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12 février 2019 2 12 /02 /février /2019 11:35

 

 

Dans un précédent billet, j'avais tenté une petite analyse de la pauvreté sous ses diverses formes. Cela faisait suite à une longue série de billets sur la perte de pouvoir d'achat des retraités et des classes moyennes, la crise économique en Turquie, la politique économique de Trump, le maillot de l'équipe de France de football, les liens financiers entre la Chine et les États-Unis et plus récemment le partage des revenus au détriment des salariés. Il semblait dès lors utile de compléter ce panorama en évoquant aujourd'hui la compétitivité-prix des pays émergents qui, contrairement à une idée reçue, s'est fortement dégradée depuis dix ans...

 

Qu'est-ce que la compétitivité-coût ?

 

Pour une entreprise, la compétitivité est sa capacité à vendre durablement ses produits à un prix supérieur à ses coûts, en faisant face à la concurrence. La compétitivité peut être divisée en deux composantes :

 * la compétitivité-prix, qui repose sur l’évolution des prix domestiques comparée à l’évolution des prix dans les pays concurrents.

 * la compétitivité hors-prix, qui trouve son origine dans d’autres déterminants que le prix, comme l’innovation, la qualité, le niveau de gamme, etc.

 

Dans ce billet, nous allons nous intéresser à un sous-ensemble de la compétitivité-prix appelé compétitivité-coût. Cette dernière compare l'évolution des coûts salariaux unitaires de la France à celle de ses partenaires, i.e. l'évolution du coût du travail corrigée de celle de la productivité.

 

En effet, si l'on se contente d'analyse l'évolution des seuls coûts salariaux, on pourrait en déduire à tort que les entreprises américaines ou allemandes ont une faible compétitivité-coût, alors même que c'est sur la productivité que porte l'essentiel de leurs efforts. D'où l'utilité de disposer d'un indicateur de compétitivité-coût tenant compte à la fois des coûts salariaux (salaires bruts, avantages salariaux, cotisations patronales, formation professionnelle, frais de transport...) et des gains de productivité : le coût salarial unitaire.

 

Évolution du coût salarial unitaire aux États-Unis

 

L'évolution du coût salarial unitaire est restée contenue aux États-Unis depuis au moins deux décennies et les crises ont même contribué à le faire reculer temporairement :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Évolution du coût salarial unitaire dans les pays émergents

 

En revanche, dans les pays émergents, le coût salarial unitaire a beaucoup augmenté depuis le début des années 1990 :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Les émergents dans la tourmente

 

Sur la base des chiffres précédents, on peut montrer que, en 2016, le salaire par tête est 9 fois plus élevé aux États-Unis qu’en Chine, ce qui n'a rien de surprenant. Mais c'est oublier que par ailleurs la productivité par tête est 9 fois plus élevée aux États-Unis qu’en Chine, d'où des niveaux de coûts salariaux unitaires semblables aux États-Unis et en Chine !

 

De même, en 2016, le salaire par tête est 4,5 fois plus élevé en France qu’au Brésil, là aussi sans surprise. Mais la productivité par tête est 4 fois plus élevée en France qu’au Brésil, d'où des niveaux de coûts salariaux unitaires semblables entre le Brésil et la France !

 

Les pays émergents ont donc perdu une grande part de leur compétitivité-coût depuis deux décennies, ce qui à terme devrait redessiner les contours de la géographie capitaliste en matière de délocalisations et investissements directs à l’étranger (IDE). L'image de la Chine comme atelier du monde à bas coûts est définitivement révolue, d'où la nécessité pour le gouvernement chinois de trouver au plus vite un accord avec Trump sur ses exportations s'il souhaite mener à bien son projet de monter en gamme Made in China 2025  !

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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 18:13

 

 

Mon dernier billet sur les dépenses publiques, thème majeur du grand déba(llage) national, fut le sixième d'une série d'articles de circonstance et circonstanciés sur la crise des gilets jaunes (la révolte des gilets jaunes, impôts et taxes : un trop-plein d'inégalités, Macron propose de la poudre de perlimpinpin pour augmenter le SMIC, le référendum d’initiative citoyenne (RIC), Grand déba(llage) national : la question des dépenses publiques). Aujourd'hui nous allons nous intéresser à l'évolution des salaires dans la zone euro et montrer que le partage des revenus se fait hélas au détriment des salariés. 

 

Le partage des revenus dans la zone euro

 

De manière assez simple, si le salaire n'augmente pas au même rythme que sa productivité, alors il y a déformation du partage des revenus au détriment des salariés. Dès lors, on peut déduire du graphique ci-dessous, que le partage des revenus au sein de la zone euro se déforme structurellement en faveur des entreprises et donc au détriment des salariés :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Les deux exceptions notables sont la l'Italie... et la France :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Certains préconisent alors de ramener ces deux pays dans le moule en réduisant le pouvoir des syndicats (Italie) et en supprimant le salaire minimum (France), ce qui présage à n'en pas douter d'un monde merveilleux... Quoi qu'il en soit, actuellement, c'est plutôt la productivité qui me semble faible, et ce malgré la numérisation/ubérisation de l'économie dont on nous promettait pourtant des merveilles. Or, à terme, seuls des gains de productivité sont susceptibles de conduire à une hausse de la croissance, de l'emploi et des salaires.

 

Une situation identique au sein de l'OCDE

 

Cette déformation du partage des revenus au détriment des salariés n'est cependant pas propre à la zone euro. On la retrouve ainsi :

 

 * aux États-Unis

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * au sein de l'OCDE

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Un problème social

 

Cette déformation du partage des revenus au détriment des salariés est le résultat de deux facteurs principaux :

 

 * un basculement vers une économie de service où les gains de productivité sont en général bien plus faibles que dans l'industrie

 

 

[ Source : Banque Mondiale ]

 

 * un affaiblissement important du pouvoir de négociation des salariés dans un monde du travail flexibilisé où la représentation syndicale est réduite à la portion congrue

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Voilà où nous ont menés trois décennies de politiques économiques exclusivement axées sur l'offre, qui au nom de la compétitivité des entreprises ont feint d'oublier que le salarié était avant tout un être humain vivant en société et soucieux d'avoir une existence digne (absence de précarité salariale, filet de Sécurité sociale...)

 

Un problème économique

 

Il est clair que si le profit des entreprises augmente plus que ce qu'elles ont besoin pour investir - ce que l'on peut mesurer en première approche avec le taux d'autofinancement -, alors la croissance de l'économie en pâtit en raison d'un capital inefficacement employé. Or, depuis près d'une décennie le taux d’autofinancement au sein de l'OCDE dépasse 100 %, et les profits des entreprises terminent alors trop souvent en réserves de cash (actifs liquides et monétaires) et pas en investissement dans du capital nouveau !

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Par goût de l'anaphore, je reprendrai la conclusion de la partie précédente en l'adaptant ainsi : voilà où nous ont menés trois décennies de politiques économiques exclusivement axées sur l'offre, qui au nom de la compétitivité des entreprises ont feint d'oublier que les salariés étaient aussi des consommateurs et ont choisi de privilégier les actionnaires. Or, ces derniers ont des exigences de rentabilité encore bien trop élevées (euphémisme) en regard de l'activité réelle des entreprises :

De telles exigences démesurées démentielles conduisent inévitablement à pressurer les entreprises, en éliminant les investissements de long terme porteurs de croissance et en aggravant la déformation des revenus au détriment des salariés :

 

 

[ Source : OXFAM ]

 

Demandez-vous après cela pourquoi les inégalités et la pauvreté augmentent, tandis que la croissance mondiale marque le pas...

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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 11:39

 

 

Sonné par le mouvement des gilets jaunes, le président de la République s'est vu conseiller l'idée d'organiser un grand débat national pour permettre "à toutes et tous de débattre de questions essentielles pour les Français". Mais personne n'est dupe, sa fonction première est de noyer les revendications des gilets jaunes dans une masse de propositions diverses et variées, afin de tenter d'apaiser la rancœur contre Emmanuel Macron. Parmi les thèmes phares, l'on retrouve bien entendu la fiscalité, le RIC et les dépenses publiques. Comme j'ai déjà beaucoup écrit sur les deux premiers, je vais revenir sur le troisième, d'autant que les termes du débat me semblent avoir été posés de façon biaisée...

 

Le grand débat national

 

Tout à son désir de personnaliser le pouvoir exécutif, Emmanuel Macron a fait le choix de mettre les corps intermédiaires sur la touche. Dès lors, lorsque a éclaté cette révolte contre la politique gouvernementale, toutes les rancœurs et rancunes se sont inévitablement cristallisées contre la seule personne du président de la République. Mis en incapacité pratique de gouverner, ce dernier s'est alors retranché derrière son Premier ministre, qui hélas n'a aucun poids politique. En dernier ressort, il ne lui restait plus qu'à se rapprocher des seuls élus disposant encore d'un peu de crédit aux yeux des citoyens : les maires.

