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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 19:12




J'ai déjà lu beaucoup de choses suprenantes en économie mais ce que j'ai lu il y a quelques jours dans Le Figaro mérite vraiment le détour. Il s'agit d'une lettre ouverte d'une page pleine adressée à Nicolas Sarkozy, Président de la République au cas où vous ne vous en souveniez pas... Cette lettre prenait d'ailleurs plus la forme d'une incantation économique (du type danse du soleil...) que d'une lettre ouverte et j'ai ainsi décidé d'y consacrer un petit billet. De quoi s'agit-il ? Qui en est l'auteur ?

Cette incantation fut rédigée par Emile Veron, 83 ans, fondateur et dirigeant de Majorette jusqu'en 1992. Ce dernier avoue à
la radio (RTL), que n'ayant pas pu défendre ses idées économiques directement face à notre omniprésident, il a choisi de se payer cette lettre ouverte dont le montant avoisinerait celui d'un joli tour du monde selon ses dires...

En fait, Emile Veron reprend le célèbre slogan de campagne de Nicolas Sarkozy  "travailler plus pour gagner plus", le mouline à sa sauce, et obtient  "travaillons plus, mais vivons beaucoup mieux" (sic!). Il explique ainsi en vrac que les prélèvements sont trop nombreux et "indus", que le chômage a pour vraie cause le pouvoir d'achat insuffisant, que nous ne travaillons pas assez en France, que nous avons trop de vacances, etc. Tout cela pour aboutir à une conclusion extraordinaire : il faut supprimer toutes charges et impôts sur les heures supplémentaires, tant du côté salarial que patronal ! Dans ce cas, nous aurons 20 % de croissance supplémentaire "à coup sûr" d'ici 4 ans (resic!)

Vous admettrez avec moi que là on commence à se poser des questions sur cette causalité si évidente que personne n'avait jamais remarquée avant lui... Pour achever de nous convaincre (et de convaincre le Président surtout !), Emile Veron nous explique que cette réforme permettra de renouer avec la croissance immédiatement après que la loi sera votée. Là c'est vraiment la prescription miracle : nous vivons à Byzance et nous ne l'avions pas remarqué ! Pour finir son plaidoyer, il nous cite tous les autres avantages de cette réforme : hausse de compétitivité des entreprises, sauvetage en règle de l'Etat qui pourra désormais consacrer ses subsides pour aider les "vrais pauvres, les handicapés, les petits retraités", hausse du pouvoir d'achat, résolution du problème du logement, ralentissement des délocalisations et de l'inflation, etc.

Arrivé à ce stade, on finit tout de même par se dire que trop c'est trop et qu'il va bien falloir qu'on remette un peu d'ordre dans ce dictionnaire à la Prévert. En effet, commencer par nous expliquer que le remède à tous nos maux est de travailler plus tient du non sens : le véritable progrès n'est-il pas justement d'avoir la possibilité de consacrer moins de temps au travail que nos parents (grâce à la productivité qui a augmenté) ? Ensuite, le fait de vouloir comparer la France aux Etats-Unis ou à d'autres pays m'agace, sachant qu'en terme de bonheur, ce ne sont pas les pays les plus productifs qui emportent la mise. Pourquoi aussi nous expliquer qu'en travaillant 48h par semaine un salarié pourrait gagner 60% de plus ? Peut-être pour nous dire que si Bruxelles faisait sauter le verrou des 48h maximum par semaine on pourrait gagner le double en faisant 60 ou 70h par semaines ? Peut-on ainsi réellement croire qu'un père de famille pourra s'occuper de son ménage en travaillant autant ? Cette croissance est-elle compatible avec l'écologie de notre planète ? La croissance profite-t-elle à tous dans ce cas ?  Bref, la fable du "travailler plus gagner plus" pose infiniment plus de questions et de problèmes qu'elle n'en résout.

J'en reviens maintenant à cette prétendue causalité si évidente entre défiscalisation totale des heures supplémentaires et hausse de la croissance. Rien ne garantit que cette mesure bénéficiera à tous les salariés, puisque les heures supplémentaires sont tributaires du carnet de commande comme je l'ai déjà expliqué ici. Par conséquent, l'effet sur le pouvoir d'achat moyen ne me semble pas évident à chiffrer. Pas plus d'ailleurs que l'effet sur la création de l'emploi ou les délocalisations. Car rappelons qu'il y a d'autres déterminants que le coût lorsqu'on embauche ou que l'on délocalise... Je pense surtout que tout ce plaidoyer participe du scientisme économique !

