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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 12:49




Un petit billet pour résumer en quelques mots ce qui se passe au sommet d'Alcatel-Lucent ces derniers jours. Lors de l'assemblée générale, vendredi 30 mai, les actionnaires de l'équipementier télécoms en difficulté ont voté une résolution facilitant la révocation du président du groupe Serge Tchuruk et de la directrice générale Patricia Russo, qui ont tous deux été copieusement hués. On peut d'ailleurs comprendre les actionnaires, puisque du côté boursier le cours de l'action a été divisé par 2 en un an et du côté industriel, l'activité a baissé et le groupe annonce une perte de 181 millions d'euros au 1er trimestre 2008 contre 8 millions il y a tout juste un an !

Mais les actionnaires ont également critiqué les modalités du parachute doré de Patricia Russo qui, en cas de départ, lui accordait sa rémunération fixe et variable pendant deux ans, ainsi que ses différents avantages sociaux, de retraite et en nature. Or, en 2007, selon le cabinet de conseil Proxinvest, Mme Russo a perçu un salaire de 1,83 million d'euros, dont 1,2 million de part fixe et 635 000 euros de part variable, ou bonus. Son bonus "cible" s'établissait à 1,8 million d'euros. Tous avantages inclus, sa rémunération totale s'établit, selon Alcatel-Lucent, à 5 millions d'euros ! On peut alors aisément imaginer l'ordre de grandeur de ce parachute doré... Je donne tout de même la réponse pour ce qui ne souhaiteraient pas faire les calculs : on avoisine les six millions d'euros, soit 3,3 fois la rémunération de Mme Russo en 2007 !

Au moment où l'on ne cesse de nous parler de moralisation du milieu des affaires et de modération salariale, cette somme faramineuse ne passe pas très bien... D'ailleurs je ne résiste pas à l'envie de vous livrer un extrait du discours de Christine Lagarde lors de la mise en place de la loi TEPA qui contenait notamment la loi sur les heures supplémentaires défiscalisées :

"
Élément phare du programme confiance, croissance, emploi, la loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat, loi TEPA, vise à redonner toute sa place au travail comme valeur et outil d’amélioration du pouvoir d’achat par :
l’exonération d’impôts et de charges sociales pour les heures supplémentaires ou les heures complémentaires
la liaison des indemnités de départ des dirigeants, parachutes dorés, à leurs performances

[...]"

Encore une promesse non tenue donc ?

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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 13:24

L'indicateur qui mesure le moral des ménages français (en données corrigées des variations saisonnières = CVS) a encore chuté de trois points en mai pour aboutir à son niveau le plus bas depuis 1987 ! Il s'agit de la onzième baisse consécutive de cet indicateur, qui existe sous cette forme depuis 1987.

Rappelons la méthodologie de
cette enquête qui passionne depuis quelques temps les médias : il s'agit d'une enquête mensuelle réalisée depuis 1987 auprès des ménages français. Les interrogations sont faites par téléphone auprès d'environ 2000 ménages, avec saisie directe des informations depuis janvier 1991. Elles ont lieu au cours des trois premières semaines de chaque mois, sauf en août. L'évaluation du mois d'août qui apparaît dans les graphiques est obtenue par interpolation linéaire des données issues des enquêtes de juillet et de septembre. On pose ainsi des questions sur la situation financière personnelle, le chômage, le niveau de vie, les prix, l'épargne. A chaque fois on interroge les personnes tant sur le niveau actuel que sur l'anticipation qu'il en font pour l'avenir. Par exemple, à la question : "à votre avis, au cours des douze derniers mois, le niveau de vie en France dans l'ensemble..." on propose les réponses suivantes :

     * s'est nettement amélioré (+)
     * s'est un peu amélioré (+)
     * est resté stationnaire
     * s'est un peu dégradé (-)
     * s'est nettement dégradé (-)
     * ne sait pas.

Les données sont traduites en termes de soldes d'opinion, i.e que
chaque indicateur est calculé en faisant la différence entre les pourcentages de réponses positives et négatives à chaque question. Les réponses “ne sait pas” n'entrent pas dans le calcul. Le niveau de ces soldes n’étant pas directement interprétable, seules les évolutions sont pertinentes à analyser.

