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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 10:10

dessin grèce



Aujourd'hui se tient à Bruxelles un sommet européen durant lequel, bien qu'elle soit présente dans tous les esprits, la question des difficultés budgétaires grecques ne sera pas officiellement à l'ordre du jour. Ne cherchez pas à comprendre pourquoi, cela s'appelle cela de la diplomatie communautaire. Toujours est-il que la question sera traitée par les dirigeants des pays européens, et qu'il faudra bien lui apporter une réponse sous peine de nous décrédibiliser encore plus aux yeux des États-Unis. La seule inconnue est donc de savoir si l'Eurogroupe est en mesure de se réunir suite aux dernières tractations qui prévoient un plan d'aide à la Grèce impliquant... le FMI et portant potentiellement sur plusieurs dizaines de milliards d'euros.

Pour ceux qui se sentent d'ores et déjà perdus dans les méandres de cette négociation communautaire, je tiens à les rassurer : nous sommes tous tenus par la décision que prendra l'Allemagne et personne ne sait réellement ce que cela donnera. D'autant plus que les opinions publiques semblent rechigner, tous comme les dirigeants, à sauver le soldat grec. A preuve, la
Fondation pour l’innovation politique a décidé de réaliser avec l’Ifop une enquête d’opinion européenne sur la crise grecque et plus largement sur la crise des finances publiques au sein de l’Union. L’enquête a été conduite auprès d’un échantillon représentatif de la population nationale française, allemande, britannique, italienne et espagnole. Le questionnaire a été administré du 11 au 19 mars 2010. Les résultats sont saisissants :

* Une majorité des Européens (60 %) attribuent la crise grecque au fait que les gouvernements grecs ont mal géré les finances publiques de leur pays.

* 76 % des Allemands et 78 % des Britanniques ne souhaitent pas que leur pays aide financièrement la Grèce. Au contraire, les Français (53 %), les Espagnols (55 %) et les Italiens (67 %) y sont favorables. Ne reste-t-il donc que
Nana Mouskouri pour sauver les finances publiques du pays ? N'est-ce pas la traduction d'une crise du sentiment européen ?

* Les Espagnols (69 %), les Français (61 %) et les Italiens (56 %) s’estiment menacés par une crise de la dette publique dans les années à venir. Les Allemands, quant à eux, pensent être préservés (66 %) tandis que les Britanniques sont partagés (50 %)

* 86 % des Européens disent leur inquiétude en pensant à la dette de leur Etat. L’inquiétude est dominante dans chacun des cinq pays (Allemagne 90 %, France 88 %). Il est vrai qu'avec tout ce qu'on peut dire comme
inepties sur la dette publique, les citoyens s'affolent...

* 84 % des Européens expriment leur préoccupation quant à l’avenir des retraites dans leur pays (en France, ce n'est plus la peine de s'inquiéter
le sauveur est arrivé et promet de réformer les retraites en 6 mois).

L'interprétation de ces résultats est multiple : si les événements et les déclarations politiques jouent un rôle non négligeables sur l'opinion des citoyens, il n'en demeure pas moins que la complexité et la méconnaissance des institutions et des mécanismes économiques contribuent indubitablement à la peur ambiante. Peur qui, une fois cristallisée, peut conduire soit à se soumettre à un argument d'autorité (pouvant déboucher sur des réformes économiques néfastes) soit, a contrario, à un rejet des institutions avec tous les risques que cela comporte pour la stabilité politique et sociale. C'est précisément pour cela que les économistes doivent débattre et informer le peuple. C'est la raison d'être de mes conférences et ateliers en économie.

N'oublions jamais cette phrase d'Alfred Sauvy : "Bien informés, les hommes sont des citoyens ; mal informés ils deviennent des sujets"...


N.B 1 : le dessin illustrant ce billet provient de Ouest France. Il exprime bien les atermoiements que j'ai rapportés dans mes différents articles.

N.B 2 : ce soir, j'anime un deuxième café économique (à l'Université Populaire de Sarreguemines) sur la dette publique de la Grèce. Décidément, j'aurai beaucoup parlé de ce pays en 6 mois !