Pour finir, Emile Veron vous propose même de photocopier sa grande recette miraculeuse et de l'envoyer à notre omniprésident. Il vous donne même en prime son portable, pas celui du Président, le sien...

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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 14:27

 



Je viens de lire dans le Monde un compte-rendu d'un chat avec Thomas Piketty, excellent économiste, directeur d'études à l'EHESS  et professeur à l'Ecole d'économie de Paris/Paris School of Economics. Il répondait aux questions des internautes sur l'incontournable sujet du pouvoir d'achat et sa conclusion fut la suivante : les gains de pouvoir d'achat sont très fortement concentrés parmi les plus hauts revenus.

J'avais déjà beaucoup écrit sur ce sujet et je rappelerai donc juste une définition simple du pouvoir d'achat afin de permettre une bonne compréhension du texte qui suit : le pouvoir d'achat du salaire est la quantité de biens et de services que l'on peut acheter avec une unité de salaire. Son évolution est par conséquent liée à celles des prix et des salaires. C'est ainsi que, si les prix augmentent dans un environnement où les salaires sont constants, le pouvoir d'achat diminue alors que si la hausse des salaires est supérieure à celle des prix le pouvoir d'achat pourra augmenter. Actuellement, d'après les études de l'INSEE, le pouvoir d’achat reçu par l'ensemble des ménages progresse de 2 % par an en moyenne.

Voici le lien du chat :

http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-823448,55-1041664,0.html

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 18:46



Souvenez-vous, c'était il y a à peine 3 ans : lancée en 2005 par Jean-Louis Borloo, la maison à 100 000 euros devait être la solution à la crise profonde de l'accession sociale à la propriété... avec le résultat suivant qui se passe de commentaires : trois ans plus tard, à peine 800 maisons sont en chantier, à un prix bien supérieur (120 000 euros).

C'est ainsi que Christine Boutin, ministre du logement, a repris ce dossier houleux pour nous créer une nouvelle idée de marketing politique : le programme "maison à 15 euros par jour"  qui, comme le projet Borloo, est censé permettre aux ménages modestes de devenir propriétaires et relancer la construction.

Le dispositif s'adresse aux primo-accédants aux revenus compris entre 1 500 et 2 000 euros mensuels. Pour être plus précis, voici les conditions à remplir pour avoit droit à ce programme et être certain de bénéficier d'une charge inférieure à 15 euros par jour :


ne pas être déjà propriétaire


acheter une maison neuve ou faire construire


avoir au moins deux enfants


bénéficier d'une aide à l'accession à la propriété attribuée par une ou plusieurs collectivités locales du lieu d'implantation de la maison


en 2006, avoir des revenus nets ne dépassant  pas les montant ci-dessous :
 

Nombre de personnes dans le foyer Zone A Zone B et C
1 27.638 euros 23.688 euros
2 35.525 euros 31.588 euros
3 40;488 euros 36.538 euros
4 44.425 euros 40.488 euros
5 et plus 48.363 euros 44.425 euros


Zone A : grande agglomération parisienne, Côte d'Azur, Genevois Français


Zone B : Ile de France hors zone A, agglomérations de plus de 50.000 habitants, quelques secteurs littoraux ou frontaliers


Zone C : le reste du territoire.



Comment se passe alors l'achat ?


Grâce au PASS-Foncier, un dispositif spécial mis en place par l'Etat et le 1% logement, vous achetez votre maison en deux temps : vous remboursez d'abord la maison pendant 18 à 25 ans, puis vous remboursez le terrain pendant 10 à 15 ans. En fait le 1% logement achète le terrain à votre place et il attend que vous ayez fini de payer la maison. C'est à lui que vous rembourserez dans un second temps le prix du terrain, majoré de 1,5 % ou 2,5 % par an, selon les cas. Votre apport personnel est limité aux frais d'acquisition et d'hypothèques. Pour 15 euros par jour, soit 450 euros par mois environ, vous pourrez ainsi acheter ou faire construite une maison d'au moins 85 m² qui coûte entre 150.000 et 185.000 euros, terrain compris. Précisons que la charge de 15 euros par jour prend en compte le montant d'APL correspondant à celui dont bénéficie à ce jour un ménage de 4 personnes ayant des revenus de 1800 euros nets par mois.