Précisons au passage que les coefficients saisonniers étant recalculés chaque mois, l’historique des soldes CVS pourra être légèrement révisé à l’occasion de chaque publication, ce qui s'est d'ailleurs produit en avril. 

Pour une meilleure lisibilité, on calcule alors un indicateur appelé indicateur résumé
 indicateur qui est la moyenne arithmétique des cinq indicateurs suivants : niveau de vie en France (évolution passée et perspectives d'évolution), situation financière personnelle (évolution passée et perspectives d'évolution), opportunité d'acheter. Voici l'évolution des indicateurs présentés ci-dessus (Source INSEE) 

    * Evolution de l'indicateur résumé de 1995 à aujourd'hui


     *  Evolution de l'indicateur chômage entre 2005 et 2008

   *  Evolution de l'indicateur prix entre 2005 et 2008

   *  Evolution de l'indicateur chômage entre 2005 et 2008

 

On constate donc que l'enquête du mois de mai fait apparaître les tendances suivantes : les ménages se montrent particulièrement pessimistes sur l'évolution passée et à venir du niveau de vie en France, dont les soldes plongent respectivement à – 74 et – 49 points. Les ménages sont également plus pessimistes qu'en avril sur les perspectives d'évolution de leur situation financière personnelle et sur leur situation financière personnelle passée, les deux indices perdant chacun deux points (– 18 et – 32 respectivement). le solde sur "l'opportunité de faire des achats importants" fléchit également en mai (en baisse de deux points à – 31), à son plus bas niveau depuis l'automne 1996. Alors que les prix du pétrole s'envolent et que les prix des produits alimentaires restent à un niveau élevé, le sentiment des ménages sur l'inflation passée se détériore nettement, mais leurs anticipations d'inflation restent stables.

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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 12:51

 



J'ai accompagné lundi une de mes classes de lycée à trèves (Allemagne) dans le cadre d'une sortie pédagogique. Nous en avons profité pour visiter la maison de Karl Marx qui est devenu un musée où l'on peut trouver une chronologie complète du socialisme et des mouvements ouvriers en Europe. Pour ne rien gâcher, certains documents interactifs permettaient de mieux saisir le contexte politico-économique du XIXe siècle.

J'en ai ainsi profité pour exposer les grandes lignes de l'économie politique marxiste à mes élèves afin qu'ils ne confondent pas tout comme on le voit trop souvent : socialisme, communisme, marxisme, planfication, capitalisme,... autant de mots qui méritent d'être expliqués dans leur contexte.

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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 19:12




J'ai déjà lu beaucoup de choses suprenantes en économie mais ce que j'ai lu il y a quelques jours dans Le Figaro mérite vraiment le détour. Il s'agit d'une lettre ouverte d'une page pleine adressée à Nicolas Sarkozy, Président de la République au cas où vous ne vous en souveniez pas... Cette lettre prenait d'ailleurs plus la forme d'une incantation économique (du type danse du soleil...) que d'une lettre ouverte et j'ai ainsi décidé d'y consacrer un petit billet. De quoi s'agit-il ? Qui en est l'auteur ?

Cette incantation fut rédigée par Emile Veron, 83 ans, fondateur et dirigeant de Majorette jusqu'en 1992. Ce dernier avoue à
la radio (RTL), que n'ayant pas pu défendre ses idées économiques directement face à notre omniprésident, il a choisi de se payer cette lettre ouverte dont le montant avoisinerait celui d'un joli tour du monde selon ses dires...

En fait, Emile Veron reprend le célèbre slogan de campagne de Nicolas Sarkozy  "travailler plus pour gagner plus", le mouline à sa sauce, et obtient  "travaillons plus, mais vivons beaucoup mieux" (sic!). Il explique ainsi en vrac que les prélèvements sont trop nombreux et "indus", que le chômage a pour vraie cause le pouvoir d'achat insuffisant, que nous ne travaillons pas assez en France, que nous avons trop de vacances, etc. Tout cela pour aboutir à une conclusion extraordinaire : il faut supprimer toutes charges et impôts sur les heures supplémentaires, tant du côté salarial que patronal ! Dans ce cas, nous aurons 20 % de croissance supplémentaire "à coup sûr" d'ici 4 ans (resic!)