N.B 3 : Fitch vient de dégrader la note de la dette publique du Portugal de AA à AA-, renchérissant du même coup la valeur des émissions futures
comme je l'avais expliqué là. A quand la remise en cause de ce système de notation PRIVÉ absurde ?

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 12:46


concombre

Dans mon dernier article sur
la crise de la dette en Grèce, j'avais montré que ce qui faisait le plus défaut à la zone euro était un véritable gouvernement économique. Je m'inquiétais également de cette manière très hésitante - et surtout individualiste - de traiter le problème des finances publiques de la Grèce : au-delà des beaux discours, l'Allemagne ne me semblait pas décidé à s'engager plus avant dans la résolution des problèmes de la zone euro.

Depuis, les événements m'ont donné raison, puisqu'après cette provocation à l'intention de la Grèce, parue dans l'hebdomadaire allemand Focus : 


focus

Et après cette déclaration tonitruante (que j'avais qualifiée de
grand plongeon dans cet article de mon blog) de Christine Lagarde sur l'excédent commercial allemand :

"Je ne suis pas sûre que ce soit un modèle viable à long terme et pour l'ensemble du groupe (de la zone euro). Il est clair que nous avons besoin d'une meilleure convergence"


Voici l'ultime réponse d'Angela Merkel, passablement énervée par toutes ces critiques et pressions :



La Grèce dans le collimateur d'A. Merkel
envoyé par BFM. - L'info video en direct.


Cette fois c'est une certitude : l'Allemagne ne compte pas payer pour les autres... mais s'il fallait exclure les pays ne respectant pas le pacte de stabilité, de quels pays serait constituée l'Union européenne ? Fort heureusement, cette proposition allemande ne peut s'appliquer en l'état actuel des traités européens. Mais cela en dit long sur les divergences de vue entre la France et l'Allemagne, pays fondateurs de l'Europe politique et économique ! Et surtout, que restera-t-il de cette Union européenne après la crise, s'il n'est déjà plus possible de s'entendre sur des solutions communes aujourd'hui ? Elle risque dès lors fort de ressembler à la photo qui illustre ce billet...

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 10:53

 

frais-bancaires



Après l'hiver économique et électoral, voici venu le printemps de Christine Lagarde. Le meilleur ministre de l'économie de l'Union européenne vient en effet de se faire remarquer plusieurs fois ces derniers jours. Une première fois avec une déclaration tonitruante sur l'excédent commercial allemand : "Je ne suis pas sûre que ce soit un modèle viable à long terme et pour l'ensemble du groupe (de la zone euro). Il est clair que nous avons besoin d'une meilleure convergence". Réponse des intéressés sous forme de pique pour le modèle français : "Nous ne sommes pas un pays qui décrète les salaires ou la consommation"... Pour une championne de natation, ce fut le grand plongeon !

Il est vrai que la politique de modération des coûts salariaux en Allemagne a conduit le pays a gagner des parts de marché au détriment de ses partenaires européens depuis deux décennies. En tant que frontalier, je constate que la TVA sociale est ainsi devenu un moyen utilisé par l'Allemagne pour faire cavalier seul dans le jeu économique européen. Or, les salariés allemands se sont réveillés eux-aussi de leur torpeur et souhaitaient un rattrapage de leur pouvoir d'achat dès 2005 (grèves dans les cliniques, les chemins de fer,...). Malheureusement pour eux, la crise est passée par là et les velléités d'augmentations salariales ont été étouffées : l'accord salarial négocié le mois dernier par le syndicat IG Metall pour 3,5 millions de salariés de la métallurgie privilégie ainsi la sauvegarde de l'emploi, aux dépens des hausses de salaires.

Comme sa sortie sur l'excédent commercial allemand a, à peu près, autant de chance d'infléchir la politique économique de ce pays que la France en a de "moraliser le capitalisme", Christine Lagarde s'en est retournée à ses marronniers : les frais bancaires. Souvenons-nous qu'une étude,
publiée le 22 septembre 2009 par la Commission européenne, dénonçait en cascade une tarification opaque, des informations difficiles à comprendre et même des zones d'ombre dans les conseils prodigués (le comble lorsqu'on sait que tous les banquiers ne veulent que du bien à votre argent...). Si les établissements français ne se distinguent guère des autres établissements européens par le service (pas meilleur que la moyenne), ils sont par contre parmi les plus chers en Europe, avec un coût annuel moyen de 154 euros ! Et pourtant, certains parlent encore du marché bancaire comme s'il existait un jeu concurrentiel...

