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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 10:56

 

 

Cet ouvrage collectif est destiné aux étudiants préparant le concours commun d'entrée aux IEP, qui se déroulera le 18 avril 2020. Composé de 400 pages et de d'une centaine de fiches (dissertations corrigées, fiches de culture général, fiches de lecture), il permet une préparation efficace à l'épreuve de questions contemporaines du concours (durée : 3h, coefficient 3, dissertation sur un sujet à choisir parmi deux), dont les thèmes pour 2020 sont révolutions et le secret.

 

Rappelons que cette épreuve évalue la connaissance, la capacité à analyser et à argumenter sur les grands thèmes et débats inscrits dans l'actualité des années récentes. Le candidat doit dès lors mobiliser une palette de savoirs variés : économie, histoire, science politique, géographie, philosophie, actualité des sciences et techniques..., pour traiter des grandes problématiques actuelles.

 

Dans cette perspective, nous avons été nombreux (enseignants en classes préparatoires, responsables de formation IEP et universitaires spécialistes du thème) à nous réunir afin de concevoir des dissertations et fiches de lecture/synthèse pour une préparation optimale des candidats à l'épreuve. Pour ma part, j'ai apporté la contribution suivante : Révolution numérique et bouleversement des processus économiques.

 

Ce livre peut être utilement complété par les autres ouvrages de la même collection et par mes livres, notamment Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition et Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, toujours aux éditions Ellipses.

 

Cet ouvrage de préparation au concours IEP peut être acheté dans toutes les bonnes librairies et en ligne :

 

Amazon I Ellipses I Fnac I Decitre I Joseph Gibert I Chapitre

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4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 14:01

 

 

Récemment, dans un long billet consacré à la zone euro, j'avais présenté les principaux problèmes structurels auxquels elle fait face et insisté tout particulièrement sur l’hétérogénéité croissante. Aujourd'hui, nous nous intéresserons à l'épargne qui, contrairement à une idée reçue, est très abondante au sein de la zone euro, mais ne finance hélas plus des projets européens...

 

L'excès de l'épargne sur l'investissement

 

Le graphique ci-dessous montre que depuis 2012, le taux d'épargne de la zone euro est largement supérieur au taux d'investissement :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Cela se retrouve dans l'évolution de la balance courante (différence entre exportations et importations de biens et de services, de revenus des facteurs et des transferts), qui devient très largement excédentaire à partir de 2012 :

 

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

Cette situation est bien entendu défavorable à la zone euro, dans la mesure où une partie de l’épargne de la zone euro est prêtée au reste du monde au lieu de financer des investissements internes. Le pire est qu'une bonne partie de ces fonds sert désormais à acheter des bons du Trésor américain, c'est-à-dire que l'épargne des Européens finance l'endettement des États-Unis ! En y regardant de plus près, on voit également que l’excès d’épargne de la zone euro vient aujourd’hui surtout de la hausse du taux d’épargne privée et d'une stagnation/baisse de l’investissement public.

 

Comment remédier à cette situation ?

 

La situation économique de la zone euro est suffisamment dégradée pour que l'on s'intéresse au moyen de résorber cet excès d'épargne, d'autant qu'il s’évanouit dans le reste du monde.

 

Il n'y a cependant rien à attendre du côté de la politique monétaire, car son biais ultra-expansionniste permanent semble incapable de relancer l'investissement, comme je l'avais montré dans ce billet. Pire, en dehors de solvabiliser des États en grande difficulté financière, la politique de la BCE aura fait chou blanc sur tous ses objectifs : la cible du taux d'inflation (suffisamment proche de, mais inférieur à 2 % sur le moyen terme) est loin d'être atteinte ; l'investissement productif n'a pas été soutenu par les taux d'intérêt faibles, car l'économie est tombée dans une trappe à liquidité fermée à double tour par un contexte morose et une exigence de rentabilité des actionnaires toujours trop élevée ; quant à la croissance de la zone euro, cela se passe de commentaires...

 

L'accroissement du déficit public en vu de financer des investissements porteurs de croissance serait une bonne idée, mais le taux déjà très élevé de l'endettement public et les contraintes d'équilibre des traités européens limitent fortement cette solution. Le seul espoir serait donc de financer ces investissements d'avenir (énergies renouvelables, technologies du futur...) par un panachage de financements publics et privés, mais je crains fort que dans ce cas l'intérêt général soit sacrifié sur l'autel du profit à court terme...

 

L'un dans l'autre, le carcan européen empêche donc toute initiative intelligente, dans un contexte nécessitant pourtant des mesures d'urgence pour éviter l'effondrement économique (et social !). Dès lors, j'accorde peu de crédit à la thèse de l'atterrissage en douceur de la croissance européenne. Au contraire, eu égard à la conjonction de facteurs structurels très défavorables, je crains fort que l'on se dirige vers une crise économique profonde, qui sera doublée d'une crise sociale et politique...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de Boursorama.com

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 12:55

 

 

Voilà douze ans que j'enseigne l'économie à l'Université Populaire de Sarreguemines, dans un cadre ouvert à tous. Et j'ai plaisir à constater que le public est toujours au rendez-vous, au point que nous avons dû constituer une liste d'attente au premier semestre face au grand nombre d'inscrits. Ainsi, si vous souhaitez comprendre l'économie, sachez que les inscriptions pour le second semestre sont ouvertes du 3 au 14 février 2020 et qu'il n'est absolument pas nécessaire d'avoir suivi le premier semestre pour s'y inscrire, puisque les thèmes sont traités de manière indépendante et que je n'hésite pas à faire les rappels nécessaires. 

 

La cafet'éco à l'Université Populaire de Sarreguemines se déroule dans la conviviale cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, en moyenne un mercredi dans le mois à 18h30 :  le 4 mars, le 8 avril, le 13 mai et le 3 juin 2020.

