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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 12:38

 

 

Le confinement historique de la moitié de l'humanité semble être un moment propice à la réflexion. D'aucuns se prennent ainsi à rêver des linéaments du monde post-crise du coronavirus, où la politique ne se ferait plus à la corbeille, où l'économie serait à nouveau au service de l'Homme et pas l'inverse... D'après les dernières déclarations d'Emmanuel Macron, l'exécutif ne semble guère y avoir réfléchi à moins que cela ne cache une décision pour l'instant inexprimable : retour au business as usual ?

 

Les plans de soutien à l'économie

 

Face aux conséquences économiques et sociales de la crise du coronavirus, les États multiplient les annonces de plans de soutien, à l'instar des Banques centrales :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Les types de reprises

 

La reprise économique peut prendre différentes formes résumées par les graphiques ci-dessous (il ne s'agit pas d'une échelle Monoyer) :

 

 

Les deux premières formes sont celles qu'espèrent les gouvernements : une chute impressionnante du PIB suivi d'une reprise plus ou moins rapide de la croissance. Pour peu probables qu'ils soient, ces scénarios laissent surtout à penser qu'une fois le PIB revenu à son niveau d'avant la crise, les problèmes seront réglés (business as usual).

 

Mais rien n'est plus faux ! Le corps social français était déjà en passe de se disloquer en raison des inégalités croissantes, de la hausse de la pauvreté et de l'individualisme érigé comme vertu, d'autant que tout avait été fait depuis des années pour dissoudre les notions de peuple et de souveraineté dans un grand fatras appelé société civile. C'est l’archipel français de Jérôme Fourquet...

 

Pourtant, durant ce mois de confinement, Emmanuel Macron aura été contraint de manger son chapeau à plusieurs reprises : d'abord en avouant le rôle capital de l'État-nation, puis en se félicitant de l'État social - qu'il a pourtant contribué à détruire - et enfin en reconnaissant toute l'importance des sans-grade et des derniers de cordée dans la "société française", ce qui achève de démontrer que rien n'ira mieux si le modèle de la start-up nation reste en vigueur ! Quant à la classe moyenne que le gouvernement aime à citer, j'avais expliqué dans ce billet qu'il est bien difficile de la définir, même si deux  tiers  des personnes vivant dans les pays de l’OCDE se  considèrent  comme  y appartenant...

 

Revenons-en aux deux autres scénarios, qui sont en quelque sorte la version noire : une chute du PIB sans reprise à court ou moyen termes. En soi, cela ne doit pas nous effrayer si un tel scénario va de pair avec un changement de paradigme, qui détrônerait la croissance du PIB de son piédestal. Car pour faire société, nous avons plus besoin d'indicateurs humains qu'économiques. À quoi bon des gains de productivité à deux chiffres, s'ils sont obtenus au prix d'un mal-être croissant au travail ? À quoi bon des profits en hausse dans les entreprises, s'ils ne servent qu'à enrichir des investisseurs peu soucieux du fonctionnement de ladite entreprise ?

 

Une crise est pourtant l’occasion de se poser des questions et de changer tout à la fois nos modes de production, nos modes de vie et avant tout nos façons de penser. Il faut décoloniser l'imaginaire pour imaginer le monde d'après ! Et cela, seul l'ensemble des citoyens peut le faire en République, car les dirigeants politiques et économiques seuls n'auront aucun intérêt à remettre en cause ce système qui les a portés au pouvoir...

 

Un retour à l'Ancien Monde ?

 

Mais à bien y regarder, les plans mis en œuvre dans les diverses régions du monde ont plus une dimension économique que sociale, en ce qu'il s'agit surtout de sauver le système économique existant sans poser les bases d'un autre monde. Et les récentes déclarations de nos gouvernants ne font que confirmer ce constat :

 

 * il faut sauver les "grandes entreprises stratégiques" selon Bruno le Maire, ce qui est une excellente idée pour peu qu'on leur assigne également l'obligation de préparer au plus vite une transition vers un nouveau modèle (réduction du poids de la finance, prise en compte des aspects humains et écologiques, etc.) ; hélas rien de tout cela ne figure au programme...

 

 * il faudra "faire des efforts pour réduire la dette publique" selon Bruno le Maire, ce qui revient à dire que l'aide apportée aujourd'hui sera remboursée au prix d'une grande austérité demain ; bref, le même scénario catastrophique qu'après la crise de 2009... Pourtant, j'avais expliqué dans ce billet tout l'intérêt à utiliser l'impôt et la dette publique actuellement.

 

 * il faudra "un effort budgétaire rigoureux avec des dépenses publiques enfin plus sélectives" selon le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, ce qui confirme bien les propos du ministre français de l'Économie, à savoir de l'argent aujourd'hui pour sauver le système économique qui fonctionne pourtant si mal, mais au prix d'une austérité demain.

 

 * il est "totalement impensable" d'annuler les dettes publiques contractées pour faire face à la crise du coronavirus selon Christine Lagarde, directrice générale du FMI ; c'est la preuve qu'il est impossible pour les dirigeants économiques et politiques de penser un autre monde que celui qui les a portés au pouvoir...

 

 * il faudra "travailler un peu plus pour sortir de la crise" selon le patron du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux... Voilà l'idée-type du vieux monde, travailler plus pour gagner (au choix moins, autant, plus, "selon que vous serez puissant ou misérable [...]").

 

Lorsque l'imaginaire des dirigeants économiques et politiques (qui sont souvent les mêmes hélas...) est encore autant colonisé par l'idéologie néolibérale et le totem du grand marché mondial autorégulateur, on ne peut que craindre le pire. Certes, cette épidémie aura au moins servi à montrer la faiblesse de la segmentation mondiale à l'extrême du processus productif. Mais cela suffira-t-il à remettre en cause cette mondialisation (malheureuse) ? Antonio Gramsci nous avait prévenus : "le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres" ! Et quand on pense que Gramsci est désormais cité même par ceux qui pratiquent des politiques hégémoniques au sens gramscien du terme...

