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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 19:35

 

Lors de mes conférences et cafés économiques, je cherche avant tout à donner aux auditeurs des clés pour comprendre et analyser le monde économique, afin d'échapper à la pensée unique qui poursuit ses ravages malgré la crise ! C'est pourquoi, j'ai proposé à l'Université Populaire Transfrontalière (UPT) de Forbach un module d'économie ouvert à tous sans connaissances préalables, qui vogue désormais vers un 2nd semestre...

 

Cette initiation à l’analyse économique se fait sous une forme claire et accessible, dont l’humour n’est pas exclu. Une fois par mois, le mardi, nous passerons ainsi 1h30 à poursuivre notre décryptage des grands mécanismes économiques afin de mieux suivre les débats actuels qui, dans une démocratie véritable, ne doivent plus rester entre les mains d'une petite minorité "d'experts médiatiques".

 

Ce second semestre nous amènera, en fonction de l'actualité et des auditeurs, à traiter de questions et de thèmes variés : les impôts peuvent-ils baisser ? La mondialisation profite-t-elle à tous ? Pourquoi la crise n’est-elle toujours pas finie en Europe ? La croissance peut-elle résoudre tous les problèmes ? Comment se financent les ménages et les entreprises ? La Chine est-elle en crise ? La compétitivité des entreprises est-elle la clé de l'emploi ? Que font les banques avec notre argent ? Qu'est-ce qu'une monnaie ?

 

Les cours sont prévus aux dates suivantes : les mardis 8 mars, 19 avril, 3 mai, 31 mai  et 7 juin de 18h30 à 20h00. L'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Les inscriptions se font auprès de l'UPT :

 

Université Populaire Transfrontalière de Forbach

15 rue du Parc

57600 Forbach

  Tél : 03 87 84 59 67

Email : upt.vhs@wanadoo.fr 

 

N.B : en complément de ce cours, je me propose de continuer à décrypter l'économie dans le cadre de mes conférences à l'UPT de Forbach. Comme les autres années, les sujets sont abordables par tous et ne nécessitent aucune connaissance particulière. La prochaine conférence est prévue le mardi 22 mars à 19h, je vous informerai très prochainement du sujet retenu.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 12:20

 

 

Si vous vous intéressez à l'économie et que vous disposez d'un peu de temps, ce qui suit vous intéressera certainement ! En effet, après le franc succès du 1er semestre, je propose de poursuivre au second semestre la cafet'éco à l'Université Populaire de Sarreguemines, toujours placée sous le signe de la convivialité.

 

Cafet'éco à Sarreguemines

 

Il s'agit en fait de deux cours, l'un d'initiation et l'autre d'approfondissement, qui se tiendront dans la cafétéria du Pôle école de Sarreguemines, un mercredi dans le mois en moyenne à 18h30. D'une durée d'1h30, l'ambiance de travail sera comme à mon habitude décontractée et en rien scolaire : grâce au document récapitulatif que je fournis au début de chaque séance, chacun peut choisir de prendre quelques notes, participer en posant des questions, ou simplement écouter !

 

Les thèmes sont bien entendu amenés à évoluer avec l'actualité, c'est pourquoi l'année dernière je n'ai cessé de modifier mes sujets en raison de la crise grecque, de la loi Macron, de la crise en Chine, du plan d'investissement européen, etc. Je mets toujours un point d'honneur à fournir aux auditeurs, débutants ou non, les derniers développements sur la question, afin qu'ils puissent aborder les grands débats économiques avec le recul et les outils nécessaires.

 

Il est à noter qu'il n'y a pas de brochure imprimée pour le second semestre, mais vous trouverez toutes les dates sur le site de l'UPSC. En bref, la cafet'éco découverte de l'économie se tiendra les mercredis 24 février, 30 mars, 11 mai et 25 mai 2016 de 18h30 à 20h00, tandis que la cafet'éco approfondissement se déroulera les mercredis 9 mars, 20 avril, 18 mai et 1 juin 2016 de 18h30 à 20h00.

 

Une brève histoire des faits économiques

 

En complément de ces cours que je dispense depuis 6 ans, j'ai voulu prendre un peu plus de champ cette année, et j'ai donc créé un cours d'histoire des faits économiques, qui a eu un gros succès et je m'en réjouis ! Comprendre le présent en s’appuyant sur l’histoire économique, telle est la modeste ambition de ce cours. La crise économique que nous traversons est, en effet, une invitation à analyser l’évolution des structures économiques à travers l’histoire, afin d’en tirer des leçons pour nos sociétés modernes.

 

Au 1er semestre, nous avons ainsi étudié l'économie des grands empires, depuis Sumer jusqu'à la Rome antique, en passant bien entendu par la Grèce. A chaque fois, j'ai fait des parallèles avec la situation économique actuelle, afin de montrer aux auditeurs la pertinence ou  non des réponses apportées par les Anciens aux questions de dette publique (évergétisme, interdiction,...), d'inflation, de redistribution des terres (les Gracques), de déficit de la balance commerciale, etc.

 

Le second semestre sera, quant à lui, consacré à l'évolution économique du monde féodal à nos jours ; il sera donc question de servage, de révolution industrielle, d'étalon-or, de Bretton Woods, etc. Ce cours se tiendra les mardis 15 mars, 26 avril, 10 et 24 mai 2016 de 18h30 à 20h00. 

 

Renseignements et inscriptions

 

Les inscriptions à ces différents cours se font directement auprès de l'UPSC :

 

Université Populaire Sarreguemines Confluences

Place Jeanne d'Arc

57200 Sarreguemines

  Tél : 03 87 09 39 81

Email : upsc@wanadoo.fr

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 11:11

 

 

Après mon analyse sur la crise chinoise et ses conséquences, je vais consacrer le billet d'aujourd'hui aux monnaies locales. J'ai déjà souvent évoqué ce sujet, ne serait-ce que lors d'une conférence spéciale à la médiathèque de Forbach l'année dernière, mais Nicole, une amie que j'apprécie, m'a demandé d'y revenir suite à la diffusion du film Demain,où il était question de l'introduction d'une monnaie locale en Angleterre.

 

Le film demain

 

Bien que le film soit plutôt orienté vers la sauvegarde des écosystèmes, les réalisateurs ont cherché à présenter comment s'articulent les dimensions écologiques, énergétiques, politiques et économiques dans des expériences réussies. 

 


Demain: Trailer HD par cinebel

 

En particulier, l'une d'entre elles consistait à revivifier le tissu économique d'une ville d'Angleterre en introduisant une monnaie locale.

