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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 10:47


chiffres_magnetiques.jpg

J'ai souvent eu l'occasion de dire ce que je pensais des agences de notation financière comme Standard and Poor's, Moody's et Fitch : dans
le cas de la Grèce récemment, mais aussi pour la France. Elles sont censées apprécier le risque de solvabilité financière d'une entreprise ou d'un État, en donnant une note à la dette émise par ces agents économiques. Plus la note est basse, plus le coût de la dette (les taux d'intérêt) sont élevés. Le gros problème de ces agences de notation c'est qu'elles sont PRIVÉES, c'est-à-dire qu'elles se font payer par exemple par l'entreprise à qui elles doivent donner une note : il y a donc là confusion des genres et même conflit d'intérêt ! 

Et ce n'est pas parce que ces sociétés commerciales oligopolistiques (elles ne sont pour ainsi dire que 3 à dominer leur marché)
décident de donner une note à la dette d'un État que celui-ci devient pour autant l'équivalent d'une entreprise. Bien au contraire, l'État reste une entité souveraine et ne peut donc pas être mis en liquidation judiciaire ! De plus, que peut-on attendre de ce système de notation qui, en janvier 2009, dégradait la note de la dette publique portugaise tout en créditant General Electric de la meilleure note AAA ? Cela signifiait aux marchés financiers que General Electric était sans risque à cette époque... mais que le Portugal était un débiteur moins sûr qu'une netreprise privée !

C'est pourquoi, je ne peux que m'élever contre les explications fumeuses qu'avancent ces sociétés de notation pour justifier la dégradation de la note d'un État. C'est le cas de cet article de Pierre Cailleteau, chef économiste chez Moody's. Paru sur le site de l'AGEFI, cette pseudo analyse répond à la question suivante : "De par la taille et la profondeur de leurs marchés financiers et aussi le rôle du dollar, les Etats-Unis sont-ils immunisés une fois pour toutes contre un risque souverain ?". Posée ainsi, la question semble déjà incongrue car nul ne peut être immunisé une fois pour toute (il n'existe pas, à ce jour, de vaccin anti-crise en économie... mais la recherche progresse en testant les méthodes sur quelques cobayes non volontaires).

Quant à la réponse, elle est digne d'une élucubration intello-commerciale. Je souligne en gras les passages importants :  "nous regardons donc tout particulièrement un ratio, celui des paiements d’intérêts rapportés aux ressources de l’Etat. Sur cette base, nous obtenons un ratio de 8,7 % cette année et un ratio très élevé dans dix ans de 18 %. Les chiffres sont un peu plus faibles pour la dette du gouvernement général. Or, nettement au-delà de 10 %, nous considérons que la dette publique constitue une contrainte matérielle sur les choix politiques et sociaux du pays - et donc un indice de plus faible solvabilité. Nous avons deux autres critères dynamiques pour affiner ce diagnostic, tous deux plus favorables aux Etats-Unis. Le premier concerne la dynamique de réversibilité de la dette ; elle est importante outre-Atlantique. Le second porte sur la capacité à lever de la dette sans payer un prix punitif. Ce qui est le cas de l’économie américaine compte tenu du rôle du dollar et de la profondeur du marché financier. En résumé, la dette américaine perd de l’altitude dans notre espace Aaa car la dette publique devient une contrainte de plus en plus forte, et le plan à dix ans manque d’ambition compte tenu des enjeux. Certes, le pays a le bénéfice du doute sur le critère de réversibilité et sur celui de la capacité à lever de la dette à un prix faible ; mais il prend le chemin du Aa, avant 2020".

