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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 13:43

 



Les auditeurs du premier cafet'éco du cycle 2009-2010 m'ont demandé de consacrer la prochaine rencontre à la question de la dette publique. En effet, que de chiffres alarmistes et d'analyses terrifiantes distillés dans les journaux ces derniers jours ! Le déficit et la dette sont d'ailleurs des termes honnis dans le vocabulaire gouvernemental qui semble parfois ne contenir que quelques mots. Or, il faut bien comprendre que la dette n'est pas une mauvaise chose en soi, car c'est une des possibilités de paiement pour un Etat. Elle a même souvent quelques vertus lorsqu'elle est utilisée avec discernement...

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'élaboration du projet de loi de finances 2010 a été très compliquée en raison de la baisse prononcée des recettes de l'Etat. Entre les dépenses de relance et les pertes massives de recettes, le déficit de l'Etat atteindra plus de 140 milliards d'euros (31 milliards pour la Sécurité sociale), ce qui représente un déficit public de 8,2 % du PIB en 2009 et 8,5 % en 2010 ! Rappelons que le déficit budgétaire se différencie du déficit public, car il n’englobe pas le solde des recettes et des dépenses des collectivités territoriales et de la Sécurité sociale.

La situation budgétaire n'est pas meilleure ailleurs, loin s'en faut. Barack Obama avait dévoilé, en février, son premier budget, qui prévoyait un déficit colossal de 1 370 milliards d'euros en 2009 et de 1 171 milliards en 2010. Ce déficit, qui équivaut à 12,3 % du PIB en 2009, et à 8 % en 2010, est le plus important - en proportion du PIB des Etats-Unis -depuis la seconde guerre mondiale !

Lorsque la réduction du déficit devient l'utime finalité de la politique économique, il ne faut pas s'étonner que le gouvernement cherche à récupérer de l'argent par des moyens saugrenus, quitte à provoquer une bronca. On pense bien entendu au ministre du Budget (Eric Woerth) qui a estimé que ce serait une "mesure de justice" d'imposer les indemnités journalières versées aux salariés victimes d'accidents du travail. Disons-le clairement : un Etat n'est pas une entreprise, et l'équilibre des comptes n'est pas un objectif nécessairement atteignable et encore moins souhaitable dans certaines périodes. Cependant, avec ce genre d'objectifs anti-économiques, il faudra tôt ou tard s'attendre à passer à la caisse sous forme d'augmentation des impôts, même si le gouvernement ne cesse d'annoncer que les prélèvements n'augmenteront pas. Tout ceci me rappelle, toutes proportions gardées, un certain
tournant de la rigueur en 1983, qui avait surpris bon nombres de personnes à cette époque. D'autant plus que Jacques Delors, alors ministre des finances, déclarait que cette politique était dans le "dans le droit fil de l'esprit de solidarité". C'est curieux, mais c'est toujours de la même solidarité dont on nous parle encore aujourd'hui, alors même que la couleur politique dominante a changé. Une solidarité à niches fiscales ?

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 12:42

 



Désormais, dans l'enseignement, une chose est certaine : la norme devient l'exception ! Je m'explique : pour lutter contre l'absentéisme, trois lycées professionnels de l'académie de Créteil vont expérimenter la mise en place d'une cagnotte collective pour financer un projet défini avec les élèves (et qualifié pompeusement "d'éducatif") . Le mécanisme en est simple, si les lycéens font preuve d'assiduité, la cagnotte, d'abord fixée à 2 000 euros, sera abondée tout au long de l'année, jusqu'à pouvoir atteindre un maximum de 10 000 euros. Elle pourra être consacrée à financer des projets du type passage du permis de conduire ou voyage scolaire...

Cette idée lumineuse fait partie des 165 projets proposés par le Haut-Commissariat à la jeunesse, dans le cadre du Fonds d'expérimentations pour la jeunesse. Cette expérimentation (comme l'appelle le recteur) touchera, dans un premier temps, environ 150 élèves dans trois établissements volontaires et sera évaluée par l'Ecole d'économie de Paris (histoire de donner du crédit à toute cette histoire). On parle déjà d'une extension à 70 classes en 2010-2011, soit environ 2 000 élèves...

