Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Tout savoir sur l'économie

Les mécanismes de l'économie 2

50 idées reçues déchiffrées

 

Économie BTS

100% BTS

Les grands débats économiques

 

La grande saignée économique

 

Comprendre la dette

 

Dictionnaire révolté d'économie

Les mécanismes de l'économie

 

Le capitalisme en clair

Les marchés financiers en clair

Concours commun IEP 2020

Concours commun IEP 2019

Concours commun IEP 2017

Concours commun IEP 2016

Concours commun IEP 2015

Mondialisation-IEP.jpg

Concours commun IEP 2014

Travail et culture

Concours commun IEP 2011

63548

Concours commun IEP 2010

iep

Recherche

24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 15:13

 

 

Impossible de passer à côté du mouvement des gilets jaunes, tant sa nature et son intensité sont inédites ! Soutenu par une large majorité de Français, il fait même les choux gras de la presse étrangère, qui ne manque pas de rappeler avec justesse la responsabilité d'Emmanuel Macron dans cette crise sociale... Face à ce bouillonnement, il m'a semblé utile de prendre un peu de recul dans ce billet, afin d'analyser la situation par-delà l'idéologie, la langue de bois et les formules à l'emporte-pièce.

 

La contestation de l'impôt

 

À l'origine, le mouvement des gilets jaunes est né d'un mécontentement face à la hausse des prix des carburants, qui s'est matérialisé par une pétition avoisinant le million de signataires :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Le poids des taxes dans le prix des carburants fut alors mis en accusation, d'autant que depuis 2007, les gouvernements successifs ont choisi d’augmenter davantage les taxes sur le diesel que sur l’essence, afin d’en réduire la consommation en raison de son caractère polluant :

 

 

[ Source : France Bleu ]

 

Et depuis 2014, une contribution Climat-Energie (taxe carbone) a été mise en place afin de réaliser la transition énergétique, ce qui alourdit mécaniquement la taxe intérieure sur la consommation de produits énergétiques (TICPE, ex-TIPP) perçue sur les volumes vendus. Ces hausses de taxes ont donc commencé avant Macron, qui en a certes accéléré la hausse, mais n'auront été finalement ressenties qu'à partir du moment où le prix du baril a augmenté de 50 % sur un an... Rappelons ainsi qu'à volume de taxes donné, les variations TTC des prix des carburants sont essentiellement liées à deux variables sur lesquelles l’État français n’a que peu d’emprise : le cours du baril de pétrole et le taux de change euro/dollar.

 

Mais il ne fait désormais plus aucun doute que face à la situation sociale et économique dégradée du pays, à laquelle Emmanuel Macron n'a apporté aucune réponse concrète pour les classes moyennes, le mécontentement des Français est allé crescendo et s'est en fin de compte cristallisé sur le prix des carburants.

 

Dans ce contexte, le risque est évidemment grand de voir le consentement à l'impôt s'éroder, ce qu'un récent sondage laisse entrevoir :

 

 

[ Le Monde ]

 

Ce d'autant plus que l'Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) a été supprimé et remplacé par un Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI), qui profite aux très très riches :

 

 

[ Source : IPP ]

 

Quand on pense que les révolutionnaires de 1789, si souvent cités par les politiques de toutes obédiences, avaient pris le soin d'inscrire dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen l'article 13 suivant : "Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés".

 

Or l'évasion fiscale (même chez les politiciens) et les cadeaux plus ou moins explicitement faits aux plus riches, ont participé de déliter ce bel idéal civique de l'impôt au profit d'un prélèvement obligatoire contrepartie d'un service public rendu. Ce glissement n'est pas que philosophique, au contraire il dénote le passage d'un État-nation à un État-entreprise, ce qui va de pair avec la transformation du citoyen-contribuable en usager-client, ce dernier se contentant de faire un stupide calcul coût-bénéfice pour sa petite personne.

 

Hélas, tous les gouvernements de ces trente dernières années ont plus ou moins œuvré à cette mutation, en accréditant l'idée fausse que les administrations publiques n'étaient au fond que des entreprises comme les autres, que les méthodes de gestion issues du privé conduiraient à la prospérité productive avec le résultat catastrophique que l'on sait : naufrage humain et médical à l'hôpital pour peu qu'il en reste un à proximité, nombreuses fermetures de classes, reste à charge de plus en plus élevé en matière de sécurité sociale, etc.

 

Comme l'affirme Alexis Spire, sociologue et directeur de recherches au CNRS, dans un interview au Monde, les Français ont l'impression de ne plus en avoir pour leur argent avec tous les services publics qui disparaissent de la carte, et que leur argent sert juste à financer les dépenses de luxe de ceux en haut, alors que le président de la République voit dans les dépenses sociales un "pognon de dingue". Le renouvellement de la porcelaine de l'Elysée aura à ce titre joué le même rôle que la brioche apocryphe de Marie Antoinette...

 

Une brève histoire des révoltes fiscales

 

Un bref retour sur 1 000 ans d’histoire française est à même de nous renseigner sur la nature, la portée et les dangers des mécontentements liés à la fiscalité. Hélas, les politiques actuels - formés à l'idéologie néolibérale - se gardent bien de jeter un œil dans le rétroviseur, puisque l'histoire constitue assurément un frein à l'expansion de la société mondialisée dont ils rêvent, où tous les individus seraient standardisés et interchangeables sur des marchés en libre concurrence. L'individu néolibéral est donc par nécessité dépourvu de mémoire et jouisseur dans le présent, ce qui revient à dire qu'il est sans avenir car condamné à reproduire les erreurs du passé...

 

Passons dès lors en revue brièvement quelques grandes révoltes fiscales de notre pays, sans aspirer à l'exhaustivité de la recension, tant s'en faut, mais qui donneront peut-être envie au lecteur d'approfondir le sujet :

 

 * la grande jacquerie de 1358, durant laquelle contrairement à une idée reçue, il n'y eut pas que de pauvres paysans en colères.