Vous admettrez avec moi que là on commence à se poser des questions sur cette causalité si évidente que personne n'avait jamais remarquée avant lui... Pour achever de nous convaincre (et de convaincre le Président surtout !), Emile Veron nous explique que cette réforme permettra de renouer avec la croissance immédiatement après que la loi sera votée. Là c'est vraiment la prescription miracle : nous vivons à Byzance et nous ne l'avions pas remarqué ! Pour finir son plaidoyer, il nous cite tous les autres avantages de cette réforme : hausse de compétitivité des entreprises, sauvetage en règle de l'Etat qui pourra désormais consacrer ses subsides pour aider les "vrais pauvres, les handicapés, les petits retraités", hausse du pouvoir d'achat, résolution du problème du logement, ralentissement des délocalisations et de l'inflation, etc.

Arrivé à ce stade, on finit tout de même par se dire que trop c'est trop et qu'il va bien falloir qu'on remette un peu d'ordre dans ce dictionnaire à la Prévert. En effet, commencer par nous expliquer que le remède à tous nos maux est de travailler plus tient du non sens : le véritable progrès n'est-il pas justement d'avoir la possibilité de consacrer moins de temps au travail que nos parents (grâce à la productivité qui a augmenté) ? Ensuite, le fait de vouloir comparer la France aux Etats-Unis ou à d'autres pays m'agace, sachant qu'en terme de bonheur, ce ne sont pas les pays les plus productifs qui emportent la mise. Pourquoi aussi nous expliquer qu'en travaillant 48h par semaine un salarié pourrait gagner 60% de plus ? Peut-être pour nous dire que si Bruxelles faisait sauter le verrou des 48h maximum par semaine on pourrait gagner le double en faisant 60 ou 70h par semaines ? Peut-on ainsi réellement croire qu'un père de famille pourra s'occuper de son ménage en travaillant autant ? Cette croissance est-elle compatible avec l'écologie de notre planète ? La croissance profite-t-elle à tous dans ce cas ?  Bref, la fable du "travailler plus gagner plus" pose infiniment plus de questions et de problèmes qu'elle n'en résout.

J'en reviens maintenant à cette prétendue causalité si évidente entre défiscalisation totale des heures supplémentaires et hausse de la croissance. Rien ne garantit que cette mesure bénéficiera à tous les salariés, puisque les heures supplémentaires sont tributaires du carnet de commande comme je l'ai déjà expliqué ici. Par conséquent, l'effet sur le pouvoir d'achat moyen ne me semble pas évident à chiffrer. Pas plus d'ailleurs que l'effet sur la création de l'emploi ou les délocalisations. Car rappelons qu'il y a d'autres déterminants que le coût lorsqu'on embauche ou que l'on délocalise... Je pense surtout que tout ce plaidoyer participe du scientisme économique !

Pour finir, Emile Veron vous propose même de photocopier sa grande recette miraculeuse et de l'envoyer à notre omniprésident. Il vous donne même en prime son portable, pas celui du Président, le sien...

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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 14:27

 



Je viens de lire dans le Monde un compte-rendu d'un chat avec Thomas Piketty, excellent économiste, directeur d'études à l'EHESS  et professeur à l'Ecole d'économie de Paris/Paris School of Economics. Il répondait aux questions des internautes sur l'incontournable sujet du pouvoir d'achat et sa conclusion fut la suivante : les gains de pouvoir d'achat sont très fortement concentrés parmi les plus hauts revenus.

