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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 10:38

 

 

Les dernières années ont été caractérisées par la prédominance des questions économiques et la multiplication des émissions et écrits consacrés à cette discipline. Mais cette profusion de débats et d’informations économiques n’est pas nécessairement synonyme de qualité, car on note une hausse marquée des messages économiques biaisés, des contrevérités voire même tout simplement des mensonges... 

 

« la dette publique est le problème principal de la zone euro », « trop d’impôt a tué l’impôt », « la croissance et l’inflation vont revenir », « les dépenses publiques sont trop élevées en France », « il ne faut pas augmenter le SMIC », « pour sauver la zone euro, il suffit de créer de la monnaie », « la mondialisation est inévitable », etc. Ces quelques affirmations, parmi tant d’autres très souvent entendues dans les médias, sont pourtant loin d’être des vérités économiques bien établies !

 

Aussi, pour expliquer simplement les réalités économiques, par-delà les idées reçues, la médiathèque de Forbach m'a invité à donner une conférence tous publics, le samedi 12 mars à 14h30 :

 

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

S’ensuivront un échange et une séance de dédicace de mon dernier livre, Mieux comprendre l’économie : 50 idées reçues déchiffrées (Ellipses). L’entrée est libre dans la limite des places disponibles.

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 12:10

 

 

Après un billet sur la loi portée par le ministre El Khomri et un autre consacré à la panique sur les marchés financiers, j'ai décidé d'en revenir au financement des entreprises. On a, en effet, beaucoup évoqué dans les médias les problèmes de financement des entreprises, à tel point qu'en France un médiateur du crédit avait été créé juste après le déclenchement de la crise. Or, actuellement dans la zone euro, ainsi que dans de nombreux pays de l'OCDE, on assiste plutôt à une augmentation très prononcée de l'autofinancement qui, contrairement à une idée reçue, est loin d'être une bonne nouvelle...

 

L'autofinancement

 

Dans le cas le plus courant, l’épargne brute des sociétés non financières - c’est-à-dire les bénéfices non distribués et les amortissements - n’est pas suffisante pour financer les investissements. L’entreprise aura donc un besoin de financement, qu’elle couvrira par un financement externe auprès d’une banque ou des marchés financiers.

 

Mais lorsque cette épargne brute est supérieure aux investissements qu'elle souhaite réaliser, on dit que l’entreprise a une capacité d’autofinancement. Cela revient à dire que l'entreprise peut financer par elle-même ses investissements.

 

L'évolution au sein de la zone euro

 

Le graphique ci-dessous nous montre que la part des investissements autofinancés a augmenté, au point d'en arriver à une situation où le taux d'autofinancement avoisine (et dépasse même dans certaines régions de l'OCDE) les 100 %, ce qui signifie que les investissements sont totalement autofinancés dans la plupart des régions de l'OCDE !

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Cela s'explique bien entendu d'abord par la pénurie de financement externe qui a fait suite à la crise de 2008. Mais on ne peut pas non plus exclure des choix de gouvernance stratégique, c'est-à-dire la volonté des entreprises de ne pas diluer leurs actionnaires lors d'une augmentation de capital ; d'où, le faible recours au marché des actions. Au reste, faut-il rappeler que l'endettement bancaire aux États-Unis sert plus à racheter des actions pour en faire monter le cours, qu'à financer les investissements ?

 

Les conséquences d'un autofinancement généralisé

 

Bien entendu, si les entreprises souhaitent autofinancer leurs investissements, elles doivent dégager une rentabilité élevée. Et pour ce faire, elles auront tendance à titrer la couverture à elles lors du partage de la valeur ajoutée, c'est-à-dire que les entreprises vont chercher à limiter les progressions salariales réelles. Cela s'observe déjà depuis un certain temps aux États-Unis, au Japon et même dans la zone euro prise dans sa globalité.

 

Or, le freinage des salaires réels limite la demande des ménages, qui ne peuvent dès lors continuer à consommer et investir qu'en usant du crédit, au risque de conduire à un surendettement important. Et avec le resserrement des conditions de crédit observé ces dernières années, on ne voit pas bien comment la demande pourrait se maintenir dans la plupart des pays... Dans ce cas, pour éviter la récession, les États seraient dans l'obligation d'intervenir au moyen de leur budget, en augmentant le déficit public et donc partiellement la dette, au moment où la Commission européenne ne cesse de réclamer un retour à l'équilibre !

 

En outre, si à terme les banques ne financent plus l'essentiel des besoins de financements des entreprises européennes, comme ce fut le cas jusqu'à présent, alors celles-ci chercheront d'autres débouchés, qui peuvent être bien plus risqués et surtout moins profitables à la croissance du pays. Quant aux marchés financiers, même les plus grandes entreprises - dont les start-up géantes - hésitent à s'y introduire au vu des contraintes folles exigées par les investisseurs.

 

En définitive, le passage à un modèle d'autofinancement total des investissements par les entreprises serait une très mauvaise nouvelle pour les salariés (freinage des salaires réels) et pour l'économie dans son ensemble (baisse de la croissance potentielle). Alors pourquoi ne pas en faire une nouvelle loi portée par le ministre de l'économie (ou du travail), puisqu'il semble que ces derniers temps les textes législatifs servent surtout à défaire le salariat ?

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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 12:40

 

 

Alors là les bras m'en tombent ! Je m'attendais à tout dans l'avant-projet de loi de Myriam El Khomri, mais je ne pensais pas que le ministre du travail accepterait d'endosser le rôle de fossoyeur des idées de gauche du Code du travail. Bien entendu, cela se fera au nom des impératifs de compétitivité et de lutte contre le chômage, qui marque l'acmé du cynisme gouvernemental ! Désormais, nous aurons donc le choix entre l'Océania (avec sa novlangue d'Orwell) et le monde de plus en plus vraisemblable de Trepalium !