On comprend par conséquent rapidement le problème qui va se poser : certes le projet de Mme Boutin a le mérite d'avoir prévu le portage du terrain, mais il fait passer le coût de ces maisons de 100 000 à près de 200 000 euros, avec des remboursements pendant quarante ans ! Or, cette longue durée de remboursement couvrira forcément des périodes d'inactivité ou de retraite, ce qui laisse présager des jours difficiles à ces emprunteurs... Quand on sait qu'une maison est actuellement conservée à peine 9 ans en moyenne, on imagine l'echeveau qu'il faudra démêler lors de la revente d'une maison dont le terrain ne vous appartient pas ! En outre, nombre de terrains risquent encore de prendre de la valeur dans les mois qui viennent et mettent donc en péril le plafond de 15 euros envisagé.

Voila comment on construit une usine à gaz (le plan Boutin) avec les tuyaux d'une autre usine à gaz (le plan Borloo) !

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 13:44

 



Le 5 mai 2008, l'ONG Transparency International a rendu public son rapport intitulé Transparence des revenus : performances des compagnies pétrolières et gazières. Ce document, qui porte sur 42 entreprises nationales et internationales opérant dans 21 pays, dénonce la grande opacité qui entoure les revenus tirés des hydrocarbures. Ces enquêtes ont en effet pour objectif de pousser les gouvernements à favoriser une plus juste répartition des ressources et de guérir les pays producteurs de leur "malédiction pétrolière".

Transparency a évalué les entreprises sur la base de trois critères :

          * la transparence des sommes versées aux Etats hôtes (royalties, taxes, commissions...)

          * les informations sur leurs activités industrielles (réserves, dépenses d'exploration-production...)

          * les mesures prises pour lutter contre la corruption.

Les conclusions sont les suivantes : "Les performances les plus faibles s'observent dans le domaine de la divulgation d'informations relatives aux paiements effectués en faveur des gouvernements des pays hôtes". Ainsi, Quand elle opère hors des Etats-Unis, l'américaine ExxonMobil affiche de médiocres performances en termes de transparence, et se retrouve aux côtés de Cnooc (Chine), Lukoil (Russie) et Petronas (Malaisie). Le groupe français Total est dans la moyenne et doit lui aussi améliorer ses résultats.

En revanche, StatoilHydro (Norvège), Petro-Canada et Talisman Energy (Canada) arrivent en tête du palmarès, notamment parce que leurs pays d'origine ont adopté des législations les obligeant à se montrer bien plus transparents. Elles sont donc présentées dans le rapport comme des modèles de vertu à suivre...

Mais attention à la méthodologie de cette enquête : Transparency International évalue les entreprises sur la base des informations qu'elles ont elles-mêmes publiées... C'est dire les précautions qu'il faut prendre dans l'interprétation des chiffres par conséquent ! L'idéal serait que chaque compagnie publie honnêtement, pays par pays, l'ensemble de ce qu'elles versent aux Etats où elles extraient des hydrocarbures. Mais évidemment, cela relève de l'utopie ! Les royalties et autres commissions représentent souvent des sommes importantes dans les contrats signés. On se souvient ainsi des montants faramineux dépensés par Elf pour engranger certains contrats clés...

Voici ci-dessous une carte présentant la part des régions du monde dans la production totale de pétrole (source : Enerdata) :



Enfin, le rapport se conclut par quelques chiffres intéressants : les seuls revenus pétroliers ont atteint 866 milliards de dollars en 2006 ; les sommes nécessaires pour atteindre les objectifs du Millénaire (diviser par deux l'extrême pauvreté en 2015) sont de 135 milliards de dollars, selon les Nations unies.

A bon entendeur...

 

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 18:53
Voici une interview de Michel Aglietta, spécialiste reconnu des mécanismes de la finance moderne et théoricien de la monnaie. Pour vous dire quelques mots sur lui, sachez qu'il est polytechnicien et ancien élève de de l'ENSAE, et qu'actuellement, il est professeur d'économie à l'Université Paris-X Nanterre. De plus, il est conseiller au CEPII, et membre du Conseil d'Analyse Economique auprès du Premier ministre, consultant à la CPR et membre de l'Institut Universitaire de France.

