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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 11:14

 

 

En novembre 2021, j'avais écrit un billet sur le pouvoir d'achat, malmené notamment par les hausses de prix de l'énergie. Et ce matin, nous avons appris que Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance (tout ça !), annoncerait avant la fin de la semaine une solution pour limiter la hausse des prix de l'électricité à 4 % en 2022. Il est vrai qu'une augmentation de 40 % aurait fait désordre juste avant l'élection présidentielle...

 

Dans ce billet, j'aimerais ainsi montrer que le principal enjeu du gouvernement français est désormais d'éviter l'explosion sociale liée aux facteurs économiques, en augmentant les dépenses publiques pour compenser la volatilité des prix et souvent leur hausse.

 

L'origine de la grogne sociale

 

Nous allons commencer par nous demander d'où pourrait venir la grogne sociale, sachant que pour ne pas alourdir ce billet nous nous concentrerons uniquement sur les facteurs économiques.

 

 * la hausse du prix de l'électricité

 

 

[ Source : Comwatt ]

 

 * la hausse du prix du gaz

 

 

[ Source : Hello Watt ]

 

Plus généralement, avec la transition énergétique il faudra s'attendre à une hausse des prix de l'énergie, d'autant que le marché du carbone européen augmente par construction le coût du CO2 émis.

 

 * la hausse des prix de l'immobilier

 

Les célèbres courbes de Friggit nous montrent bien que les prix de l'immobilier se sont déconnectés des salaires :

 

 

[ Source : CGEDD

 

Notons que cette hausse des prix de l'immobilier résulte en grande partie de la politique monétaire très expansionniste menée par la Banque centrale européenne (BCE), conduisant à des taux d'intérêt réels extrêmement bas. 

 

 * la hausse des prix à la consommation

 

 

[ Source : Insee ]

 

Imaginez un instant ce que deviendraient les prix si la production était entièrement relocalisée en France, sans changement de mode de consommation...

 

Hausse des dépenses publiques

 

Sur la base des facteurs économiques que nous venons de passer en revue, le calme social était historiquement acheté (dans le compromis fordien) par des salaires suffisamment élevés pour compenser la hausse des prix et permettre d'entretenir la demande globale. Durant les trente dernières années, le calme social s'achetait plutôt par des prix bas à la consommation résultant des délocalisations et de l'exploitation des travailleurs dans les pays à bas coût de production, système qui a fini par se retourner contre ses promoteurs en raison de la désindustrialisation, des pertes d'emplois, de compétences et de souveraineté économique...


De nos jours, avec des marchés mondialisés et libéralisés, les prix deviennent de plus en plus volatiles et difficiles à prévoir. Quant aux salaires, au nom de la compétitivité - entendez la concurrence à outrance que se livrent les entreprises au sein même de l'UE - leur évolution est très limitée et trop souvent associée à une précarisation croissante des emplois. La paix sociale s'achète dès lors à grands renfort de dépenses publiques, que ce soit pour donner des chèques énergie aux ménages, pour compenser les prix de l'immobilier, pour compenser les faibles salaires, etc.

 

Dans ce contexte, l'on ne comprend pas très bien la politique menée les cinq dernières années par Macron, qui a consisté à discréditer les dépenses publiques et à les baisser (aides au logement, allocations des chômeurs, bientôt retraites, etc.). Il existe en effet le risque d'une chute importante des revenus des ménages, donc de la demande globale, au moment où le gouvernement ne cesse de courir après une hypothétique croissance. À moins que cette baisse des dépenses publiques ne soit qu'un moyen de satisfaire les promesses (électorales) de réduction de la pression fiscale sur les plus riches et les entreprises.

 

Dans tous les cas, le gouvernement prouve chemin faisant qu'il ne souhaite pas modifier le système économique dans l'intérêt du plus grand nombre. La précarisation de l'emploi et la perte de sens du travail ne semblent guère l'ébranler. Pourtant, faut-il rappeler qu'a priori les individus travaillent non pas pour espérer des allocations compensatrices de l'État, mais pour gagner de quoi vivre décemment ? Cette fonction du travail est même un droit fondamental, malheureusement si peu respecté... La leçon des gilets jaunes n'a visiblement pas été retenue !

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du site http://www.leboisenergie.be

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31 décembre 2021 5 31 /12 /décembre /2021 13:04

 

 

J'ai commencé l'année 2021 par un article sur l'accord post-Brexit, question qui semble bien éloignée de l'actualité du moment dominée à nouveau par la crise sanitaire. C'est dire combien il devient indispensable de prendre du recul pour réfléchir à d'autres sujets importants, sous peine d'être constamment happé par le quotidien sans perspectives d'avenir. Mais revenons un instant encore sur l'année 2021, riche en événements économiques et sociaux, d'où mes nombreuses analyses dont vous trouverez les liens dans le tableau ci-dessous. Pour finir ce billet, je vous proposerai comme chaque année quelques éléments de réflexion sur 2022...

 

Retour sur l'année 2021

 

Commençons donc par un petit retour en arrière sur mes billets de l'année 2021. Tous les liens sont actifs, il vous suffira donc de cliquer sur le billet de votre choix pour le lire ou le relire, c'est selon !

 

Janvier Février

 

L'accord post-Brexit

L'Asie crée le plus grand accord commercial au monde

Le privilège exorbitant du dollar

Les inégalités post-covid

 

Qu'est-ce que la pauvreté ?

La financiarisation de l'économie

Les dégâts de la financiarisation de l'économie

Mars Avril

Le Bitcoin

La libéralisation des licenciements

La balance commerciale

Le bilan de la BCE

 

Un nouveau rapport sur la dette publique en France

La Bourse, temple de la spéculation

L'effet boule de neige de la dette publique

Relance aux États-Unis vs relance dans l'UE

 

Mai Juin

 

La finance : talon d'Achille des pays développés ?