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

 * la révolte des Maillotins en 1382, qui voit les bourgeois de Paris s'en prendre aux agents du fisc et aux Juifs à grands coups de maillets de plomb.

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

 * la révolte des Tuchins en Auvergne entre 1363 et 1384.

 

 

[ Source : Wikipédia ]

 

 * l'insurrection des Croquants en 1637, qui montre le danger d'opprimer le peuple avec un poids trop élevé des taxes, d'autant qu'il devait aussi fournir des rations de blé aux troupes.

 

 

 

 * la révolte des Bonnets rouges en 1675, qui voit la foule à Rennes mettre à sac les bureaux du fisc au cri de « Vive le Roi… sans gabelle et sans édits ! »

 

 

[ Source : http://www.bdnet.com ]

 

On pourrait continuer cette énumération, mais le lecteur aura compris que l'histoire est pleine d'enseignements en matière de révoltes fiscales qui, faut-il le rappeler, ont été réprimées dans le sang...

 

Le pouvoir d'achat

 

Derrière les revendications sur les prix des carburants, c'est la question du pouvoir d'achat qui affleure, le gouvernement ayant par ailleurs poussé à la roue en communiquant ad libitum sur les 6 milliards d'euros de baisses d'impôts pour les ménages en 2019 :

 

 

[ Source : PLF 2019 ]

 

Le hic est que, ce faisant, le gouvernement s'est enferré dans un piège proche de celui dans lequel François Hollande était tombé avec la courbe du chômage. Il promet en effet un allègement de fiscalité, alors que les classes moyennes ont le sentiment que l'État leur reprend dans une poche ce qu'il leur verse dans l'autre. Il y a en effet eu l'impact négatif des mesures concernant les prestations sociales, vous savez la désindexation des pensions de retraite, des prestations familiales et des allocations logement... Une bagatelle, qui ampute le pouvoir d’achat des ménages de 2,5 milliards ! En fin de compte, les baisses de prélèvements obligatoires pour les ménages s’élèveront à 3,5 milliards 2019 :

 

 

[ Source : OFCE ]

 

Certains n'ont alors pas manqué de crier cocorico, car 3,5 milliards d'euros ce n'est tout de même pas rien ! Hélas, le diable se cache dans les détails, et les gagnants ne sont pas forcément ceux que l'on imagine :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Certes, le pouvoir d'achat tel que mesuré par l'INSEE augmente en moyenne, mais cela est loin d'être le cas pour tous les ménages. Et contrairement aux partisans de l'économie dominante, qui dépeignent un consommateur  rationnel uniquement mû par des calculs coûts-bénéfices, le mouvement de protestation démontre que le ressenti compte pour beaucoup dans les choix. Mais objectivement, les dépenses contraintes dans le budget des ménages a beaucoup augmenté depuis trois décennies...

 

Les dépenses contraintes

 

Ce qui compte le plus dans la perception que les ménages ont de leur pouvoir d’achat, c’est le revenu disponible qu’il leur reste une fois payées les dépenses incontournables – on les appelle également dépenses contraintes ou pré-engagées – telles que le loyer ou les remboursements d’emprunt, les frais de cantine, les assurances, les charges telles que l’eau, le gaz, l’électricité, etc. Or, selon l’INSEE, ces dépenses contraintes ont tendance à croître, ce que les ménages ressentent très bien :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Pire, les ménages pauvres voient cette part être tellement élevée, qu'ils ne peuvent en fin de compte jamais vraiment arbitrer les dépenses de leur ménage :

 

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

Dans ces conditions, le mécontentement quant au pouvoir d'achat ne pouvait que s'exprimer à un moment ou un autre. On se demande même comment il a pu être contenu aussi longtemps, puisque les classes moyennes redoutent de tomber dans la pauvreté tandis que les classes pauvres craignent la misère. Tristes perspectives...

 

Gilets jaunes face au mépris de l'élite politique

 

Dès lors, la contestation actuelle des taxes prend l'allure d'une révolte contre un État gouverné par un président perçu comme volontairement très éloigné des revendications du peuple, monarchique et même méprisant. On ne compte d'ailleurs plus les petites phrases assassines d'Emmanuel Macron et de ses ministres,qui n'ont fait qu'ajouter de l'huile sur le feu... Il est vrai que la nouvelle génération de loups politiques-managers qui est venue remplacer l'ancienne énarchie-banquière, n'est plus l'héritière d'une histoire nationale et encore moins d'une culture, mais seulement d'un compte en banque à faire fructifier au sein de la start-up France.

 

Au contraire, les nouvelles élites politiques, dont Emmanuel Macron est le chantre, ont été élevées dans une idéologie économique néolibérale où chacun est réputé maître de son destin (égalité des chances, sic !) dans un monde globalisé, qui fait de nous des mercenaires (pas uniquement économiques, mais c'est un autre sujet...) prêts à se mettre au service du plus offrant. La notion même de frontière leur semble insupportable, puisqu'elle empêcherait la libre circulation des capitaux et des talents, entendez l'évasion fiscale, d'où l'impérieuse nécessité pour eux de dissoudre les États nations dans l'Union européenne au nom de la marche vers le progrès, tout en déclarant que la culture française n'existe pas pour mieux faire de la France une simple région européenne. Autrement dit, l'élite politique s'est accrochée à la chimère d'un monde gouverné par des règles économiques universelles immuables, qui rendent inutiles la confrontation de projets de sociétés différents, et subséquemment les débats contradictoires, bien qu'ils soient depuis plus de deux millénaires l'essence même de la démocratie.

 

Pire, les campagnes politiques se succèdent et se ressemblent, en ce que seules quelques vagues questions macroéconomiques sont abordées (dette publique, balance commerciale...) et toujours sous l'angle d'une économie prétendue dépolitisée - donc scientifique ! -, à l'exclusion de toute thématique politique de fond qui obligerait à prendre de vrais engagements auprès des Français. Exit par conséquent l'échange verbal musclé et le débat animé, nécessairement perçus comme une agression insupportable dans notre société post-moderne ; place au consensus mou sur des lois politico-économiques réputées universelles, sous peine de passer pour un extrémiste.