 

 

D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter ! Nul besoin de connaissances particulières pour y assister.

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, brûlante actuellement, afin d'être au plus près des préoccupations actuelles des auditeurs :

 

 

Les inscriptions, dans la limite des places disponibles, se font auprès de l'UPSC :

 

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 14:01

 

 

Après mon dernier billet sur le sombre avenir de la zone euro, il sera question aujourd'hui de la dette publique. En effet, à peine l'INSEE a-t-elle évoqué un taux d'endettement public de 100 % du PIB en France, que déjà le sujet refaisait son entrée dans les radars médiatiques...

 

Qu'est-ce que la dette publique ?

 

Dans ce genre de débat technique, qui glisse très vite dans le domaine politique, il vaut mieux poser clairement les termes. La dette publique correspond à l’ensemble des emprunts publics, c’est-à-dire contractés par des administrations publiques : l'État, la Sécurité sociale, les organismes divers d’administration centrale (ODAC) et les collectivités locales.

 

Comme pour le déficit public, la dette publique est souvent présentée par commodité en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), ce que l’on appelle le ratio d’endettement public ou taux d’endettement public. Pour la France, ce ratio d’endettement public avoisinait les 100 % du PIB en 2019, pour une moyenne de 86,4 % dans la zone euro, alors que le pacte de stabilité et de croissance (PSC) européen en fixe la limite à 60 % :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Ainsi, à la fin du 2e trimestre 2019 (derniers chiffres connus), le ratio de la dette publique par rapport au PIB s'est établi à 86,4 % dans la zone euro et 80,5 % dans l'UE prise dans sa globalité. Les ratios les plus élevés ont été enregistrés en Grèce (180,2 %), en Italie (138,0 %) et au Portugal (121,2 %) ; les plus faibles en Estonie (9,3 %), au Luxembourg (20,3 %) et en Bulgarie (20,4 %).

 

Comment évolue la dette publique ?

 

Commençons par un graphique :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Selon Eurostat, par rapport au deuxième trimestre  2018, 8 pays ont enregistré une  hausse  de  leur ratio d'endettement public par rapport à la fin du deuxième trimestre 2019 et 20 pays  une diminution. Les hausses les plus fortes ont été observées à Chypre (+6,4 points), en Grèce (+2,7 points) et en Italie (+2,0 %), tandis que les baisses les plus marquées ont été observées en Hongrie et en Slovénie (-5,2 points chacun), en Autriche (-4,7 points) et au Portugal (-4,5 points).

 

Si l'on regarde de plus près quatre grands pays européens, on constate une baisse du taux d'endettement public en Allemagne mais une hausse en Italie, ce qui confirme les grandes difficultés économiques (et sociales et politique et...) de la péninsule :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Fondamentalement, la dynamique de la dette publique dépend de son niveau et du différentiel (taux d'intérêt réel - taux de croissance). Et c'est peu dire que les dernières années, les États ont pu profiter de la politique ultra-expansionniste menée par la BCE :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Celle-ci s'est traduite par une baisse des taux d'intérêt à long terme sur la dette publique et en tout état de cause une croissance (même très faible) supérieure aux taux d'intérêt, rendant supportable même des niveaux d'endettements publics très élevés comme en Italie. Or, l'assouplissement quantitatif mené par la BCE a vocation à s'arrêter un jour (enfin, on peut l'espérer au vu de ses effets pervers), d'autant que cette politique monétaire n'a guère brillé par son succès en matière d'investissement et de hausse des anticipations d'inflation. C'est à ce moment qu'il faudra redouter une nouvelle crise de la dette publique au sein de la zone euro...

 

Comment peut-on réduire la dette publique ?

 

Bien que la dette publique européenne soit sortie des écrans radars du FMI ces dernières années - sauf pour l'Italie -, l'annonce d'un ratio d'endettement public supérieur à 100 % du PIB pour la France a provoqué, à tort, des commentaires à foison sur la santé financière de notre pays. Or, outre que ce chiffre n'est qu'une estimation trimestrielle, il ne tient pas compte des actifs des administrations publiques et résulte surtout d’éléments techniques liés aux émissions et aux amortissements des titres de la dette publique. Bref, pas d'inquiétude particulière, d'autant que la dette publique française s’arrache à des taux extrêmement bas - voire négatifs  ! - sur les marchés financiers.

 

Quoi qu'il en soit, certains lecteurs m'ont demandé de rappeler brièvement comment un État peut réduire sa dette publique. Or, contrairement à une idée reçue, ce n'est pas le stock de dette publique que les États cherchent à baisser pour éviter un debt overhang (faible croissance résultant d'un endettement public trop élevé), mais le taux d'endettement public, c'est-à-dire le stock de dette publique rapporté au PIB.

 

3 solutions principales possibles :

 

 * annuler la dette publique. Dans le jargon, on préfère parler de défaut sur la dette publique, certainement parce que cela rassure un peu. Toujours est-il que c'est la méthode non coopérative par excellence, mais qui est aussi la plus usitée dans l'histoire.

 

 * faire en sorte que les taux d’intérêt à long terme soient inférieurs à la croissance nominale. En effet, dans ce cas, l’écart entre croissance et taux d’intérêt réduit le taux d’endettement chaque année, et le pays peut donc se désendetter à moindres frais.

 

 * monétiser la dette publique. Cela consiste, comme je l'avais expliqué dans ce billet, pour la Banque centrale à créer de la monnaie pour ensuite acheter les titres de dette publique. 