 

En définitive, même si je partage totalement le constat d'un indispensable changement de paradigme économique,  je crains hélas fort que nos espoirs ne soient que chimères, tant les intérêts égoïstes d'une minorité demeurent puissants. À moins que les citoyens, abusés désabusés depuis des années et trahis par les élites politiques, ne réclament enfin des comptes au gouvernement par toutes les voies...

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 11:25

 

 

Fait incroyable dans l'histoire : la moitié de l'humanité est désormais touchée par des mesures de confinement liées à la pandémie de coronavirus ! D'où la mutation de la crise sanitaire en crise économique et sociale mondiale. Et le moins que l'on puisse dire est que les gouvernements semblent désemparés tant face à la première (manque cruel de moyens, aucune anticipation, sécurisation défaillante des personnes, etc.) que face à la deuxième...

 

Dès lors, pour tenter de sauver le capitalisme, il ne fait aucun doute que les déficits publics vont être creusés à court terme, ce qui ne manquera pas d'augmenter considérablement la dette publique des États. Mon billet sera ainsi consacré à l’utilisation de la politique budgétaire, d'autant que j'avais expliqué dans un billet de 2019 combien les marges de manœuvre budgétaires des États sont limitées en raison du carcan actuel.

 

Une politique budgétaire en trompe-l'oeil

 

Face au tsunami qui déferle sur l'économie française, le gouvernement a décidé de prendre des mesures immédiates de soutien aux entreprises et aux salariés à hauteur de 45 milliards d’euros (délais de paiement des échéances fiscales et sociales, rééchelonnement des crédits bancaires, chômage partiel simplifié, etc.). Bien entendu, de telles aides budgétaires creuseront le déficit public de la France bien au-delà des 3 % du PIB (probablement 6 % du PIB dans la zone euro et 14 % du PIB aux États-Unis). Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des comptes publics - et surtout grand chantre de la mise d'équerre des comptes publics - a ainsi été contraint de reconnaître, la mort dans l'âme, qu'un déficit public supérieur à 3,9 % n'était pas qu'une vue de l'esprit... Emmanuel Macron n'avait-il pourtant affirmé qu’il viendrait en aide à l’économie « quoi qu’il en coûte » ?

 

Mais à bien y regarder, le gouvernement n'a toujours pas pris conscience de l'impasse du néolibéralisme. Au contraire, les nombreuses déclarations des ministres et sous-ministres prouvent, jusqu'à plus soif, que cette crise est essentiellement pensée comme un mauvais moment à passer avant de renouer le fil du business as usual. Ainsi en va-t-il de la polémique sur le versement de dividendes, où le gouvernement a tergiversé sans être capable d'interdire ces versements substantiels, alors même que toutes les autres parties prenantes des entreprises sont appelées à se serrer la ceinture.

 

De même, l'appel aux dons lancé par Gérald Darmanin - version renouvelée du "versez votre or pour la victoire" de 1914 - pour venir en aide aux petites entreprises, indépendants, micro-entrepreneurs et professions libérales est tout simplement odieux dans le contexte actuel, d'autant que ce gouvernement a supprimé l'ISF. Non pas qu'il faille abandonner nos entreprises, mais juste remarquer que c'est précisément le rôle de l'État de compenser la perte d'activité du privé par le budget public, pour peu que l'on s'accorde à penser que l'État est encore le garant de l'intérêt général ! Les agents économiques, entreprises mais aussi ménages trop souvent oubliés, attendent de la trésorerie pour les premiers et des revenus pour les seconds, pas des lignes de crédit qui leur mettront la tête sous l'eau dans un an.

 

Et en dernier ressort, comment le gala de charité en ligne lancé par l'État pour sauver les entreprises pourrait-il être audible, lorsque les soignants, qui étaient encore vus il y a quelques mois comme les derniers de cordée par le gouvernement, en sont réduits à quémander des subsides pour faire tourner les services d'urgence ? Médiapart nous livre à ce propos les conclusions d'une édifiante enquête intitulée : Masques : les preuves d'un mensonge d'État.

 

Autrement dit et quitte à choquer : ce n'est pas le fric qui manque, mais les moyens matériels, qu'une certaine politique néolibérale a considérés comme secondaires, selon le fallacieux adage l'argent peut tout acheter. Hélas, quand une crise touche concomitamment la plupart des pays du monde, tout l'or du monde est inutile pour tenter d'acheter ce qui n'est plus produit ni localement ni en quantité suffisante. Le roi Midas en avait fait les frais...

 

La dette publique

 

En l'état actuel des choses, un surcroît de déficit public conduira certainement à court terme à une augmentation de la dette publique, bien que le taux d'endettement public atteigne déjà des niveaux très élevés dans de nombreux pays :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

L'idéal serait que les pays associés par une monnaie unique se prennent d'envie de mutualiser les actions menées pour lutter contre cette crise. C'est en quelque sorte ce que demande le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, lorsqu'il appelle "l'Union européenne à être plus ambitieuse, unie et courageuse face à l'épidémie de Covid-19", en réponse aux excuses formulées par la présidente de la Commission européenne, qui admettait que l'Italie avait été négligée au début de cette crise... D'où la proposition d'émettre des eurobonds, opportunément rebaptisés coronabonds (European recovery bonds par Giuseppe Conte) dans la mesure où ils ne concerneraient que cette crise.

 

Seulement voilà, la zone euro, et plus largement l'Union européenne, sont également malades mais pas d'un coronavirus. Il s'agit juste d'une maladie appelée égoïsme, mais qui encore aujourd'hui est présentée à tort comme le fonctionnement naturel de l'économie. Souvenez-vous : la fable du marché tout-puissant et autorégulateur, les agents économiques isolés et en concurrence absolument incapables de coopérer, etc. L'ancien monde ? Pas si sûr...

 

Il reste alors une alternative dont il est beaucoup question ces derniers temps : la monétisation des dettes publiques, qui consiste à solvabiliser des États en difficultés financières (et parfois même des entreprises !) en autorisant la Banque centrale à acheter les titres de dette contre création monétaire, ce qui normalement est interdit par les traités européens. D'où les cris d'orfraie des dirigeants politiques allemands et néerlandais, qui voient dans le plan d'urgence de 750 milliards d'euros concocté par la BCE une monétisation déguisée des dettes publiques de la zone euro avec tous les dangers que cela implique (écrasement des primes de risque sur de nombreux titres de dettes , création de bulles, etc.).

