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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 13:59

 



Tout le monde connaît le célèbre adage : "quand le bâtiment va, tout va". Or, c'est un euphémisme de dire que, depuis le début de la crise, le secteur du bâtiment va très mal ! Pour en rendre compte par les chiffres, l'INSEE dispose de plusieurs moyens. Nous nous limiterons ici à l'enquête trimestrielle qu'effectue le département de la conjoncture de l’INSEE auprès d'un échantillon de 1 500 entreprises artisanales du bâtiment. Le champ de l’artisanat du bâtiment retenu concerne les entreprises de moins de 11 salariés (hors activité de travaux publics). La plupart des questions sont qualitatives et portent sur l'ensemble des activités des entreprises : tendance de l'activité, situation financière, évolution de l'emploi dans l'entreprise, opinion sur l'activité générale du bâtiment. A la plupart des questions sont associées trois possibilités : tendace stable, à la hausse (+), à la baisse(-). Pour ceux qui aiment le jargon, on appelle cela des questions qualitatives trimodales.

Les résultats sont présentés sous forme de soldes d’opinion, différences entre le pourcentage de réponses "en hausse" (+) et le pourcentage de réponses "en baisse" (-). Il y a aussi quelques retraitements statistiques pour tenir compte de la taille de l'entreprise (les possibilités d'embauches sont par exemple plus faibles dans une toute petite entreprise qui ne fait que très peu de chiffre d'affaires) et éliminer les variations saisonnières. L’interprétation des séries doit se faire en privilégiant toujours l’évolution d’une série sur plusieurs trimestres. Toutefois, si l’on veut essayer de qualifier son niveau, la référence doit toujours être la moyenne de longue période de la série.

Une fois fixée la méthodologie, passons à l'étude des chiffres de la dernière enquête publiée par l'INSEE le 24 juillet. Ne tournons pas autour du pot, selon les artisans du bâtiment interrogés en juillet 2009, la conjoncture reste morose. Le repli de l’activité s’est à nouveau intensifié sur la période récente. La contraction serait d’une ampleur identique au cours des trois prochains mois, au vu des anticipations des entrepreneurs. En outre, l'emploi se contracterait encore dans les prochains mois, même si, selon les artisans, la contraction de l’emploi s’est légèrement atténuée sur la période récente. Enfin, les difficultés de recrutement perdurent dans plus d’une entreprise sur trois comme en témoignent les réponses à la question : "Eprouvez-vous des difficultés de recrutement ?".

Vous trouverez ci-dessous un graphique présentant l'évolution de l'activité dans l'artisanat du bâtiment (en % des soldes d'opinion, CVS = correction des variations saisonnières) :

 

[ Source : INSEE - Enquête trimestrielle dans l'artisanat du bâtiment - n° 203, juillet 2009 ]

En complément, selon les entrepreneurs interrogés en juillet 2009, la conjoncture reste tout autant dégradée dans la construction immobilière. Quant à l’opinion des ménages sur le niveau de vie passé et futur en France, celle-ci se dégrade en juillet. Les ménages sont aussi plus nombreux à penser que leur situation financière s’est détériorée au cours des douze derniers mois et considèrent toujours peu opportun de faire des achats importants.

La sortie de crise n'est donc pas encore en vue... sauf pour Christine Lagarde qui s'accroche à son chiffre de la consommation en produits manufacturés des ménages (hausse de 1,4 % en juin). Rappelons à Miss économie que la consommation en produits manufacturés est plutôt erratique depuis le début de l'année et que le chômage pandémique que nous connaissons risque fort de peser sur la consommation tôt ou tard ! Surtout lorsque la prime à la casse sociale prendra fin... Enfin, bâtir une croissance uniquement sur la consommation à un moment ou les salaires sont si bas, revient à vouer un culte au veau d'or du crédit. Cela me rappelle d'ailleurs un pays où presque tout le monde a pu devenir propriétaire et consommer à crédit, au point d'en devenir un modèle jusqu'en 2008. Mais comment s'appelait donc ce pays ?