Pour ma part, je trouve cette idée parfaitement inepte et surtout immorale ! En effet, au moment où l'on cherche à retrouver le véritable sens de la vie après la crise, voilà que l'on introduit l'argent comme vecteur de motivation à l'école. D'une part, le gouvernement s'offusque de la rémunération des banquiers et patrons (bonus quand tu nous tiens !), tandis que de l'autre on cherche à inciter les élèves à l'assiduité... justement par des bonus financiers collectifs ! Le recteur de l'académie nous confirme d'ailleurs que l'on parle bien de bonus, puisqu'il déclare que "notre expérimentation est aux antipodes de l'individualisme consumériste. Elle est à la fois collective et responsabilisante : c'est la présence de tous qui contribue au succès de tous" . C'est exactement la définition de la prime d'intéressement dans une entreprise. Or, jusqu'à preuve du contraire, un lycée n'est pas une société cotée en Bourse et les élèves viennent parce qu'ils ont ENVIE de poursuivre leur scolarité. Ce dernier point est fondamental : la scolarité obligatoire s'arrête à l'âge de 16 ans dans notre pays. Par conséquent, il n'y a pas à motiver un élève pour qu'il se rende au lycée, c'est son choix ! Si en outre il faut le payer pour cela, alors élève risque de devenir un métier inscrit à la nomenclature officielle...

Je rappelle au lecteur que nos voisins anglais ont, comme à leur habitude, pris une longueur d'avance : depuis 2008, 200 000 élèves de familles défavorisées sont payés de 11 à 33 euros par semaine pour aller en cours ! Pourquoi faut-il que le gouvernement français se laisse entraîner à rejouer Waterloo version éducation nationale ?

Dans le même registre, Acadomia, l'un des leaders dans le soutien scolaire, a lancé une opération intitulée "bachelier ou remboursé". Pour 245 euros par mois pendant un an, 60 heures de cours particuliers sont dispensés à vos enfants élèves de Terminale dans une ou deux matières de leur choix, avec stages intensifs pendant les vacances. Surtout, en cas d'échec à l'examen du baccalauréat, et sous condition que le rejeton ait fait preuve d'assiduité et respecté le programme fixé, les parents seront remboursés de leur "investissement" de 3 000 euros. Mais si cette initiative n'a pas du tout été du goût du ministre de l'éducation, la précédente ne semble pas le choquer outre mesure. Peut-être parce que l'une est politico-médiatique et l'autre simplement médiatique ?


Quoi qu'il en soit, en dévoyant de la sorte la logique éducative, il ne restera plus, dans quelques années, qu'à payer ces nouveaux citoyens pour qu'ils aillent voter (si possible pour le parti qui aura mis le plus sur le tapis de jeu). Mais pour éviter de le dire ainsi, on pourra toujours créer une cagnotte collective et ainsi financer la prochaine fête du village grâce aux gentils électeurs actifs !


N.B : complètement hors sujet. On m'a envoyé la vidéo de l'intervention de DSK en Turquie durant laquelle un étudiant le mitraille avec sa chaussure... A voir ci-dessous pour se souvenir combien le FMI est apprécié sur Terre !




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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 12:54

 



Lors d'un précédent billet, j'avais évoqué mon nouveau cycle de conférences qui débutera le jeudi 15 octobre, à l'Université Populaire Transfrontalière de Forbach. En réponse à la demande du public, les conférences se dérouleront désormais en salle Berlin de 18h30 à 20h00. 

J'animerai également un atelier d'économie pratique qui a pour ambition d'apporter aux auditeurs des informations pratiques, en répondant à des questions que l'on se pose fréquemment : comment est fixé le prix du gaz ? Comment fonctionne précisément le dispositif appelé "maison à 15 euros" ? Pourquoi le taux du livret A a t-il tant baissé ? Qu'est-ce qu'un crédit revolving ? Etc. Pour ce faire, il est prévu 5 séances d'1h30 (le mercredi de 18h15 à 19h45) portant à chaque fois sur un thème différent.