 

Ce que contient l'avant-projet de loi

 

105 pages et 47 articles, que d'aucuns qualifieront de ballon d'essai et qui s'apparentent plus vraisemblablement à une estocade. En finir avec les 35h, au moment même où près de 5 millions de chômeurs attendent leur tour, est vraiment la pire idée qui soit. Dans le détail, on y trouve les principaux points suivants :

 

 * certes, la durée légale du travail reste fixée de façon cosmétique à 35h, mais la durée maximale hebdomadaire pourra être portée à 60 heures contre 48 actuellement (12 heures par jour dans certains cas). L'entreprise pourra d'ailleurs se passer d'en demander l'autorisation à la Direction du travail, et se contenter d'obtenir un accord en interne...

 

 * on connaissait l'accord national interprofessionnel (ANI) sur la compétitivité et la sécurisation de l'emploi, qui consacre entre autres les consacre les accords compétitivité-emploi au sein des entreprises, i.e. que les patrons peuvent réduire le coût horaire du travail pour gagner en compétitivité, en contrepartie d'une garantie de ne pas licencier. Dans le nouveau texte, il est désormais prévu que l'entreprise puisse moduler librement le temps de travail et le salaire afin de partir à la conquête de nouveaux marchés.

 

 * la question des indemnités prud'homales revient aussi sur le devant de la scène après avoir subi les foudres du Conseil constitutionnel. Il est donc prévu de plafonner ces indemnités suivant un barème lié à l'ancienneté du salarié.

 

 * dans le cadre des accords d'entreprise (la marotte du gouvernement), les syndicats devront représenter non plus 30 % des suffrages lors des élections professionnelles, mais au moins 50 % ! En l'absence de validation de l'accord par les syndicats majoritaires, il est prévu de les contourner en demandant la tenue d'un référendum dont le résultat sera contraignant.

 

 * les salariés en astreinte et non sollicités seront considérés comme étant en repos, afin de ne pas les payer, ce qui est d'ores et déjà en contradiction avec la Charte sociale européenne, mais le gouvernement n'en a cure...

 

 * comme les apprentis constituent déjà une ressource (humaine ?) corvéable à merci, il est désormais prévu de les faire trimer plus facilement 40 heures par semaine et jusqu'à 10 heures par jour.

 

Pourquoi est-ce une folie ?

 

Tout d'abord, présenté ainsi, l'avant-projet de loi laisse penser que le travail existe en volume suffisant pour tous les demandeurs et qu'il suffirait de flexibiliser beaucoup plus le marché du travail pour obtenir le plein-emploi. C'est évidemment une illusion à laquelle seuls des politiques déconnectés de toute réalité (désincarnés ?) peuvent adhérer.

 

Qui peut croire un instant qu'allonger le temps de travail des personnes ayant encore la chance d'en avoir un permettra de répondre à l'immense défi que représentent les 5 millions de chômeurs dans ce pays ? C'est surtout le meilleur moyen d'approfondir la distinction entre les insiders (salariés qui ont conservé leur emploi) et les outsiders (salariés sans emploi), qui explique pourquoi après un choc, comme la crise de 2007, le taux de chômage de la zone euro ne baisse pas, mais au contraire semble monter durablement d'un cran (effet d'hystérésis du chômage).

 

De plus, les autres mesures dites de soutien à la compétitivité relèvent d'une incompréhension des mécanismes économiques. En effet, vouloir abaisser les salaires réels pour restaurer la profitabilité peut se défendre. Mais, le faire par une baisse des salaires nominaux est extrêmement dangereux, puisque cela conduit droit à la déflation !

 

Certes, le marché du travail en France connaît de nombreuses difficultés, qui vont être aggravées par l'ubérisation (qui risque du reste de faire baisser le taux de chômage avant 2017, mais est-ce une bonne nouvelle ?) et la disparition des emplois intermédiaires.

 

Mais la piste de la flexibilisation à outrance est une erreur, comme l'a montré une étude récente du FMI. En effet, pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation. La conclusion de l'étude est édifiante : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme !

 

Pourquoi ne pas rechercher un partage du travail, à l'instar de ce que font de nombreux pays nordiques pourtant cités en exemple dès que cela peut arranger les calculs politiques ? De plus, il serait temps que le gouvernement fasse la différence entre travail et emploi, le premier n'étant que la déclinaison moderne du tripalium dont il est issu...

 

En définitive, Emmanuel Macron avait proposé de travailler plus sans gagner plus :

 


Depuis Davos, Macron propose de travailler plus... par ActuLePoint6medias

 

Myriam El Khomri, qui sait maintenant ce qu'est un CDD et combien de fois on peut le renouveler, vient d'inventer le travailler plus pour gagner moins ! A contresens de l'histoire du progrès, qui transformait les gains de productivité en réduction du temps de travail. Chapeau l'artiste !

 

Évolution des durées annuelles de travail

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Et si tout simplement, droite = gauche ? La preuve en image pour finir :

 

 

N.B1 : Si Madame le ministre a du temps à perdre entre deux lois, elle devrait relire l'article Front populaire de l'Encyclopædia Universalis. Elle y découvrirait la vraie notion de progrès économique et social !

 

N.B2 : l'image de ce billet provient d'un article du site www.jeunes-communistes.org

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 11:14

 

 

Il n'aura échappé à personne que les marchés financiers traversent une zone de fortes turbulences depuis le début de l'année. Pourtant, l'alignement des planètes économiques (taux d'intérêt bas, euro faible, pétrole bon marché) est favorable à l'activité, et plus généralement les fondamentaux des entreprises cotées sont relativement bons. Mais que se passe-t-il donc sur les marchés ? Réponse dans ce billet...

