La hausse des taux d'intérêt souverains : un risque pour la dette publique ?
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Après mon article estival sur la bulle de l'intelligence artificielle, il m'a semblé utile de revenir sur les taux d'intérêt de la dette publique, car cette problématique ne manquera pas de surgir dans le débat sur le budget national et, bien sûr, dans la campagne électorale des présidentielles.
Les taux d'intérêt sur la dette publique
En France, les taux d'intérêt sur la dette publique (=taux souverains) se rapportent à la cotation d'obligations appelées OAT et dont la maturité (=durée d'emprunt) va de 2 à 50 ans. L'OAT 10 ans, souvent utilisée comme référence pour les comparaisons internationales, a vu son taux augmenter particulièrement ces derniers temps :
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[ Source : https://www.boursorama.com/bourse/taux/cours/2xFRABM10A/ ]
Cette évolution résulte d'une combinaison de facteurs nationaux et internationaux, qu'il n'est pas toujours aisé de distinguer : ampleur du déficit public, niveau de la dette publique, taux de croissance, taux d’inflation, dégradation de la note souveraine par les agences de notation, évolution comparée des indicateurs économiques au sein de la zone euro, etc. Et comme la dette publique a été très largement financiarisée depuis les années 1980, les taux souverains dépendent aussi des anticipations d'évolution par les investisseurs de toutes les variables citées ci-dessus.
Le taux d'intérêt apparent de la dette publique
Il n'en fallait pas plus pour que les commentateurs patentés en manque de sensationnalisme réactivent la peur de "la faillite de l'État", expression qui n'a d'ailleurs aucun sens en économie, l'État n'étant pas une entreprise qui peut être liquidée par un tribunal.
Tout d'abord, il faut distinguer taux d'intérêt souverain et taux d'intérêt apparent de la dette publique. Ce dernier est par définition le rapport entre les intérêts versés pour la dette publique une année N et le montant de la dette publique l'année précédente. Autrement dit, la charge d'intérêts que devra rembourser l'État une année N est égal au produit du taux d'intérêt apparent de la dette l'année N par le montant de la dette publique l'année précédente.
L'on en déduit que c'est bien le taux d'intérêt apparent qui est la variable déterminante dans la dynamique de la dette publique. Or, l’impact d’une hausse des taux d’intérêt souverains sur le taux d'intérêt apparent est progressif, ce qui signifie que la charge d'intérêts de la dette publique n'augmente pas immédiatement dès que les taux souverains varient à la hausse. Cette fiche du site Fipeco, dont est issu le graphique ci-dessous, l'explique fort bien.
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[ Source : https://www.fipeco.fr/fiche/La-charge-dint%C3%A9r%C3%AAts-de-la-dette-publique ]
La dynamique de la dette publique
Fondamentalement, la dynamique de la dette publique dépend de son niveau et du différentiel (taux d'intérêt apparent - taux de croissance du PIB en valeur). Le lecteur intéressé par quelques compléments mathématiques sur le calcul du solde primaire stabilisant le taux d'endettement public, pourra utilement se reporter à un petit article que j'avais écrit sur l'effet boule de neige. Pour en résumer la teneur sans formalisation mathématique, lorsque le niveau de la dette publique s'élève, la charge d’intérêts devient (a priori) plus importante, ce qui nécessite de dégager un excédent primaire (=excédent hors charge d'intérêts) plus important pour stabiliser le taux d'endettement public.
En langage simplifié, tant que le taux de croissance est supérieur au taux d'intérêt apparent de la dette publique, la situation est maîtrisée. En revanche, dans le cas contraire, la dynamique de l'endettement public peut devenir explosive. C'est pourquoi il est important pour un État endetté de conserver des taux d'emprunt faibles, surtout lorsque la croissance est atone. Quant à l'inflation, elle permet certes de réduire plus facilement le taux d'endettement public, mais attention à ses effets pervers sur l'économie...
Que faut-il en conclure ? L'économie française est aujourd'hui dans une situation délicate et la dette publique évolue défavorablement. Il y a donc nécessité à intervenir, mais pas n'importe comment sous peine d'abattre les seuls piliers encore debout ! Au reste, contrairement à une idée reçue, ce n'est pas le stock de la dette publique (3 536 milliards d’euros) que les États cherchent à baisser pour éviter un debt overhang (faible croissance résultant d'un endettement public trop élevé), mais le taux d'endettement public (117,5 % du PIB), c'est-à-dire le stock de dettes publiques rapporté au PIB. Et ça change tout.
Curieusement, lors des élections présidentielles de 2022, le thème de la dette publique n'a presque pas été abordé. Gageons qu'il le sera en 2027 !