Un choc pétrolier ?
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Depuis mon précédent article sur l'envolée des prix des carburants, la situation est loin de s'être calmée. Au contraire, l'évolution inquiétante des prix du pétrole et de ses dérivés depuis la guerre en Iran n'en finit plus de défrayer la chronique, à tel point que chaque déclaration de Donald Trump est scrutée minutieusement. La dernière en date, en laquelle beaucoup avaient placé leurs espoirs d'une fin prochaine du conflit, a malheureusement été vide de contenu informationnel nouveau, en dehors d'annoncer la poursuite des combats. Et voilà encore du carburant pour la machine à affolement des marchés, qui avaient anticipé à tort une fin du conflit au point de l'avoir intégrée aux cours !
Évolution du baril de Brent
Le graphique ci-dessous résume l'évolution du baril de Brent sur un an et sa croissance exponentielle depuis le début de la guerre en Iran :
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[ Source : Boursorama.com ]
Prix des carburants pour les automobiles
La conséquence première des tensions sur le marché du pétrole est bien entendu la hausse des prix des carburants, partout dans le monde, et en particulier en France :
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[ Source : Roole Data ]
La production mondiale de pétrole en berne
Au-delà des explications plus ou moins complexes, voire complotistes (!), sur l'origine de la hausse des carburants, il faut simplement se souvenir que le marché du pétrole est mondial et dépend de ce fait d'une demande et d'une offre mondiales. Or, si la première se maintient, la seconde a lourdement reculé :
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[ Source : https://www.iea.org/reports/oil-market-report-march-2026 ]
À tel point que l'Agence Internationale de l’Énergie vient de déclarer dans son Oil Market Report de mars 2026 (traduction personnelle de l'anglais) :
La guerre au Moyen-Orient provoque la plus grave perturbation de l'approvisionnement de l'histoire du marché mondial du pétrole. Les flux de brut et de produits pétroliers transitant par le détroit d'Ormuz ayant chuté d'environ 20 millions de barils par jour avant la guerre à un filet actuellement, la capacité disponible pour contourner cette voie navigable cruciale étant limitée et les stocks se remplissant, les pays du Golfe ont réduit leur production totale de pétrole d'au moins 10 millions de barils par jour. En l'absence d'une reprise rapide des flux maritimes, les pertes d'approvisionnement devraient s'aggraver.
Tout est dit ! Les producteurs de pétrole sont contraints de réduire la voilure, car ils n'arrivent plus à écouler leur production par le détroit d'Ormuz et arrivent à la limite de leurs capacités de stockage. Comme dans toute industrie lourde, il vaut mieux pour eux produire peu, mais en continu, que d'y mettre un coup d'arrêt brutal qui hypothéquerait la possibilité de redémarrer ensuite dans un délai raisonnable. L'Arabie Saoudite tire un peu son épingle du jeu à la faveur de son oléoduc terrestre menant à la mer rouge. Et l'Iran ne s’en sort pas si mal, elle qui a de facto pris le contrôle du détroit d'Ormuz pour son seul bénéfice... et un peu celui de la Chine qui profite de ses barils de brut !
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[ Source : https://www.iea.org/reports/oil-market-report-march-2026 ]
Les chocs pétroliers
Le schéma suivant présente les deux grands chocs pétroliers de 1973 et 1979, qui sont souvent cités en référence.
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[ Source : https://www.lafinancepourtous.com/juniors/lyceens/les-crises/les-chocs-petroliers-1973-1979 ]
Sans entrer dans tous les détails, le risque lié à un choc pétrolier est que la hausse durable des coûts de production mette à terre de très nombreux pans de l'économie mondiale et provoque une forte inflation, qui grèverait le pouvoir d'achat. Avec une offre et une demande sévèrement touchées, l'économie plongerait au mieux dans une stagnation, au pire dans une récession.
Que faire en attendant ?
Face à ce scénario catastrophe, les gouvernements ont fait assaut d'annonces pour tenter d'en limiter - un peu - les conséquences : subventions sur le litre de carburant, baisses ou suspensions de taxes, aides exceptionnelles à la production... C'est notamment le cas en France :
Et pour calmer la grogne sociale des usagers, par nécessairement professionnels ? Là, c'est un peu le concours Lépine dans le monde (subvention au litre, baisse de taxes, télétravail, contrôle des stations-service, limitation...), les gouvernements n'hésitant parfois pas à mettre en œuvre des mesures dont l'efficacité est extrêmement limitée et qui coûtent très cher au budget public. Mais, au moins, diront les bonnes âmes, elles ont le mérite de montrer l'État en action...
En définitive, parler de choc d'offre pétrolier est un peu prématuré, même si le coup est déjà rude. En revanche, si la situation actuelle sur le marché pétrolier devait se maintenir pendant des mois, alors nous serions effectivement en face d'une grave crise, qui constituerait un choc pétrolier majeur. L'amplitude des dégâts sur l'économie dépendra avant tout du temps que durera la fermeture du détroit d'Ormuz, lui-même lié à la durée d'une guerre dont il est difficile de comprendre les tenants et aboutissants pour les États-Unis...
P.S. L'image de cet article provient de l'excellent site de la Cité de l'économie.