 

La chute des marchés

 

Depuis le début de l'année 2016, mais le mouvement a en fait commencé dès le printemps 2015, les marchés actions de la zone euro connaissent des soubresauts et se dégradent de plus en plus :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Pour le dire en termes un peu plus savants, on assiste dans la zone euro à une décorrélation entre le cours des actions et leurs fondamentaux, ces derniers étant pourtant relativement bons : hausse des profits des entreprises, augmentation du bénéfice net par action au sein de l'Eurostoxx 50, le tout conjugué à un peu de croissance au sein de l'UE, à un niveau historiquement bas des taux d'intérêt à long terme, à un euro faible et bien sûr à une abondance de liquidités injectées par la Banque centrale.

 

Pourquoi cette crise sur les marchés financiers ?

 

La crise actuelle sur les marchés actions prouve tout d'abord que le cours d'un titre ne dépend pas uniquement de ses fondamentaux, mais aussi (surtout ?) de l'environnement macroéconomique. Or, c'est peu dire que celui-ci s'est fortement dégradé partout dans le monde, comme j'en ai souvent rendu compte sur mon blog, d'où une remontée de l'aversion au risque des investisseurs. Examinons plus en détail quatre points :

 

1) la Chine n'en finit plus d'inquiéter quant à sa capacité de faire atterrir en douceur une économie encore trop axée sur les exportations et donc sur la compétitivité-coût. J'avais expliqué dans ce billet que la Chine faisait face à une déflation et qu'elle avait beaucoup de mal à rééquilibrer son modèle de croissance, pour donner plus d’importance à la demande intérieure. Plus généralement, en Chine, les problèmes économiques, financiers, sociaux et politiques se conjuguent pour donner un cocktail explosif !

 

Hélas, pour faire face à ses difficultés, la Chine a renoué avec ses méthodes traditionnelles non-confucéennes : la dévaluation du renminbi. Si cette acupuncture peut soigner à court terme la déflation et redresser la balance commerciale et l'investissement, elle n'est pas du tout indiquée dans un monde globalisé comme le nôtre. En effet, elle conduit à une baisse de la rentabilité pour les entreprises étrangères qui exportent vers la Chine, donc à une nouvelle dégradation des cours boursiers. De plus, elle peut provoquer une guerre des monnaies, à partir du moment où les autres pays vont eux-aussi chercher à déprécier leur taux de change pour gagner en compétitivité...

 

 2) la baisse des prix du pétrole a trop souvent été vue comme une bonne nouvelle, que j'avais tempérée dans ce billet en rappelant le danger d'une reprise entièrement liée à un facteur exogène et volatil comme le prix du pétrole. De plus, on a tendance à oublier un peu vite que de nombreux pays exportateurs de pétrole connaissent désormais de graves déséquilibres budgétaires en raison de la baisse du prix du baril. Bien entendu, cela conduit également à des difficultés sérieuses pour les entreprises du secteur pétrolier :

 


Pétrole : un secteur menacé

 

3) le corollaire du point précédent est la dégradation des bilans des banques qui ont financé l'industrie pétrolière. Et ce faisant, ce sont toutes les banques qui sont mises sur le gril, et ce n'est parfois que justice, car j'ai toujours encore du mal à comprendre pourquoi les stress tests avaient à ce point rassuré le monde économique. J'avais, dans une tribune publiée dans le Monde, expliqué que le pire était encore à venir, mais bon, nous savons bien que dans les concerts de louanges les Cassandre ne sont jamais écoutés (ni d'ailleurs lors des crises d'après la mythologie...).

 

Il faudra donc surveiller l'évolution du marché interbancaire, celui qui déclencha la crise en 2008, d'autant qu'on se demande bien quel insecte financier a piqué la Deutsche Bank pour que ses dirigeants se sentent obligés de préciser que leur banque n’était pas en faillite ! Est-ce en raison de la reprise des activités risquées de titrisation et autres produits complexes qui avaient pourtant débouché sur la crise de 2007 ?

 

N'oublions pas que la baisse des taux d'intérêt est évidemment lourde de conséquences pour les banques, dont le métier est de transformer des dépôts à court terme en des crédits à long terme, ce que l'on appelle la transformation bancaire. Or, quand les taux longs sont faibles, les banques voient leur marge fondre... Est-ce la raison qui les pousse à inventer, ou augmenter, des frais de gestion et de tenue de compte ? En outre, l'entrée en vigueur de l'Union bancaire fait peser plus de risques sur les actionnaires et déposants bancaires, puisqu'ils sont désormais en première ligne pour le renflouement d'une banque en difficulté.

 

Ainsi, la Société Générale vient d'annoncer une révision à la baisse de son objectif de rentabilité sur fonds propres, due à la hausse des incertitudes et à son exposition au secteur du pétrole et du gaz, qui lui a valu une nouvelle sanction boursière :

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

4) enfin, au vu des derniers chiffres, on peut se demander si les États-Unis ne sont pas déjà arrivés au bout de leur cycle de croissance, ce qui revient à se demander si la crise n'est pas en train de guetter de l'autre côté de l'Atlantique... Or, quand les États-Unis toussent, l’Europe s’enrhume !

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En définitive, le cours des actions n'est plus corrélé aux fondamentaux des titres, ce qui pose évidemment problème pour les entreprises. Pire, le cours dépendait en fait largement des annonces d'injection de liquidités de la BCE, mais même cette drogue dure a fini par voir son effet s'estomper.

 

Désormais, la crise chinoise, les problèmes des exportateurs de pétrole et les doutes sur la solidité des banques semblent avoir provoqué une remontée phénoménale de l'aversion au risque des investisseurs. Ces derniers se détournent alors des actions pour se replier sur les obligations d'État, d'où l'immense bulle obligataire qui s'est formée depuis la mise en oeuvre du quantitative easing.

