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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 15:07



Il est des fois où l'on ne peut résister à l'envie de dire ce que l'on pense d'une décision politique. Et en la matière, ce que je viens de lire ce matin appelle toute mon attention : les pays de l'UE ont trouvé un accord visant à définir les règles autorisant les salariés à travailler plus de 48 heures par semaine. Le texte prévoit de permettre une durée maximale hebdomadaire de 60 ou 65 heures pour les employés acceptant, à titre individuel, de déroger aux 48 heures !

Alors là, je me dit qu'il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond ! J'avais, dans un précédent billet, expliqué qu'un jour on finirait par en arriver à 60h par semaine, mais j'imaginais tout de même que cela prendrait plus de temps... En terme de régression sociale, on ne peut faire mieux : on est presque retourné à la semaine de travail typique du XIXe siècle avec 60h/semaine et travail le dimanche !

Quelles sont les modalités précises de cet accord trouvé par les ministres du travail des pays de l'Union ? Après des années de blocage, les Vingt-Sept ont maintenu la durée maximale de 48 heures par semaine. Afin de rallier le Royaume-Uni qui bénéficie d'une dérogation (appelée "opt out"), le compromis permet à un salarié de travailler davantage que ce plafond. Mais la durée maximale hebdomadaire de travail pourra atteindre 60 ou 65 heures pour les employés acceptant, à titre individuel, de déroger aux 48 heures. Ces plafonds pourront être dépassés en cas de conventions collectives...

Autre point subtilement réglé par ce compromis : il doit permettre aux Etats membres de se mettre en conformité avec la jurisprudence européenne au sujet du temps de garde dans les professions médico-sociales : d'après la Cour de justice des Communautés européennes de Luxembourg, qui a statué à plusieurs reprises à ce sujet, cette activité doit être considérée comme du temps de travail. Or, la majorité des Etats européens sont en infraction en la matière, notamment au sein des professions médicales. Tout le monde connaît les conditions de travail à l'hôpital et plus particulièrement aux urgences... Ainsi, afin de contourner les arrêts de la Cour, les Vingt-Sept ont convenu de distinguer le temps de garde inactif du temps de garde actif, seul ce dernier étant décompté comme temps de travail. Evidemment, il fallait y penser : pour soigner le mal, ignorons-le !

Heureusement, pour être applicables, ces textes devront encore être approuvés par le Parlement européen, ce qui est loin d'être assuré. En effet, l'Espagne, la Belgique, la Grèce, la Hongrie et Chypre se sont abstenus sur les propositions sur le temps de travail, les critiquant vivement et appelant à un arbitrage musclé du Parlement. Que fait Paris qui semblait être tant opposée à ce texte il y a quelques temps ? Il semblerait que notre omniprésident se soit rapproché de Gordon Brown qui a fait des concessions sur un autre texte bloqué depuis plusieurs années au sujet de l'intérim. Mais là encore, pas de quoi fouetter un chat, puisque même si cet accord prévoit, dès le premier jour de travail, un même traitement entre intérimaires et employés permanents, des dérogations existent : les partenaires sociaux peuvent conclure un accord national sur "un délai de grâce" supérieur, comme c'est le cas au Royaume-Uni.

Et quand je pense qu'après tout cela, notre ministre, Monsieur Bertrand, a estimé que l'accord apporte "plus de garanties pour les travailleurs". Est-ce une part de cynisme ?

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 10:25




Chaque année, depuis 2004, nous avons le droit à la publication du baromètre Ernst & Young de l'attractivité européenne. Les regards de toutes les agences internationales se penchent alors sur ce classement censait nous donner une vue précise de la compétitivité de notre pays. Précisons tout de suite qu'à la différence du classement annuel sur la compétitivité des pays de l'Institute for Management Development (IMD) de Lausanne (Suisse), le baromètre d'Ernst & Young repose en grande partie sur l'image qu'ont les investisseurs de ces pays et donc sur leurs intentions futures. Les seules données quantitatives retenues par Ernst & Young pour mesurer la réalité de l'attractivité des pays sont les investissements directs étrangers (IDE, FDI en anglais).