Bien entendu, la bronca n'a pas tardé du côté des banques : si la Fédération bancaire française a raison de pointer du doigt certaines faiblesses de la méthodologie utilisée, il n'en demeure pas moins vrai que les frais bancaires sont une composante importante du produit net bancaire, dans tous les pays du monde. L'Institut national de la consommation dénonçait d'ailleurs récemment ces frais qui s'ajoutent aux agios et qui, lorsqu'ils sont pris en compte dans le calcul du taux effectif global (TEG), font dépasser le taux de l'usure. Certes, les clients ont désormais droit à un splendide récapitulatif technique des frais prélevés par les banques. Mais combien de clients sont à même d'en saisir toutes les subtilités en termes de terminologie et de présentation ?

Au sujet des seuls agios, une étude réalisée par le cabinet Services Moebs estimait que, en 2009, les banques américaines ont ainsi engrangé 38 milliards de dollars en agios, soit le double du montant de 2000 ! En termes de répartition, 90 % des frais étaient imputés à seulement 10 % des clients, avec un coût annuel moyen d'environ 2 700 dollars...

Mais en France, nous avons fort heureusement la chance d'avoir des ministres qui n'ont peur de rien lorsqu'il s'agit de faire n'importe quoi réformer. Christine Lagarde a ainsi 
déclaré au quotidien Les Échos qu'elle a commandé "un rapport à l'ancien directeur général du Crédit agricole, Georges Pauget, et au président du Comité consultatif du secteur financier, Emmanuel Constans, afin de faire le point sur les frais que les banques facturent aux consommateurs français". De plus, elle attend de ces deux personnes "une série de recommandations". Pour ma part, je trouve cocasse de demander à un ancien directeur de banque de cracher dans sa soupe rédiger un tel rapport, quand bien celui-ci a été le récipiendaire du prix Turgot 2010 du meilleur livre d'économie financière... Mais le plus beau arrive, puisque notre ministre élimine d'avance l'option de croiser le fer avec le lobby bancaire à ce sujet : "il ne s'agit pas de réglementer à tous crins. Je veux juste m'assurer qu'il n'y ait pas d'abus". Il me semblait pourtant que ce gouvernement était en général prompt à créer de nouvelles lois pour répondre à tous les problèmes ?

Serait-ce la démonstration que le mur de l'argent est infranchissable par le politique ?


N.B : j'ai été interviewé par le chef du service informations économiques des Dernières Nouvelles d'Alsace au sujet de mon dernier livre sur le capitalisme. Voici l'article :



DnA 6 mars 2010
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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 11:09


Gazier

Pour la troisième fois, j'ai participé jeudi 11 mars au jury du prix littéraire Marguerite PUHL-DEMANGE - ETE DU LIVRE. J'ai toujours grand plaisir à participer à des rencontres littéraires, car cela me permet de me plonger dans des romans que je n'aurais certainement pas lus sinon. De plus, j'apprécie beaucoup les débats qui ont lieu pour départager les livres sélectionnés : c'est un exercice de rhétorique argumentée comme je les aime !


Les ouvrages en lice pour le jury de Forbach sont :

*  Un très grand amour Franz-Olivier GIESBERG – Éditions Gallimard

*  Les mystères de Saint-Exupery
de Jean-Claude PERRIER – Éditions Stock

*  La fille de Michèle GAZIER – Éditions du Seuil

Recommencer de Pierre VAVASSEUR – Éditions Lattès  

Après avoir lu avec attention les différents livres en compétition (j'ai tout de même dit un mot économique sans le vouloir...), j'ai été touché particulièrement par celui de Michèle Gazier. Son roman est écrit de manière linéaire, sans fioriture, mais sans jamais lasser. Au contraire, on se laisse prendre par le récit de cette relation mère/fille dominée par la première au détriment de la seconde. De plus, la chute est un véritable coup de tonnerre...
J'ai donc défendu ce roman lors des débats, et c'est celui-ci qui a été retenu par la plupart des autres membres du jury. Je ne peux que vous conseiller de le lire, d'autant plus qu'il se lit très vite.