 

Or, les bulles ont vocation à exploser, même si les bulles obligataires prennent plus de temps et paraissent, à tort, moins dangereuses aux investisseurs. Faut-il pour éviter la crise obligataire, que la BCE poursuive indéfiniment ses injections de liquidités, sous forme de quantitative easing ? Question subsidiaire : que pourront faire les États européens et la BCE si la bulle devait exploser, sachant que les premiers se sont privés de toutes leurs cartouches et que la seconde tire tous azimuts depuis plusieurs années ?

 

D'ailleurs, qui se souvient encore, dans le flot actuel d'informations, que les analystes de la RBS avaient publié il y a peu une note, où ils montraient que les marchés présentent des caractéristiques proches de celles qui prévalaient avant l’effondrement de la banque Lehman Brothers en 2008 ? Leur préconisation tenait en deux mots : "sell everything" (vendez tout) ! À méditer...

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 12:55

 

 

Il y a actuellement deux catégories d'optimistes naïfs en économie : ceux qui pensent que la Banque centrale va sauver l'économie européenne en injectant encore plus de liquidités (voir mon billet) et ceux qui voient dans les nouvelles technologies LE moyen d'atteindre le plein-emploi. Parfois, les deux ensembles ont même tendance à se recouper et on obtient alors des optimistes béats !

 

C'est pourquoi, dans le billet d'aujourd'hui, je me concentrerai plus particulièrement sur les espoirs un peu fou (et flou) de lutte contre le chômage que d'aucuns placent dans la révolution numérique...

 

La disparition des emplois de qualification intermédiaire

 

Le tableau ci-dessous présente comment a évolué l'emploi par niveau de qualification :

 

 

[ Source : France Stratégie ]

 

Ligne à ligne, on peut y voir une baisse du poids des indépendants, une stabilité du poids des employés et ouvriers peu qualifiés, une baisse du poids des ouvriers et employés qualifiés et une hausse du poids des professions intermédiaires et des cadres.

 

Ces chiffres nous montrent donc que l'on s'achemine, en France, vers une bipolarisation du marché du travail, c'est-à-dire une disparition des emplois intermédiaires et une concentration aux extrémités (emplois peu qualifiés et emplois très qualifiés).

 

Des attentes déçues

 

Le gouvernement laisse entendre que la révolution numérique, pour peu qu'elle soit associée à une flexibilisation accrue du marché du travail, permettra un retour au plein-emploi. Ceux qui ont encore de la mémoire dans un monde où une information en chasse l'autre, se rappelleront certainement que les dirigeants politiques des années 1990 prétendaient à peu près la même chose au sujet des NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication). Avec le résultat que l'on sait...

 

Toujours est-il que la flexibilisation dont il est question aujourd'hui correspond peu ou prou à la destruction complète du salariat, au profit de l'émergence d'une classe laborieuse d'autoentrepreneurs en concurrence sur un marché coté en continu de la fourniture de service... Les rémunérations seront dès lors très variables dans le temps et selon les personnes, ce qui posera d'innombrables questions sur le financement de l'État et de la Sécurité sociale, cette dernière ayant été bâtie sur les cotisations salariales et donc in fine sur la croissance.

 

Pourtant, à bien y regarder, le salariat fait encore de la résistance dans quasiment tous les pays développés et le nombre d'emplois offerts dans les nouvelles technologies reste désespérément faible malgré les promesses :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

A rebours des thuriféraires de la révolution numérique, je crains fort que celle-ci ne conduise à une situation sociale encore pire que celle que nous connaissons, en raison de la concurrence intense que ces nouvelles sociétés vont faire peser sur les industries traditionnelles, pourtant grandes pourvoyeuses d'emplois. Car, ce qui est nouveau, c'est que l'alliance de la robotique et des outils numériques menace aujourd'hui aussi les emplois intermédiaires (comptabilité, transport, etc.), tout en continuant à exercer une pression accrue sur les emplois peu ou pas qualifiés, notamment dans l'industrie.

 

Et contrairement à ce que certains affirment, il n'est pas certain que l'on assiste à un "déversement" des emplois perdus dans d'autres secteurs de l'économie, comme on a pu le voir après la Deuxième guerre mondiale où les emplois perdus dans l'agriculture se sont déversés dans l'industrie. L'utopie de la 4e révolution industrielle (intelligence artificielle, imprimante 3D, etc.) risque alors fort de muer en dystopie, façon Huxley (Le Meilleur des mondes)...

 

Je vous laisse en effet imaginer la tête qu'aura notre monde lorsqu'il sera possible pour la technologie de remplacer (pardon, compléter dans la novlangue des béats) l'Homme, et que ce dernier deviendra par conséquent inutile comme l'écrit à merveille Pierre-Noël Giraud, donc relégué à des tâches secondaires ou des petits boulots.

 

Bien entendu, face à cette conclusion, nos amis les béats ne manqueront pas de rétorquer qu'il suffit de mettre l'accent sur les compétences et donc investir massivement dans la formation. Oui, sauf qu'on ne sort toujours pas de la contradiction initiale : comment transvaser les nombreux emplois perdus dans l'industrie traditionnelle vers le peu d'offres de travail qu'offre le secteur des nouvelles technologies, question qui n'a que peu à voir avec le niveau de formation ? Oserai-je ajouter que de connaissances il n'est plus question, puisqu'il faut que le travailleur soit opérationnel au plus vite, ce qui fait de lui un futur non-pensant ou si vous préférez un futur esclave de ses compétences si vite périmées...

 

Quant à la surveillance de masse (des masses ?), elle est déjà à l'oeuvre sans discernement depuis que les gouvernements se sont persuadés que le renseignement technique primait sur le renseignement humain !

 

Le chômage baissera fort opportunément

 

Enfin, il est à peu près certain que le taux de chômage baissera fort opportunément avant les élections présidentielles de 2017, ne serait-ce qu'en raison des 500 000 chômeurs qui vont glisser de la catégorie A à la catégorie D de Pôle Emploi. Mais cela ne changera rien aux conclusions d'un précédent billet consacré au chômage, où j'écrivais que la France fait face à un phénomène d'hystérésis du chômage, i.e. qu'après un choc, comme la crise de 2007, le taux de chômage de la zone euro ne baisse pas, mais au contraire semble monter durablement d'un cran.