 

Sur le fronton du temple à Delphes figurait entre autres l'inscription rien de trop, censée prévenir du péché d'arrogance et de démesure que les Grecs anciens appelaient hybris. Emmanuel Macron, dans sa démarche d'hyperprésident court-circuitant les corps intermédiaires, tombe hélas à l'évidence sous le coup de l'hybris, ce qui le conduit à prendre des décisions exacerbant les tensions avec cette "France périphérique" dont parle Christophe Guilluy. Dans un interview au Figaro, Jean-Pierre le Goff explique d'ailleurs que les gilets jaunes correspondent plus ou moins à cette France périphérique sortie des écrans radars de la politique, qui désormais se révolte contre les changements sociaux et culturels qui lui ont été imposées au nom de l'adaptation au progrès.

 

Lorsque partout en France les manifestants entonnent la Marseillaise face aux CRS, c'est bien une France oubliée par l'élite qui cherche à faire entendre sa voix face à ceux qui leur répètent : There is No Alternative (slogan favori de Margaret Thatcher). Eux ne croient plus à la théorie du ruissellement, qui consiste à soigner le pouvoir d'achat non pas des riches mais carrément les ultrariches (1%), dans l'espoir que leur enrichissement enclenchera un cercle vertueux capable d'améliorer le sort de tous les autres en dessous. Au contraire, ils plaident pour une réduction des inégalités et la possibilité de (sur)vivre en bouclant leurs fins de mois.

 

Dans ces conditions, la némésis du peuple en colère n'est peut-être plus très loin comme en témoigne le slogan maintes fois entendu ces derniers jours : "Macron démission". Le supplice de Tantale nous en rappelle les délicieuses cruautés, comme un écho des grandes révoltes fiscales de l'histoire dont nous avons brossé le tableau à grands traits.

 

Certes, le mouvement des gilets jaunes n'a pas forcément de revendications politiques claires, c'est d'ailleurs toute sa force et sa noblesse de ne pas avoir été récupéré, mais il doit sonner comme un coup de semonce auprès des décideurs politiques au pouvoir, trop habitués à voir le peuple ravaler son ressentiment. Ils devront désormais s'habituer à une expression populaire directe, qui ne passe plus par les urnes ou les manifestations syndicales, tant ces modes d'expression se sont (trop) souvent révélés incapables d'influer autrement qu'à la marge sur les décisions importantes du pays.

 

Simone Weil et Jean-Jacques Rousseau

 

À ce propos, je ne peux résister au plaisir de citer Simone Weil qui, dans une courte note publiée de manière posthume en 1950, appelait à la suppression des partis politiques, cette machine à fabriquer dangereusement de la passion collective : "le mal des partis politiques saute aux yeux, ne sont-ils pas même du mal à l'état pur ou presque ?". Je voudrais y revenir brièvement, sans en dire trop pour vous donner l'envie de la lire, tout en pointant l'extrême acuité de sa pensée politique.

 

Ainsi, elle montre comment dans le Contrat social de Rousseau, l'on trouve énoncé toutes les conditions d'existence de notre idéal républicain basé sur la volonté générale. Pour le dire simplement, sous certaines conditions, l'expression du peuple peut être conforme à la justice, parce que les hommes sont censés partager la même raison qui leur permet donc de converger en opinion sur la justice et la vérité. Or, ce sont précisément ces conditions qui sont le plus souvent passées sous silence, en particulier lorsqu'elles ne sont plus remplies :

 

 * il faut qu'il n'y ait aucune passion collective qui s'empare du peuple au moment où il doit s'exprimer, sinon il peut facilement voter pour les pires politiques comme l'a démontré l'accession au pouvoir de criminels par la voie légale ; 

 

 * le peuple doit pouvoir s'exprimer sur des problèmes concrets et précis de la vie publique, et non faire seulement un choix entre plusieurs candidats dont on a pu voir qu'ils ne respectaient pas toujours, c'est un euphémisme, leur programme ; 

 

Et le moins que l'on puisse dire est qu'actuellement aucune de ces deux conditions n'est respectée...

 

Peut-être serait-il bon de relire le Contrat social de Rousseau, ou au moins la page ci-dessous pour les plus pressés, pour comprendre la situation actuelle ?

[ Source : Wikisource ]

 

Un mouvement très soutenu dans l'opinion publique

 

Malgré la stratégie gouvernementale cherchant à discréditer le mouvement, celui-ci n'a jamais été aussi soutenu qu'à la veille de la manifestation à Paris :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Lorsque certains médias ont évoqué en boucle les débordements lors des manifestations du samedi 17 novembre, ils se sont placés consciemment ou non sur le terrain de la bien-pensance politique, qui cherche à faire accroire que nous vivons dans un monde consensuel totalement aseptisé contre la violence verbale et physique.

 

Et quand la manifestation sur les Champs-Élysées du samedi 24 novembre dégénère, l'occasion était belle de dénoncer l'extrémisme (des casseurs ou des manifestants ?), feignant d'oublier que le gouvernement ne donne plus signe de vie depuis 10 jours, en dehors de l'intervention ratée du Premier ministre, qui d'ailleurs ne pèse d'aucun poids politique tant le pouvoir a été personnalisé par Emmanuel Macron.

 

Finalement, qui osera rappeler au gouvernement que la première des violences est de n'être reconnu qu'en qualité de sujet politique sauvant le système à chaque élection ?

Partager cet article

Repost0
16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 12:48

 

 

La soirée d'hier à Freyming-Merlebach sur le revenu universel fut très intéressante et j'ai ainsi répondu à d'innombrables questions durant 1h30 de débat. Mais aujourd'hui, après mon billet sur la faible croissance française et un autre sur la crise italienne, nous allons traverser la Manche pour nous rendre au Royaume-Uni où un accord semble avoir été trouvé sur le Brexit. Cependant, contrairement aux apparences, le plus difficile est encore à venir tant sur le plan politique qu'économique...

