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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 12:39

 

 

L'année 2015 fut chargée en événements et rebondissements de tous genres : Grèce, COP21, assouplissement quantitatif de la BCE, attentats en France, etc. D'où les nombreux billets que j'ai écrits, parfois très longs, afin de vous présenter une analyse circonstanciée de la situation dans chaque cas.

 

Retour sur l'année 2015

 

Commençons donc par un petit retour sur mes billets de l'année 2015. Tous les liens sont actifs, il vous suffira donc de cliquer sur le billet de votre choix pour le lire ou le relire, c'est selon !

 

Janvier Février

La zone euro à 19 a-t-elle un avenir ?

La zone euro marche sur la tête !

La Grèce à la croisée des chemins ?

Le quantitative easing de la BCE : une mesure désespérée ?

Et pendant ce temps le chômage explose en France !

Quand les taux d'intérêt s'affolent vers le bas !

Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées

Les mystères économiques de la monnaie dévoilés

Mars Avril

L'évasion fiscale en accusation

Cette financiarisation qui détruit l'emploi

La dette publique est-elle un fardeau pour nos enfants ?

Sommes-nous à la veille d'un effondrement économique ?

Paradis fiscaux : il faut faire le ménage en Europe !

La monnaie dans tous ses états

Modulation des allocations familiales : entre rêve et réalité !

A quoi servent les banques ?

Sommes-nous à la veille d'un effondrement économique ?

Mai Juin

1er mai : Fête du travail (restant) !

Idée reçue persistante : les crises bancaires ne sont plus possibles

Les fausses promesses de la flexibilisation du marché du travail

Y a-t-il des anges dans les paradis fiscaux ?

Les vrais chiffres du chômage aux États-Unis

Une première victoire contre l'évasion fiscale

La Chine est-elle en crise ?

"Mieux comprendre l'économie" sur Mosaïk

La Grèce va-t-elle quitter la zone euro ?

Le début de la fin pour la Grèce ou pour l'Euro ?

Juillet Août

L'Union européenne contre la démocratie en Grèce

Krach boursier en Chine

La capitulation de la Grèce

Le royaume du capitalisme pour enfants

L'or : valeur refuge ?

Et certains croient (encore) que la Grèce a été sauvée...

Le yuan, arme stratégique de l'économie chinoise

Comment réduit-on la dette publique ?

Septembre Octobre

Cafet'éco et histoire économique à Sarreguemines

L'économie en clair à Forbach

Marché de l'emploi : une nouvelle lutte des classes en France ?

Aide aux devoirs à Forbach

Un banquier pour surveiller les banques ?

Citoyens, luttez contre les conflits d'intérêt !

Le Crédit Mutuel et l'évasion fiscale

Combattre les idées reçues : un entretien sur TV8

La destruction des emplois intermédiaires

Non, la courbe du chômage ne s'inverse toujours pas !

Novembre Décembre

L'Euro est-il sauvé ?

Et si la croissance ne revenait jamais ?

Le danger d'une reprise entièrement liée à la baisse du prix du pétrole

La scandaleuse politique française de lutte contre le terrorisme

COP21 : est-il déjà trop tard pour sauver la planète ?

La BCE peut-elle à elle seule relancer l'économie européenne ?

Les réserves de change en Chine sont en train de fondre !

Joyeux Noël en crises multiples

 

50 idées reçues déchiffrées

 

2015 fut l'année de la parution de mon livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées aux éditions Ellipses.

 

 

Il se veut une réponse au constat alarmant que la profusion actuelle de débats et d’informations économiques n’est pas nécessairement synonyme de qualité, car on note une hausse marquée des messages économiques biaisés, des contrevérités voire tout simplement des mensonges... 

 

Parmi les affirmations, trop souvent présentées dans les médias et par certains politiques comme des vérités économiques bien établies, mais qui ne sont pourtant que mensonges et contrevérités, on trouve notamment : "la dette publique est un fardeau pour nos enfants", "trop d'impôt a tué l'impôt en France", "les dépenses publiques sont trop élevées en France", "il ne faut pas augmenter le SMIC", "l'Allemagne est un modèle économique pour l'Europe", "la mondialisation est inévitable", "la capitalisation va sauver les retraites".

 

C’est pourquoi mon livre, qui répertorie 50 idées reçues (dont celles qui viennent d'être citées), vous offre la possibilité de comprendre ces sujets simplement, sans mathématiques ni graphiques. Ce livre s'adresse donc à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne.

 

Et l'année 2016 ?

 

Je persiste dans mes conclusions pour 2016 : à part la conjonction des planètes en Europe (Euro faible, pétrole bas et taux d'intérêt au plancher), la zone euro ne peut s'appuyer pour l'instant sur aucun moteur autonome de croissance. Pire, nos dirigeants politiques se persuadent désormais qu'une légère amélioration macroéconomique est synonyme d'une reprise pour tous, alors même que ces indicateurs macroéconomiques vont actuellement de pair avec une dégradation de la majorité des situations microéconomiques des ménages !

 

Mais quand finiront-ils par comprendre que la crise est aujourd'hui plurielle et qu'il est ainsi illusoire de vouloir résoudre la crise économique si le cadre politique est défaillant ? De plus, c'est peu dire que je reste dubitatif sur les orientations économiques des vingt dernières années, qui oscillent entre retour à une chimérique société de consommation de masse type années 1970 et la recherche d'une cauchemardesque société ultralibérale (ubérisée pour utiliser le vocabulaire du temps...).

 

Les gouvernements successifs s'empressent ainsi de soutenir des lois pour le développement de la société numérique, même si cela risque de détruire le modèle social français. Ils s'empressent également de parler publiquement du climat à tous crins, même si en privé ils nient l'absolue nécessité de la transition écologique/énergétique et veulent nous ramener au modèle fordien des Trente Glorieuses, avec usines fumantes et consommation de masse (basée sur le crédit puisque les salaires sont en berne pour assurer la compétitivité-coût). 

 

Dès lors, à défaut de leur tenir lieu de viatique, ce pseudo-programme économique leur permet surtout de donner l'illusion de détenir encore les leviers du changement (économique, mais pas seulement), alors même que la potestas appartient depuis longtemps à Bruxelles - avec le résultat que l'on sait - tandis que l'auctoritas est hélas entre les mains des histrions du petit écran, qui font et défont les réputations au gré d'émissions de grande audience.

 

Partant, le danger est grand que le hiatus entre ceux qui s'expriment encore dans les urnes (et qui font peur au berger...) et la masse qui se détourne de la politique débouche sur une profonde et violente remise en cause de tout le système, qui échappera à tous les partis même populistes, car gouverner, c'est faire des choix difficiles pour que le sort des citoyens s'améliore et pas l'inverse !