 

Quant à la piste de la flexibilisation à outrance, c'est une erreur, comme l'a montré une étude récente du FMI. En effet, pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation. La conclusion de l'étude est édifiante : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme !

 

Gardons à l'esprit que le chômage n'est pas qu'un chiffre que l'on cherche à faire baisser par différents expédients. Non, le chômage, c'est aussi des vies (professionnelles et privées) brisées, même si les gouvernants en minimisent toujours la réalité, espérant de la sorte faire oublier au plus vite ce que l'OIT appelle déjà la décennie perdue... Quant aux questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel, elles ont carrément disparu des écrans radars du ministère du (non-) travail.

 

Répétons-le haut et fort, en l'absence d'une demande solvable pérenne, nos industries traditionnelles continueront à tourner au ralenti alors qu'elles sont indispensables à la reprise économique ! Et sur ces entrefaites, la multiplication du nombre de diplômés sans débouchés augmentera les déconvenues et le ressentiment d'une jeune génération déjà passablement chauffée à blanc.

 

En définitive, qui osera dire à Emmanuel Macron que la révolution numérique qu'il appelle de ses voeux nous conduira droit dans le mur et que, en l'état actuel des qualifications de la population active en France, ce sont plutôt des emplois peu qualifiés (et donc directement accessibles aux chômeurs) qu'il faut dans un premier temps chercher à préserver dans nos industries ? Le ministre imagine-t-il un instant ce que serait un monde dominé par Amazon, Twitter et autres sociétés de l'économie numérique ? Mais soyons cléments, car l'homme vient à peine de découvrir ce qu'est la vraie vie :

 

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du Point.

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 19:35

 

Lors de mes conférences et cafés économiques, je cherche avant tout à donner aux auditeurs des clés pour comprendre et analyser le monde économique, afin d'échapper à la pensée unique qui poursuit ses ravages malgré la crise ! C'est pourquoi, j'ai proposé à l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach un module d'économie ouvert à tous sans connaissances préalables, qui vogue désormais vers un 2nd semestre...

 

Cette initiation à l’analyse économique se fait sous une forme claire et accessible, dont l’humour n’est pas exclu. Une fois par mois, le mardi, nous passerons ainsi 1h30 à poursuivre notre décryptage des grands mécanismes économiques afin de mieux suivre les débats actuels qui, dans une démocratie véritable, ne doivent plus rester entre les mains d'une petite minorité "d'experts médiatiques".

 

Ce second semestre nous amènera, en fonction de l'actualité et des auditeurs, à traiter de questions et de thèmes variés : les impôts peuvent-ils baisser ? La mondialisation profite-t-elle à tous ? Pourquoi la crise n’est-elle toujours pas finie en Europe ? La croissance peut-elle résoudre tous les problèmes ? Comment se financent les ménages et les entreprises ? La Chine est-elle en crise ? La compétitivité des entreprises est-elle la clé de l'emploi ? Que font les banques avec notre argent ? Qu'est-ce qu'une monnaie ?

 

Les cours sont prévus aux dates suivantes : les mardis 8 mars, 19 avril, 3 mai, 31 mai  et 7 juin de 18h30 à 20h00. L'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Les inscriptions se font auprès de l'UPT :

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

 

N.B : en complément de ce cours, je me propose de continuer à décrypter l'économie dans le cadre de mes conférences à l'UPT de Forbach. Comme les autres années, les sujets sont abordables par tous et ne nécessitent aucune connaissance particulière. La prochaine conférence est prévue le mardi 22 mars à 19h, je vous informerai très prochainement du sujet retenu.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 12:20

 

 

Si vous vous intéressez à l'économie et que vous disposez d'un peu de temps, ce qui suit vous intéressera certainement ! En effet, après le franc succès du 1er semestre, je propose de poursuivre au second semestre la cafet'éco à l'Université Populaire de Sarreguemines, toujours placée sous le signe de la convivialité.

 

Cafet'éco à Sarreguemines

 

Il s'agit en fait de deux cours, l'un d'initiation et l'autre d'approfondissement, qui se tiendront dans la cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, un mercredi dans le mois en moyenne à 18h30. D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, c'est pourquoi l'année dernière je n'ai cessé de modifier mes sujets en raison de la crise grecque, de la loi Macron, de la crise en Chine, du plan d'investissement européen, etc. Je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs, débutants ou non, les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

Il est à noter qu'il n'y a pas de brochure imprimée pour le second semestre, mais vous trouverez toutes les dates sur le site de l'UPSC. En bref, la cafet'éco découverte de l'économie se tiendra les mercredis 24 février, 30 mars, 11 mai et 25 mai 2016 de 18h30 à 20h00, tandis que la cafet'éco approfondissement se déroulera les mercredis 9 mars, 20 avril, 18 mai et 1 juin 2016 de 18h30 à 20h00.

 

Une brève histoire des faits économiques

 

En complément de ces cours que je dispense depuis 6 ans, j'ai voulu prendre un peu plus de champ cette année, et j'ai donc créé un cours d'histoire des faits économiques, qui a eu un gros succès et je m'en réjouis ! Comprendre le présent en s’appuyant sur l’histoire économique, telle est la modeste ambition de ce cours. La crise économique que nous traversons est, en effet, une invitation à analyser l’évolution des structures économiques à travers l’histoire, afin d’en tirer des leçons pour nos sociétés modernes.

 

Au 1er semestre, nous avons ainsi étudié l'économie des grands empires, depuis Sumer jusqu'à la Rome antique, en passant bien entendu par la Grèce. A chaque fois, j'ai fait des parallèles avec la situation économique actuelle, afin de montrer aux auditeurs la pertinence ou  non des réponses apportées par les Anciens aux questions de dette publique (évergétisme, interdiction,...), d'inflation, de redistribution des terres (les Gracques), de déficit de la balance commerciale, etc.