 

Rappels sur le Brexit

 

Le 23 juin 2016 fut organisé un référendum sur la sortie (Brexit) du Royaume-Uni de l'Union européenne auquel participèrent les Britanniques résidant au Royaume-Uni, mais aussi fort opportunément les Irlandais et entre autres les citoyens du Commonwealth résidant au Royaume-Uni ou à Gibraltar. Quelques images pour se remémorer l'essentiel sur le Brexit :

David Cameron annonça alors sa démission et ce fut Theresa May qui entama la procédure de sortie de l'UE, conformément à l'article 50 TUE, suivant un calendrier précis :

 

 

[ Source : La Croix ]

 

Un divorce en 585 pages hors annexes

 

Deux ans après le vote sur le Brexit, le gouvernement du Royaume-Uni et les représentants de l'UE se sont entendus dans la souffrance sur un texte de divorce (certains disent accord...) comportant 585 pages, hors annexes ! Et comme dans tout divorce où le consentement mutuel penche plus d'un côté que de l'autre, le Premier ministre Theresa May a été contraint d'avaler des couleuvres, qui lui ont valu de nombreuses démissions au sein de son gouvernement et quelques mauvaises séances au Parlement.

 

Les options furent les suivantes :

 

 

[ Source : Le Soir ]

 

Finalement, le texte présenté jeudi 15 novembre démontre clairement que le rapport de force n'a pas été favorable au Royaume-Uni, ce dont on pouvait se douter puisqu'il s'agissait de réaliser un plaquage à 27 contre 1 pour s'assurer de refroidir toute velléité future d'évasion d'un autre pays. Dès lors, rien d'étonnant à ce qu'en fait d'un Brexit dur, on soit arrivé à une sorte d'accord où le Royaume-Uni s'en va mais sur la pointe des pieds, sans doute pour ne pas déranger... Bref, dans ces conditions, le compromis a tôt fait d'être vu comme une compromission par les plus souverainistes, d'autant que la Cour de justice de l'UE (CJUE) conservera son autorité sur le pays jusqu'à la fin de la période de transition.

 

Une période de transition

 

Parmi les principaux points à retenir de cet accord, on notera une période de transition entre la date officielle de sortie de l'UE, le 29 mars 2019, et le 31 décembre 2020, durant laquelle le Royaume-Uni continuera à accéder comme avant au marché unique et restera membre de l'union douanière, ceci afin de permettre aux systèmes politique et économique de prendre doucement le large.

 

Cela implique de facto le respect des normes et valeurs édictées par Bruxelles au moins jusqu'en 2020 - cette période pouvant être prolongée par accord commun -, ce que les souverainistes britanniques ont évidemment beaucoup de mal à digérer, d'autant qu'ils n'auront plus le droit de participer aux instances où les décisions sont prises, mais devront s'acquitter d'un solde de tout compte compris entre 40 et 45 milliards d'euros au titre des engagements du budget pluriannuel 2014-2020.

 

Autrement dit, le Royaume-Uni n'aura pas le droit de négocier ses propres accords commerciaux durant cette période, ce qui pèsera très fortement sur le futur après 2020. Le pire des mondes en somme, sauf peut-être pour les 3,2 millions d'Européens qui vivent déjà au Royaume-Uni et 1,2 million de Britanniques qui vivent sur le continent, puisqu'ils pourront continuer leur existence sans tracas administratifs particuliers. Après le Brexit, en revanche, les continentaux qui voudront s'installer au Royaume-Uni seront considérés comme des immigrants quelconques.

 

La délicate frontière irlandaise

 

Le poids de l'histoire, que les néolibéraux cherchent à occulter et qui revient alors systématiquement en pleine figure, fait que la frontière irlandaise demeure un point d’achoppement comme le montre la carte ci-dessous :

 

 

[ Source : http://geopolis.francetvinfo.fr ]

 

Jusqu'à présent, bien que la République d'Irlande ne soit pas dans le Royaume-Uni, il n'y avait guère de problème à la frontière avec l'Irlande du Nord, car les deux pays faisaient partie de l'union douanière européenne. Mais avec le Brexit, la frontière sera à nouveau réelle, ce qui fait craindre le retour des violences liées à la partition de l'Irlande, que les accords de paix du Vendredi Saint (1998) avaient réussi à régler. De plus, les échanges entre le Nord et le Sud en subiraient forcément les conséquences :

 

 

[ Source : France Culture ]

 

L'accord prévoit par conséquent d'éviter une frontière dure en Irlande du Nord, ce qui implique que cette dernière continuera à appliquer une partie des règles du marché unique (TVA, aides d'État...) ; bref, la frontière restera ouverte. Cette solution temporaire a pris le doux nom de filet de sécurité (backstop en anglais) et maintient désormais la totalité du Royaume-Uni dans l'union douanière jusqu'en 2020 au moins.

 

L'avenir ?

 

Il ne faisait aucun doute pour moi qu'un accord serait trouvé. Ainsi, les déclarations alarmistes des uns et des autres durant les derniers mois n'étaient que simple dramatisation politique pour tenter d'arracher le meilleur compromis sans perdre la face. Theresa May, en sa qualité de chef de gouvernement, n'a certes pas obtenu le meilleur accord, c'est un euphémisme, mais a définitivement fermé la porte à un nouveau référendum :

À lire les réactions dans la presse, certains semblent depuis désirer que la némésis frappe au plus vite le Royaume-Uni pécheur. D'où, une forme de réjouissance malsaine à voir dans la chute de la Livre Sterling la première étape d'une descente aux enfers :

 

 

[ Source : Boursorama ]

 

Certes, à ce stade l'accord doit encore être entériné par la Chambre des Communes, ce qui est loin d'être une sinécure tant les uns et les autres ne se reconnaissent pas dans cet accord et en veulent à Theresa May de l'avoir endossé. Dans les milieux d'affaires, cependant, d'aucuns redoutent le renversement du gouvernement et une victoire du leader du parti travailliste Jeremy Corbyn, très à gauche sur l'échiquier politique. Ils verraient donc d'un bon œil que l'accord sur le Brexit soit accepté en l'état et que Theresa May se maintienne au pouvoir, avec peut-être l'espoir secret de le voir évoluer plus favorablement à leurs intérêts d’ici à 2020...

