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Publié par Raphaël DIDIER

Intelligence artificielle (IA). Partout, il n'est question plus que de ça : IA dans les smartphones, IA dans les navigateurs internet, IA dans les téléviseurs, IA dans les voitures, IA dans les entreprises... À tel point qu'il devient difficile de démêler l'argument purement commercial de la réelle avancée technologique. Toujours est-il que les titres des sociétés de l'IA atteignent désormais des valorisations démentielles en Bourse, laissant planer la crainte d'une gigantesque bulle.

Valorisations de l'IA en Bourse

La valorisation boursière des sociétés liées à l'IA est portée essentiellement par les "sept magnifiques", i.e. ces grands groupes de la Tech qui ont pris plus ou moins tôt le virage de l'IA : Alphabet (c.f Google), Amazon, Apple, Microsoft, Tesla, Meta (cf. Facebook) et bien entendu le géant Nvidia, en quasi-monopole sur les puces graphiques et logiciels pour faire fonctionner les modèles de l'IA. 

Infographic: Another Great Year for Six of the 'Magnificent Seven' | Statista You will find more infographics at Statista

Les branches liées à l'IA tirent ces groupes vers des sommets en Bourse jamais atteints dans l'histoire, Nvidia ayant même dépassé les 5 000 milliards de dollars de capitalisation boursière !

Infographic: $5 Trillion: How Big Is Nvidia? | Statista You will find more infographics at Statista

Le problème est que les investisseurs sur les marchés financiers sont court-termistes et trépignent d'impatience pour un retour sur investissement (ROI), qui se laisse encore désirer. En effet, les investissements dans l'IA se chiffrent en centaines de milliards de dollars, alors que la concurrence nationale et internationale fait rage, Chinois et Américains se livrant à un véritable combat pour détenir la technologie clé dans l'IA. Nul ne sait donc si ces immenses investissements, d'abord en capital propre et de plus en plus sous forme d'endettement, trouveront dans quelques années des débouchés ou seront déjà dépassés.

Cette simple réflexion suffit à comprendre la volatilité qui peut s'emparer d'un tel marché et l'incertitude concernant les ROI. Au vu de la part de ces sociétés dans la capitalisation totale des Bourses, un doute sur les performances réelles de l'une d'entre elles ou sur la pertinence de ses investissements suffirait à emporter tout le marché vers le fond. 

l'IA : un circuit fermé ?

Le secteur de l’IA semble fonctionner en vase clos industriel et financier, dans la mesure où le développement se fait surtout par prise de participations croisées et contrats pharaoniques entre les leaders du marché.

[ Source : https://www.guinnessgi.com/insights/are-we-in-an-ai-bubble? ]

D’aucuns évoquent même des montages du type usines à gaz comptables. Bref, tout le monde se tient, au point que si un choc (technologique, industriel ou financier) écrase l'un des maillons, les dégâts financiers pourraient être d’une ampleur phénoménale.

L'euphorie du tout IA rappelle à s'y méprendre la célèbre bulle de l'Internet que ma génération a bien connue. Mais, alors qu'au tournant des années 2000, le marché était constitué de nombreuses petites start-up, là ce sont des mastodontes qui opèrent sur un marché dont les coûts  d’investissement, d’infrastructure et de R&D sont sans commune mesure. Le marché de l'IA fait donc plus penser à celui des chemins de fer à la fin de la première moitié du XIXe siècle, caractérisé par la course à l’infrastructure qui dominerait le secteur et permettrait d'engranger rentes  et économies d’échelle. Il y en a eu des faillites retentissantes et des investisseurs qui ruinés. Dans le monde de la Tech, c'est la célèbre loi du "winner takes all" (le gagnant rafle tout) !

Peut-être serait-il aussi temps de s’interroger en profondeur sur l'IA, qui est certes un défi technologique, mais aussi, et avant tout, un enjeu de société avec des conséquences éthiques, économiques, politiques et même militaires : conséquences de l'IA sur l'emploi, usage intensif de l'eau et de l’électricité pour faire fonctionner les data centers, sous-investissement dans les autres secteurs clés de l’économie... Au fait, comment faire cours à des étudiants qui obéissent aux résultats de l'IA perinde ac cadaver ?

P.S. En rapport avec le sujet de cet article, j'ai généré l'image de couverture avec Copilot !

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