Il nous livre ici une explication claire de la crise des subprimes en moins d'un quart d'heure...



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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 11:17

 



L'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, a remis, mardi 29 avril, au Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, et à la ministre du logement et de la ville, Christine Boutin,
son cinquième rapport.  On peut notamment y lire que le taux de pauvreté monétaire n’a pas augmenté de manière significative depuis les constats du précédent rapport de l’Observatoire (2005-2006). Néanmoins, il ne diminue plus depuis 2002... De manière chiffrée en peut dire qu'en 2005, 3,7 millions de personnes (6,3 % de la population totale) vivaient en dessous du seuil de pauvreté (681 euros par mois, seuil à 50%, pour une personne seule), soit un nombre identique à celui de 2003.

Le rapport conclut aussi, comme on peut aisément l'imaginer, que l
a pauvreté est inégalement répartie sur l’ensemble du territoire. Les zones particulièrement défavorisés se situeraient dans le nord et l’est, sur le pourtour méditerranéen et dans les départements d’outre-mer.

On y lit également que l’isolement est un facteur majeur d’entrée dans la pauvreté, quel que soit l’âge de la personne concernée. Les familles monoparentales, parmi lesquelles les femmes sont largement majoritaires en tant que chef de famille, sont particulièrement touchées.

En fait, le véritable problème souligné par le rapport est que l'intensité de la pauvreté tend à s'aggraver. L'écart entre le niveau de vie médian des ménages pauvres et le seuil de pauvreté ne cessant de s'accroître depuis 2002 (16,3 % en 2002 à 18,2 % 2005), de plus en plus de personnes tombent dans la précarité durable que notre système politique n'arrive pas à enrayer.

Si j'ai voulu traiter de cette question, c'est d'abord parce qu'il est très difficile de mesurer réellement la pauvreté. La mesure de la pauvreté est en effet tributaire des définitions retenues. Une définition adoptée au niveau européen considère comme pauvres «les personnes dont les ressources matérielles, culturelles et sociales sont si faibles qu’elles sont exclues des modes de vie minimaux acceptables dans l’État dans lequel elles vivent
». En France, nous utilisons une approche dite relative, c’est-à-dire liant la définition de la pauvreté au niveau de vie propre à la société considérée. Par conséquent, dans notre pays, une personne est considérée comme pauvre au sens monétaire, si son niveau de vie est inférieur à 60% du revenu médian de la population (certaines définitions utlisent le seuil à 50% comme pour les chiffres présentés ci-dessus). D'autres pays, comme les Etats-Unis et le Canada, privilégient une approche absolue de la pauvreté monétaire.

À titre d’exemple, un ménage composé d’un couple et de deux enfants de 14 et 8 ans, disposant d’un revenu mensuel de 1 500 euros en 2005, sera considéré comme pauvre monétairement : en effet, son revenu corrigé de la composition du ménage est de (1 500/(1 + 0,5 + 0,5 + 0,3)) soit : 652,17 euros. Ce revenu est inférieur au seuil de pauvreté monétaire à 50 % (681 euros) comme à 60 % (817 euros).

Cela montre donc que même l'emploi protège de moins en moins contre la pauvreté. En 2003 et 2005, le phénomène des working poor (travailleurs pauvres) s'est ainsi accentué : il y a trois ans, 1,74 million de personnes, soit 7 % des travailleurs, occupaient un emploi mais étaient malgré tout dans un ménage ayant un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Deux ans plus tôt, ils étaient 1,47 million...Plus de 40 % des travailleurs pauvres ont ainsi un revenu supérieur à un smic annuel mais qui, rapporté à la composition de leur ménage et en l'absence d'autres ressources, ne permet pas de dépasser le seuil de pauvreté.

Il s'agit certainement là du plus grand échec de notre société moderne. Alors, arrêtons de parler d'heures supplémentaires et de sanctions systématiques pour les chômeurs lorsqu'une personne qui travaille n'arrive même plus à couvrir ses besoins les plus élémentaires (logement, chauffage, nourriture,...).

