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Publié par Raphaël DIDIER

Après mes deux articles de fond consacrés au déficit public et à la dette, il m'a semblé utile d'évoquer brièvement la dégradation de la note souveraine de la France par l'agence Fitch, dont le rapport est ici, tant ce non-événement a été récupéré politiquement. Il n'est pas question de grands développements, mais juste de fournir quelques clés de compréhension et de réflexion. 

Qu'est-ce qu'une agence de notation ?

Les agences de notation sont des sociétés privées (le mot est important) qui attribuent à la demande ou non des émetteurs des notes sur des titres de dettes émis par des agents économiques (entreprises, banques, États). Cette note sert ainsi à quantifier le risque de non-remboursement des dettes que présente l’emprunteur, c’est pourquoi on l'appelle aussi souvent « qualité de la signature ». Standard and Poor’s, Moody’s et Fitch sont les 3 principales agences de notation, qui forment l'oligopole de la notation mondiale, chacune conservant néanmoins son propre système de notation. J'avais donné plus de détail dans une fiche d'un précédent livre, intitulé Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie ! (éditions Ellipses). 

[ Source : https://www.abcbourse.com/analyses/chronique-les_notations_financieres_enjeux_et_controverses-1307 ]

En fournissant ainsi de l'information sur la solvabilité d'un agent économique, les agences de notation sont réputées contribuer à la transparence du marché et à son bon fonctionnement. Sauf que le caractère commercial de ces agences de notation est en soi un problème, comme en témoignent les énormes conflits d'intérêts qui ont été mis au jour après la crise des subprimes, certains produits financiers toxiques/pourris ayant été notés AAA ! Quant à la notation de de la dette publique, qualifiée de note souveraine, elle n'échappe non seulement pas à ces problèmes de conflits d'intérêts, mais peut aussi se révéler autoréalisatrice (cf. Grèce, 1931).  

L'évolution de la note souveraine de la France

Commençons par une synthèse des notes souveraines données à la France par les agences de notation :

[ Source : https://www.aft.gouv.fr/fr/calendrier-notations-france ]

Quant à l'évolution de la note souveraine de la France par l'agence Fitch, elle est présentée sur le graphique ci-dessous issu de cet article de Ouest France :

[ Source : https://www.ouest-france.fr/economie/budget-collectivites-etat/infographie-la-notation-fitch-de-la-france-est-elle-desormais-lune-des-plus-mauvaises-en-europe-bb16cf4a-9073-11f0-97e6-741179c952b9 ]

Donc, désormais la France est notée A+ avec une perspective stable, ce qui est très loin d'être mauvais, même si cela laisse l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg seuls en tête avec la note AAA.

Liens entre note souveraine et taux d'intérêt

Sur le graphique précédent, il est possible de remarquer d'emblée que la note souveraine donnée par une agence de notation n'est pas liée mécaniquement au taux d'endettement public, ce qui rappelle que la problématique de la dette publique s'apprécie en niveau et en dynamique. Le contexte politique et autant pris en compte que l'environnement économico-financier. Ce qui compte, ce sont aussi les perspectives qui, pour l'heure, sont hélas bien négatives tant sur le plan politique qu'économique.

Mais, de là à dire que l'instabilité politique est responsable de tous les problèmes économiques, il n'y a qu'un pas à franchir, et c'est une ineptie, car les perspectives économiques sont mauvaises en France depuis des années - j'ai d'ailleurs beaucoup écrit à ce sujet sur ce blog - et les dégradations ou les alertes sur la note souveraine ont déjà eu lieu avant la dissolution manquée de 2024. Il n'est bien entendu pas question de nier le rôle tenu par l'instabilité politique dans les problèmes économiques et financiers de la France, mais encore faut-il ne pas l'exagérer sous peine d'en déduire qu'en l'absence d'instabilité politique, l'économie irait au fond très bien. C'est tout simplement faux et il suffit de jeter un œil sur l'évolution de la consommation, de l'investissement et de la croissance pour s'en convaincre !

Les taux d'intérêt sur la dette publique

Par ailleurs, contrairement à une vision simpliste de la chose, il n'y a pas de lien mécanique entre abaissement de la note souveraine d'un État et hausse des taux d'intérêt sur la dette publique. Tout dépend de l'ampleur de la dégradation, de la perception et de l'anticipation de celle-ci par les investisseurs, en comparaison avec les autres États de la zone euro, et finalement de la confiance qu'ils ont dans la capacité de la France à rembourser sa dette publique. C'est ce que semble montrer l'évolution du taux de l'OAT à 10 ans :

[ Source : https://www.boursorama.com/bourse/taux/cours/2xFRABM10A/ ]

De plus, l'impact d'une hausse de taux d'intérêt sur le taux d'intérêt apparent de la dette publique (rapport entre les intérêts versés pour la dette publique une année N et le montant de la dette publique l'année précédente) et in fine sur la charge d'intérêt de la dette publique est forcément progressif, comme l'explique fort bien cette fiche du site Fipeco.

[ Source : https://www.fipeco.fr/fiche/La-charge-dint%C3%A9r%C3%AAts-de-la-dette-publique ]

En revanche, il est vrai qu'une note plus basse peut conduire certains fonds à ne plus avoir le droit d'investir dans la dette publique française. Mais, chacun en politique est trop occupé à tirer profit des fausses notes du Mozart de la finance, d'aucuns allant même jusqu'à tenir des discours alarmistes sur un scénario grec. Cela ne manque pas de piment, surtout lorsque ces propos émanent de responsables politiques qui étaient déjà aux affaires et n'ont rien su faire (ou n'ont rien fait) pour limiter les dérives budgétaires. Et l'on ne parle même pas de Bruno Le Maire qui, rappelons-le, a feint de découvrir la dérive des comptes publics avant son départ, accusant l'administration d'avoir mal fait son travail de prévision et les collectivités territoriales d'avoir grevé les finances...

Mais à l'approche d'une élection majeure dans notre pays en 2027 qui, depuis De Gaulle, contraint à trouver une majorité pour gouverner dans les urnes, peut-on reprocher à chacun de jouer - rationnellement - sa partition dans et pour son camp ?

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