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Cette monétisation peut du reste prendre la forme d'une distribution directe de monnaie à des groupes d’agents économiques, sans contrepartie, ce que l'on appelle l’Helicopter Money.

 

Or, il faut remarquer que dans le cadre européen, la BCE va créer de la monnaie pour acheter des titres de dettes publiques dont l'objectif est de financer la lutte contre le COVID-19 (crédits aux entreprises, financement du chômage partiel, transferts de revenus aux ménages...). De plus, les Banques Centrales des pays de la zone euro reversent leurs profits aux États, ce qui dans le cas présent signifie simplement que les paiements d’intérêts sur la dette publique faits par l’État à la Banque Centrale sont en fin de compte rendus par la Banque Centrale à l’État. Enfin, si la BCE s'engage à ne pas réduire la taille de son bilan pendant de très nombreuses années, ce qui signifie qu'elle renouvelle l'achat de titres à l’échéance (la monétisation de la dette publique est donc en quelque sorte irréversible), alors les États n'auront pas à rembourser ce surcroît de dette publique. La boucle est alors bouclée ! Autrement dit, la dette publique est devenue gratuite pour l'État en question, ce qui correspond bien à une monétisation de la dette publique par la Banque centrale...

 

Bref, l’Helicopter Money peut très facilement être mis en œuvre dans les prochains mois. D'ailleurs, dans un contexte électoraliste, Trump en est même venu à vouloir verser un chèque directement aux ménages pour relancer l'économie américaine. Si la dette publique émise en contrepartie était monétisée par la Fed, on s'approcherait de ce que certains économistes qualifient de Quantitative easing (QE) for people et qui a fait l'objet d'une note de l'Institut Veblen.

 

Mais pour revenir à la France, à n'en pas douter, dès que cette crise sera passée, le gouvernement se dépêchera de soumettre à l'Assemblée nationale soumise un budget d'austérité, conformément aux préceptes de la théorie du ruissellement qu'il affectionne tant. L'hôpital sera alors privatisé, certes avec deux ans de retard, les réductions d'effectifs reprendront et les belles promesses d'un changement de paradigme économique s’évanouiront dans l'éther de la campagne de 2022... À moins que les citoyens, abusés désabusés depuis des années et trahis par les élites politiques, ne réclament enfin des comptes au gouvernement par toutes les voies (légales) !

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de la Gazette des communes.

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 14:29

 

 

Après plusieurs articles sur les conséquences économiques de la pandémie de COVID-19 que vous trouverez ici et , je vous propose aujourd'hui de revenir sur la notion de crise de manière originale... En effet, j'ai profité de cette période de confinement pour essayer la plateforme Kahoot! et créer un petit quiz économique sans prétention. Les réponses peuvent a priori toutes être trouvées dans les différents articles de mon blog, ce qui vous donnera une excuse pour lire ceux que vous auriez manqués !

 

Quelques articles

 

Pour ceux qui n'auraient pas le temps de faire une petite recherche sur mon blog, voici ci-dessous quelques-uns de mes articles sur le thème de la crise :

 

 * Les marchés financiers atteints par le coronavirus

 

 * La politique monétaire

 

 * L'avenir de la zone euro

 

 * Les causes économiques de la crise sociale en France

 

 * Crise économique en vue dans la zone euro

 

 * Politique monétaire de la BCE : dernière tentative désespérée avant la crise ?

 

 * Alerte sur la dette publique et surtout la dette privée

 

 * L'Italie en crise

 

 * Le Bitcoin, actif à haut risque

 

 * Retour sur la crise grecque

 

 * Et encore des banques en faillite

 

 * Comment corriger les problèmes de compétitivité-coût au sein de la zone euro ?

 

 * Michel Aglietta explique la crise des subprimes...

 

La crise du COVID-19

 

Une petite vidéo pour comprendre l'impact de la pandémie sur l'économie à court terme :

L'INSEE vient par ailleurs de publier une note dans laquelle elle cherche à évaluer l'impact du confinement sur le PIB. Le résultat est angoissant :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Le quiz

 

Pour vous connecter au quiz, il suffit :

 

 * de cliquer sur ce lien

 

 ou

 

 * d'entrer le code suivant dans l'application mobile si vous utilisez un smartphone : 0553774

 

Bon travail !

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 13:37

 

 

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le continent européen est devenu le foyer principal de la pandémie de coronavirus. Amer constat, qui a conduit de nombreux pays comme l'Italie, la France ou l'Espagne à confiner leur population et à se barricader. D'où des conséquences économiques et sociales graves, que j'avais évoquées dans mon précédent billet. Aujourd'hui, il m'a semblé utile de compléter mon propos en revenant sur la panique qui semble s'être emparée des marchés financiers.

 

La panique sur les marchés

 

Les principales places financières du monde ont vécu des journées épouvantables ces deux dernières semaines :

 

Évolution de l'indice CAC 40

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Évolution de l'indice DJIA

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Eu égard au fait que l'épidémie de coronavirus est devenue depuis quelques semaines une pandémie, il était évident qu'une telle crise sanitaire aurait une influence majeure sur des marchés eux-aussi interconnectés mondialement.

 

Des plans de relance non coordonnés

 

Tous les pays annoncent des mesures en ordre dispersé, à un moment où la coordination est pourtant indispensable :

 

 * en France

 

 

[ Source : https://www.economie.gouv.fr/coronavirus-soutien-entreprises ]

 

En gros, en janvier le coronavirus était présenté par le gouvernement d'Emmanuel Macron comme une mauvaise grippe en Asie. En février il fallait juste faire attention, mais on pouvait aller sans risque voter le 15 mars. Et le 16 mars, branle-bas de combat, le président de la République nous apprend que "nous sommes en guerre contre le coronavirus" et place de facto l'économie en régime dirigiste ! Rhétorique martiale aussi risible qu'inappropriée, mais depuis reprise par Donald Trump qui lui est vraiment en guerre contre tout le monde... Et que dire d'Agnès Buzyn, qui nous annonce qu'elle savait que l'épidémie allait être massive et que, dans ce contexte, la tenue des élections était "une mascarade" ?

