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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 12:38

 

 

Dans un récent billet, j'avais expliqué pourquoi la loi sur le travail portée par Myriam El Khomri est à mon sens une régression sociale majeure, bien qu'elle soit évidemment présentée comme un progrès... Mais forte heureusement, suite à l'importance des mouvements sociaux d'hier, le gouvernement vient de prendre la sage décision d'abandonner ce projet qui, on s'en doute, n'aurait pas manqué de peser très lourd dans la balance électorale en 2017 !

 

Pourquoi ce projet était une grave régression sociale

 

La loi portait à croire que le travail existe en volume suffisant pour tous les demandeurs et qu'il suffirait de flexibiliser beaucoup plus le marché du travail pour obtenir le plein-emploi. C'est évidemment une illusion à laquelle seuls des politiques déconnectés de toute réalité (désincarnés ?) peuvent adhérer.

 

Au reste, qui peut penser un instant qu'allonger le temps de travail des personnes ayant encore la chance d'en avoir un permettra de répondre à l'immense défi que représentent les 5 millions de chômeurs dans ce pays ? Pire, comment peut-on se convaincre que précariser les emplois en CDI servira à créer des emplois ?

 

De plus, les autres mesures dites de soutien à la compétitivité relevaient d'une incompréhension des mécanismes économiques. En effet, vouloir abaisser les salaires réels pour restaurer la profitabilité peut se défendre. Mais, le faire par une baisse des salaires nominaux est extrêmement dangereux, puisque cela conduit droit à la déflation !

 

Enfin, la piste de la flexibilisation à outrance est une erreur, comme l'a montré une étude récente du FMI. En effet, pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation. La conclusion de l'étude est édifiante : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme !

 

Emmanuel Macron, qui avait défendu ce projet de loi afin de "permettre d’aligner la France sur le droit de l’Union européenne. C’est le début de l’adaptation de notre économie à la modernité [...]" a depuis mis de l'eau dans son vin, en expliquant sur France Inter que nous avions tous mal compris la finalité de ce texte :

 


Emmanuel Macron : "Le raisonnement de cette loi... par franceinter

 

La loi enterrée en catimini

 

Les manifestants contre la loi travail furent nombreux à battre le pavé hier, entre 390 000 selon la Police et 1 200 000 selon les organisateurs :

 


Réforme du Code du travail : paroles de manifestants

 

Le Monde confirme que le gouvernement a mis sur la table toutes les possibilités qui s'offrent à lui :

 

 * utilisation du 49-3 : un suicide politique !

 

 * énième réécriture de certains articles : option délicate

 

Et contre toute attente, c'est l'abandon pur et simple du texte qui a été décidé en milieu de matinée, ce qui provoque déjà des cris d'orfraie au MEDEF !

 

 

Certes, c'était le meilleur choix possible, mais la méthode fut aussi désastreuse dans la forme que le débat sur la déchéance de nationalité.

 

Hélas...

 

 

N.B : l'image de ce billet, qui est bien la seule qui corresponde à la réalité économique actuelle, est issue d'un article de Ouest France.

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 11:16

 

 

Après deux semaines intenses de conférences, notamment à la médiathèque de Forbach et à l'UPT, où la qualité du public fut un élément déterminant du succès rencontré, j'en reviens à mes analyses. Les médias ont cela de bien qu'ils changent régulièrement de marotte, sans s'interdire les marronniers.

 

Ainsi, la panique sur les marchés financiers a-t-elle très vite cédé sa place à l'anti-loi travailler plus pour gagner moins de Madame El Khomri, elle-même détrônée par Super-Mario et ses injections de liquidités. Et désormais, c'est l'impôt prélevé à la source qui refleurit avec la venue du printemps... Et comme on me pose beaucoup de questions très intéressantes à ce sujet, j'ai jugé utile de consigner dans un billet de mon blog quelques éléments pour comprendre les tenants et aboutissants de cette réforme.

 

L'impôt sur le revenu

 

L'impôt sur le revenu fait partie des impôts directs que payent les ménages. Mais l'unité de déclaration retenue par la Direction générale des finances publiques n'est pas le ménage comme on le croit trop souvent, mais le foyer fiscal (au nombre de 36,5 millions environ en 2015).

 

Ainsi, pour les personnes mariées, le foyer fiscal est constitué du contribuable, de son conjoint et des personnes à charge, ce qui signifie que l'administration des impôts tient compte des revenus de tous les membres du foyer fiscal pour établir une imposition unique au nom du contribuable. L'impôt payé dépend alors d'un barème, dont la mouture 2016 est la suivante :

 

 

[ Source : https://www.service-public.fr ]

 

Dès l'âge de 18 ans, si la personne n'est rattachée au foyer fiscal de ses parents, elle doit remplir une déclaration de revenus. Pendant très longtemps, cela se faisait par courrier, mais depuis quelques années la déclaration en ligne gagne du terrain, au point qu'en 2016, la déclaration par Internet devient obligatoire lorsque le revenu fiscal de référence est supérieur à 40 000 € et que la résidence principale est équipée d'un accès à Internet !

 

Les revenus soumis à l'impôt sur le revenu sont répartis en plusieurs catégories :

 

 * les traitements, salaires, pensions, retraites et rentes

 * les revenus des placements financiers

 * les plus-values et gains divers (ventes de valeurs mobilières…)

 * les bénéfices industriels et commerciaux

 * les bénéfices non commerciaux des professions libérales et assimilées

 * les bénéfices agricoles

 * les revenus fonciers

 * les rémunérations de certains dirigeants de sociétés (gérants majoritaires de SARL notamment)

 

Combien l'impôt sur le revenu rapporte-t-il à l'État ?