 

D'où un grand débat national, qui se "déploiera tout d’abord à partir des réunions d’initiatives locales. Ces réunions permettront à chacun de débattre au cours de réunions publiques, de se faire entendre et de convaincre". Se faire entendre ? Peut-être, mais après une prise de parole de quelques minutes tout au plus, que peut-on en attendre s'il n'est rien prévu d'autres que de prendre notes des interventions pour ensuite les envoyer en préfecture ? Quid du mot débat, s'il n'y a pas de confrontation des points de vue sur une question précise, mais juxtaposition de points de vue ce qui n'est autre qu'un cahier de doléances orales ? Convaincre, mais qui ? L'élu local qui n'a aucune prise sur les questions de niveau du SMIC, du montant de la CSG ou de la TVA ? Et en fin de compte, sachant que plusieurs membres du gouvernement ont répété à l'envi que le cap serait maintenu, ce grand débat prend désormais l'allure d'un grand déba(llage) dont il n'y aura pas grand-chose à espérer. S'agirait-il de renouer avec le concept de ligne de masse si cher à Mao dans les années 1950, où à la fin de la consultation la masse arrive toujours aux mêmes conclusions que le Chef, ce qui revient seulement à valider malhonnêtement le cap fixé par le grand timonier ?

 

Quoi qu'il en soit, les conditions d'un vrai débat démocratique ne sont pas réunies :

 

 * dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron pose lui-même les questions du débat - souvent de façon biaisée d'ailleurs comme nous allons le voir pour les dépenses publiques -, ce qui n'est pas le meilleur moyen pour répondre aux préoccupations concrètes des citoyens ; c'est le reproche que lui a fait Chantal Jouanno, qui a dénoncé un "débat faussé" et une méthode propice à une "opération de communication". Et dire qu'en France nous disposons d'une Commission nationale du débat public (CNDP), dont l'indépendance eût été un gage pour assurer une expression libre sur tous les sujets - pas seulement ceux choisis par le gouvernement - et un suivi en toute transparence des propositions faites par les citoyens après le 15 mars...

 

 * il n'existe même plus un minimum de confiance entre les élus et les citoyens, et ce n'est pas les phrases incantatoires du type "plutôt débattre que se battre" qui changeront la donne surtout lorsqu'elles sont prononcées par un ministre sourd aux maux mots des citoyens chaque samedi ;

 

 * une passion collective, au sens de Simone Weil, s'est emparée du peuple ;

 

 * on ne sait rien de la manière dont le gouvernement se saisira du résultat de ce grand débat, qui n'est plus qu'une consultation dans sa forme actuelle, d'autant que les membres du gouvernement y participent eux aussi (la question de la légalité du Macron-tour, qui ressemble furieusement à une campagne électorale pour les Européennes est déjà soulevée...) ; on sait juste que le gouvernement maintiendra le cap de ses réformes, ce qui est une contradiction dans les termes du débat et transforme dès lors l'exercice en défouloir vide de sens, alors que l'exemple irlandais, notamment, aurait pu servir de modèle en matière d'assemblée de citoyens tirés au sort pour réviser la Constitution... Et je ne parle même pas d'un(e) Secrétaire d'État qui s'en est allé ridiculiser sa fonction dans un show télévisé à grande audience, démontrant la panique qui doit régner au gouvernement !

 

Les dépenses publiques : quelques faits

 

Par définition, les dépenses publiques correspondent à la somme des dépenses de l’ensemble des administrations publiques : État, bien entendu, mais aussi organismes divers d’administration centrale (ODAC), administrations publiques locales (APUL) et administrations de Sécurité sociale (ASSO). Au total, les dépenses publiques en 2016 s'élevaient à 1 257 milliards d'euros :

 

 

[ Source des données : INSEE - Comptes nationaux ]

 

Dans l'une des fiches trouvées sur le site du grand débat, on trouve ce tableau qui montre ce que financent 1 000 euros de dépenses publiques :

 

 

[ Source des données : https://granddebat.fr ]

 

Ce sont donc les dépenses de protection sociale qui représentent la plus grande part des dépenses publiques en France. Et au niveau européen ? La ventilation des dépenses publiques est la suivante :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Ainsi, un peu partout au sein de l'Union européenne c'est la fonction protection sociale qui pèse le plus dans la dépense publique. Plus précisément, ce sont les dépenses liées à la vieillesse (dont les retraites !) qui représentent la part la plus importante des dépenses de protection sociale, soit environ 10 % du PIB dans l'UE, et pas la maladie comme on l'entend trop souvent !

 

Au total la France, avec une dépense publique équivalente à environ 57 % du PIB, se situe en tête du peloton européen :

 

 

[ Source des données : INSEE ]

 

Faut-il diminuer les dépenses publiques ?

 

Commençons d'emblée par faire pièce à l'idée fausse selon laquelle si les dépenses publiques représentent 57 % du PIB, alors il ne reste plus que 43 % pour le privé. Au contraire, dépenses publiques et dépenses privées ne sont pas une part du gâteau PIB ; il ne s'agit là que d'une manière pratique de comparer en pourcentage du PIB des données dont les montants en milliards d'euros dépassent de loin notre niveau de perception. En conséquence, lorsqu'Emmanuel Macron, dans ses vœux de nouvel an, affirme que "nous dépensons en fonctionnement et en investissement pour notre sphère publique plus que la moitié de ce que nous produisons", il commet deux erreurs à moins que ce ne soit des fautes s'il est conscient de l'énormité du propos. En effet, d'une part cette phrase laisse entendre que la dépense est directement prélevée sur la production et d'autre part elle néglige le fait que la plus grande part de la dépense publique est constituée par les dépenses de transfert (protection sociale, subventions...) comme nous l'avons vu plus haut. Oubli maladroit ou oubli habile ?

 

Ce sont les prélèvements obligatoires qui servent à financer les dépenses publiques. Moyennant quoi, le fort taux de dépenses publiques en France  s'explique avant tout par le choix de répondre collectivement en France (jacobinisme ?), et par le secteur public, à certains besoins. D'où une différence d'environ 8 points avec la moyenne de la zone euro, dont la moitié s'explique par la protection sociale et principalement les retraites. Et privatiser le système de retraites pour le livrer aux fonds de pensions ne résoudrait la question qu'en apparence, puisque la baisse de dépenses publiques enregistrée serait compensée par des placements désormais privés dans les fonds dont il n'est pas évident que les coûts de gestion soient plus faibles que la branche vieillesse de la Sécu !

 

Plutôt que de focaliser l'attention sur le seul montant des dépenses publiques, il importe surtout de s'interroger sur leur nature, leur efficacité, leur nécessité, etc. Mais c'est là un travail bien plus fastidieux et assurément moins vendeur en matière politique, d'autant qu'il faudra admettre que les administrations publiques ne s’enrichissent pas elles-mêmes en dépensant, au contraire elles contribuent à augmenter la capacité de production de richesses futures de l’ensemble de l’économie par des investissements porteurs, des subventions bienvenues ou des dotations suffisantes. Autrement dit, les dépenses publiques de l'État n'ont rien à voir avec les dépenses d'un ménage comme certains s'échinent à le répéter ; elles sont avant tout le fruit d'un compromis social entre des citoyens qui veulent œuvrer à l'intérêt général. Je crois que l'on ne peut échapper à une réflexion sur l'articulation entre le secteur privé et le secteur public, afin de fixer les missions que les citoyens français veulent confier à la puissance publique.

 

Répétons-le : s'il est indispensable de s’interroger sur la nature et l'efficacité des dépenses publiques, il faut néanmoins se garder de vouloir les couper à tout prix, sous peine de plonger l'économie dans un tourbillon récessif. À moins que l'objectif ultime ne soit de privatiser subrepticement les services publics après les avoir asséchés et désorganisés... Qu'il suffise de regarder le nombre de services publics fermés dans chaque commune pour comprendre ce à quoi je fais référence !

 

Or, disons-le clairement, le président de la République a d'ores et déjà biaisé ce débat en liant baisse des impôts et baisse des dépenses publiques, car cela laisse notamment entendre qu'il n'est pas possible de taxer mieux (en particulier les plus riches qui sortent magnifiquement leur épingle du jeu fiscal comme je l'ai montré dans ce billet). C'est tout simplement (mais qui s'en souvient ?) l'argumentaire développé depuis deux décennies par le MEDEF. En effet, pour le dire simplement, selon eux si les dépenses publiques baissent, alors il est possible de diminuer concomitamment les impôts prélevés pour les financer en particulier ceux des entreprises. Ce faisant, le patronat imagine le cercle vertueux suivant : baisse des impôts et cotisations sur les entreprises => hausse des marges => hausse de l'investissement => hausse des emplois. Les plus attentifs de mes lecteurs auront certainement reconnu là un enchaînement popularisé par le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt en 1974 et qui lui vaut désormais le nom de théorème de Schmidt (sic !). Sauf que ce théorème n'a que très rarement fonctionné dans nos économies (c'est le charme des sciences sociales qui se prennent pour des sciences dures), au point qu'on avait fini sinon par l'oublier au fil des ans au moins par le mettre au placard des curiosités économiques, pour mieux le retrouver ces derniers mois comme tous les concepts "zombie".