 

Avec cette dernière méthode, qui est d'ailleurs celle en vigueur au sein de la zone euro, le danger est grand que les gouvernements ne prennent pas ce mécanisme pour ce qu'il est, à savoir un répit pour engager les réformes nécessaires à la soutenabilité de leur dette publique. Les économistes parlent alors d'un risque d'aléa moral, pour décrire cette situation où les gouvernements pourraient être incités à mener des politiques budgétaires très expansionnistes (hausse des dépenses publiques ou baisses des impôts), puisqu'ils savent que la Banque centrale monétisera les dettes publiques. 

 

D'où les cris d'orfraie des dirigeants politiques allemands, qui voient dans le Quantitative Easing une monétisation déguisée des dettes publiques de la zone euro. Le pire est qu'ils ont raison... Il suffit pour s'en convaincre de comprendre les coulisses de fonctionnement du quantitative easing. Tout d'abord, les Banques centrales des pays de la zone euro achètent des titres de dettes publiques en créant de la monnaie et touchent donc les intérêts sur ces titres. Or, les Banques Centrales des pays de la zone euro reversent leurs profits aux États, ce qui dans le cas présent signifie simplement que les paiements d’intérêts sur la dette publique faits par l’État à la Banque Centrale sont en fin de compte rendus par la Banques Centrale à l’État !

 

Dette publique et surtout dette privée !

 

Mais pendant que certains commentateurs patentés s'échinent à disserter sur la dette publique, on oublie allégrement que l'endettement privé atteint lui aussi des sommets partout dans le monde, ne serait-ce qu'en raison des taux d'intérêt bas :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Il serait donc sage de se demander en premier lieu comment les entreprises et les ménages gavés à la dette à bas taux vont réussir à demeurer solvables dans un environnement où la demande globale se déprime tout comme la croissance... Faut-il du reste rappeler que la crise de 2007 résultait avant tout d'un compartiment financier lié à des prêts privés, les célèbres subprimes ?

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article de The Conversation.

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 14:17

 

 

Après plusieurs articles sur la réforme des retraites en France, je souhaite consacrer ce billet de début d'année à l'avenir de la zone euro. En effet, alors que des vents contraires soufflent très fort sur l'Europe, d'aucuns prétendent que l'avenir de la zone euro serait radieux et en veulent pour preuve les sommets atteints sur les Bourses. Un tel optimisme, injustifié comme je vais le montrer, m'apparaît plutôt comme un aveuglement...

 

Les problèmes structurels de la zone euro

 

Il ne s'agit pas ici de faire un inventaire à la Prévert des problèmes structurels de la zone euro, mais juste de pointer quelques éléments importants :

 

 * le partage des revenus au sein de la zone euro se déforme structurellement en faveur des entreprises et donc au détriment des salariés :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * la faiblesse des compétences de la population active ainsi que son vieillissement, la désindustrialisation, l'insuffisance d'investissement dans les technologies pèsent lourdement sur la croissance potentielle de la zone euro :

 

 

[ Source : Natixis ]

 * les politiques économiques nationales sont peu ou mal coordonnées au niveau de l'UE, ce que perçoivent très clairement les Européens  :

 

 

[ Source : Flash Eurobarometer on the euro area (October 2019) ]

 

 * de nombreux États de la zone euro, comme l'Italie, ne doivent leur survie financière qu'à l'action de la Banque centrale européenne sur les taux d'intérêt ;

 

 * les capitaux allemands ne financent plus la zone euro ;

 

 * depuis le Traité de Rome, en 1957, la concurrence est érigée en maître principe du fonctionnement économique de l'Europe économique, trop souvent pour le pire ;

 

 * en ce qui concerne l'endettement, c'est moins celui des États qui m'inquiète que l'endettement total des pays membres de la zone euro :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

L’hétérogénéité structurelle de la zone euro

 

Mais le principal problème structurel de la zone euro est que, conformément aux travaux d'économistes comme Paul Krugman, l’hétérogénéité d’une Union monétaire augmente après sa constitution. C'est clairement ce qui s'est passé avec la zone euro, puisque l'introduction d'une monnaie unique a conduit à une spécialisation productive différente des pays, à la divergence des niveaux de productivité et de revenu, à une recomposition de la géographie industrielle, etc. Tout cela a pu durant un temps être caché par la hausse de l'endettement, mais la crise de 2008 a fait tomber les masques...

 

Dès lors, l'UE se devrait d'être fédérale, afin d'assurer la redistribution de revenus des régions plus riches vers les régions plus pauvres à la faveur d'un budget fédéral autrement plus fourni que l'actuel budget communautaire qui ne pèse guère qu'un pourcent du PIB de l'UE. On ne peut d'ailleurs pas dire que la proposition française de créer un budget propre à la zone euro ait été mieux accueillie, d'autant qu'après de multiples rinçages politiques il n'en reste plus grand-chose de tangible. Mais même si ce budget était conséquent, je suis de moins en moins convaincu que l'on pourrait réussir à corriger le haut niveau d'hétérogénéité atteint au sein de la zone euro...

 

L'impossibilité de corriger les différentiels de compétitivité-coût au sein de la zone euro

 

Avant la mise en place de la monnaie unique, les problèmes de compétitivité-coût pouvaient se régler par un mécanisme de marché simple : le taux de change. Mais depuis, puisque par définition toute dévaluation monétaire est impossible, les gouvernements utilisent d'autres moyens :

 

 * la dévaluation interne : également appelée ajustement nominal, elle consiste en une baisse de coûts salariaux et des prix dans le but d'améliorer la compétitivité d'un pays. Selon la théorie, comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et la compétitivité s'améliore à l'export. Mais, ce remède de cheval conduit le plus souvent à l'effondrement de la demande des ménages en raison de la baisse des salaires réels. Cela débouche alors sur une compression de l'activité à court terme et donc sur une hausse du chômage.