 

Tout d'abord, à rebours d'une idée reçue, l'IR n'est pas le seul impôt sur le revenu puisqu'il existe également la CSG, qui est destinée à participer au financement de la Sécurité sociale. Et le moins que l'on puisse dire, est que le rendement de la CSG est important : 91,5 milliards d’euros en 2013, soit plus que l’impôt sur le revenu.

 

Venons-en à l'impôt sur le revenu. Son rendement est le suivant :

 

 

[ Source : Le journal du net ]

 

Si l'on s'intéresse maintenant à la part des foyers fiscaux imposables, on constate qu'elle est en nette baisse depuis 2013, autant pour des raisons sociales (chômage...) que politiques (mesures d'allégement de l'impôt pour les plus modestes prises suite à la colère des contribuables, dont modification du barème)... ce qui soulève évidemment de nombreuses questions :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Piketty et son équipe ont par ailleurs montré qu'en plus d'être illisible, le système d'impôts sur le revenu (IRPP+CSG) était régressif, en raison essentiellement des très nombreuses niches fiscales et dérogations, qui permettent à une minorité d'échapper à la contribution commune... Ce qui n'empêche pas d'entendre des commentateurs patentés affirmer que l’impôt sur le revenu repose surtout sur les plus riches, sur la base d'un chiffre porté en étendard : près de 10 % des foyers les plus aisés paient 74 % de l'impôt collecté... Mais curieusement, les mêmes restent très silencieux sur la question de l'évasion fiscale, dont je vais parler au mois d'avril lors d'une conférence à Metz !

 

D'où la proposition faite par Piketty de fusionner la CSG et l'impôt sur le revenu selon un barème progressif et d'en faire un impôt unique sur le revenu, prélevé à la source.

 

Le prélèvement à la source : comment ça marche ?

 

Disons-le d'emblée : le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu existe depuis longtemps chez certains de nos voisins :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

En France, ce n'est pas faute d'avoir essayé à plusieurs reprises de passer à ce système (en 1973 avec Valéry Giscard d’Estaing, en 1991 avec Michel Rocard, en 2006 avec Dominique de Villepin), mais les réserves de l'administration fiscale, l'opposition d'une majorité de parlementaire et la peur de perdre des voix aux élections ont eu raison des velléités de réforme fiscale. 

 

Le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu consistera, dès 2018 vraisemblablement, à prélever tous les mois un montant sur la fiche de paie du salarié. Mais cette réforme s'appliquera aussi aux retraités et aux indépendants, de sorte que seront concernés certes les salaires, mais également les revenus de remplacement (retraite ou chômage par exemple) et les revenus fonciers.

 

 

[ Source : Centre presse Aveyron ]

 

Comme le montre l'infographie ci-dessus, c'est l'employeur qui jouera le rôle d'intermédiaire en prélevant les sommes sur le salaire et en les reversant à l'administration fiscale. Bien entendu, pour les retraités ce rôle sera tenu par les caisses de retraites et pour les chômeurs par l'assurance-chômage. Cela ne devrait donc pas changer grand-chose pour la plupart des contribuables dont les revenus ne varient pas beaucoup d'une année à l'autre.

 

En revanche, pour les indépendants, les choses sont un peu plus compliquées et il est donc prévu le versement d'un acompte calculé en fonction des revenus des mois précédents, que l'administration pourra ajusté en fonction des revenus effectivement perçus.

 

Avantages et désavantages de la retenue à la source

 

C'est là les principaux points noirs de cette réforme fiscale, à savoir qu'il faudra faire en sorte que les entreprises ne disposent pas d'informations trop personnelles sur les revenus des salariés, et que ce nouveau mode de prélèvement ne conduise pas à une usine à gaz au sein des entreprises (d'autant qu'il aura un coût pour elles).

 

A contrario, le principal avantage est bien entendu de collecter l'impôt pour ainsi dire en temps réel, c'est-à-dire au fur et à mesure de la perception des revenus. Cela dans le but d'éviter qu'un salarié au chômage ne subisse une double peine, en devant s'acquitter d'un montant d'impôt calculé sur ses revenus de l'année passée. On peut aussi en attendre une amélioration de la transmission de la politique fiscale, en ce sens qu'une loi fiscale pourra entrer plus rapidement en application après avoir été votée au Parlement.

 

Quoi qu'il en soit, le prélèvement à la source de l'impôt nécessitera tout de même de remplir une déclaration annuelle, afin de faire connaître à l'administration fiscale l'état exact de ses revenus et de sa situation professionnelle mais aussi familiale. En retour, le FISC transmettra à l'intermédiaire-préleveur le taux d'imposition à appliquer.

 

Une année blanche ?

 

Le principal problème soulevé par ce changement de système fiscal reste bien entendu la taxation des revenus de l'année 2017. C'est précisément ce que l'on appelle "l'année blanche" :

 

 

[ Source : Ouest France ]

 

Elle pourrait conduire à des effets d'aubaine pour certains foyers fiscaux dont les revenus vont baisser entre 2017 et 2018. En effet, dans le cas d'un salarié qui prend sa retraite en décembre 2017, la réforme lui permettra d'être imposé dès 2018 sur sa pension et non sur ses revenus perçus en 2017, lorsqu'il était encore actif. Il en va de même pour ceux qui perdront leur emploi durant l'année 2017. Quant aux personnes qui décéderont à partir de 2018, elles ne laisseront plus de dette fiscale à leurs héritiers comme actuellement. A contrario, les jeunes qui entrent sur le marché du travail après 2017 ne bénéficieront plus du bonus de trésorerie qu'offrait l'actuel système, où ils ne payaient des impôts qu'un an après avoir commencé à percevoir des revenus.