 

Une monnaie, c'est quoi ?

 

Pour faire simple, les économistes considèrent qu'une monnaie doit, au moins, avoir les trois fonctions suivantes :

* fonction de facilitation des échanges : cela signifie qu'elle permet de payer ses achats lors d'une transaction sans recourir au troc.

* fonction de réserve de valeur : la monnaie peut être épargnée sans perdre de sa valeur (en excluant l'inflation et la perte de cours légal comme pour le Franc depuis 2002). Elle permet donc de reporter du pouvoir d'achat dans le temps.

* fonction d'étalon : la monnaie permet de jauger la valeur d'un produit quelconque.

Cependant, la monnaie peut aussi avoir des fonctions autres qu'économiques : l'attachement d'un peuple à sa monnaie relève autant d'un aspect socio-culturel que psychologique.

 

Contrairement à une idée reçue, l'essentielle de la création monétaire n'est pas le fait de la Banque centrale, mais des banques commerciales qui, sans aucune contrepartie (on dit ex nihilo dans le jargon), créent de la monnaie simplement en accordant un crédit à l'un de ses clients.

 

Ceux qui cherchent à mieux comprendre ces mécanismes économiques essentiels au fonctionnement de l'économie (création monétaire, fonctionnement et régulation bancaires, crise, dette publique, inflation/déflation, croissance, etc.), pourront utilement se reporter au livre que je ferai paraître début avril et dont je vous reparlerai en temps voulu...

 

Les monnaies locales

 

Ces dernières années, de nombreuses monnaies locales - également appelées monnaies complémentaires - ont pris leur essor, comme en témoigne la petite vidéo pédagogique ci-dessous :

 

 

Celles-ci cohabitent avec la monnaie officielle au niveau d'une zone géographique, mais ne constituent - au sens économique - qu'un simple instrument d'échange au sein d'une communauté, que personne n'est obligé d'adopter (elles n'ont donc pas cours légal).

 

Plus précisément, si la première fonction énoncée ci-dessus est commune à la monnaie légale et à la monnaie locale, les deux autres sont souvent loin d'être pleinement réalisées. Dans le cas de la monnaie locale, il n'est en général pas possible de l'épargner, simplement parce qu'aucune institution de type bancaire ne la prend en charge dans son système. Souvent cette monnaie locale perd même de sa valeur si elle n'est pas utilisée pendant un certain temps, afin d'inciter les personnes à échanger.

 

Avantages/inconvénients des monnaies locales

 

Disons-le d'emblée, la finalité d'une monnaie locale n'est pas de concurrencer bêtement la monnaie légale, ne serait-ce que parce qu'elle est en général  créée lorsque les conditions matérielles et financières de l'échange sont dégradées (voir l'expérience de Wörgl en Autriche au début des années 1930).

 

Elle cherche ainsi surtout à répondre à un impératif de solidarité ou éthique, face à un monde où la finance est sans loi (ceux qui pensent le contraire sont priés de réfléchir aux causes de la crise des subprimes...). Dans le cas du film Demain, la monnaie complémentaire sert à développer le tissu économique local d'une ville, afin de ne pas abdiquer tous pouvoirs aux multinationales.

 

Dès lors, c'est bien la fonction de facilitation des échanges qui est primordiale : on crée une monnaie parallèle pour permettre aux gens d'acheter ou de vendre des biens et services locaux pour la plupart, choses qu'ils ne pouvaient plus faire (ou moins bien faire) avec la monnaie légale. Cerise sur le gâteau, certaines monnaies locales sont échangeables contre de la monnaie officielle.

 

En définitive, ces expériences sont la preuve que les citoyens souhaitent ardemment que le système monétaire et financier soit au service de l'économie et pas l'inverse. Pour ce faire, les monnaies locales permettent à un groupement de citoyens géographiquement proches  d'utiliser pleinement les ressources productives existantes, en apportant de l'huile dans les rouages et en encourageant par là même l'achat de biens et de services produits localement.

 

Cependant, il ne faut pas perdre de vue que l'introduction d'une monnaie complémentaire soulève aussi de nombreuses questions : différence d'inflation selon la monnaie, rupture de la chaîne économique possible (si un fournisseur n'accepte pas la monnaie locale tandis que l'entrepreneur local l'accepte), application d'une fiscalité différente que certains peuvent percevoir comme une concurrence déloyale, etc. Or, en économie il n'est déjà pas simple de piloter une monnaie unique comme le montre le naufrage de la zone euro, alors avec plusieurs monnaies locales qui cohabitent...

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article du site http://provenceverte.tv

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 12:06

 

 

Dans un monde économique dominé par des ultralibéraux qui s'ignorent, mais qui n'ont de cesse d'encourager paradoxalement des politiques mercantilistes, il m'a semblé utile de consacrer un billet à l'énorme excédent extérieur de la zone euro.

 

La balance courante de la zone euro

 

Tout d'abord, rappelons que la balance courante est la traduction sous forme comptable des échanges de biens (balance commerciale), de services (balance des invisibles) et les transferts courants (revenus, dons, subventions,…) d'un pays avec l'étranger. Pour le dire autrement et simplement, c'est donc une comptabilisation des exportations moins les importations d'un pays.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Sur le graphique ci-dessus, on constate que de 1999 à 2007, la zone euro avait un déficit extérieur très faible, mais qu'au contraire, depuis 2012, elle a un important excédent de sa balance courante.

 

Sur le plan macroéconomique, il existe une identité comptable entre le solde extérieur et le solde épargne-investissement. D'où l'on déduit qu'entre 1999 et 2007, la zone euro a en moyenne une légère insuffisance d'épargne, tandis que depuis 2012 elle fait face à un énorme excès d'épargne.

 

Pourquoi ce n'est pas une bonne nouvelle

 

Or, contrairement à une idée reçue très répandue, cette situation n'est pas une bonne nouvelle pour l'économie européenne ! En effet, cela signifie deux choses en pratique :

 

 * la zone euro fait face, depuis 2012, à une demande intérieure anémiée ;

 

 * comme l'excédent d'épargne résulte d'une baisse de l'investissement public et privé (voir graphique ci-dessous), se pose un problème de gains de productivité et donc de croissance potentielle ;

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Au reste, un tel excédent doit normalement conduire à une appréciation de l'euro, ou tout du moins freiner sa dépréciation.

 

Comment résorber cet excédent extérieur ?