J'avais déjà beaucoup écrit sur ce sujet et je rappelerai donc juste une définition simple du pouvoir d'achat afin de permettre une bonne compréhension du texte qui suit : le pouvoir d'achat du salaire est la quantité de biens et de services que l'on peut acheter avec une unité de salaire. Son évolution est par conséquent liée à celles des prix et des salaires. C'est ainsi que, si les prix augmentent dans un environnement où les salaires sont constants, le pouvoir d'achat diminue alors que si la hausse des salaires est supérieure à celle des prix le pouvoir d'achat pourra augmenter. Actuellement, d'après les études de l'INSEE, le pouvoir d’achat reçu par l'ensemble des ménages progresse de 2 % par an en moyenne.

Voici le lien du chat :

http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-823448,55-1041664,0.html

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 18:46



Souvenez-vous, c'était il y a à peine 3 ans : lancée en 2005 par Jean-Louis Borloo, la maison à 100 000 euros devait être la solution à la crise profonde de l'accession sociale à la propriété... avec le résultat suivant qui se passe de commentaires : trois ans plus tard, à peine 800 maisons sont en chantier, à un prix bien supérieur (120 000 euros).

C'est ainsi que Christine Boutin, ministre du logement, a repris ce dossier houleux pour nous créer une nouvelle idée de marketing politique : le programme "maison à 15 euros par jour"  qui, comme le projet Borloo, est censé permettre aux ménages modestes de devenir propriétaires et relancer la construction.

Le dispositif s'adresse aux primo-accédants aux revenus compris entre 1 500 et 2 000 euros mensuels. Pour être plus précis, voici les conditions à remplir pour avoit droit à ce programme et être certain de bénéficier d'une charge inférieure à 15 euros par jour :


ne pas être déjà propriétaire


acheter une maison neuve ou faire construire


avoir au moins deux enfants


bénéficier d'une aide à l'accession à la propriété attribuée par une ou plusieurs collectivités locales du lieu d'implantation de la maison


en 2006, avoir des revenus nets ne dépassant  pas les montant ci-dessous :
 

Nombre de personnes dans le foyer Zone A Zone B et C
1 27.638 euros 23.688 euros
2 35.525 euros 31.588 euros
3 40;488 euros 36.538 euros
4 44.425 euros 40.488 euros
5 et plus 48.363 euros 44.425 euros


Zone A : grande agglomération parisienne, Côte d'Azur, Genevois Français


Zone B : Ile de France hors zone A, agglomérations de plus de 50.000 habitants, quelques secteurs littoraux ou frontaliers


Zone C : le reste du territoire.



Comment se passe alors l'achat ?


Grâce au PASS-Foncier, un dispositif spécial mis en place par l'Etat et le 1% logement, vous achetez votre maison en deux temps : vous remboursez d'abord la maison pendant 18 à 25 ans, puis vous remboursez le terrain pendant 10 à 15 ans. En fait le 1% logement achète le terrain à votre place et il attend que vous ayez fini de payer la maison. C'est à lui que vous rembourserez dans un second temps le prix du terrain, majoré de 1,5 % ou 2,5 % par an, selon les cas. Votre apport personnel est limité aux frais d'acquisition et d'hypothèques. Pour 15 euros par jour, soit 450 euros par mois environ, vous pourrez ainsi acheter ou faire construite une maison d'au moins 85 m² qui coûte entre 150.000 et 185.000 euros, terrain compris. Précisons que la charge de 15 euros par jour prend en compte le montant d'APL correspondant à celui dont bénéficie à ce jour un ménage de 4 personnes ayant des revenus de 1800 euros nets par mois.

On comprend par conséquent rapidement le problème qui va se poser : certes le projet de Mme Boutin a le mérite d'avoir prévu le portage du terrain, mais il fait passer le coût de ces maisons de 100 000 à près de 200 000 euros, avec des remboursements pendant quarante ans ! Or, cette longue durée de remboursement couvrira forcément des périodes d'inactivité ou de retraite, ce qui laisse présager des jours difficiles à ces emprunteurs... Quand on sait qu'une maison est actuellement conservée à peine 9 ans en moyenne, on imagine l'echeveau qu'il faudra démêler lors de la revente d'une maison dont le terrain ne vous appartient pas ! En outre, nombre de terrains risquent encore de prendre de la valeur dans les mois qui viennent et mettent donc en péril le plafond de 15 euros envisagé.