J'adore lire ce genre de justifications, car il s'agit à mes yeux d'un modèle de tartufferie. En effet, d'un côté Moody's dit que, selon un critère générique (donc utilisé tel quel pour tous les pays, peu importe leur spécificité...), la dette publique des États-Unis devient plus incertaine en termes de solvabilité. De l'autre, on ajoute immédiatement que, compte tenu du poids économique et politique des États-Unis dans le monde, la dette publique n'est finalement pas si risquée que cela. On pourrait résumer cela ainsi : d'un côté, il faut que je trouve un argument pour me faire payer et montrer que je sais de quoi je parle (surtout que mon agence avait très bien  noté certains produits liés aux subprimes...), de l'autre j'avoue tout de même que le modèle américain est différent de celui de l'Irlande ou de la Grèce...

Paul de Grauwe, dans une tribune au Financial Times, déclarait en parlant des agences de notation : "In the past, they gave incentives to take too much risk; today they give incentives to take too little, thereby exacerbating the crisis" (par le passé, elles donnaient des incitations à prendre trop de risques, aujourd'hui elles donnent des incitations à en prendre trop peu, exacerbant de la sorte la crise). Pourquoi ne pas imaginer, dès lors, une agence de notation publique en Europe ? C'est précisément l'idée du chef de file des paradis fiscaux des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker.  S'exprimant à la radio allemande Deuschlandfunk, le 5 mars, il a déclaré que les agences de notation "ont contribué à la chute des marchés financiers à partir de fin 2008. Il serait sensé que nous mettions sur pied nous-mêmes en Europe une propre agence qui serait chapeautée par la BCE". En voilà enfin une idée raisonnable, même si je n'aurais jamais imaginé qu'elle vienne de Jean-Claude Juncker...

 

 

N.B : je viens de lire à l'instant dans Le Monde que l'agence Fitch avait mis en garde, mardi 9 mars, le Royaume-Uni, la France et l'Espagne sur la gestion de leurs finances publiques, "les appelant à prendre des mesures de réduction des déficits "plus crédibles", au risque de voir leurs notes (AAA) remises en cause". Comme c'est touchant, la France pourrait ainsi faire partie de ces pays problématiques que l'on appelle les PIGS...

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 10:46


colosse rhodes

Après les histoires belges, l'économie vient de découvrir les histoires grecques ! Tout commence avec l'annonce de la difficulté croissante que connaît l'État grec pour se refinancer, au point que le premier ministre, Georges Papandréou, en est venu à déclarer : "nous attendons la solidarité de l'Europe" . A défaut, un recours au Fonds monétaire international (FMI) serait envisageable, ce qui plongerait la zone euro dans une crise bien plus grave encore... puisqu'elle démontrerait l'incapacité des institutions monétaires européennes (BCE et l'ensemble du SEBC) à gérer la zone de façon autonome.

Depuis, le premier ministre grec tente de rassurer ses partenaires de la zone euro sur sa capacité à sortir le pays du gouffre financier. Pour ce faire, il multiplie les rencontres avec les chefs d'États au sein de l'Union européenne. Jean-Claude Juncker a ainsi annoncé que les Européens sont "prêts à prendre des mesures coordonnées et déterminées si nécessaire, mais [qu'il ne croit] pas que ces mesures seront nécessaires". Le même Juncker chef de paradis fiscal déclarait, 3 mois plus tôt dans une interview à Kyriakatiki Elefthérotypia, que "la situation économique est tragique en Grèce"...

Puis ce fut au tour du
mécanicien en chef de la locomotive économique européenne de s'exprimer : “Nous avons pris note avec plaisir du fait que le gouvernement et le parlement grecs ont adopté davantage de mesures visant à réduire de 4% le déficit budgétaire grec. C’est un énorme effort. Nous pensons que la Grèce n'a pas besoin d'une aide extérieure". Mais Georges Papandréou doit encore rencontrer le Robin des bois de la forêt de l'Élysée ce dimanche, tandis que l'ineffable Christine Lagarde a d'ores et déjà affirmé qu'une "aide franco-allemande à la Grèce n'est pas d'actualité. On a bien sûr travaillé à des solutions mais on n'a pas besoin de sortir ça du magasin". Dont acte.