L'économie verte

Faut-il annuler la dette publique au sein de la zone euro ?

Retour sur le plan de relance européen

 

Services publics et réduction des inégalités

La pauvreté en France

L'inquiétante situation économique de l'Italie

Quels liens entre flexibilisation et chômage structurel ?

Juillet Août

 

Le niveau inquiétant des élèves en sciences

Où vont les liquidités des Banques centrales

 

 

L'anacyclose ou le cycle des régimes politiques

Cafet'éco à Sarreguemines et autres considérations

Septembre Octobre

 

Trop de monnaie = inflation ?

La montée de l'insignifiance selon Castoriadis

Aide aux devoirs à Forbach

Monnaies locales : mon interview sur France 3

Qui paiera la dette après la crise de la covid-19 ?

 

 

Conférence sur la dette à l'UPT de Forbach

Budget 2022 : dernière étape avant l'austérité ?

L'électricité flambe !

Les dépenses publiques : sujet politique très inflammable !

Robert Owen, père fondateur du mouvement coopératif

 

Novembre Décembre

 

Les États-Unis sont-ils encore le banquier du monde ?

Dette publique : le sujet absent de la campagne électorale

Le pouvoir d'achat

Nicholas Georgescu-Roegen et la bioéconomie

 

24 % des ménages détiennent 68 % des logements !

Ce monde d'après où l'économie dysfonctionne...

Le danger d'un taux d'épargne national faible !

Joyeux Noël !

 

Et en 2022 ?

 

Le monde reste suspendu aux chiffres de la croissance sans s'interroger sur ce qu'ils recouvrent. Dès lors, les prévisions pour 2022 sont susceptibles de rassurer les personnes qui s'imaginent encore que le PIB est un gros gâteau à se partager :

 

 

[ Source : FMI ]

 

Cependant, comme je l'écrivais dans mon précédent billet, les prévisions sont systématiquement revues à la baisse en automne, lorsque la pandémie repart de plus belle. D'où le titre de la publication du FMI : "La reprise de l’économie mondiale se poursuit, mais la dynamique s’est affaiblie et l’incertitude accrue"... Bref, personne ne sait réellement quels dégâts le virus va encore faire dans l'économie ! Quant à la croissance verte, Hélène Tordjman a montré avec brio l'illusion d'un tel système économique fondé sur l’accumulation du capital et la sauvegarde de la nature. Pourtant, le concept continue à faire florès dans les partis politiques...

 

 

L'année 2022 sera marquée par l'élection présidentielle, suivie des législatives. À n'en pas douter, quel que soit le taux d'abstention, le candidat qui accédera à la magistrature suprême se targuera d'avoir obtenu l'onction démocratique, occultant de facto que le régime politique n'a de démocratique que le nom. C'est le constat fait par de très nombreux citoyens, qui ont la désagréable impression que les campagnes politiques se succèdent et se ressemblent, en ce que seules quelques vagues problématiques sont abordées à l'exclusion de toute thématique politique de fond, qui obligerait à prendre de vrais engagements auprès des Français. Exit par conséquent l'échange verbal musclé et le débat animé, nécessairement perçus comme une agression insupportable ("cessez de m'agresser verbalement" est devenu l'arme des minus habens réduits à quia) dans notre société postmoderne ; place au consensus mou sur des lois politico-économiques réputées universelles, sous peine de passer pour un extrémiste. Le lecteur intéressé par ces questions pourra utilement se reporter à une longue analyse que j'avais faite en 2020.

 

Quant à l'inflation, elle résulte pour l'instant essentiellement de goulets d'étranglement du côté de l'offre, sans véritable augmentation des salaires. Quant aux facteurs politiques et géostratégiques de l'inflation, Olivier Passet considère qu'ils devraient jouer à la baisse :

Chaque année, je rappelle aussi que nous ne sommes jamais à l'abri d'un cygne noir, tant les fragilités économiques et sociales sont nombreuses... La crise sanitaire en fut un exemple probant en 2020 !

 

Sur ce, je tiens à vous remercier chers lecteurs pour votre fidélité et vous prie de recevoir mes meilleurs vœux (l’indispensable santé en premier) pour cette année 2022 ! Merci pour vos commentaires, partages, liens et encouragements, qui me touchent et m'incitent à continuer mes analyses sur ce blog malgré le temps qui me fait toujours plus cruellement défaut...

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24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 11:48

 

Assurément, les fêtes de fin d'année seront à nouveau placées sous l'épée de Damoclès de la covid-19, qui se propage depuis quelques semaines à très grande vitesse et désormais sous une nouvelle variante, Omicron... Depuis le déclenchement de la pandémie, le rythme de la vie (économique) se joue en deux saisons : une accélération très forte de la circulation du virus de l'automne jusqu'à la fin de l'hiver avec son lot de restrictions en tous genres (confinement, couvre-feu, fermeture de commerces et de lieux culturels...), puis un ralentissement progressif les six mois suivants avec son lot de perspectives trop optimistes et très vite démenties par la reprise de la pandémie. 

 

Quant aux espoirs d'une immunité collective, qui devait être atteinte grâce à une vaccination de l'ensemble de la population, ils semblent s'être envolés à la même vitesse qu'apparaissent les nouvelles variantes du virus. La promesse d'une vie normale, survendue par les gouvernements de tous les pays, a désormais cédé la place à la promesse d'une survie sans passage en réanimation à la faveur de multiples doses de rappel du vaccin, alors même qu'une grande partie de la population mondiale n'est toujours pas vue offerte la possibilité d'une primo-vaccination :

 

 

[ Source : Our World in Data ]

 

Le  Directeur général de l’OMS lui-même a tenu à préciser "qu'aucun pays ne pourra se sortir de la pandémie à coups de doses de rappel et les rappels ne sont pas un feu vert pour célébrer comme on l’avait prévu". Dont acte...

