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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 14:36

 

 

Le référendum voulu par le gouvernement grec décidera, ce dimanche 5 juillet, de l'avenir du pays au sein de la zone euro. En effet, même si l'intitulé de la question est connu et porte sur le plan des créanciers, ce référendum sera inévitablement celui du maintien ou non dans l'Euro. C'est du reste ce que Jean-Claude Juncker, ancien chef de paradis fiscal et donc très proche des préoccupations des peuples, s'est empressé de faire passer comme message.

 

La zone euro privilégie les capitaux aux Hommes

 

Comme je l'écrivais dans mon précédent billet, Alexis Tsipras est probablement allé au bout de ce qu’il pouvait faire pour son pays. Sa lutte contre l'austérité, qui aura duré 5 mois, a mis au grand jour le dogmatisme de l'Eurogroupe et le peu de cas que les institutions européennes font de la démocratie.

 

D'une certaine façon, les dirigeants politiques ont cherché à créer une Union européenne sans les peuples, comme si ces derniers étaient réputés consentir à toutes les décisions et réformes. La monnaie unique est alors arrivée comme la cerise sur un soufflet, qui a fait retomber l'ensemble au rang de simple zone de libre-échange (ce qui est loin de déplaire au Royaume-Uni), démontrant au passage que les institutions européennes sont faibles et la construction de la zone si peu aboutie, qu'elle n'est même pas en mesure de faire face à une crise.

 

Cette volonté de réaliser l'Europe des capitaux avant celle des Hommes est devenue évidente en 2005, lors du référendum sur le traité constitutionnel où le non français a eu pour seul écho le traité de Lisbonne. Puis les choses se sont aggravées avec le TSCG, dont l'objectif purement financier est d'aboutir à l'équilibre des budgets nationaux, selon les voeux des faucons allemands. Qui se souvient d'ailleurs que lors de la campagne présidentielle, François Hollande avait annoncé sa volonté de renégocier le TSCG pour y ajouter des dispositions relatives à la croissance ? il est vrai qu'au vu des piètres résultats obtenues, il vaut peut-être mieux ne plus en parler...

 

Les dirigeants politiques de l'Union européenne s'obstinent ainsi depuis une décennie (2 ?) à mettre en place une austérité généralisée, seule à même de sauver la construction européenne selon eux. Dit autrement, la grande saignée devait déboucher sur un renouveau de l'Europe, car les citoyens retrouveraient confiance dans une Union européenne désendettée et mise au pas par les traités. Mais comme toujours avec ce genre de promesse, il y a loin de la coupe aux lèvres...

 

Enfin, l'omerta qui règne au sujet du traité transatlantique et les pitoyables négociations-oukases avec les pays en difficultés financières (Grèce, certes, mais aussi Irlande par exemple), ont achevé de démontrer que la démocratie n'avait pas droit de cité dans les rencontres de l'Eurogroupe et plus généralement du Conseil européen.

 

La Grèce a fait d'énormes efforts

 

Si l'on regarde l'indicateur de l'excédent budgétaire primaire, c'est-à-dire le solde entre dépenses  et recettes de l'État, avant paiement des intérêts à verser sur la dette publique, alors on peut voir sur la graphique ci-dessous que la Grèce a fait d'énormes efforts, contrairement à ce que certains affirment :

 

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

La Grèce a même réussi à dégager un excédent budgétaire primaire structurel, c'est à dire corrigé des effets de la conjoncture, ce qui signifie que le pays dégage suffisamment de ressources pour se désendetter. Notez a contrario la situation au Royaume-Uni et en France...

 

Mais pour arriver à ce résultat, le pays s'est vu imposer un plan d'austérité drastique sur les conseils avisés de la Troïka, dont les effets sont cataclysmiques :

 

 

[ Source : Okeanews.fr ]

 

L'Eurogroupe et la BCE contre la démocratie !

 

Cette Union européenne technocratique, qui a cherché un semblant de légitimité dans une association contre nature avec le FMI dans le cadre de la tristement célèbre Troïka, a fait des ravages ! Elle pensait d'ailleurs poursuivre dans cette voie, mais c'était sans compter sur le trublion grec, qui a décidé de faire valoir les intérêts de son peuple avant ceux de ses créanciers.

 

On sait désormais, contrairement à l'ignoble campagne de presse menée contre lui, qu'Alexis Tsipras a fait des propositions sérieuses et concrètes à l'Eurogroupe, qui sont résumées dans cet article de l'Humanité. On y découvre que le gouvernement grec a de facto accepté un surcroît d'austérité, pour complaire à ses créanciers partenaires européens. En gage de bonne volonté, il a même évoqué la possibilité d'abandonner son référendum si l'Eurogroupe accepte de s'engager sur une restructuration de la dette publique grecque.

 

Il faut donc le dire sans ambages : l'Eurogroupe cherche, à mon sens, à avoir la tête du gouvernement grec (élu démocratiquement, faut-il le rappeler ?), afin de faire un exemple pour tous ceux qui chercheraient à contester l'idéologie sous-jacente dans les plans d'aide européens. C'est ce que pensent également deux prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz et Paul Krugman.