Dans la mouture 2008, l'Europe de l'Ouest n'est plus la région la plus attirante pour les investisseurs étrangers. Elle se fait doubler par la Chine, qui prend la tête du classement. L'Amérique du Nord se fait désormais distancer par l'Europe de l'Est et l'Inde. Le Royaume-Uni est le pays européen où les IDE ont été le plus créateurs d'emplois en 2007, grâce aux implantations dans le domaine du logiciel et des services financiers. Néanmoins, le rapport conclut que la performance de ce pays est très dépendante des investisseurs américains et que le ralentissement observable aux Etats-Unis pourrait donc l'affaiblir. Ce qui est également très intéressant, c'est que le Royaume-Uni est suivi de la Pologne, de la République tchèque, de la Russie, en nombre d'emplois créés par des investisseurs étrangers. Cela donne une idée (certes primaire !) sur les zones de délocalisation.

Qu'en est-il de la France ? Celle-ci obtient les résultats suivants en matière d’attractivité : 2ème en nombre de projets (541) et 5ème en nombre d’emplois créés (14 488) par les entreprises étrangères. Néanmoins, on voit vite revenir les critiques récurrentes contre notre pays : "La flexibilité du droit du travail, le niveau des charges fiscales des entreprises et les charges et les coûts salariaux sont, depuis 2002, les trois handicaps persistants du site France". Donc, rien de neuf sous le soleil français... Comment expliquer à tous ces investisseurs, que la flexibilité du droit du travail est très souvent incompatible avec une sécurisation des parcours professionnels ? Comment leur expliquer que nos charges ont un sens économique et politique fort que l'on peut englober dans la notion d'Etat-providence ? Il est vrai que "la qualité de la vie" reste le seul critère pour lequel la France continue d'arriver en tête. Il faudrait se demander si cette qualité de vie n'est pas justement obtenue grâce aux choix politiques qui ont été faits et qui aujourd'hui semblent être vus comme des "handicaps"...

Voici ci-dessous l'évolution, sur la période 2006-2008, de l'indice d'attractivité tel qu'il est calculé par le baromètre Ernst & Young, ainsi que l'évolution du montant des IDE entrants (Source : Ernst & Young's 2008 european
attractiveness survey)



Le moins que l'on puisse dire en voyant ces chiffres, c'est que la France ne s'en sort pas si mal que ça !

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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 11:38

Je n'ai pas beaucoup de temps pour moi en ce moment, car je suis membre du jury d'une grande école de commerce et je fais donc passer des entretiens d'admissions. C'est une activité que j'apprécie beaucoup et qui est très enrichissante du point de vue intellectuel.

Je poursuis néanmoins mes lectures et analyses et je vous livre ci-dessous une infographie que j'ai trouvée dans Le Monde.fr sur l'inflation. Elle résume bien les principales augmentations dans les différents secteurs de produits. Bien entendu, il faudrait expliciter en détails les définitions retenues pour calculer ces différents indices (chose que j'ai déjà faite sur ce blog...), mais l'idée est ici juste de retenir l'évolution moyenne calculée par l'INSEE.

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 10:47



Les temps changent et c'est une bonne chose : les ministres européens des finances ont donné leur feu vert mardi à l'adoption de l'euro par la Slovaquie le 1er janvier 2009, qui deviendra ainsi le premier pays de l'ex-bloc soviétique à entrer dans l'union économique et monétaire. La Slovaquie deviendra ainsi le 16e pays membre de la zone euro.

Précisons tout de fois que ce nouvel élargissement de la zone euro doit être encore formellement approuvé par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE lors d'un sommet les 19 et 20 juin, mais que les réticences au sujet de l'inflation élevée (fin 2008, le taux d'inflation slovaque devrait atteindre 3,8 % !) que connaît ce pays ne semblent pas rédhibitoires, alors que la Lituanie s'était vue refuser sa qualification pour des raions inflationnistes similaires. C'est certainement aussi parce que les autres critères sont parfaitement remplis : le déficit devrait retomber à 2 % du PIB en 2008, tandis que la dette ne devrait pas dépasser les 30 % de la richesse nationale ; le taux d'intérêt moyen à long terme est plafonné à 4,5 %, soit 2 points au-dessous de la valeur de référence ; le taux de change de la couronne varie par rapport à l'euro dans un couloir de fluctuation qui jugé raisonnable.

