances toujours plus hasardeuse, à laquelle l'on substitue désormais des compétences. Halte à la mémorisation, à la réflexion et à l'analyse ; place à l’autoconstruction des savoirs, à l'approximatif et à la restitution de connaissances. Le tout mâtiné comme il se doit de supports pédagogiques numériques, qui conduisent les élèves à passer encore plus de temps sur un écran. Mais puisque l'on vous dit qu'apprendre devant un ordinateur est ludique et qu'en plus c'est le progrès !

 

À tel point, que les inquiétants résultats que nous venons de survoler pour les Mathématiques et les sciences apparaissent également pour la maîtrise de la langue (enquête PIRLS). Pensez qu'il existe désormais des organismes proposant des certifications payantes pour attester du niveau de langue française même pour des étudiants qui sont nés en France et ont suivi une scolarité en France ! C'est dire le niveau ressenti sur le terrain après trois décennies de pédagogisme et dont nous avons un jour fait l'expérience... Avec un tel niveau en langue et en sciences, comment espérer construire démocratiquement, c'est-à-dire en confrontant intelligemment les points de vue lors de discussions, une société meilleure ? Aristote l'avait compris : "l''ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit".

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