 

En fin de compte, ce grand déba(llage) n'est absolument pas à la hauteur des enjeux de la crise que nous traversons. Il apparaît de plus en plus clairement qu'il s'agit en fait pour le gouvernement de sauver le système fiscal injuste, en proposant comme seule alternative aux revendications des classes moyennes et modestes une baisse des dépenses publiques, qui ne manquerait pas de leur mettre encore un peu plus la tête sous l'eau. Réfléchir à l'articulation entre le secteur privé et le secteur public ? S’interroger sur la nature et l'efficacité des dépenses publiques ? Peu rentable sur le plan politique pour Emmanuel Macron, d'où son refus catégorique de revenir sur le totem de l'ISF alors même que cette proposition est en tête des revendications des citoyens et que nombre de travaux académiques contestent l'efficacité de la suppression de cet impôt.

 

En définitive, au moment où de nombreux élus ne cessent de répéter ad nauseam leurs éléments de langage appelant au "rassemblement de tous les Français", force est de constater que pour satisfaire les intérêts d'une minorité, on sacrifie désormais la majorité tout en lui accordant néanmoins le droit de crier son désarroi dans des réunions locales pendant deux mois : est-ce là le nouveau contrat social dont rêvent les citoyens français ?

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22 janvier 2019 2 22 /01 /janvier /2019 11:29

 

 

Voilà onze ans que j'enseigne l'économie à l'Université Populaire de Sarreguemines, dans un cadre ouvert à tous. Et j'ai plaisir à constater que le public est toujours au rendez-vous, au point que nous avons dû constituer une liste d'attente au premier semestre face au grand nombre d'inscrits. Ainsi, si vous souhaitez comprendre l'économie, sachez que les inscriptions pour le second semestre sont ouvertes du 28 janvier au 08 février 2019 et qu'il n'est absolument pas nécessaire d'avoir suivi le premier semestre pour s'y inscrire, puisque les thèmes sont traités de manière indépendante et que je n'hésite pas à faire les rappels nécessaires. 

 

La cafet'éco à l'Université Populaire de Sarreguemines se déroule dans la conviviale cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, en moyenne un mercredi dans le mois à 18h30 : le 27 février 2019, le 20 mars 2019, le 24 avril 2019 et le 22 mai 2019.

 

D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter ! Nul besoin de connaissances particulières pour y assister.

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, brûlante actuellement, afin d'être au plus près des préoccupations actuelles des auditeurs :

 

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC :

 

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 11:28

 

 

Au moment où commence le grand débat voulu par Emmanuel Macron - entendez le grand défouloir qui ne peut que mal se terminer puisque le cap gouvernemental semble maintenu -, force est de constater que le pays est plus divisé que jamais. J'ai écrit beaucoup d'articles de fond ces dernières semaines, souvent très longs, pour apporter des éléments de compréhension sur cette crise sociale qui a muté en grave crise politique :

 

 * un billet sur le mouvement des gilets jaunes, dans lequel j'ai expliqué les causes de ce mouvement social ;

 

 * un autre sur les impôts (IR, ISF, CSG...), dans lequel j'ai montré les inégalités criantes liées au système fiscal français ;

 

 * un troisième sur les mesurettes annoncées par le président de la République le 10 décembre ;

 

 * enfin un article la semaine dernière sur le référendum d’initiative citoyenne (RIC), dans lequel j'ai donné de nombreux éléments de réflexion sur le sujet en m'appuyant sur les grands auteurs de la pensée politique (Rousseau, Montesquieu, Carré de Malberg...).

 

Par ailleurs, une journaliste du Républicain Lorrain m'a proposé de décrypter cette crise lors d'une entrevue dont vous trouverez le résultat ci-dessous :

 

 

[ Cliquer sur l'article pour l'agrandir ]

 

Pour finir, il est bon de remarquer qu'un grand débat démocratique n'a de sens que sous certaines conditions :

 

 * un minimum de confiance doit exister entre les élus et les citoyens ;

 

 * aucune passion collective ne doit s'emparer du peuple au moment où il doit s'exprimer, comme le rappelle Simone Weil ;

 

 * le peuple doit pouvoir s'exprimer sur des problèmes concrets et précis de la vie publique, en évitant d'un côté l'écueil du défouloir sur des milliers de questions au point de noyer le débat et de l'autre en évitant de laisser les élus choisir des questions biaisées tout en éliminant celles qui ne leur conviennent pas ;

 

 * les citoyens doivent connaître à l'avance la manière dont les élus se saisiront du résultat de la consultation.

 

Or, actuellement aucune de ces conditions n'est réunie et le récent sondage de confiance du Cevipof en dit long sur la défiance envers le pouvoir politique :

 

 

[ Source : Opinion Way pour le Cevipof ]

 

Et si l'on demandait pour commencer à tous les parlementaires - 577 députés et 348 sénateurs - d'exprimer clairement et publiquement leur avis sur les principales revendications des gilets jaunes (RIC, hausse du pouvoir d'achat, retour de l'ISF, justice fiscale, baisse du nombre et de l'indemnité des parlementaires...), afin de savoir si eux ont compris les enjeux de cette crise ?

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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 13:57

 

 

Le mouvement des gilets jaunes a fait surgir dans le débat le concept de référendum d’initiative citoyenne (RIC), idée fort ancienne comme nous allons le voir, qui rencontre depuis quelque temps un vif intérêt dans la crise politique actuelle. Il y a d'ailleurs fort à parier que le RIC sera au cœur des discussions lors du grand débat national voulu par Emmanuel Macron, si tant est qu'une telle consultation nationale soit encore possible dans le climat délétère créé par l'arrestation d'une figure de prou des gilets jaunes la semaine dernière, les déclarations intempestives de la majorité qui voient dans les manifestants des "radicaux" et les rebondissements à tire larigot dans le scandale politique Benalla.  En tout état de cause, il m'a semblé utile dans ce contexte de donner quelques clés de compréhension sur ce référendum d’initiative citoyenne.

 

Le référendum dans la Constitution de la Ve République

 

Tout d'abord, rappelons qu'un référendum est un vote qui offre la possibilité aux citoyens de s'exprimer par oui ou par non sur une mesure proposée par le pouvoir exécutif. Dans la Constitution de la Ve République, deux dispositions placent le référendum pour ainsi dire entre les mains du seul pouvoir exécutif :

 

Article 11 : « Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions. Lorsque le référendum est organisé sur proposition du Gouvernement, celui-ci fait, devant chaque assemblée, une déclaration qui est suivie d'un débat. Lorsque le référendum a conclu à l'adoption du projet de loi, le Président de la République promulgue la loi dans les quinze jours qui suivent la proclamation des résultats de la consultation. »

 

Article 89 : « L'initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la République sur proposition du Premier Ministre et aux membres du Parlement. Le projet ou la proposition de révision doit être voté par les deux assemblées en termes identiques. La révision est définitive après avoir été approuvée par référendum. Toutefois, le projet de révision n'est pas présenté au référendum lorsque le Président de la République décide de le soumettre au Parlement convoqué en Congrès ; dans ce cas, le projet de révision n'est approuvé que s'il réunit la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. Le bureau du Congrès est celui de l'Assemblée Nationale. »

 

Rappelons que sous le premier et le second Empires, le référendum fut utilisé à des fins non de consultation du peuple mais essentiellement de confirmation des mesures prises par le pouvoir, c'est-à-dire de plébiscite. D'où la mauvaise image que cette procédure traînait derrière elle et qui explique le peu d'empressement à l'utiliser sous les IIIe et IVe Républiques. C'est la Constitution de la Ve République de 1958, voulue par De Gaulle (pour De Gaulle), qui remit le référendum en selle en disposant dans son article 3 : "La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum". Mais comme nous l'avons vu, ce référendum reste entre les mains du pouvoir exécutif...

 

Qu'est-ce qu'un référendum d’initiative populaire ?

 

Face à ce modèle où en définitive seul le pouvoir exécutif peut être réellement l'instigateur d'un référendum, certains revendiquent la possibilité de rendre l'initiative au peuple sous certaines conditions. C'est de manière très vague ce que propose au niveau de l'Union européenne l'article 8B du Traité de Lisbonne, qui crée la notion d’initiative citoyenne européenne : "des citoyens de l’Union, au nombre d’un million au moins, ressortissants d’un nombre significatif d’États membres, peuvent prendre l’initiative d’inviter la Commission européenne, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application des traités". On conviendra que la disposition est bien modeste et difficilement applicable en l'état...

 

En France, la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 a créé un référendum d’initiative partagé, mais ce ne fut qu'une entourloupe politique puisque l'article 11 dispose désormais qu'un "référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales. Cette initiative prend la forme d'une proposition de loi et ne peut avoir pour objet l'abrogation d'une disposition législative promulguée depuis moins d'un an". Autrement dit, il faut au moins 4,5 millions de signatures et 185 parlementaires  sur 925 pour espérer lancer un tel référendum, ce qui relève de la mission impossible et classe par conséquent ce référendum dans les faux outils démocratiques que l'oligarchie politique consent avec mépris au peuple...