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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 10:44



Le n-ième (n>50) chantier politique de la rentrée sera consacré à la réforme des collectivités locales. Souvenez-vous, c'était le 22 octobre 2008. Notre omniprésident et sa Cour créent par décret un comité pour la réforme des collectivités locales présidé par Edouard Balladur. Ce texte réglementaire précise que ce comité "est chargé, conformément à la lettre du Président de la République annexée au présent décret, d’étudier les mesures propres à simplifier les structures des collectivités locales, à clarifier la répartition de leurs compétences et à permettre une meilleure allocation de leurs moyens financiers, et de formuler toute autre recommandation qu’il jugera utile".

Voilà pour une fois une bonne initiative, à condition qu'elle soit menée à terme ! En effet, comme j'ai eu l'occasion de la dire sur ce blog, je me suis occupé de la formation de certains élus municipaux et je passais beaucoup de temps à expliquer le millefeuille qui compose notre paysage administratif. Je commençais par présenter les institutions européennes (
notamment le parlement européen comme dans cet article) et ensuite je zoomais sur le France en expliquant la décentralisation : conseil régional, conseil général et enfin commune, cette dernière étant vue comme l'échelon minimal et essentiel à la vie sociale. Bien entendu, j'évoquais également les cantons et les EPCI. Tout cela pour dire qu'au bout de 3h, même avec mon proverbial humour, les personnes présentes finissaient par ressentir un malaise face au nombre d'échelons de décision et à la complexité des relations qui s'y nouaient. C'est donc en partie pour compléter mes propos que j'écris cet article aujourd'hui. Du reste, la structure administrative ayant un impact sur les performances économiques des entreprises, il n'est pas inutile d'en comprendre les tenants et aboutissants pour un économiste.

Simplifier ce millefeuille administratif afin de le rendre lisible et efficace ? C'est précisément la mission de la commission Balladur. Hier soir,
le quotidien 20 Minutes a justement publié sur son site Internet les premiers éléments de l'avant-projet de loi qui a été rédigé à  partir des recommandations formulées par l'équipe Balladur.

Qu'en ressort-il ?

* Il est préconisé de créer des élus d’un nouveau genre (rassurez-vous, pas suite à une
cryogénisation...) : les conseillers territoriaux. Elus pour six ans, ils siègeraient "à la fois au conseil général de leur département d’élection et conseil régional de leur département", explique le texte. Cela permettrait de réduire le nombre d'élus et nécessiterait donc de repenser la notion de canton qui risque probablement de passer à la trappe. Mais comme la France a toujours su résoudre noblement ses conflits politiques, ces élus locaux passionnés par leur mandat et par l'indemnité afférente, se verront offrir des compensations financières pour éviter leur courroux... En ce qui concerne les modalités d’élection de ces conseillers territoriaux, rien n'est fixé pour l'instant d'après ce document. Seule certitude, l'élection de tous les conseillers généraux aura lieu en même temps contrairement à ce qui prévaut actuellement où le mandat est de six ans avec un renouvellement de moitié tous les trois ans.

En soi c'est une bonne chose si cela peut permettre de diminuer le record d'élus que nous détenons : 497 200 élus communaux pour 36 700 communes, 1 880 conseillers régionaux pour 22 régions et 4 037 élus cantonaux pour 97 départements. Non pas que je critique ces chiffres dans l'absolu, car au fond, plus il y a d'élus mieux devrait se porter la démocratie. Malheureusement, il n'en est rien comme chacun a pu le vérifier au moins une fois dans sa vie : les procédures de décision sont lentes, souvent inefficaces et parfois conduisent à l'inverse de la finalité espérée. De plus, les luttes politiques inter- (ou intra-) collectivités (et si, ça existe...) n'améliorent absolument pas la lisibilité de l'action entreprise. Ce qui m'amène à être dubitatif quant à la possibilité pour un élu de siéger dans deux assemblées territoriales pouvant avoir des "vues" différentes sur un sujet : en Lorraine l'exemple a été donné par les luttes entre le Conseil régional et général pour choisir la gare d'interconnexion TGV... alors imaginez-vous être élu dans ces deux assemblées !

* Un nouvel échelon territorial serait créé : la métropole. Elle aurait vocation "à se substituer, sur son territoire, au département dont elle reprendrait les compétences", explique un des exposés des motifs. Mais uniquement dans les  agglomérations de plus de 500 000 habitants. Ainsi, une partie des fonctionnaires rattachés au département dépendraient de la métropole. Le texte va même plus loin en proposant que la métropole remplace aussi la communauté urbaine, dont elle conserverait les attributions. Elle pourrait même "exercer tout ou partie" des compétences d’une commune si cette dernière le souhaite. La métropole peut également, en cas d’accord avec la région, se substituer à celle-ci sur son territoire. J'attends avec impatience de connaître la région qui acceptera de perdre de son influence...