 

 * en Italie

 

 

[ Source : BFM TV ]

 

La commission européenne, réputée libérale et pingre lorsqu'il s'agit de relance budgétaire, s'est décidée à créer un embryon de réponse commune en annonçant la création d'un fonds d'investissement pour lutter contre l'épidémie de 37 milliards d'euros (hélas peu d'argent frais et beaucoup de fonds recyclés...) :

 

 

[ Source : Le Parisien ]

 

On notera avec ironie que la fin de l'austérité résulte de la propagation d'un virus et non d'un choix raisonné basé sur des faits socioéconomiques... Attention alors aux répliques, autant du virus que des politiques d'austérité !

 

Incertitudes et craintes d'une récession

 

Avec des économies qui passent les unes après les autres dans le rouge, dans un contexte de mondialisation des chaînes de valeurs, l'on s'attend bien sûr à une récession de l'économie européenne en 2020 (les chiffres ci-dessous constituent une prévision bien trop optimiste faite avant le confinement en France) :

Infographie: Coronavirus : coup de froid sur l'économie mondiale | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

L'incertitude sur la production, qui actuellement est au ralenti, est très grande. Cela conduit les marchés à devenir très nerveux, ce que l'on peut mesurer au moyen de l’indicateur de volatilité VIX :

 

 

[ Source : https://fr.tradingview.com/symbols/CBOE-VIX ]

 

Or, lorsque les cours de Bourse se cassent la figure, les effets de richesses très forts aux États-Unis conduisent à anticiper une baisse de la consommation et donc une récession encore plus prononcée...

 

Pour y faire face, la Banque centrale européenne n'aura probablement pas d'autre choix que d'emboîter le pas à son homologue américaine le Fed, qui a abaissé son taux directeur entre 0 % et 0,25 % et relancé l'assouplissement quantitatif (quantitative easing). Et jeudi 19 mars, l'on apprenait que la BCE procéderait à des rachats de titres pour 750 milliards d’euros, un volume 6 fois supérieur à celui annoncé la semaine dernière et qui avait fait un flop monumental ! J'avais cependant montré qu'une telle politique monétaire ne fonctionne plus actuellement et qu'au contraire elle crée les conditions de la prochaine crise financière... Mais bon, dans la panique, nombreux sont ceux qui désirent sauver le château de cartes capitaliste !

 

Lorsque les marchés financiers paniquent, rien n'est visiblement trop bon pour les calmer, d'autant plus que l'aversion au risque pousse les investisseurs à surréagir aux chocs à court terme, alors même qu'un investissement en actions est censé se faire sur un horizon long. Et l'on ne parle même pas des comportements moutonniers résultant de l'automatisation des ordres et de la gestion indicielle. De plus, il ne s'agirait pas de doubler la panique financière d'une contraction de l'offre de crédit bancaire, sous peine d’asphyxier l'immense majorité des entreprises européennes.

 

Du FMI au G7, en passant par l'OCDE, toutes les institutions sont désormais au chevet de l'économie mondiale de peur d'assister à la chute finale ! Il aura fallu une crise sanitaire pour que les institutions les plus libérales et dogmatiques en viennent à réclamer une relance budgétaire combinée à une politique monétaire déjà ultra-expansionniste.

 

Faut-il fermer les marchés ?

 

Seule l'Autorité des marchés financiers (AMF) au niveau français peut se permettre de suspendre les cotations (l'ESMA au niveau européen). Pour l'instant, l'AMF s'est contentée d'activer les coupe-circuits et d’interdire les ventes à découvert sur certaines actions, mais il n'est pas certain que de telles mesures aient une quelconque efficacité une fois que la tendance baissière est enclenchée.

 

L'économie réelle étant à l'arrêt, on ne voit pas très bien l'utilité des marchés actions, d'autant que les cours ne reflètent plus depuis longtemps la valeur actualisée des bénéfices futurs. Dans certains cas, les marchés ne servent même plus à financer les entreprises... Et le bazooka à 750 milliards d'euros sorti par Christine Lagarde n'y changera rien. 

 

Le vrai problème n'est pas de sauver la corbeille, mais avant tout la trésorerie des entreprises pour éviter les fermetures et les licenciements. Dans le contexte actuel, regarder les indices boursiers comme un reflet de l'état économique d'un pays n'est que pure folie !

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du Financial Times.

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 13:50

 

 

Il y a peu, j'avais écrit un billet dans lequel j'ai montré que l’économie chinoise est malade. Le pays fait en effet face à des problèmes structurels (vieillissement de la population,  freinage de la productivité par tête...) mais aussi à un grave danger conjoncturel : le coronavirus. Aujourd’hui, je souhaite évoquer en quelques mots les conséquences de cette épidémie sur l'économie française et plus généralement européenne, à l'heure où la psychose est elle aussi endémique...  

 

Les cas de coronavirus déclarés en France et dans l'UE

 

Au 9 mars 2020 à 15h, l'état des lieux était le suivant :

 

 

[ Source : https://www.santepubliquefrance.fr ]

 

L'Italie, foyer majeur de l'épidémie en Europe, est dans une situation sanitaire épouvantable, avec près de 7 500 cas déclarés et 366 morts. Déjà très affaibli économiquement, le pays va désormais subir une crise économique d'ampleur, d'autant qu'après avoir placé en quarantaine plus de 15 millions de personnes (1/4 de la population italienne !), on apprend ce matin que le président du conseil italien, Giuseppe Conte, a placé la totalité des habitants du pays (60 millions d'habitants !) en quarantaine !

Dans ces zones contaminées et par ricochet dans le reste de l'Italie à présent, la vie économique s'est arrêtée : interruption de la production, suspension des événements sportifs et culturels, etc. L'OMS a d'ailleurs qualifié de "véritables sacrifices" les mesures prises en Italie pour endiguer l'épidémie !