 

Résorber cet excédent extérieur est donc indispensable pour relancer la demande intérieure de la zone euro. La première façon d'y arriver est évidemment de soutenir  la consommation écologiquement soutenable et surtout l'investissement, puisque cela aura un effet d'entraînement sur la productivité et partant la croissance potentielle de la zone euro. À défaut d'investissements privés, c'est l'investissement public qui est visé, car contrairement à ceux qui affirment que l'État ne doit pas intervenir dans l'économie, c'est le moment où jamais qu'il intervienne, ne serait-ce que parce que les taux d'intérêt à long terme sont très bas et que l'activité privée reste globalement atone.

 

Prendre des mesures d'incitation à l'investissement des entreprises est une excellente idée, à condition qu'il ne s'agisse pas d'un miroir aux alouettes comme le plan Juncker. Il faudrait donc imaginer un dispositif qui prenne appui sur un budget de l'UE autrement plus important que ce qu'il pèse actuellement (environ 1 % du PIB de l'UE)...

 

Quoi qu'il en soit, il faut impérativement que l'épargne surabondante des pays du Nord, phrase diplomatiquement correcte pour viser l'Allemagne, finance des investissements au sein de la zone euro et non ailleurs dans le monde, comme c'est le cas actuellement ! Au demeurant, c'est précisément l'un des facteurs qui me rend très pessimiste sur l'avenir de la zone euro...

 

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin sur ces questions, j'ai consacré plusieurs fiches de mon dernier livre, Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, à ces questions d'importations/exportations, d'épargne de la nation, de compétitivité allemande et de balances courantes.

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 11:06

 

 

Dans mon dernier billet de l'année 2015, je rappelais que la Chine s'enfonce de plus en plus dans une grave crise, que j'avais par ailleurs analysée dans une chronique sur Radio Jerico mi-septembre. Et les nombreuses suspensions de séance depuis quelques jours ne sont du reste que les prémices de ce qui risque d'arriver en 2016...

 

La situation économique en Chine

 

Dans le cadre d'un billet du mois d'août 2015, j'avais réalisé et publié une petite vidéo pour y consigner quelques éléments importants à comprendre sur la crise en Chine. Vous noterez que, pour ne pas rendre la vidéo trop longue, je me suis abstenu d'évoquer à nouveau le surendettement, pour me concentrer sur les autres aspects de cette crise multidimensionnelle, notamment les conséquences de la dépréciation du renminbi.

 


La crise en Chine par Economiste57

 

Quant à ceux qui croient - et certains de mes étudiants en font encore hélas partie ! - que le taux de croissance de la Chine est de 7 %, il devient urgent de comprendre que cela n'est pas possible et que le taux est plus proche de 2,5-3 %... Pour s'en convaincre, il suffit de regarder le recul de la production d’électricité, la chute du fret ferroviaire ou la faiblesse des importations.

 

Toute la question est donc de savoir si le rééquilibrage des composantes de la croissance chinoise se fera en douceur ou à l'arraché (hard landing comme on dit dans le jargon économique). Un début de réponse vient de nous être fourni.

 

D'un krach boursier à l'autre

 

Au mois de juillet 2015, on avait assisté à un retournement spectaculaire du cours des actions sur les marchés chinois, avec une chute moyenne de près de 30 %. Cette chute impressionnante des cours en trois semaines était le résultat des ventes massives d'actions, dues à plusieurs facteurs :

 

 * des doutes sur la poursuite d'une politique monétaire expansionniste. En effet, le gouvernement avait considérablement assoupli sa politique monétaire suite au ralentissement sensible de l'activité dans le pays, ralentissement dont les signes sont déjà visibles sur les exportations chinoises, la production industrielle (en berne) et le prix des matières premières dans le monde (en baisse).

 

 * après avoir encouragé le financement par les marchés financiers (décloisonnement entre les marchés de Hong Kong et de Shanghai, relâchement des conditions d'investissement des sociétés d'assurance, etc.), les autorités chinoises, qui espéraient ainsi que les entreprises nationales puissent obtenir plus de fonds propres et relancer leur activité en berne, ont décidé de juguler la spéculation. Pour ce faire, le régulateur chinois a décidé de durcir les conditions de recours aux opérations sur marge, c'est-à-dire pour faire simple les achats d'actions par endettement. Effet de levier, quand tu nous tiens !

 

 * comme je l'ai déjà expliqué sur mon blog, l'immobilier en Chine est une énorme bulle, qui va exploser très prochainement, d'autant que les prix de l'immobilier ont déjà commencé à baisser. Les investisseurs se sont alors décalés du marché immobilier à celui des actions, soutenus en cela par les taux d'intérêt bas.

 

 * lorsque les investisseurs voient l'indice taper le sommet symbolique de 5 000 points, ils souhaitent réaliser leurs profits. N'oublions pas qu'en Chine, investir en Bourse est un véritable sport national (on évoque souvent 80 % d'investisseurs individuels sur les valeurs cotées en catégorie A !), que les ménages pratiquent volontiers même à crédit... D'où près d'un quart des actions qui s'échangent au moyen d'emprunts contractés par des particuliers, ce qui n'est pas sans rappeler la situation qui prévalait aux États-Unis en 1929 !

 

Dès lors, lorsqu'une mauvaise nouvelle ou une contrainte supplémentaire vient faire douter les investisseurs du potentiel de croissance supplémentaire du marché, certains se mettent à revendre leurs titres, rapidement suivis par de très nombreux autres qui suivent mimétiquement le mouvement : c'est ce qu'on appelle précisément une panique boursière !

 

Les autorités chinoises avaient alors pris tout une série de mesures pour tenter d'enrayer la chute des cours, dont l'interdiction pour les investisseurs étrangers de vendre à découvert dans la catégorie A, l'interdiction pour les investisseurs qui possèdent plus de 5 % dans des sociétés chinoises cotées de vendre leurs titres pendant six mois, et la mise en place d'un coupe-circuit automatique pour empêcher les cours de dégringoler (dès que la baisse des cours atteint 5 %, la cotation est suspendue).

 

Et c'est justement ces interdictions qui devaient prendre fin, d'où la résurgence de doutes quant à la solidité des marchés financiers chinois et un nouveau décrochage du marché des actions... Et ce d'autant plus que de nombreux investisseurs ont décidé de vendre par anticipation leurs titres dès le début de la semaine, ce qui a conduit les autorités à leur interdire de vendre plus de 1 % d'une société tous les trois mois.