 

Dans le domaine économique, cela signifie qu'il ne faut pas trop se fier aux prévisions d'été, mais plutôt à celle de l'automne dans la mesure où elles tiennent compte de la réalité sanitaire. Cela même si l'observation des comportements humains durant toute l'année laisse pantois : non-respect des gestes élémentaires de sécurité, réservations/annulations de vacances dans des pays soumis à un risque sanitaire élevé, organisation de grands événements commerciaux, culturels ou politiques, qui brassent des milliers de personnes en pleine accélération de la circulation du virus, etc.

 

Nous vivons dans l'illusion d'un monde normal (au fait, quelle définition donner à ce mot ?), à tel point qu'un membre de ma famille me disait qu'il a la désagréable impression que "ce n'est pas tant les gens que l'on cherche à sauver à Noël, mais les commerçants"... Ajoutez à ce constat les multiples déclarations du trio Castex/Véran/Attal, le dernier s'employant chaque jour à faire augmenter progressivement le sentiment de danger, tout en affirmant paradoxalement qu'il n'y aura pas de mesures restrictives supplémentaires. S'agit-il de laisser aux Français la bride sur le cou pendant les fêtes, afin d'éviter l'explosion sociale, d'autant que le souvenir des gilets jaunes reste vivace ? Ou bien est-ce seulement pour sauver le commerce, dans la mesure où le gouvernement voit dans ce dernier une source de croissance et une politique territoriale (au demeurant, il y a alors du mouron à se faire...) ? Certaines mauvaises langues affirmeront que la réalité est beaucoup plus prosaïque : il serait malvenu de confiner à quelques encablures de l'élection présidentielle...

 

Mais en tout état de cause, la pandémie aura au moins eu l'avantage d'éliminer du débat public à peu près tous les sujets importants : la dette publique, les dépenses publiques, les inégalités de revenus, les inégalités de patrimoine immobilier, la pauvreté, etc. Quant au pouvoir d'achat, il a fort opportunément été placé au cœur des logorrhées médiatiques pendant trois semaines, comme le prix de l'électricité, afin d'être oublié aussitôt les fêtes de fin d'année arrivées !

 

En effet, dans l'ère du vide de la postmodernité, une information en chasse une autre quelle que soit son importance et l'humain ne pèse au fond pas très lourd dans la société du spectacle. Précisons que le livre de Guy Debord ne concerne pas le pain et les jeux de cirque, comme le croient trop souvent ceux qui ne l'ont pas lu, mais la domination de la marchandise sur nos vies dans le monde capitaliste. Tant et si bien que la première phrase de son livre, parallèle évident avec l’œuvre de Marx, est la suivante :   "Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles". Beaucoup plus loin, il précisera que "le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images".

 

Une crise devrait être l’occasion de se poser des questions et de changer tout à la fois nos modes de production, nos modes de vie et avant tout nos façons de penser. Mais pour ce faire, il faut en priorité décoloniser l'imaginaire pour créer le monde d'après ! En République, ce sont les citoyens, considérés comme un ensemble coopératif, qui en ont le pouvoir, mais encore faut-il qu'ils s'en saisissent. À défaut, la minorité qui profite de ce système continuera à le présenter comme naturel, même s'il en résulte des dégâts au plus grand nombre...

 

Joyeux Noël tout de même !

 

Sur ce constat et cette invitation à l'action coordonnée, je vous souhaite un joyeux Noël et vous retrouverai la semaine prochaine pour mon dernier billet de l'année 2021 !

 

 

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17 décembre 2021 5 17 /12 /décembre /2021 13:02

 

 

Après mon billet sur les dysfonctionnements du monde économique, il m'a semblé utile de revenir sur une question qui m'a été posée par un étudiant sur le taux d'épargne de la nation. En effet, lorsque l'économie d'un pays est ouverte sur le monde, les politiques économiques sont souvent bien plus difficiles à coordonner, à tel point que certains parlent de malédiction de l'épargne faible. Mais de quoi s'agit-il ? Pour ceux qui seraient allergiques aux formulations mathématiques, vous pouvez sans préjudice de compréhension sauter le premier point.

 

Taux d'épargne de la nation et investissement

 

Au niveau macroéconomique, l'épargne de la nation (ou épargne nationale), agrège l'épargne des ménages, des entreprises et de l'État. L'on obtient alors l'identité comptable macroéconomique suivante :

 

Y = C+I+G+BC

 

où Y représente le PIB, C les dépenses de consommation, I les dépenses d'investissement , G les achats publics de biens et services, et BC le solde de la balance commerciale.

Puisque l'épargne est définie comme le revenu courant moins les dépenses en besoins courant, si l'on suppose pour simplifier que l'ensemble des dépenses de consommation (C) et des dépenses publiques (G) sont des dépenses en besoin courant, alors l'épargne d'une nation (S) s'écrit :

 

S=Y-C-G

 

L'on en déduit :

 

S-I=BC

 

Taux d'épargne de la nation et déficit extérieur

 

De cette dernière identité, l'on peut déduire que si l'investissement intérieur (I) d'un pays est constant (au moins à court terme), un taux d'épargne de la nation faible conduit souvent à une différence entre investissement et épargne négative (S-I<0), d'où tend un déficit commercial (BC<0).

 

En d'autres termes, lorsque le taux d'épargne de la nation - somme de l'épargne privée et de l'épargne publique en pourcentage du PIB - est structurellement faible et inférieur au taux d'investissement de la nation, alors cela tend à conduire à un déficit extérieur structurel.