 

Qu'est-ce que le référendum d'initiative citoyenne (RIC) ?

 

Plusieurs versions de référendum d’initiative populaire ont circulé depuis le début du mouvement. Tout l'enjeu est bien entendu de se passer de la condition portant sur un nombre minimal de parlementaires, pour véritablement rendre le pouvoir référendaire au peuple, d'où son nom de référendum d’initiative populaire. Ensuite, il faudra en fixer le cadre d'utilisation pour que l'outil soit efficace : nature des questions (économiques, sociales, politiques...), conditions pratiques à respecter pour y recourir (nombre de signatures, délais...), niveau administratif compétent (national, régional, départemental...) et enfin conditions d'application du résultat du vote (application immédiate ou différée, résultat uniquement consultatif...).

 

Comme l'époque est à l'utilisation du mot citoyen comme adjectif, alors que le bon usage recommande d'employer civique, la proposition fut rapidement rebaptisée référendum d’initiative citoyenne (RIC), comme en témoigne l'affiche suivante qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux :

 

 

Notons avec intérêt que la proposition n'est pas tout à fait nouvelle en France, en ce que l'idée d'un droit de veto populaire figurait déjà dans la Constitution de l'an 1 (1793) de la Révolution, qui donnait aux communes le pouvoir d'avaliser les lois votées par l'Assemblée. Hélas, en raison de la Terreur qui s'abattit sur la France en 1793, cette constitution ne fut jamais appliquée... Quant au référendum révocatoire d'un élu, on le retrouve sous diverses formes de nos jours notamment aux États-Unis, où la procédure de recall a permis à Arnold Schwarzenegger de devenir gouverneur de la Californie en 2003.

 

De la démocratie en suisse

 

Lorsqu'il est question de référendum populaire, c'est inévitablement le modèle suisse qui est cité, même si cet outil existe sous différentes formes en Italie, aux Pays-Bas et en Hongrie pour ne citer que quelques pays. La Suisse, depuis le XIXe siècle, en tant qu'État fédéral a en effet introduit une forme de référendum d’initiative populaire appelée votation, à tous les niveaux de décision (fédéral, cantonal , communal), qui permet de contester une loi ou un arrêté.

 

Les citoyens, seuls ou associés à un comité référendaire, disposent alors de 100 jours après la publication officielle de la loi ou de l'arrêté pour récolter les 50 000 signatures nécessaires, les faire valider par les communes et les déposer à la Chancellerie fédérale. Si ce chiffre est atteint, la décision contestée est soumise au vote du peuple, de sorte que les citoyens helvètes sont appelés en moyenne 3 ou 4 fois par an à se prononcer sur de nombreux thèmes à chaque votation, ce qui présente l'avantage de réduire la charge émotionnelle propre à une seule question :

C'est bien entendu l'histoire de la création de la confédération suisse qui explique la nécessité d'un tel modèle, difficilement transposable en France en l'état. Non que ce soit impossible, car cela reviendrait à affirmer comme ineptie que le régime politique est figé, mais cela nécessitera inévitablement des changements profonds dans la culture politique de notre pays, très jacobine par son histoire et encore trop souvent marquée par le conflit sans compromis.

 

Or, un système de référendum populaire exige au contraire une prise de champ sur les questions posées, un cadre serein pour débattre et une volonté de dépasser les conflits d'intérêts pour tendre vers l'intérêt général. D'où l'exigence par là même d'une presse capable de tenir son rôle en informant les citoyens sur les différents aspects de chaque question, en faisant appel à des expertises variées, bref tout le contraire du modèle qui domine actuellement en France...

 

Un outil du renouveau démocratique ?

 

On l'aura compris, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) est vu par certains comme un moyen de réveiller une démocratie, qui par bien des aspects n'est plus que formelle, ne serait-ce qu'en raison de l'absence de débat à l'Assemblée nationale où les députés de la majorité ne font que suivre les décisions de l'exécutif, ce qui en fait une simple chambre d'enregistrement. Simone Weil, dans une courte note publiée de manière posthume en 1950, appelait d'ailleurs sans état d'âme à la suppression des partis politiques, cette machine à fabriquer dangereusement de la passion collective : "le mal des partis politiques saute aux yeux, ne sont-ils pas même du mal à l'état pur ou presque ?". 

 

Il y a certes des élections en France, longtemps restreintes au sempiternel match droite/gauche, qui au fond n'en était même plus un tant les convergences de vue sur les questions économiques étaient manifestement devenues nombreuses et inquiétantes... De là, la désaffection pour les partis traditionnels et un vote aux extrêmes à défaut d'une abstention massive, qui conduit hélas à transformer une élection à deux tours en scrutin où le candidat arrivé en tête au premier tour est assuré de la victoire. Avec pour effet pervers déjà perceptible depuis des années de voir les politiques se contenter de flatter au premier tour tous les instincts les plus marqués des électeurs, quitte à chasser sur les terres des extrêmes en reprenant à leur compte des thèmes clivant pour utiliser un mot à la mode (immigration, fracture sociale...), dans le but non avoué de gagner sans coup férir au second tour. Et dire qu'il n'y a pas si longtemps, les communicants des grands partis traditionnels dénigraient les citoyens qui avaient voté pour les extrêmes, qualifiant leur choix de simple protestation au premier tour...

 

Dans ce genre d'élection où le deuxième tour était déjà écrit à la fin du premier, l'humilité commande par conséquent de ne pas s'approprier chaque voix exprimée comme un vote d'adhésion. Emmanuel Macron a malheureusement cédé très vite au péché d'hybris et s'imagine depuis soutenu par 65 % des citoyens ; d'où sa ritournelle lapidaire : "j'ai été élu pour mener un programme et je tiendrai le cap". C'est beau comme un dieu, mais ça n'en reste pas moins faux...

 

Pour le dire autrement, Emmanuel Macron n'a pas suscité d'engouement dans le corps électoral même au premier tour - ce malgré la surmédiatisation dont il fut l'objet volontaire et les promesses de renouveau -, en dehors de certains électeurs encore crédules qui ont eu besoin que les comédiens changent pour donner l'impression qu'il se joue une nouvelle pièce dramatique tout en conservant le même livret. Au fond, personne n'est dupe à part lui peut-être, Emmanuel Macron fut certes élu légalement président de la République, mais par effraction. Et c'est l'une des raisons de la crise politique actuelle que travers la France : comme il ne disposait dès le début de son mandat que de peu de soutiens certains dans l'opinion publique, une fois les promesses de renouveau déçues, la crise de confiance n'a fait qu'empirer à mesure que ses petites phrases méprisantes et sa réforme de l'ISF lui ont définitivement donné une image de président des riches.

 

Vote en blanc et RIC

 

Face à cette crise de représentativité politique, certains évoquent la nécessité d'intégrer le vote en blanc dans le résultat final d'une élection, promesse qui refait surface à chaque élection comme un serpent de mer, mais qui ne sera probablement jamais appliquée de peur d'afficher publiquement la très faible légitimité démocratique réelle du candidat qui serait élu avec 20 % des suffrages...

 

Cependant, même si la prise en compte du vote blanc me semble indispensable, il serait faux de croire que celui-ci réglerait tous les problèmes de légitimité politique dans ce qu'il reste de démocratie en France, tant le degré de défiance envers les politiques est élevé. Au contraire, à ce stade de la crise de représentation, il faut éviter de faire l'impasse sur les autres modes d'expression de l'opinion publique, qui sont bien plus souvent privilégiés que les urnes et viennent de démontrer leur efficacité ces dernières semaines : manifestations, grèves, création de groupes sur les réseaux sociaux, etc.

 

C'est dans ce contexte qu'a émergé le référendum d’initiative citoyenne (RIC) chez les gilets jaunes, bien que l'idée ait déjà été portée sous des formes différentes par entre autres François Asselineau, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon. Que l'on soit pour ou contre, il demeure indéniable que la démocratie au sens étymologique du terme (le pouvoir direct par et pour le peuple) existe encore bel et bien, en tant que des citoyens de la France périphérique - celle qui n'apparaît plus sur les écrans radars de l'oligarchie politique - ont amené dans le débat une proposition concrète de réponse à la très grave crise de représentation politique en France. Pour les latinistes, on pense évidemment à la formule latine Quod omnes tangit ab omnibus tractari et approbari debet ("ce qui concerne tout le monde doit être discuté et approuvé par tout le monde") !