 

Mais le décrochage boursier résulte également de facteurs liés à l'économie réelle, comme l'annonce d'un nouveau recul de l'indice de l'activité manufacturière (PMI) et une dépréciation du renminbi (voir ci-dessous). Bref, en Chine les problèmes économiques, financiers, sociaux et politiques se conjuguent !

 

Le danger d'une dépréciation du renminbi

 

Tout d'abord, pour éviter toute confusion, rappelons que le yuan est l'unité de compte et le renminbi la monnaie réelle. Jeudi 7 janvier, la Chine annonçait que le renminbi avait été dévalué, à son plus bas niveau face au dollar depuis 4 ans. D'aucuns ne manqueront pas de se demander pourquoi j'emploie indifféremment les mots dévaluation et dépréciation. C'est parce qu'en Chine, les choses sont de moins en moins claires à ce sujet.

 

En effet, le renminbi est autorisé à fluctuer quotidiennement face au dollar autour d'un taux-pivot, dans un tunnel de plus ou moins 2 %. Et c'est ce taux-pivot qui a été plusieurs fois abaissé depuis 2015. De plus, la Chine a modifié sa façon de calculer ce taux-pivot, qui sera désormais fixé en fonction du taux de clôture sur le marché des changes la veille, et donc partiellement en fonction de l'offre et de la demande... Bref, on ne sait plus trop s'il faut parler de dévaluation ou de dépréciation !

 

Quoi qu'il en soit, la monnaie chinoise ne répond absolument pas aux conditions habituelles de flottement pour être intégrée dans le panier de DTS du FMI. Et pourtant, le renminbi y a fait une entrée triomphale au mois de décembre 2015 ! Politique, quand tu nous tiens...

 

Cette dévaluation du renminbi est une réponse à la perte de compétitivité-coût de la Chine et au recul des exportations et de l'investissement. Bref, quand on est à court d'idées, pour éviter la panique économique, on revient aux anciennes méthodes. Malheureusement, dévaluer le renminbi est loin d'être une bonne solution, car elle a les effets suivants :

 

 * elle décourage la montée en gamme des entreprises ;

 

 * elle compromet l'indispensable rééquilibrage des composantes de la croissance dont j'ai parlé plus haut, puisque cela nécessite d'améliorer le pouvoir d'achat des ménages et les termes de l'échange ;

 

 * elle risque d'amplifier les sorties de capitaux, qui conduisent à une baisse des réserves de change comme je l'avais expliqué dans ce billet ;

 

 * les entreprises étrangères qui exportent vers la Chine seront pénalisées, car la valeur en devises de leurs ventes en Chine baissera ;

 

 * le corollaire du point précédent est un recul des marchés boursiers ;

 

 * la dévaluation du renminbi exporte la déflation chinoise au monde entier, car les prix des produits chinois à l’étranger baissent ;

 

 * le seul point positif est que, au vu de l’élasticité-prix très élevée des exportations en volume de la Chine, une dévaluation du renminbi améliorera les exportations et, toutes choses égales par ailleurs, la balance commerciale de la Chine.

 

En définitive, la Chine risque fort de s'enfoncer encore un peu plus dans la crise et c'est toute l'économie mondiale qui en pâtira !

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 12:39

 

 

L'année 2015 fut chargée en événements et rebondissements de tous genres : Grèce, COP21, assouplissement quantitatif de la BCE, attentats en France, etc. D'où les nombreux billets que j'ai écrits, parfois très longs, afin de vous présenter une analyse circonstanciée de la situation dans chaque cas.

 

Retour sur l'année 2015

 

Commençons donc par un petit retour sur mes billets de l'année 2015. Tous les liens sont actifs, il vous suffira donc de cliquer sur le billet de votre choix pour le lire ou le relire, c'est selon !

 

Janvier Février

La zone euro à 19 a-t-elle un avenir ?

La zone euro marche sur la tête !

La Grèce à la croisée des chemins ?

Le quantitative easing de la BCE : une mesure désespérée ?

Et pendant ce temps le chômage explose en France !

Quand les taux d'intérêt s'affolent vers le bas !

Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées

Les mystères économiques de la monnaie dévoilés

Mars Avril

L'évasion fiscale en accusation

Cette financiarisation qui détruit l'emploi

La dette publique est-elle un fardeau pour nos enfants ?

Sommes-nous à la veille d'un effondrement économique ?

Paradis fiscaux : il faut faire le ménage en Europe !

La monnaie dans tous ses états

Modulation des allocations familiales : entre rêve et réalité !

A quoi servent les banques ?

Sommes-nous à la veille d'un effondrement économique ?

Mai Juin

1er mai : Fête du travail (restant) !

Idée reçue persistante : les crises bancaires ne sont plus possibles

Les fausses promesses de la flexibilisation du marché du travail

Y a-t-il des anges dans les paradis fiscaux ?

Les vrais chiffres du chômage aux États-Unis

Une première victoire contre l'évasion fiscale

La Chine est-elle en crise ?

"Mieux comprendre l'économie" sur Mosaïk

La Grèce va-t-elle quitter la zone euro ?

Le début de la fin pour la Grèce ou pour l'Euro ?

Juillet Août

L'Union européenne contre la démocratie en Grèce

Krach boursier en Chine

La capitulation de la Grèce

Le royaume du capitalisme pour enfants

L'or : valeur refuge ?

Et certains croient (encore) que la Grèce a été sauvée...

Le yuan, arme stratégique de l'économie chinoise

Comment réduit-on la dette publique ?

Septembre Octobre

Cafet'éco et histoire économique à Sarreguemines

L'économie en clair à Forbach

Marché de l'emploi : une nouvelle lutte des classes en France ?

Aide aux devoirs à Forbach

Un banquier pour surveiller les banques ?

Citoyens, luttez contre les conflits d'intérêt !

Le Crédit Mutuel et l'évasion fiscale

Combattre les idées reçues : un entretien sur TV8

La destruction des emplois intermédiaires

Non, la courbe du chômage ne s'inverse toujours pas !

Novembre Décembre

L'Euro est-il sauvé ?

Et si la croissance ne revenait jamais ?

Le danger d'une reprise entièrement liée à la baisse du prix du pétrole

La scandaleuse politique française de lutte contre le terrorisme

COP21 : est-il déjà trop tard pour sauver la planète ?

La BCE peut-elle à elle seule relancer l'économie européenne ?

Les réserves de change en Chine sont en train de fondre !