 

Pour le dire autrement, gouverner, ce n'est pas que faire des effets de manche à la télévision, mais prendre à bras-le-corps les grandes questions de notre temps : monnaie unique, construction européenne, chômage, intégration (puisque le mot assimilation est désormais un gros mot), etc. Sinon, ce sont les piliers de la civilisation française qui vont s'effondrer tous en même temps, sachant qu'ils sont déjà friables...  

 

Un livre à paraître...

 

Lors de mes conférences, les échanges informels avec le public sont souvent riches d'enseignements pour moi. Ainsi, j'ai noté l'expression d'une envie de comprendre le fonctionnement de base de l'économie (monnaie, dette publique, budget de l'État, inflation, crise, etc.) avec des mots simples et sans mathématiques ni graphiques. C'est pourquoi, j'ai repris la plume durant cette année 2015 pour coucher sur papier une présentation accessible à tous des grands mécanismes de l'économie. Ce livre paraîtra au printemps 2016... A suivre d'ici quelques semaines donc !

 

Sur ce, je tiens à remercier tous mes lecteurs pour leur fidélité et vous présente, malgré le marasme actuel, mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année 2016 ! Merci pour vos commentaires, liens et encouragements qui me touchent et me poussent à continuer de publier mes analyses sur ce blog...

 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 12:35

 

 

Le but de ce billet n'est pas de vous mettre le moral dans les chaussettes pour Noël, mais de ne pas se voiler plus longtemps la face sur l'état de santé réel de l'économie européenne. Trop de personnes, souvent intéressées par les chiffres qu'elles produisent ou commentent, laissent entendre que la zone euro est désormais sortie d'affaire. Et bien entendu, les médias se font pour la plupart une joie de relayer enfin une information positive, quand bien même la situation des individus qui la lisent se dégrade à toute vitesse.

 

Les dépenses prévues pour Noël

 

Selon la dernière étude de Deloitte France pour Noël 2015, les Français auraient prévu de consacrer 577 euros aux repas, cadeaux et autres plaisirs de Noël.

 

 

[ Source : DNA ]

 

Mais de là à en déduire qu'une légère amélioration des dépenses prévues pour Noël est synonyme de reprise économique, il n'y a qu'un pas qu'il faut se garder de franchir ! En effet, cela reviendrait à faire du keynésianisme hydraulique, c'est-à-dire à conclure que toute dépense de Noël est source de croissance économique.

 

Or, si la personne qui vous offre un cadeau a dû s'endetter pour cela, je ne vois pas bien en quoi il s'agit d'une amélioration de l'économie. De même, si vous avez économisé toute l'année pour acheter un peu plus à Noël, vous n'avez en fait que reporté dans le temps une partie de vos dépenses ; donc aucune amélioration a priori de l'économie. Et je ne parle même pas du règne de l'inutile durant le mois de décembre...

 

Les faits sont têtus

 

Pendant que certains croient que les dépenses de Noël vont relancer l'économie (ou en sont déjà le signe), les faits restent têtus :

 

 * le graphique ci-dessous montre l'extrême difficulté à faire remonter le taux d'inflation vers la barre des 2 %, malgré un premier quantitative easing au début de l'année 2015 :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Face à ce constat, la BCE a annoncé le 3 décembre un nouvel assouplissement de sa politique monétaire.

 

 * pour relancer l'économie de la zone euro, il faudrait conjuguer la politique monétaire expansionniste avec une politique budgétaire coordonnée au niveau européen, ce qui n'arrivera jamais ;

 

 * la zone euro fait face à un grave problème de demande ;

 

 * le commerce mondial s'effondre ;

 

 * la Chine est en crise profonde ;

 

 * le taux de chômage demeure stratosphérique dans de nombreux pays ;

 

 * la Grèce est coulée ;

 

 * l'or n'est pas une valeur refuge ;

 

 * le sauvetage des banques en Italie vire au cauchemar ;

 

 * l'on s'achemine, en France, vers une bipolarisation du marché du travail, c'est-à-dire une disparition des emplois intermédiaires et une concentration aux extrémités (emplois peu qualifiés et emplois très qualifiés) ;

 

 * l'ubérisation est un cauchemar tout éveillé où nous serions tous des autoentrepreneurs, en concurrence sur un marché coté en continu de la fourniture de service... Les rémunérations seront dès lors très variables dans le temps et selon les personnes, ce qui posera d'innombrables questions sur le financement de l'État et de la Sécurité sociale.

 

  * la faible croissance de la zone euro s'explique pour l'essentielle par la baisse des prix du pétrole et non par d'autres facteurs plus durables, comme le montre la faiblesse dramatique de l'investissement productif, qui pourtant aurait dû retrouver rapidement des couleurs avec cette politique monétaire expansionniste ;

 

 * certains économistes parlent déjà de stagnation séculaire, c'est-à-dire de la disparition définitive de la croissance économique.

 

Bref, à part la conjonction des planètes en Europe (Euro faible, pétrole bas et taux d'intérêt au plancher), la zone euro ne peut s'appuyer pour l'instant sur aucun moteur autonome de croissance. Pire, les quelques éléments évoqués ci-dessus témoignent qu'une légère amélioration macroéconomique peut très bien aller de pair avec une dégradation de la majorité des situations microéconomiques !

 

D'où l'intérêt, du reste, d'avoir une presse de qualité, indépendante des groupes de pression économiques et capable de fournir une analyse circonstanciée de la situation. Et c'est un truisme d'affirmer qu'une telle presse a un coût !

 

Joyeux Noël tout de même !

 

Mais bien entendu, malgré la montée des populismes et extrémismes en tous genres, on ne change pas une stratégie économique qui perd... puisqu'elle pourrait peut-être un jour fonctionner (Cf. Shadoks) ! On nous dit même que c'est la seule et unique voie pour renouer avec la prospérité, d'où le hiatus grandissant entre ceux qui s'expriment encore dans les urnes (et qui font peur au berger...) et la masse qui se détourne de la politique. Bref, tout va très bien Madame la Marquise :

 


sacha distel tout va très bien madame la marquise par vieuxsnock

 

Et pourtant des solutions existent, mais encore faudrait-il avoir le courage d'admettre que l'on s'est trompé (qu'on nous a trompés ?)... Sur ce, même si nous sommes en pleine crise, je vous souhaite un joyeux Noël !