Je rappelle qu'aucune connaissance préalable n'est nécessaire pour participer à ces conférences ou ateliers. Pour finir, le Républicain Lorrain m'a consacré un article ce lundi que je vous invite à découvrir en cliquant sur l'image ci-dessous :


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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 18:23




Cette semaine, je viens de commencer à dispenser mon cours d'évaluation d'entreprise. Celui s'adresse à des étudiants avec un profil plus généraliste, souhaitant s'ouvrir aux questions économiques et financières. C'est l'occasion pour moi de leur présenter les grandes méthodes utilisées pour évaluer la valeur d'une entreprise : méthodes actuarielles, multiples, patrimoniales. 

Dans mon introduction, je rappelle toujours aux étudiants que lorsque des intérêts politiques entrent en jeu, l'analyse devient extrêmement complexe. En effet, il est dès lors nécessaire de tenir compte, non seulement des intérêts contraires (en général !) des parties prenantes, mais également des biais liés à des décisions purement politiques. Ces derniers peuvent parfois même devenir irrationnels en regard de la stratégie suivie par l'entreprise. L'actualité me fournit justement un bel exemple de biais politiques lors d'une cession d'entreprise : la vente d'Areva T&D.

Quelques rappels sur la nature et l'historique de cette filiale sont ici nécessaires pour bien saisir mon propos. Areva T&D est spécialisée dans la transmission et la distribution d'électricité. Il y a 6 ans, cette filiale appartenait à Alstom qui avait été contraint de la vendre (pour 920 millions d'euros) sur injonction de la Commission européenne en échange de son accord sur le plan de sauvetage du groupe. Plan qui comportait une aide importante de l'Etat et qui déplaisait particulièrement à Bruxelles, même si le ministre de l'économie de l'époque - un certain Francis Mer, ancien PDG d'Usinor - se confondait en explications politico-économiques fumeuses : "l'Etat ne vient pas au secours d'une entreprise française mais d'un grand groupe européen", "Le contribuable n'est pas lésé, parce que le contribuable est aussi un salarié ! ", Evidemment, vu ainsi... En fait, si la Commission européenne a fini par valider le plan de sauvetage français, c'est surtout parce que la faillite d'Alstom aurait laissé Siemens en situation de monopole, impensable pour Bruxelles, eu égard au dogme libéral qui l'anime !

Pour en revenir à cette cession, celle-ci est motivée par les importants besoins financiers d'Areva : 2,7 milliards d'euros étaient déjà nécessaires en juin pour financer ses investissements et on parle aujourd'hui d'un plan de développement de quelque 12 milliards d'euros ! Or, l'Etat actionnaire (à hauteur de 90 %) n'est pas enclin à donner le moindre euro à Areva, ce qui ne laisse d'autre choix que de vendre les bijoux de famille, d'autant plus que le chef de l'Etat n'a laissé que 3 semaines à Areva au mois de juin pour trouver une solution. Or, et c'est un point essentiel, T&D représente 38 % du chiffre d'affaires du groupe en 2008, soit 5 millions d'euros, et a longtemps été une de ses divisions les plus bénéficiaires ! Par conséquent, il est difficile pour Anne Lauvergeon de se séparer d'une telle pépite... même si elle pourrait en espérer entre 3,5 milliards et 4,5 milliards d'euros selon les analystes. Rappel pour mes étudiants : voici l'exemple typique d'un évaluation à plage étendue qui montre la différence entre prix et valeur d'une entreprise.

Le biais politique se retrouve ensuite dans le concept de "patriotisme économique" souvent mis en avant par un ancien Premier ministre aujourd'hui devant un tribunal. Car si d'un côté l'Etat semble prêt à de nombreux sacrifices dès qu'il s'agit de maintenir une entreprise française entre des mains françaises, de l'autre son besoin d'argent pourrait le faire réfléchir à deux fois (et oui, le budget de l'Etat risque d'avoir une mine patibulaire ces prochaines années avec les plans de sauvetage...). Ainsi, le tandem Alstom-Schneider n'est depuis quelques jours plus le mieux placé, puisqu'il envisage de dépecer T&D, ce qui aurait inévitablement un impact sur les synergies possibles et donc le résultat. Reste donc en lice les offres de l'américain General Electric, en partenariat avec le fonds CVC, et celle du japonais Westinghouse, qui contrôle un des concurrents d'Areva.

