France : l'activité en berne !
/image%2F1500288%2F20260531%2Fob_f2aa30_croissance.jpg)
Mon précédent article sur l'éventualité d'un nouveau choc pétrolier est plus que jamais d'actualité, si l'on en juge par l'enlisement du conflit au Moyen-Orient. Le monde est ainsi emporté par une crise énergétique qui aurait pu être évitée, mais que les visées politiques (et surtout belliqueuses) des uns et des autres ont rendue inévitable. L'économie française, déjà mal en point avant cet épisode, souffre particulièrement et sa croissance en pâtit.
Évolution de la croissance française
Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas la crise politique (crise de régime ?) qui est à l'origine des maux économiques, car ceux-ci sont visibles depuis un moment et résultent avant tout de faiblesses structurelles entretenues, hélas, par des politiques nationales et européennes incapables de soutenir l'activité, alors même que les entreprises font face à une déferlante de produits étrangers (États-Unis et Chine pour n'en citer que deux). En revanche, il est vrai que les problèmes de l'économie française ont été amplifiés par les errements politiques et l'absence de cap clair.
/image%2F1500288%2F20260531%2Fob_c71414_chart.jpeg)
[ Source : Insee ]
Au premier trimestre 2026, tous les moteurs de l'économie ont calé (consommation, investissement, commerce extérieur). L'activité n'est finalement sauvée que par le stockage, ce qui n'augure rien de bon, sauf pour les Pangloss de l'économie, qui veulent y voir le signe de la résilience de l'économie française (sic). D'ailleurs, commenter de tels chiffres trimestriels ne renseigne en rien sur la croissance qui, par définition, est un phénomène de long terme.
Toujours est-il qu'au vu de la situation depuis 2010, 1 % semble être devenu le nouveau rythme de croissance de l'économie française. C'est peu, vraiment peu, pour une si grande économie qui a l'habitude de carburer à la croissance au plomb durant les Trente Glorieuses. Mais, en même temps, que cherche-t-on (arrive-t-on ?) réellement à produire en France et dans quelles conditions ? L'économie française est-elle en phase avec la nécessaire transition socio-écologique et énergétique ?
Prévisions de croissance
Assurément, les prévisions trimestrielles ne sont pas engageantes pour l'avenir proche.
Les prévisions de croissance du FMI, publiée en avril 2026, ne sont guère plus réjouissantes. Pis, l'institution a révisé le chiffre pour la France à 0,7 % en 2026 contre 0,9 % précédemment. C'est dire qu'il ne restera bientôt plus que l'épaisseur du trait statistique.
Quant à la croissance potentielle, définie comme celle réalisant le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main-d’œuvre disponibles, elle est également très faible. En effet, elle dépend de nombreuses variables toutes mal orientées : les gains de productivité, l'innovation, les prix de l'énergie et des matières premières, l'investissement, le niveau de formation de la population active, la productivité globale des facteurs de production (rapport entre le volume de la production et l'ensemble des facteurs de production utilisés, qui reflète donc le progrès technique et l'expérience des salariés), la démographie...
Bref, d'aucuns en arrivent à espérer des miracles de l'IA dans le plus pur style techno-féodal-progressiste, même s'il est bien difficile de savoir en l'état quel sera le solde des effets de cette innovation sur l'économie française. En particulier, rien n'est clair en matière d'emploi entre, d'un côté, destruction de certains postes voués à être remplacés par une IA et, de l'autre, création de nouveaux emplois pour faire fonctionner la technologie.
Des conséquences en cascade
Évidemment, avec un taux de croissance aussi faible, à modèle économique capitaliste inchangé, les conséquences vont être nombreuses et auto-entretenues :
* creusement du déficit public, toutes choses égales par ailleurs, du seul fait d'une moindre progression des recettes fiscales publiques ; d'où nécessité pour l'État de pratiquer encore plus d'austérité ou de s'endetter ;
* faible attractivité du tissu économique français, les investisseurs étrangers anticipant des revenus plus faibles que dans d'autres régions d'Europe ; d'où des conséquences sur l'emploi ;
* tensions accrues dans le partage de la valeur créée entre salariés et entreprises ;
L'on pourrait bien entendu détailler encore davantage les conséquences, mais ce n'est pas nécessaire pour saisir qu'il y a urgence à changer de modèle économique, et pas juste de thermomètre. Pour ce faire, il faut impérativement réfléchir - en commun - à ce que l'économie peut ou doit produire, de quelle manière et avec quelles ressources. Certains appellent cela du développement durable, d'autres de la croissance verte. Pour ma part, je me méfie de ces expressions, trop souvent dévoyées pour ne refléter en fin de compte que le même modèle économique capitaliste ripoliné en vert. Je pense qu'un véritable changement de système nécessite de tout remettre à plat sous peine de devoir remettre l'ouvrage sur le métier chaque année pour lui ajouter des rustines de-ci, de-là.
Mais, dispose-t-on encore de ce temps long pour débattre ? Les Français souhaitent-ils vraiment prendre leur destin en main ? Ou bien préfèrent-ils s'adonner aux divertissements dont leurs écrans les abreuvent ? Ces questions demeurent pendantes...
P.S. L'image de ce billet provient du site https://www.daf-mag.fr