 

Néanmoins, force est de constater que la proposition de RIC aura à l'évidence élargi encore un peu plus le fossé entre les parlementaires macronistes et les gilets jaunes toujours soutenus par une large majorité de Français. À bien y regarder, nous retrouvons une opposition classique, au sens latin du terme, entre patricius et populus, à moins que ce ne soit entre patricius et plebs... Les premiers parlent de légalité politique, les seconds de légitimité politique ; les premiers défendent l'ordre républicain, les seconds la liberté républicaine ; les premiers défendent les règles qu'ils se sont eux-mêmes fixées, les seconds le droit de les modifier ; les premiers évoquent un cap à tenir, les seconds un cap à déterminer ensemble ; les premiers défendent la compétitivité, les seconds l'humanité ; les premiers défendent le dialogue à la marge, les seconds le dialogue dans ses grandes largeurs.

 

Mais surtout, tandis que les uns défendent ouvertement l'oligarchie, les seconds défendent la démocratie, en l’occurrence participative au-delà d'un bulletin dans l'urne tous les cinq ans ! C'est certainement pourquoi, sondage après sondage, une écrasante majorité de Français continue de soutenir les revendications des gilets jaunes, malgré toute l'application du gouvernement, aidé en cela par des médias soucieux de sauver ce système, à discréditer le mouvement.

 

Démocratie directe vs démocratie représentative

 

Il me semble indispensable d'insister sur le fait que la mise en place d'un référendum d'initiative citoyenne (RIC) reviendrait à orienter le système politique français vers une démocratie directe telle que la voyait Rousseau dans le Contrat social et dont la page ci-dessous résume l'essentiel :

 

 

[ Source : Wikisource ]

 

Rousseau voyait donc dans les élus non des représentants du peuple libres de prendre des décisions en leur âme et conscience, mais au contraire de simples intermédiaires, des messagers de la volonté populaire en quelque sorte. On dit alors que les élus ont un mandat impératif, ce que Rousseau décrivait avec les termes suivants dans son Contrat social : "Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n'a pas ratifiée est nulle ; ce n'est point une loi.". Remarquons que notre Constitution actuelle interdit un tel mandat impératif...

 

Carré de Malberg, en 1931, affirmait même qu'un régime représentatif court le risque de créer une oligarchie élective qui nierait la souveraineté du peuple. Et pourtant, c'est le régime représentatif (vu avant le XVIIIe siècle comme très différent du régime démocratique) qui s'est imposé en France depuis Sieyès en 1789 : "Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants.".

 

Avant lui, Montesquieu affirmait déjà que la mise en place d'une démocratie directe paraissait impossible en raison de la taille de l'État français. La société démocratique ne pourrait selon lui être que représentative, mue par un principe de vertu, que nous appellerions aujourd'hui civisme, qui pousse les citoyens à accorder plus de prix à l'intérêt général qu'à leur petite personne. Bernard Manin, dans un livre de référence, Principes du gouvernement représentatif, détaille tous ces points et montre que le gouvernement représentatif mêle en fait des traits démocratiques et aristocratiques, ce qui est insuffisamment compris.

 

Pour ou contre le RIC ?

 

Comme il ne s'agit pas de rendre imbuvable ce billet déjà très long, je vais me contenter de résumer brièvement les positions opposées sur le RIC (liste non-exhaustive) :

 

  • arguments en faveur du RIC
    • réappropriation de la souveraineté par le peuple ;
    • passage à une démocratie directe  ;
    • possibilité de proposer une loi, car les citoyens sont plus en phase avec la réalité quotidienne ;
    • possibilité de s'opposer à une loi ;
    • possibilité de révoquer un élu qui ne tiendrait pas ses promesses électorales ;
    • possibilité de modifier la Constitution ;
    • possibilité d'approuver ou non un traité international.

 

  • arguments contre le RIC
    • impraticabilité d'une démocratie directe dans un pays peu habitué à débattre sereinement ;
    • risque de contester des lois liées à des droits fondamentaux (suppression de la peine de mort...) ;
    • risque de démagogie ;
    • risque de faire du RIC un plébiscite ;
    • en raison des risques susnommés, le RIC sera probablement tellement encadré qu'il ne servira à rien ;
    • tyrannie de la majorité ou de la minorité active ;
    • les perdants ne respecteront pas forcément la décision majoritaire si celle-ci n'est acquise que de justesse ;

 

En dernier ressort, gardons à l'esprit l'article 3 de la Constitution de 1958 déjà cité plus haut : "La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret. Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques.". C'est en ajoutant quelques petits mots sur le RIC dans cet article que l'on pourrait obtenir de grands effets sur le fonctionnement politique de l'État français et peut-être renoué les liens entre le peuple et le gouvernement. Hélas, je crains fort que ce gouvernement n'ait plus la légitimité démocratique suffisante pour mener à bien une quelconque réforme des institutions politiques (et encore moins économiques a fortiori...). Quoi qu'il en soit, la question épineuse mais fondamentale demeure la suivante : sous quelles conditions, l'expression du peuple peut-elle être conforme à l'intérêt général ?

 

En dernier ressort, citons Abraham Lincoln, qui définissait la démocratie comme le « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». À méditer par l'actuel gouvernement qui aime utiliser de grands mots ("radicaux", "agitateurs", "insurrectionnels", "provocateurs", "factieux"...) pour décrire des hommes et des femmes de la classe moyenne laborieuse, arrivés au bout de ce qu'ils peuvent supporter de la part d'un pouvoir politique, qui ne comprend décidément rien aux maux du peuple... Dans ces conditions, il n'est pas du tout certain qu'un grand débat puisse déboucher sur quelque chose de constructif, d'autant que les contours en restent flous et que l'on ne sait même pas si le gouvernement tiendra compte des résultats de la discussion !

 

P.S. : l'image de ce billet provient comme vous l'aviez compris d'une capture d'écran du journal de 20h sur TF1.

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 13:14

 

L'année 2018 s'est achevée avec le mouvement des gilets jaunes, révolte de la France périphérique que l'élite politique avait sciemment fait sortir des écrans du radar. Mais avant cela, l'actualité économique n'en fut pas moins riche, d'où les nombreux billets que j'ai écrits afin de vous présenter une analyse circonstanciée, et dont vous trouverez ci-dessous un résumé. Je terminerai ce billet par quelques éléments de prospective, exercice hautement périlleux en économie...

 

Retour sur l'année 2018

 

Commençons donc par un petit retour en arrière sur mes billets de l'année 2018. Tous les liens sont actifs, il vous suffira donc de cliquer sur le billet de votre choix pour le lire ou le relire, c'est selon !

 

Janvier Février

Concurrence fiscale au sein de la zone euro : inégalités et baisse de croissance en perspective !

Ces inégalités qui s'amplifient et minent la société 1/2

Les inégalités en France

Apprendre l'économie à Sarreguemines

Alerte sur la dette publique et surtout la dette privée !

Les baisses de cotisations sociales

Coup de semonce sur les marchés financiers

Le nationalisme économique

Mars Avril

La situation financière des ménages français

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie

Conférence-dédicace à la médiathèque de Forbach

Trump s'en va-t'en guerre commerciale contre la Chine !

 

La réalité de la situation économique dans la zone euro

Chômage et précarité de l'emploi en France

L'inflation va-t-elle revenir ?

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie ! sur Mirabelle TV

Mai Juin

1er mai : fêtons le travail tant qu'il en reste !

L'euphorie avant la grande crise ?

Taux d'intérêt très bas : attention danger !

Les problèmes structurels de la zone euro que certains ne veulent pas voir...

Pourquoi les États-Unis ont-ils besoin de la Chine ?

L'Italie en crise ?

La maladie hollandaise en économie

Les coupes dans les aides sociales

Une crise boursière prochainement ?

Juillet Août

Éléments de statistiques épidémiologiques

La politique économique de Trump

L'économie internationale à travers le maillot de l'équipe de France

La crise économique en Turquie

Cafet'éco à Sarreguemines

Septembre Octobre

Pouvoir d'achat : les retraités, les classes moyennes et les pauvres sacrifiés !

La pauvreté en France

Aide aux devoirs à Forbach

Les prix du pétrole vont-ils encore augmenter ?

La finance est-elle l'ennemi de l'économie réelle ?

Le poids démesuré de la finance annonce une crise majeure !

Un président des riches ?

La crise budgétaire italienne

Novembre Décembre

Pourquoi la croissance française est-elle à la peine ?

Soirée-débat sur le revenu universel à Freyming-Merlebach

Un (ultime) accord sur le Brexit ?

La révolte des gilets jaunes

Impôts et taxes : un trop-plein... d'inégalités !

Gilets jaunes : Macron propose de la poudre de perlimpinpin pour augmenter le SMIC

Joyeux Noël

 

Et en 2019 ?

 

En France, contrairement aux attentes du gouvernement, la crise sociale qui s'est cristallisée avec le mouvement des gilets jaunes va se poursuivre. Il y a même fort à parier que les débats prévus dans les mairies tourneront court, car on ne voit pas très bien comment il pourrait en être autrement lorsque le gouvernement précise d'emblée qu'il maintiendra son cap...