 

Un impact sur la croissance

 

Pour financer le déficit extérieur, le pays en question va devoir s'endetter à l'extérieur, ce qui le rend dépendant des investisseurs internationaux et va le contraindre à les rassurer constamment sur sa capacité à rembourser sa dette extérieure. En effet, si ces investisseurs refusent de continuer à lui prêter, alors le pays peut faire face à une grave crise de sa balance des paiements et de change, c'est-à-dire une une dépréciation du taux de change et un donc un renchérissement des importations en valeur, ce qui in fine pèsera sur la croissance.

 

Pour l'éviter, le pays à taux d'épargne faible cherchera à attirer les capitaux en quête de rendement par une politique de taux d’intérêt élevés, suffisamment pour compenser aux yeux des investisseurs le risque d’insolvabilité extérieure et de change. Ce faisant, il peut certes réussir à attirer les capitaux étrangers, mais au détriment hélas de sa croissance nationale, minée par les taux d'intérêt trop élevés.

 

Ainsi, dans les deux cas, la croissance du pays à faible taux d'épargne nationale s'en trouve réduite, ce que d'aucuns qualifient de malédiction des pays à faible épargne ! Ce que nous venons d'expliquer est propre à une économie ouverte.

 

Mais certains commentateurs se font un plaisir d'occulter la possibilité de l'endettement extérieur et raisonnent alors à tort en économie fermée : Y = C+I+G (il n'y a donc plus de commerce international, d'où l'absence de la balance commerciale BC). Chemin faisant, ils en déduisent - toujours à tort - que l'épargne est un réservoir de liquidités finançant l'investissement, c'est-à-dire qu'ils font de l'identité comptable Y = C+I+G une causalité ramenant la question du financement de l'investissement à un marché des fonds prêtables. Dans ce cas, il faudrait alors tout faire pour inciter les plus riches à financer les investissements productifs et risqués, à grand renfort d'incitations fiscales (suppression de l'ISF, baisse de cotisations sociales...), quitte à diminuer les dépenses publiques les plus importantes en contrepartie...

 

Or, depuis Keynes, l'on sait que l’investissement génère sa propre épargne, ce que rappelle avec beaucoup d'à-propos Olivier Passet dans cette courte vidéo :

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10 décembre 2021 5 10 /12 /décembre /2021 14:23

 

 

Mon dernier billet sur les inégalités de patrimoine immobilier rappelle que le monde de demain ne semble guère différent de celui d'hier... à moins qu'il n'en soit le reflet en pire ! La crise de la covid-19 aura au fond servi à jeter une lumière crue sur les dysfonctionnements qui existaient déjà avant la pandémie, mais que le politique arrivait encore à cacher. À mon sens, c'est l'aboutissement d'un projet néolibéral, très bien décrit par des penseurs hétérodoxes comme Cornelius Castoriadis.

 

La seule différence est que ce néolibéralisme s'habille désormais des couleurs du keynésianisme de l'offre (sic !), mais le projet reste le même comme l'ont très bien montré les contributions contenues dans l'ouvrage dirigé par Antony Burlaud, Allan Popelard et Grégory Rzepski. Je vous propose par conséquent de rappeler quelques éléments sur le néolibéralisme et la situation actuelle, que j'ai déjà présentés dans d'autres billets..

 

Le modèle néolibéral en pratique

 

D'emblée, il faut dire que les politiques économiques mises en œuvre avant et après le confinement ont quasiment toutes pour objectif la croissance, même si en France l'on y ajoute ostensiblement un volet écologique tout en le contredisant ouvertement... Toujours est-il que celle-ci ne semble pas vouloir revenir depuis des années, au point qu'il a fallu admettre que c'est même la croissance potentielle (croissance réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles) qui a reflué depuis le passage au néolibéralisme au début des années 1980.

 

Or, dans un monde qui a construit sa relative prospérité et les institutions afférentes sur la seule croissance, la baisse de celle-ci ne peut que conduire à des problèmes économiques et sociaux graves. Au lieu de chercher à sauver un système économique qui prend l'eau de toutes parts, il eût été judicieux d'imaginer "un autre monde pour nos enfants", expression que l'on entendu ad nauseam chez quasiment les dirigeants politiques en mal de sensationnalisme. Hélas, les intérêts personnels sont encore très puissants.

 

Quant aux crises, qui restent un impensé majeur du modèle dominant dans la mesure où celles-ci sont vues comme exogènes au système, leur fréquence a indubitablement augmenté sur la période 1980-2020. À tel point que la jeune génération comme on dit à présent dans les médias, aura connu deux crises majeures espacées de seulement une poignée d'années (crise des subprimes et crise de la zone euro) et maintenant une crise sanitaire ! Et à chaque crise, les pays perdent un peu plus de capital productif et humain...

 

Le vrai changement

 

Pour changer de système socio-économique, encore faut-il s'entendre sur les principaux changements à opérer. Sans prétendre à l'exhaustivité, je considère qu'il faudrait prioritairement s'atteler à :

 

 * repenser le système monétaire, qui par son fonctionnement actuel ne permet plus de financer des projets essentiels, mais enrichit une minorité ;

 

 * réduire les inégalités les plus criantes ;

 

 * lutter efficacement contre la pauvreté ;

 

 * faire en sorte que le partage des revenus devienne plus favorable aux salariés et redonner un véritable pouvoir de négociation aux travailleurs (pas toujours salariés du reste...) ;

 

 * redonner du sens au travail et adapter l'activité aux enjeux de l'époque (transition énergétique, écologie, etc.)

 

 * réduire la financiarisation de l'économie, qui n'est que la forme parasitaire de la finance, en ce qu’elle met l’ensemble des activités productives sous la coupe des puissances financières, avec la complicité active ou résignée du politique.