 

Mais ce qui m'inquiète le plus est la possibilité d'optimisation fiscale (qu'en termes élogieux ces basses oeuvres sont présentées...) que permet cette année blanche. Il suffit en effet d'anticiper un peu pour faire en sorte d'augmenter considérablement ses revenus autres que salariaux en 2017 (revenus exceptionnels !), à des fins d'évitement de l'impôt. L'État, par la voix de Michel Sapin, a promis de prendre les mesures nécessaires pour que cela n'arrive pas, mais on sait bien qu'il y a loin de la coupe aux lèvres en politique... Au demeurant, en 2018, l'État devra par conséquent fonctionner avec les recettes fiscales de l'année en cours et espérer qu'elles soient à la hauteur de ce que l'ancien système aurait permis d'engranger !

 

D'autres économistes, quant à eux, pensent que l'année blanche sera, au contraire, une puissante incitation à la consommation et à l'investissement des ménages, et qu'elle permettra dès lors d'augmenter les recettes fiscales suivant une version positive de l'affirmation de Laffer (trop d'impôt tue l'impôt). Ils s'appuient sur le cas de l'Islande, qui a mis en place un tel prélèvement de l'impôt sur le revenu à la source en 1987, et qui a connu ensuite une hausse marquée de l'emploi et de la croissance.

 

Mais est-on certain que le contexte économique qui prévalait à cette époque ressemble à celui moribond de la zone euro d'aujourd'hui ? Et faut-il rappeler que la France pèse économiquement bien plus que l'Islande et ne dispose plus de tous les outils de politique économique, ce qui au demeurant est une litote ?

 

En définitive, ce changement de système fiscal ne l'est qu'en apparence. Certes, il change le mode de prélèvement de l'impôt sur le revenu, mais il ne modifie en rien l'injustice (impôt régressif, niches fiscales, etc.) et l'illisibilité du système actuel.

 

En revanche, sa mise en place au moment où la crise fait tant de dégâts, s'accompagnera nécessairement de difficultés comme c'est le cas pour toute transition de cette ampleur. Hélas, je crains que cela ne débouche sur une hausse du ressentiment et de la colère des contribuables, ce qui ne manquera pas de déliter encore un peu plus le consentement à l'impôt...

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article de l'Union.

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 10:46

 

 

Après l'énorme succès de ma conférence-dédicace à la médiathèque de Forbach, où nous avons fait salle comble et été contraint de refuser près d'une vingtaine de personnes par manque de place, je remets le couvert cette fois à l'UPT de Forbach.

 

Déflation, krach boursier en Chine, panique financière dans le monde, secteur pétrolier en grande difficulté, scandales bancaires, chômage endémique, dégradation de la condition salariale, Union européenne plus désunie que jamais, etc. Les mauvaises nouvelles ne cessent de s’accumuler ces derniers mois tant sur le front économique que politique et social, de sorte qu’au-delà des discours rassurants, il devient désormais évident que l’économie se dirige vers une nouvelle crise de grande ampleur.

 

La crise qui vient… Tel est le titre de ma conférence proposée à l’UPT, le mardi 22 mars 2016 à 19h. J'analyserai les ferments économiques mais aussi sociaux et politiques de cette crise majeure qui s’annonce, afin d’esquisser les changements impératifs qui permettraient de l’éviter.

[ Cliquer sur l'affiche pour l'agrandir ]

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. Toutes les questions seront les bienvenues à la suite de la présentation. L’entrée est fixée à 5€ pour les personnes non inscrites au cycle de conférences économiques de l’UPT.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 11:07

 

 

Ma conférence-dédicace à la médiathèque de Forbach cet après-midi à 14h30 sera justement l'occasion pour moi d'évoquer les annonces faites par Mario Draghi, jeudi 10 mars. Et ce d'autant plus que dans mon dernier livre, Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, j'ai consacré plusieurs entrées à ce sujet :

 

 * Idée reçue n°32 : les taux d’intérêt faibles voire négatifs sont une excellente nouvelle pour l’économie

 

 * Idée reçue n°44 : la zone euro a absolument besoin d’un quantitative easing

 

Il est vrai qu'il y a le feu au lac, puisque la déflation continue à menacer et que la reprise tarde à se matérialiser au sein de la zone euro... Mais comme j'ai déjà souvent écrit sur la politique monétaire (par exemple là), ce billet servira essentiellement à donner quelques clés de compréhension complémentaires.

 

Les principales annonces de Super-Mario

 

Jadis, lorsque l'économie n'était pas en crise permanente, les Banques centrales atteignaient leurs objectifs (2 % de taux d'inflation à moyen terme pour la BCE) grâce à des politiques monétaires conventionnelles basées essentiellement sur l'utilisation des taux directeurs.

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Le principal taux directeur est le taux d’intérêt auquel les banques commerciales se refinancent auprès de la Banque centrale ; ainsi plus il est élevé plus les banques payent leurs ressources chères, et donc moins elles sont incitées à prêter. Et la BCE vient de créer la surprise en annonçant l'abaissement symbolique de ce taux à 0 % !

 

En complément, elle a aussi abaissé le taux de prêt marginal à 0,25 % et surtout le taux de dépôt de -0,3 % à -0,4 %, ce qui revient à taxer encore plus fortement les banques qui déposent leurs liquidités à la Banque centrale au lieu de les prêter à l’économie réelle.