 

En France, pour l'instant, nous en sommes au stade 2 de l'épidémie en France, même s'il ne fait guère de doute qu'au rythme actuel le gouvernement français devra très prochainement prendre la décision de passer au niveau 3 :

 

 

[ Source : Le Parisien ]

 

Les conséquences économiques en France

 

Dans l'Oise et le Haut-Rhin, principaux foyers de l'épidémie (clusters), les écoles, collèges et lycées ont été fermés.

 

 

[ Source : France Bleu ]

 

En date du 8 mars, Muriel Pénicaud affirmait que 900 entreprises avaient déposé un dossier de chômage partiel à la suite de cette épidémie. Il est d'ores et déjà acquis que l'épidémie, si elle persiste - ne serait-ce que dans les esprits -, aura un impact sur la croissance potentielle de la zone euro, pourtant déjà faible comme je l'avais montré dans ce billet. Le ministre des Finances, Bruno Le Maire, évoque d'ailleurs un "impact sévère" du coronavirus sur l'économie française, probablement de l'ordre de "plusieurs dixièmes de points" de croissance pour 2020. Pour y faire face, des mesures immédiates ont été prises en France :

 

 

[ Source : https://www.economie.gouv.fr/coronavirus-soutien-entreprises ]

 

À ce stade, il faut rappeler que la Commission européenne a incité depuis une décennie les États membres à orienter leur modèle économique vers l'export pour tenter vainement de compenser les plans d'austérité mis en place au lendemain de la crise de 2010. Hélas, lorsque le commerce mondial, en plus de subir un freinage structurel, se fait contaminer par le coronavirus, on imagine aisément les dégâts sur les économies très ouvertes aux échanges internationaux...

 

La Chine porte du reste une lourde part de responsabilité dans ce freinage du commerce mondial, puisque le fort recul de son activité au 1er semestre 2020, dû notamment au coronavirus, se transmet au reste du monde par le recul des importations chinoises, qui représentent tout de même bon an mal an plus de 10 % des importations mondiales en valeur.

Pour y faire face, la Banque centrale européenne n'aura probablement pas d'autre choix que d'emboîter le pas à son homologue américaine le Fed, en assouplissant encore sa politique monétaire. J'avais cependant montré qu'une telle politique monétaire ne fonctionne plus actuellement et qu'au contraire elle crée les conditions de la prochaine crise financière... Mais lorsque les marchés financiers paniquent, rien n'est visiblement trop bon pour les calmer :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Quoi qu'il en soit, l'OCDE, pourtant très libérale en général dans ses préconisations, appelle désormais à de la relance budgétaire ! C'est dire l'extrême inquiétude qui règne dans le monde...

 

En ce qui concerne le tourisme, il est évidemment impacté par cette crise, car plus aucune destination n'est vraiment sûre, même pas une croisière en Égypte ! Quant aux touristes chinois, ils étaient environ 2,4 millions à visiter la France en 2019 avec, et c'est là un point important, un fort pouvoir d'achat et une propension forte à dépenser...

 

Cette épidémie a aussi exercé une pression à la baisse sur les cours des matières premières, en particulier le pétrole, ce qui réduit encore les anticipations inflationnistes à court terme et crée d'énormes problèmes pour les pays exportateurs de pétrole :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Si l'épidémie devait durer - et surtout la psychose qui en constitue le cortège -, alors se poserait la question de la réorganisation des chaînes internationales de valeur. Dans ce cas, réorganisation rimera à n'en pas douter avec désorganisation... Investir actuellement dans les actions avec une telle incertitude, et subséquemment une énorme volatilité, relève par conséquent de la spéculation, d'où le recul des principaux indices boursiers un peu partout dans le monde.

 

En définitive, l'épidémie de coronavirus n'épargnera aucun pays sur le plan économique, puisque tous sont embarqués sur le même navire appelé mondialisation, en particulier les Européens. C'est l'exemple même d'un système économique non-résilient, pour employer des termes à la mode, ce qui n'est pas sans rappeler la conclusion de mon précédent article consacré au capitalisme...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du Figaro.

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 14:41

 

 

L'épidémie de coronavirus qui sévit en Chine démontre l'extrême vulnérabilité de nos économies, même lorsqu'elles sont parfois pilotées par des États forts. En particulier, la segmentation mondiale du processus productif, présentée dans les années 1980 comme la panacée, est depuis quelques années très contestée et les consommateurs - devenu souvent des consom'acteurs - réclament désormais des circuits plus courts et transparents. Cela soulève une question plus générale : le capitalisme est-il réformable voire dépassable ? Ce billet se propose de donner quelques éléments de réflexion, mais bien entendu il n'est pas possible d'entrer dans les détails en quelques lignes...

 

Qu'est-ce le capitalisme ?

 

J'ai récemment eu une discussion informelle sur la notion même de capitalisme, qui m'a permis de constater combien le mot était mal compris et trop souvent synonyme de commerce. Il n'est pas question ici de faire de longs développements sur le capitalisme, mais juste de définir cette notion pour permettre ensuite une petite analyse.

 

Soyons donc clairs : le capitalisme désigne un mode d'organisation de l'économie basé sur la propriété privée des moyens de production, ce qui va de pair avec la recherche d'un profit privé. Bien qu'ils participent à la production, les salariés ne sont dans un système capitaliste qu'exceptionnellement associés à la prise de décision. Les prémices d'un système capitaliste sont à chercher au XVIe siècle où l'esclavage est dominant, mais c'est au XIXe siècle qu'apparaîtra le capitalisme industriel triomphant... pour une minorité !

 

Le capitalisme n'est donc pas le fonctionnement naturel de l'économie comme j'ai pu l'entendre, mais bien une construction assez récente comme le montre l'historienne Ellen Meiksins Wood dans son dernier livre L'origine du capitalisme. En tout état de cause, lorsqu'on évoque le capitalisme, il faut impérativement analyser en regard la condition des travailleurs (salariés historiquement et indépendants depuis quelques années..).

 

Selon Bruno Amable, il existe plusieurs formes principales de capitalisme, que l'on peut classer en fonction du type de concurrence sur le marché des biens, du niveau de déréglementation des marchés du travail, les caractéristiques des marchés financiers, du système d’éducation et enfin du degré de protection sociale :

 

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

Qu'est-ce qu'une entreprise ?