 

 * faire en sorte que les chaînes de valeur soient plus régionales et subséquemment relocaliser la production, d'autant que Zygmunt Bauman nous a alertés sur le coût humain de la mondialisation ;

 

 * remettre à plat la fiscalité pour la rendre plus claire, plus juste et plus efficace.

 

Bref, il y a matière à réflexion comme je le répète à l'envi à mes étudiants, d'autant que le monde économique semble se diriger vers le pire... Hélas, alors même que la dynamique sociale reste explosive et que nombre de salariés désertent pour de bon les secteurs jugés incompatibles avec leurs aspirations nouvelles issues des confinements, les gouvernements ne semblent pas pressés de changer le modèle socioéconomique. D'autant que nombre de personnes ne semblent même plus croire à un changement qui viendrait de la politique...

 

Il est vrai que dans de trop nombreux pays, les gouvernements s'accrochent à un néolibéralisme à la Walter Lippmann, c'est-à-dire à la chimère d'un monde gouverné par des experts, seuls capables de comprendre les règles économiques universelles immuables, qui rendent de facto inutiles la confrontation de projets de sociétés différents, et subséquemment les débats contradictoires dans le cadre de l'agon, bien qu'ils soient depuis plus de deux millénaires l'essence même de la démocratie. Triste constat à quelques mois d'une élection majeure en France, qui n'augure rien de bon...

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article de The Conversation.

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3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 13:10

 

 

Après ma série de billets sur les grands penseurs hétérodoxes (Cornelius Castoriadis, Robert Owen et Nicholas Georgescu-Roegen), revenons à des considérations plus pragmatiques... encore que, derrière les questions pragmatiques se cachent souvent idées et idéologies ! Nous allons nous intéresser à une récente étude de l'Insee (France, portrait social 2021), qui conclut qu'un quart des ménages vivant en France sont propriétaires de plusieurs logements.

 

Répartition des ménages et des logements

 

L'étude commence par la répartition des ménages et des logements selon le nombre de logements possédés. L'on découvre ainsi que 2,9 % des ménages possèdent 5 à 9 logements, ce qui représente 16,6 % des logements possédés par l'ensemble des ménages.

 

 

[ Source : Insee ]

 

Répartition par niveau de vie

 

Sans surprise, le nombre de logements possédés augmente avec le niveau de vie, de sorte que 41 % des ménages multipropriétaires appartiennent aux ménages les plus aisés.

 

 

[ Source : Insee ]

 

Quant à l'usage des logements, l'étude montre que 49 % des ménages multipropriétaires détiennent au moins un logement en location :

 

 

[ Source : Insee ]

 

 

Ainsi, dans une logique d'accumulation du patrimoine, notamment au moyen de SCI, de nombreux logements sont destinés à location, de telle sorte que 3,5 % des ménages détiennent 50 % des logements en location :

 

 

[ Source : Insee ]

 

Et lorsqu'on sait combien la propriété immobilière compte aux yeux des ménages, en raison notamment de la sécurité qu'elle procure dans un monde où la précarité gagne trop rapidement du terrain, cette concentration de la propriété immobilière est inquiétante. Ce d'autant plus que la politique monétaire ultra-expansionniste menée par la Banque centrale européenne (BCE) conduit à l'augmentation des prix des maisons et des appartements, alors même que les salaires sont à la peine. Les inégalités de patrimoine (immobilier et placements financiers) pourraient donc être le détonateur d'une grave crise sociale...

 

P.S. L'image de ce billet provient de ce chapitre du site https://www.core-econ.org.

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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 14:04

 

 

Dans la série des grands penseurs hétérodoxes, après mes billets sur Cornelius Castoriadis et Robert Owen, nous allons nous intéresser à Nicholas Georgescu-Roegen, qui a cherché à penser les questions économiques en lien avec les problématiques écologiques. Là encore, il n'est pas question de décrire de manière exhaustive ses travaux, mais juste d'en faire ressortir les points saillants dans l'espoir de susciter l'intérêt du lecteur pour cette œuvre foisonnante.

 

Quelques éléments de biographie

 

Nicolae Georgescu naquit à Constanța en Roumanie, le 4 février 1906. Élève brillant, il fit des études de Mathématiques à Bucarest et obtient une bourse pour réaliser une thèse en statistiques soutenue en 1930. Lui fut alors offerte la possibilité de poursuivre sa carrière auprès de Karl Pearson, mathématicien et philosophe des sciences, au University College de Londres (1930-1932). Puis il se rendit à Harvard à la faveur du soutien de la fondation Rockefeller, où sa rencontre avec Joseph Schumpeter fut  un tournant dans sa carrière, dans la mesure où il commença à s'intéresser aux questions économiques et publia plusieurs articles reconnus sur les notions d'utilité et de production.

 

De manière surprenante, alors qu'il se vit proposer un poste stable à l'université Harvard, il préféra décliner pour rentrer en Roumanie, où il travaillera pour l'administration publique tout en s'engageant dans la vie politique à travers le Parti national paysan. Mais la Deuxième Guerre mondiale et l'instauration du socialisme à l'Est de l'Europe le conduisirent à émigrer clandestinement, en 1948, aux États-Unis. Là, il trouva un poste de professeur d'économie à l'université Vanderbilt de Nashville, qu'il conserva jusqu'à sa retraite en 1976. Curieusement, les travaux les plus connus de Nicholas Georgescu-Roegen, qui se rapportent aux enjeux environnementaux et à la bioéconomie, datent d'après 1976... Comme nous le verrons, ses hypothèses de travail le classent d'emblée dans les économistes hétérodoxes et l'isolent de la communauté académique dominante.