Joyeux Noël en crises multiples

 

50 idées reçues déchiffrées

 

2015 fut l'année de la parution de mon livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées aux éditions Ellipses.

 

 

Il se veut une réponse au constat alarmant que la profusion actuelle de débats et d’informations économiques n’est pas nécessairement synonyme de qualité, car on note une hausse marquée des messages économiques biaisés, des contrevérités voire tout simplement des mensonges... 

 

Parmi les affirmations, trop souvent présentées dans les médias et par certains politiques comme des vérités économiques bien établies, mais qui ne sont pourtant que mensonges et contrevérités, on trouve notamment : "la dette publique est un fardeau pour nos enfants", "trop d'impôt a tué l'impôt en France", "les dépenses publiques sont trop élevées en France", "il ne faut pas augmenter le SMIC", "l'Allemagne est un modèle économique pour l'Europe", "la mondialisation est inévitable", "la capitalisation va sauver les retraites".

 

C’est pourquoi mon livre, qui répertorie 50 idées reçues (dont celles qui viennent d'être citées), vous offre la possibilité de comprendre ces sujets simplement, sans mathématiques ni graphiques. Ce livre s'adresse donc à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne.

 

Et l'année 2016 ?

 

Je persiste dans mes conclusions pour 2016 : à part la conjonction des planètes en Europe (Euro faible, pétrole bas et taux d'intérêt au plancher), la zone euro ne peut s'appuyer pour l'instant sur aucun moteur autonome de croissance. Pire, nos dirigeants politiques se persuadent désormais qu'une légère amélioration macroéconomique est synonyme d'une reprise pour tous, alors même que ces indicateurs macroéconomiques vont actuellement de pair avec une dégradation de la majorité des situations microéconomiques des ménages !

 

Mais quand finiront-ils par comprendre que la crise est aujourd'hui plurielle et qu'il est ainsi illusoire de vouloir résoudre la crise économique si le cadre politique est défaillant ? De plus, c'est peu dire que je reste dubitatif sur les orientations économiques des vingt dernières années, qui oscillent entre retour à une chimérique société de consommation de masse type années 1970 et la recherche d'une cauchemardesque société ultralibérale (ubérisée pour utiliser le vocabulaire du temps...).

 

Les gouvernements successifs s'empressent ainsi de soutenir des lois pour le développement de la société numérique, même si cela risque de détruire le modèle social français. Ils s'empressent également de parler publiquement du climat à tous crins, même si en privé ils nient l'absolue nécessité de la transition écologique/énergétique et veulent nous ramener au modèle fordien des Trente Glorieuses, avec usines fumantes et consommation de masse (basée sur le crédit puisque les salaires sont en berne pour assurer la compétitivité-coût). 

 

Dès lors, à défaut de leur tenir lieu de viatique, ce pseudo-programme économique leur permet surtout de donner l'illusion de détenir encore les leviers du changement (économique, mais pas seulement), alors même que la potestas appartient depuis longtemps à Bruxelles - avec le résultat que l'on sait - tandis que l'auctoritas est hélas entre les mains des histrions du petit écran, qui font et défont les réputations au gré d'émissions de grande audience.

 

Partant, le danger est grand que le hiatus entre ceux qui s'expriment encore dans les urnes (et qui font peur au berger...) et la masse qui se détourne de la politique débouche sur une profonde et violente remise en cause de tout le système, qui échappera à tous les partis même populistes, car gouverner, c'est faire des choix difficiles pour que le sort des citoyens s'améliore et pas l'inverse !

 

Pour le dire autrement, gouverner, ce n'est pas que faire des effets de manche à la télévision, mais prendre à bras-le-corps les grandes questions de notre temps : monnaie unique, construction européenne, chômage, intégration (puisque le mot assimilation est désormais un gros mot), etc. Sinon, ce sont les piliers de la civilisation française qui vont s'effondrer tous en même temps, sachant qu'ils sont déjà friables...  

 

Un livre à paraître...

 

Lors de mes conférences, les échanges informels avec le public sont souvent riches d'enseignements pour moi. Ainsi, j'ai noté l'expression d'une envie de comprendre le fonctionnement de base de l'économie (monnaie, dette publique, budget de l'État, inflation, crise, etc.) avec des mots simples et sans mathématiques ni graphiques. C'est pourquoi, j'ai repris la plume durant cette année 2015 pour coucher sur papier une présentation accessible à tous des grands mécanismes de l'économie. Ce livre paraîtra au printemps 2016... A suivre d'ici quelques semaines donc !

 

Sur ce, je tiens à remercier tous mes lecteurs pour leur fidélité et vous présente, malgré le marasme actuel, mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année 2016 ! Merci pour vos commentaires, liens et encouragements qui me touchent et me poussent à continuer de publier mes analyses sur ce blog...

 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 12:35

 

 

Le but de ce billet n'est pas de vous mettre le moral dans les chaussettes pour Noël, mais de ne pas se voiler plus longtemps la face sur l'état de santé réel de l'économie européenne. Trop de personnes, souvent intéressées par les chiffres qu'elles produisent ou commentent, laissent entendre que la zone euro est désormais sortie d'affaire. Et bien entendu, les médias se font pour la plupart une joie de relayer enfin une information positive, quand bien même la situation des individus qui la lisent se dégrade à toute vitesse.

 

Les dépenses prévues pour Noël

 

Selon la dernière étude de Deloitte France pour Noël 2015, les Français auraient prévu de consacrer 577 euros aux repas, cadeaux et autres plaisirs de Noël.

 

 

[ Source : DNA ]

 

Mais de là à en déduire qu'une légère amélioration des dépenses prévues pour Noël est synonyme de reprise économique, il n'y a qu'un pas qu'il faut se garder de franchir ! En effet, cela reviendrait à faire du keynésianisme hydraulique, c'est-à-dire à conclure que toute dépense de Noël est source de croissance économique.

 

Or, si la personne qui vous offre un cadeau a dû s'endetter pour cela, je ne vois pas bien en quoi il s'agit d'une amélioration de l'économie. De même, si vous avez économisé toute l'année pour acheter un peu plus à Noël, vous n'avez en fait que reporté dans le temps une partie de vos dépenses ; donc aucune amélioration a priori de l'économie. Et je ne parle même pas du règne de l'inutile durant le mois de décembre...