En définitive, croire - comme je l'entends souvent - que les entreprises évoluent dans un monde soumis aux seules règles de la concurrence, c'est faire preuve d'une grande naïveté ou d'une mauvaise foi caractérisée. Le récent sauvetage des banques par des fonds publics, un peu partout sur la planète, devrait convaincre le lecteur des intérêts réciproques qui lient la sphère publique à la spère privée ! Même si, dans le cas des banques, il y aurait beaucoup à dire sur la pertinence des méthodes employées et les montants engagés...

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 11:00

 



Aujourd'hui, je vous propose une petite vidéo que j'ai trouvée sur le site www.journaldunet.com. Il s'agit d'une publicité de l'Adie (Association pour le droit à une initiative économique), association qui propose des microcrédits aux créateurs d'entreprises. On y voit notamment Franck Riboud et Michel Pébereau dans des situations embarrassantes de la vie : le premier gare sa voiture dans un parking souterrain et n'arrive pas à ouvrir sa portière, le second connaît de grandes difficultés avec les pages de son journal. Banal, mais évocateur paraîl-il...

En soi, le spot peut être éventuellement drôle (et encore...), mais le message final m'interpelle : "Les patrons sont des gens comme vous, alors pourquoi ne pas faire comme eux ?". En pleine crise, où des PME périclitent les unes derrières les autres, on ne peut s'empêcher de penser que la comparaison avec des multinationales est malvenue. Ce d'autant plus que Michel Pébereau n'est pas vraiment un patron comme les autres, puisqu'il est le président de la banque BNP Paribas. Rappelons également que s'il fallait (pour paraphraser le message du spot) faire comme lui, alors il faudrait être ancien élève de l'École polytechnique et de l'ENA, être issu du corps de l'Inspection des Finances, et avoir été au cabinet de plusieurs ministres. Rien que ça !

Pour la petite anecdote, 
je lisais il y a quelques jours dans le Tribune que Michel Pébereau et Baudouin Prot ont dégagé respectivement 678 489 euros et 361 451 euros de plus-values lors de levées de stock-options effectuées le 8 septembre. Et que bons princes (ils sont deux sur la même monture) ils en ont versé la moitié à l'Adie. Subtile manière d'éviter la polémique à quelques jours du sommet du G20 à Pittsburgh où doit être débattue la question des bonus !

Quant à Franck Riboud, il doit certainement être un grand manager pour reprendre un mot anglo-saxon. Il n'en reste pas moins vrai que lorsqu'on est le fils d'Antoine Riboud, PDG de BSN et que l'on succéde à son père en 1996, l'avenir est un peu moins inquiétant que pour l'entrepreneur lambda...

Tout cela pour dire que le message véhiculé par ce spot me semble quelque peu brouillé par ces comparaisons peu judicieuses. N'oublions pas que la finalité de l'Adie est de "financer et accompagner les créateurs d'entreprise qui n'ont pas accès au crédit bancaire et plus particulièrement les demandeurs d'emploi et les allocataires du RMI".

Pour finir, on pourrait également s'interroger sur la pertinence du microcrédit comme moyen de développement économique dans le monde. S'agit-il seulement d'un effet de mode depuis que Mohamad Yunus a obtenu le prix Nobel de la Paix en 2006 avec la Grameen Bank, ou d'une véritable réponse au défi du développement ? Cela implique de savoir à qui s'adresse précisément ces types de financement et à suivre, sur le moyen terme, les évolutions microéconomiques et macroéconomiques dans les pays ayant institué le microcrédit. Pour l'instant, les économistes ont des avis plutôt divergents sur cette question. A suivre donc !

 

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 10:45

 



Une initiative intéressante a vu le jour en Grande-Bretagne, la semaine passée : la création de deux monnaies locales. Le Brixton pound  a vu le jour le 17 septembre et le Stroud pound le 12 septembre. Dans les deux cas,  elles n'ont aucun cours légal et ne servent qu'à favoriser les échanges dans une zone géographique bien définie (en l'occurence le quartier de Brixton au sud de Londres pour la première, la ville de Stroud dans le Gloucestershire pour la seconde).