 

 

noel.gif

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 14:22

 

 

Dans ce billet, je vous propose un retour aux tribulations chinoises, dont j'avais déjà parlé dans le cadre d'une analyse sur le krach boursier et la dévaluation du Yuan. Aujourd'hui, nous allons nous intéresser plus particulièrement aux réserves de change de la Chine...

 

Qu'appelle-t-on réserves de change ?

 

Les réserves de change sont les avoirs détenus par les Banques centrales sous forme d'or, de devises convertibles et de DTS (Droits de Tirages Spéciaux, qui est l'unité de compte du FMI basée sur un panier de monnaies dont fait désormais partie le Yuan chinois) ; mais le plus souvent, en fait de devises, ce sont plutôt des titres en devises (essentiellement des bons et obligations du Trésor) qui constituent les avoirs de réserve. Ces réserves de change permettent aux Banques centrales d'intervenir sur le marché des changes afin de réguler les taux de change, et de maintenir la confiance dans leur monnaie.

 

Le montant des réserves de change dépend des flux de capitaux et du solde de la balance courante. On obtient donc l'identité suivante :

 

 

Sans entrer dans la technique, le lecteur pourra retenir qu'en régime de changes flexibles, les réserves de change ne varient pas puisque c'est le taux de change qui varie pour compenser les flux de capitaux et le solde du commerce extérieur. Bien entendu, en Chine, on est loin d'un régime de changes flexibles (bien que le FMI cherche à nous faire croire le contraire...), d'où l'importance des réserves de change.

 

Quel est le niveau des réserves de change en Chine ?

 

Le montant et la composition des réserves de change sont étudiés par le FMI, tous les trimestres, afin d'alimenter une base de données appelée COFER. Ainsi, au 1er trimestre 2015, le montant total des réserves de change - déclarées ! - dans le monde s'est élevé à 11 400 milliards de dollars :

 

 

[ Source : COFER - FMI ]

 

On constate donc que le poids du dollar américain reste prépondérant dans les réserves de change des Banques centrales du monde entier, tout simplement parce que cette devise constitue la monnaie phare des transactions internationales depuis la conférence de Bretton Woods, en 1944. L'Euro se classe en deuxième position, mais les déboires de la monnaie unique n'incitent pas pour l'instant à un optimisme débordant...

 

Et qu'en est-il de la Chine ? Rien n'est simple, puisque le pays s'affranchit de fournir des données au FMI... C'est donc par estimation que l'on fonctionne, en s'appuyant sur les chiffres du commerce international et des flux de capitaux. Quoi qu'il en soit, les chiffres donnent le vertige :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et pour que le lecteur comprenne bien les montants phénoménaux en jeu, vous trouverez ci-dessous les réserves de change de l'État français en septembre 2015 :

 

Réserves de change de l'État français (millions d'euros)

 

 

[ Source : Direction générale du Trésor ]

 

Que se passe-t-il en Chine ?

 

Je l'ai souvent dit et le répète : la Chine s'enfonce de plus en plus rapidement dans une crise d'une ampleur incalculable. Je l'avais évoqué partiellement dans ce billet consacré au krach boursier et dans celui-ci concernant la dépréciation du yuan, en réponse au ralentissement de la croissance.

 

Depuis début 2014, on observe ainsi d'importantes sorties de capitaux de la Chine et une baisse des réserves de change. En effet, les autorités, en régime de changes quasi fixes, se servent des réserves de change pour stabiliser leur monnaie. Pendant 20 ans, elles ont cherché à empêcher l'appréciation du Renminbi, puisqu'il y avait des entrées massives de capitaux dans le pays ; mais depuis peu, les sorties de capitaux les conduisent à lutter contre une dépréciation.

 

Pour le dire autrement, pendant 20 ans, la Banque centrale chinoise recyclait l'énorme excédent extérieur de la Chine et les entrées de capitaux, en achetant des actifs étrangers qui venaient donc grossir le montant des réserves de change. Mais depuis quelques mois, bien que la Chine reste globalement acheteuse d'actifs étrangers au travers de ses entreprises et fonds d'investissement (rappelez-moi à qui appartient le Club med ?), la Banque centrale chinoise vend ses avoirs étrangers pour tenter d'empêcher une trop forte dépréciation de sa monnaie nationale.

 

Un bouleversement du système monétaire international

 

C'est là un changement fondamental dans le fonctionnement du système monétaire international tel que nous l'avons connu depuis 20 ans. En effet, pour le dire en termes simples, les pays riches de l'OCDE investissaient dans des actifs risqués proposés par les pays émergents, en contrepartie de quoi ces derniers, au travers de leur Banque centrale, acheter des obligations du Trésor dans les pays développés, c'est-à-dire finançaient les déficits publics aux États-Unis et en Europe !

 

Voilà du reste sur quoi était basée la croissance depuis deux décennies... Mais j'en reparlerai bientôt, dans un autre billet !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article de la Tribune de Genève.

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 13:35

 

 

Il n'aura échappé à personne que la BCE vient d'annoncer, par la voix de son Président Mario Draghi, un nouvel assouplissement de sa politique monétaire dans la zone euro. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les médias ont surtout commenté la réaction (négative) des marchés financiers suite à ces mesures... C'est pourquoi, après mes billets sur la COP21 et le terrorisme, l'objet du présent billet sera la politique monétaire de la BCE. Plus précisément, après quelques rappels sur cette dernière, je détaillerai brièvement les annonces de la BCE et enfin je m'interrogerai sur leur pertinence. Vaste programme !

 

Les politiques monétaires

 

En période "normale", les Banques centrales atteignent leurs objectifs (2 % de taux d'inflation à moyen terme pour la BCE) grâce à des politiques monétaires conventionnelles :

 

 * utilisation des taux directeurs : le principal taux directeur est le taux d’intérêt auquel les banques commerciales se refinancent auprès de la Banque centrale ; ainsi plus il est élevé plus les banques payent leurs ressources chères, et donc moins elles sont incitées à prêter. Dans le cas présent, la BCE peut encore très légèrement abaisser son principal taux directeur, mais qui est déjà tangent à 0.

 

 * stérilisation : pour faire simple cela correspond au retrait de la liquidité injectée dans le système, afin de limiter les risques d'inflation. Dans le cas présent, la BCE pourrait déstériliser ses interventions pour justement créer les conditions de l'inflation.

 

Mais lorsque les canaux de transmission de la politique monétaire ne fonctionnent plus de manière satisfaisante (c'est le cas actuellement puisque les agents se désendettent, ce qui rend inefficace le canal des taux directeurs), les Banques centrales pratiquent des politiques monétaires non-conventionnelles comme c'est le cas aux États-Unis et au Japon par exemple :


 * forward guidance : c'est en quelque sorte l’engagement de la Banque centrale à ne pas modifier ses taux d’intérêt directeurs pendant une longue période de temps ; cela dépend donc fortement de la crédibilité de la Banque centrale.