 

Quant à la City de Londres, elle devrait perdre son passeport financier européen, qui lui permettait d'exercer ses activités hautement lucratives dans toute l'UE, d'où quelques sueurs froides chez les financiers. On s'achemine visiblement vers un statut d'équivalence, bien plus limitatif, mais évolutif selon les avocats d'affaires. Mais ne nous inquiétons surtout pas pour la finance, qui ne saurait abdiquer son pouvoir aussi vite !

 

En définitive, je ne peux m’empêcher de voir dans le Brexit une lame de fond, qui est en train d'emporter l'édifice technocratique par le fond. Ce n'est que le résultat d'années de construction européenne sans les peuples, voire à leur détriment. Mais à quelques mois des élections européennes, le mea maxima culpa politique semble inenvisageable. D'où probablement la multiplication des conférences, débats et initiatives en tous genres pour expliquer les bienfaits de l'Europe économique, alors même que les préoccupations quotidiennes des citoyens sont occultées. Serait-ce un moyen de se rassurer et d'éviter de voir la réalité en face ?

Partager cet article

Repost0
13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 13:02

 

 

Dans mon précédent billet, je vous avais déjà annoncé la soirée consacrée au revenu universel, jeudi 15 novembre 2018, qui commencera à 19h par l'accueil des spectateurs autour d'un buffet convivial. Le Républicain Lorrain l'a évoquée dans ses colonnes :

 

 

 

Si vous voulez en savoir plus sur le revenu universel, n'hésitez donc pas à venir au Méga Kiné !

 

 

Partager cet article

Repost0
8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 17:18

 

 

Le cinéma Méga Kiné de Freyming-Merlebach propose une soirée consacrée au revenu universel, jeudi 15 novembre. Elle commencera à 19h par l'accueil des spectateurs autour d'un buffet convivial. Puis à 20h, sera diffusé le film documentaire Jour de paye ! Vers un revenu universel. À l'issue de la projection, j'animerai un petit débat avec le public jusqu'à 22h30 maximum, afin de répondre aux très nombreuses questions que le film ne manquera pas de susciter.

Partager cet article

Repost0
1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 12:27

 

 

Au moment où le Parlement examine le budget 2019, le ralentissement de la croissance complique sérieusement l'équation, certes un peu moins qu'en Italie. En effet, après l'euphorie de 2017, le gouvernement espérait un taux de croissance supérieur à 2 % pour 2018 et 2019, afin d'engranger des recettes fiscales plus élevées et donc réduire sans douleurs le déficit public... Seulement voilà, les rêves en économie ont souvent une fâcheuse tendance à terminer en chimère, surtout lorsque l'exécutif feint d'oublier que la recherche de la croissance à tout prix - au travers notamment de la théorie du ruissellement - n'est que la continuation du vieux monde par d'autres moyens numériques.

 

Mon propos dans ce billet sera d'analyser brièvement les causes du ralentissement de la croissance, pour donner un peu de grain à moudre aux thuriféraires de la croissance.

 

Croissance et croissance potentielle

 

Dans L’économie du XXe siècle (1961), l’économiste français François Perroux a proposé la définition suivante de la croissance : "augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues, chacune de ces périodes comprenant plusieurs cycles quasi décennaux, d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels". L'indicateur retenu est en général le PIB en volume.

 

La croissance potentielle, quant à elle, peut être définie comme celle réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles. Et d'après la Direction générale du trésor, "alors qu’avant la crise de 2008 la croissance potentielle de l’économie française était de l’ordre de 2 %, elle serait autour de 1¼ % entre 2017 et 2020. Ce ralentissement s’explique principalement par celui de la productivité globale des facteurs (PGF), ainsi que par une moindre contribution du capital" :

 

 

[ Source : DG Trésor ]

 

Autrement dit, on ne voit pas très bien comment le gouvernement a pu espérer avoir 2 % de croissance pour les deux prochaines années... Certes, on peut arguer que les statistiques prennent encore mal en compte les conséquences des innovations récentes (numérisation, plateforme d'échanges, dématérialisation...) et que la croissance serait par conséquent sous-estimée. Mais même si le débat reste ouvert entre économistes, il faut bien optimiste pour s'imaginer que la croissance va subitement connaître un bon extraordinaire du seul fait de changer le thermomètre...

 

Les chiffres de la croissance en France

 

Le graphique ci-dessous nous montre que le produit intérieur brut (PIB) en volume a progressé de 0,4 % au troisième trimestre 2018, après 0,2 % au semestre précédent. Cependant, à bien y regarder, les moteurs de cette faible expansion (consommation, investissement, commerce extérieur) tournent actuellement au régime 2CV diesel :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Les menaces sur la croissance

 

La consommation des ménages, moteur traditionnel de l'économie française même si certains feignent de croire que nous avons dépassé la société fordiste, a beaucoup de mal à reprendre des couleurs, ne serait-ce qu'en raison de la hausse de taxes et impôts sur les ménages en 2018, seulement partiellement compensée par la baisse des cotisations sociales.

 

Plus généralement, la confiance des ménages dans la situation économique n'est pas au beau fixe :

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Les réductions de dépenses publiques, quel que soit leur nom (économies, rabot, allègement de l'État et autre noms mélioratifs), vont avoir un impact sur la croissance par le mécanisme du multiplicateur budgétaire :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En effet, contrairement à une croyance tenace, les dépenses publiques ne sont pas stériles et soutiennent au contraire très souvent l'activité ; dès lors, les couper sans discernement de près de 4 points jusqu'en 2022, c'est prendre le risque de faire chuter l'activité. Le lecteur intéressé pourra trouver plus de détails sur les dépenses publiques au chapitre 19 de mon dernier livre, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie ! (éditions Ellipses).