Ci-dessous, l'article que le Républicain Lorrain a consacré à ce jury littéraire à Forbach :


Eté du Livre 14-03-10
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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 10:47


chiffres_magnetiques.jpg

J'ai souvent eu l'occasion de dire ce que je pensais des agences de notation financière comme Standard and Poor's, Moody's et Fitch : dans
le cas de la Grèce récemment, mais aussi pour la France. Elles sont censées apprécier le risque de solvabilité financière d'une entreprise ou d'un État, en donnant une note à la dette émise par ces agents économiques. Plus la note est basse, plus le coût de la dette (les taux d'intérêt) sont élevés. Le gros problème de ces agences de notation c'est qu'elles sont PRIVÉES, c'est-à-dire qu'elles se font payer par exemple par l'entreprise à qui elles doivent donner une note : il y a donc là confusion des genres et même conflit d'intérêt ! 

Et ce n'est pas parce que ces sociétés commerciales oligopolistiques (elles ne sont pour ainsi dire que 3 à dominer leur marché)
décident de donner une note à la dette d'un État que celui-ci devient pour autant l'équivalent d'une entreprise. Bien au contraire, l'État reste une entité souveraine et ne peut donc pas être mis en liquidation judiciaire ! De plus, que peut-on attendre de ce système de notation qui, en janvier 2009, dégradait la note de la dette publique portugaise tout en créditant General Electric de la meilleure note AAA ? Cela signifiait aux marchés financiers que General Electric était sans risque à cette époque... mais que le Portugal était un débiteur moins sûr qu'une netreprise privée !

C'est pourquoi, je ne peux que m'élever contre les explications fumeuses qu'avancent ces sociétés de notation pour justifier la dégradation de la note d'un État. C'est le cas de cet article de Pierre Cailleteau, chef économiste chez Moody's. Paru sur le site de l'AGEFI, cette pseudo analyse répond à la question suivante : "De par la taille et la profondeur de leurs marchés financiers et aussi le rôle du dollar, les Etats-Unis sont-ils immunisés une fois pour toutes contre un risque souverain ?". Posée ainsi, la question semble déjà incongrue car nul ne peut être immunisé une fois pour toute (il n'existe pas, à ce jour, de vaccin anti-crise en économie... mais la recherche progresse en testant les méthodes sur quelques cobayes non volontaires).

Quant à la réponse, elle est digne d'une élucubration intello-commerciale. Je souligne en gras les passages importants :  "nous regardons donc tout particulièrement un ratio, celui des paiements d’intérêts rapportés aux ressources de l’Etat. Sur cette base, nous obtenons un ratio de 8,7 % cette année et un ratio très élevé dans dix ans de 18 %. Les chiffres sont un peu plus faibles pour la dette du gouvernement général. Or, nettement au-delà de 10 %, nous considérons que la dette publique constitue une contrainte matérielle sur les choix politiques et sociaux du pays - et donc un indice de plus faible solvabilité. Nous avons deux autres critères dynamiques pour affiner ce diagnostic, tous deux plus favorables aux Etats-Unis. Le premier concerne la dynamique de réversibilité de la dette ; elle est importante outre-Atlantique. Le second porte sur la capacité à lever de la dette sans payer un prix punitif. Ce qui est le cas de l’économie américaine compte tenu du rôle du dollar et de la profondeur du marché financier. En résumé, la dette américaine perd de l’altitude dans notre espace Aaa car la dette publique devient une contrainte de plus en plus forte, et le plan à dix ans manque d’ambition compte tenu des enjeux. Certes, le pays a le bénéfice du doute sur le critère de réversibilité et sur celui de la capacité à lever de la dette à un prix faible ; mais il prend le chemin du Aa, avant 2020".