Voila comment on construit une usine à gaz (le plan Boutin) avec les tuyaux d'une autre usine à gaz (le plan Borloo) !

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 13:44

 



Le 5 mai 2008, l'ONG Transparency International a rendu public son rapport intitulé Transparence des revenus : performances des compagnies pétrolières et gazières. Ce document, qui porte sur 42 entreprises nationales et internationales opérant dans 21 pays, dénonce la grande opacité qui entoure les revenus tirés des hydrocarbures. Ces enquêtes ont en effet pour objectif de pousser les gouvernements à favoriser une plus juste répartition des ressources et de guérir les pays producteurs de leur "malédiction pétrolière".

Transparency a évalué les entreprises sur la base de trois critères :

          * la transparence des sommes versées aux Etats hôtes (royalties, taxes, commissions...)

          * les informations sur leurs activités industrielles (réserves, dépenses d'exploration-production...)

          * les mesures prises pour lutter contre la corruption.

Les conclusions sont les suivantes : "Les performances les plus faibles s'observent dans le domaine de la divulgation d'informations relatives aux paiements effectués en faveur des gouvernements des pays hôtes". Ainsi, Quand elle opère hors des Etats-Unis, l'américaine ExxonMobil affiche de médiocres performances en termes de transparence, et se retrouve aux côtés de Cnooc (Chine), Lukoil (Russie) et Petronas (Malaisie). Le groupe français Total est dans la moyenne et doit lui aussi améliorer ses résultats.

En revanche, StatoilHydro (Norvège), Petro-Canada et Talisman Energy (Canada) arrivent en tête du palmarès, notamment parce que leurs pays d'origine ont adopté des législations les obligeant à se montrer bien plus transparents. Elles sont donc présentées dans le rapport comme des modèles de vertu à suivre...

Mais attention à la méthodologie de cette enquête : Transparency International évalue les entreprises sur la base des informations qu'elles ont elles-mêmes publiées... C'est dire les précautions qu'il faut prendre dans l'interprétation des chiffres par conséquent ! L'idéal serait que chaque compagnie publie honnêtement, pays par pays, l'ensemble de ce qu'elles versent aux Etats où elles extraient des hydrocarbures. Mais évidemment, cela relève de l'utopie ! Les royalties et autres commissions représentent souvent des sommes importantes dans les contrats signés. On se souvient ainsi des montants faramineux dépensés par Elf pour engranger certains contrats clés...

Voici ci-dessous une carte présentant la part des régions du monde dans la production totale de pétrole (source : Enerdata) :



Enfin, le rapport se conclut par quelques chiffres intéressants : les seuls revenus pétroliers ont atteint 866 milliards de dollars en 2006 ; les sommes nécessaires pour atteindre les objectifs du Millénaire (diviser par deux l'extrême pauvreté en 2015) sont de 135 milliards de dollars, selon les Nations unies.

A bon entendeur...

 

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 18:53
Voici une interview de Michel Aglietta, spécialiste reconnu des mécanismes de la finance moderne et théoricien de la monnaie. Pour vous dire quelques mots sur lui, sachez qu'il est polytechnicien et ancien élève de de l'ENSAE, et qu'actuellement, il est professeur d'économie à l'Université Paris-X Nanterre. De plus, il est conseiller au CEPII, et membre du Conseil d'Analyse Economique auprès du Premier ministre, consultant à la CPR et membre de l'Institut Universitaire de France.

Il nous livre ici une explication claire de la crise des subprimes en moins d'un quart d'heure...



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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 11:17

 



L'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, a remis, mardi 29 avril, au Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, et à la ministre du logement et de la ville, Christine Boutin,
son cinquième rapport.  On peut notamment y lire que le taux de pauvreté monétaire n’a pas augmenté de manière significative depuis les constats du précédent rapport de l’Observatoire (2005-2006). Néanmoins, il ne diminue plus depuis 2002... De manière chiffrée en peut dire qu'en 2005, 3,7 millions de personnes (6,3 % de la population totale) vivaient en dessous du seuil de pauvreté (681 euros par mois, seuil à 50%, pour une personne seule), soit un nombre identique à celui de 2003.