* Il serait également possible pour deux départements ou deux régions de fusionner. En ligne de mire, la Normandie depuis le discours de Nicolas Sarkozy du 27 novembre 2008 et cette célèbre apostrophe : "Il y a deux Normandie, on les aime, mais en faut-il deux?".

Petit résumé visuel avec cette infographie issue du site lemonde.fr (cliquer sur l'image pour l'agrandir) :


                       [ Source : lemonde.fr ]

En définitive, c'est l'échelon départemental qui subira les plus grandes modifications, puisque le texte indique que les Conseils généraux ne seraient consultés que "pour avis" sur la création des métropoles. Seuls les élus municipaux, ou " le représentant de l'Etat dans le département ", pourraient engager la procédure de passage au statut de métropole (au moins la moitié des communes, représentant plus de la moitié de la population, doit se prononcer en faveur de la création de la nouvelle collectivité). C'est une manière plus subtile de réformer les Conseils généraux que de prononcer leur suppression pure et simple comme le préconisait la commission pour la libération de la croissance française dirigée par Jacques Attali.

A présent, le texte va certainement être modifié et complété avant d'atterir au conseil des ministres à la fin du mois de juillet. Il devrait ensuite être présenté au Parlement avant fin septembre pour une franche partie d'empoignade...


N.B : je n'ai pas parlé du projet nommé Grand Paris sous peine d'alourdir encore ce billet et de le rendre véritablement indigeste !

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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 12:23

 



Voilà certainement les conséquences les plus redoutables d'une crise : les licenciements massifs. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler souvent sur mon blog notamment ici et . Mais ce que les pouvoirs publics négligent allégrement est le fait que certains salariés vivent ces situations comme un déni de leur droit social - et fondamental ! - à travailler. Dès lors, il n'y a rien d'étonnant à ce que l'on arrive à des réactions extrêmes comme chez New Fabris ou Nortel.

Petit rappel des faits :

* L'usine de Châtellerault appartient à l'équipementier automobile New Fabris. Le 16 juin dernier, l'usine a été liquidée et s'est ensuivi l'annonce du licenciement de l'ensemble des 366 salariés. Depuis, ces derniers cherchent à obtenir une indemnité de licenciement de 30 000 euros sachant que leurs chances de retrouver du travail à Châtellerault (36 000 habitants) sont quasi nulles : l'industrie locale devrait en effet perdre 2 400 emplois en 2009, selon le quotidien La Nouvelle République... Alors pour se faire entendre, les salariés menacent de faire sauter leur usine s'ils n'obtiennent pas gain de cause avant le 31 juillet. Réponse du ministre de l'industrie et également motodidacte, Christian Estrosi : "[Je ne discuterai pas] sous le coup de la menace. Si les salariés continuent, je ne les recevrai pas". Le ministre pratique visiblement une forme de communication sociale déjà testée à Nice avec la Police à même de calmer les esprits...

* A Châteaufort, dans les Yvelines, Nortel France SA, filiale française de l'équipementier en communication canadien et centre de recherches sur les technologies sans fil, a été placée en liquidation judiciaire le 28 mai. En l'absence de reprise des activités de Nortel France SA, l'ensemble des 683 employés devraient être licenciés. Ceci explique que depuis quelques jours, des salariés grévistes de Nortel menacent de faire sauter leur entreprise avec des bouteilles de gaz s'ils n'obtiennent pas une indemnité de licenciement. Réponse cette fois de Xavier Darcos, transfuge de l'Education Nationale : "On va se parler, on va trouver des solutions qui ne demandent pas de passer par des violences extrêmes". "Mais en revanche, je ne saurais comprendre que l'on veuille régler cette difficulté par une position de desesperado, par une violence incroyable"...