 

Sur ces entrefaites, on se demande comment les ménages vont pouvoir s'y retrouver avec leur pouvoir d'achat, entre l'usine à gaz annoncée par Macron sur le SMIC, les hausses de prix (timbres...) et la mise en œuvre du prélèvement à la source d'ennuis :

Dans sa note de conjoncture de décembre 2018, l'INSEE anticipe une progression modérée de l'économie française :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Hélas, au niveau de la zone euro, l’essoufflement économique se confirme :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Plus précisément, l'INSEE anticipe un ralentissement de la croissance dans la zone euro au premier semestre 2019 par rapport à 2018, en concordance avec le recul du climat des affaires :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Mais actuellement, les craintes de la Commission portent plus sur des aspects politiques comme la très probable poussée nationaliste lors des prochaines élections européennes, qui se dérouleront le dimanche 26 mai dans notre pays. Il est vrai que l'Union européenne n'a pas brillé par sa capacité à bâtir un modèle social, ce qui pourrait pousser les électeurs dans les bras des partis illibéraux comme on dit actuellement... D'où la diffusion d'un clip tendancieux par le gouvernement français pour appeler les électeurs à voter (du bon côté) :

Au niveau mondial, il faudra bien entendu avoir les yeux rivés sur les décisions de Donald Trump, que ce soit dans la guerre commerciale qui l'oppose à la Chine ou dans ses nombreux conflits avec le Congrès. Autant d'incertitudes qui pèseront sur le climat économique dans le monde, la croissance et le commerce mondials étant déjà à la peine :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Enfin, n'oublions pas que nous ne sommes jamais à l'abri d'un cygne noir, tant les fragilités économiques et sociales sont nombreuses...

 

Sur ce, je tiens à vous remercier chers lecteurs pour votre fidélité et vous prie de recevoir mes meilleurs vœux (l'indipsensable santé en premier) pour cette année 2019 ! Merci pour vos commentaires, liens et encouragements qui me touchent et m'incitent à continuer mes analyses sur ce blog malgré le temps qui me fait cruellement défaut...

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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 11:06

 

Traditionnellement, la période de l'Avent est celle où les gouvernants cherchent à faire oublier la misère qu'ils ont contribué à créer durant l'année écoulée. Mais à quelques heures de Noël, la tâche s'annonce des plus ardues en 2018 tant le climat social et politique du pays est délétère. Le mouvement des gilets jaunes, né d'une contestation fiscale, a en effet débouché sur une crise sociale et politique majeure, à laquelle le gouvernement n'a répondu que par le mépris et de la poudre de perlimpinpin.

 

D'aucuns aimeraient à l'évidence nier l'ampleur du phénomène et faire en sorte que tout continue comme avant, étant donné que selon eux il ne s'agissait pas d'une insurrection, encore moins d'une révolte, mais juste de quelques revendications de carrefours. Hélas, ceux-là se trompent (eux-mêmes), car une fois ouverte la boîte de Pandore contenant les maux accumulés pendant quatre décennies, il devient impossible de la refermer simplement...

 

Et ce n'est pas la tenue de cahiers de doléances dans les mairies ou l’organisation de débats à partir de janvier 2019, qui répondront à cette crise. Personne n'est dupe qu'il s'agit avant tout de donner un exécutoire à la colère et subséquemment d'étouffer toute velléité de révolte par des discussions sans fin. Or, la dernière fois qu'un pouvoir affaibli a cherché à calmer le peuple de cette façon, l'échec fut à la hauteur du désespoir...

 

Trois graphiques pour résumer les ressorts économiques de la crise actuelle

 

S'il fallait résumer l'ensemble de mes écrits des dernières semaines sur la crise actuelle, je garderai les trois graphiques suivants en ce qui concerne les ressorts économiques (même si la crise est depuis bien plus politique qu'économique) :

 

* la suppression de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) et son remplacement par un Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI), profite exclusivement aux très riches :

 

 

[ Source : IPP ]

 

 * loin d'être un modèle de justice, la fiscalité française est faiblement progressive jusqu’au niveau des classes moyennes et devient régressive au niveau des classes les plus riches ! Les beaux discours n'arrivent dorénavant plus à cacher cette réalité vécue par chacun :

 

 

[ Source : Alternatives économiques ]

 

* certes, le pouvoir d'achat tel que mesuré par l'INSEE augmente en moyenne, mais cela est loin d'être le cas pour tous les ménages, d'autant que les dépenses contraintes dans le budget des ménages a beaucoup augmenté depuis trois décennies... Mais heureusement, les très riches s'en sortent :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Joyeux Noël tout de même !

 

Sur ce constat, je vous souhaite tout de même un joyeux Noël et vous retrouve la semaine prochaine pour le dernier billet de l'année 2018 !

 

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Et comme il est toujours bon d'enfoncer une porte ouverte quand tout le monde la voit fermée, n'oubliez pas que le plus beau cadeau de Noël que vous puissiez faire aux autres est votre présence !

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13 décembre 2018 4 13 /12 /décembre /2018 13:36

 

 

Lundi 10 décembre, après quatre semaines d'un conflit social qui a muté en crise politique, Emmanuel Macron est enfin sorti de son mutisme pour annoncer des mesures censées répondre au mouvement des gilets jaunes. Alors qu'il devait s'agir d'une opération de reconquête de l'opinion (laquelle au fait ?), le résultat est loin d'être à la hauteur des espérances, tant s'en faut !

 

L'allocution d'Emmanuel Macron

 

Disons-le d'emblée, l'allocution du chef de l'État semblait plus destinée à reconquérir sa base électorale qu'à répondre aux revendications des gilets jaunes et de tous ces Français qui les soutiennent. D'où un séquençage digne d'un monarque qui, après avoir grondé son peuple en raison des violences, déclare le comprendre et lui concède quelques mesures dans le cadre de ce qu'il appelle "l'état d'urgence économique et social".

 

 

[ Source : France Culture ]

 

Il n'aura échappé à personne qu'Emmanuel Macron semblait très mal dans sa peau, au point d'avoir préféré enregistrer son allocution en début de soirée, afin de nous livrer une prestation tellement contrôlée qu'elle confinait à la caricature d'une simple voix off. En cherchant à maîtriser ses mots et son expression jusqu'à l'excès pendant ces treize minutes d’allocution, le président de la République aura juste réussi à démontrer qu'il ne maîtrisait plus la situation dans le pays.

Accordons-lui qu'il n'est entouré d'aucune personnalité politique de poids pour le tirer de l'ornière, et que le tour de passe-passe consistant à demander au Premier ministre d'endosser toute la responsabilité des mesures n'est d’aucun secours, tant ce dernier est politiquement insignifiant. Pour le dire autrement, Emmanuel Macron paye l'exercice d'un pouvoir très centralisé et bien trop personnalisé, où les corps intermédiaires ont été volontairement court-circuités au nom d'une présidence jupitérienne.

 

Nous avons tous encore en mémoire ces quelques mots prononcés par Emmanuel Macron à la suite du scandale Benalla : "On ne peut pas être chef par beau temps. S'ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu'ils viennent le chercher. Et ce responsable, il répond au peuple français, au peuple souverain." Il avait seulement oublié qu'en ce bas monde, l'hybris présidentielle se paye toujours par une némésis populaire, qui actuellement fait rire jaune...

 

La vraie-fausse hausse du SMIC

 

Les ministres répétaient ad libitum que l'allocution présidentielle devait servir à le réconcilier avec le peuple. Pourtant dès l'annonce phare de ce discours, il devenait clair qu'Emmanuel Macron avait choisi la ruse plutôt que l'humble transparence qui sied à cet exercice délicat. En effet, il a annoncé que "le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur", ce qui laisse perplexe dans un premier temps.

 

Le président aurait-il trouvé une martingale afin d'augmenter le salaire minimum sans douleur ? Ce d'autant que le ministre du travail se répandait dans les médias pour expliquer tout le mal qu'il pensait d'une telle augmentation :

La réalité macronienne fut à nouveau très éloignée de la réalité économique (réelle), mais il aura tout de même fallu deux heures pour que le cabinet de l'Élysée fasse l'exégèse de cette annonce présidentielle très alambiquée. Traduction en clair ? Il ne s'agit pas d'une augmentation du SMIC, mais d'un panachage de deux dispositions :

 

 * une baisse des cotisations salariales équivalente à environ 20 euros par mois pour un salarié au SMIC à temps plein. Or, les cotisations sociales sont un salaire différé et pas un poids mort sur la fiche de paie ! Les réduire, c'est privilégier le présent sur l'avenir, et oublier l'incertitude du futur au profit de la certitude du court terme. Dès lors, quand une telle idée vient d'un chef d'État, on est en droit de s'interroger sur sa vision de l'avenir, qui vide par là même les caisses de la Sécurité sociale...