Le rapport conclut aussi, comme on peut aisément l'imaginer, que l
a pauvreté est inégalement répartie sur l’ensemble du territoire. Les zones particulièrement défavorisés se situeraient dans le nord et l’est, sur le pourtour méditerranéen et dans les départements d’outre-mer.

On y lit également que l’isolement est un facteur majeur d’entrée dans la pauvreté, quel que soit l’âge de la personne concernée. Les familles monoparentales, parmi lesquelles les femmes sont largement majoritaires en tant que chef de famille, sont particulièrement touchées.

En fait, le véritable problème souligné par le rapport est que l'intensité de la pauvreté tend à s'aggraver. L'écart entre le niveau de vie médian des ménages pauvres et le seuil de pauvreté ne cessant de s'accroître depuis 2002 (16,3 % en 2002 à 18,2 % 2005), de plus en plus de personnes tombent dans la précarité durable que notre système politique n'arrive pas à enrayer.

Si j'ai voulu traiter de cette question, c'est d'abord parce qu'il est très difficile de mesurer réellement la pauvreté. La mesure de la pauvreté est en effet tributaire des définitions retenues. Une définition adoptée au niveau européen considère comme pauvres «les personnes dont les ressources matérielles, culturelles et sociales sont si faibles qu’elles sont exclues des modes de vie minimaux acceptables dans l’État dans lequel elles vivent
». En France, nous utilisons une approche dite relative, c’est-à-dire liant la définition de la pauvreté au niveau de vie propre à la société considérée. Par conséquent, dans notre pays, une personne est considérée comme pauvre au sens monétaire, si son niveau de vie est inférieur à 60% du revenu médian de la population (certaines définitions utlisent le seuil à 50% comme pour les chiffres présentés ci-dessus). D'autres pays, comme les Etats-Unis et le Canada, privilégient une approche absolue de la pauvreté monétaire.

À titre d’exemple, un ménage composé d’un couple et de deux enfants de 14 et 8 ans, disposant d’un revenu mensuel de 1 500 euros en 2005, sera considéré comme pauvre monétairement : en effet, son revenu corrigé de la composition du ménage est de (1 500/(1 + 0,5 + 0,5 + 0,3)) soit : 652,17 euros. Ce revenu est inférieur au seuil de pauvreté monétaire à 50 % (681 euros) comme à 60 % (817 euros).

Cela montre donc que même l'emploi protège de moins en moins contre la pauvreté. En 2003 et 2005, le phénomène des working poor (travailleurs pauvres) s'est ainsi accentué : il y a trois ans, 1,74 million de personnes, soit 7 % des travailleurs, occupaient un emploi mais étaient malgré tout dans un ménage ayant un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Deux ans plus tôt, ils étaient 1,47 million...Plus de 40 % des travailleurs pauvres ont ainsi un revenu supérieur à un smic annuel mais qui, rapporté à la composition de leur ménage et en l'absence d'autres ressources, ne permet pas de dépasser le seuil de pauvreté.

Il s'agit certainement là du plus grand échec de notre société moderne. Alors, arrêtons de parler d'heures supplémentaires et de sanctions systématiques pour les chômeurs lorsqu'une personne qui travaille n'arrive même plus à couvrir ses besoins les plus élémentaires (logement, chauffage, nourriture,...).

 

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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 11:02

 



J'avais écrit il y a quelques jours un billet sur le prix des matières premières agricoles. J'avais notamment expliqué que les envolées de prix que nous connaissons depuis quelques temps risquent de conduire à des troubles (et des émeutes) dans beaucoup de pays du monde. Aujourd'hui, je complète mon analyse en disant quelques mots sur la spéculation qui touche les matières premières agricoles.