Toutes ces menaces rappellent évidemment le cas de la filature Cellatex de Givet dans les Ardennes. Celle-ci avait été mise en liquidation judiciaire en juillet 2000. Face au refus de la direction de négocier leurs conditions de départ, les 153 salariés du site avaient déversé de l'acide sulfurique dans la Meuse et menacé de faire exploser une cuve contenant 56 000 litres de ce dangereux produit. Ce n'est qu'après l'intervention des pouvoirs publics que les salariés de Cellatex avaient obtenu gain de cause par un subtil montage financier.

 

Que dire de tout cela ? Tout d'abord, lorsqu'on en arrive à une telle extrémité il y a forcément de la rancoeur qu'on a laissé se développer trop longtemps. Les salariés se sont impliqués pendant des années dans leur entreprise et, comme le dit le ministre du travail en personne, "cet investissement aboutissant à cet échec suscitent chez eux une très grande frustration". Il oublie de préciser que dans le cas de Nortel par exemple, les salariés ont la désagréable impression que leur sort a été joué dans le Nord de l'Amérique sans consultation. Et que le désespoir qui envahit les ouvriers de Fabris est aussi dû à une prise de conscience générale : que peuvent les pouvoirs publics pour l'emploi (à part aider à négocier un peu d'argent) lorsque l'économie semble dicter ses lois à la politique ? La preuve en est d'ailleurs donnée par leurs revendications : elles ne portent pas sur la sauvegarde de l'emploi mais sur une indemnité de licenciement.

Les salariés semblent ainsi avoir déjà assimilé ce que d'aucuns qualifient de réalisme économique et que je préfère appeler simplement ruine sociale : lorsque l'économie va mal, les salariés deviennent une variable d'ajustement conformément à de prétendues lois du marché. Or tout ceci n'est que mystification ! L'Etat peut - et doit  - reprendre la main en économie s'il ne veut pas que le marché du travail ne devienne un grand casino où les salariés passeraient leur carrière à miser sur le mauvais numéro !

En définitive, n'en déplaise aux partisans de la flexibilité totale, le marché du travail ne sera jamais un marché comme les autres, tout simplement parce que les salariés ne sont pas une marchandise ! A bon entendeur, salut...

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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 14:13

Chez EDF ça commence visiblement ainsi :


                         [ Cliquer pour agrandir ]

Souvez-vous : il s'agissait de prêter de l'argent à EDF en achetant des obligations de la société entre le 17 juin et  10 juillet rémunérées 4,5 % brut par an pendant 5 ans pour un nominal de 1 000 euros. Rappelons, à tout hasard, que si vous avez encore une quelconque confiance dans le système de notation financière, alors ce placement était loin d'être le meilleur de sa gamme : l'emprunt obligataire EDF était notée A+  tout comme celui de Swiss Ré. Sauf que ce dernier rapporte 6,1 % sur le même horizon... Il y a d'ailleurs des obligations d'Etat, mieux notées mais sur une durée plus longue qui rapportent plus. Il n'empêche, l'opération fut un tel succès que le placement s'est achevé le lundi 6 juillet (avec 4 jours d'avance donc !), ce qui a permis à l'électricien de collecter 3,2 milliards d'euros auprès de 251 000 souscripteurs. Et en moyenne, les Français ont acheté pour 12 700 euros de titres ! Certains médias se sont sentis obligés d'appeler cela du "patriotisme économique" ou même "un retour à l'intérêt général"... Que ne faut-il pas entendre en période de crise ! Et si tout simplement les investisseurs étaient à la recherche d'un placement national rémunérateur et rassurant à leurs yeux ?


Cela se poursuit de la sorte, ce qui est bien le minimum au vu des chiffres évoqués précédemment :


                            [ Cliquer pour agrandir ]


Et se conclut ainsi sur la facture d'électricité :



Pierre Gadonneix, PDG d'EDF, a en effet déclaré dans un entretien publié mercredi sur le site Internet de l'hebdomadaire Paris Match (décidément, c'est devenu un magazine très économico-politique...) : "Pour cesser de nous endetter, il faudrait une hausse de 20 % des tarifs. Mais elle peut s'étaler sur trois ans, par exemple, ou même un peu plus". Et il prend ensuite un ton comminatoire pour nous annoncer que "si nos tarifs n'augmentent pas, l'an prochain EDF réduit ses investissements". Depuis, c'est une volée de bois vert qui s'abat sur le président d'EDF : d'un côté l'entreprise emprunte et remercie chaleureusement les investisseurs, de l'autre elle annonce vouloir augmenter le prix de l'électricité à un moment où le pouvoir d'achat a pris une hauteur élyséenne... C'est certainement l'effet Kiss cool :