La littérature économique considère qu'une monnaie doit, au moins, avoir les trois fonctions suivantes :

* fonction de facilitation des échanges : cela signifie qu'elle permet de payer ses achats lors d'une transaction sans recourir au troc.

* fonction de réserve de valeur : la monnaie peut être épargner sans perdre de sa valeur (en excluant l'inflation et la perte de cours légal comme pour le Franc). Elle permet donc de reporter du pouvoir d'achat dans le temps.

* fonction d'étalon : la monnaie permet de jauger la valeur d'un produit quelconque.

Néanmoins, la monnaie peut avoir des fonctions autres qu'économiques : l'attachement d'un peuple à sa monnaie relève autant d'un aspect socio-culturel que psychologique. C'est ce qui m'a amené à dire qu'une monnaie avait au moins les trois fonctions citées ci-dessus. Si la première fonction est commune à la monnaie légale et à la monnaie locale, les deux autres sont souvent loin d'être pleinement réalisées. Dans le cas de la monnaie locale, il n'est en général pas possible de l'épargner, simplement parce qu'aucune institution de type bancaire ne la prend en charge dans son système. Ce n'est d'ailleurs pas la finalité recherchée, puisqu'une telle monnaie est créée lorsque les conditions matérielles et financières de l'échange sont dégradées. Dès lors, c'est bien la fonction de facilitation des échanges qui est primordiale : on crée une monnaie parallèle pour permettre aux gens d'acheter ou de vendre des biens et services locaux pour la plupart, choses qu'ils ne pouvaient plus faire (ou moins bien faire) avec la monnaie légale.

Pour résumer, cette monnaie locale cohabite avec la monnaie officielle au niveau d'une zone géographique, mais ne constitue - au sens économique - qu'un simple instrument d'échange au sein d'une communauté, que personne n'est obligé d'adopter (elle n'a donc pas cours légal). Sachant cette distinction, nous pourrons, par simplification, continuer à l'appeler monnaie locale dans la suite de ce billet. Précisons cependant que certaines monnaies locales sont échangeables contre de la monnaie officielle, tandis que d'autres ne le sont pas... Le Brixton pound  est ainsi échangeable contre la livre Sterling au taux de 1:1. Mais en général, les monnaies locales ne sont pas créées dans le but d'être échangeable avec la monnaie officielle, bien au contraire !

Rappelons que ces initiatives sont loin d'être nouvelles, contrairement à ce que peuvent laisser penser parfois les médias qui s'emparent de cette information. En effet, durant chaque grande crise de telles créations de monnaie locale ont vu le jour. Ainsi, dans les années 30, de nombreuses villes (partout dans le monde) avaient créé une monnaie locale pour relancer les échanges dans un contexte de grande dépression. Rien qu'aux Etats-Unis, on comptait 5 000 monnaies locales... Depuis le mois d'avril 2009, Detroit a d'ailleurs relancé une telle monnaie locale - le cheer - suite à l'effondrement des Big Three (General Motors, Ford et Chrysler), et aux graves difficultés sociales qui en ont résulté. En Argentine, pendant la crise de 1998-2002, et plus généralement aussi dans toute l'Amérique du Sud, de telles initiatives ont fleuri. Pour finir, notons qu'en Grande-Bretagne, les villes de Totnes et de Lewes avaient ouvert la voie, en créant leur monnaie locale il y a déjà 2 ans.

Tout ceci n'est pas sans rappeler les systèmes d'échanges locaux (SEL) qui permettent à leurs membres de procéder à des échanges de biens, de services et de savoirs sans avoir recours à la monnaie officielle. J'avais écrit, il y a quelques années, un article sur Planète Terra à ce sujet que
vous trouverez à cette adresse.

Si ces monnaies locales constituent une magnifique preuve de résilience des sociétés aux différentes crises, il n'en reste pas moins vrai que de nombreuses questions sont soulevées. Du fait que cette monnaie cohabite avec la monnaie légale (sans être échangeable le plus souvent), cela amène à s'interroger sur les conséquences d'une telle concurrence : différence d'inflation selon la monnaie, règles de stabilité monétaire à adapter selon la monnaie, rupture de la chaîne économique possible (si un fournisseur n'accepte pas la monnaie locale tandis que l'entrepreneur local l'accepte), comment contrôler officiellement les achats/ventes (faut-il tenir une double comptabilité ? Comment appliquer la TVA ?),...