J'adore lire ce genre de justifications, car il s'agit à mes yeux d'un modèle de tartufferie. En effet, d'un côté Moody's dit que, selon un critère générique (donc utilisé tel quel pour tous les pays, peu importe leur spécificité...), la dette publique des États-Unis devient plus incertaine en termes de solvabilité. De l'autre, on ajoute immédiatement que, compte tenu du poids économique et politique des États-Unis dans le monde, la dette publique n'est finalement pas si risquée que cela. On pourrait résumer cela ainsi : d'un côté, il faut que je trouve un argument pour me faire payer et montrer que je sais de quoi je parle (surtout que mon agence avait très bien  noté certains produits liés aux subprimes...), de l'autre j'avoue tout de même que le modèle américain est différent de celui de l'Irlande ou de la Grèce...

Paul de Grauwe, dans une tribune au Financial Times, déclarait en parlant des agences de notation : "In the past, they gave incentives to take too much risk; today they give incentives to take too little, thereby exacerbating the crisis" (par le passé, elles donnaient des incitations à prendre trop de risques, aujourd'hui elles donnent des incitations à en prendre trop peu, exacerbant de la sorte la crise). Pourquoi ne pas imaginer, dès lors, une agence de notation publique en Europe ? C'est précisément l'idée du chef de file des paradis fiscaux des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker.  S'exprimant à la radio allemande Deuschlandfunk, le 5 mars, il a déclaré que les agences de notation "ont contribué à la chute des marchés financiers à partir de fin 2008. Il serait sensé que nous mettions sur pied nous-mêmes en Europe une propre agence qui serait chapeautée par la BCE". En voilà enfin une idée raisonnable, même si je n'aurais jamais imaginé qu'elle vienne de Jean-Claude Juncker...

 

 

N.B : je viens de lire à l'instant dans Le Monde que l'agence Fitch avait mis en garde, mardi 9 mars, le Royaume-Uni, la France et l'Espagne sur la gestion de leurs finances publiques, "les appelant à prendre des mesures de réduction des déficits "plus crédibles", au risque de voir leurs notes (AAA) remises en cause". Comme c'est touchant, la France pourrait ainsi faire partie de ces pays problématiques que l'on appelle les PIGS...

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 10:46


colosse rhodes

Après les histoires belges, l'économie vient de découvrir les histoires grecques ! Tout commence avec l'annonce de la difficulté croissante que connaît l'État grec pour se refinancer, au point que le premier ministre, Georges Papandréou, en est venu à déclarer : "nous attendons la solidarité de l'Europe" . A défaut, un recours au Fonds monétaire international (FMI) serait envisageable, ce qui plongerait la zone euro dans une crise bien plus grave encore... puisqu'elle démontrerait l'incapacité des institutions monétaires européennes (BCE et l'ensemble du SEBC) à gérer la zone de façon autonome.

Depuis, le premier ministre grec tente de rassurer ses partenaires de la zone euro sur sa capacité à sortir le pays du gouffre financier. Pour ce faire, il multiplie les rencontres avec les chefs d'États au sein de l'Union européenne. Jean-Claude Juncker a ainsi annoncé que les Européens sont "prêts à prendre des mesures coordonnées et déterminées si nécessaire, mais [qu'il ne croit] pas que ces mesures seront nécessaires". Le même Juncker chef de paradis fiscal déclarait, 3 mois plus tôt dans une interview à Kyriakatiki Elefthérotypia, que "la situation économique est tragique en Grèce"...

Puis ce fut au tour du
mécanicien en chef de la locomotive économique européenne de s'exprimer : “Nous avons pris note avec plaisir du fait que le gouvernement et le parlement grecs ont adopté davantage de mesures visant à réduire de 4% le déficit budgétaire grec. C’est un énorme effort. Nous pensons que la Grèce n'a pas besoin d'une aide extérieure". Mais Georges Papandréou doit encore rencontrer le Robin des bois de la forêt de l'Élysée ce dimanche, tandis que l'ineffable Christine Lagarde a d'ores et déjà affirmé qu'une "aide franco-allemande à la Grèce n'est pas d'actualité. On a bien sûr travaillé à des solutions mais on n'a pas besoin de sortir ça du magasin". Dont acte.