 

Le second semestre sera, quant à lui, consacré à l'évolution économique du monde féodal à nos jours ; il sera donc question de servage, de révolution industrielle, d'étalon-or, de Bretton Woods, etc. Ce cours se tiendra les mardis 15 mars, 26 avril, 10 et 24 mai 2016 de 18h30 à 20h00. 

 

Renseignements et inscriptions

 

Les inscriptions à ces différents cours se font directement auprès de l'UPSC :

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 11:11

 

 

Après mon analyse sur la crise chinoise et ses conséquences, je vais consacrer le billet d'aujourd'hui aux monnaies locales. J'ai déjà souvent évoqué ce sujet, ne serait-ce que lors d'une conférence spéciale à la médiathèque de Forbach l'année dernière, mais Nicole, une amie que j'apprécie, m'a demandé d'y revenir suite à la diffusion du film Demain,où il était question de l'introduction d'une monnaie locale en Angleterre.

 

Le film demain

 

Bien que le film soit plutôt orienté vers la sauvegarde des écosystèmes, les réalisateurs ont cherché à présenter comment s'articulent les dimensions écologiques, énergétiques, politiques et économiques dans des expériences réussies. 

 


Demain: Trailer HD par cinebel

 

En particulier, l'une d'entre elles consistait à revivifier le tissu économique d'une ville d'Angleterre en introduisant une monnaie locale.

 

Une monnaie, c'est quoi ?

 

Pour faire simple, les économistes considèrent qu'une monnaie doit, au moins, avoir les trois fonctions suivantes :

* fonction de facilitation des échanges : cela signifie qu'elle permet de payer ses achats lors d'une transaction sans recourir au troc.

* fonction de réserve de valeur : la monnaie peut être épargnée sans perdre de sa valeur (en excluant l'inflation et la perte de cours légal comme pour le Franc depuis 2002). Elle permet donc de reporter du pouvoir d'achat dans le temps.

* fonction d'étalon : la monnaie permet de jauger la valeur d'un produit quelconque.

Cependant, la monnaie peut aussi avoir des fonctions autres qu'économiques : l'attachement d'un peuple à sa monnaie relève autant d'un aspect socio-culturel que psychologique.

 

Contrairement à une idée reçue, l'essentielle de la création monétaire n'est pas le fait de la Banque centrale, mais des banques commerciales qui, sans aucune contrepartie (on dit ex nihilo dans le jargon), créent de la monnaie simplement en accordant un crédit à l'un de ses clients.

 

Ceux qui cherchent à mieux comprendre ces mécanismes économiques essentiels au fonctionnement de l'économie (création monétaire, fonctionnement et régulation bancaires, crise, dette publique, inflation/déflation, croissance, etc.), pourront utilement se reporter au livre que je ferai paraître début avril et dont je vous reparlerai en temps voulu...

 

Les monnaies locales

 

Ces dernières années, de nombreuses monnaies locales - également appelées monnaies complémentaires - ont pris leur essor, comme en témoigne la petite vidéo pédagogique ci-dessous :

 

 

Celles-ci cohabitent avec la monnaie officielle au niveau d'une zone géographique, mais ne constituent - au sens économique - qu'un simple instrument d'échange au sein d'une communauté, que personne n'est obligé d'adopter (elles n'ont donc pas cours légal).

 

Plus précisément, si la première fonction énoncée ci-dessus est commune à la monnaie légale et à la monnaie locale, les deux autres sont souvent loin d'être pleinement réalisées. Dans le cas de la monnaie locale, il n'est en général pas possible de l'épargner, simplement parce qu'aucune institution de type bancaire ne la prend en charge dans son système. Souvent cette monnaie locale perd même de sa valeur si elle n'est pas utilisée pendant un certain temps, afin d'inciter les personnes à échanger.

 

Avantages/inconvénients des monnaies locales

 

Disons-le d'emblée, la finalité d'une monnaie locale n'est pas de concurrencer bêtement la monnaie légale, ne serait-ce que parce qu'elle est en général  créée lorsque les conditions matérielles et financières de l'échange sont dégradées (voir l'expérience de Wörgl en Autriche au début des années 1930).

 

Elle cherche ainsi surtout à répondre à un impératif de solidarité ou éthique, face à un monde où la finance est sans loi (ceux qui pensent le contraire sont priés de réfléchir aux causes de la crise des subprimes...). Dans le cas du film Demain, la monnaie complémentaire sert à développer le tissu économique local d'une ville, afin de ne pas abdiquer tous pouvoirs aux multinationales.

 

Dès lors, c'est bien la fonction de facilitation des échanges qui est primordiale : on crée une monnaie parallèle pour permettre aux gens d'acheter ou de vendre des biens et services locaux pour la plupart, choses qu'ils ne pouvaient plus faire (ou moins bien faire) avec la monnaie légale. Cerise sur le gâteau, certaines monnaies locales sont échangeables contre de la monnaie officielle.

 

En définitive, ces expériences sont la preuve que les citoyens souhaitent ardemment que le système monétaire et financier soit au service de l'économie et pas l'inverse. Pour ce faire, les monnaies locales permettent à un groupement de citoyens géographiquement proches  d'utiliser pleinement les ressources productives existantes, en apportant de l'huile dans les rouages et en encourageant par là même l'achat de biens et de services produits localement.

 

Cependant, il ne faut pas perdre de vue que l'introduction d'une monnaie complémentaire soulève aussi de nombreuses questions : différence d'inflation selon la monnaie, rupture de la chaîne économique possible (si un fournisseur n'accepte pas la monnaie locale tandis que l'entrepreneur local l'accepte), application d'une fiscalité différente que certains peuvent percevoir comme une concurrence déloyale, etc. Or, en économie il n'est déjà pas simple de piloter une monnaie unique comme le montre le naufrage de la zone euro, alors avec plusieurs monnaies locales qui cohabitent...