Néanmoins, le lecteur aura bien compris que le grand intérêt d'une telle monnaie locale est de permettre à une communauté d'utiliser pleinement ses ressources productives existantes, en apportant de l'huile dans les rouages pour ainsi dire. Subsidairement, cela encourage l'achat de biens et de services produits localement. En ce sens, la fonction sociale de l'initiative l'emporte sur les considérations purement économiques. C'est donc déjà un grand pas pour essayer de
"réencastrer" l'économie dans le social pour faire référence au grand économiste Karl Polanyi.

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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 18:58

 



Vous connaissiez l'investissement éthique, appelé plus largement investissement socialement responsable (ISR) ? Il s'agit d'intégrer des critères éthiques dans le choix des investissements, même si cela doit peser - un peu - sur le rendement. On trouve ainsi sous cette dénomination des fonds constitués de produits financiers sélectionnés suivant des critères environnementaux, sociaux ou de gouvernance. Mais également des fonds qui excluent, pour des raisons morales ou religieuses, certains secteurs comme l’armement, le tabac, etc. Enfin, et c'est plus récent, il existe des fonds ISR appelés fonds de partage qui consistent à rétrocéder une part des bénéfices générés à des associations caritatives ou des ONG.

Comme il faut bien des gens pour rappeler que la finance se contrefout joue de la morale, un fonds américain a été créé en 2002 (baptisé subtilement 
Vice Fund) avec pour spécialité les placements socialement... irresponsables ! Il s'agit, pour ainsi dire, de l'antithèse du fonds éthique puisque Vice Fund n'investit que dans les valeurs dont se détournent les fonds éthiques : tabac (40 % du portefeuille), alcool, jeux d'argent (casino et jeux en ligne) et fabricants d'armes !

Côté résultats, si ceux des fonds éthiques sont plutôt honorables (
voir cette étude de l'EDHEC), ceux de Vice Fund ne le sont pas moins. Le cours de son action - cotée au Nasdaq - a gagné 5,43 % depuis la création du fonds. Une performance supérieure à celle de l'indice boursier américain S&P 500 qui progressait de 2,05 % sur la même période...

Vices et vertus en économie : voilà un débat déjà ancien qui n'est pas sans rappeler
la célèbre fable des abeilles de  Bernard Mandeville au XVIIIe siècle. Pour finir, le tableau ci-dessus est d'Antonio Allegri dit Le Corrège (1489-1534) et s'intitule Allégorie des vices...

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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 13:12

 



Dimanche 13 septembre, je participerai à la journée portes ouvertes de l'Université Populaire Transfrontalière de Forbach. Celle-ci se déroulera de 14h à 17h au Burghof. Ce sera l'occasion pour moi de rencontrer le public et de présenter mon nouveau cycle de conférences qui débutera le jeudi 15 octobre. Cette année, les horaires ont été avancés pour répondre à la demande du public : les conférences se dérouleront donc désormais en salle Berlin de 18h30 à 20h00. 

En dehors de cela, j'interviendrai aussi cette année dans le cadre d'un atelier d'économie pratique qui a pour ambition d'apporter aux auditeurs des informations pratiques, en répondant à des questions fréquemment posées : comment est fixé le prix du gaz ? Comment fonctionne précisément le dispositif appelé "maison à 15 euros" ? Pourquoi le taux du livret A a t-il tant baissé ? Qu'est-ce qu'un crédit revolving ? Etc. Pour ce faire, il est prévu 5 séances d'1h30 (le mercredi de 18h15 à 19h45) portant à chaque fois sur un thème différent, comme vous pourrez le voir sur le document ci-dessous.