Mais attention aux lendemains de fêtes qui déchantent ! L'exemple slovène est à ce titre édifiant. Depuis l'adoption de la monnaie unique, le 1er janvier 2007, les étiquettes ont valsé. Les tarifs affichés à la carte des restaurants de Ljubljana sont quasiment identiques à ceux pratiqués à Paris et pour beaucoup de citoyens slovènes, une simple paire de chaussures s'apparente à un produit de luxe...

Justement, le premier ministre slovaque a bien anticipé les décisions concernant son pays et les risques potentiels. Il a par conséquent souligné qu'il allait imposer nombre d'obligations «exigeantes» et à d'ores et déjà obtenu de ses autorités monétaires une forte réévaluation de sa monnaie par rapport à l'euro, de 17,6 %, ce qui va lui permettre d'adopter la monnaie unique européenne l'an prochain dans des conditions plus avantageuses.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 12:49




Un petit billet pour résumer en quelques mots ce qui se passe au sommet d'Alcatel-Lucent ces derniers jours. Lors de l'assemblée générale, vendredi 30 mai, les actionnaires de l'équipementier télécoms en difficulté ont voté une résolution facilitant la révocation du président du groupe Serge Tchuruk et de la directrice générale Patricia Russo, qui ont tous deux été copieusement hués. On peut d'ailleurs comprendre les actionnaires, puisque du côté boursier le cours de l'action a été divisé par 2 en un an et du côté industriel, l'activité a baissé et le groupe annonce une perte de 181 millions d'euros au 1er trimestre 2008 contre 8 millions il y a tout juste un an !

Mais les actionnaires ont également critiqué les modalités du parachute doré de Patricia Russo qui, en cas de départ, lui accordait sa rémunération fixe et variable pendant deux ans, ainsi que ses différents avantages sociaux, de retraite et en nature. Or, en 2007, selon le cabinet de conseil Proxinvest, Mme Russo a perçu un salaire de 1,83 million d'euros, dont 1,2 million de part fixe et 635 000 euros de part variable, ou bonus. Son bonus "cible" s'établissait à 1,8 million d'euros. Tous avantages inclus, sa rémunération totale s'établit, selon Alcatel-Lucent, à 5 millions d'euros ! On peut alors aisément imaginer l'ordre de grandeur de ce parachute doré... Je donne tout de même la réponse pour ce qui ne souhaiteraient pas faire les calculs : on avoisine les six millions d'euros, soit 3,3 fois la rémunération de Mme Russo en 2007 !

Au moment où l'on ne cesse de nous parler de moralisation du milieu des affaires et de modération salariale, cette somme faramineuse ne passe pas très bien... D'ailleurs je ne résiste pas à l'envie de vous livrer un extrait du discours de Christine Lagarde lors de la mise en place de la loi TEPA qui contenait notamment la loi sur les heures supplémentaires défiscalisées :

"
Élément phare du programme confiance, croissance, emploi, la loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat, loi TEPA, vise à redonner toute sa place au travail comme valeur et outil d’amélioration du pouvoir d’achat par :
l’exonération d’impôts et de charges sociales pour les heures supplémentaires ou les heures complémentaires
la liaison des indemnités de départ des dirigeants, parachutes dorés, à leurs performances

[...]"

Encore une promesse non tenue donc ?

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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 13:24

L'indicateur qui mesure le moral des ménages français (en données corrigées des variations saisonnières = CVS) a encore chuté de trois points en mai pour aboutir à son niveau le plus bas depuis 1987 ! Il s'agit de la onzième baisse consécutive de cet indicateur, qui existe sous cette forme depuis 1987.

Rappelons la méthodologie de
cette enquête qui passionne depuis quelques temps les médias : il s'agit d'une enquête mensuelle réalisée depuis 1987 auprès des ménages français. Les interrogations sont faites par téléphone auprès d'environ 2000 ménages, avec saisie directe des informations depuis janvier 1991. Elles ont lieu au cours des trois premières semaines de chaque mois, sauf en août. L'évaluation du mois d'août qui apparaît dans les graphiques est obtenue par interpolation linéaire des données issues des enquêtes de juillet et de septembre. On pose ainsi des questions sur la situation financière personnelle, le chômage, le niveau de vie, les prix, l'épargne. A chaque fois on interroge les personnes tant sur le niveau actuel que sur l'anticipation qu'il en font pour l'avenir. Par exemple, à la question : "à votre avis, au cours des douze derniers mois, le niveau de vie en France dans l'ensemble..." on propose les réponses suivantes :

     * s'est nettement amélioré (+)
     * s'est un peu amélioré (+)
     * est resté stationnaire
     * s'est un peu dégradé (-)
     * s'est nettement dégradé (-)
     * ne sait pas.