 

Quant à la hausse des prix du pétrole, dont j'avais parlé dans ce billetil est bon de rappeler qu'elle est liée à une croissance rapide de la demande mondiale de pétrole, qui dépasse la production, alors que la découverte de nouveaux gisements est très mal orientée comme, mais dans une moindre mesure, l’investissement en exploration-production. Dès lors, sauf accord particulier entre les membres de l'OPEP, le baril risque de rester à un niveau élevé, ce qui pénalisera à l'évidence la croissance française.

 

Et si le vrai courage politique consistait davantage à imaginer un monde sans croissance ?

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet éditorial du journal Ouest France.

Partager cet article

Repost0
25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 13:11
La crise budgétaire italienne !

Au moment où les parlementaires français étudient le budget 2019, c'est un autre pays qui croise le fer avec Bruxelles au sujet de ses finances publiques : l'Italie. La commission européenne vient en effet de rappeler à l’ordre le gouvernement italien et lui laisse trois semaines pour revoir sa copie sous peine de sanctions. Décision historique, qui risque fort d'avoir des conséquences à grande échelle...

 

La situation économique en Italie

 

Malgré tous ses efforts l’Italie n'arrive toujours pas à renouer avec une croissance forte, si tant est qu'un tel objectif soit viable économiquement, socialement et écologiquement (j’ai marqué d’un trait noir la ligne du zéro) :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Il est vrai que la productivité par tête stagne et que la capacité de production de l'industrie italienne est en net recul, ce qui ne laisse rien présager de bon pour la croissance potentielle.

 

Quant à la bataille de l'emploi est elle aussi encore loin d'être gagnée, malgré (ou à cause ?) des mesures de libéralisation du marché de l'emploi sous le gouvernement de Matteo Renzi :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Pour l'instant, le déficit public permet encore de stabiliser le taux d’endettement public :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Néanmoins, au vu du niveau stratosphérique atteint par la dette publique (2 300 milliards d'euros soit plus de 130 % du PIB !), il vaudrait mieux qu'elle n'augmente plus d'autant qu'elle devra bien un jour ou l'autre être restructurée à l'instar des autres dettes publiques européennes :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

En résumé, l'économie italienne est en toute petite forme et les problèmes sont assez bien identifiés (liste non exhaustive) :

 

 * stagnation de la productivité du travail depuis deux décennies, qui pèse sur la croissance potentielle et l'investissement ;

 

 * faiblesse des compétences de la population active et taux de chômage toujours très élevé notamment chez les jeunes ;

 

 * grandes inégalités régionales (Nord-Sud notamment) et niveau très élevé de la part de la population exposée à des risques de pauvreté ou d'exclusion sociale ;

 

 * créances douteuses nombreuses dans les bilans des banques.

 

Il n'y a guère que la balance extérieure qui soit positive, ce qui rassure les mercantilistes de tous bords, qui ne voient pas que le pays, par ailleurs, perd massivement des parts de marché à l'exportation !

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Que reproche Bruxelles à l'Italie ?

 

Dans ces conditions économiques dégradées, peut-on reprocher aux électeurs italiens d'avoir mis au pouvoir une coalition surprenante formée du Mouvement 5 étoiles (M5S) mené par Luigi Di Maio et de la Ligue de Matteo Salvini ? Qu'il suffise de rappeler le lourd tribut payé par les ménages depuis la crise, ce qui leur laisse un goût amer sur le passage à l'euro en 1999 (même s'il n'est pas seul responsable) et démontre par l'absurde que l'économie est toujours politique :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Est-ce donc le fait d'avoir voté contre le système technocratique de Bruxelles que la Commission européenne sanctionne aujourd'hui, comme pourraient le laisser penser les déclarations à peine voilées qui suivirent les résultats des élections générales du 4 mars dernier ?

 

Officiellement, il s'agit de faire respecter le pacte de stabilité européen, visiblement en faisant un exemple avec le gouvernement Conte, alors même que durant des années les grandes capitales se sont assises dessus pour le dire poliment... Il est ainsi reproché à l'Italie d'être sortie des clous de sa trajectoire budgétaire de réduction du déficit public structurel de 0,6 % par an, puisque le gouvernement annonce 2,4 % de déficit public en 2019 contre 0,8 % prévu par le précédent gouvernement.

 

 

[ Source : France Soir ]

 

Baisses massives d’impôts sur les ménages (pauvres et classes moyennes au travers de la TVA) et les PME, abaissement de l’âge de départ à la retraite et instauration d’un revenu universel, etc.  Bref, c'est un véritable programme anti-austérité que défend le gouvernement italien. Impensable à Bruxelles : lâchez donc les chiens sur l'Italie... Comme l'aurait dit Thatcher avant de perdre la tête, "there is no alternative". Voilà exactement le fond du problème avec la gouvernance de l'Union européenne : elle privilégie une seule et unique idéologie libérale, ravalant les questions économiques complexes à de simples problèmes techniques auxquels la Science économique préconiserait un unique remède optimal valable en tous lieux et toutes circonstances. 

 

En l'état, le gouvernement italien dispose de trois semaines pour revoir sa copie, sous peine de voir à terme la Commission européenne lancer à son égard une procédure pour déficits excessifs. Vous savez, la fameuse procédure qui n'a jamais empêché le gouvernement français de faire du déficit... On évoque même la possibilité d'une amende pouvant aller jusqu'à 0,5 % du PIB si le gouvernement italien s'entête, à mon sens aussi probable que la fin de l'évasion fiscale au Luxembourg.

 

Mais sait-on assez que dans les couloirs de la Commission européenne, les technocrates font désormais confiance aux marchés financiers pour discipliner le vilain canard italien ? Autrement dit, certains amis européens de l'Italie ne verraient pas forcément d'un mauvais œil que les intérêts sur la dette publique du pays augmentent suffisamment pour faire plier le gouvernement, à l'image de ce qui s'était passé au Portugal, en Irlande et bien entendu en Grèce.