Ja rappelle qu'aucune connaissance préalable n'est nécessaire pour participer à ces conférences ou ateliers ! Voici une affiche de présentation de mes interventions "économiques" à l'UPT :



                    [ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]


Pour finir, j'ai proposé à la direction de l'Université Populaire un atelier convivial et ludique pour apprendre et/ou réviser la culture générale : remue-méninges. Nous sommes convenus de tester ce nouveau concept à raison de 4 rencontres d'une heure durant le premier semestre (le jeudi de 18h15 à 19h15). Les questions/réponses seront projetées sur écran et s'articuleront autour d'un thème différent à chaque séance : littérature, histoire, science,... Ceux qui me connaissent savent par ailleurs que l'humour ne sera pas absent ! Bien entendu, cet atelier est ouvert à toutes et à tous et aucune connaissance préalable n'est nécessaire.

                           [ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 13:30

 



S'il y a un sujet qui mobilise la France actuellement, c'est bien celui de la taxe carbone (contribution climat énergie pour être précis). Il ne se passe pas une journée sans qu'il y ait de nouvelles annonces ou des revirements de situation. Je vais donc essayer à travers ce billet de donner quelques pistes de réflexion au lecteur pour approndir cette question.

Quelques rappels économiques pour commencer...

Les économistes désignent par externalité le fait que l'activité de production ou de consommation d'un agent affecte le bien-être d'un autre sans qu'aucun des deux ne reçoive ou ne paye une compensation pour cet effet. L'externalité peut être favorable comme dans le cas des retombées technologiques (externalité positive) ou défavorable lorsqu'il s'agit par exemple d'une pollution (externalité négative). Quelle que soit sa nature, cette externalité à pour conséquence de rendre le marché inefficace en ce sens que la quantité d'équilibre sur ce marché ne maximise pas le surplus total (travaux de Ronald Coase (1910- ) et de Arthur Cecil Pigou (1877-1959)).

Quelles sont les possibilités dont dispose l'Etat pour lutter contre la pollution ?

Lorsque l'Etat veut modifier les incitations dans le cas d'une pollution (externalité négative), il peut agir soit sur les prix, soit sur les quantités. Dans le premier cas, il s'agit d'imposer une taxe de manière à diminuer la quantité d'équilibre au niveau socialement désirable (afin d'internaliser l'externalité négative comme disent les économistes). C'est le principe de la taxe carbone - appelée contribution climat énergie - qui s'appliquerait sur chaque tonne de CO2 émise par les énergies fossiles (pétrole, charbon, fioul, gazole) utilisée dans les transports et le chauffage des bâtiments à partir de 2010. Dans le deuxième cas, théoriquement équivalent au premier, il s'agit de délivrer des quotas d'émission prosaïquement appelés "droits de polluer".

Ainsi, dans le cas d'une action par les prix (taxation), tout le monde peut polluer, mais en payant une taxe pour la pollution émise. Dans le cas d'une action par les quantités (quotas d'émission), ne peuvent polluer que ceux qui ont des quotas d’émission reçus gratuitement ou bien bien achetés sur le marché. Au niveau européen, c'est l'action par les quantités qui a été retenue pour limiter la pollution au CO2 au titre du Protocole de Kyoto, avec la création d'un marché spécifique de droits d’émission de CO2 (European Trading System – ETS). Le problème est que ce système de quotas ne s'applique notamment pas au secteur du transport, pourtant responsable de 21 % des émissions de CO2...

Avantages/inconvénients de ces solutions

Les partisans de la taxation relèvent, à juste titre, qu'elle garantit que les tonnes de carbone évitées seront celles dont le bénéfice était inférieur au montant de la taxe. En pratique, cela signifie que les ménages devront arbitrer entre utiliser la voiture (l'essence ayant augmenté) et utiliser cet argent pour faire autre chose. En outre, la taxation constituerait une incitation à l’innovation : les entreprises chercheraient à produire des biens plus économes en énergie et moins polluants puisqu'il y a une incitation financière.

Le grand inconvénient de cette taxe carbone est que l'on ne sait pas précisément à quel niveau il faut la calibrer (les palabres de marchands de tapis n'en finissent pas au gouvernement à ce sujet...). De plus, il sera difficile de ne pas faire de perdants, même si l'on souhaite redistribuer le montant de la taxe afin de ne pas accroître le pression fiscale. Comment redistribuer, en effet, exactement le montant payé en taxe carbone sachant que certains ménages ont des pratiques de consommation bien différentes du ménage moyen ? Aux dernières nouvelles, le gouvernement envisagerait de donner un
chèque en retour aux ménages (réduction d'impôts, baisse CSG,...) et un autre aux entreprises sous la forme d'une suppression de la part de la taxe professionnelle qui porte sur les investissements. Un véritable casse-tête, d'autant plus que la communication fut particulièrement déplorable avec des chiffres parfois fantaisistes qui n'auront servi qu'à brouiller un peu plus le message.