 

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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 11:02

 



J'avais écrit il y a quelques jours un billet sur le prix des matières premières agricoles. J'avais notamment expliqué que les envolées de prix que nous connaissons depuis quelques temps risquent de conduire à des troubles (et des émeutes) dans beaucoup de pays du monde. Aujourd'hui, je complète mon analyse en disant quelques mots sur la spéculation qui touche les matières premières agricoles.

Pour commencer, un fait évocateur de la situation : à Chicago, sur la tonne de blé, on a constaté à la fin de l'hiver des variations de plus de 100 dollars au cours d'une même séance, soit environ 20 % de la cotation du jour, selon l'Office national interprofessionnel des grandes cultures (ONIGC), un organisme public qui surveille l'évolution des marchés. Pour exprimer de manière chiffrée le niveau des variations de cours, on utilise le concept de volatilité. Pour faire simple, on peut dire que c'est une valeur mesurant la propension d'un actif (action, taux d'intérêt, cours du blé...) à varier significativement à la hause ou à la baisse. Plus cet actif à tendance à varier fortement sur une courte période de temps, plus cet actif est dit volatile. Mathématiquement, la volatilité est définie comme un écart-type, mais cela n'apporte rien de plus à mon analyse ici.

Revenons à notre sujet : pourquoi la volatilité est-elle si importante à étudier pour les matières premières ? Principalement parce qu'elle engendre de l'incertitude qui, comme je l'ai déjà rappelé sur ce blog, est le pire ennemi de l'investisseur sur un marché. Cette volatilité rend ainsi la tâche des industriels de l'agroalimentaire complexe et risquée. Les meuniers, par exemple, sont perturbés dans leurs politiques d'achat : quand le prix de la tonne de blé pouvait varier de quelques euros, désormais la différence peut s'élever de 20 à 30 euros.

Bien entendu, il ne faut pas perdre de vue que l'agriculture est par nature une activité volatile, car l'offre dépend des aléas climatiques et des anticipations de chaque agriculteur. De plus, le marché des céréales est très étroit : seulement 17,2 % de la production de blé sont exportés, 12,5 % du maïs et 7 % du riz. Par conséquent, au moindre déséquilibre, les cours varient considérablement. Mais ce que l'on connaît depuis ces derniers mois est bien plus inquiétant. Il s'agit en effet d'une envolée de prix couplée à une très grande volatilité qui ne peut s'expliquer uniquement par les facteurs cités ci-dessus. Je dénombre deux grandes explications :

         * De nombreux pays producteurs, soucieux de garantir une alimentation accessible à leur population, ont bloqué ou limité leurs exportations, d'abord de blé (Ukraine, Argentine...) puis de riz (Vietnam, Inde...). Quant à la Chine, redoutant la pénurie, elle tente de constituer des stocks stratégiques. Je ne parle même pas des agrocarburants qui détournent les matières premières agricoles de leur utilisation vivrière.

Pour illustrer mon propos, je vous propose un graphique de la FAO représentant l'évolution du stock de blé mondial :



         * Le grand MAL a un nom : la spéculation. En effet, les fonds d'investissement se sont engouffrés sur les marchés agricoles depuis 2004 environ, provoquant une amplification de la volatilité. Ces fonds spéculent sur les cours au moyen de produits financiers sophistiqués que l'on appelle des dérivés (futures, options,...) et que l'on trouve sur le marché à terme. Ainsi, à Paris, le nombre des contrats sur le blé est passé, de 2005 à 2007, de 210 000 à 970 000 !  Certains vont même plus loin, en ne se contentant plus d'opérer uniquement sur les marchés à terme. Ils achètent par exemple des terres ou des silos à grains en Afrique, en Amérique du Sud, en Ouzbékistan ou au Kazakhstan. 

Voici ci-dessous un graphique de la FAO représentant l'évolution du nombre de contrats à terme du blé au CBOT (Chicago Board of Trade, qui est la bourse où s'échangent les contrats sur les matières premières) :



La catastrophe à venir avec les fonds spéculatifs est la suivante : étant à la recherche de placements rentables, rien ne les empêche de passer d'un actif à l'autre au gré des arbitrages internes de rentabilité. Ainsi, si demain le blé ne leur semble plus être un actif rentable, ils pourront très facilement solder leurs positions sur ces contrats et investir leur argent sur d'autres actifs comme le pétrole ou l'or. Leur retrait massif provoquerait alors une chute des cours, ce qui conduirait les producteurs à délaisser la culture faute de prix rémunérateurs. Cela déboucherait finalement sur une aggravation de la crise alimentaire mondiale...