Rappelons que la Grèce est plombée par une dette publique avoisinant les 113 % du PIB et un déficit budgétaire de 12,7 % du PIB, ce qui lui a valu d'être sanctionnée par les agences de notation (Fitch avait dégradé la note de la dette à long terme de la Grèce, ainsi que celles des quatre principales banques commerciales du pays, toutes ramenées de A– à BBB+). Cela a pour conséquence de renchérir les taux d'intérêt demandés sur les marchés... et conduit ainsi au problème de refinancement que connaît la Grèce, d'autant plus que les analystes gardent en mémoire les trucages auxquels la Grèce s'était livrée pour pouvoir adhérer à la zone euro...

A titre de comparaison, selon le projet de loi de finances 2010 en France, la dette publique devrait s'établir à 84 % du PIB pour un déficit public de 8,2 % (chiffres légéèrement revus à la baisse au mois de janvier...).

Le gouvernement grec a dès lors annoncé des mesures d'économie sur les dépenses qui se montent à 4,8 milliards d'euros, soit 2 % du PIB grec. S'il ne s'agissait que de baisser le budget impressionnant de la défense, il n'y aurait rien de catastrophique. Mais en pleine crise économique mondiale, je vous laisse imaginer l'étendue prévisible des dégâts sociaux qui suivront une telle cure d'austérité ! Ces mesures se répartissent entre de nouveaux revenus comme les taxes (8 centimes par litre d'essence, augmentation de 20 % des taxes sur l'alcool, hausse de l'imposition sur l'immobilier, hausse des cigarettes de 63 %, etc.) et des coupes dans les dépenses (gel des pensions de retraite des fonctionnaires et des salariés du secteur privé, coupes de 60 % du 14e mois des salariés du secteur public et de 30 % du 13e mois, etc.).

C'est la preuve flagrante que l'économie ne peut être dissociée du politique : les mauvais choix politiques conjugués à la malhonnêteté de certains dirigeants ont conduit le pays à croire qu'il pouvait vivre au-dessus de ses moyens en ne levant que très peu d'impôts, tout en faisant appel aux avantages financiers offerts par la zone euro.

Pour régler le problème, il reste éventuellement la méthode allemande : Josef Schlarmann, membre de la coalition des chrétiens-démocrates d'Angela Merkel, a estimé dans un entretien avec le journal Bild, que "ceux qui sont insolvables devraient vendre tout ce qu'ils ont pour rembourser leurs créanciers. La Grèce possède des immeubles, des compagnies et des îles inhabitées, qui pourraient tous être utilisés en vue de rembourser sa dette". En d'autres temps, on appelait cela le dépeçage... il me semblait pourtant que l'Union européenne était constituée d'un ensemble de pays démocratiques attachés à des valeurs communes (excluant de fait le cannibalisme) ?

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 10:33


soS.gif

Chaque matin semble apporter son lot de catastrophes dans le secteur automobile. Tout a commencé avec Toyota qui publiait, vendredi 5 février, dans une vingtaine de quotidiens américains les très rassurants propos suivants : "vous ne ressentez aucun problème avec votre accélérateur, nous avons la conviction que votre véhicule est sûr. Si votre accélérateur devient plus dur à presser que d'ordinaire ou plus lent à remonter, contactez votre concessionnaire sans tarder". Permettez-moi une comparaison osée : si vous ne ressentez aucun problème avec votre jambe, c'est que vous êtes en bonne santé. Mais si vos jambes sont lourdes, alors contactez votre concessionnaire médical médecin. Est-on certain de rassurer les utilisateurs de la sorte ?  Toyota a depuis rappelé plus de 8 millions de véhicules pour des problèmes de tapis de sol, de pédale d'accélérateur et devrait rappeler 270 000 Prius pour des problèmes de freinage.