 

 * la dévaluation fiscale : il s'agit d'une substitution d'impôt censée produire les mêmes effets qu'une dévaluation monétaire. On pense notamment à la TVA sociale (qui n'a de social que le nom), qui consiste à basculer sur la TVA une partie des cotisations sociales patronales, de sorte que la TVA augmenterait et le coût du travail baisserait. Or, en pratique, lorsque la TVA augmente c'est le pouvoir d'achat des ménages qui est amputé, car les vases communicants ne fonctionnent jamais aussi parfaitement...

 

Bref, l’ajustement de la compétitivité-coût repose surtout sur les pays en difficulté, à qui l'on enfonce encore un peu plus la tête sous l'eau, ce qui rejaillit sous forme de conflits sociaux et d’extrémismes politiques... Rien d'étonnant alors de voir resurgir des formes de nationalismes économiques (et politiques), comme je l'ai expliqué dans ce billet. Face à la colère sociale qui gronde partout en Europe - et dans le monde -, la réponse des gouvernants semble se résumer à un détonant cocktail de libéralisation et de répression ! La violente réponse apportée par le gouvernement Macron à la crise des gilets jaunes en est d'ailleurs la preuve patente !

 

Après les élections européennes de 2019, qui n'ont au fond rien apporter d'autre que des postes à ceux qui en demandaient, il est désormais de bon ton de laisser croire que tous les problèmes de l'UE - et partant de la zone euro - vont se régler par un green deal... Hélas, au vu du degré d'exaspération des citoyens, la seule inconnue reste le moment où la révolte générale se déclenchera. À moins qu'une crise économique ne coule la zone euro avant...

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8 janvier 2020 3 08 /01 /janvier /2020 15:26

 

 

La Chine, longtemps conquérante sur le plan économique, subit depuis quelque temps des vents contraires. Dans un précédent billet, j'avais expliqué comment se calcule la croissance potentielle et je vais donc me servir de ces éléments pour étudier l'économie chinoise.

 

Évolution de la croissance en Chine

 

La croissance en Chine s'affaiblit ces dernières années :

Infographie: La croissance chinoise au plus bas depuis 1990 | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

Rappel sur la croissance potentielle

 

Pour ceux qui auraient la flemme de relire mon billet sur la croissance potentielle, je vous rappelle que celle-ci peut être définie comme la croissance réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles.

 

En partant de l'identité suivante Y = P.N où Y désigne le PIB, P la productivité par tête et N  l'emploi, on en déduit que la croissance potentielle est liée aux gains de productivité par tête et à la croissance de la population active.

 

Évolution des gains de productivité en Chine

 

L'économie chinoise, tout comme les autres pays développés du monde, se transforme en une économie de services :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Or, les échanges de services sont de beaucoup plus petite taille que les échanges de biens et la productivité du travail est en général bien plus élevée dans l'industrie. Rien d'étonnant donc à ce que l'on assiste à un recul des exportations, amplifié par les mesures protectionnistes de Trump :

 

 

[ Source : BBC ]

Au total, on assiste à un freinage de la productivité par tête :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Évolution de la population active en Chine

 

Le vieillissement de la population en Chine est déjà bien entamé et il conduira inévitablement à un recul de la population en âge de travailler :

 

 

[ Source : Chine-magazine.com ]

 

Croissance potentielle de la Chine

 

Au total, la croissance potentielle de la Chine s'affaiblit et devrait être inférieure à 4 %, ce qui va poser de sérieux problèmes sociaux et politiques dans un pays qui a construit sa domination économique sur une croissance forte. D'autant plus que le rééquilibrage de son modèle de croissance, pour l’instant basé encore essentiellement sur les exportations, et qui devrait à terme donner plus d’importance à la demande intérieure, prend du temps.

 

Pour faire face à ce ralentissement, Xi Jinping a annoncé au mois de décembre une baisse des droits de douane pour soutenir la demande intérieure, un programme pour l'emploi et un plan d'investissement. Bref, le gouvernement chinois a décidé de revenir au bon vieux plan de relance par la dépense publique, au moment où l'endettement public, mais surtout privé, est déjà stratosphérique... Au surplus, la guerre commerciale déclarée par Trump à la Chine aura d'une certaine façon servi de catalyseur au changement, puisque le timonier chinois a engagé son pays à marche forcée vers l'industrie et les services du futur.

 

Mais il est vrai qu'en Chine, une croissance forte est avant tout une question de survie politique pour le timonier en chef !

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30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 12:52

 

 

Après avoir commencé avec le mouvement des gilets jaunes et le grand déba(llage) national, l'année 2019 s'est achevée sur une contestation massive de la réforme des retraites et de nombreux mouvements de grève. C'est que malgré l'ampleur de la crise sociale et politique, le gouvernement s'enferre délibérément dans une stratégie néolibérale proche de celle décrite par Walter Lippmann, qui assume la substitution de l'expertocratie à la démocratie. L'année 2020 va dès lors commencer sous de mauvais auspices en France...

 

Mais revenons un instant encore sur l'année 2019, riche en événements économiques et sociaux, d'où mes nombreuses analyses dont vous trouverez les liens dans le tableau ci-dessous. Pour finir ce billet, je vous proposerai comme chaque année quelques éléments de prospective, exercice hautement périlleux en économie...

 

Retour sur l'année 2019

 

Commençons donc par un petit retour en arrière sur mes billets de l'année 2019. Tous les liens sont actifs, il vous suffira donc de cliquer sur le billet de votre choix pour le lire ou le relire, c'est selon !