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

On notera aussi l'extension du quantitative easing à 80 milliards d’euros de rachat d’actifs tous les mois : dettes des États bien entendu, mais aussi désormais des dettes privées d'entreprises non financières bien notées par les agences de notation. Gageons que nous allons ainsi enfin passer à un financement de l'économie réelle, bien que celui-ci arrive très tard...

 

Enfin, curieusement, la BCE a renoué avec les prêts TLTRO (Targeted Longer-Term Refinancing Operations) - qui avaient pourtant fait la preuve de leur inefficacité il y a 4 ans - au moment où ce ne sont pas les liquidités qui manquent, bien au contraire !

 

A quoi vont servir ces mesures ?

 

Officiellement, cette artillerie lourde doit servir à lutter contre la déflation qui menace toujours la zone euro. En effet, selon Eurostat, le taux d'inflation annuel de la zone euro est estimé à -0,2 % en février 2016, en baisse par rapport au mois de janvier où il était de 0,3 %.

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Mais comme les principaux canaux de transmission de la politique monétaire à l'économie réelle (=la vraie économie...) sont sinon rompus au moins distendus, il y a peu à attendre de ces nouvelles annonces, si ce n'est un recul de l'Euro face aux autres monnaies.

 

La bulle obligataire

 

C'est bien peu pour espérer faire remonter rapidement le taux d'inflation, ce qui explique l'importance de conjuguer la politique monétaire expansionniste avec une politique budgétaire coordonnée au niveau européen, ce qui n'arrivera jamais. Mais assurément, cette politique monétaire continuera à alimenter une gigantesque bulle obligataire sur les titres de dettes publiques, qui condamne la BCE à poursuivre indéfiniment la mise sous perfusion de l'économie (bancaire, financière, mais pour l'instant pas réelle).

 

En définitive, en l'état actuel de la coordination économique dans la zone euro, les mesures annoncées par Mario Draghi s'apparentent plus à une politique désespérée (un viatique ?) qu'à un sauvetage de la zone euro ! Même les marchés financiers finissent par croire de moins en moins aux promesses du César de l'Empire BCE...

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article du Handelsblatt

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 11:20

 

 

Comme je l'avais écrit dans un précédent billet, la médiathèque de Forbach m'a invité à donner une conférence tous publics, le samedi 12 mars à 14h30.

 

S’ensuivront un échange et une séance de dédicace de mon dernier livre, Mieux comprendre l’économie : 50 idées reçues déchiffrées (Ellipses). L’entrée est libre dans la limite des places disponibles.

 

Le Républicain Lorrain m'a du reste interrogé sur les tenants et aboutissants de cette conférence-dédicace :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 10:38

 

 

Les dernières années ont été caractérisées par la prédominance des questions économiques et la multiplication des émissions et écrits consacrés à cette discipline. Mais cette profusion de débats et d’informations économiques n’est pas nécessairement synonyme de qualité, car on note une hausse marquée des messages économiques biaisés, des contrevérités voire même tout simplement des mensonges... 

 

« la dette publique est le problème principal de la zone euro », « trop d’impôt a tué l’impôt », « la croissance et l’inflation vont revenir », « les dépenses publiques sont trop élevées en France », « il ne faut pas augmenter le SMIC », « pour sauver la zone euro, il suffit de créer de la monnaie », « la mondialisation est inévitable », etc. Ces quelques affirmations, parmi tant d’autres très souvent entendues dans les médias, sont pourtant loin d’être des vérités économiques bien établies !

 

Aussi, pour expliquer simplement les réalités économiques, par-delà les idées reçues, la médiathèque de Forbach m'a invité à donner une conférence tous publics, le samedi 12 mars à 14h30 :

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

S’ensuivront un échange et une séance de dédicace de mon dernier livre, Mieux comprendre l’économie : 50 idées reçues déchiffrées (Ellipses). L’entrée est libre dans la limite des places disponibles.

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 12:10

 

 

Après un billet sur la loi portée par le ministre El Khomri et un autre consacré à la panique sur les marchés financiers, j'ai décidé d'en revenir au financement des entreprises. On a, en effet, beaucoup évoqué dans les médias les problèmes de financement des entreprises, à tel point qu'en France un médiateur du crédit avait été créé juste après le déclenchement de la crise. Or, actuellement dans la zone euro, ainsi que dans de nombreux pays de l'OCDE, on assiste plutôt à une augmentation très prononcée de l'autofinancement qui, contrairement à une idée reçue, est loin d'être une bonne nouvelle...

 

L'autofinancement

 

Dans le cas le plus courant, l’épargne brute des sociétés non financières - c’est-à-dire les bénéfices non distribués et les amortissements - n’est pas suffisante pour financer les investissements. L’entreprise aura donc un besoin de financement, qu’elle couvrira par un financement externe auprès d’une banque ou des marchés financiers.

 

Mais lorsque cette épargne brute est supérieure aux investissements qu'elle souhaite réaliser, on dit que l’entreprise a une capacité d’autofinancement. Cela revient à dire que l'entreprise peut financer par elle-même ses investissements.

 

L'évolution au sein de la zone euro

 

Le graphique ci-dessous nous montre que la part des investissements autofinancés a augmenté, au point d'en arriver à une situation où le taux d'autofinancement avoisine (et dépasse même dans certaines régions de l'OCDE) les 100 %, ce qui signifie que les investissements sont totalement autofinancés dans la plupart des régions de l'OCDE !