Quelques jours plus tard, ce fut au tour de Volkswagen d'annoncer un rappel de véhicules. Le constructeur automobile allemand annonçait alors le rappel de près de 200 000 véhicules au Brésil pour un problème dans le roulement des roues arrière des modèles Novo Gol et Voyage... qui pouvait déboucher sur un blocage des roues voire pire !

Puis ce fut le tour de Honda : le constructeur japonais a rappelé 437 763 voitures en février à cause d'un airbag défectueux, et 646 000 autres en janvier à cause d'un lève-vitre électrique susceptible de prendre feu (sic !).

Et ce matin, je
lisais dans le quotidien Les Échos que le constructeur automobile japonais Nissan a annoncé "le rappel de 539.864 véhicules dans le monde, principalement aux Etats-Unis, en raison de problèmes de freins et de jauge de carburant".

Mais que se passe-t-il donc dans le secteur automobile ? Dans le cas de Toyota, on a pu avancer de nombreuses explications :

* forte croissance aux États-Unis qui sont devenus le premier marché de Toyota. Entre 2000 et 2007, les ventes totales sont passées de 5,8 millions à 9,4 millions de véhicules, ce qui s'est traduit notamment par de nombreuses ouvertures d'usines (58 usines en 2000, 75 en 2009). Peut-on encore gérer la rapport quantité/qualité avec une telle croissance ?

* volonté de gagner des parts de marché à tout prix en ne réagissant que très peu aux signaux avant-coureurs (problèmes de freinage sur la Prius dès 1999, problèmes d'accélération inopinée du véhicule dès 2002,...)

* sous-traitance à des entreprises non japonaises et donc pas forcément au fait du modèle toyotiste.

* communication déplorable voire inexistante ! Il existe pourtant des sociétés de conseil en communication qui se feraient un plaisir de leur venir en aide... moyennant quelques fifrelins !

* le modèle toyotiste n'a-t-il pas déjà montré ses limites tant pour les salariés soumis à des cadences infernales qu'en termes de développement industriel ?

Pour l'ensemble des constructeurs, je pense que le problème est lié à cette volonté de gagner des parts de marché à tout prix, donc au détriment de la santé des travailleurs et parfois de la qualité du véhicule. Lorsqu'on sait le peu de temps qui s'écoule désormais entre la conception d'un nouveau modèle et la mise sur le marché, on imagine aisément le stress qui pèse sur les équipes. Cette volonté d'être le premier à sortir un modèle de voiture avec des courbes différentes oblige ainsi à penser plus souvent en termes mercatiques (moment du lancement, campagne publicitaire,...) et financiers (coût et délocalisations) qu'en termes productifs...

Du reste, comment peut-on encore suivre de bout en bout l'ensemble du circuit de production attendu que les sous-traitants sont si nombreux ? A la fin des années 1980, on décida d'abandonner la traditionnelle relation verticale donneur d'ordres/sous-traitants où le premier concevait tout et dictait les conditions marchandes aux autres. On a remplaçait ce modèle par la modularité qui était censée permettre une meilleure répartition de la valeur ajoutée entre les acteurs. Or, les constructeurs ont vite compris leur intérêt et ont donc préservé leurs sources d'approvisionnement, en encourageant la concurrence entre équipementiers. Ces derniers ont par conséquent dû se soumettre à des règles organisationnelles imposées par les constructeurs (normes de qualité, livraison juste-à-temps,...) et qu'ils doivent ensuite, à leur tour, imposer à des sous-traitants... On comprend immédiatement le problème que cela comporte !

L'industrie automobile traverse actuellement une double crise. Tout d'abord, son modèle économique butte sur les contraintes écologiques et sur la capacité financière limitée des ménages (la prime à la casse ne sera pas éternelle !). Ensuite, d'un côté les constructeurs sont en train de privilégier la quantité le profit à court terme à la qualité, tandis que de l'autre les équipementiers n'arrivent plus à pérenniser leur activité (la rentabilité moyenne des équipementiers baisse tendanciellement depuis des années).