 

Janvier Février

 

Le référendum d'initiative citoyenne (RIC)

Crise des gilets jaunes : mon décryptage dans le Républicain Lorrain

Apprendre l'économie à Sarreguemines

Grand déba(llage) national : la question des dépenses publiques

 

Le partage des revenus au détriment des salariés

Les pays émergents ne sont plus compétitifs en termes de coûts de production

Les causes économiques de la crise sociale en France

L'impôt de solidarité sur la fortune (ISF)

Mars Avril

Les conséquences du passage à une économie de services

CDD : de plus en plus nombreux et de plus en plus courts

Crise économique en vue dans la zone euro

Chômage : la calvaire des plus de 50 ans

 

 

La pauvreté dans un pays riche comme la France

Fiscalité et dépenses publiques : ce que la restitution du grand débat ne dit pas...

L'économie allemande dans la tourmente

L'illusion d'un marché du travail européen unifié

Macron conserve son cap économique... pour le pire !

 

Mai Juin

 

Économie de la zone euro : ô rage ! ô désespoir !

Le dogme de la concurrence tue l'Europe !

Le temps de travail en France

La stratégie économique de Macron après les élections européennes...

 

Trump, la Chine et l'économie américaine...

La classe moyenne : un rêve de plus en plus inaccessible

Les taux d'intérêt très bas

La politique économique du Japon

Juillet Août

 

Libra : la monnaie de Facebook

Le hasard et les hypothèses en statistique

 

Les vraies motivations de la Banque centrale européenne

Mercantilisme et colbertisme

Septembre Octobre

 

Cafet'éco à Sarreguemines !

Baisse du chômage : en route vers la crise sociale ?

Aide aux devoirs à Forbach

Politique monétaire de la BCE : dernière tentative désespérée avant la crise ?

 

Impôts, salaires, retraites, pouvoir d'achat : un trop-plein d'inégalités ?

Du système monétaire de Bretton Woods à nos jours

La croissance sera faible dans la zone euro et les difficultés nombreuses

Impôts et redistribution

Novembre Décembre

 

L'Italie peut-elle faire défaut sur sa dette ?

La pauvreté en France s'aggrave !

Ciné-débat à Sarreguemines : la crise grecque !

Non, la Grèce ne vas pas mieux !

 

Une réforme des retraites mauvaise et injuste !

Réforme des retraites : une idéologie destructrice !

Joyeux Noël

 

Et en 2020 ?

 

Selon les prévisions de la Banque mondiale, confirmées par quasiment toutes les institutions qui font de la prospective, la croissance mondiale devrait fléchir :

 

 

[ Source : Banque mondiale ]

 

La zone euro n’échappera pas à l'atonie de l'activité, la Commission européenne évoquant même "une route qui s'annonce difficile" dans ses prévisions économiques de l'automne 2019 :

 

 

[ Source : Commission européenne ]

 

En tout état de cause, la faiblesse des compétences de la population active ainsi que son vieillissement, la désindustrialisation, l'insuffisance d'investissement dans les technologies pèsent lourdement sur la croissance potentielle de la zone euro. L'Allemagne, en particulier, va connaître des jours difficiles dans l'industrie, car les facteurs favorables au mitan des années 2000 à son économie tournée vers les exportations sont devenus des faiblesses structurelles une décennie plus tard. Quant à l'économie française, n'en déplaise à Emmanuel Macron, elle vivote malgré sa poudre de perlimpinpin qui aura juste servi à soutenir quelque peu les chiffres de l'activité à très court terme...

 

On pourra m'objecter à juste titre que la croissance n'est pas le meilleur indicateur de bonne santé d'une économie, mais sa stagnation (ou son recul) a le mérite de montrer l'énorme danger qui pèse sur des économies droguées à la hausse du PIB... Qu'on se le dise une bonne fois pour toutes : nous n’assistons pas à un simple ralentissement économique, mais à une remise en cause profonde d'un système économique qui a fait des questions sociales un simple corollaire des choix économiques ! Hélas, outre le gouvernement, de nombreux décideurs économiques n'ont toujours pas compris les enjeux actuels et s'évertuent dès lors à proposer des rustines pour prolonger encore un peu ce système, dont une infime minorité profite au détriment d'une majorité trop longtemps restée silencieuse.

 

D'aucuns prétendent, horresco referens, que la baisse du taux de chômage est tout de même bien une preuve que l'économie repart, en particulier en France. Pourtant, comme je ne cesse de le répéter à mes étudiants, commenter l'évolution du taux de chômage sans dire un mot sur le taux d'activité, le chômage de long terme et la qualité des emplois, n'est que logorrhée. Dans les conditions actuelles de fonctionnement du "marché du travail", j'avais montré dans ce billet que le plein-emploi est loin de se confondre avec un taux de chômage très bas, surtout si ce dernier est obtenu au prix d'une austérité salariale (avec hausse du nombre de travailleurs pauvres), d'une dégradation des conditions de travail et d'une perte de sens...

 

Quant au monde financier - actuellement dopé par les taux d'intérêt historiquement faibles qui démontrent au passage que l'économie européenne est en déflation -, il porte en lui les germes de la prochaine crise d'ampleur. En effet, les taux d'intérêt ne représentent aujourd'hui plus rien de concrets, en tout cas pas le risque réel des actifs, ce qui conduit à la formation de bulles et à une prise de risque accrue des investisseurs. Et je ne parle même pas des créances douteuses qui grèvent les bilans bancaires... En ce qui concerne l'endettement, public certes mais aussi et surtout privé, il atteint des niveaux extrêmement dangereux un peu partout dans le monde sans que cela n'émeuve plus personne... La Chine est d'ailleurs l'archétype du pays qui cumule endettement massif, crise économique, bulle immobilière et tout un tas d'autres problèmes qui pourraient créer une onde de choc mondiale...

 

Enfin, n'oublions pas que nous ne sommes jamais à l'abri d'un cygne noir, tant les fragilités économiques et sociales sont nombreuses...