 

Les faits sont têtus

 

Pendant que certains croient que les dépenses de Noël vont relancer l'économie (ou en sont déjà le signe), les faits restent têtus :

 

 * le graphique ci-dessous montre l'extrême difficulté à faire remonter le taux d'inflation vers la barre des 2 %, malgré un premier quantitative easing au début de l'année 2015 :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Face à ce constat, la BCE a annoncé le 3 décembre un nouvel assouplissement de sa politique monétaire.

 

 * pour relancer l'économie de la zone euro, il faudrait conjuguer la politique monétaire expansionniste avec une politique budgétaire coordonnée au niveau européen, ce qui n'arrivera jamais ;

 

 * la zone euro fait face à un grave problème de demande ;

 

 * le commerce mondial s'effondre ;

 

 * la Chine est en crise profonde ;

 

 * le taux de chômage demeure stratosphérique dans de nombreux pays ;

 

 * la Grèce est coulée ;

 

 * l'or n'est pas une valeur refuge ;

 

 * le sauvetage des banques en Italie vire au cauchemar ;

 

 * l'on s'achemine, en France, vers une bipolarisation du marché du travail, c'est-à-dire une disparition des emplois intermédiaires et une concentration aux extrémités (emplois peu qualifiés et emplois très qualifiés) ;

 

 * l'ubérisation est un cauchemar tout éveillé où nous serions tous des autoentrepreneurs, en concurrence sur un marché coté en continu de la fourniture de service... Les rémunérations seront dès lors très variables dans le temps et selon les personnes, ce qui posera d'innombrables questions sur le financement de l'État et de la Sécurité sociale.

 

  * la faible croissance de la zone euro s'explique pour l'essentielle par la baisse des prix du pétrole et non par d'autres facteurs plus durables, comme le montre la faiblesse dramatique de l'investissement productif, qui pourtant aurait dû retrouver rapidement des couleurs avec cette politique monétaire expansionniste ;

 

 * certains économistes parlent déjà de stagnation séculaire, c'est-à-dire de la disparition définitive de la croissance économique.

 

Bref, à part la conjonction des planètes en Europe (Euro faible, pétrole bas et taux d'intérêt au plancher), la zone euro ne peut s'appuyer pour l'instant sur aucun moteur autonome de croissance. Pire, les quelques éléments évoqués ci-dessus témoignent qu'une légère amélioration macroéconomique peut très bien aller de pair avec une dégradation de la majorité des situations microéconomiques !

 

D'où l'intérêt, du reste, d'avoir une presse de qualité, indépendante des groupes de pression économiques et capable de fournir une analyse circonstanciée de la situation. Et c'est un truisme d'affirmer qu'une telle presse a un coût !

 

Joyeux Noël tout de même !

 

Mais bien entendu, malgré la montée des populismes et extrémismes en tous genres, on ne change pas une stratégie économique qui perd... puisqu'elle pourrait peut-être un jour fonctionner (Cf. Shadoks) ! On nous dit même que c'est la seule et unique voie pour renouer avec la prospérité, d'où le hiatus grandissant entre ceux qui s'expriment encore dans les urnes (et qui font peur au berger...) et la masse qui se détourne de la politique. Bref, tout va très bien Madame la Marquise :

 


sacha distel tout va très bien madame la marquise par vieuxsnock

 

Et pourtant des solutions existent, mais encore faudrait-il avoir le courage d'admettre que l'on s'est trompé (qu'on nous a trompés ?)... Sur ce, même si nous sommes en pleine crise, je vous souhaite un joyeux Noël !

 

 

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 14:22

 

 

Dans ce billet, je vous propose un retour aux tribulations chinoises, dont j'avais déjà parlé dans le cadre d'une analyse sur le krach boursier et la dévaluation du Yuan. Aujourd'hui, nous allons nous intéresser plus particulièrement aux réserves de change de la Chine...

 

Qu'appelle-t-on réserves de change ?

 

Les réserves de change sont les avoirs détenus par les Banques centrales sous forme d'or, de devises convertibles et de DTS (Droits de Tirages Spéciaux, qui est l'unité de compte du FMI basée sur un panier de monnaies dont fait désormais partie le Yuan chinois) ; mais le plus souvent, en fait de devises, ce sont plutôt des titres en devises (essentiellement des bons et obligations du Trésor) qui constituent les avoirs de réserve. Ces réserves de change permettent aux Banques centrales d'intervenir sur le marché des changes afin de réguler les taux de change, et de maintenir la confiance dans leur monnaie.

 

Le montant des réserves de change dépend des flux de capitaux et du solde de la balance courante. On obtient donc l'identité suivante :

 

 

Sans entrer dans la technique, le lecteur pourra retenir qu'en régime de changes flexibles, les réserves de change ne varient pas puisque c'est le taux de change qui varie pour compenser les flux de capitaux et le solde du commerce extérieur. Bien entendu, en Chine, on est loin d'un régime de changes flexibles (bien que le FMI cherche à nous faire croire le contraire...), d'où l'importance des réserves de change.

 

Quel est le niveau des réserves de change en Chine ?

 

Le montant et la composition des réserves de change sont étudiés par le FMI, tous les trimestres, afin d'alimenter une base de données appelée COFER. Ainsi, au 1er trimestre 2015, le montant total des réserves de change - déclarées ! - dans le monde s'est élevé à 11 400 milliards de dollars :

 

 

[ Source : COFER - FMI ]

 

On constate donc que le poids du dollar américain reste prépondérant dans les réserves de change des Banques centrales du monde entier, tout simplement parce que cette devise constitue la monnaie phare des transactions internationales depuis la conférence de Bretton Woods, en 1944. L'Euro se classe en deuxième position, mais les déboires de la monnaie unique n'incitent pas pour l'instant à un optimisme débordant...

 

Et qu'en est-il de la Chine ? Rien n'est simple, puisque le pays s'affranchit de fournir des données au FMI... C'est donc par estimation que l'on fonctionne, en s'appuyant sur les chiffres du commerce international et des flux de capitaux. Quoi qu'il en soit, les chiffres donnent le vertige :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Et pour que le lecteur comprenne bien les montants phénoménaux en jeu, vous trouverez ci-dessous les réserves de change de l'État français en septembre 2015 :

 

Réserves de change de l'État français (millions d'euros)

 

 

[ Source : Direction générale du Trésor ]

 

Que se passe-t-il en Chine ?

 

Je l'ai souvent dit et le répète : la Chine s'enfonce de plus en plus rapidement dans une crise d'une ampleur incalculable. Je l'avais évoqué partiellement dans ce billet consacré au krach boursier et dans celui-ci concernant la dépréciation du yuan, en réponse au ralentissement de la croissance.