A trop vouloir lutter contre les maux de la crise économique, on en vient à oublier la crise structurelle de tout un secteur... Et qu'en est-il des salariés qui deviennent dès lors la variable d'ajustement ?

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 10:48


berlin.jpg

Mon cycle de conférences à l'Université Populaire Transfrontalière de Forbach se termine. Après avoir abordé, entre autres, la crise du secteur automobile, le rôle des banques dans l'économie, les inégalités, la dette publique, j'ai choisi de terminer par le blanchiment d'argent sale. J'ai, en effet, eu l'occasion de constater combien ce sujet était demandé par le public.


Cette conférence se déroulera au Burghof à Forbach, jeudi 4 mars à 18h30. L'entrée est fixée à 3 € pour les personnes qui ne sont pas inscrites au cycle complet de conférences. Après la présentation, le public sera comme toujours invité à réagir et poser toutes ses questions. Je tiens d'ores et déjà à remercier les auditeurs pour leur participation et leur fidélité tout au long de ces nombreuses conférences. J'ai eu plaisir à dabattre avec eux de ces grandes questions économiques qui sont, malheureusement souvent, traitées de manière partielle par les médias. J'espère retrouver le public lors d'un prochain cycle de conférences à l'UPT...

Pour finir, voici un article du Républicain Lorrain annonçant cette dernière conférence sur le blanchiment :


RL 21 Février 2010


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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 10:55


rienchange

Une personne m'a interrogé récemment pour me demander si le capitalisme avait changé depuis la crise. Il est vrai qu'au début  nous avions plutôt ça (Bande-annonce du film Trader) :





Puis Robin des bois est venu, et il nous a dit cela :




Comme ce n'était pas suffisant pour changer le monde, on a alors fait appel à tous les chevaliers de la table ronde économique pour qu'ils sauvent le capitalisme financier :




Depuis, nous avons tantôt ça (je change un peu pour ne pas toujours donner les honneurs à EDF, concurrence oblige) :





ou ce genre de foire là :



In fine, rien n'a changé, le système s'est seulement adapté aux nouvelles lois. C'est le cas pour les bonus pour lesquels il ne faut se laisser abuser lorsqu'on entend qu'ils baissent. En effet, les bonus peuvent être versés en cash... mais aussi en actions, ce qui est plus discret et amène au même résultat !

De même, les espoirs de régulation bancaire aux États-Unis deviennent évanescents : Paul Volcker, ancien président de la FED a même plaisanté en disant qu'on ne le sortait « que pour les séances photo » avec la presse. Il a en effet très bien compris que le Congrès n'est plus intéressé par une régulation, ce d'autant plus que Wall Street finance fréquemment les campagnes électorales... D'après un article paru dans la quotidien Le Monde du 17 février, "certains élus démocrates du Sénat confient que la Maison Blanche mise en fait sur la création d'une nouvelle instance de contrôle des prêts aux particuliers pour redorer son blason politique". On ne peut être plus clair.

Et en Europe ? La spéculation sur l'euro et sur les titres de dette de la Grèce nous démontre que rien n'a changé. C'est même pire, puisque cette crise a su mettre en évidence les antagonismes entre les États de l'Union européenne, ce qui n'a que renforcé la spéculation... Quant aux Hegde funds, l'Union n'arrive toujours pas à se mettre d'accord sur les agréments nécessaires à leurs activités, de sorte qu'ils échappent toujours encore à toute régulation (même embryonnaire). A preuve, un hedge fund anglais, Ebullio Capital Management, contrôle aujourd'hui 90 % du marché de l'étain !

Pour en revenir à la personne qui m'avait posé cette question sur le capitalisme, voici la réponse que je lui ai donné : si on souhaitait ne rien changer, on ne s'y serait pas pris autrement...