Petit rappel tout de même : EDF et l'Etat ont signé en octobre 2005 un contrat de service public. Il garantit jusqu'en 2010 une augmentation des tarifs de l'électricité qui ne peut dépasser le niveau de l'inflation pour les particuliers. Au sujet de l'investissement, EDF prévoit d'investir 7,5 milliards d'euros en France en 2009, soit 2,5 milliards de plus qu'en 2008 et 4 milliards de plus qu'en 2007. De plus, l'endettement d'EDF a explosé ces dernières années (24,5 milliards d'euros à fin 2008 contre 16,3 milliards à fin 2007) avec une série d'acquisitions plus ou moins malheureuses à l'étranger (British Energy, Constellation,...).

En définitive, s'il paraît sensé de penser que le tarif régulé doit tenir compte de nombreux paramètres tels que l'inflation ou l'investissement notamment, je trouve indescent de vouloir augmenter dans cette proportion les prix en plein marasme économique. Et ce d'autant plus que la société EDF vient de faire appel aux particuliers pour obtenir des capitaux après une politique d'achat à l'étranger que l'on peut qualifier de hasardeuse...

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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 12:27



Je reviens juste de mes pérégrinations parisiennes qui m'ont conduit à participer au jury d'admission d'une grande école d'ingénieurs comme je vous l'avais dit. S'il y a bien quelque chose que je retiens de ces journées, c'est le nombre de fois où l'on m'a cité la grippe A comme événement de l'actualité. Même à la gare de l'Est j'ai eu le droit à la phraséologie sanitaire officielle : "si après votre voyage vous avez de la fièvre...". L'information a en effet été renforcée dans les gares et les aéroports français à la suite du passage au niveau 6 d'alerte (pandémie) pour la grippe A, décidé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) le 11 juin 2009.

Je souhaiterais juste faire quelques remarques à ce sujet : le niveau 6 (pandémie) n'a été atteint, à ma connaissance, que trois fois au cours du XXe siècle :

* En 1918-1919, la grippe espagnole a fait de 50 à 100 millions de morts à une époque où vaccins, antiviraux et antibiotiques capables de traiter les infections secondaires n'existaient pas.

* En 1957, la grippe asiatique a fait 4 millions de morts.

* En 1968, la grippe de Hongkong a fait 2 millions de morts.

Qu'en est-il de la grippe A actuelle ? Selon le dernier bilan publié mercredi par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le virus H1N1 de la grippe porcine a contaminé 77 201 personnes dans 120 pays et territoires, et fait 332 morts. Certes, c'est une tragédie pour les proches de ces personnes. Mais ce chiffre justifie-t-il la panique actuelle lorsqu'on sait, à titre de comparaison, que la grippe saisonnière est à l'origine, chaque année, de 3 à 5 millions de cas graves et de 250 000 à 500 000 décès, selon l'Institut Pasteur ?

En creusant un peu, on comprend que certains laboratoires pharmaceutiques viennent de sauver leur chiffre d'affaires annuel avec les commandes de Tamiflu et de Relenza, deux médicaments qui traitent plus ou moins bien les virus de la grippe (encore que de nombreux spécialistes nuancent leur efficacité...). Ainsi, la laboratoire Roche, peut enfin écouler ses stocks qui datent de la grippe aviaire de 2005 : d'après l'Humanité, en France, une boîte de Tamiflu de 75 mg (dose adulte) en gélules est vendue directement par le fabricant aux hôpitaux au prix de 17,87 euros (24,85 euros en pharmacie). Sachant que la France a passé commande pour 24 millions de traitements - auxquels s’ajoutent 9 millions de Relenza, l’autre antiviral, produit par le laboratoire britannique GlaxoSmithKline - on peut estimer que le coût total de Tamiflu s’élèverait à 428 millions d'euros ! Petit rappel : la même boîte valait 7,70 euros en 2006...