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Cela s'explique bien entendu d'abord par la pénurie de financement externe qui a fait suite à la crise de 2008. Mais on ne peut pas non plus exclure des choix de gouvernance stratégique, c'est-à-dire la volonté des entreprises de ne pas diluer leurs actionnaires lors d'une augmentation de capital ; d'où, le faible recours au marché des actions. Au reste, faut-il rappeler que l'endettement bancaire aux États-Unis sert plus à racheter des actions pour en faire monter le cours, qu'à financer les investissements ?

 

Les conséquences d'un autofinancement généralisé

 

Bien entendu, si les entreprises souhaitent autofinancer leurs investissements, elles doivent dégager une rentabilité élevée. Et pour ce faire, elles auront tendance à titrer la couverture à elles lors du partage de la valeur ajoutée, c'est-à-dire que les entreprises vont chercher à limiter les progressions salariales réelles. Cela s'observe déjà depuis un certain temps aux États-Unis, au Japon et même dans la zone euro prise dans sa globalité.

 

Or, le freinage des salaires réels limite la demande des ménages, qui ne peuvent dès lors continuer à consommer et investir qu'en usant du crédit, au risque de conduire à un surendettement important. Et avec le resserrement des conditions de crédit observé ces dernières années, on ne voit pas bien comment la demande pourrait se maintenir dans la plupart des pays... Dans ce cas, pour éviter la récession, les États seraient dans l'obligation d'intervenir au moyen de leur budget, en augmentant le déficit public et donc partiellement la dette, au moment où la Commission européenne ne cesse de réclamer un retour à l'équilibre !

 

En outre, si à terme les banques ne financent plus l'essentiel des besoins de financements des entreprises européennes, comme ce fut le cas jusqu'à présent, alors celles-ci chercheront d'autres débouchés, qui peuvent être bien plus risqués et surtout moins profitables à la croissance du pays. Quant aux marchés financiers, même les plus grandes entreprises - dont les start-up géantes - hésitent à s'y introduire au vu des contraintes folles exigées par les investisseurs.

 

En définitive, le passage à un modèle d'autofinancement total des investissements par les entreprises serait une très mauvaise nouvelle pour les salariés (freinage des salaires réels) et pour l'économie dans son ensemble (baisse de la croissance potentielle). Alors pourquoi ne pas en faire une nouvelle loi portée par le ministre de l'économie (ou du travail), puisqu'il semble que ces derniers temps les textes législatifs servent surtout à défaire le salariat ?

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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 12:40

 

 

Alors là les bras m'en tombent ! Je m'attendais à tout dans l'avant-projet de loi de Myriam El Khomri, mais je ne pensais pas que le ministre du travail accepterait d'endosser le rôle de fossoyeur des idées de gauche du Code du travail. Bien entendu, cela se fera au nom des impératifs de compétitivité et de lutte contre le chômage, qui marque l'acmé du cynisme gouvernemental ! Désormais, nous aurons donc le choix entre l'Océania (avec sa novlangue d'Orwell) et le monde de plus en plus vraisemblable de Trepalium !

 

Ce que contient l'avant-projet de loi

 

105 pages et 47 articles, que d'aucuns qualifieront de ballon d'essai et qui s'apparentent plus vraisemblablement à une estocade. En finir avec les 35h, au moment même où près de 5 millions de chômeurs attendent leur tour, est vraiment la pire idée qui soit. Dans le détail, on y trouve les principaux points suivants :

 

 * certes, la durée légale du travail reste fixée de façon cosmétique à 35h, mais la durée maximale hebdomadaire pourra être portée à 60 heures contre 48 actuellement (12 heures par jour dans certains cas). L'entreprise pourra d'ailleurs se passer d'en demander l'autorisation à la Direction du travail, et se contenter d'obtenir un accord en interne...

 

 * on connaissait l'accord national interprofessionnel (ANI) sur la compétitivité et la sécurisation de l'emploi, qui consacre entre autres les consacre les accords compétitivité-emploi au sein des entreprises, i.e. que les patrons peuvent réduire le coût horaire du travail pour gagner en compétitivité, en contrepartie d'une garantie de ne pas licencier. Dans le nouveau texte, il est désormais prévu que l'entreprise puisse moduler librement le temps de travail et le salaire afin de partir à la conquête de nouveaux marchés.

 

 * la question des indemnités prud'homales revient aussi sur le devant de la scène après avoir subi les foudres du Conseil constitutionnel. Il est donc prévu de plafonner ces indemnités suivant un barème lié à l'ancienneté du salarié.

 

 * dans le cadre des accords d'entreprise (la marotte du gouvernement), les syndicats devront représenter non plus 30 % des suffrages lors des élections professionnelles, mais au moins 50 % ! En l'absence de validation de l'accord par les syndicats majoritaires, il est prévu de les contourner en demandant la tenue d'un référendum dont le résultat sera contraignant.

 

 * les salariés en astreinte et non sollicités seront considérés comme étant en repos, afin de ne pas les payer, ce qui est d'ores et déjà en contradiction avec la Charte sociale européenne, mais le gouvernement n'en a cure...

 

 * comme les apprentis constituent déjà une ressource (humaine ?) corvéable à merci, il est désormais prévu de les faire trimer plus facilement 40 heures par semaine et jusqu'à 10 heures par jour.

 

Pourquoi est-ce une folie ?

 

Tout d'abord, présenté ainsi, l'avant-projet de loi laisse penser que le travail existe en volume suffisant pour tous les demandeurs et qu'il suffirait de flexibiliser beaucoup plus le marché du travail pour obtenir le plein-emploi. C'est évidemment une illusion à laquelle seuls des politiques déconnectés de toute réalité (désincarnés ?) peuvent adhérer.