 

 * une augmentation accélérée de la prime d’activité de 80 euros net, qui était déjà prévue mais devait s'étaler jusqu'en 2021. Pour mémoire, la prime d'activité est issue de la fusion de la prime pour l'emploi (PPE) et du RSA activité ; il s'agit d'un complément de salaire versé par la CAF aux salariés, fonctionnaires, indépendants, âgés de plus de 18 ans, résidant en France et ayant la nationalité française, qui touchent entre 0,5 et 1,2 SMIC. Son montant est calculé en fonction de la composition et des ressources du foyer, selon une formule un tantinet compliquée, d'où l'existence d'un simulateur sur le site de la CAF, qui laisse apparaître qu'en fin de compte seuls 27 % des smicards touchent la prime d'activité... Et comme elle est par nature une prestation sociale, celle-ci n'est pas prise en compte dans le calcul de la retraite !

 

Bref, si personne n'est assuré de voir sa fiche de paie augmenter de 100 euros net en 2019, tout le monde est certain de ne pas s'y retrouver, les ministres eux-mêmes pour commencer. Le gouvernement semble d'ailleurs s'échiner à trouver les moyens de transformer la parole macronienne en monnaie sonnante et trébuchante, parmi lesquels un versement par les URSSAF d'un chèque à tous les smicards ou une énième modification de la prime d'activité afin que tous les salariés au SMIC touchent la prime. Mais quid des salariés à temps partiel ? Quid de ceux qui gagnent un peu plus que le plafond ? Vous l'aurez compris, par ce tour de passe-passe, Emmanuel Macron vient finalement de créer une nouvelle usine à gaz (sociale) qui menace encore une fois de lui exploser en pleine figure !

 

Et pourtant, contrairement aux affirmations de Muriel Pénicaud, les économistes ne sont pas tous d'accord sur les conséquences d'une augmentation du SMIC sur l'emploi. Il semblerait d'ailleurs qu'en Espagne le gouvernement ait une autre vision des choses, puisqu'il vient d’augmenter le salaire minimum... de 22 % !

 

Défiscalisation des heures supplémentaires et prime

 

Lorsqu'on n'a plus d'idées pour calmer la grogne, rien de tel que de reprendre les méthodes employées par ses illustres prédécesseurs à qui on voulait pourtant définitivement faire un sort. La défiscalisation des heures supplémentaires (pas d'impôts, pas de cotisations sociales) est de ce registre, puisqu'il s'agit ni plus ni moins que de faire du Valls, qui lui-même faisait du Sarkozy sur cette question. Mais encore faut-il qu'il y ait de telles heures disponibles dans les entreprises pour les salariés... Et voilà typiquement le genre de mauvaise idée lorsque le pays fait face à un tel niveau de chômage, car elle joue contre l'emploi. Mais curieusement, cette mesure fait tressaillir de bonheur à droite tant elle avait été décriée (à juste titre) au temps de Nicolas Sarkozy.

 

Quant à la prime défiscalisée que Macron demande aux patrons de verser à leurs salariés, elle sera au mieux un effet d'aubaine pour ceux qui auraient de toute façon touché une prime, et une chimère pour tous les autres. Comment peut-on espérer qu'à la fin de l'année un petit employeur puisse subitement budgéter 1 000 euros de prime pour tous ses salariés ? Heureusement, le chef de l'État avait pris la précaution de faire cette demande « à tous les employeurs qui le peuvent ». Et oui, c'est parfois simple de ratisser gratis en politique...

 

Les retraités à la diète

 

Souvenez-vous, c'était naguère la grande œuvre économique d'Emmanuel Macron : transférer du pouvoir d'achat des retraités (réputés être bien dotés, mais cela fut un choix dans les années 1970) aux actifs via la hausse du taux de la contribution sociale généralisée (CSG) pour les uns et la baisse des cotisations sociales pour les autres :

 

 

[ Source : France Bleu ]

 

 

[ Source : Le Télégramme ]

 

Emmanuel Macron n'avait visiblement pas anticipé le mécontentement que cela allait engendrer chez les retraités et c'est pourquoi il vient d'annoncer l'annulation de la hausse de CSG pour ceux touchant moins de 2 000 euros par mois, c'est-à-dire 3,5 millions de personnes. Avant cette mesure de bon prince, il n'y avait que les retraités touchant moins de 1 200 euros environ qui en étaient exemptés ; les autres avaient vu leur taux de CSG passer de 6,6 % à 8,3 %. Mais quoi qu'il en soit, les pensions de retraite demeurent tout de même désindexées de l'inflation, ce qui pénalise toujours fortement leur pouvoir d'achat.

 

Le vrai financement des fausses bonnes nouvelles

 

Je ne pouvais terminer ce billet sans évoquer le financement de toutes ces fausses bonnes nouvelles annonces, et c'est là que cela se complique sérieusement. Le gouvernement semble en effet bien en peine de financer toutes les nouvelles promesses d'Emmanuel Macron, dont il semblait parfois découvrir la teneur en direct devant la télévision comme le reste des ménages français... Selon Olivier Dussopt, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Action et des comptes publics, elles sont estimées entre 8 et 10 milliards d'euros (4 milliards de recettes fiscales en moins en raison du gel des taxes et 6 milliards pour les nouvelles mesures). Une bagatelle en somme.

 

On évoque même désormais dans les couloirs de l'Élysée la possibilité de taxer les grandes entreprises, ce qui confirme la panique au sommet de l'État-startup. Mieux, Emmanuel Macron a affirmé que "le dirigeant d’une entreprise française doit payer ses impôts en France et les grandes entreprises qui y font des profits doivent y payer l’impôt". Carlos Ghosn, Total, Amazon vont trembler d'autant qu'il existe une bonne centaine de conventions fiscales internationales à réviser... Lutter contre l'évasion fiscale ? Chiche, mais alors gageons que le gouvernement s'en donne vraiment les moyens, car contrairement aux déclarations de Bruno Le Maire, les négociations sur l'imposition des revenus des multinationales de l'ère numérique ont piétiné et débouché sur une souris fiscale. Pourtant de l'argent, il y en a à prendre de ce côté-ci :

 

 

[ Source : https://www.lesnumeriques.com ]

 

En tout état de cause, le déficit public devrait donc grimper de 2,8 à 3,4 % du PIB en 2019, ce qui a le malheur de déplaire très fortement à la Commission européenne. Mais pour rassurer Bruxelles, le gouvernement semble prêt à tout même à pratiquer un énième coup de rabot sur un budget déjà à l'os, quitte pour cela à maquiller l'opération par des titres mélioratifs comme "économies", "allègement de l'État", etc. qui cachent pourtant très mal le fait qu'à l'arrivée on reprendra dans les poches des ménages sous forme de services publics en moins une partie de ce qu'on leur aura accordé sous forme de pseudo-augmentations de salaires.

 

Emmanuel Macron serait bien avisé de lire l'enquête menée par Alexis Spire, sociologue et directeur de recherches au CNRS, qui concluait avec justesse que les Français ont l'impression de ne plus en avoir pour leur argent avec tous les services publics qui disparaissent de la carte, et que leur argent sert seulement à financer les dépenses de luxe d'une oligarchie politique. Bref, payer plus pour en avoir moins !

 

En définitive, le président de la République n'a absolument pas changé de cap et s'est contenté d'un peu de poudre de perlimpinpin pour tenter de calmer ces gilets jaunes, qui réclament des mesures pérennes pour le pouvoir d'achat, la justice fiscale et une représentation politique en phase avec les revendications de la France périphérique. Face à ces demandes légitimes, la réponse du chef de l'État n'est-elle pas le signe même du mépris ?

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de Courrier International.

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6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 12:54

 

 

Après mon billet sur le mouvement des gilets jaunes, il m'a semblé nécessaire de donner quelques clés utiles à l'actuel débat sur l'impôt qui fait suite à celui sur le pouvoir d'achat. En effet, le moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants, qui a muté en suppression pour l'année 2019 tant le gouvernement est en panique, démontre un ras-le-bol général non pas face à l'impôt, mais en raison des inégalités criantes attachées au système fiscal. J'en profite pour rappeler que j'ai traité ces sujets dans mon dernier livre, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie (Ellipses), qui pourrait constituer un intéressant cadeau de Noël si tant est qu'il vous reste encore un peu de pouvoir d'achat...

 

L'impôt sur le revenu

 

Dès que l'on parle d'impôt sur le revenu, on pense d'emblée à la déclaration que chaque ménage fait une fois par an et qui d'ailleurs continuera à être obligatoire malgré le prélèvement à la source. Or, cet impôt est loin de constituer la première source de recettes fiscales nettes de l'État :

 

 

[ Source des données : LFI 2018 ]

 

Cet impôt est progressif, ce qui signifie que le taux d’imposition augmente quand le revenu imposable augmente. Autrement dit, un impôt progressif est un impôt dont le taux est plus élevé pour les plus riches et moins élevé pour les plus modestes, conformément à une certaine idée de la justice fiscale. Or, à force d'en réduire le nombre de tranches et de créer des niches fiscales, les gouvernements successifs ont réduit son rendement et pris le risque de déliter le consentement civique à le payer. Cela participe d'un triomphe des thèses néolibérales, qui veulent réduire l'État à sa dimension minimale, alors même que le mouvement des gilets jaunes prouve que les Français n'ont jamais autant eu besoin d'un État (social) efficace.