 

 * taux des dépôts négatif : comme ce taux rémunère l'argent placé par les banques auprès de la BCE, le rendre négatif (c'est-à-dire faire payer aux banques le droit de déposer de l'argent) forcerait les banques à prêter leurs fonds.

 

 * quantitative easing (= assouplissement quantitatif) pour accroître la quantité de monnaie en circulation dans l’économie et créer les conditions d'une hausse de l'inflation.

 

 

[ Source : France Inter ]

 

 * achats de dettes privées, de crédits bancaires et d’ABS pour faire baisser les primes de risque, c'est-à-dire notamment faire baisser les marges de taux d’intérêt sur les crédits.

 

Les mesures annoncées par Mario Draghi

 

Le graphique ci-dessous montre l'extrême difficulté à faire remonter le taux d'inflation vers la barre des 2 %, malgré un premier quantitative easing au début de l'année 2015 :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Face à ce constat, la BCE a annoncé le 3 décembre les mesures suivantes :

 

 * extension du quantitative easing jusqu'en mars 2017, avec désormais possibilité d'acheter aussi des dettes des collectivités régionales et locales de la zone euro (toujours 60 milliards d'euros par mois) ;

 

 * baisse du taux de dépôt de -0,2 % à -0,3 %, ce qui revient à taxer encore plus fortement les banques qui déposent leurs liquidités à la Banque centrale au lieu de les prêter à l’économie réelle ;

 

 * maintien des taux fixes pour les opérations de refinancement et les prêts à 3 mois accordés aux banques ;

 

 * réinvestissement des paiements de la dette achetée, c'est-à-dire que la monnaie créée par la BCE en contrepartie de l'achat de ces titres restera un long moment dans le circuit économique.

 

Rappelons qu'en contrepartie des titres achetés, la BCE crée de la monnaie, c'est-à-dire augmente la base monétaire, à l'instar de ce que font les autres grandes Banques centrales aux États-Unis, au Japon et au Royaume-Uni :

 

[ Source : Natixis ]

 

A quoi vont servir ces mesures ?

 

Disons-le d'emblée : comme les principaux canaux de transmission de la politique monétaire à l'économie réelle (=la vraie économie...) sont sinon rompus au moins distendus, il y a peu à attendre de ces nouvelles annonces, si ce n'est un recul de l'Euro face aux autres monnaies. C'est bien peu pour espérer faire remonter rapidement le taux d'inflation, ce qui explique l'importance de conjuguer la politique monétaire expansionniste avec une politique budgétaire coordonnée au niveau européen. Je sais, ça n'arrivera jamais en raison notamment de l'opposition féroce de l'Allemagne, mais on a bien le droit de rêver en cette période de l'Avent...

 

De plus, pour le dire simplement, les Banques centrales ont trop souvent tendance à mener des politiques monétaires dites de cleaning, c'est-à-dire qu'elles assouplissent leur politique lorsqu'une crise financière éclate afin d'éviter la récession. Mais ce faisant, elles créent les conditions de la prochaine bulle, car:

 

 * la baisse des rendements sur les dettes publiques conduit à des situations invraisemblables où les taux d'intérêt nominaux sur ces titres deviennent négatifs !

 

 * l'écrasement des primes de risque - et donc la baisse artificielle des taux des obligations publiques - augmente le risque que la discipline budgétaire ne soit plus respectée (dans le jargon on parle d'aléa moral) ;

 

 * le resserrement des primes de risque sur les actifs risqués débouche sur une élévation du risque global.

 

En outre, au vu des atermoiements de la Fed à propos de la remontée de ses taux directeurs, on en déduit que les Banques centrales ont beaucoup de mal à sortir des politiques de quantitative easing, ne serait-ce qu'en raison des pertes colossales que cela peut engendrer chez les investisseurs obligataires.

 

Enfin, à la lumière de ce que je viens d'écrire ci-dessus, le vrai danger de ces politiques monétaires très expansionnistes, est qu'elles peuvent avoir un caractère irréversible. Pour le dire autrement, les marchés financiers sont tellement dopés à la liquidité injectée par la BCE, que la leur retirer déboucherait dès lors sur un retournement des marchés voire un krach...

 

Et c'est exactement ce qui s'est passé le 3 décembre. Mario Draghi s'est retrouvé face à une alternative kafkaïenne : annoncer un assouplissement quantitatif, dont il sait pertinemment qu'il n'aura que très peu d'effet, ou y renoncer et créer de la sorte une panique sur les marchés financiers, qui ont déjà intégré depuis quelques semaines dans leurs prix l'annonce de ces mesures. Super Mario a ainsi fait le choix d'annoncer une extension du quantitative easing moins importante qu'attendue par les marchés, ce qui a conduit à un dévissage des cours.

 

Et si l'objectif officieux de la BCE, par-delà l'objectif officiel d'inflation à 2 %, n'était pas tout simplement de faire chuter le taux de change de l'Euro et améliorer la soutenabilité de la dette publique dans certains États en difficulté, bref de soutenir l'économie réelle du mieux qu'elle peut puisque les autres institutions européennes en semblent incapables ?

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site http://france3-regions.francetvinfo.fr

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 14:28

 

 

Après avoir analysé quinze ans de déni lié à la "guerre contre le terrorisme" dans mon précédent billet, nous allons nous intéresser aujourd'hui à un demi-siècle de déni écologique. Voici, en effet, que les dirigeants politiques prennent subitement conscience en 2015 de la gravité du réchauffement climatique. Il est vrai que les épisodes météorologiques extrêmes ont eu tendance à se multiplier un peu partout sur la planète, depuis les chaleurs de Californie jusqu'aux tsunamis en Asie, en passant par les hivers glaciaux à New York. C'est pourquoi, ce billet aura pour modeste ambition de présenter succinctement les enjeux de cette COP21.