Il en est de même des vaccins contre le virus de la grippe A. Les différentes annonces péremptoires sur la nécessité de vacciner toute les population d'un pays contre le virus H1N1 (dès que le vaccin sera disponible !), explique certainement aussi pourquoi, bien que la crainte d’une pandémie avait fait reculer les Bourses européennes, les valeurs pharmaceutiques continuaient à grimper... Et depuis, c'est véritablement la course à la création de vaccins qui s'est engagée : Sanofi Pasteur a ainsi reçu une commande de vaccins émanant des États-Unis pour un montant de 136 millions d’euros, tout comme le britannique GlaxoSmithKline (GSK), pour une commande d’un montant de 130 millions d’euros. La France a même pris une option pour sur 50 millions de doses auprès de GSK, et négocie avec Sanofi Pasteur et Novartis pour l'achat de 50 millions de doses supplémentaires. Le suisse Novartis a semble-t-il pris de l'avance sur ses concurrents et a déjà reçu des commandes de plus d’une trentaine de gouvernements d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord (206 millions d’euros ont d'ailleurs été fournis par le ministère de la Santé américain).

En définitive, sans minimiser pour autant cette épidémie, il n'en demeure pas moins vrai qu'il est indispensable de prendre un peu de champ par rapport à cette question pour la replacer notamment dans son contexte économico-politique.


N.B : pour l'instant ça va, je suis vivant encore...

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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 12:52




Je serai pendant quelques jours en région parisienne afin de participer au jury d'admission d'une grande école d'ingénieurs. Mais avant de partir, je vous laisse méditer sur la vidéo ci-dessous qui concerne le plan indescent imaginé par British Airways pour se sortir du marasme économique : faire travailler ses salariés entre une semaine et un mois pour rien ! La question que tous les journalistes anglais posent ainsi lorsqu'ils voient des salariés de British Airways est la suivante : "Would you work for nothing ?" (Allez-vous travailler pour rien ?).

En définitive, après le "chantage" de l'entreprise Osram qui laissait un pseudo-choix entre licenciement économique et baisse de 12,5 % en trois ans du taux horaire de rémunération, et IBM qui prévoyait de réduire de 15 % le salaire de ses commerciaux dans le monde entier par un tour de passe passe faisant augmenter la part variable, voilà que l'on propose carrément de travailler pour rien !  Pour être plus convaincant, le directeur général de British Airways, Willie Walsh, a promis de travailler gratuitement en juillet, précisant que ce projet s'inscrivait dans le vaste programme de réductions de coûts de la compagnie aérienne britannique qui a fait état le mois dernier d'une perte opérationnelle annuelle record de 260 millions d'euros. En France, nous pensions déjà être célèbre avec le slogan tautologique idiot "travailler plus, pour gagner plus". Mais le Royaume-Uni a donc fait encore plus fort en inventant "travailler pour rien".

Pourtant, il me semble qu'il existe un texte international appelé
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme adopté en 1948, et par lequel la communauté internationale s’engagait à défendre la dignité et la justice pour chacun d’entre nous. Ainsi, l'article 23 de cette Déclaration dispose que "quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale".

C'est impressionnant comme certains textes vieillissent mal en entrant dans l'Histoire...


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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 12:06



Hier soir j'assurais une formation pour les élus de quartier de la ville de Forbach et nous parlions du remaniement gouvernemental. Que de pronostics erronés en fin de compte ! Je craignais de voir le prof de lettres spécialiste de la règle de trois Xavier Darcos prendre la tête de la justice. Mais il n'a obtenu que le ministère du travail et des relations sociales, domaine dans lequel il excelle si j'en juge par la qualité du dialogue établi avec les enseignants... Pour le remplacer, quoi de plus naturel que de penser à Luc Chatel, un ancien de L'Oréal qui le vaut bien tant il a été brillant par ses conclusions économico-cabalistiques lorsqu'il était en charge de l'Industrie et de la Consommation.

Bien entendu, nos amis magistrats - du parquet en premier lieu - n'ont pas été oubliés, qu'ils se rassurent : ils voient arriver un nouveau garde des Sceaux dont le (sur-)nom fait d'ailleurs plus penser à un programme de défense militaire qu'à un arrêt de la Cour d'assises : MAM...