 

De 1978 à 2019, l'article 1833 du Code civil disposait que "toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l'intérêt commun des associés". Pas un mot sur l'entreprise, la société étant ravalée à un unique objectif de profit. Mais depuis l'adoption de la loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation de l’Entreprise) de 2019, l'article 1833 du Code civil a été réécrit de la manière suivante : "toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l'intérêt commun des associés. La société est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité".

 

La loi PACTE permet également aux entreprises de définir une raison d'être, sorte de marqueur social qui s'inscrit dans les engagements au titre de responsabilité sociale et environnementale (RSE). Pour ce faire, l’article 1835 du Code civil a été modifié par l'ajout suivant : "Les statuts peuvent préciser une raison d'être, constituée des principes dont la société se dote et pour le respect desquels elle entend affecter des moyens dans la réalisation de son activité".


Enfin, la loi PACTE consacre le statut d'entreprise à mission, inspiré des Benefit Corporation américaines, qui entraîne l'inscription de cette mission dans les statuts de l'entreprise et prévoit un organe chargé de vérifier la conformité des décisions de gestion de l'entreprise avec celle-ci. 

 

Les actionnaires tout-puissants

 

Hélas, derrière les beaux discours et les beaux textes de lois se cachent une loi d'airain : les investisseurs continuent à exiger des taux de rentabilité très élevés, ce qui revient à pressurer les entreprises au vu des conditions actuelles.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et pour atteindre de pareils objectifs de rentabilité démentiels, les entreprises cherchent à augmenter leur profitabilité au détriment des salariés, délocalisent dans les pays à bas coûts salariaux et à faible protection sociale (euphémisme...), s'endettent et cherchent à acquérir une position de monopole. Bref, tout le contraire du marché libre et concurrentiel vanté par la théorie économique dominante !

 

Ainsi, pour réformer véritablement le capitalisme, il faudrait revenir sur plusieurs points principaux :

 

 * réduire l’exigence de rentabilité des investisseurs ;

 

 * faire en sorte que le partage des revenus devienne plus favorable aux salariés, c'est-à-dire redresser la part des salaires dans le PIB ;

 

 * redonner un véritable pouvoir de négociation aux travailleurs (pas toujours salariés du reste...) ;

 

 * faire en sorte que les chaînes de valeur soient plus régionales et subséquemment relocaliser la production.

 

Vous vous dites que les conditions ci-dessus sont impossibles à réaliser ? Vous avez raison et c'est pourquoi je ne crois pas un instant à quelque réforme du capitalisme. Ce d'autant plus que, dans les conditions actuelles, tout est fait pour que rien ne puisse réellement changer, en raison d'intérêts croisés bien compris. Pourtant, il ne fait aucun doute que ce système capitaliste est désormais sévèrement contesté un peu partout dans le monde, même aux États-Unis !

 

Mais à la question le capitalisme est-il dépassable ?, la réponse est oui comme tendent à le prouver les nombreuses initiatives récentes. Hélas, là encore tout est fait pour qu’aucun modèle alternatif ne puisse trouver de légitimité aux yeux du grand public. Dès lors, à défaut d'un Grand Soir, nous risquons d'assister à une Grande Chute, composée d'une hausse de l'insolvabilité des ménages et des États, le tout mâtiné d'une crise financière... À moins que ce ne soit la psychose du Coronavirus qui ne nous entraîne par le fond !

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 14:03

 

 

Certes il y a l'épidémie de Coronavirus, dont j'ai analysé brièvement les conséquences économiques. Mais le monde économique est atteint d'un mal bien plus insidieux, qui fait croire aux agents économiques que les taux d’intérêt peuvent indéfiniment rester extrêmement bas, voire négatifs, le tout sans inflation. Ce faisant, d'aucuns oublient que les institutions monétaires mènent pourtant une politique monétaire unique dans l'histoire pour faire remonter le taux d'inflation ! Et c'est précisément cette politique désespérée qui fait sombrer les taux d'intérêt...

 

Qu'est-ce que la politique monétaire ?

 

Comme à mon habitude, commençons par définir les termes. On appelle politique monétaire un ensemble d'actions dont l'objectif est d'agir à court terme sur la situation économique (croissance/expansion, emploi, niveau général des prix, solde extérieur, bref les objectifs matérialisés par le célèbre carré de Kaldor), par l’intermédiaire de la quantité de monnaie en circulation et/ou du taux d’intérêt.

 

Depuis les années 1980, en Europe, c'est l'objectif de stabilité des prix qui prime tous les autres. Ainsi, l’article 127, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne définit l’objectif principal de l’Eurosystème : « L’objectif principal du Système européen de banques centrales [...] est de maintenir la stabilité des prix. […] Sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne ».

 

Dans un souci de simplification, je n'aborderai pas les objectifs intermédiaires et opérationnels, puisque cela n'apporterait rien à ce billet (je laisse cela à mes étudiants...). Précisons seulement qu'ils servent à atteindre l'objectif final au moyen d'instruments comme le contrôle du crédit, le contrôle des changes, les taux directeurs, les réserves obligatoires...  Les principaux canaux de transmission de la politique monétaire sont le crédit, le taux de change, le prix des actifs (effets de richesse). Autrement dit, si l'on considère le canal du crédit, lorsque la Banque centrale veut relancer l'économie, elle baisse en général ses taux d'intérêt directeurs afin de rendre la ressource monétaire moins chère. Et nous allons montrer que ce canal fonctionne actuellement très mal...

 

La neutralité monétaire

 

De (trop) nombreux banquiers centraux se persuadent encore que la politique monétaire n’a au plus qu’un effet transitoire à court terme sur l’économie réelle, mais qu'à long terme elle n'influence que les prix des biens et services.

 

Autrement dit, la politique monétaire pilote le taux d'inflation, ce qui revient à dire que la monnaie est neutre à long terme. Cette question de la neutralité de la monnaie est du reste un très vieux débat en économie monétaire, puisqu'on en retrouve trace précise chez Oresme et Jean Bodin. Il est depuis établi que la monnaie n'est pas neutre, ni à court terme ni à long terme, mais cela n'empêche pas de nombreux banquiers centraux de persister dans cette illusion (politique plus que monétaire) pour le pire...