 

Économie et thermodynamique

 

Selon Nicholas Georgescu-Roegen, l'économie s'est construite en référence à la mécanique newtonienne, dans la mesure où les hypothèses de rationalité et de comportement des agents économiques inscrivent l'économie dans un cadre relativement déterministe ("la mécanique de l'utilité et de l'intérêt individuel"). Or, du fait que les ressources naturelles entrent dans les fonctions de production, l'économie se doit de prendre aussi en compte la thermodynamique et la biologie évolutionniste, non pas pour en imiter les concepts, mais pour tenir compte de leurs résultats.

 

Pour mémoire, voici les trois principes de la thermodynamique que nous avons tous plus ou moins étudiés (rassurez-vous, il n'est pas nécessaire de s'en souvenir pour comprendre la suite de ce billet...) :

 

 1) principe de conservation de l'énergie ==> au cours d'une transformation quelconque d'un système fermé, la variation de son énergie est égale à la quantité d'énergie échangée avec le milieu extérieur, par transfert thermique (chaleur) et transfert mécanique (travail) ;

 

 2) principe d'évolution ==> toute transformation d'un système thermodynamique s'effectue avec augmentation de l'entropie globale incluant l'entropie du système et du milieu extérieur ;

 

 3) principe de Nernst ==> la valeur de l'entropie de tout corps pur dans l'état de cristal parfait est nulle à la température de 0 kelvin.

 

Le 1er principe de la thermodynamique énonce que, dans un système isolé la quantité d'énergie reste la même, alors que le 2e principe nous dit en substance que si la quantité d'énergie reste la même sa qualité se dégrade irréversiblement.

 

Pour comprendre l'apport de Georgescu-Roegen, il faut surtout retenir qu'il s'intéresse à l'entropie, qui caractérise le degré de désorganisation et d'indisponibilité. Ainsi, une quantité d'énergie sera dite à entropie basse si elle est disponible pour les usages que l'économie souhaite en faire. C'est le cas de l'énergie solaire, toujours disponible en quantité suffisante pour peu que l'on sache l'exploiter. Ce faisant, une entropie basse est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour obtenir une valeur économique. En revanche, l'énergie issue de certains combustibles fossiles relativement rares est à entropie haute en ce qu'elle n'est guère disponible pour tous les usages économiques.

 

Dès lors, comme l'économie se réfère à des agents (ménages, entreprises, État) qui vivent sur terre (même Jeff Bezos et Richard Branson), il y a forcément des interactions entre le système terre et le système économique : épuisement des ressources naturelles, déchets, pollution, etc.

 

Les processus économiques

 

Georgescu-Roegen considère que pour rendre compte d'un processus économique, il faut un double lexique : tout d'abord un ensemble de mots, qualifiés de lexique arithmomorphique, qui renvoient à des concepts clairement définis et mesurables et des mots (comme le PIB ou  l'investissement) et ensuite un ensemble de mots, qualifiés de lexique dialectique, qui dépendent du contexte d'utilisation et sont donc par nature pluridimensionnels (par exemple le bonheur en économie ou l'utilité). 

 

Le lexique arithmomorphique a donné ses lettres de noblesse à l'économie en tant que science, oubliant un peu trop vite la dimension intrinsèquement sociale de celle-ci dont on ne peut rendre compte autrement qu'avec un lexique dialectique. Qu'il suffise de penser aux innombrables définitions du mot capital, de Marx à Bourdieu... Georgescu-Roegen avait bien saisi que la compréhension profonde des processus économiques nécessite des approches multidimensionnelles, ce qui ne manque pas de raisonner avec les débats actuels sur l'unicité méthodologique de la science économique

 

Sans entrer dans les détails, Georgescu-Roegen s'intéressera aussi à la fonction de production - comme celle modélisée par Cobb et Douglas - à laquelle il reprochera de ne pas réussir à rendre compte des multiples réalités de l'activité économique, puisqu'elle agrège des processus sans tenir compte de leur complexité. Il proposera ainsi de distinguer deux types de facteurs de production : les facteurs-flux (ex : l'eau dans un moulin), très flexibles, et les facteurs-fonds (ex : les roues), caractérisés par une certaine rigidité dans les usages possibles.

 

La bioéconomie, tout un programme

 

En tout état de cause, la bioéconomie développée par Georgescu-Roegen ne consiste pas simplement à réintégrer le facteur terre dans la fonction de production comme ce fut très longtemps le cas avant une éclipse temporaire au XXe siècle, mais bien de repenser les processus économiques en tenant compte des ressources naturelles qui acquièrent de facto un statut spécial. Autrement dit, les facteurs de production ne sont plus substituables aussi facilement que dans l'approche néoclassique et il faut désormais tenir compte de l'épuisement des ressources, de leur spécificité et des déchets produits... une véritable révolution ! En revanche, lorsque Georgescu-Roegen invente un nouveau principe physique (non démontré), à savoir une forme d'entropie de la matière qui conduirait à une manque de matière disponible pour les processus économiques à venir, il voit une partie importante des économistes lui tourner le dos.

 

Le programme bioéconomique de Georgescu-Roegen devint ainsi un véritable projet de société, avec des dimensions politiques et éthiques (dont la sobriété dans la consommation). C'est du reste ce programme bioéconomique qui est resté dans les mémoires, au point que certains auteurs ont voulu un peu vite s'approprier Georgescu-Roegen pour en faire un partisan de la décroissance. Or, ses rapports avec l'économie écologique ont toujours été complexes et ambigus, critiquant d'une part le développement soutenable et d'autre part les supposées vertus d'une économie stationnaire. Au surplus, il ne rejette pas la notion de développement, mais la distingue de la croissance.