Les données sont traduites en termes de soldes d'opinion, i.e que
chaque indicateur est calculé en faisant la différence entre les pourcentages de réponses positives et négatives à chaque question. Les réponses “ne sait pas” n'entrent pas dans le calcul. Le niveau de ces soldes n’étant pas directement interprétable, seules les évolutions sont pertinentes à analyser.

Précisons au passage que les coefficients saisonniers étant recalculés chaque mois, l’historique des soldes CVS pourra être légèrement révisé à l’occasion de chaque publication, ce qui s'est d'ailleurs produit en avril. 

Pour une meilleure lisibilité, on calcule alors un indicateur appelé indicateur résumé
 indicateur qui est la moyenne arithmétique des cinq indicateurs suivants : niveau de vie en France (évolution passée et perspectives d'évolution), situation financière personnelle (évolution passée et perspectives d'évolution), opportunité d'acheter. Voici l'évolution des indicateurs présentés ci-dessus (Source INSEE) 

    * Evolution de l'indicateur résumé de 1995 à aujourd'hui


     *  Evolution de l'indicateur chômage entre 2005 et 2008

   *  Evolution de l'indicateur prix entre 2005 et 2008

   *  Evolution de l'indicateur chômage entre 2005 et 2008

 

On constate donc que l'enquête du mois de mai fait apparaître les tendances suivantes : les ménages se montrent particulièrement pessimistes sur l'évolution passée et à venir du niveau de vie en France, dont les soldes plongent respectivement à – 74 et – 49 points. Les ménages sont également plus pessimistes qu'en avril sur les perspectives d'évolution de leur situation financière personnelle et sur leur situation financière personnelle passée, les deux indices perdant chacun deux points (– 18 et – 32 respectivement). le solde sur "l'opportunité de faire des achats importants" fléchit également en mai (en baisse de deux points à – 31), à son plus bas niveau depuis l'automne 1996. Alors que les prix du pétrole s'envolent et que les prix des produits alimentaires restent à un niveau élevé, le sentiment des ménages sur l'inflation passée se détériore nettement, mais leurs anticipations d'inflation restent stables.

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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 12:51

 



J'ai accompagné lundi une de mes classes de lycée à trèves (Allemagne) dans le cadre d'une sortie pédagogique. Nous en avons profité pour visiter la maison de Karl Marx qui est devenu un musée où l'on peut trouver une chronologie complète du socialisme et des mouvements ouvriers en Europe. Pour ne rien gâcher, certains documents interactifs permettaient de mieux saisir le contexte politico-économique du XIXe siècle.

J'en ai ainsi profité pour exposer les grandes lignes de l'économie politique marxiste à mes élèves afin qu'ils ne confondent pas tout comme on le voit trop souvent : socialisme, communisme, marxisme, planfication, capitalisme,... autant de mots qui méritent d'être expliqués dans leur contexte.

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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 19:12




J'ai déjà lu beaucoup de choses suprenantes en économie mais ce que j'ai lu il y a quelques jours dans Le Figaro mérite vraiment le détour. Il s'agit d'une lettre ouverte d'une page pleine adressée à Nicolas Sarkozy, Président de la République au cas où vous ne vous en souveniez pas... Cette lettre prenait d'ailleurs plus la forme d'une incantation économique (du type danse du soleil...) que d'une lettre ouverte et j'ai ainsi décidé d'y consacrer un petit billet. De quoi s'agit-il ? Qui en est l'auteur ?

Cette incantation fut rédigée par Emile Veron, 83 ans, fondateur et dirigeant de Majorette jusqu'en 1992. Ce dernier avoue à
la radio (RTL), que n'ayant pas pu défendre ses idées économiques directement face à notre omniprésident, il a choisi de se payer cette lettre ouverte dont le montant avoisinerait celui d'un joli tour du monde selon ses dires...