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article du site http://provenceverte.tv

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 12:06

 

 

Dans un monde économique dominé par des ultralibéraux qui s'ignorent, mais qui n'ont de cesse d'encourager paradoxalement des politiques mercantilistes, il m'a semblé utile de consacrer un billet à l'énorme excédent extérieur de la zone euro.

 

La balance courante de la zone euro

 

Tout d'abord, rappelons que la balance courante est la traduction sous forme comptable des échanges de biens (balance commerciale), de services (balance des invisibles) et les transferts courants (revenus, dons, subventions,…) d'un pays avec l'étranger. Pour le dire autrement et simplement, c'est donc une comptabilisation des exportations moins les importations d'un pays.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Sur le graphique ci-dessus, on constate que de 1999 à 2007, la zone euro avait un déficit extérieur très faible, mais qu'au contraire, depuis 2012, elle a un important excédent de sa balance courante.

 

Sur le plan macroéconomique, il existe une identité comptable entre le solde extérieur et le solde épargne-investissement. D'où l'on déduit qu'entre 1999 et 2007, la zone euro a en moyenne une légère insuffisance d'épargne, tandis que depuis 2012 elle fait face à un énorme excès d'épargne.

 

Pourquoi ce n'est pas une bonne nouvelle

 

Or, contrairement à une idée reçue très répandue, cette situation n'est pas une bonne nouvelle pour l'économie européenne ! En effet, cela signifie deux choses en pratique :

 

 * la zone euro fait face, depuis 2012, à une demande intérieure anémiée ;

 

 * comme l'excédent d'épargne résulte d'une baisse de l'investissement public et privé (voir graphique ci-dessous), se pose un problème de gains de productivité et donc de croissance potentielle ;

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Au reste, un tel excédent doit normalement conduire à une appréciation de l'euro, ou tout du moins freiner sa dépréciation.

 

Comment résorber cet excédent extérieur ?

 

Résorber cet excédent extérieur est donc indispensable pour relancer la demande intérieure de la zone euro. La première façon d'y arriver est évidemment de soutenir  la consommation écologiquement soutenable et surtout l'investissement, puisque cela aura un effet d'entraînement sur la productivité et partant la croissance potentielle de la zone euro. À défaut d'investissements privés, c'est l'investissement public qui est visé, car contrairement à ceux qui affirment que l'État ne doit pas intervenir dans l'économie, c'est le moment où jamais qu'il intervienne, ne serait-ce que parce que les taux d'intérêt à long terme sont très bas et que l'activité privée reste globalement atone.

 

Prendre des mesures d'incitation à l'investissement des entreprises est une excellente idée, à condition qu'il ne s'agisse pas d'un miroir aux alouettes comme le plan Juncker. Il faudrait donc imaginer un dispositif qui prenne appui sur un budget de l'UE autrement plus important que ce qu'il pèse actuellement (environ 1 % du PIB de l'UE)...

 

Quoi qu'il en soit, il faut impérativement que l'épargne surabondante des pays du Nord, phrase diplomatiquement correcte pour viser l'Allemagne, finance des investissements au sein de la zone euro et non ailleurs dans le monde, comme c'est le cas actuellement ! Au demeurant, c'est précisément l'un des facteurs qui me rend très pessimiste sur l'avenir de la zone euro...

 

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin sur ces questions, j'ai consacré plusieurs fiches de mon dernier livre, Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, à ces questions d'importations/exportations, d'épargne de la nation, de compétitivité allemande et de balances courantes.

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 11:06

 

 

Dans mon dernier billet de l'année 2015, je rappelais que la Chine s'enfonce de plus en plus dans une grave crise, que j'avais par ailleurs analysée dans une chronique sur Radio Jerico mi-septembre. Et les nombreuses suspensions de séance depuis quelques jours ne sont du reste que les prémices de ce qui risque d'arriver en 2016...

 

La situation économique en Chine

 

Dans le cadre d'un billet du mois d'août 2015, j'avais réalisé et publié une petite vidéo pour y consigner quelques éléments importants à comprendre sur la crise en Chine. Vous noterez que, pour ne pas rendre la vidéo trop longue, je me suis abstenu d'évoquer à nouveau le surendettement, pour me concentrer sur les autres aspects de cette crise multidimensionnelle, notamment les conséquences de la dépréciation du renminbi.

 


La crise en Chine par Economiste57

 

Quant à ceux qui croient - et certains de mes étudiants en font encore hélas partie ! - que le taux de croissance de la Chine est de 7 %, il devient urgent de comprendre que cela n'est pas possible et que le taux est plus proche de 2,5-3 %... Pour s'en convaincre, il suffit de regarder le recul de la production d’électricité, la chute du fret ferroviaire ou la faiblesse des importations.

 

Toute la question est donc de savoir si le rééquilibrage des composantes de la croissance chinoise se fera en douceur ou à l'arraché (hard landing comme on dit dans le jargon économique). Un début de réponse vient de nous être fourni.

 

D'un krach boursier à l'autre

 

Au mois de juillet 2015, on avait assisté à un retournement spectaculaire du cours des actions sur les marchés chinois, avec une chute moyenne de près de 30 %. Cette chute impressionnante des cours en trois semaines était le résultat des ventes massives d'actions, dues à plusieurs facteurs :

 

 * des doutes sur la poursuite d'une politique monétaire expansionniste. En effet, le gouvernement avait considérablement assoupli sa politique monétaire suite au ralentissement sensible de l'activité dans le pays, ralentissement dont les signes sont déjà visibles sur les exportations chinoises, la production industrielle (en berne) et le prix des matières premières dans le monde (en baisse).