 

Les événements climatiques extrêmes

 

Commençons par cette infographie, qui présente le triste record enregistré en 2013/2014 :

 

 

[ Source : Nouvel Obs ]

 

Les catastrophes climatiques ont été de plus en plus fréquentes ces dernières années :

 

 

[ Source : Boursorama ]

 

Rien que pour l'année 2014, voici une carte des principaux événements climatiques dans le monde :

 

 

[ Source : http://blog.rts.ch ]

 

Le réchauffement climatique

 

Une petite synthèse sur la question :

 

 

Quelques repères historiques

 

Depuis le premier colloque international sur le climat en 1972 jusqu'à la COP21 en 2015, de nombreuses dates importantes ont émaillé la prise de conscience écologique :

 

 

[ Source : L'Est éclair ]

 

L'institutionnalisation du problème écologique a lieu avec la création, en 1988, du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) et un premier rapport remis en 1990. La première COP, quant à elle, se tiendra en 1995 à Berlin et inaugurera une procédure décisionnelle originale, qui perdure jusqu'à aujourd'hui : la validation d'un accord si aucun pays ne s'y oppose...

 

On notera que le protocole de Kyoto, en 1997, fut en quelque sorte le premier accord international contraignant, qui imposait aux pays développés - et à eux seuls - une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5,2 % par rapport à 1990... avec un résultat calamiteux, car depuis ce sont les grands émergents qui ont pris le relais de la pollution de masse sur terre ! Et l'incurie danoise a conduit, en 2009, à un échec retentissant à la conférence de Copenhague (COP15), alors même que se jouait le remplacement du protocole de Kyoto arrivé à son terme.

 

Or, pour la COP21 de Paris, le représentant américain a d'ores et déjà fait savoir qu'il "n'y aura pas d'objectifs de réduction juridiquement contraignants comme cela avait été le cas à Kyoto". Dont acte.

 

Précisons aussi que le rapport Meadows de 1972 tient, quant à lui, une place à part, puisqu'il constitue la première étude scientifique d'envergure qui souligne les dangers écologiques de la croissance économique. D'où son titre : The Limits To Growth, traduit en français sous le nom Halte à la croissance ?. Ai-je besoin de dire que ce rapport, commandé par la Club de Rome en 1970, fit débat dans toutes les communautés du savoir ?

 

Les enjeux de la COP21

 

Tout est dit dans cette petite vidéo :

 

 

Si l'on regarde l'infographie ci-dessous, on voit que l'enjeu principal est de parvenir à des mesures suffisantes pour limiter le réchauffement global à 2°C. Mais au-delà des déclarations d'intention, il y a loin de la coupe aux lèvres en politique, puisqu'un accord contraignant (d'ores et déjà refusé par les Américains, rappelons-le) nécessite l'absence d'opposition des 196 parties prenantes ! Et quid des contrôles indispensables pour s'assurer que chaque État met bien en oeuvre les réductions d'émissions auxquelles il s'est engagé ?

 

En outre, il faudra trouver un accord sur les 100 milliards de dollars de fonds publics et privés que les pays développés ont promis de verser chaque année, d'ici à 2020, pour permettre aux pays en développement de faire face au réchauffement climatique.

 

 

[ Source : Novethic ]

 

En définitive, certes rien n'est encore joué, mais le travail à abattre pour arriver à un accord contraignant est digne d'Hercule !

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 12:24

 

 

Après l'émotion légitime suscitée par les attentats de Paris, il est désormais nécessaire de prendre un peu de champ pour analyser la situation actuelle et en tirer toutes les leçons. Certes, la question semble de prime abord échapper au domaine de l'économie - ce qui est loin d'être vrai comme nous le verrons plus loin -, et l'on se demande donc pourquoi l'économiste que je suis s'en saisit.

 

C'est qu'avant d'être économiste, je suis d'abord citoyen français, et que faire vivre la République c'est aussi participer au débat, conformément à l'article 2 de la Constitution de 1958 qui dispose : "La langue de la République est le français. L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. L'hymne national est "la Marseillaise". La devise de la République est "Liberté, Égalité, Fraternité". Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple".

 

Dès lors, n'en déplaise à Madame le ministre de l'Éducation Nationale, les pseudo-intellectuels ont devoir de s'exprimer et d'apporter leur pierre cimentée à un édifice national qui s'effrite hélas tous les jours un peu plus, sous les yeux écarquillés des bien-pensants, qui continuent à nous interdire de questionner les sujets les plus importants pour notre société, sous prétexte que le FN s'en est saisi.

 

Or, une telle attitude, outre qu'elle soit proprement antirépublicaine en ce qu'elle muselle la réflexion argumentée et de bonne foi pourtant indispensable à la bonne marche de la République, conduit l'État à l'inaction au moment où jamais on n'a autant attendu de lui. Il en va ainsi des questions politiques, économiques et sociales, comme le prouvent les réactions parfois violentes que m'ont values mes billets sur la folie des plans d'austérité ou sur la sortie de l'Euro, en faveur de laquelle je me suis prononcé clairement.

 

Pour le dire simplement, les commentaires les plus virulents sont souvent aussi les moins fondés sur le plan de l'argumentation, oscillant entre accusation de faire le lit du Front national (avec souvent point Godwin) et croyance béate en un monde qui convergerait naturellement vers son optimum, pour peu que l'on passe sous silence les problèmes qui pourraient rompre l'illusion d'une société française harmonieuse. Pourtant, comme l'écrivait Alexandre Dumas, "ce sont les illusions qui rendent les douleurs amères et inguérissables".

 

Après ces longs prolégomènes, venons-en à notre sujet. Je vais tenter dans ce billet de démontrer, en cinq temps, l'inconsistance de la politique française de lutte contre le terrorisme, telle qu'elle est menée depuis l'engagement américain en Irak, en 2001. Pour ce faire, j'utiliserai vidéos et liens afin que vous puissiez élargir votre réflexion sur les points qui vous sembleront importants.

 

1) Les mots ont perdu leur sens

 

George W. Bush et ses faucons néoconservateurs parlaient alternativement de "croisade contre le terrorisme", de "combat mondial contre l'extrémisme violent", de "guerre contre le terrorisme" ou de "guerre contre la terreur". En définitive, autant d'expressions vides de sens mais ô combien chargées émotionnellement, donc à même de provoquer chez les individus les moins protégés contre ce terrorisme intellectuel des réactions elles-mêmes violentes, mais surtout conformes à un agenda politique... Cela fait inévitablement penser à la novlangue d'Orwell et à ce régime totalitaire appelé Océania ! Noam Chomsky, l'auteur de la fabrication du consentement, n'affirmait-il pas avec justesse que "la propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures" ?

 

Au reste, il me semble que durant tout le week-end qui a suivi les attentats, les membres de l'exécutif répétaient en boucle que "la France est en guerre" et que "l'ennemi c'est Daech", non ? Ne comprennent-ils pas que faire la guerre à un État qui n'existe pas revient de facto à lui donner vie légale, ce que recherchent précisément les dirigeants de Daech ? De plus, le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, est-il moins dangereux que Daech au point de faire dire à Laurent Fabius en décembre 2012, que "le Front al-Nosra fait du bon boulot" ?