 

Qui peut croire un instant qu'allonger le temps de travail des personnes ayant encore la chance d'en avoir un permettra de répondre à l'immense défi que représentent les 5 millions de chômeurs dans ce pays ? C'est surtout le meilleur moyen d'approfondir la distinction entre les insiders (salariés qui ont conservé leur emploi) et les outsiders (salariés sans emploi), qui explique pourquoi après un choc, comme la crise de 2007, le taux de chômage de la zone euro ne baisse pas, mais au contraire semble monter durablement d'un cran (effet d'hystérésis du chômage).

 

De plus, les autres mesures dites de soutien à la compétitivité relèvent d'une incompréhension des mécanismes économiques. En effet, vouloir abaisser les salaires réels pour restaurer la profitabilité peut se défendre. Mais, le faire par une baisse des salaires nominaux est extrêmement dangereux, puisque cela conduit droit à la déflation !

 

Certes, le marché du travail en France connaît de nombreuses difficultés, qui vont être aggravées par l'ubérisation (qui risque du reste de faire baisser le taux de chômage avant 2017, mais est-ce une bonne nouvelle ?) et la disparition des emplois intermédiaires.

 

Mais la piste de la flexibilisation à outrance est une erreur, comme l'a montré une étude récente du FMI. En effet, pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation. La conclusion de l'étude est édifiante : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme !

 

Pourquoi ne pas rechercher un partage du travail, à l'instar de ce que font de nombreux pays nordiques pourtant cités en exemple dès que cela peut arranger les calculs politiques ? De plus, il serait temps que le gouvernement fasse la différence entre travail et emploi, le premier n'étant que la déclinaison moderne du tripalium dont il est issu...

 

En définitive, Emmanuel Macron avait proposé de travailler plus sans gagner plus :

 


Depuis Davos, Macron propose de travailler plus... par ActuLePoint6medias

 

Myriam El Khomri, qui sait maintenant ce qu'est un CDD et combien de fois on peut le renouveler, vient d'inventer le travailler plus pour gagner moins ! A contresens de l'histoire du progrès, qui transformait les gains de productivité en réduction du temps de travail. Chapeau l'artiste !

 

Évolution des durées annuelles de travail

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Et si tout simplement, droite = gauche ? La preuve en image pour finir :

 

 

N.B1 : Si Madame le ministre a du temps à perdre entre deux lois, elle devrait relire l'article Front populaire de l'Encyclopædia Universalis. Elle y découvrirait la vraie notion de progrès économique et social !

 

N.B2 : l'image de ce billet provient d'un article du site www.jeunes-communistes.org

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 11:14

 

 

Il n'aura échappé à personne que les marchés financiers traversent une zone de fortes turbulences depuis le début de l'année. Pourtant, l'alignement des planètes économiques (taux d'intérêt bas, euro faible, pétrole bon marché) est favorable à l'activité, et plus généralement les fondamentaux des entreprises cotées sont relativement bons. Mais que se passe-t-il donc sur les marchés ? Réponse dans ce billet...

 

La chute des marchés

 

Depuis le début de l'année 2016, mais le mouvement a en fait commencé dès le printemps 2015, les marchés actions de la zone euro connaissent des soubresauts et se dégradent de plus en plus :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Pour le dire en termes un peu plus savants, on assiste dans la zone euro à une décorrélation entre le cours des actions et leurs fondamentaux, ces derniers étant pourtant relativement bons : hausse des profits des entreprises, augmentation du bénéfice net par action au sein de l'Eurostoxx 50, le tout conjugué à un peu de croissance au sein de l'UE, à un niveau historiquement bas des taux d'intérêt à long terme, à un euro faible et bien sûr à une abondance de liquidités injectées par la Banque centrale.

 

Pourquoi cette crise sur les marchés financiers ?

 

La crise actuelle sur les marchés actions prouve tout d'abord que le cours d'un titre ne dépend pas uniquement de ses fondamentaux, mais aussi (surtout ?) de l'environnement macroéconomique. Or, c'est peu dire que celui-ci s'est fortement dégradé partout dans le monde, comme j'en ai souvent rendu compte sur mon blog, d'où une remontée de l'aversion au risque des investisseurs. Examinons plus en détail quatre points :

 

1) la Chine n'en finit plus d'inquiéter quant à sa capacité de faire atterrir en douceur une économie encore trop axée sur les exportations et donc sur la compétitivité-coût. J'avais expliqué dans ce billet que la Chine faisait face à une déflation et qu'elle avait beaucoup de mal à rééquilibrer son modèle de croissance, pour donner plus d’importance à la demande intérieure. Plus généralement, en Chine, les problèmes économiques, financiers, sociaux et politiques se conjuguent pour donner un cocktail explosif !

 

Hélas, pour faire face à ses difficultés, la Chine a renoué avec ses méthodes traditionnelles non-confucéennes : la dévaluation du renminbi. Si cette acupuncture peut soigner à court terme la déflation et redresser la balance commerciale et l'investissement, elle n'est pas du tout indiquée dans un monde globalisé comme le nôtre. En effet, elle conduit à une baisse de la rentabilité pour les entreprises étrangères qui exportent vers la Chine, donc à une nouvelle dégradation des cours boursiers. De plus, elle peut provoquer une guerre des monnaies, à partir du moment où les autres pays vont eux-aussi chercher à déprécier leur taux de change pour gagner en compétitivité...