Remarquons également que
décrier la police nationale et être un ancien champion de moto peut vous ouvrir des portes bien plus grandes que la félicité du sport : il devient en effet ministre de l'industrie ou du moins de ce qu'il en reste... Pour le coup, il fallait bien remplacer Bernard Laporte mis sur le banc de touche ministériel pour ses essais non transformés. La suppression du secrétariat d'état aux droits de l'Homme dont on se demandait à quoi il pouvait bien servir tant la France semblait s'en passer royalement lorsqu'il s'agissait de discuter avec ses amis démocrates (Khadafi, Hu Jintao,...) , a permis d'y recaser Rama Yade.

Au surplus, si vous pensiez encore que le choix d'un ministre se faisait en fonction de sa connaissance des dossiers vous en êtes alors pour vos frais : Brice Hortefeux, après un passage éclair au ministère du travail et une polémique
dont j'ai parlé ici sur l'âge de la retraite, s'en vient au ministère de l'intérieur conter sa parfaite connaissance du terrain avant de penser aux élections régionales de 2010.

Notons enfin le retour d'une dynastie connue en politique, celle des Mitterrand (Frédéric pour des raisons évidentes de survivance...).

Rien à dire de plus : fermez le ban !


Vrai-faux remaniement
envoyé par LEXPRESS. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 10:38



On m'interroge souvent sur l'évolution de l'emploi intérimaire. Il est vrai que les chiffres fournis par l'INSEE, et répétés à l'envi dans les médias, sont en général présentés hors intérim. Disons le donc tout de suite : les chiffres de l'emploi intérimaire sont catastrophiques depuis quelques mois !

Selon Pôle Emploi, un total de 469 800 personnes occupaient un emploi intérimaire en France en avril 2009 (en valeur corrigée des variations saisonnières), soit une chute de 31,9 % par rapport à avril 2008. La baisse mensuelle ayant quelque peu marqué le pas en avril (-0,3 % par rapport à mars 2009), certains y voient déjà un signe de reprise... ce qui est une erreur un excès de croyance dans les chiffres. En effet, n'oublions pas que certaines mesures et décisions conjoncturelles ont influencé - et vont encore influencer - les chiffres à très court terme : certaines aides vont ainsi relancer pendant quelques temps la demande et l'offre et donc avoir un impact sur l'emploi intérimaire. Je pense notamment à Renault qui va reprendre partiellement en France la production d'un modèle de Clio fabriqué en Slovénie, ou à Peugeot qui prévoit une demi-équipe de nuit comprenant 480 postes d'intérimaires à Mulhouse jusqu'en octobre. 

Ce n'est donc pas une suprise si seule l’industrie connaît une augmentation de son emploi intérimaire en avril (+0,4%)... Et encore, il faut nuancer ce chiffre. Car, si d'un côté la fabrication de denrées alimentaires, de boissons et de produits à base de tabac connaît la hausse la plus conséquente (+2,7%), de l'autre, l’emploi intérimaire continue de reculer fortement en avril dans les activités de fabrication d'équipements électriques, électroniques, informatiques et fabrication de machines (-6,5%).

A contrario, les secteurs du tertiaire et de la construction perdent respectivement 0,3 % et 0,9 % de leurs intérimaires par rapport à fin mars 2009... Tous secteurs confondus, sur un an, les plus fortes diminutions concernent les emplois d’ouvriers, qui représentent environ 3/4 des emplois intérimaires (-31,9 % pour les ouvriers qualifiés et -37,3 % pour les ouvriers non qualifiés). En évolution annuelle, l’emploi intérimaire recule dans toutes les régions. La Franche-Comté affiche ainsi la baisse la plus forte (-49,1%), suivie de la région Champagne-Ardenne (-47,0%). Ma région, la Lorraine, se situe parmi les régions qui connaissent les baisses les plus fortes. Même les régions réputées "dynamiques" perdent de nombreux emplois dans l'intérim : Languedoc-Roussillon (-17,0%), PACA (-17,4%).

Le seul signe positif vu par Pôle Emploi est l'augmentation de l'emploi intérimaire dans 12 régions au mois d'avril par rapport à mars. Au vu des explications conjoncturelles énoncées ci-dessus, on ne peut absolument rien en inférer sur le moyen terme, ni même sur le court terme (trimestre...). Dit autrement, une baisse moins prononcée en avril (qui reste toujours une baisse !) ne présume pas des chiffres du mois de juillet, et encore moins de ceux de la rentrée !