 

De plus, "faire la guerre contre le terrorisme" n'a strictement aucun sens, si ce n'est d'entretenir la fable que l'ennemi est localisé dans un coin retiré de la Syrie et que sa destruction est à notre portée. En dernier ressort, cela sert essentiellement à justifier a posteriori les frappes préventives de la France en Syrie depuis quelques semaines, alors même qu'elles sont à la limite de la légalité et qu'elles ont conduit au piètre résultat que l'on sait.

 

2) Les États-Unis n'hésitent pas à financer le terrorisme islamiste lorsque cela les arrange

 

Yves Bonnet, ancien patron de la DST, expliquait lors d'une intervention dans une émission télévisée, en 2012, que la stratégie américaine a consisté à détruire tous les régimes arabes laïcs, au point, je cite, que "ce sont quand même les Américains qui ont fabriqué Al Qaeda, je suis désolé, c’est là un fait qui n’est plus contesté par personne…". Voici cette vidéo :

 

 

Vous noterez également que l'ancien préfet n'hésite pas à citer nommément les financeurs des propagandes salafistes, notamment en France : l’Arabie Saoudite et le Qatar.

 

3) Le gouvernement français (se) ment concernant l'influence de l'Arabie Saoudite et du Qatar sur ces questions

 

Bien entendu, au vu des contrats financiers que la France cherche à se ménager avec ces pays pour l'avenir, le Premier ministre s'est senti obligé de dédouaner de manière pathétique ces deux États :

 

 

Quant à l'ex-juge d’instruction au pôle antiterroriste de Paris, Marc Trevidic, ses propos concernant l'Arabie Saoudite, recueillis dans les Échos, valent leur pesant d'or : "Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats".

 

Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, a lui aussi confirmé, dans un entretien accordé à Mediapart, que les "sponsors idéologiques et financiers du terrorisme" sont à chercher du côté des pétromonarchies du Golfe. J'ajouterai pour ma part, que la Turquie joue également un rôle bien trouble, puisque son objectif prioritaire semble surtout être d'éliminer l'opposition kurde...

 

Quoi qu'il en soit, les beaux discours de compassion et de condoléances récités par l'Arabie Saoudite (notamment), témoigne d'une duplicité quasi-schizophrénique lorsqu'on sait que la forme la plus radicale (puritaine ?) de l'islam sunnite a statut de religion d'État dans ce pays. En termes plus sociologiques, on pourrait dire que le wahhabisme impose sa grammaire aux espaces sociaux d'Arabie Saoudite, afin d'assurer à défaut de stabilité la légitimité de la famille au pouvoir.

 

4) La diplomatie française n'est pas à la hauteur

 

Depuis la campagne de guerre de Nicolas Sarkozy, orchestrée par BHL, pour faire tomber Kadhafi, jusqu'à Laurent Fabius et son "ni Bachar, ni Daech", on constate à l'évidence que la diplomatie française n'est plus cette grande dame capable de prendre de la hauteur dans les négociations, afin d'éviter les opérations belliqueuses qui n'apportent, en général, aucune solution à long terme.

 

Bien au contraire, les opérations militaires hasardeuses, menées au nom de valeurs morales supérieures proches du "ciel des idées" platonicien, débouchent le plus souvent sur des catastrophes humaines, comme en témoignent l'afflux massif de réfugiés depuis le début de l'année et les atermoiements d'une Union européenne visiblement dépassée par la question... Quant à savoir si Daech a infiltré les longues files de migrants, des éléments de réponse sont donnés dans cet article, qui fait notamment référence à une déclaration inquiétante de l’agence de coopération judiciaire européenne Eurojust.

 

Pire, selon Slate.fr, la France a violé un embargo européen en livrant, dès 2012, des armes à des groupes rebelles syriens. Bien entendu, il a été impossible de vérifier si celles-ci sont arrivées dans les bonnes mains (sic !), d'où les nombreuses photos de combattants islamistes avec des lance-roquettes Apilas ou des missiles Milan... français ! Le but affiché de ces livraisons d'armes était de soutenir des islamistes modérés pour faire tomber Bachar Al-Assad. Résultat de l'opération : la France doit désormais négocier avec la Russie qu'elle a tant dénigrée et avec Bachar Al-Assad, qui nous fait même la leçon. Une réussite en somme...

 

5) Le refus d'avoir des contacts avec les services syriens, un scandale d'État

 

Les bons sentiments moraux ne font pas une bonne diplomatie internationale. C'est regrettable, mais c'est vrai. C'est ce que démontrent les propos de Bernard Squarcini, ancien directeur de la DCRI, qui a accordé un entretien à Valeurs Actuelles où il explique que les services syriens lui ont proposé, il y a deux ans, une liste des Français qui combattent en Syrie. Et pour des raisons idéologiques, Manuel Valls l'a refusée !

 

Ces propos corroborent ceux d'Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, qui, dans une entrevue avec Mediapart affirme que "la France a rompu tous les liens de la DGSE avec les services syriens". Il rappelle ensuite que "les services secrets sont faits pour dîner avec le diable, sinon ils ne servent à rien", d'autant plus que la porosité des frontières de l’espace Schengen facilite la tâche des terroristes islamistes, qui savent très bien que la coordination des services en Europe est défaillante. C'est l'évidence, et pourtant le gouvernement français a préféré lutter en aveugle contre une telle menace. Et comme on ne change pas une stratégie qui perd, le ministre de la défense vient d'annoncer qu'il n'était pas à l'ordre du jour de reprendre contact avec les services syriens...

 

 

En définitive, il importe que la France arrête de mettre ses pas dans la politique américaine de "guerre contre le terrorisme", dont le seul résultat fut de créer Al-Qaïda et Daech, et qui ne s'attaque pas aux causes mais seulement à l'effet produit. Mais surtout, la petite démonstration à laquelle je me suis livrée ci-dessus, devrait donner à réfléchir aux partisans d'une Union européenne toujours plus libéralisée, donc sans frontières, qui priverait encore plus les États-nations de leurs prérogatives souveraines au moment où ils en ont le plus besoin.

 

Mais quoi qu'il en soit, prenons garde de ne pas tout mélanger (Islam/islamisme...) et aussi de ne pas multiplier inconsidérément les lois d'exception, qui nous feraient sombrer par nous-mêmes dans la terreur que nous cherchons à combattre !