Rappelons que la Grèce est plombée par une dette publique avoisinant les 113 % du PIB et un déficit budgétaire de 12,7 % du PIB, ce qui lui a valu d'être sanctionnée par les agences de notation (Fitch avait dégradé la note de la dette à long terme de la Grèce, ainsi que celles des quatre principales banques commerciales du pays, toutes ramenées de A– à BBB+). Cela a pour conséquence de renchérir les taux d'intérêt demandés sur les marchés... et conduit ainsi au problème de refinancement que connaît la Grèce, d'autant plus que les analystes gardent en mémoire les trucages auxquels la Grèce s'était livrée pour pouvoir adhérer à la zone euro...

A titre de comparaison, selon le projet de loi de finances 2010 en France, la dette publique devrait s'établir à 84 % du PIB pour un déficit public de 8,2 % (chiffres légéèrement revus à la baisse au mois de janvier...).

Le gouvernement grec a dès lors annoncé des mesures d'économie sur les dépenses qui se montent à 4,8 milliards d'euros, soit 2 % du PIB grec. S'il ne s'agissait que de baisser le budget impressionnant de la défense, il n'y aurait rien de catastrophique. Mais en pleine crise économique mondiale, je vous laisse imaginer l'étendue prévisible des dégâts sociaux qui suivront une telle cure d'austérité ! Ces mesures se répartissent entre de nouveaux revenus comme les taxes (8 centimes par litre d'essence, augmentation de 20 % des taxes sur l'alcool, hausse de l'imposition sur l'immobilier, hausse des cigarettes de 63 %, etc.) et des coupes dans les dépenses (gel des pensions de retraite des fonctionnaires et des salariés du secteur privé, coupes de 60 % du 14e mois des salariés du secteur public et de 30 % du 13e mois, etc.).

C'est la preuve flagrante que l'économie ne peut être dissociée du politique : les mauvais choix politiques conjugués à la malhonnêteté de certains dirigeants ont conduit le pays à croire qu'il pouvait vivre au-dessus de ses moyens en ne levant que très peu d'impôts, tout en faisant appel aux avantages financiers offerts par la zone euro.

Pour régler le problème, il reste éventuellement la méthode allemande : Josef Schlarmann, membre de la coalition des chrétiens-démocrates d'Angela Merkel, a estimé dans un entretien avec le journal Bild, que "ceux qui sont insolvables devraient vendre tout ce qu'ils ont pour rembourser leurs créanciers. La Grèce possède des immeubles, des compagnies et des îles inhabitées, qui pourraient tous être utilisés en vue de rembourser sa dette". En d'autres temps, on appelait cela le dépeçage... il me semblait pourtant que l'Union européenne était constituée d'un ensemble de pays démocratiques attachés à des valeurs communes (excluant de fait le cannibalisme) ?

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 10:33


soS.gif

Chaque matin semble apporter son lot de catastrophes dans le secteur automobile. Tout a commencé avec Toyota qui publiait, vendredi 5 février, dans une vingtaine de quotidiens américains les très rassurants propos suivants : "vous ne ressentez aucun problème avec votre accélérateur, nous avons la conviction que votre véhicule est sûr. Si votre accélérateur devient plus dur à presser que d'ordinaire ou plus lent à remonter, contactez votre concessionnaire sans tarder". Permettez-moi une comparaison osée : si vous ne ressentez aucun problème avec votre jambe, c'est que vous êtes en bonne santé. Mais si vos jambes sont lourdes, alors contactez votre concessionnaire médical médecin. Est-on certain de rassurer les utilisateurs de la sorte ?  Toyota a depuis rappelé plus de 8 millions de véhicules pour des problèmes de tapis de sol, de pédale d'accélérateur et devrait rappeler 270 000 Prius pour des problèmes de freinage.

Quelques jours plus tard, ce fut au tour de Volkswagen d'annoncer un rappel de véhicules. Le constructeur automobile allemand annonçait alors le rappel de près de 200 000 véhicules au Brésil pour un problème dans le roulement des roues arrière des modèles Novo Gol et Voyage... qui pouvait déboucher sur un blocage des roues voire pire !

Puis ce fut le tour de Honda : le constructeur japonais a rappelé 437 763 voitures en février à cause d'un airbag défectueux, et 646 000 autres en janvier à cause d'un lève-vitre électrique susceptible de prendre feu (sic !).

