Les prix des carburants s'affolent !
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Depuis son investiture, le président Donald Trump agite tous les jours la menace de droits de douane contre les pays qu'il accuse d'avoir profité des États-Unis. Désormais, ce sont des opérations militaires qu'il déclenche tous les mois. Et c'est peu dire que ses penchants belliqueux entraînent le monde dans un état d’alerte permanent, qui va de pair avec une incertitude économique grandissante. Avec l'attaque de l'Iran, c'est le marché des hydrocarbures qui se tend depuis quelques jours, avec des conséquences en cascade sur le prix des carburants pour les ménages et les entreprises. Dans cet article, nous allons par conséquent faire un point sur l'essence et le fioul, qui voient leur cours augmenter de manière notable, et évoquer brièvement les mesures populistes qui fleurissent (baisses de taxes, blocage des prix...).
Évolution des prix du pétrole
Le graphique ci-dessous résume l'évolution du baril de Brent sur 1 an et sa croissance exponentielle depuis quelques jours :
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[ Source : Boursorama.com ]
Le graphique suivant montre, quant à lui, où se situe l'Iran dans le classement des pays producteurs de pétrole en 2024 :
Vous trouverez plus d'infographie sur StatistaPrix des carburants pour les automobiles
Par voie de conséquence, les prix à la pompe ont augmenté partout en Europe, en particulier en France. Actuellement, dans ma région frontalière, des conducteurs allemands viennent désormais faire le plein en France tant la hausse des prix est encore plus marquée chez eux.
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[ Source : https://carbu.com/france/prixmoyens ]
Prix du fioul domestique
Remplir sa cuve devient également beaucoup plus onéreux depuis quelques jours :
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[ Source : https://www.fioulreduc.com/prix-fioul ]
Le détroit d'Ormuz
Dire que la guerre en Iran explique la brusque hausse des cours du pétrole est juste, mais trop vague pour caractériser ce choc d'offre. Pour commencer, il faut rappeler l'importance du détroit d'Ormuz, au cœur d'une bataille de communication entre belligérants, l'Iran affirmant l'avoir partiellement bloqué (avant de se rétracter), tandis que les États-Unis assurent du contraire et évoquent même envisager une escorte des tankers. Or, dans le doute (et au vu du prix des assurances !), les tankers préfèrent probablement ne pas s'y aventurer au risque d'être sinon bloqués, au pire pris au piège de mines.
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[ Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9troit_d%27Ormuz#/media/Fichier:Base_map_of_Persian_Gulf-fr.svg ]
Or, comme environ 20 % de la production mondiale de pétrole transite par ce détroit, tout blocage de cette artère principale met évidemment le marché du pétrole sous tension, quand bien même l'Arabie Saoudite déciderait de continuer à ouvrir les vannes. La géographie impose les flux logistiques à l'ensemble des pays du Golfe Persique - pas uniquement l'Iran - et les alternatives sur plusieurs milliers de kilomètres sont très peu nombreuses. Bien entendu, c'est la Chine qui en sort grande perdante, elle qui négociait des prix du pétrole aux rabais avec les régimes sous embargo du Venezuela et de l'Iran. Mais, tous les pays payent aussi les pots cassés de cette embolie, puisque les prix du pétrole sont depuis longtemps mondiaux. Pis, c'est toute la chaîne pétrochimique en aval qui finit par ressentir la crise, entre rupture d’approvisionnement énergétique, hausse insupportable des prix et mise à l'arrêt de certaines productions dérivées du pétrole.
Cette cascade de conséquences peut encore être maîtrisée à la condition sine qua non que la guerre et ses répliques politico-militaires dans tout le Golfe soient écourtées. Or, chacun des belligérants semble désormais prêt à s'engager au long cours, pour le malheur de tous, qui est un cas d'école de la théorie des jeux...