 

Pour en savoir plus sur Nicholas Georgescu-Roegen

 

Rares sont les livres de Nicholas Georgescu-Roegen traduits en français. C'est pourquoi, l'on n'hésitera pas à lire La décroissance, publié en 1979 et republié en 1995 aux éditions Le sang de la terre :

 

 

Pour mieux comprendre la matrice théorique de Georgescu-Roegen, que je n'ai fait qu'effleurer dans ce billet, vous pouvez lire l'excellent livre d'Antoine Missemer, Nicholas Georgescu-Roegen, pour une révolution bioéconomique, paru en 2013 aux éditions ENS (vous pouvez également écouter une introduction sur France Culture) et dont je me suis inspiré :

 

 

P.S. L'image de ce billet provient de cette émission de France Culture.

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17 novembre 2021 3 17 /11 /novembre /2021 13:26

 

 

C'est peu dire que la question du pouvoir d'achat agite les débats en France, à tel point que tous les autres sujets lui semblent subordonnés. En particulier, les dépenses publiques et la dette publique sont passés à la trappe... Dans ce billet, nous allons chercher à comprendre ce qu'est le pouvoir d'achat et comment il se mesure. Puis, nous terminerons par une étude fort intéressante menée par l'Institut des Politiques Publiques (IPP) sur les impacts redistributifs des mesures socio-fiscales du quinquennat Macron.

 

Qu'est-ce que le pouvoir d'achat ?

 

Je me contenterai de donner ici quelques éléments de compréhension pour le besoin de mon analyse. Mais le lecteur intéressé par les questions de pouvoir d'achat, d'inflation, de prix et de choix dans la consommation, pourra utilement se reporter à l'un de mes livres aux éditions Ellipses, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie ! ou Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition (chapitre 2 et 3).

 

Le pouvoir d'achat correspond à la quantité de biens et de services qu’un ménage peut acheter avec ses revenus ; il dépend du niveau des revenus mais aussi de celui des prix. Dès lors, l’évolution du pouvoir d’achat correspond à la différence entre l’évolution des revenus des ménages et l’évolution des prix. Bien entendu, si la hausse des revenus est inférieure à celle des prix, alors le pouvoir d’achat diminue...

 

Dans ses calculs de pouvoir d'achat, l'Insee s'appuie sur le revenu disponible des ménages, c'est-à-dire les revenus d’activité (revenus du travail, revenus de la propriété) augmentés des prestations sociales reçues et diminués des impôts versés. Et pour mesurer l'évolution des prix, l'institut de statistiques utilise l'indice des prix à la consommation (IPC).

 

 

[ Source : Insee ]

Évolution du pouvoir d'achat

 

L'Insee publie l'évolution du pouvoir d'achat du revenu disponible brut (ici sur la période 1999-2021) :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Mais afin de tenir compte de la démographie et des structures familiales, le pouvoir d’achat est souvent calculé par unité de consommation. En effet, les besoins d'un ménage ne s'accroissent pas en stricte proportion de sa taille, dans la mesure où chacun peut profiter par exemple du téléviseur, du grille-pain ou de la machine à laver ; dès lors, le premier adulte du ménage compte pour 1 unité de consommation (UC), les autres personnes de 14 ans ou plus pour 0,5 UC et les enfants de moins de 14 ans pour 0,3 UC. L'on appelle alors niveau de vie, le revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC), ce qui signifie que le niveau de vie est le même pour tous les individus d’un même ménage.

 

Ci-dessous, l'évolution du pouvoir d'achat des ménages par unité de consommation depuis 1995, qui montre que durant le quinquennat d'Emmanuel Macron, le pouvoir d'achat a augmenté :

 

 

[ Source : OFCE ]

 

Impacts redistributifs des mesures socio-fiscales

 

L'Institut des Politiques Publiques (IPP) a évalué l’impact redistributif de l’ensemble des réformes socio-fiscales pérennes du quinquennat (chèque énergie, cotisations, prélèvements, allocation chômage, impôts directs, ISF et IFI, prestations sociales, retraite brute, taxe d'habitation). Les résultats montrent que le niveau de vie a augmenté sauf pour les 5 % les plus modestes :

 

 

[ Source : IPP ]

 

Lorsqu’on décompose le dernier centième, c'est-à-dire les 1 % des individus les plus riches, les résultats sont édifiants :

 

 

[ Source : IPP ]

 

En définitive, certes les statistiques montrent que le pouvoir d'achat des ménages a globalement augmenté. Mais lorsqu'en parallèle les prix de l'accession à l'immobilier s'envolent, les ménages ressentent les remboursements d'emprunts dans leur budget alors qu'ils ne figurent pas dans le calcul de l'inflation. De même, les récentes hausses des prix de l'énergie pèsent lourdement sur le budget des ménages, surtout ceux qui subissent déjà dans leur budget le lourd poids des dépenses contraintes. Enfin, comme le rappelle Agnès Bénassy-Quéré dans son billet sur la pauvreté, le pouvoir d'achat et l'emploi, il y a également une question de ressenti propre à chaque ménage, dont Thaler, Kahneman et Tvsersky ont rendu compte dans des expériences de psychologie sociale (comportement différencié au gain et à la perte, aversion aux pertes...).

 

La différence entre l'augmentation du pouvoir d'achat des ménages et leur sentiment de stagnation voire de dégradation n'est-il pas aussi le signe que le bonheur ne réside pas dans la consommation ? 

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du Journal du Net.

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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 14:27

 

 

Il y a quelque temps, j'avais donné une conférence à l'UPT de Forbach intitulée Qui paiera la dette après la crise de la covid-19 ?. Il me semblait en effet que la question était suffisamment importante pour figurer en bonne place dans la campagne des élections présidentielles. Qu'on en juge : le taux d'endettement public en France devrait atteindre 114 % du PIB en 2022, contre 115,6 % en 2021, et il est question d'un cantonnement de la dette liée à la covid-19 ! Et pourtant, les candidats (du moins ceux déclarés) ne semblent pas se presser d'aborder ce point...