Et ce matin, je
lisais dans le quotidien Les Échos que le constructeur automobile japonais Nissan a annoncé "le rappel de 539.864 véhicules dans le monde, principalement aux Etats-Unis, en raison de problèmes de freins et de jauge de carburant".

Mais que se passe-t-il donc dans le secteur automobile ? Dans le cas de Toyota, on a pu avancer de nombreuses explications :

* forte croissance aux États-Unis qui sont devenus le premier marché de Toyota. Entre 2000 et 2007, les ventes totales sont passées de 5,8 millions à 9,4 millions de véhicules, ce qui s'est traduit notamment par de nombreuses ouvertures d'usines (58 usines en 2000, 75 en 2009). Peut-on encore gérer la rapport quantité/qualité avec une telle croissance ?

* volonté de gagner des parts de marché à tout prix en ne réagissant que très peu aux signaux avant-coureurs (problèmes de freinage sur la Prius dès 1999, problèmes d'accélération inopinée du véhicule dès 2002,...)

* sous-traitance à des entreprises non japonaises et donc pas forcément au fait du modèle toyotiste.

* communication déplorable voire inexistante ! Il existe pourtant des sociétés de conseil en communication qui se feraient un plaisir de leur venir en aide... moyennant quelques fifrelins !

* le modèle toyotiste n'a-t-il pas déjà montré ses limites tant pour les salariés soumis à des cadences infernales qu'en termes de développement industriel ?

Pour l'ensemble des constructeurs, je pense que le problème est lié à cette volonté de gagner des parts de marché à tout prix, donc au détriment de la santé des travailleurs et parfois de la qualité du véhicule. Lorsqu'on sait le peu de temps qui s'écoule désormais entre la conception d'un nouveau modèle et la mise sur le marché, on imagine aisément le stress qui pèse sur les équipes. Cette volonté d'être le premier à sortir un modèle de voiture avec des courbes différentes oblige ainsi à penser plus souvent en termes mercatiques (moment du lancement, campagne publicitaire,...) et financiers (coût et délocalisations) qu'en termes productifs...

Du reste, comment peut-on encore suivre de bout en bout l'ensemble du circuit de production attendu que les sous-traitants sont si nombreux ? A la fin des années 1980, on décida d'abandonner la traditionnelle relation verticale donneur d'ordres/sous-traitants où le premier concevait tout et dictait les conditions marchandes aux autres. On a remplaçait ce modèle par la modularité qui était censée permettre une meilleure répartition de la valeur ajoutée entre les acteurs. Or, les constructeurs ont vite compris leur intérêt et ont donc préservé leurs sources d'approvisionnement, en encourageant la concurrence entre équipementiers. Ces derniers ont par conséquent dû se soumettre à des règles organisationnelles imposées par les constructeurs (normes de qualité, livraison juste-à-temps,...) et qu'ils doivent ensuite, à leur tour, imposer à des sous-traitants... On comprend immédiatement le problème que cela comporte !

L'industrie automobile traverse actuellement une double crise. Tout d'abord, son modèle économique butte sur les contraintes écologiques et sur la capacité financière limitée des ménages (la prime à la casse ne sera pas éternelle !). Ensuite, d'un côté les constructeurs sont en train de privilégier la quantité le profit à court terme à la qualité, tandis que de l'autre les équipementiers n'arrivent plus à pérenniser leur activité (la rentabilité moyenne des équipementiers baisse tendanciellement depuis des années).

A trop vouloir lutter contre les maux de la crise économique, on en vient à oublier la crise structurelle de tout un secteur... Et qu'en est-il des salariés qui deviennent dès lors la variable d'ajustement ?

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 10:48


berlin.jpg

Mon cycle de conférences à l'Université Populaire Transfrontalière de Forbach se termine. Après avoir abordé, entre autres, la crise du secteur automobile, le rôle des banques dans l'économie, les inégalités, la dette publique, j'ai choisi de terminer par le blanchiment d'argent sale. J'ai, en effet, eu l'occasion de constater combien ce sujet était demandé par le public.