 

Sur ce, je tiens à vous remercier chers lecteurs pour votre fidélité et vous prie de recevoir mes meilleurs vœux (l’indispensable santé en premier) pour cette année 2020 ! Merci pour vos commentaires, partages, liens et encouragements, qui me touchent et m'incitent à continuer mes analyses sur ce blog malgré le temps qui me fait cruellement défaut...

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22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 11:10

 

 

Décidément, les Fêtes de fin d'année ne sont plus ce qu'elles étaient ! Outre que l'aspect commercial s'est substitué à toute autre considération - mais ceci est déjà un lieu commun depuis longtemps -, on assiste paradoxalement à une quasi-disparition de la féerie de Noël dans les entreprises.  Même au sommet de l'État, la magie (de Noël) n'est invoquée que lorsqu'il s'agit d'appeler les grévistes de la SNCF à reprendre le travail. Tout cela n'est au fond que l'aboutissement des incantations néolibérales du gouvernement, qui ont conduit le pays à s'enfoncer dans une crise sociale et politique majeure, dont  le mouvement des gilets jaunes n'est peut-être que la face émergée de l'iceberg néolibéral européen...

 

L'austérité salariale érigée comme programme

 

Dans ce billet, j'avais montré que depuis deux décennies, le partage des revenus au sein de la zone euro se déforme structurellement en faveur des entreprises et donc au détriment des salariés :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

C'est le résultat de politiques économiques exclusivement axées sur l'offre qui, au nom de la compétitivité des entreprises, ont feint d'oublier que le salarié était avant tout un être humain vivant en société et soucieux d'avoir une existence digne (absence de précarité salariale, filet de Sécurité sociale...). Au surplus, la concurrence entre entreprises et entre pays fut érigée en principe cardinal au sein de l'UE, pour le pire et rarement le meilleur...  En effet, outre que la notion même de marché du travail est contestée par de nombreux économistes à la suite de Keynes, j'ai montré dans ce billet que c'est l'hétérogénéité qui domine en la matière au sein de la zone euro et que celle-ci charrie des catastrophes humaines et sociales.

 

Actuellement, on sent monter un peu partout en Europe (et dans le monde...) l'envie de rééquilibrer ce système socio-économique délétère, ce qui ne manquera pas de créer les conditions d'une crise financière, puisque les profits actuels de la finance sont dans une très large mesure liés à l'exploitation des entreprises et de ceux qui y travaillent.

 

Certes, l'exploitation a été longtemps déniée par les politiciens, à l'image de François Rebsamen ("l'on ne peut pas poser comme point de départ que le contrat de travail est une subordination") et bien sûr d'Emmanuel Macron ("Moi j'adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible"). Pis, au mot salarié s'est substitué abusivement - mais à dessein ! - le terme de collaborateur. Mais depuis la condamnation des dirigeants de France Télécom, on sait ce que représentaient lesdits collaborateurs pour une direction qui paradoxalement prétendait s'occuper des "ressources humaines", termes staliniens s'il en est...

 

La mobilité sociale en panne

 

J'avais montré dans ce billet que l'ascension sociale vers la classe moyenne est devenue très difficile voire inaccessible au sein de l'OCDE, et en particulier en France où cette classe moyenne représente depuis très longtemps un idéal (Cf. Tocqueville) en raison de l'aspiration à l'égalité. Vivre correctement même sans luxe est devenu de plus en plus difficile, ne serait-ce qu'en raison de la précarisation de l'emploi, de la baisse des salaires et de la hausse des prix de l'immobilier (l'accession à la propriété est pourtant souvent vu comme le symbole d'appartenance à la classe moyenne), des prix de la santé et de l'éducation.

 

Le graphique ci-dessous résume à peu près tout le problème, puisqu'il montre le nombre de générations qu'il faudrait aux descendants d'une famille située dans le décile inférieur (10 % les plus pauvres) pour atteindre le revenu moyen dans la société :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Oui, vous avez bien lu : il faut plus de 6 générations en France à une personne du bas de la distribution des revenus pour en atteindre la moyenne ! L'exemple américain, où les personnes faiblement qualifiées semblent condamnées aux emplois peu qualifiés à salaires faibles, devrait nous faire réfléchir en Europe. Faut-il en effet rappeler que l’élection de Donald Trump ne doit rien au hasard ?

 

Hélas, dans une logique néolibérale proche de celle décrite par Walter Lippmann, l'oligarchie politique s'est accrochée à la chimère d'un monde gouverné par des experts, seuls capables de comprendre les règles économiques universelles immuables, qui rendent de facto inutiles la confrontation de projets de sociétés différents, et subséquemment les débats contradictoires dans le cadre de l'agon, bien qu'ils soient depuis plus de deux millénaires l'essence même de la démocratie.

 

Joyeux Noël tout de même !

 

Sur ce constat, je vous souhaite tout de même un joyeux Noël et vous retrouve la semaine prochaine pour le dernier billet de l'année 2019 !

 

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Et comme il est toujours bon d'enfoncer une porte ouverte quand tout le monde la voit fermée, n'oubliez pas que le plus beau cadeau de Noël que vous puissiez faire aux autres est votre présence !

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14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 13:50

 

 

Dans mon précédent billet, j'avais présenté le système de retraite français et donné quelques clés pour comprendre la réforme souhaitée par le gouvernement. On ne sait d'ailleurs plus si cette réforme correspond dans les termes à celle voulue par Emmanuel Macron ou s'il s'agit d'une version modifiée par Édouard Philippe, d'où un flou artistique supplémentaire. Aujourd'hui, je m'attarderai sur les annonces faites par le Premier ministre, qui témoignent d'une volonté de passer en force et d'une méconnaissance des réalités sociales, à moins que ce ne soit simplement le parachèvement d'une politique néolibérale entamée en 2017...