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 12:17

 

 

Malgré un taux de chômage stratosphérique dans de nombreux pays, malgré une politique monétaire ultra-accommodante mais inefficace, malgré la destruction des emplois intermédiaires, il y a bien une petite embellie sur le front de la croissance. Mais cette hirondelle est loin d'annoncer le printemps économique, comme je vais le montrer dans ce billet et comme je l'ai par ailleurs expliqué lors de cette conférence...

 

Les signes de reprise

 

Voici quelques signes positifs, que d'aucuns considèrent déjà comme des indicateurs d'une reprise durable de l'économie européenne :

 

 * petite hausse de la croissance

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

 * hausse de l'indice PMI

 

 

[ Source : L'Obs ]

 

 * hausse de la consommation des ménages

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 * redressement de la demande de crédit

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Une reprise liée essentiellement aux prix du pétrole

 

La baisse des prix du pétrole fut importante, comme le montre le graphique ci-dessous concernant le baril de Brent de la mer du Nord, qui sert de référence sur les marchés européens notamment :

 

Brent.jpg

[ Source : Boursorama.com ]

 

Cette baisse résulte de plusieurs facteurs dont les principaux sont la moindre consommation de pétrole en Chine, due à la stagnation prolongée de sa production industrielle, et le rôle trouble joué par l'Arabie Saoudite, qui cherche à rendre non profitable la production de pétrole de schiste aux États-Unis.

 

Au-delà du fait qu'une baisse du prix du pétrole encourage la consommation d'énergie fossile, rend plus difficile l'indispensable transition énergétique et met en difficulté certains pays exportateurs de pétrole, d'aucuns n'auront pas manqué de relever avec empressement l'effet positif que cela a eu sur l'économie de la zone euro :

 

 * baisse de l'inflation et donc hausse du pouvoir d'achat des ménages ;

 

 * baisse de la facture énergétique des entreprises, ce qui fait ainsi baisser leurs coûts de production et augmente les profits.

 

Au surplus, la chute de l'inflation a conduit la BCE à passer à une politique monétaire non conventionnelle, ce qui a débouché sur une baisse des taux d'intérêt à long terme et une dépréciation de l'euro, facteurs évidemment favorables aux entreprises exportatrices.

 

Au total, la faible croissance de la zone euro s'explique pour l'essentielle par la baisse des prix du pétrole et non par d'autres facteurs plus durables, comme le montre la faiblesse dramatique de l'investissement productif, qui pourtant aurait dû retrouver rapidement des couleurs avec cette politique monétaire expansionniste.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et si les prix du pétrole augmentaient ?

 

Dans ces conditions, comme la croissance en 2015 s'explique essentiellement par la baisse des prix du pétrole, l'économie européenne tomberait immédiatement en récession si ce facteur devait se retourner à la hausse.

 

En effet, en reprenant tous les arguments développés ci-dessus, une hausse des prix du pétrole déboucherait sur une hausse de l'inflation, donc un changement de politique monétaire de la part de la BCE (par exemple fin de l'assouplissement quantitatif), qui entraînerait une hausse des taux d'intérêt à long terme, probablement une appréciation de l'euro et très certainement une chute des exportations.

 

Ainsi, quand on sait que la quasi-totalité de la reprise économique dépend d'un unique facteur exogène et volatil comme les prix du pétrole, est-ce vraiment le signe d'une économie solide ?

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article de ce site.

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 12:51

 

 

Le constat est clair : la croissance est en berne dans de nombreux pays. Ainsi, après les mauvais chiffres de la croissance de la zone euro au deuxième trimestre, c’est la Chine qui a annoncé un ralentissement marqué de son activité, probablement d’ailleurs bien plus important que les chiffres officiellement publiés. Quant aux pays émergents, ces derniers s’enfoncent les uns après les autres dans la crise (Brésil, Turquie, Russie,…).

 

Pourtant, les gouvernements affirment tous prendre des mesures nombreuses pour renouer avec la croissance, tant celle-ci est vue comme l’unique objectif des politiques économiques. Et si la croissance ne revenait jamais ? Tel est l’intitulé de ma conférence proposée à l’UPT, le mardi 10 novembre 2015 à 19h.

[ Cliquer sur l'affiche pour l'agrandir ]

 

Après avoir dressé un état des lieux chiffré de la situation actuelle, je présenterai les raisons objectives qui s’opposent à un retour de la croissance, phénomène récent et unique de l’histoire économique mondiale. Puis, j'en viendrai à la révolution numérique, dont il me semble que certains en ont trop attendu en termes de gains de productivité et donc de croissance potentielle.

 

Bien au contraire, je crains fort qu'il faille se résoudre à vivre dans un monde sans croissance, ce qui va profondément remettre en cause le fonctionnement et le financement de l’État providence, puisque celui-ci fut construit sur la croissance, le salariat et la solidarité intergénérationnelle.

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. Toutes les questions seront les bienvenues à la suite de la présentation. L’entrée est fixée à 5€ pour les personnes non inscrites au cycle de conférences économiques de l’UPT.

 

Le Républicain Lorrain vient par ailleurs d'annoncer ma conférence dans ses colonnes :

 

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 12:29

 

Depuis l’annonce du nouveau plan d’aide à la Grèce, dont j'ai rendu compte dans plusieurs billets ici et , les déclarations lénifiantes se multiplient et laissent entendre que l’Euro est désormais sauvé. Hélas, les problèmes de fond n’ont toujours pas été réglés, tant s’en faut !

 

C'est dans ce contexte que le Cercle historique et culturel Edmond About de la MJC de Dieuze m'a invité à animer une conférence le samedi 7 novembre à 17h. Celle-ci me donnera donc l’occasion d’expliquer en termes simples quels sont les problèmes auxquels la zone euro fait face et ce qu’il serait nécessaire d’entreprendre pour sortir par le haut d’une crise qui, loin de se résumer à la Grèce, concerne toute la construction européenne. Et qu’en est-il du citoyen européen dans tout cela ?

 

Le Républicain Lorrain a également annoncé cette conférence dans ces colonnes :

 

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance particulière. L'entrée est fixée à 5 € pour les non adhérents à la MJC ; gratuit pour les scolaires, collégiens, lycéens et étudiants. Toutes les questions seront les bienvenues à la suite de la présentation.

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site Finance Asia

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 11:07

 

 

C'était le 9 septembre 2012. Le président de la République était l'invité de TF1 pour détailler son plan de redressement pour l'emploi. Il y annonçait notamment qu'il "inverserait la courbe du chômage d'ici un an", tout en tenant un discours basé quasi exclusivement sur la compétitivité, comme si tout dépendait uniquement de la compétitivité, devenue du reste synonyme de coupes budgétaires...