Taxes et carburants
Il n'était pas possible de terminer cet article sans évoquer l'idée reçue selon laquelle l'État s'enrichit considérablement lorsque les prix des carburants augmentent, d'autant qu’immanquablement fleurissent les traditionnelles idées populistes pour répondre à la hausse des prix. Les uns proposent alors de bloquer les prix à la pompe, tandis que les autres suggèrent de baisser les taxes sur les carburants. Le plus surprenant est que, cette fois, c'est le PDG de Coopérative U qui a allumé le pétard mouillé en déclarant que l'État était le "grand gagnant" de cette hausse de prix des carburants.
Pour faire simple, résumons sur la figure suivante les principaux facteurs qui influent sur le prix à la pompe :
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Actuellement, c'est peu dire que le cours du baril n'est pas bien orienté, ce qui constitue du reste la première explication à la hausse actuelle des carburants. À court terme, ce sont curieusement les marges de raffinage et de distribution qui semblent être dans le collimateur du gouvernement. La première correspond en gros à l'écart entre le prix des produits raffinés et le cours du pétrole brut, tandis que la seconde permet aux distributeurs de couvrir certains coûts (transport, stockage…) et se calcule comme la différence entre le prix hors taxe des carburants à la pompe et les prix sortis des raffineries.
Reste donc les taxes, très lourdes sur les carburants, qui servent autant à garnir le budget de l'État, qu'à orienter les choix de carburants des consommateurs (pensez à l'évolution des taxes sur le diesel considéré comme plus polluant) et même à modifier les comportements de ces derniers (la crise des gilets jaunes a commencé avec la taxation du carbone) :
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[ Source: https://www.data.gouv.fr/reuses/graphique-de-la-decomposition-du-prix-des-carburants ]
Or, outre que contrairement à une idée reçue, ce n'est guère mieux chez nos voisins en matière de taxation (sauf, bien sûr dans les paradis fiscaux...). Faut-il rappeler que ces taxes abondent le budget général et, qu'en leur absence, des dépenses publiques ne pourront plus être financées à moins d'augmenter d'autres impôts par ailleurs ? Faut-il aussi rappeler que la TICPE (désormais appelée accise sur les produits pétroliers) étant perçue sur les volumes, une forte hausse du prix de l'essence réduira la consommation de carburants, donc les recettes de TICPE pour l'État ?
Faut-il enfin rappeler qu'il n'est même pas certain que des baisses de taxes profiteraient exclusivement aux ménages, toute la chaîne en amont pouvant assez facilement capter une partie de cette ristourne fiscale. Une telle mesure serait donc susceptible de faire grossir les profits des intermédiaires sans baisse importante du prix TTC à la pompe, le tout avec un coût faramineux pour l'État. L'échec de la TIPP flottante mise en place par le gouvernement de Lionel Jospin en 2000 est là pour nous le rappeler...
Bientôt, l'on reverra fleurir la lumineuse idée de laisser la grande distribution vendre du carburant à perte - pourtant interdite par une loi de 1963 -, dont toute personne censée sait bien qu'elle n'est qu'un coup d'épée dans l'eau, incapable de conduire à une baisse massive et durable du prix des carburants. Une telle proposition conduirait juste à creuser les pertes sur les carburants au sein de la grande distribution et obligerait les grandes enseignes à augmenter leurs prix en rayon pour compenser !
Pour l'heure, l'État, par la voix très autorisée de Sébastien Lecornu, exclut toute baisse de TVA ou blocage des prix, se contentant de lancer une opération de contrôle des prix dans les stations-service pour éviter des hausses abusives. Mais, comme le sujet est politiquement très inflammable, il n'est pas exclu, à terme, que le gouvernement prenne des mesures populistes, dont il connaît pourtant l'inefficacité, mais qui auraient au moins le mérite de montrer l'État en action. Et cela, même si le coût doit être exorbitant...
En définitive, bien que nous n'ayons évoqué dans cet article que le choc d'offre sur le pétrole et ses dérivés, des tensions tout aussi fortes se produisent sur le marché du gaz, menaçant de rendre la facture énergétique extrêmement salée pour les ménages et les entreprises !
P.S. L'image de ce billet provient de cet article du site Caradisiac