 

Les annonces du Premier ministre

 

Cette vidéo résume en moins de 3 minutes l'essentiel de ce qu'il faut retenir des annonces d'Édouard Philippe, faites  devant le Conseil économique, social et environnemental (CESE) :

Ainsi, le gouvernement veut absolument créer un régime universel de retraite, qui se substituerait aux 42 régimes actuels. Mais contrairement à une idée reçue, cela ne signifie en rien la disparition de certains régimes dérogatoires, les policiers, entre autres, ayant déjà obtenu quelques garanties de ce côté-ci... Mais comme l'explique Daniel Cohen dans une vidéo à voir en bas de cet article, ce n'est pas parce que cette réforme se veut universelle qu'elle est forcément juste. Au contraire, elle va faire un grand nombre de perdants, qui n'auront que faire des arguments d'universalisme ! Quant au siphonnage des caisses de retraite autonomes, à l'instar de celle des professions libérales, le gouvernement semble avoir abandonné cette idée explosive.

 

En ce qui concerne l'âge de départ en retraite, il est prévu de l'augmenter à 64 ans au moyen d'un mécanisme appelé âge pivot. En pratique, il s'agit d'appliquer un malus sur la valeur du point en cas de départ à la retraite avant 64 ans et un bonus pour ceux qui accepteraient de travailler après 64 ans. Et pour mieux faire passer la pilule, l'âge pivot devient un "âge d'équilibre" dans la bouche du Premier ministre, qui envisage de l'appliquer à partir de 2027, histoire d'anesthésier les critiques pendants quelques années... C'est cette ligne rouge de l'âge de départ qui a été franchie selon la CFDT, alors même que la centrale syndicale était jusque-là le seul soutien du gouvernement !

 

Enfin, la question de l'évolution du point reste floue, dans la mesure où aucun engagement ferme ne semble avoir été pris pour en faire évoluer la valeur en fonction du salaire moyen. Tout au plus le gouvernement a-t-il évoqué une indexation progressive, qui laisse planer des doutes sérieux. Ce d'autant plus que le Premier ministre a parlé d'une loi "pour que la valeur des points acquis ne puisse pas baisser"... Pourtant, nous gardons tous à l'esprit cette déclaration devenue célèbre de François Fillon :

Quant à la retraite minimum pour une carrière complète, Édouard Philippe ratisse gratis en évoquant 85 % du SMIC, puisque dans la loi réformant la retraite en 2003, on pouvait lire : "La Nation se fixe pour objectif d'assurer en 2008 à un salarié ayant travaillé à temps complet et disposant de la durée d'assurance nécessaire pour bénéficier du taux plein un montant total de pension lors de la liquidation au moins égal à 85 % du salaire minimum de croissance net lorsqu'il a cotisé pendant cette durée sur la base du salaire minimum de croissance". Bref, avec cette promesse, le gouvernement ne ferait qu'appliquer une loi vieille de deux décennies !

 

Une transition délicate

 

La transition entre le système actuel et le faux régime universel façon Macron sera à l'évidence compliquée. Face aux critiques, c'est un euphémisme, le gouvernement ne prévoit d'appliquer la réforme qu'à compter de 2037 (personnes nées après 1975) suivant un calendrier qui tient de l'usine à gaz :

 

Calendrier de la réforme des retraites selon l'âge de naissance des personnes

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Les retraites comme variable d'ajustement budgétaire

 

Au lieu de créer un système universel de retraite (sic), la réforme se veut en fait une standardisation des retraites quelle que soit la situation réellement vécue par le travailleur. À bien y regarder, elle consiste surtout à rendre le système actuel moins généreux au nom de l’indispensable lutte contre les 17 milliards d'euros de déficit potentiel du système par répartition actuel en 2025, sachant que la France est l'un des pays de l'UE qui dépense le plus (en % du PIB) pour les retraites (12 %). Pourtant, et il faut le marteler, l'argument est fallacieux :

Il s'agit ni plus ni moins que de faire des retraites une variable d’ajustement des finances publiques, parachevant de la sorte l'évolution de notre État social vers un État néolibéral. L'État aurait la mainmise sur l'ensemble de la protection sociale, mais confierait bon prince aux partenaires sociaux la tâche de remettre les comptes du régime de retraite à l'équilibre.

 

Il leur concède également le soin de fixer la valeur du point mais "sous le contrôle du Parlement", ce qui en dit long sur le paritarisme version Macron, d'autant que l'introduction d'un âge pivot met à mal l'argumentaire d'une valeur unique du point. Et pour diviser le front social, le gouvernement relèvera la pension minimum de retraite à 85 % du SMIC, ce qui semble avoir satisfait les agriculteurs, mais n'est rien d'autre qu'une mise en conformité avec la loi comme je l'ai expliqué plus haut.

 

Quant aux précaires, ils sont déjà perdants à la suite de la réforme de l'assurance-chômage et voilà qu'ils vont encore y laisser des plumes à la retraite, puisque seules les périodes de chômage indemnisées permettent d’engranger des points. Les enseignants, de leur côté, seront dépendants d'une revalorisation à définir de leur rémunération, afin de tenir compte du niveau de prime plus faible qui leur est versé et dont le montant sera après la réforme inclus dans le calcul de leur retraite. Bref, une usine à gaz.

 

Enfin, pour vous faire une idée plus précise, je vous propose les analyses de grands économistes :

 

 * la première de Thomas Piketty

 * la seconde de Daniel Cohen, qui rappelle que ce n'est pas parce que cette réforme se veut universelle qu'elle est forcément juste

En définitive, malgré les mises en garde des quatre économistes qui ont inspiré le programme du candidat Macron en 2017, le gouvernement a choisi de poursuivre dans la logique de son idée, ce qui selon Hannah Arendt est la définition même de l'idéologie. Cela achève de démontrer le peu de cas qui est fait de la concertation démocratique, alors même que le gouvernement se réfère ad nauseam à la réforme des retraites dans les pays nordiques, dont il y aurait du reste beaucoup à dire...