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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 19:45



Le feuilleton Alitalia n'en finit décidément pas de relancer le suspens ! Au lendemain du retrait par Air France-KLM de son offre de reprise - suite aux nombreuses interférences politiques et aux différends rencontrés avec les syndicats d'Alitalia - le gouvernement italien a décidé, mardi 22 avril, d'accorder un prêt-relais de 300 millions d'euros à Alitalia afin d'éviter à la compagnie aérienne une faillite à court terme. C'est dire la situation exangue dans laquelle se trouve la compagnie aérienne qui ne disposait plus que de 170 millions d'euros de liquidités fin mars après huit années de déficits successifs...

Or, même si ce prêt devra être remboursé avant la fin de l'année, il risque de déplaire fortement à Bruxelles. En effet, Alitalia a déjà bénéficié d'une aide à la restructuration - autorisée par la Commission européenne - qui a été versée entre 1996 et 2001. Elle ne peut pas, selon le principe de l'aide unique, bénéficier d'une nouvelle aide d'Etat jusqu'en 2011, a indiqué un porte-parole de la Commission pour les questions de transports.

Nous sommes ainsi typiquement dans le cas d'une entreprise qui gagne du temps, mais se cherche malheureusement  toujours encore un avenir viable... Silvio Berlusconi a d'ailleurs annoncé une reprise des contacts avec la compagnie russe Aeroflot, qui s'était retirée en novembre de la course pour la privatisation d'Alitalia. Aeroflot a confirmé mardi qu'elle allait reprendre ces contacts sur ordre du président Vladimir Poutine. Le feuilleton va donc se poursuivre.

Pourtant, Alitalia dispose de nombreux avantages en terme de possibilités commerciales : 24,15 millions de passagers l'an dernier, dont 10,9 millions à l'international (quatrième rang des compagnies européennes traditionnelles), un marché domestique significatif (10,74 millions de passagers en 2006), membre fondateur de l'alliance SkyTeam d'Air France, etc. Néanmoins, ne cachons pas non plus les énormes lacunes de la compagnie aérienne : sa flotte est majoritairement constituée d'appareils de plus de vingt ans, la productivité de ses salariés est la plus faible d'Europe, trois plans de restructuration n'ont pu remettre sur pied l'ensemble et enfin, écartelée entre Milan et Rome, elle n'a jamais su créer un véritable hub qui lui aurait certainement permis de réaliser de véritables économies d'échelles.



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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 10:55

 



Le président de la République a conclu la semaine dernière que la dette de la France est principalement due aux prestations sociales. Depuis, les annonces de réformes se succèdent et j'ai l'impression que l'on va s'acheminer très vite vers un démantèlement de l'Etat-Providence qui a vu jour après 1945 ! Après le non remboursement de l'optique par la Séucrité Sociale, le contrôle strict des chômeurs, et la baisse des allocations familiales il y a 3 jours, voici que le ministre de l'économie confirme son projet de lever la dispense de recherche d'emploi (DRE) pour les chômeurs de plus de 57 ans et demi.

De quoi s'agit-il ? Depuis 1985, les demandeurs d'emploi de plus de 57 ans et demi (ou de plus de 55 ans sous certaines conditions) peuvent conserver leurs droits à indemnisation sans avoir à effectuer les démarches régulières demandées aux autres chômeurs. Pour fixer les idées, f

in décembre 2007, 383 117 chômeurs étaient officiellement dispensés de recherche d'emploi, contre 405 800 fin 2006 et 408 703 fin 2005, selon les chiffres de l'Unedic.

A l'origine, les DRE avaient pour objectif d'encourager les seniors à rester chez eux plutôt qu'à rechercher un emploi, afin de faire diminuer le nombre de chômeurs. Or, aujourd'hui, et c'est incontestable, il devient très difficile (voire impossible...) pour un salarié de presque 60 ans de trouver un emploi ! Alors laisser penser cela dans le seul but d'économiser les prestations qu'on leur verse, relève de la malhonnêteté intellectuelle ! D'ailleurs, le secrétaire d'Etat à l'emploi, Laurent Wauquiez, n'avait-il pas déclaré récemment que "nous ne pouvons pas forcer les chômeurs âgés à chercher un emploi s'ils n'ont aucune chance d'en trouver"...