 

La politique monétaire de la BCE

 

Le Conseil des gouverneurs de la BCE mène clairement une politique monétaire ultra-expansionniste :

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

Le taux d’intérêt de la facilité de dépôt est de -0,50 %. Ce taux négatif signifie que les banques commerciales se font taxer lorsqu'elles déposent des fonds inutilisés à la BCE... Mais pour éviter que les banques, dont le métier est a priori de faire de la transformation de ressources à court terme en crédits à long terme - bref de faire de la marge d'intérêt - ne meurent trop vite, la BCE a décidé de mettre en place un système à deux paliers pour la rémunération des excédents de liquidité (l'une à -0,50 %, l'autre à 0 %).

 

Et comme si cela ne suffisait pas, Christine Lagarde semble vouloir aller encore plus loin dans cette voie délirante... Or, quand une Banque centrale baisse des taux directeurs déjà négatifs et s'engage à les laisser à ce niveau aussi longtemps que nécessaire (forward guidance), on en déduit que la BCE doit s'attendre à l'ouragan dont j'avais parlé dans ce billet... En fait, la BCE a peur de revivre l'enchaînement cataclysmique de 2009, où la chute de la croissance en Europe s'était accompagnée d'une crise bancaire et financière, bien entendu soldée par les ménages ! Dès lors, elle a préféré se lancer dans une relance monétaire préventive alors que la politique monétaire est déjà ultra-expansionniste.

 

Un maigre bilan

 

Hélas, malgré toutes les mesures mises en œuvre par la BCE depuis près de 10 ans (baisse des taux directeurs, assouplissement des conditions de refinancement des banques, quantitative easing, etc.), la politique monétaire n'aura été un succès que sur un point, en ce qu'elle a effectivement permis à des États en difficulté de ne pas faire défaut sur leur dette publique. Mais elle a échoué sur tout le reste : taux d'inflation très loin de sa cible, investissement productif en berne, croissance atone...

 

Pour que la politique monétaire soit utile, encore faudrait-il que les politiques budgétaires soient actionnées en complément. Or, de ce côté-ci de la politique économique, le carcan européen ne laisse rien espérer de positif. Je me ris d'ailleurs  de tous les efforts de communication déployés par Ursula Von der Leyen pour vendre son Green New Deal européen alors que les dirigeants des États membres n'arrivent même pas à s'entendre sur un famélique budget commun.

 

En attendant la chute du château de cartes capitaliste (je reparlerai de capitalisme très prochainement), d'aucuns semblent croire qu'il suffit de continuer à injecter des tombereaux de monnaies pour calmer les vents de la tempête qui arrive. Hélas, l'économie européenne est tombée dans une trappe à liquidité fermée à double tour par un contexte morose et une exigence de rentabilité des actionnaires toujours trop élevée. On laisse alors les agents économiques s'endetter sur des durées déraisonnables, le crédit servant de viatique à l'absence de demande intérieure et bientôt extérieure avec la longue maladie de la Chine... 

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du Financial Times.

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 13:40

 

 

Après avoir beaucoup écrit sur la zone euro et son avenir, j'ai décidé de m'intéresser à un autre grand corps malade de l'économie : la Chine. Certes, les médias ne parlent plus que de l'épidémie de coronavirus, mais la Chine fait aussi face à des problèmes structurels. Dans ce billet je vais donc chercher à donner quelques éléments factuels sur l'état de l'économie chinoise.

 

Le coronavirus

 

Au-delà des considérations scientifiques sur l’appellation de ce virus dont l'épicentre semble se trouver dans la ville de Wuhan (province du Hubei), en Chine, voici quelques chiffres fournis par l’agence nationale de santé publique française (16 février 2020) :

 

 

[ Source : https://www.santepubliquefrance.fr ]

 

Et si vous souhaitez vous faire quelques frayeurs, voici la carte de propagation du coronavirus établie selon plusieurs scénarios :

 

 

[ Source : https://www.futura-sciences.com ]

 

Coronavirus et économie chinoise

 

Il va de soi que lorsqu'une grande ville industrielle subit une telle épidémie, les conséquences sont graves. Ce d'autant plus que pour éviter la propagation du virus, les autorités ont multiplié les mesures de confinement de la population : habitants cloîtrés chez eux, mises en quarantaine, subséquemment usines qui réduisent leur cadence quand elles n’ont pas tout simplement arrêté leur production, etc. Et je ne parle même pas du système de santé, qui est à l’évidence dépassé par l’afflux des personnes contaminées comme en témoigne la construction d'un hôpital en dix jours alors que le personnel de santé bien formé fait cruellement défaut...

 

Et quand cette ville est reliée aux autres métropoles chinoises par un réseau très développé de transport, le problème local devient très vite un problème global :

 

 

[ http://fr.hubei.gov.cn ]

 

Désormais, c'est tout le pays qui vit au ralenti, et ce ne sont pas le limogeage du secrétaire du PCC à Wuhan et le changement de thermomètre pour identifier les personnes malades, qui amélioreront la situation :

En tout état de cause, la désorganisation de la production doublée d'un ralentissement de la consommation intérieure auront un effet important, et l’on évoque déjà une croissance en Chine à seulement 4 % pour 2020, c’est-à-dire sous le seuil des 6 % qui permet d’éviter l’effondrement du modèle économique chinois...

 

Face à ce danger, la Banque centrale chinoise (PBOC) a injecté plusieurs centaines de milliards de yuans sur les marchés financiers pour calmer leur volatilité, tout en créant un fonds de 300 milliards de yuans destiné à aider les institutions financières nationales à prêter aux entreprises impliquées dans la lutte contre l’épidémie. On a même appris que les banques cherchent à désinfecter les billets, avant de les mettre en quarantaine !

 

Le commerce mondial version coronavirus

 

Gageons que cette épidémie aura au moins servi à montrer la faiblesse de la segmentation mondiale du processus productif... Quoi qu'il en soit, le ralentissement du commerce mondial résulte surtout du recul très important des importations chinoises :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

C'est le résultat du ralentissement de tous les piliers de la demande intérieure de la Chine, consommation des ménages et investissement des entreprises.