 

 2) la baisse des prix du pétrole a trop souvent été vue comme une bonne nouvelle, que j'avais tempérée dans ce billet en rappelant le danger d'une reprise entièrement liée à un facteur exogène et volatil comme le prix du pétrole. De plus, on a tendance à oublier un peu vite que de nombreux pays exportateurs de pétrole connaissent désormais de graves déséquilibres budgétaires en raison de la baisse du prix du baril. Bien entendu, cela conduit également à des difficultés sérieuses pour les entreprises du secteur pétrolier :

 


Pétrole : un secteur menacé

 

3) le corollaire du point précédent est la dégradation des bilans des banques qui ont financé l'industrie pétrolière. Et ce faisant, ce sont toutes les banques qui sont mises sur le gril, et ce n'est parfois que justice, car j'ai toujours encore du mal à comprendre pourquoi les stress tests avaient à ce point rassuré le monde économique. J'avais, dans une tribune publiée dans le Monde, expliqué que le pire était encore à venir, mais bon, nous savons bien que dans les concerts de louanges les Cassandre ne sont jamais écoutés (ni d'ailleurs lors des crises d'après la mythologie...).

 

Il faudra donc surveiller l'évolution du marché interbancaire, celui qui déclencha la crise en 2008, d'autant qu'on se demande bien quel insecte financier a piqué la Deutsche Bank pour que ses dirigeants se sentent obligés de préciser que leur banque n’était pas en faillite ! Est-ce en raison de la reprise des activités risquées de titrisation et autres produits complexes qui avaient pourtant débouché sur la crise de 2007 ?

 

N'oublions pas que la baisse des taux d'intérêt est évidemment lourde de conséquences pour les banques, dont le métier est de transformer des dépôts à court terme en des crédits à long terme, ce que l'on appelle la transformation bancaire. Or, quand les taux longs sont faibles, les banques voient leur marge fondre... Est-ce la raison qui les pousse à inventer, ou augmenter, des frais de gestion et de tenue de compte ? En outre, l'entrée en vigueur de l'Union bancaire fait peser plus de risques sur les actionnaires et déposants bancaires, puisqu'ils sont désormais en première ligne pour le renflouement d'une banque en difficulté.

 

Ainsi, la Société Générale vient d'annoncer une révision à la baisse de son objectif de rentabilité sur fonds propres, due à la hausse des incertitudes et à son exposition au secteur du pétrole et du gaz, qui lui a valu une nouvelle sanction boursière :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

4) enfin, au vu des derniers chiffres, on peut se demander si les États-Unis ne sont pas déjà arrivés au bout de leur cycle de croissance, ce qui revient à se demander si la crise n'est pas en train de guetter de l'autre côté de l'Atlantique... Or, quand les États-Unis toussent, l’Europe s’enrhume !

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En définitive, le cours des actions n'est plus corrélé aux fondamentaux des titres, ce qui pose évidemment problème pour les entreprises. Pire, le cours dépendait en fait largement des annonces d'injection de liquidités de la BCE, mais même cette drogue dure a fini par voir son effet s'estomper.

 

Désormais, la crise chinoise, les problèmes des exportateurs de pétrole et les doutes sur la solidité des banques semblent avoir provoqué une remontée phénoménale de l'aversion au risque des investisseurs. Ces derniers se détournent alors des actions pour se replier sur les obligations d'État, d'où l'immense bulle obligataire qui s'est formée depuis la mise en oeuvre du quantitative easing.

 

Or, les bulles ont vocation à exploser, même si les bulles obligataires prennent plus de temps et paraissent, à tort, moins dangereuses aux investisseurs. Faut-il pour éviter la crise obligataire, que la BCE poursuive indéfiniment ses injections de liquidités, sous forme de quantitative easing ? Question subsidiaire : que pourront faire les États européens et la BCE si la bulle devait exploser, sachant que les premiers se sont privés de toutes leurs cartouches et que la seconde tire tous azimuts depuis plusieurs années ?

 

D'ailleurs, qui se souvient encore, dans le flot actuel d'informations, que les analystes de la RBS avaient publié il y a peu une note, où ils montraient que les marchés présentent des caractéristiques proches de celles qui prévalaient avant l’effondrement de la banque Lehman Brothers en 2008 ? Leur préconisation tenait en deux mots : "sell everything" (vendez tout) ! À méditer...

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 12:55

 

 

Il y a actuellement deux catégories d'optimistes naïfs en économie : ceux qui pensent que la Banque centrale va sauver l'économie européenne en injectant encore plus de liquidités (voir mon billet) et ceux qui voient dans les nouvelles technologies LE moyen d'atteindre le plein-emploi. Parfois, les deux ensembles ont même tendance à se recouper et on obtient alors des optimistes béats !

 

C'est pourquoi, dans le billet d'aujourd'hui, je me concentrerai plus particulièrement sur les espoirs un peu fou (et flou) de lutte contre le chômage que d'aucuns placent dans la révolution numérique...

 

La disparition des emplois de qualification intermédiaire

 

Le tableau ci-dessous présente comment a évolué l'emploi par niveau de qualification :

 

 

[ Source : France Stratégie ]

 

Ligne à ligne, on peut y voir une baisse du poids des indépendants, une stabilité du poids des employés et ouvriers peu qualifiés, une baisse du poids des ouvriers et employés qualifiés et une hausse du poids des professions intermédiaires et des cadres.

 

Ces chiffres nous montrent donc que l'on s'achemine, en France, vers une bipolarisation du marché du travail, c'est-à-dire une disparition des emplois intermédiaires et une concentration aux extrémités (emplois peu qualifiés et emplois très qualifiés).