 

Il faut ajouter qu'il existe un autre impôt sur le revenu, qui trop souvent est occulté dans les débats puisque non lié au budget de l'État : la CSG. Créée au début des années 1990, la contribution sociale généralisée (CSG) est un impôt proportionnel - c'est-à-dire que son taux est le même pour tous les niveaux de revenus (flat tax) - destiné à la Sécurité sociale, prélevé sur les salaires, les primes, les pensions de retraite, les revenus du patrimoine, les allocations-chômage, etc.

 

 

[ Source : http://www.vie-publique.fr ]

 

Il n'est donc pas étonnant que son rendement soit important, au point de dépasser l'impôt sur le revenu et constituer plus des deux tiers des impôts et taxes affectés à la protection sociale :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

 

Augmenter la CSG des retraités pour réduire les cotisations sociales des actifs fut à l'évidence un tour de passe passe politique. D'abord, parce que les montants en jeu ne permettent pas aux actifs d'augmenter sensiblement leur pourvoir d'achat, et encore au détriment des retraités, et ensuite parce qu'il laisse à penser que les cotisations sociales appelées à dessein "charges" ne sont qu'une forme d'impôts destinés à engraisser l'oligarchie politique.

 

Or, il est indispensable de rappeler que les cotisations sociales sont des versements, calculés en pourcentage du salaire et répartis entre le salarié et l’employeur, qui donnent droit au salarié à des prestations sociales en cas, par exemple, de maladie, chômage, accident du travail… Les cotisations sociales sont donc un salaire différé et pas un poids mort sur la fiche de paie ! Les réduire, c'est privilégier le présent sur l'avenir, et oublier l'incertitude du futur au profit de la certitude du court terme. Dès lors, quand une telle idée vient d'un chef d'État, on est en droit de s'interroger sur sa vision de l'avenir...

 

L'impôt de solidarité sur la fortune (ISF)

 

L'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) était un impôt progressif sur le capital (les revenus, les salaires et les loyers en sont donc exclus), qui concernait le patrimoine des personnes physiques et qui était redevable chaque année civile en fonction de la valeur de leur patrimoine. Véritable totem politique créé par Mitterrand en 1982, sa suppression a coûté très cher économiquement (et politiquement) à l'actuel gouvernement :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Sa suppression et son remplacement par un Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) privent l'État de fonds au moment où il fait déjà les (tré)fonds des tiroirs :

 

 

[ Source : La Croix ]

 

Opposé catégoriquement à son rétablissement, Emmanuel Macron se persuade que la suppression de l'ISF permettra d'attirer les plus riches fortunes en France, ou à défaut ne pas les faire fuir, ce qui démontre son adhésion sans réserve à la théorie zombie du ruissellement, selon laquelle il faudrait favoriser les plus riches afin qu'à terme tout le monde en profite. Les gilets jaunes et avec eux une grande partie des citoyens français ont cependant compris la vacuité d'un tel projet, qui leur apparaît désormais comme un cadeau fiscal fait aux plus riches de ses électeurs :

 

 

[ Source : IPP ]

 

Et si le gouvernement faisait le choix de rétablir l'ISF et d'utiliser cet argent pour financer la transition écologique ? Il éviterait ainsi de matraquer fiscalement une population, qui a besoin de sa voiture pour aller travailler et faire ses courses, et montrerait de facto sa volonté d'inclure tous les Français dans les projets d'avenir.

 

Hélas, par les déclarations intempestives, contradictoires et parfois inutilement martiales des derniers jours, l'exécutif amplifie le sentiment de hiatus entre une classe politique oligarchique et le reste du peuple, qui a conduit à l'actuelle grave crise politique... Et ce ne sont pas les éléments de langage, faisant une utilisation ad libitum d'expression tartuffes valises comme "attitude bienveillante, "dialogue constructif", progresser ensemble", "faire un geste d'ouverture", le tout répété ad nauseam par tous les membres du parti macroniste dans tous les médias, qui y changeront quelque chose. La réalité est là !

 

Dépenses publiques et prélèvements obligatoires

 

Il ne s'agit pas pour moi de jouer sur des nuances sémantiques (taxes, redevances, prélèvements,...), mais juste de rappeler que les prélèvements obligatoires servent à financer les dépenses publiques. Alors certes, d'aucuns affirmeront que les dépenses publiques sont trop élevées :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Mais les administrations publiques ne s’enrichissent pas elles-mêmes en dépensant, au contraire elles contribuent à augmenter la capacité de production de richesses futures de l’ensemble de l’économie par des investissements porteurs, des subventions bienvenues ou des dotations suffisantes. Autrement dit, les dépenses publiques de l'État n'ont rien à voir avec les dépenses d'un ménage comme certains s'échinent à le répéter ; elles sont avant tout le fruit d'un compromis social entre des citoyens qui veulent œuvrer à l'intérêt général. S'il n'est alors pas exclu de s’interroger sur leur nature et leur efficacité, il faut néanmoins se garder de vouloir les couper à tout prix, sous peine de plonger l'économie dans un tourbillon récessif. 

 

Ceux qui critiquent le niveau trop élevé des dépenses publiques sont souvent les mêmes qui dénoncent les prélèvements obligatoires trop importants :

 

 

[ Source : Rexecode ]

 

En réalité, lorsque le gouvernement propose actuellement de supprimer les hausses de taxes sur les carburants, il le fait à budget constant, c'est-à-dire en comprimant la dépense publique, opération qu'il appelle fort opportunément "économies" comme au temps de Manuel Valls, qui est allé voir à Barcelone si l'herbe était plus verte (ce qui ne peut qu'ajouter au ressentiment des Français face aux politiques)... Ce faisant, au nom du sacro-saint équilibre des comptes publics, qui va de pair avec un État minimaliste réduit à ses fonctions régaliennes, le gouvernement va couper dans des dépenses qui auront des conséquences importantes aujourd'hui et dans l'avenir proche. Mais ce n'est pas grave, car comme on dit chez moi, l'avenir n'est pas assuré de la même manière pour tous !

 

Qu'il suffise de regarder le nombre de services publics fermés dans chaque commune pour comprendre ce à quoi je fais référence... Alexis Spire, sociologue et directeur de recherches au CNRS, dans un interview au Monde, concluait justement que les Français ont l'impression de ne plus en avoir pour leur argent avec tous les services publics qui disparaissent de la carte, et que leur argent sert seulement à financer les dépenses de luxe d'une oligarchie politique. Bref, payer plus pour en avoir moins ! Et en retour, le président de la République voit dans les dépenses sociales un "pognon de dingue"...

 

Pourtant, de l'argent on pourrait en trouver en luttant efficacement contre l'évasion fiscale. En commençant par se mettre d'accord sur l'imposition des revenus des multinationales de l'ère numérique, car contrairement aux déclarations de Bruno Le Maire, les négociations ont piétiné et débouché sur une souris fiscale :

 

 

[ Source : https://www.lesnumeriques.com ]

 

Le système fiscal français injuste

 

Plutôt qu'un long discours, il suffit de jeter un œil sur ce graphique issu d'une étude réalisée par Thomas Piketty et son équipe, qui montre le taux global d'imposition en fonction du niveau des revenus, en incluant tous les prélèvements obligatoires  : cotisations sociales, impôts sur la consommation (TVA et autres impôts indirects), impôts sur le capital (impôt sur les bénéfices des sociétés, taxe foncière, impôt sur la fortune (ISF) et droits de successions), impôts sur le revenu (CSG et IR) :

 

 

[ Source : Alternatives économiques ]

 

Loin d'être un modèle de justice, la fiscalité française est faiblement progressive jusqu’au niveau des classes moyennes (au fait, qu'est-ce qu'une classe moyenne de nos jours ?) et devient régressive au niveau des classes les plus riches ! Les beaux discours n'arrivent dorénavant plus à cacher cette réalité vécue par chacun et que les gilets jaunes dénoncent à leur façon. Elle se conjugue du reste à une augmentation des inégalités, comme je l'avais montré dans ce billet ainsi que dans celui-là.

 

De nombreux commentateurs ne comprennent pas que derrière la contestation du système fiscal, c'est le mode de fonctionnement actuel de l'État lui-même qui est contesté, puisqu'il laisse sur le bas-côté de très (trop !) nombreux Français au profit d'une minorité de privilégiés. La crise sociale a d'ailleurs depuis mué en crise politique, plus précisément en crise de la représentation, car les gilets jaunes font valoir que les parlementaires actuels ne semblent plus les représenter.

 

En dernier ressort, si la crise ne peut se résoudre par un geste fort et honorable du gouvernement, et non quelques miettes justes bonnes pour les rats du grand laboratoire économique français, alors Emmanuel Macron devra en tirer les conséquences politiques. À moins qu'il ne s’enferme dans une conception despotique du pouvoir, qui le conduirait à appliquer la pire vision de Bertold Brecht : "puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple" !

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