 

Les régions les plus ouvertes aux échanges, comme la zone euro (et principalement l’Allemagne) et les États-Unis, vont donc souffrir... Quant à la France, c'est principalement le tourisme chinois à fort pouvoir d'achat dépensier qui va lui faire défaut !

 

Les problèmes structurels de l'économie chinoise

 

Au-delà de cette épidémie, l’économie chinoise fait face à de nombreux problèmes structurels dont j'ai souvent parlé sur mon blog. Tout d’abord, à l’instar des autres pays développés du monde, elle se transforme en une économie de services :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Or, les échanges de services sont de beaucoup plus petite taille que les échanges de biens et la productivité du travail est en général bien plus élevée dans l'industrie. Rien d'étonnant donc à ce que l'on assiste à un recul des exportations, amplifié par les mesures protectionnistes de Trump :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Au total, on assiste à un freinage de la productivité par tête :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

À cela s'ajoute le vieillissement de la population en Chine, qui conduira inévitablement à un recul de la population en âge de travailler :

 

 

[ Source : Chine-magazine.com ]

 

Dans les conditions actuelles, il n'est d'ailleurs pas certain que le plan de relance annoncé par Xi Jinping au mois de décembre puisse avoir quelque effet... Finalement, l'Empire chinois vacille pour un virus !

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 10:56

 

 

Cet ouvrage collectif est destiné aux étudiants préparant le concours commun d'entrée aux IEP, qui se déroulera le 18 avril 2020. Composé de 400 pages et de d'une centaine de fiches (dissertations corrigées, fiches de culture général, fiches de lecture), il permet une préparation efficace à l'épreuve de questions contemporaines du concours (durée : 3h, coefficient 3, dissertation sur un sujet à choisir parmi deux), dont les thèmes pour 2020 sont révolutions et le secret.

 

Rappelons que cette épreuve évalue la connaissance, la capacité à analyser et à argumenter sur les grands thèmes et débats inscrits dans l'actualité des années récentes. Le candidat doit dès lors mobiliser une palette de savoirs variés : économie, histoire, science politique, géographie, philosophie, actualité des sciences et techniques..., pour traiter des grandes problématiques actuelles.

 

Dans cette perspective, nous avons été nombreux (enseignants en classes préparatoires, responsables de formation IEP et universitaires spécialistes du thème) à nous réunir afin de concevoir des dissertations et fiches de lecture/synthèse pour une préparation optimale des candidats à l'épreuve. Pour ma part, j'ai apporté la contribution suivante : Révolution numérique et bouleversement des processus économiques.

 

Ce livre peut être utilement complété par les autres ouvrages de la même collection et par mes livres, notamment Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition et Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, toujours aux éditions Ellipses.

 

Cet ouvrage de préparation au concours IEP peut être acheté dans toutes les bonnes librairies et en ligne :

 

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4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 14:01

 

 

Récemment, dans un long billet consacré à la zone euro, j'avais présenté les principaux problèmes structurels auxquels elle fait face et insisté tout particulièrement sur l’hétérogénéité croissante. Aujourd'hui, nous nous intéresserons à l'épargne qui, contrairement à une idée reçue, est très abondante au sein de la zone euro, mais ne finance hélas plus des projets européens...

 

L'excès de l'épargne sur l'investissement

 

Le graphique ci-dessous montre que depuis 2012, le taux d'épargne de la zone euro est largement supérieur au taux d'investissement :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Cela se retrouve dans l'évolution de la balance courante (différence entre exportations et importations de biens et de services, de revenus des facteurs et des transferts), qui devient très largement excédentaire à partir de 2012 :

 

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

Cette situation est bien entendu défavorable à la zone euro, dans la mesure où une partie de l’épargne de la zone euro est prêtée au reste du monde au lieu de financer des investissements internes. Le pire est qu'une bonne partie de ces fonds sert désormais à acheter des bons du Trésor américain, c'est-à-dire que l'épargne des Européens finance l'endettement des États-Unis ! En y regardant de plus près, on voit également que l’excès d’épargne de la zone euro vient aujourd’hui surtout de la hausse du taux d’épargne privée et d'une stagnation/baisse de l’investissement public.

 

Comment remédier à cette situation ?

 

La situation économique de la zone euro est suffisamment dégradée pour que l'on s'intéresse au moyen de résorber cet excès d'épargne, d'autant qu'il s’évanouit dans le reste du monde.

 

Il n'y a cependant rien à attendre du côté de la politique monétaire, car son biais ultra-expansionniste permanent semble incapable de relancer l'investissement, comme je l'avais montré dans ce billet. Pire, en dehors de solvabiliser des États en grande difficulté financière, la politique de la BCE aura fait chou blanc sur tous ses objectifs : la cible du taux d'inflation (suffisamment proche de, mais inférieur à 2 % sur le moyen terme) est loin d'être atteinte ; l'investissement productif n'a pas été soutenu par les taux d'intérêt faibles, car l'économie est tombée dans une trappe à liquidité fermée à double tour par un contexte morose et une exigence de rentabilité des actionnaires toujours trop élevée ; quant à la croissance de la zone euro, cela se passe de commentaires...

 

L'accroissement du déficit public en vu de financer des investissements porteurs de croissance serait une bonne idée, mais le taux déjà très élevé de l'endettement public et les contraintes d'équilibre des traités européens limitent fortement cette solution. Le seul espoir serait donc de financer ces investissements d'avenir (énergies renouvelables, technologies du futur...) par un panachage de financements publics et privés, mais je crains fort que dans ce cas l'intérêt général soit sacrifié sur l'autel du profit à court terme...

 

L'un dans l'autre, le carcan européen empêche donc toute initiative intelligente, dans un contexte nécessitant pourtant des mesures d'urgence pour éviter l'effondrement économique (et social !). Dès lors, j'accorde peu de crédit à la thèse de l'atterrissage en douceur de la croissance européenne. Au contraire, eu égard à la conjonction de facteurs structurels très défavorables, je crains fort que l'on se dirige vers une crise économique profonde, qui sera doublée d'une crise sociale et politique...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de Boursorama.com

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