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 13:36


bouclier-fiscal

J'ai parlé d'inégalités tout au long de ces 2 semaines de conférences. La question qui était sur toutes les lèvres était de savoir qui allait payer pour ces plans de relance et de sauvetage des banques, sachant que ceux qui ont été sauvés sont précisément ceux qui ne paieront pas... Dans la jargon de Bercy, cette nouvelle inégalité s'appelle bouclier fiscal comme vous pourrez le voir sur la vidéo ci-dessous :





A mi-vidéo, on voit François Goulard (député UMP du Morbihan) déclarer : "le bouclier fiscal c'est logique, mais quand tout va bien. Et quand la situation est plus difficile, il y a d'autres impératifs, notamment celui de solidarité". J'avoue être en désaccord avec la première partie de sa phrase (pourquoi quand l'économie va bien, n'y aurait-t-il qu'une frange de la population qui doive payer ?), mais j'adhère à la seconde que je reformulerai plutôt ainsi : la SOLIDARITÉ est à la base de notre État-providence depuis fort longtemps (bien avant les ordonnances de 1945 !), et celle-ci est un impératif tant en période de crise que de croissance ! Ne pas l'admettre, c'est créer une inégalité patente qui finira par déboucher sur un malaise social et politique...

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 13:33


conf-faillite.jpg

J'animerai demain jeudi une autre conférence sur les inégalités à l'Université Populaire Transfrontalière de Forbach. Cette présentation s’articulera en trois temps : tout d’abord, je fixerai précisément le vocabulaire de base en définissant ce que l’on entend par capitalisme, revenus, niveaux de vie, patrimoine, pauvreté,… Partant de là, j'analyserai les principales inégalités monétaires, puis démontrerai que nous assistons, depuis quelques années, au développement d’inégalités plus insidieuses et donc plus difficiles à appréhender statistiquement. La présentation se terminera par une analyse des raisons qui expliquent le maintient de tant d'inégalités dans les pays développés.
Le public sera ensuite invité à réagir et poser toutes ses questions.

Cette conférence se déroulera au Burghof à Forbach, jeudi 18 février à 18h30. L'entrée est fixée à 4€ pour les personnes qui ne sont pas inscrites au cycle complet de conférences. Le Républicain Lorrain m'a consacré un article que vous trouverez ci-dessous :


RL 11 février 2010


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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 14:55

faillite-banque.jpg



Après cette semaine de conférences et de dédicaces, retour à l'économie. Il semblerait que l'accord à minima entre les pays de la zone euro pour sauver la Grèce ait calmé les marchés financiers pour quelques jours. Néanmoins, cela n'empêche pas de voir fleurir des commentaires à l'objectif plus médiatique qu'analytique. C'est le cas, par exemple, des quatre minutes de panique qu'offre Jean-marc Vittori aux lecteurs du quotidien Les Échos. Dans cette petite vidéo, intitulée "le contrôle de la dette publique a été aux racines de la démocratie", l'éditorialiste cherche maladroitement à analyser la situation en Grèce en énonçant ses vues sur la faillite d'un État. Voici ci-dessous cette vidéo accompagnée de mes commentaires :




* "Aux yeux des marchés financiers, le Trésor français est plus dangereux, entre guillemets, que Total ou Auchan" : voilà typiquement le genre d'aberrations que l'on entend de plus en plus, même sans guillemets ! Ce n'est pas parce que 3 grandes agences PRIVÉES de notation financière (Standard and Poor's, Moody's et Fitch) décident de donner une note à la dette d'un État que celui-ci devient pour autant l'équivalent d'une entreprise. Bien au contraire, l'État reste une entité souveraine et ne peut donc pas être mis en liquidation judiciaire... Par conséquent, dire (avec ou sans guillemets d'ailleurs) qu'un État est plus ou moins dangereux qu'une entreprise, c'est faire preuve d'une totale confusion des concepts. A un moment où bon nombre de citoyens finissent déjà par croire que la vertu pour un État consiste à avoir des comptes à l'équilibre (ramenant dès lors fautivement la gestion de l'État à celle du budget d'un ménage), il serait de bon ton de ne pas ajouter à la confusion ambiante...