Enfin, si la France met en place une taxe carbone, nous serons face à un système mixte de quotas et de taxes dont certains lobbies ne se priveront pas de trouver la faiblesse... Pour être cohérent avec le reste de l'Union européenne, il faudrait plutôt s'attacher à créer des droits d'émission pour les secteurs "oubliés" par le marché euorpéen : transport, bâtiment, etc.


Le sujet est loin d'être épuisé, et je n'ai souhaité ici que rendre compte des éléments principaux concernant la question de la taxe carbone, afin que le lecteur ait quelques éléments de réflexion. Car, il faudrait certainement s'interroger aussi sur la pertinence de ne taxer que le CO2, alors que d'autres polluants bien plus nocifs sont échappent à ce mécanisme de régulation. De plus, il faudrait s'assurer que ce débat est un bien une prise de conscience écologique et non pas une simple manoeuvre politique pour capter les voix des électeurs depuis la percée des Verts au dernières élections européennes...

Et dire qu'au même moment se joue l'autre feuilleton de la rentrée dont on ne parle plus depuis que les journalistes se passionnent pour le carbone : la suppression d'une partie de la taxe professionnelle avec tous les problèmes que cela comporte : à suivre...

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 16:22

 



Voici venue la rentrée... de mes conférences et ateliers ! Je me suis à nouveau engagé dans de nombreux projets car j'ai grand plaisir à communiquer ma passion de l'économie. Pour cette année universitaire, j'ai donc prévu des conférences à Forbach, Saint-Avold, Sarreguemines, Thionville, Metz et Strasbourg. J'en parlerai au fur et à mesure de l'année, lorsque les dates seront arrêtées définitivement. Tout cela figurera aussi de manière synthétique sur mon site personnel à l'adresse suivante : www.didierraphael.fr (bouton rouge conférences de la homepage).

Aujourd'hui, je vous présente en premier les deux cafés économiques que j'animerai dans le cadre de l'Université Populaire de Sarreguemines. L'un s'adresse aux personnes désireuses de s'initier aux grandes questions économiques, l'autre à ceux ayant déjà des connaissances plus précises ou ayant suivi le café économique de l'année dernière.

Le principe de fonctionnement est le suivant : après l’introduction du sujet lors de chaque séance, les auditeurs sont invités à débattre et à échanger leurs idées. Durant la séance, qui dure 1h30, je rappelle dès que nécessaire les concepts fondamentaux et les illustre de nombreux exemples pratiques. Pour une meilleure compréhension du sujet, je fournie l'essentiel des chiffres et graphiques sous forme d'un feuillet photocopié que chaque participant peut conserver et compléter de ses annotations. Bien entendu, il n'est nul besoin de prendre forcément la parole : de nombreuses personnes assistent au café économique plus pour s'instruire que pour débattre et c'est une bonne chose aussi !

Les thèmes traités vont de la crise à la mondialisation, en passant par le chômage, l'inflation, la taxe carbone, la TVA sociale, les marchés financiers, les délocalisations... L'actualité étant riche en rebondissements, le programme que vous trouverez ci-dessous ne peut être que prévisionnel et sera adapté en fonction des évènements économiques et des questions du public.

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]


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Pour finir, je ne cesse de rire lorsque j'entends le ministre du budget, Eric Woerth, parler fièrement de sa liste de 3 000 contribuables français détenant des comptes dans des banques suisses. Les sommes déposées sur ses comptes avoisineraient les trois milliards d'euros, et les contribuables concernés sont sommés de régulariser leur situation avant le 31 décembre (voir la vidéo ci-dessous). De deux choses l'une : soit il possède réellement cette liste et alors je ne comprends pas pourquoi on ne lance pas une procédure, soit on bluffe comme dans un célèbre jeu de cartes où Patrick Bruel excelle...


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