Pour commencer, un fait évocateur de la situation : à Chicago, sur la tonne de blé, on a constaté à la fin de l'hiver des variations de plus de 100 dollars au cours d'une même séance, soit environ 20 % de la cotation du jour, selon l'Office national interprofessionnel des grandes cultures (ONIGC), un organisme public qui surveille l'évolution des marchés. Pour exprimer de manière chiffrée le niveau des variations de cours, on utilise le concept de volatilité. Pour faire simple, on peut dire que c'est une valeur mesurant la propension d'un actif (action, taux d'intérêt, cours du blé...) à varier significativement à la hause ou à la baisse. Plus cet actif à tendance à varier fortement sur une courte période de temps, plus cet actif est dit volatile. Mathématiquement, la volatilité est définie comme un écart-type, mais cela n'apporte rien de plus à mon analyse ici.

Revenons à notre sujet : pourquoi la volatilité est-elle si importante à étudier pour les matières premières ? Principalement parce qu'elle engendre de l'incertitude qui, comme je l'ai déjà rappelé sur ce blog, est le pire ennemi de l'investisseur sur un marché. Cette volatilité rend ainsi la tâche des industriels de l'agroalimentaire complexe et risquée. Les meuniers, par exemple, sont perturbés dans leurs politiques d'achat : quand le prix de la tonne de blé pouvait varier de quelques euros, désormais la différence peut s'élever de 20 à 30 euros.

Bien entendu, il ne faut pas perdre de vue que l'agriculture est par nature une activité volatile, car l'offre dépend des aléas climatiques et des anticipations de chaque agriculteur. De plus, le marché des céréales est très étroit : seulement 17,2 % de la production de blé sont exportés, 12,5 % du maïs et 7 % du riz. Par conséquent, au moindre déséquilibre, les cours varient considérablement. Mais ce que l'on connaît depuis ces derniers mois est bien plus inquiétant. Il s'agit en effet d'une envolée de prix couplée à une très grande volatilité qui ne peut s'expliquer uniquement par les facteurs cités ci-dessus. Je dénombre deux grandes explications :

         * De nombreux pays producteurs, soucieux de garantir une alimentation accessible à leur population, ont bloqué ou limité leurs exportations, d'abord de blé (Ukraine, Argentine...) puis de riz (Vietnam, Inde...). Quant à la Chine, redoutant la pénurie, elle tente de constituer des stocks stratégiques. Je ne parle même pas des agrocarburants qui détournent les matières premières agricoles de leur utilisation vivrière.

Pour illustrer mon propos, je vous propose un graphique de la FAO représentant l'évolution du stock de blé mondial :



         * Le grand MAL a un nom : la spéculation. En effet, les fonds d'investissement se sont engouffrés sur les marchés agricoles depuis 2004 environ, provoquant une amplification de la volatilité. Ces fonds spéculent sur les cours au moyen de produits financiers sophistiqués que l'on appelle des dérivés (futures, options,...) et que l'on trouve sur le marché à terme. Ainsi, à Paris, le nombre des contrats sur le blé est passé, de 2005 à 2007, de 210 000 à 970 000 !  Certains vont même plus loin, en ne se contentant plus d'opérer uniquement sur les marchés à terme. Ils achètent par exemple des terres ou des silos à grains en Afrique, en Amérique du Sud, en Ouzbékistan ou au Kazakhstan. 

Voici ci-dessous un graphique de la FAO représentant l'évolution du nombre de contrats à terme du blé au CBOT (Chicago Board of Trade, qui est la bourse où s'échangent les contrats sur les matières premières) :



La catastrophe à venir avec les fonds spéculatifs est la suivante : étant à la recherche de placements rentables, rien ne les empêche de passer d'un actif à l'autre au gré des arbitrages internes de rentabilité. Ainsi, si demain le blé ne leur semble plus être un actif rentable, ils pourront très facilement solder leurs positions sur ces contrats et investir leur argent sur d'autres actifs comme le pétrole ou l'or. Leur retrait massif provoquerait alors une chute des cours, ce qui conduirait les producteurs à délaisser la culture faute de prix rémunérateurs. Cela déboucherait finalement sur une aggravation de la crise alimentaire mondiale...

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