 

 

[ Source : Bloomberg ]

 

C'est l'expression même de l'Europe des règles tant voulue par Angela Merkel en lieu et place de l'Europe de la solidarité, que l'on nous avait pourtant tellement vendue au début des années 1990. Encore un peu de cette politique et les prochaines élections européennes en 2019 verront les extrémistes de toutes obédiences s'installer durablement au Parlement européen !

 

En attendant, le gouvernement italien a choisi de faire front, d'autant qu'au vu de la taille de l'économie italienne (15 % du PIB de la zone euro en 2016), il ne sera pas possible de reproduire la mise en coupe réglée pratiquée sur la Grèce. Alors tandis que certains commencent déjà à évoquer un recul de la croissance couplé à une hausse des taux d'intérêt, bref une crise de solvabilité, d'autres agitent le chiffon rouge d'une sortie de la zone euro, qui ne manque pas d'affoler encore un peu plus les investisseurs et les ménages.

 

Tout cela s'achèvera-t-il sur un écrasement comme dans la vidéo ci-dessous ?

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de Courrier International

Partager cet article

Repost0
18 octobre 2018 4 18 /10 /octobre /2018 12:30

 

 

Après une incursion dans le monde hypertrophié de la finance et une conférence sur le sujet, j'ai décidé de revenir sur le pouvoir d'achat des ménages dont le gouvernement a fait une priorité (si, si...). Plus précisément, le billet d'aujourd'hui s'intéressera à l'impact des mesures fiscales et sociales prises par le gouvernement sur le revenu disponible des ménages. Et tandis que les données chiffrées manquaient encore lors de la rédaction de mon précédent billet sur la question, l'Institut des Politiques Publiques (IPP) et l'Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE) nous offrent désormais des études d'impact circonstanciées dont je vais chercher à vous rendre compte.

 

Les éléments du débat

 

Le gouvernement a communiqué ad libitum sur les baisses d'impôts en 2019 :

 

 * 6 milliards d'euros de baisses pour les ménages

 

 

[ Source : PLF 2019 ]

 

 * 18,8 milliards de baisses pour les entreprises, qui résultent essentiellement de la transformation du CICE en baisses de cotisations sociales

 

 

[ Source : PLF 2019 ]

 

Bien entendu, dans cette présentation romancée (story telling...), le gouvernement omet juste l'impact négatif des mesures concernant les prestations sociales, vous savez la désindexation des pensions de retraite, des prestations familiales et des allocations logement... Une bagatelle, qui amputera le pouvoir d’achat des ménages de 2,5 milliards ! En fin de compte, les baisses de prélèvements obligatoires pour les ménages s’élèveront à 3,5 milliards :

 

 

[ Source : OFCE ]

 

Certains n'ont alors pas manqué de crier cocorico, car 3,5 milliards d'euros ce n'est tout de même pas rien ! Hélas, le diable se cache dans les détails, et nous allons voir que les gagnants et les perdants ne sont pas forcément ceux que l'on imagine...

 

Les gagnants et les perdants

 

L'Institut des Politiques Publiques (IPP) s'est demandé quels sont les effets redistributifs des mesures évoquées plus haut, dont certaines étaient déjà dans le budget 2018. En s'appuyant sur des données administratives en plus des données d'enquête, l'IPP a alors évalué l'impact cumulé pour 2019 des budgets 2018 et 2019 sur le niveau de vie des ménages par unité de consommation, c'est-à-dire sur leur pouvoir d'achat. Le graphique ci-dessous est édifiant sur les réelles priorités de l'exécutif :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Évitons au reste de trop nous réjouir du faible gain de pouvoir d'achat pour les 60 % de ménages intermédiaires, car celui-ci résulte essentiellement de la suppression progressive de la taxe d'habitation, qui à n'en pas douter, sera progressivement compensée par les collectivités locales en usant d'autres moyens comme on vient de le voir.

 

Quant à la suppression de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) et la création en remplacement de l'Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI), devinez à qui cela profite ?

 

 

[ Source : IPP ]

 

Je renouvelle alors les propos de mon précédent billet : la baisse de pouvoir d'achat pour de nombreux ménages résulte d'une politique sciemment mise en œuvre par le gouvernement ; la politique Macron se fait toujours à périmètre financier constant, ce qui revient au fond à déshabiller Pierre pour habiller Paul. J'ajouterai que, fidèle à la théorie du ruissellement dont il se défend pourtant d'être un adepte, Emmanuel Macron soigne le pouvoir d'achat non pas des riches mais carrément les ultrariches (1%), dans l'espoir que leur enrichissement enclenchera un cercle vertueux capable d'améliorer le sort de tous les autres en dessous.

 

Hélas, on notait un coup de mou de la croissance française dès le premier trimestre 2018 en raison de la faiblesse de la consommation et du tassement de l’investissement... La seule chose que le président de la République moissonnera avec une telle politique est une fracture encore plus grande parmi les Français et une montée du ressentiment. Un conseiller téméraire osera-t-il dire au Roi que l'histoire prouve jusqu'à plus soif, qu'il n'est jamais bon d'abandonner les plus modestes au nom d'une idéologie économique zombie ?

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de BFM.

Partager cet article

Repost0
10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 11:06

 

 

Après ma conférence à l'UPT de Forbach sur la finance, je souhaitais écrire ce billet afin de donner quelques éléments complémentaires sur le poids démesuré atteint par la sphère financière en regard de l'économie réelle. Je pense en effet avoir réussi à convaincre mon auditoire, qu'une telle hypertrophie financière ne peut que conduire une nouvelle fois à la catastrophe...