Voici, pour finir, un graphique présentant l'évolution de l'emploi intérimaire depuis l'an 2000 en France (données CVS) :

                       [ Source : Pôle Emploi, communiqué de presse juin 2009 ]


Est-ce donc le signe d'une reprise ? Rien n'est moins sûr...

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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 13:58



Et voilà le serpent de mer nommé "retraite" de retour ! Je pense bien entendu à l'incendie allumé par Brice Hortefeux qui a évoqué la possibilité de remonter l'âge de la retraite à 67 ans pour sauver l'Assurance-vieillesse ! A l'exception de la CFE-CGC, prête à examiner l'idée sous condition, toutes les autres organisations syndicales ont refusé d'en entendre parler... à juste titre à mon avis ! Car cette manière de régler très partiellement les problèmes par moyens détournés montre clairement ses limites. Il suffit de lire l'excellent livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg, Les réformes ratées du président Sarkozy. Ces deux économistes nous montrent comment "une mécanique infernale s'enclenche alors, tant il est clair que le nouveau Président est prêt à concéder beaucoup pour que ses réformes se réalisent"... Même si je suis loin d'être d'accord avec la vision parfois un peu trop libérale des auteurs, j'ai trouvé que l'argumentation chiffrée était solide.

Pour en revenir à l'âge de la retraite, est-il besoin de rappeler que le taux d'activité des seniors français est l'un des plus faibles d'Europe : 37.6%, contre 42.5% en moyenne. Bien loin de l'objectif communautaire qui prévoit, dès 2010, un taux d'activité des seniors de 50%. Alors qui pourrait réellement imaginer que remonter l'âge de la retraite à 67 ans serait  la solution au problème ? Laurence Parisot bien sûr et celui qui nous sert de ministre du travail ! La présidente du Medef a ainsi déclaré le 8 février dernier "que pour favoriser l'emploi des seniors, il faut repousser l'âge légal de la retraite" : c'est la preuve d'une totale déconnexion avec la réalité économique vécue et cela ne peut que rassurer les Français (et Françaises) de savoir que les gens qui les dirigent les comprennent aussi bien... Surtout, que l'on arrête de comparer les pays pour en inférer que nous partons trop tôt en retraite : le construit social n'étant pas le même, rien ne sert de stigmatiser un pays ou d'en encenser un autre. Souvenez d'ailleurs comment on vantait les mérites du système anglo-saxon de retraite par capitalisation il y a encore 3 ans... aujourd'hui, certains retraités ruinés rêveraient d'avoir un système par répartition comme le nôtre ! Et puis au fond, profiter plus longtemps de sa retraite, n'est-ce pas aussi un vrai progrès social ?

On vient d'ailleurs de me faire parvenir une vidéo intéressante sur le régime de retraite des parlementaires que vous trouverez ci-dessous. Même si ce dernier a quelque peu été modifié (amendé ?) depuis 2 ans, il n'en reste pas moins vrai qu'être parlementaire permet d'assurer une retraite confortable. A preuve, en 2007, Rue89 rappelait que 1223 anciens parlementaires et 781 ayant-droits bénéficiaient de ce régime, en touchant une retraite moyenne de 2400 euros par mois ! Pas mal pour une durée moyenne de cotisation un peu supérieure à sept ans, n'est-ce pas ? Je me souviens d'ailleurs des réactions gênées des parlementaires interrogés pour l'occasion : d'un côté Jean-Marie Le Guen avouant "ne pas connaître le dossier", de l'autre le désormais célèbre Manuel Valls Manuel Valls qui considèrait que "ce n'est pas les 800 parlementaires qui mettent en danger le régime général des retraites"...



N.B : j'apprends à l'instant que les dépenses de fonctionnement de l'Elysée enregistrent une croissance de 21,7 % sur un an ! Pour l'anecdote, la garden-party aurait coûté 474 523 euros en 2008 contre 419 213 en 2007, soit une hausse de 13,4 %...

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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 19:26



Le Républicain Lorrain m'a interviewé sur le film Let's make money d'Erwin Wagenhofer. Je vous avais en effet expliqué dans mon précédent billet que j'animerai demain lundi un débat suite à la projection de ce film au cinéma Forum de Sarreguemines à 20h.

Cliquer sur l'article pour l'agrandir :


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