En fait, Emile Veron reprend le célèbre slogan de campagne de Nicolas Sarkozy  "travailler plus pour gagner plus", le mouline à sa sauce, et obtient  "travaillons plus, mais vivons beaucoup mieux" (sic!). Il explique ainsi en vrac que les prélèvements sont trop nombreux et "indus", que le chômage a pour vraie cause le pouvoir d'achat insuffisant, que nous ne travaillons pas assez en France, que nous avons trop de vacances, etc. Tout cela pour aboutir à une conclusion extraordinaire : il faut supprimer toutes charges et impôts sur les heures supplémentaires, tant du côté salarial que patronal ! Dans ce cas, nous aurons 20 % de croissance supplémentaire "à coup sûr" d'ici 4 ans (resic!)

Vous admettrez avec moi que là on commence à se poser des questions sur cette causalité si évidente que personne n'avait jamais remarquée avant lui... Pour achever de nous convaincre (et de convaincre le Président surtout !), Emile Veron nous explique que cette réforme permettra de renouer avec la croissance immédiatement après que la loi sera votée. Là c'est vraiment la prescription miracle : nous vivons à Byzance et nous ne l'avions pas remarqué ! Pour finir son plaidoyer, il nous cite tous les autres avantages de cette réforme : hausse de compétitivité des entreprises, sauvetage en règle de l'Etat qui pourra désormais consacrer ses subsides pour aider les "vrais pauvres, les handicapés, les petits retraités", hausse du pouvoir d'achat, résolution du problème du logement, ralentissement des délocalisations et de l'inflation, etc.

Arrivé à ce stade, on finit tout de même par se dire que trop c'est trop et qu'il va bien falloir qu'on remette un peu d'ordre dans ce dictionnaire à la Prévert. En effet, commencer par nous expliquer que le remède à tous nos maux est de travailler plus tient du non sens : le véritable progrès n'est-il pas justement d'avoir la possibilité de consacrer moins de temps au travail que nos parents (grâce à la productivité qui a augmenté) ? Ensuite, le fait de vouloir comparer la France aux Etats-Unis ou à d'autres pays m'agace, sachant qu'en terme de bonheur, ce ne sont pas les pays les plus productifs qui emportent la mise. Pourquoi aussi nous expliquer qu'en travaillant 48h par semaine un salarié pourrait gagner 60% de plus ? Peut-être pour nous dire que si Bruxelles faisait sauter le verrou des 48h maximum par semaine on pourrait gagner le double en faisant 60 ou 70h par semaines ? Peut-on ainsi réellement croire qu'un père de famille pourra s'occuper de son ménage en travaillant autant ? Cette croissance est-elle compatible avec l'écologie de notre planète ? La croissance profite-t-elle à tous dans ce cas ?  Bref, la fable du "travailler plus gagner plus" pose infiniment plus de questions et de problèmes qu'elle n'en résout.

J'en reviens maintenant à cette prétendue causalité si évidente entre défiscalisation totale des heures supplémentaires et hausse de la croissance. Rien ne garantit que cette mesure bénéficiera à tous les salariés, puisque les heures supplémentaires sont tributaires du carnet de commande comme je l'ai déjà expliqué ici. Par conséquent, l'effet sur le pouvoir d'achat moyen ne me semble pas évident à chiffrer. Pas plus d'ailleurs que l'effet sur la création de l'emploi ou les délocalisations. Car rappelons qu'il y a d'autres déterminants que le coût lorsqu'on embauche ou que l'on délocalise... Je pense surtout que tout ce plaidoyer participe du scientisme économique !

Pour finir, Emile Veron vous propose même de photocopier sa grande recette miraculeuse et de l'envoyer à notre omniprésident. Il vous donne même en prime son portable, pas celui du Président, le sien...

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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 14:27

 



Je viens de lire dans le Monde un compte-rendu d'un chat avec Thomas Piketty, excellent économiste, directeur d'études à l'EHESS  et professeur à l'Ecole d'économie de Paris/Paris School of Economics. Il répondait aux questions des internautes sur l'incontournable sujet du pouvoir d'achat et sa conclusion fut la suivante : les gains de pouvoir d'achat sont très fortement concentrés parmi les plus hauts revenus.