 

L'hypertrophie financière

 

On peut mesurer le poids de la sphère financière de plusieurs manières, mais nous n'en retiendrons que deux pour les besoins de ce billet :

 

 * la première consiste à additionner au niveau mondial l’encours de crédit, l’encours d’obligations, l’encours de produits dérivés et la capitalisation boursière.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * la deuxième additionne la taille des marchés de dérivés avec celles des marchés financiers et du marché des changes (unité : le millier de milliards de dollars, appelés trillions par les Américains et parfois téra-dollars) :

 

flux-financiers.png

 

[ Source : www.financeglobale.fr ]

 

Dans le cadre de la première approche, utilisée entre autres par Patrick Artus, le poids de la sphère financière représente ainsi plus de 1 100 % du PIB mondial, ce qui revient à dire que l'économie financière pèse 12 fois plus que l'économie réelle ! Avec la deuxième approche, développée par François Morin notamment, les flux financiers sont près de 60 fois supérieurs aux flux de l'économie réelle !

 

Une source de catastrophe

 

Quelle que soit la méthodologie retenue, la conclusion demeure la même : il n'est pas possible d'avoir une sphère financière qui crée autant de droits sur si peu de production réelle. Pour le dire autrement, nous voilà en présence de "droits fictifs" selon l'expression de Jacques Rueff, qui nécessiteront tôt ou tard une purge formidable des marchés financiers pour remettre les compteurs à l'équilibre.

 

Comme je le répète depuis des années, la question n'est donc pas de savoir si ce big krach arrivera, mais quand et sous quelle forme (krach boursier, éclatement de la bulle obligataire, défauts massifs sur les emprunts publics et surtout privés...). Or, l'histoire financière est jonchée des cadavres (entre autres financiers) de ces purges sur les marchés financiers, comme le montre avec brio Charles Kindleberger dans un livre de 1978.

 

N'oublions pas que les gigantesques flux financiers actuels trouvent bien entendu leur source dans la libéralisation des marchés financiers depuis les années 1980, mais d'abord et avant tout dans la fin du contrôle des changes et des taux d'intérêt. En effet, lorsque les taux de change étaient fixes, il n'était pas nécessaire de créer un marché pour se couvrir contre le risque de change. De même, la maîtrise des taux d'intérêt à court terme par les Banques centrales et ceux à long terme par l'encadrement du crédit rendaient inutile une couverture des risques de variations des taux d'intérêt. Mais une fois toutes les digues abattues, l'aversion très forte à ces risques nécessita de créer des produits dérivés destinés à s'en couvrir sur les marchés financiers, ce qui revient en fait à dire qu'une part importante des transactions sur les marchés financiers sert avant tout à couvrir les risques soulevés par le fonctionnement même des marchés financiers !

 

Et certains ne se sont pas privés d'utiliser ces produits de couverture pour en faire des outils de pure spéculation... Et avec la crise de 2008, les Banques centrales ont déversé des tombereaux de liquidités dans l'économie, qui auront surtout servi à alimenter les bulles entre autres obligataires. Tout ceci ne serait que verbiage, si les crises financières ne conduisaient pas immanquablement à des crises économiques de grande ampleur, comme en témoignent les subprimes et leurs conséquences que nous subissons encore !

 

D'aucuns se persuadent alors qu'une réglementation adéquate suffira à réduire l'hypertrophie financière ; mais lorsque l'on voit le mal de chien que l'on s'est donné pour accoucher de quelques rares règles et normes de bon aloi (Union bancaire, normes prudentielles de Bâle, loi Volcker, etc.), on ne peut qu'être pessimiste d'autant que Trump semble en bonne voie de faire sauter les digues financières de son pays. 

 

En définitive, je sais combien le sort de Cassandre n'est pas enviable, mais j'affirme que nous n'échapperons pas à une crise financière majeure très prochainement.

Partager cet article

Repost0
7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 11:26

 

 

Dans mon précédent billet, je vous avais annoncé ma conférence qui aura lieu à l'UPT de Forbach ce mardi 9 octobre à 19h (durée 1h30). Le Républicain Lorrain l'a par ailleurs annoncée dans ses colonnes :

 

 

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

 

Cette conférence, intitulée  La finance est-elle l’ennemi de l’économie réelle ?, ne nécessite aucune connaissance préalable et s’adresse à tous. Elle a pour objectif d'expliquer le fonctionnement de la finance, son rôle, ses acteurs, et analyser le processus de financiarisation de l’économie et ses conséquences mortifères pour les ménages et les entreprises.  L’entrée est fixée à 5€.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr

 

 

[ Cliquer sur la carte pour l'agrandir ]

Partager cet article

Repost0
2 octobre 2018 2 02 /10 /octobre /2018 11:00

 

 

François Hollande voyait en la finance « son véritable adversaire » :

Michel Sapin, quant à lui, versait dans la provocation lors d'une intervention aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence le 6 juillet 2014, en déclarant « notre ami c’est la finance : la bonne finance » !

 

Difficile par conséquent de s’y retrouver, même si tout un chacun a pu constater le formidable essor de l’industrie financière depuis le début des années 1980. Les capitaux circulent quasiment sans entraves partout dans le monde et les liquidités sur les marchés financiers en 2018 ont battu des records historiques. Pourtant, force est de constater que la croissance joue à l’arlésienne, que les petites entreprises peinent encore à trouver les fonds nécessaires à leur développement, tandis que les multinationales sont désormais sous la coupe réglée des exigences des investisseurs financiers (taux de rentabilité à 15 %, publication d’états financiers tous les trimestres…).

 

C’est qu’il y a confusion entre finance et financiarisation, la deuxième étant la forme parasitaire de la première, en ce qu’elle met l’ensemble des activités productives sous la coupe des puissances financières, avec la complicité active ou résignée du politique.

 

Dès lors, pour comprendre le fonctionnement de la finance, son rôle, ses acteurs, et analyser le processus de financiarisation de l’économie et ses conséquences mortifères pour les ménages et les entreprises, je propose une conférence grand public à l’Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach (durée 1h30), le mardi 9 octobre à 19h, avec pour titre La finance est-elle l’ennemi de l’économie réelle ?

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

 

La présentation se veut accessible à tous et ne nécessite aucune connaissance préalable. L’entrée est fixée à 5€.

 

Renseignements et inscriptions auprès de l’UPT :

 

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

Partager cet article

Repost0

Archives