Finalement, dans ce grand programme de déconstruction des acquis sociaux, le gouvernement se trompe de cible : ne serait-ce pas l'hôpital qui se moque de la charité ?


"Si la charité vient à manquer, à quoi sert tout le reste ?" , Saint Augustin

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 19:32

 



J'ai parlé récemment avec un ami qui me disait que le prix  de certaines pièces de rechange pour son automobile avait explosé. Il n'en fallait pas plus pour me motiver à démêler le vrai du faux. Je me suis ainsi intéressé aux prix de certaines pièces détachées de carrosserie et j'ai découvert, notamment grâce à un article du Monde, que ces pièces ont explosé entre 2006 et 2007 : le prix d'une aile arrière d'une Xantia Citroën est passé de 126,77 euros début 2006 à 245 euros en 2007, celui d'une porte de 206 Peugeot a bondi de 43 % ! Le directeur général adjoint de la Macif  va même jusqu'à déclarer que "nous n'avions pas connu une telle inflation depuis dix ans !"

L'explication principale est le monopole dont bénéficient les constructeurs : grâce à règlement européen (
Règlement (CE) n° 6/2002 du Conseil du 12 décembre 2001 sur les dessins ou modèles communautaires) , ils bénéficient d'une protection des dessins et modèles des pièces de rechange d'un véhicule. Impossible donc de trouver légalement un produit alternatif pour réparer un véhicule... Dans ce contexte, la FEDA (Fédération des syndicats de la distribution automobile ) a décidé d'alerter les parlementaires français et les associations de consommateurs pour qu'enfin la France ouvre ce secteur à la concurrence grâce à une clause de réparation.

Que dit cette clause de réparation ? «La protection au titre de dessin ou modèle n’existe pas à l’égard d’un dessin ou modèle qui constitue une pièce d’un produit complexe qui est utilisée au sens de l’article 12, paragraphe 1, de la présente directive dans le but de permettre la réparation de ce produit complexe en vue de lui rendre son apparence initiale».

Cependant, le chemin est encore long et surtout lent comme on peut en juger par ces quelques dates : le collège des Commissaires Européens a adopté le 14 septembre 2004 la proposition de modification de la Directive 98/71/CE sur la protection juridique des dessins et modèles visant à libéraliser la fabrication et la commercialisation des pièces de rechange des ensembles complexes. Mais ce n'est que le 12 décembre 2007 que le Parlement européen a adopté à l'unanimité cette clause de réparation, qui invalide le règlement européen sur la protection des dessins et modèles. Il lui faut désormais être adoptée par le Conseil des ministres européens !

Bien entendu, on peut rétorquer qu'une telle concurrence risque d'impliquer des contrefaçons et une baisse de la sécurité. Et bien, cela ne semble pas aussi évident qu'il n'y parait. Selon une étude menée par les organismes techniques
Autopolis et Thatcham à la demande de Bruxelles, l'utilisation de pièces de rechange proposées par des distributeurs indépendants ne fait pas peser davantage de risques sur la sécurité des véhicules que l'emploi de celles fournies par les constructeurs. Voir également ce lien : http://www.figiefa.org/documents/FIGIEFACommmentsonLEReport-06112006.pdf

Pour finir, rappelons que selon Cora, filiale du groupe de distribution de pièces détachées Autodistribution, les constructeurs réalisent 55 % des réparations et détiennent 95 % du marché des pièces de carrosserie. Or ces pièces assurent une partie très importante de leurs profits (plus de 40 % selon les études !). Renault, par le truchement de l'un de ses directeurs, avoue que "nous rentabilisons nos véhicules lors de la vente mais le business model de l'après-vente contribue aussi à asseoir la rentabilité de nos programmes".

Pour ceux qui ne supportent pas l'idée de payer plus cher les pièces de leur voiture, il reste l'option écologique et saine pour la santé : le Vélib'. Ce sera juste un peu moins rapide l'hiver sur les autoroutes de l'Est de la France où je vis...

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