J'avais déjà beaucoup écrit sur ce sujet et je rappelerai donc juste une définition simple du pouvoir d'achat afin de permettre une bonne compréhension du texte qui suit : le pouvoir d'achat du salaire est la quantité de biens et de services que l'on peut acheter avec une unité de salaire. Son évolution est par conséquent liée à celles des prix et des salaires. C'est ainsi que, si les prix augmentent dans un environnement où les salaires sont constants, le pouvoir d'achat diminue alors que si la hausse des salaires est supérieure à celle des prix le pouvoir d'achat pourra augmenter. Actuellement, d'après les études de l'INSEE, le pouvoir d’achat reçu par l'ensemble des ménages progresse de 2 % par an en moyenne.

Voici le lien du chat :

http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-823448,55-1041664,0.html

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 18:46



Souvenez-vous, c'était il y a à peine 3 ans : lancée en 2005 par Jean-Louis Borloo, la maison à 100 000 euros devait être la solution à la crise profonde de l'accession sociale à la propriété... avec le résultat suivant qui se passe de commentaires : trois ans plus tard, à peine 800 maisons sont en chantier, à un prix bien supérieur (120 000 euros).

C'est ainsi que Christine Boutin, ministre du logement, a repris ce dossier houleux pour nous créer une nouvelle idée de marketing politique : le programme "maison à 15 euros par jour"  qui, comme le projet Borloo, est censé permettre aux ménages modestes de devenir propriétaires et relancer la construction.

Le dispositif s'adresse aux primo-accédants aux revenus compris entre 1 500 et 2 000 euros mensuels. Pour être plus précis, voici les conditions à remplir pour avoit droit à ce programme et être certain de bénéficier d'une charge inférieure à 15 euros par jour :


ne pas être déjà propriétaire


acheter une maison neuve ou faire construire


avoir au moins deux enfants


bénéficier d'une aide à l'accession à la propriété attribuée par une ou plusieurs collectivités locales du lieu d'implantation de la maison


en 2006, avoir des revenus nets ne dépassant  pas les montant ci-dessous :
 

Nombre de personnes dans le foyer Zone A Zone B et C
1 27.638 euros 23.688 euros
2 35.525 euros 31.588 euros
3 40;488 euros 36.538 euros
4 44.425 euros 40.488 euros
5 et plus 48.363 euros 44.425 euros


Zone A : grande agglomération parisienne, Côte d'Azur, Genevois Français


Zone B : Ile de France hors zone A, agglomérations de plus de 50.000 habitants, quelques secteurs littoraux ou frontaliers


Zone C : le reste du territoire.



Comment se passe alors l'achat ?


Grâce au PASS-Foncier, un dispositif spécial mis en place par l'Etat et le 1% logement, vous achetez votre maison en deux temps : vous remboursez d'abord la maison pendant 18 à 25 ans, puis vous remboursez le terrain pendant 10 à 15 ans. En fait le 1% logement achète le terrain à votre place et il attend que vous ayez fini de payer la maison. C'est à lui que vous rembourserez dans un second temps le prix du terrain, majoré de 1,5 % ou 2,5 % par an, selon les cas. Votre apport personnel est limité aux frais d'acquisition et d'hypothèques. Pour 15 euros par jour, soit 450 euros par mois environ, vous pourrez ainsi acheter ou faire construite une maison d'au moins 85 m² qui coûte entre 150.000 et 185.000 euros, terrain compris. Précisons que la charge de 15 euros par jour prend en compte le montant d'APL correspondant à celui dont bénéficie à ce jour un ménage de 4 personnes ayant des revenus de 1800 euros nets par mois.

On comprend par conséquent rapidement le problème qui va se poser : certes le projet de Mme Boutin a le mérite d'avoir prévu le portage du terrain, mais il fait passer le coût de ces maisons de 100 000 à près de 200 000 euros, avec des remboursements pendant quarante ans ! Or, cette longue durée de remboursement couvrira forcément des périodes d'inactivité ou de retraite, ce qui laisse présager des jours difficiles à ces emprunteurs... Quand on sait qu'une maison est actuellement conservée à peine 9 ans en moyenne, on imagine l'echeveau qu'il faudra démêler lors de la revente d'une maison dont le terrain ne vous appartient pas ! En outre, nombre de terrains risquent encore de prendre de la valeur dans les mois qui viennent et mettent donc en péril le plafond de 15 euros envisagé.

Voila comment on construit une usine à gaz (le plan Boutin) avec les tuyaux d'une autre usine à gaz (le plan Borloo) !

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