 

 * après avoir encouragé le financement par les marchés financiers (décloisonnement entre les marchés de Hong Kong et de Shanghai, relâchement des conditions d'investissement des sociétés d'assurance, etc.), les autorités chinoises, qui espéraient ainsi que les entreprises nationales puissent obtenir plus de fonds propres et relancer leur activité en berne, ont décidé de juguler la spéculation. Pour ce faire, le régulateur chinois a décidé de durcir les conditions de recours aux opérations sur marge, c'est-à-dire pour faire simple les achats d'actions par endettement. Effet de levier, quand tu nous tiens !

 

 * comme je l'ai déjà expliqué sur mon blog, l'immobilier en Chine est une énorme bulle, qui va exploser très prochainement, d'autant que les prix de l'immobilier ont déjà commencé à baisser. Les investisseurs se sont alors décalés du marché immobilier à celui des actions, soutenus en cela par les taux d'intérêt bas.

 

 * lorsque les investisseurs voient l'indice taper le sommet symbolique de 5 000 points, ils souhaitent réaliser leurs profits. N'oublions pas qu'en Chine, investir en Bourse est un véritable sport national (on évoque souvent 80 % d'investisseurs individuels sur les valeurs cotées en catégorie A !), que les ménages pratiquent volontiers même à crédit... D'où près d'un quart des actions qui s'échangent au moyen d'emprunts contractés par des particuliers, ce qui n'est pas sans rappeler la situation qui prévalait aux États-Unis en 1929 !

 

Dès lors, lorsqu'une mauvaise nouvelle ou une contrainte supplémentaire vient faire douter les investisseurs du potentiel de croissance supplémentaire du marché, certains se mettent à revendre leurs titres, rapidement suivis par de très nombreux autres qui suivent mimétiquement le mouvement : c'est ce qu'on appelle précisément une panique boursière !

 

Les autorités chinoises avaient alors pris tout une série de mesures pour tenter d'enrayer la chute des cours, dont l'interdiction pour les investisseurs étrangers de vendre à découvert dans la catégorie A, l'interdiction pour les investisseurs qui possèdent plus de 5 % dans des sociétés chinoises cotées de vendre leurs titres pendant six mois, et la mise en place d'un coupe-circuit automatique pour empêcher les cours de dégringoler (dès que la baisse des cours atteint 5 %, la cotation est suspendue).

 

Et c'est justement ces interdictions qui devaient prendre fin, d'où la résurgence de doutes quant à la solidité des marchés financiers chinois et un nouveau décrochage du marché des actions... Et ce d'autant plus que de nombreux investisseurs ont décidé de vendre par anticipation leurs titres dès le début de la semaine, ce qui a conduit les autorités à leur interdire de vendre plus de 1 % d'une société tous les trois mois.

 

Mais le décrochage boursier résulte également de facteurs liés à l'économie réelle, comme l'annonce d'un nouveau recul de l'indice de l'activité manufacturière (PMI) et une dépréciation du renminbi (voir ci-dessous). Bref, en Chine les problèmes économiques, financiers, sociaux et politiques se conjuguent !

 

Le danger d'une dépréciation du renminbi

 

Tout d'abord, pour éviter toute confusion, rappelons que le yuan est l'unité de compte et le renminbi la monnaie réelle. Jeudi 7 janvier, la Chine annonçait que le renminbi avait été dévalué, à son plus bas niveau face au dollar depuis 4 ans. D'aucuns ne manqueront pas de se demander pourquoi j'emploie indifféremment les mots dévaluation et dépréciation. C'est parce qu'en Chine, les choses sont de moins en moins claires à ce sujet.

 

En effet, le renminbi est autorisé à fluctuer quotidiennement face au dollar autour d'un taux-pivot, dans un tunnel de plus ou moins 2 %. Et c'est ce taux-pivot qui a été plusieurs fois abaissé depuis 2015. De plus, la Chine a modifié sa façon de calculer ce taux-pivot, qui sera désormais fixé en fonction du taux de clôture sur le marché des changes la veille, et donc partiellement en fonction de l'offre et de la demande... Bref, on ne sait plus trop s'il faut parler de dévaluation ou de dépréciation !

 

Quoi qu'il en soit, la monnaie chinoise ne répond absolument pas aux conditions habituelles de flottement pour être intégrée dans le panier de DTS du FMI. Et pourtant, le renminbi y a fait une entrée triomphale au mois de décembre 2015 ! Politique, quand tu nous tiens...

 

Cette dévaluation du renminbi est une réponse à la perte de compétitivité-coût de la Chine et au recul des exportations et de l'investissement. Bref, quand on est à court d'idées, pour éviter la panique économique, on revient aux anciennes méthodes. Malheureusement, dévaluer le renminbi est loin d'être une bonne solution, car elle a les effets suivants :

 

 * elle décourage la montée en gamme des entreprises ;

 

 * elle compromet l'indispensable rééquilibrage des composantes de la croissance dont j'ai parlé plus haut, puisque cela nécessite d'améliorer le pouvoir d'achat des ménages et les termes de l'échange ;

 

 * elle risque d'amplifier les sorties de capitaux, qui conduisent à une baisse des réserves de change comme je l'avais expliqué dans ce billet ;

 

 * les entreprises étrangères qui exportent vers la Chine seront pénalisées, car la valeur en devises de leurs ventes en Chine baissera ;

 

 * le corollaire du point précédent est un recul des marchés boursiers ;

 

 * la dévaluation du renminbi exporte la déflation chinoise au monde entier, car les prix des produits chinois à l’étranger baissent ;

 

 * le seul point positif est que, au vu de l’élasticité-prix très élevée des exportations en volume de la Chine, une dévaluation du renminbi améliorera les exportations et, toutes choses égales par ailleurs, la balance commerciale de la Chine.

 

En définitive, la Chine risque fort de s'enfoncer encore un peu plus dans la crise et c'est toute l'économie mondiale qui en pâtira !

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