 

Bref état des lieux au sein de l'UE

 

Voici le niveau atteint par la dette publique au sein de l'UE :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Beaucoup plus intéressant, son évolution sur un an :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Par rapport au deuxième trimestre 2020, 24 États membres ont enregistré une hausse de leur taux d'endettement public et 3 une baisse...

 

La dette publique de la France

 

En ce qui concerne la France, l'évolution de la dette publique est la suivante :

 

 

[ Source : Insee ]

 

La dynamique de la dette publique

 

Fondamentalement, la dynamique de la dette publique dépend de son niveau et du différentiel (taux d'intérêt réel - taux de croissance). Et c'est peu dire que les dernières années, les États ont pu profiter de la politique ultra-expansionniste menée par la BCE :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Celle-ci s'est traduite par une baisse des taux d'intérêt à long terme sur la dette publique et en tout état de cause une croissance (même très faible) supérieure aux taux d'intérêt, rendant supportables même des niveaux d'endettements publics très élevés comme en Italie. D'où la crainte de voir l'inflation ressurgir, ce qui pourrait contraindre la BCE à remonter ses taux et donc alourdir par ricochet le poids des dettes publiques...

 

Il n’existe a priori aucun seuil d’endettement maximum, la soutenabilité de la dette publique dépendant autant de facteurs économico-financiers (taux d’intérêt, taux de croissance, dépendance aux capitaux étrangers…) que de facteurs plus difficiles à appréhender (stabilité gouvernementale, effet d’annonce…). Ce n'est cependant pas une raison pour faire n'importe quoi, d'autant que l'endettement public s'accompagne d'effets redistributifs trop souvent négligés dans le débat ou résumés de manière simpliste à des transferts entre générations.

 

Cartographie des programmes présidentiels

 

Certes, l'on ne connaît pas encore tous les candidats - même si certains font beaucoup de battage médiatique en leur qualité de non candidat -, mais pour ceux qui se sont déjà déclarés, l'on dispose de premiers éléments sur leur vision de la dette publique et de la fiscalité. Cette vidéo de Xerfi Canal résume bien les tendances :

D'une certaine façon, cette absence de débat sérieux (et non idéologique) autour des sujets d'intérêt commun témoigne de la montée de l'individualisme et de l'insignifiance au sein de notre société. Ce qui n'augure en général rien de bon...

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3 novembre 2021 3 03 /11 /novembre /2021 14:04

 

 

Il y a quelque temps, un étudiant me demandait ce que signifiait l'expression "banquier du monde" qui sert souvent à qualifier les États-Unis. Comme je pense que cela peut également intéresser les lecteurs de mon blog, j'ai décidé de rédiger un court billet ce sujet, après mes billets sur les dépenses publiques, le prix de l'électricité, la pensée de Cornelius Castoriadis et Robert Owen, père fondateur du mouvement coopératif.

 

Le système monétaire international de 1990 à 2008

 

Du début des années 1990 à 2008, le système monétaire international se caractérisait par les éléments suivants :

 

 * des flux de capitaux de long terme en provenance des pays de l’OCDE et à destination des émergents (Chine incluse), en raison de la forte rentabilité du capital et d'un faible coût salarial unitaire ;

 

 * une balance commerciale largement et structurellement excédentaire dans les pays émergents ;

 

 * une accumulation massive de réserves de change par les pays émergents, pour éviter l'appréciation trop importante de leur monnaie. Comme rappelé dans ce billet, le plus souvent, en fait de devises, ce sont plutôt des titres en devises (essentiellement des bons et obligations du Trésor en dollars) qui constituent les avoirs de réserve. Ces réserves de change permettent alors aux Banques centrales d'intervenir sur le marché des changes afin de réguler les taux de change, et de maintenir la confiance dans leur monnaie.

 

Ce système monétaire international était favorable à la croissance mondiale, en ce que les États-Unis s'endettaient auprès de la Chine pour lui acheter ensuite des produits peu chers, d'où le creusement de la balance commerciale aux États-Unis et l'augmentation des réserves de change en Chine.

 

Le banquier du monde

 

Au vu de la brève présentation ci-dessus, l'on commence à comprendre le rôle des États-Unis dans le fonctionnement du système monétaire et financier international, que l'on qualifie de "banquier du monde" :

 

 * le pays fournit un actif sans risque, lié au "privilège exorbitant du dollar", qui est très demandé dans le monde entier ; cet actif est bien entendu la dette publique des États-Unis, ce qui revient à dire que le pays a traditionnellement une dette extérieure brute composée essentiellement de dette publique ;

 

 

[ Source : Natixis ]

 

* en contrepartie des titres de dette publique achetés par les non-résidents, les États-Unis voient des flux de capitaux entrer dans le pays dont ils se servent pour financer des investissements partout dans le monde en capital ; cela équivaut à dire que les États-Unis ont traditionnellement des avoirs extérieurs bruts composés essentiellement d’actions et d’autres titres liés à l'investissement.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Dit de manière ultra-simplifiée, les États-Unis vendent des titres de leur dette publique à l'étranger et investissent l'argent récupéré dans des entreprises étrangères risquées. Par analogie avec une banque, l'actif est risqué mais le passif est sans risque.

 

Toute la question est alors de savoir si en l'état actuel de l'économie mondiale, et en particulier celle des États-Unis qui souffre toujours d'un manque d'épargne de la nation leur faisant accumuler structurellement de la dette extérieure, les États-Unis pourront conserver ce rôle. D'autant que la Chine est en embuscade...

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