* "jusqu'à présent, l'obligation d'État était le produit absolument sûr" : sauf au Mexique en 1995, en Argentine en 1998, en Russie en 1998, etc.

* "jusqu'à la fin du XVIIe siècle, les États faisaient très souvent faillites"  : je ne savais pas que les marchés financiers et les OAT existaient déjà à cette époque ? On ne peut pas mettre sur un même plan les emprunts en or et les dettes obligataires notées par des agences privées. Ai-je d'ailleurs besoin de rappeler que ce sont ces mêmes agences de notation qui notaient comme presque sûr des titres pourris liés aux subprimes ? Et que quelques temps avant la faillite de General Motors, elles maintenaient une note très élevée à la dette de cette entreprise tout en dégradant celle de certains États européens ? Selon Jean-Marc Vittori, l'État français a souvent fait faillite. Mis à part que le mot faillite n'existe pas au sens juridique pour un État, je rappelle que lorsqu'on manquait d'or à cette époque, soit on allait le chercher par des conquêtes (Napoléon 1er en est le modèle après la Révolution, mais les rois de France l'avait déjà compris avant), soit on levait de nouveaux impôts... il y a également, mais au prix de quelques trahisons, la méthode Talleyrand de nationalisation. Le propos me semble donc excessif car le mot faillite ne signifie absolument pas mise sous tutelle des biens de l'État. Mais l'éditorialiste se rattrape rapidement en nous disant qu'à cette époque la faillite se traduisait par "quelques guerres qui seront annulées et une Cour qui aura un peu plus de mal". Si ce n'est que cela la faillite d'un État, alors je suis preneur...

* Son interlocuteur lui pose une question qui débute par "si l'État devient un emprunteur comme un autre" : non, non et re-non ! L'État ne sera jamais un emprunteur comme un autre car il peut décider unilatéralement de ne plus rembourser ses dettes et, surtout, il peut toujours augmenter les impôts ! En outre, l'État a la possibilité (en théorie) d'emprunter au même taux qu'il prête et même de ne rembourser que les intérêts d'un emprunt à l'exclusion du capital. Sont-ce vraiment là les caractéristiques d'un emprunteur comme les autres ?

* "en parallèle des difficultés à rembourser les dettes de l'État, les parlements deviennent extrêmement peu crédibles" : rassurons Jean-Marc Vittori sur ce point. Les parlements ne sont plus crédibles aux yeux de l'opinion publique depuis fort longtemps... même en France (voir
le baromètre de la confiance politique édité par le CEVIPOF et dont vous trouverez ci-dessous un extrait). Et cela n'a pas était nécessairement lié à la dette publique.

cevipof

 

[ Source : baromètre de la confiance politique, décembre 2009. Cliquer pour agrandir ]


Le reste de son "analyse" n'est en fait qu'une succession de banalités sur l'évolution de la démocratie, où il parle pêle-mêle de démocratie participative, d'ONG, etc. Tout ça pour en arriver au constat suivant : "avec la faillite des États, il va falloir que naisse une nouvelle forme de politique et de démocratie". Et de conclure "ce qui est angoissant, c'est qu'on ne sait absolument pas laquelle aujourd'hui" ! Fermer le ban.

Pour ma part, ce qui m'inquiète le plus, ce n'est pas de savoir quelle forme la démocratie prendra mais plutôt si la démocratie survivra. Car les instabilités sociales, politiques et économiques ont de tout temps fait le lit de la dictature...

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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 13:12

 

a3 capitalisme



Cette semaine, j'animerai deux conférences avec dédicace de mon dernier livre le capitalisme en clair. Le thème retenu est celui des inégalités au sein des sociétés capitalistes, et j'ai dès lors intitulé ma présentation : "revenus, patrimoine, niveaux de vie : sommes-nous tous égaux face au capitalisme ?".