Cette conférence se déroulera au Burghof à Forbach, jeudi 4 mars à 18h30. L'entrée est fixée à 3 € pour les personnes qui ne sont pas inscrites au cycle complet de conférences. Après la présentation, le public sera comme toujours invité à réagir et poser toutes ses questions. Je tiens d'ores et déjà à remercier les auditeurs pour leur participation et leur fidélité tout au long de ces nombreuses conférences. J'ai eu plaisir à dabattre avec eux de ces grandes questions économiques qui sont, malheureusement souvent, traitées de manière partielle par les médias. J'espère retrouver le public lors d'un prochain cycle de conférences à l'UPT...

Pour finir, voici un article du Républicain Lorrain annonçant cette dernière conférence sur le blanchiment :


RL 21 Février 2010


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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 10:55


rienchange

Une personne m'a interrogé récemment pour me demander si le capitalisme avait changé depuis la crise. Il est vrai qu'au début  nous avions plutôt ça (Bande-annonce du film Trader) :





Puis Robin des bois est venu, et il nous a dit cela :




Comme ce n'était pas suffisant pour changer le monde, on a alors fait appel à tous les chevaliers de la table ronde économique pour qu'ils sauvent le capitalisme financier :




Depuis, nous avons tantôt ça (je change un peu pour ne pas toujours donner les honneurs à EDF, concurrence oblige) :





ou ce genre de foire là :



In fine, rien n'a changé, le système s'est seulement adapté aux nouvelles lois. C'est le cas pour les bonus pour lesquels il ne faut se laisser abuser lorsqu'on entend qu'ils baissent. En effet, les bonus peuvent être versés en cash... mais aussi en actions, ce qui est plus discret et amène au même résultat !

De même, les espoirs de régulation bancaire aux États-Unis deviennent évanescents : Paul Volcker, ancien président de la FED a même plaisanté en disant qu'on ne le sortait « que pour les séances photo » avec la presse. Il a en effet très bien compris que le Congrès n'est plus intéressé par une régulation, ce d'autant plus que Wall Street finance fréquemment les campagnes électorales... D'après un article paru dans la quotidien Le Monde du 17 février, "certains élus démocrates du Sénat confient que la Maison Blanche mise en fait sur la création d'une nouvelle instance de contrôle des prêts aux particuliers pour redorer son blason politique". On ne peut être plus clair.

Et en Europe ? La spéculation sur l'euro et sur les titres de dette de la Grèce nous démontre que rien n'a changé. C'est même pire, puisque cette crise a su mettre en évidence les antagonismes entre les États de l'Union européenne, ce qui n'a que renforcé la spéculation... Quant aux Hegde funds, l'Union n'arrive toujours pas à se mettre d'accord sur les agréments nécessaires à leurs activités, de sorte qu'ils échappent toujours encore à toute régulation (même embryonnaire). A preuve, un hedge fund anglais, Ebullio Capital Management, contrôle aujourd'hui 90 % du marché de l'étain !

Pour en revenir à la personne qui m'avait posé cette question sur le capitalisme, voici la réponse que je lui ai donné : si on souhaitait ne rien changer, on ne s'y serait pas pris autrement...

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 13:36


bouclier-fiscal

J'ai parlé d'inégalités tout au long de ces 2 semaines de conférences. La question qui était sur toutes les lèvres était de savoir qui allait payer pour ces plans de relance et de sauvetage des banques, sachant que ceux qui ont été sauvés sont précisément ceux qui ne paieront pas... Dans la jargon de Bercy, cette nouvelle inégalité s'appelle bouclier fiscal comme vous pourrez le voir sur la vidéo ci-dessous :





A mi-vidéo, on voit François Goulard (député UMP du Morbihan) déclarer : "le bouclier fiscal c'est logique, mais quand tout va bien. Et quand la situation est plus difficile, il y a d'autres impératifs, notamment celui de solidarité". J'avoue être en désaccord avec la première partie de sa phrase (pourquoi quand l'économie va bien, n'y aurait-t-il qu'une frange de la population qui doive payer ?), mais j'adhère à la seconde que je reformulerai plutôt ainsi : la SOLIDARITÉ est à la base de notre État-providence depuis fort longtemps (bien avant les ordonnances de 1945 !), et celle-ci est un impératif tant en période de crise que de croissance ! Ne pas l'admettre, c'est créer une inégalité patente qui finira par déboucher sur un malaise social et politique...

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