 

Des attentes déçues

 

Le gouvernement laisse entendre que la révolution numérique, pour peu qu'elle soit associée à une flexibilisation accrue du marché du travail, permettra un retour au plein-emploi. Ceux qui ont encore de la mémoire dans un monde où une information en chasse l'autre, se rappelleront certainement que les dirigeants politiques des années 1990 prétendaient à peu près la même chose au sujet des NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication). Avec le résultat que l'on sait...

 

Toujours est-il que la flexibilisation dont il est question aujourd'hui correspond peu ou prou à la destruction complète du salariat, au profit de l'émergence d'une classe laborieuse d'autoentrepreneurs en concurrence sur un marché coté en continu de la fourniture de service... Les rémunérations seront dès lors très variables dans le temps et selon les personnes, ce qui posera d'innombrables questions sur le financement de l'État et de la Sécurité sociale, cette dernière ayant été bâtie sur les cotisations salariales et donc in fine sur la croissance.

 

Pourtant, à bien y regarder, le salariat fait encore de la résistance dans quasiment tous les pays développés et le nombre d'emplois offerts dans les nouvelles technologies reste désespérément faible malgré les promesses :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

A rebours des thuriféraires de la révolution numérique, je crains fort que celle-ci ne conduise à une situation sociale encore pire que celle que nous connaissons, en raison de la concurrence intense que ces nouvelles sociétés vont faire peser sur les industries traditionnelles, pourtant grandes pourvoyeuses d'emplois. Car, ce qui est nouveau, c'est que l'alliance de la robotique et des outils numériques menace aujourd'hui aussi les emplois intermédiaires (comptabilité, transport, etc.), tout en continuant à exercer une pression accrue sur les emplois peu ou pas qualifiés, notamment dans l'industrie.

 

Et contrairement à ce que certains affirment, il n'est pas certain que l'on assiste à un "déversement" des emplois perdus dans d'autres secteurs de l'économie, comme on a pu le voir après la Deuxième guerre mondiale où les emplois perdus dans l'agriculture se sont déversés dans l'industrie. L'utopie de la 4e révolution industrielle (intelligence artificielle, imprimante 3D, etc.) risque alors fort de muer en dystopie, façon Huxley (Le Meilleur des mondes)...

 

Je vous laisse en effet imaginer la tête qu'aura notre monde lorsqu'il sera possible pour la technologie de remplacer (pardon, compléter dans la novlangue des béats) l'Homme, et que ce dernier deviendra par conséquent inutile comme l'écrit à merveille Pierre-Noël Giraud, donc relégué à des tâches secondaires ou des petits boulots.

 

Bien entendu, face à cette conclusion, nos amis les béats ne manqueront pas de rétorquer qu'il suffit de mettre l'accent sur les compétences et donc investir massivement dans la formation. Oui, sauf qu'on ne sort toujours pas de la contradiction initiale : comment transvaser les nombreux emplois perdus dans l'industrie traditionnelle vers le peu d'offres de travail qu'offre le secteur des nouvelles technologies, question qui n'a que peu à voir avec le niveau de formation ? Oserai-je ajouter que de connaissances il n'est plus question, puisqu'il faut que le travailleur soit opérationnel au plus vite, ce qui fait de lui un futur non-pensant ou si vous préférez un futur esclave de ses compétences si vite périmées...

 

Quant à la surveillance de masse (des masses ?), elle est déjà à l'oeuvre sans discernement depuis que les gouvernements se sont persuadés que le renseignement technique primait sur le renseignement humain !

 

Le chômage baissera fort opportunément

 

Enfin, il est à peu près certain que le taux de chômage baissera fort opportunément avant les élections présidentielles de 2017, ne serait-ce qu'en raison des 500 000 chômeurs qui vont glisser de la catégorie A à la catégorie D de Pôle Emploi. Mais cela ne changera rien aux conclusions d'un précédent billet consacré au chômage, où j'écrivais que la France fait face à un phénomène d'hystérésis du chômage, i.e. qu'après un choc, comme la crise de 2007, le taux de chômage de la zone euro ne baisse pas, mais au contraire semble monter durablement d'un cran.

 

Quant à la piste de la flexibilisation à outrance, c'est une erreur, comme l'a montré une étude récente du FMI. En effet, pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation. La conclusion de l'étude est édifiante : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme !

 

Gardons à l'esprit que le chômage n'est pas qu'un chiffre que l'on cherche à faire baisser par différents expédients. Non, le chômage, c'est aussi des vies (professionnelles et privées) brisées, même si les gouvernants en minimisent toujours la réalité, espérant de la sorte faire oublier au plus vite ce que l'OIT appelle déjà la décennie perdue... Quant aux questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel, elles ont carrément disparu des écrans radars du ministère du (non-) travail.

 

Répétons-le haut et fort, en l'absence d'une demande solvable pérenne, nos industries traditionnelles continueront à tourner au ralenti alors qu'elles sont indispensables à la reprise économique ! Et sur ces entrefaites, la multiplication du nombre de diplômés sans débouchés augmentera les déconvenues et le ressentiment d'une jeune génération déjà passablement chauffée à blanc.

 

En définitive, qui osera dire à Emmanuel Macron que la révolution numérique qu'il appelle de ses voeux nous conduira droit dans le mur et que, en l'état actuel des qualifications de la population active en France, ce sont plutôt des emplois peu qualifiés (et donc directement accessibles aux chômeurs) qu'il faut dans un premier temps chercher à préserver dans nos industries ? Le ministre imagine-t-il un instant ce que serait un monde dominé par Amazon, Twitter et autres sociétés de l'économie numérique ? Mais soyons cléments, car l'homme vient à peine de découvrir ce qu'est la vraie vie :

 

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du Point.

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