 

Depuis début 2014, on observe ainsi d'importantes sorties de capitaux de la Chine et une baisse des réserves de change. En effet, les autorités, en régime de changes quasi fixes, se servent des réserves de change pour stabiliser leur monnaie. Pendant 20 ans, elles ont cherché à empêcher l'appréciation du Renminbi, puisqu'il y avait des entrées massives de capitaux dans le pays ; mais depuis peu, les sorties de capitaux les conduisent à lutter contre une dépréciation.

 

Pour le dire autrement, pendant 20 ans, la Banque centrale chinoise recyclait l'énorme excédent extérieur de la Chine et les entrées de capitaux, en achetant des actifs étrangers qui venaient donc grossir le montant des réserves de change. Mais depuis quelques mois, bien que la Chine reste globalement acheteuse d'actifs étrangers au travers de ses entreprises et fonds d'investissement (rappelez-moi à qui appartient le Club med ?), la Banque centrale chinoise vend ses avoirs étrangers pour tenter d'empêcher une trop forte dépréciation de sa monnaie nationale.

 

Un bouleversement du système monétaire international

 

C'est là un changement fondamental dans le fonctionnement du système monétaire international tel que nous l'avons connu depuis 20 ans. En effet, pour le dire en termes simples, les pays riches de l'OCDE investissaient dans des actifs risqués proposés par les pays émergents, en contrepartie de quoi ces derniers, au travers de leur Banque centrale, acheter des obligations du Trésor dans les pays développés, c'est-à-dire finançaient les déficits publics aux États-Unis et en Europe !

 

Voilà du reste sur quoi était basée la croissance depuis deux décennies... Mais j'en reparlerai bientôt, dans un autre billet !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article de la Tribune de Genève.

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 13:35

 

 

Il n'aura échappé à personne que la BCE vient d'annoncer, par la voix de son Président Mario Draghi, un nouvel assouplissement de sa politique monétaire dans la zone euro. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les médias ont surtout commenté la réaction (négative) des marchés financiers suite à ces mesures... C'est pourquoi, après mes billets sur la COP21 et le terrorisme, l'objet du présent billet sera la politique monétaire de la BCE. Plus précisément, après quelques rappels sur cette dernière, je détaillerai brièvement les annonces de la BCE et enfin je m'interrogerai sur leur pertinence. Vaste programme !

 

Les politiques monétaires

 

En période "normale", les Banques centrales atteignent leurs objectifs (2 % de taux d'inflation à moyen terme pour la BCE) grâce à des politiques monétaires conventionnelles :

 

 * utilisation des taux directeurs : le principal taux directeur est le taux d’intérêt auquel les banques commerciales se refinancent auprès de la Banque centrale ; ainsi plus il est élevé plus les banques payent leurs ressources chères, et donc moins elles sont incitées à prêter. Dans le cas présent, la BCE peut encore très légèrement abaisser son principal taux directeur, mais qui est déjà tangent à 0.

 

 * stérilisation : pour faire simple cela correspond au retrait de la liquidité injectée dans le système, afin de limiter les risques d'inflation. Dans le cas présent, la BCE pourrait déstériliser ses interventions pour justement créer les conditions de l'inflation.

 

Mais lorsque les canaux de transmission de la politique monétaire ne fonctionnent plus de manière satisfaisante (c'est le cas actuellement puisque les agents se désendettent, ce qui rend inefficace le canal des taux directeurs), les Banques centrales pratiquent des politiques monétaires non-conventionnelles comme c'est le cas aux États-Unis et au Japon par exemple :


 * forward guidance : c'est en quelque sorte l’engagement de la Banque centrale à ne pas modifier ses taux d’intérêt directeurs pendant une longue période de temps ; cela dépend donc fortement de la crédibilité de la Banque centrale.

 

 * taux des dépôts négatif : comme ce taux rémunère l'argent placé par les banques auprès de la BCE, le rendre négatif (c'est-à-dire faire payer aux banques le droit de déposer de l'argent) forcerait les banques à prêter leurs fonds.

 

 * quantitative easing (= assouplissement quantitatif) pour accroître la quantité de monnaie en circulation dans l’économie et créer les conditions d'une hausse de l'inflation.

 

 

[ Source : France Inter ]

 

 * achats de dettes privées, de crédits bancaires et d’ABS pour faire baisser les primes de risque, c'est-à-dire notamment faire baisser les marges de taux d’intérêt sur les crédits.

 

Les mesures annoncées par Mario Draghi

 

Le graphique ci-dessous montre l'extrême difficulté à faire remonter le taux d'inflation vers la barre des 2 %, malgré un premier quantitative easing au début de l'année 2015 :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Face à ce constat, la BCE a annoncé le 3 décembre les mesures suivantes :

 

 * extension du quantitative easing jusqu'en mars 2017, avec désormais possibilité d'acheter aussi des dettes des collectivités régionales et locales de la zone euro (toujours 60 milliards d'euros par mois) ;

 

 * baisse du taux de dépôt de -0,2 % à -0,3 %, ce qui revient à taxer encore plus fortement les banques qui déposent leurs liquidités à la Banque centrale au lieu de les prêter à l’économie réelle ;

 

 * maintien des taux fixes pour les opérations de refinancement et les prêts à 3 mois accordés aux banques ;

 

 * réinvestissement des paiements de la dette achetée, c'est-à-dire que la monnaie créée par la BCE en contrepartie de l'achat de ces titres restera un long moment dans le circuit économique.

 

Rappelons qu'en contrepartie des titres achetés, la BCE crée de la monnaie, c'est-à-dire augmente la base monétaire, à l'instar de ce que font les autres grandes Banques centrales aux États-Unis, au Japon et au Royaume-Uni :

 

[ Source : Natixis ]

 

A quoi vont servir ces mesures ?

 

Disons-le d'emblée : comme les principaux canaux de transmission de la politique monétaire à l'économie réelle (=la vraie économie...) sont sinon rompus au moins distendus, il y a peu à attendre de ces nouvelles annonces, si ce n'est un recul de l'Euro face aux autres monnaies. C'est bien peu pour espérer faire remonter rapidement le taux d'inflation, ce qui explique l'importance de conjuguer la politique monétaire expansionniste avec une politique budgétaire coordonnée au niveau européen. Je sais, ça n'arrivera jamais en raison notamment de l'opposition féroce de l'Allemagne, mais on a bien le droit de rêver en cette période de l'Avent...