 

Et depuis l'annonce d'une baisse du nombre de demandeurs d'emploi au mois de septembre, les médias communient avec le gouvernement dans l'illusion d'un retournement de tendance, alors même que la croissance reste très faible, que l'inflation reste quasi-nulle, que l'investissement privé demeure déprimé, etc.

 

Le billet d'aujourd'hui sera donc l'occasion, en plus de donner une brève photographie de la situation actuelle, de donner quelques notions sur la nature du chômage dans les théories économiques.

 

La situation actuelle sur le front du chômage en France

 

En France, selon l'INSEE, le taux de chômage au 2e trimestre 2015 s'élève à 10,3 % de la population active :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Plus inquiétant encore, le halo de chômage - c'est-à-dire les personnes inactives au sens du BIT mais qui souhaitent travailler - s'élève à près de 1,5 million de personnes !

 

[ Source : INSEE ]

 

En ce qui concerne le taux d'emploi, et surtout le taux d'emploi en CDI, il ne laisse rien présager de bon, d'autant que les formes précaires d'emplois se multiplient et que le chômage de longue durée explose.

 

Quant aux personnes de plus de 50 ans à la recherche d'un emploi, leur situation est tout simplement désespérante (désespérée ?) :

 

 

[ Source : Midi Libre ]

 

Chômage classique vs chômage keynésien

 

Les économistes ne sont pas tous d'accord sur la nature du chômage. Selon que l'on privilégie une approche par la demande ou l'offre on distingue :

 

 * le chômage keynésien : celui-ci résulte de l'insuffisance de la demande de biens et de services. D'où l'intérêt d'éviter les politiques d'austérité - également appelées dévaluation interne - en pleine crise et de lisser ensuite les ajustements budgétaires lorsque la croissance revient. Or, avec une croissance potentielle aussi faible, la France, et plus généralement la zone euro, va avoir du mal à créer des emplois.

 

 * le chômage classique : celui-ci résulte d'un sous-emploi des capacités de production. D'où la nécessité d'améliorer la profitabilité des entreprises au travers d'une baisse des salaires réels et des charges sociales notamment.

 

Quant à la notion de chômage volontaire, qui fait florès auprès des politiques et des médias, on peut immédiatement l'oublier. En effet, lorsqu'on voit les chiffres de créations d'entreprises et en particulier des autoentrepreneurs, on comprend aisément que la majorité des chômeurs ont à coeur de retrouver du travail au plus vite, quitte à prendre tous les risques en créant une entreprise et en perdant la sécurité qu'offre le salariat.

 

Le taux de chômage d'équilibre

 

A long terme, en l'absence de chocs macroéconomiques, le taux de chômage atteint un équilibre, qui dépend des conditions d'appariements entre offre et demande de travail, et des institutions du marché du travail comme les modalités de négociations ou le rôle des syndicats.

 

Cette notion de taux de chômage d'équilibre permet donc de déterminer quelle est la part du chômage effectif qui dépend des caractéristiques structurelles (et frictionnelles) de l'économie et quelle est celle due à l'insuffisance de la demande globale.

 

Elle fait écho au concept de taux de chômage naturel, que Milton Friedman définissait comme le taux de chômage incompressible dans un cadre de concurrence parfaite. C'est une notion normative, en ce sens qu'elle s'inscrit dans un cadre de concurrence parfaite et relie donc le chômage structurel à des rigidités du marché. On le rencontre aussi sous l'acronyme NAIRU (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment). Pour le dire simplement, à long terme, le taux de chômage effectif converge vers le NAIRU, d'où l'intérêt de pouvoir mesurer ce dernier.

 

L'hystérésis du chômage

 

Pour expliquer pourquoi après un choc, comme la crise de 2007, le taux de chômage de la zone euro ne baisse pas, mais au contraire semble monter durablement d'un cran, les économistes ont développé la notion d'hystérésis du chômage. Les deux principales explications à ce surplus de chômage qui ne semble pas se résorber à terme, sont :

 

 * le NAIRU, que nous avons défini ci-dessus, aurait augmenté de manière permanente à chaque crise. Ainsi, par définition du NAIRU, aucune stimulation de la demande ne permettra de réduire le chômage sous ce taux. Or quand on sait que la NAIRU est aujourd'hui estimé par certains économistes à plus de 9 % en France, on est en droit de s'inquiéter...

 

 * le marché du travail au sein de la zone euro serait du type insiders/outsiders. Cela signifie que les négociations sont faites en fonction des intérêts des salariés qui ont conservé leur emploi (insiders). Dès lors, lorsque l'économie tourne au ralenti, une partie des salariés perdent leur emploi (outsiders), tandis que les salaires des insiders ne sont pas réduits. Ainsi, lorsque l'économie connaît ensuite des jours meilleurs, les salaires des insiders augmentent mais les chômeurs ne retrouvent pas leur emploi.

 

La flexibilisation à outrance est une erreur

 

Certes, le marché du travail en France connaît de nombreuses difficultés, qui vont être aggravées par l'ubérisation (qui risque du reste de faire baisser le taux de chômage avant 2017, mais est-ce une bonne nouvelle ?) et la disparition des emplois intermédiaires.

 

Mais la piste de la flexibilisation à outrance est une erreur, comme l'a montré une étude récente du FMI. En effet, pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation. La conclusion de l'étude est édifiante : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme !

 

Quant au dynamisme démographique de la France, il ne sera pas d'une grande utilité si l'emploi continue à se réduire comme peau de chagrin. Ne négligeons surtout pas le manque criant de demande, qui fait tourner nos industries traditionnelles au ralenti alors qu'elles sont indispensables à la reprise économique !

 

Le chômage n'est pas qu'un chiffre

 

Pour finir, qui y a-t-il de plus exaspérant que d'entendre nos politiques évoquer le chômage uniquement sous l'angle de son taux ? De la sorte, on occulte à dessein toutes les questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel, qui expliquent certainement une part de la baisse enregistrée en septembre, sans compter les dispositifs de contrats aidés et autres régimes dérogatoires (alternance, apprentissage, etc.).

 

Car à moins de faire preuve de mauvaise foi, chacun sait bien qu'avoir un emploi pour lequel on est surqualifié n'est pas une bonne nouvelle ni pour son titulaire ni pour l'économie dans son ensemble. De plus je fais une différence entre travail et emploi, le premier n'étant que la déclinaison moderne du tripalium dont il est issu... et que l'on cherche à généraliser comme en témoignent les multiples attaques victorieuses contre le Code du travail !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site http://www.lcr-lagauche.org

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