 

Le premier déclare ainsi, dans un article de Project Syndicate, que "les dirigeants européens finissent par exposer au grand jour la véritable nature du conflit autour de la dette grecque, et cela n'a rien de plaisant : il s'agit bien plus une question de pouvoir et de démocratie que d'argent et d'économie". Le second, avec son mordant habituel, appelle, dans une tribune au New York Times, les Grecs à voter "non" au référendum de dimanche, affirmant que "céder à l’ultimatum de la troïka serait l’abandon ultime de toute idée d’une soi-disant indépendance de la Grèce" !

 

Au reste, Jean-Claude Juncker n'avait-il pas été explicite sur le rang subordonné qu'il accorde à la démocratie, dans un entretien au Figaro le 29 janvier dernier ? Pour mémoire, en réponse à la question de la restructuration de la dette publique grecque, Juncker déclarait "dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités. [...]   Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Sidérant...

 

Pourtant, et il n'y a pas d'économiste sérieux pour affirmer le contraire, c'est pure folie que de s'engager à dégager plusieurs années de suite un excédent budgétaire primaire lorsque le pays est en récession (dépression est le mot adéquat en économie...) ; c'est aussi pure folie que de chercher à augmenter la TVA sur le seul (quasiment...) secteur exportateur de la Grèce, à savoir le tourisme ; c'est pure folie que de vouloir encore baisser les dépenses publiques et les revenus alors que la demande est en berne...

 

Quant à la BCE, en n'augmentant pas le plafond des aides d'urgence ELA (voir mon précédent billet pour comprendre ce que sont les aides ELA), malgré les fuites de capitaux, elle a précipité le gouvernement grec vers la solution extrême d'un contrôle de capitaux doublé d'une fermeture des banques.

 

D'ailleurs, si l'on prend le temps de lire l'entretien accordée par Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, au quotidien Les Échos, on comprend l'insondable bêtise dogmatique de la BCE... Une perle de cet entretien, pour ceux qui n'auraient pas le temps de le lire en entier : "la question n’est donc pas de savoir s’il faut réaménager la dette mais s’il est utile pour la Grèce de la réaménager une quatrième fois. Le plus important pour l’avenir de la Grèce, c’est de récréer de la croissance". Évidemment, la sacro-sainte croissance pour un pays en dépression !

 

La nécessité du référendum en désespoir de cause

 

Ces propositions inacceptables, qui dépassent largement la ligne rouge que s'était fixé le gouvernement, expliquent pourquoi le Premier ministre grec n'avait dès lors plus d'autre choix que de redonner la parole au peuple, qui devra se prononcer sur son avenir dans la zone euro au vu des conditions exigées par les créanciers. Après moult versions, il semble désormais acquis que la question de ce référendum sera la suivante : " Faut-il accepter le projet d’accord soumis le 25 juin 2015 par la Commission européenne, la BCE et le FMI ? ".

 

Cette question soulève immédiatement de nombreuses remarques. Tout d'abord, sa formulation laisse à penser que le projet d'accord est définitif, alors que nous venons de voir que le gouvernement grec était prêt à l'amender à la condition expresse de restructurer la dette publique. De plus, ma crainte est que de nombreux citoyens ne connaissent pas exactement l'enjeu de ces négociations car, il faut l'avouer, même les économistes ont désormais du mal à s'y retrouver au vu de la complexité du sujet. D'où la nécessité d'une campagne d'au moins un mois, règle générale et constitutionnelle, afin de permettre le débat d'idées.

 

Le danger est alors que les passions l'emportent sur la raison - d'autant qu'il n'y aura pas de campagne mais juste un gouvernement qui appelle à voter non - , c'est-à-dire que la peur de l'inconnu conduise un peuple, pourtant opprimé, à accepter de son plein gré l'estocade de ses créanciers... Le ministre des finances, le célèbre Yanis Varoufakis, a du reste mis son poste dans la balance, déclarant qu'il démissionnerait si le oui devait l'emporter.

 

L'après référendum

 

L'infographie ci-dessous résume assez bien les scénarios possibles (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :

 

 

[ Source : Le Huffington Post ]

 

En définitive, je renouvelle les propos de mes précédents billets : cette fois, c'est bien la zone euro qui est arrivée au bord du précipice et pas seulement la Grèce !

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://www.audit-citoyen.org

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commentaires

Jean-Michel 03/07/2015 23:05

Nous en arrivons à un choix cornélien:

- si le oui l'emporte nous entrons dans un chaos politique: la finance bat la démocratie 1-0 et preuve est faite que les peuples d'Europe ne sont plus souverains en réalité

- si le non l'emporte nous entrons dans un chaos financier car personne ne sait vraiment où ça nous mène et comment réagirons les spéculateurs financiers face à d'autres pays fragiles (Espagne ou surtout Italie).

Des années de construction européenne pour en arriver là!...

Raphaël DIDIER 05/07/2015 13:56

La peste ou le choléra...

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