 

De plus, pour le dire simplement, les Banques centrales ont trop souvent tendance à mener des politiques monétaires dites de cleaning, c'est-à-dire qu'elles assouplissent leur politique lorsqu'une crise financière éclate afin d'éviter la récession. Mais ce faisant, elles créent les conditions de la prochaine bulle, car:

 

 * la baisse des rendements sur les dettes publiques conduit à des situations invraisemblables où les taux d'intérêt nominaux sur ces titres deviennent négatifs !

 

 * l'écrasement des primes de risque - et donc la baisse artificielle des taux des obligations publiques - augmente le risque que la discipline budgétaire ne soit plus respectée (dans le jargon on parle d'aléa moral) ;

 

 * le resserrement des primes de risque sur les actifs risqués débouche sur une élévation du risque global.

 

En outre, au vu des atermoiements de la Fed à propos de la remontée de ses taux directeurs, on en déduit que les Banques centrales ont beaucoup de mal à sortir des politiques de quantitative easing, ne serait-ce qu'en raison des pertes colossales que cela peut engendrer chez les investisseurs obligataires.

 

Enfin, à la lumière de ce que je viens d'écrire ci-dessus, le vrai danger de ces politiques monétaires très expansionnistes, est qu'elles peuvent avoir un caractère irréversible. Pour le dire autrement, les marchés financiers sont tellement dopés à la liquidité injectée par la BCE, que la leur retirer déboucherait dès lors sur un retournement des marchés voire un krach...

 

Et c'est exactement ce qui s'est passé le 3 décembre. Mario Draghi s'est retrouvé face à une alternative kafkaïenne : annoncer un assouplissement quantitatif, dont il sait pertinemment qu'il n'aura que très peu d'effet, ou y renoncer et créer de la sorte une panique sur les marchés financiers, qui ont déjà intégré depuis quelques semaines dans leurs prix l'annonce de ces mesures. Super Mario a ainsi fait le choix d'annoncer une extension du quantitative easing moins importante qu'attendue par les marchés, ce qui a conduit à un dévissage des cours.

 

Et si l'objectif officieux de la BCE, par-delà l'objectif officiel d'inflation à 2 %, n'était pas tout simplement de faire chuter le taux de change de l'Euro et améliorer la soutenabilité de la dette publique dans certains États en difficulté, bref de soutenir l'économie réelle du mieux qu'elle peut puisque les autres institutions européennes en semblent incapables ?

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du site http://france3-regions.francetvinfo.fr

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 14:28

 

 

Après avoir analysé quinze ans de déni lié à la "guerre contre le terrorisme" dans mon précédent billet, nous allons nous intéresser aujourd'hui à un demi-siècle de déni écologique. Voici, en effet, que les dirigeants politiques prennent subitement conscience en 2015 de la gravité du réchauffement climatique. Il est vrai que les épisodes météorologiques extrêmes ont eu tendance à se multiplier un peu partout sur la planète, depuis les chaleurs de Californie jusqu'aux tsunamis en Asie, en passant par les hivers glaciaux à New York. C'est pourquoi, ce billet aura pour modeste ambition de présenter succinctement les enjeux de cette COP21.

 

Les événements climatiques extrêmes

 

Commençons par cette infographie, qui présente le triste record enregistré en 2013/2014 :

 

 

[ Source : Nouvel Obs ]

 

Les catastrophes climatiques ont été de plus en plus fréquentes ces dernières années :

 

 

[ Source : Boursorama ]

 

Rien que pour l'année 2014, voici une carte des principaux événements climatiques dans le monde :

 

 

[ Source : http://blog.rts.ch ]

 

Le réchauffement climatique

 

Une petite synthèse sur la question :

 

 

Quelques repères historiques

 

Depuis le premier colloque international sur le climat en 1972 jusqu'à la COP21 en 2015, de nombreuses dates importantes ont émaillé la prise de conscience écologique :

 

 

[ Source : L'Est éclair ]

 

L'institutionnalisation du problème écologique a lieu avec la création, en 1988, du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) et un premier rapport remis en 1990. La première COP, quant à elle, se tiendra en 1995 à Berlin et inaugurera une procédure décisionnelle originale, qui perdure jusqu'à aujourd'hui : la validation d'un accord si aucun pays ne s'y oppose...

 

On notera que le protocole de Kyoto, en 1997, fut en quelque sorte le premier accord international contraignant, qui imposait aux pays développés - et à eux seuls - une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5,2 % par rapport à 1990... avec un résultat calamiteux, car depuis ce sont les grands émergents qui ont pris le relais de la pollution de masse sur terre ! Et l'incurie danoise a conduit, en 2009, à un échec retentissant à la conférence de Copenhague (COP15), alors même que se jouait le remplacement du protocole de Kyoto arrivé à son terme.

 

Or, pour la COP21 de Paris, le représentant américain a d'ores et déjà fait savoir qu'il "n'y aura pas d'objectifs de réduction juridiquement contraignants comme cela avait été le cas à Kyoto". Dont acte.

 

Précisons aussi que le rapport Meadows de 1972 tient, quant à lui, une place à part, puisqu'il constitue la première étude scientifique d'envergure qui souligne les dangers écologiques de la croissance économique. D'où son titre : The Limits To Growth, traduit en français sous le nom Halte à la croissance ?. Ai-je besoin de dire que ce rapport, commandé par la Club de Rome en 1970, fit débat dans toutes les communautés du savoir ?

 

Les enjeux de la COP21

 

Tout est dit dans cette petite vidéo :

 

 

Si l'on regarde l'infographie ci-dessous, on voit que l'enjeu principal est de parvenir à des mesures suffisantes pour limiter le réchauffement global à 2°C. Mais au-delà des déclarations d'intention, il y a loin de la coupe aux lèvres en politique, puisqu'un accord contraignant (d'ores et déjà refusé par les Américains, rappelons-le) nécessite l'absence d'opposition des 196 parties prenantes ! Et quid des contrôles indispensables pour s'assurer que chaque État met bien en oeuvre les réductions d'émissions auxquelles il s'est engagé ?

 

En outre, il faudra trouver un accord sur les 100 milliards de dollars de fonds publics et privés que les pays développés ont promis de verser chaque année, d'ici à 2020, pour permettre aux pays en développement de faire face au réchauffement climatique.

 

 

[ Source : Novethic ]

 

En définitive, certes rien n'est encore joué, mais le travail à abattre pour arriver à un accord contraignant est digne d'Hercule !

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