*   Conférence/dédicace à la médiathèque de Forbach : jeudi 11 février à 18h30, entrée libre (vous pouvez cliquer sur l'affiche pour l'agrandir)

* Conférence/dédicace à la médiathèque de Sarreguemines : samedi 13 février à 14h30, entrée libre.


Ci-dessous, un article de presse annonçant ma présentation :

rl 29 janvier 2010


                               [ Cliquer pour agrandir ]


Je ne pouvais terminer ce billet sans relater l'article
d'Emmanuel Lévy paru sur le site Marianne2. Ce dernier se fait l'écho de l'énorme niche fiscale qui a été créée en 2007 et qui consiste à exonérer les plus-values de cession de titres de participation des entreprises. Didier Migaud, président PS de la commission des finances de l’Assemblée, a ainsi interrogé Bercy sur ce dispositif dont "l'impact budgétaire est passé de 3,4 milliards en 2007 à 12,5 milliards en 2008 puis encore 6,1 milliards en 2009, soit un total de 22 milliards de pertes de recettes fiscales en trois ans !".

Réponse des têtes pensantes ? "la taxation à taux zéro des plus values à long terme provenant de cessions de titres de participation est indispensable à l'attractivité de notre territoire". Passionnant lorsque l'on sait que certaines opérations spéculatives comme les LBO deviennent ainsi encore plus juteuses qu'auparavant... Si vous avez le coeur bien accroché, n'hésitez à faire un tour sur le site de l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII). L’AFII a pour mission la promotion, la prospection et l’accueil des investissements internationaux en France. Vous y découvrirez que la France est qualifiée de "véritable paradis fiscal pour la recherche et l'innovation" et que notre pays dispose d'une "une fiscalité attractive pour les holdings et les centres de décision" ! On ne peut être plus explicite sur l'existence des niches fiscales... puisque l'on va même jusqu'à les vanter aux investisseurs étrangers !

Je résume : les niches fiscales permettent aux plus riches de s'enrichir encore plus, laissant les impôts à payer au reste de la population. Le gouvernement nous explique qu'il va falloir réduire le déficit par un plan de rigueur. Mais qui restera-t-il pour payer et subir ? Ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir un paradis fiscal ou au moins un bouclier fiscal. C'est certainement ça l'équité à la française...

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 10:50

Le Républicain Lorrain m'a interviewé pour la sortie de mon livre le capitalisme en clair. L'article est disponible ci-dessous :

Interview 2010


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N.B : les marchés financiers prennent actuellement peur des conditions macroéconomiques de certains pays comme la Grèce, l'Espagne, le Portugal ou l'Italie. Ainsi, en cinq séances, depuis le début février, le CAC 40 a plongé de 4,70 %, le Footsie de 2,46 % et l'Ibex à Madrid a perdu 7,71 % ! Mais n'oublions pas non plus le choc qui peut se produire sur la monnaie Euro qui commence à s'affaiblir. En effet, certains spéculateurs espérent rejouer l'histoire sombre de la Livre Sterling chassée du SME (Système Monétaire Européen) par la spéculation intensive en 1992/1993...

Dans le jargon financier, on surnomme ces 4 pays les PIGS (cochons)... Mais le pire est que la solidarité des pays de l'Union européenne ne semble pas fonctionner envers ces pays, même s'il est vrai que les traités ne prévoient pas, a priori, un tel mécanisme. Faut-il dès lors faire appel au FMI au risque de décridibiliser la politique monétaire de la BCE ? Il semblerait que ce soit l'option retenue par Jean-Pierre Jouyet :



L'Union européenne va-t-elle enfin comprendre qu'il lui faut une véritable gouvernance politique pour espérer devenir pérenne ? Et surtout ne pas continuer avec cette multiplication des chefs qui faisait dire à Henry Kissinger "l'Europe, quel numéro de téléphone?"

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