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du Huffington Post.

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3 décembre 2019 2 03 /12 /décembre /2019 15:51

 

 

Au vu de la grève massive qui se profile le 5 décembre, il m'a semblé utile d'apporter ma contribution au débat, d'autant que j'avais récemment écrit sur la pauvreté en France et la situation catastrophique des chômeurs de plus de 50 ans. Bien entendu, il ne peut s'agir d'être exhaustif - le sujet est bien trop vaste et technique pour tenir tout entier en un article de blog -, mais juste de donner des éléments clés.

 

Une présentation globale du système de retraite français

 

Plutôt qu'un long discours, voici une petite vidéo qui résume bien le fonctionnement du système de retraite par répartition et ses problèmes :

Régime par répartition vs régime par capitalisation

 

Le système français de retraite fonctionne par répartition, c'est-à-dire que les cotisations versées par les travailleurs et employeurs aux caisses servent à payer les pensions de retraite. Autrement dit, ce système repose sur la solidarité entre générations et la mutualisation. Face aux difficultés rencontrées pour équilibrer les régimes par répartition, certains préconisent alors le passage à un régime par capitalisation, dans lequel les cotisations font l’objet de placements financiers ou immobiliers, dans un cadre individuel ou collectif ; ce sont ces placements et leurs revenus qui servent dans ce cas à verser une pension de retraite.

 

Or, ce serait tout d’abord oublier un peu vite que le système par répartition a été bâti sur la solidarité entre les générations, avec un ensemble de filets de sécurités que la capitalisation n’offre pas. Qu'il suffise de se souvenir des grandes faillites d'entreprises aux États-Unis, qui ont réduit à néant tant de plans de retraite par capitalisation détenus par les ménages ! À chaque crise (boursière ou économique), les très nombreux salariés qui cotisent dans des fonds de pension - essentiellement des fonds à cotisations définies comme les célèbres 401k - y laissent leurs plumes... De plus, la retraite par capitalisation ne résout en rien le problème démographique (16 millions de retraités pour près de 28 millions d’actifs en France), qui se traduit inéluctablement par une baisse tendancielle du ratio cotisants/retraités. Quel que soit le régime de retraite (répartition ou capitalisation), ce sont toujours les revenus des actifs de l'année N qui financent les revenus des retraités de l'année N.

 

La réforme Macron

 

Jean-Paul Delevoye, conformément à la feuille de route fixée par le Président de la République, a préconisé de conserver le régime par répartition, pour en faire à l’horizon 2025 un régime universel par points où chaque euro cotisé ouvrirait les mêmes droits. En particulier, les 42 régimes de retraites actuels seraient fondus dans un régime universel où le point serait indexé sur la dynamique des salaires et non l’inflation.

 

 

[ Source : Ouest France ]

 

Cocorico ? Hélas, sous couvert d'universalisme, cette réforme cache des intentions bien moins nobles...

 

Pourquoi la réforme est-elle injuste ?

 

Disons-le d'emblée : personne ne nie la nécessité de rendre le système des retraites plus lisible, mais pas dans la précipitation, d'autant que nous disposons de temps pour bien faire, comme je vais le montrer. Hélas, au lieu de créer un système universel de retraite (sic), la réforme se veut en fait une standardisation des retraites quelle que soit la situation réellement vécue par le travailleur. À bien y regarder, elle consiste surtout à rendre le système actuel moins généreux au nom de l’indispensable lutte contre les 17 milliards d'euros de déficit du système par répartition actuel, sachant que la France est l'un des pays de l'UE qui dépense le plus (en % du PIB) pour les retraites (12 %). Pourtant, l'argument est fallacieux :

Il s'agit ni plus ni moins que de la politique des caisses vides, traduction euphémisée de la politique néolibérale « starve the beast » (« affamer la bête ») , comme le rappelle avec brio Bruno Amable. En pratique, c'est le traditionnel argument du trou de la Sécu, qui permet de faire passer dans l'opinion publique la nécessité d'une réponse forte et courageuse consistant à réduire les dépenses tout en baissant parallèlement les recettes (les cotisations et impôts), car les prélèvements obligatoires sont réputés inutiles. Bref, on affame la bête jusqu'au point où elle n'est plus capable d'avancer. Il devient alors facile de justifier la mise en coupe réglée ou la privatisation de la Sécu, en affirmant qu'il s'agit là du seul viatique... Voilà comment on met à mort une construction sociale majeure, la Sécurité sociale, en s'attaquant méticuleusement à chaque branche. 

 

Quant aux perdants du système dit universel, ils risquent d'être nombreux, même si le site mis en place par le gouvernement tente désespérément d'affirmer le contraire :

 

 

[ Source : Le Parisien ]

 

Ce d'autant plus que la réforme cherche à gommer les différences d'espérances de vie (en bonne santé) entre les travailleurs et laisse à penser que les plus de 50 trouveront facilement du travail jusqu'à plus de 64 ans !

 

En définitive, le principal changement avec cette réforme sera l’ajustement du niveau des nouvelles pensions aux recettes afin d’en assurer l’équilibre, ce qui revient à faire des retraites une variable d’ajustement des finances publiques. Par ailleurs, l'État aura la haute main sur ce nouveau régime de retraite, dont il pourra faire varier la valeur du point à sa discrétion. Et tout cela au nom du progrès. Bienvenue dans le monde orwellien de la macronie !

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du Huffington Post.

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