Prix des carburants : la grogne monte !
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Après mon article consacré aux taux d'intérêt sur la dette publique et un autre sur la possibilité d'annuler partiellement la dette publique, voilà que la question des prix des carburants fait une entrée fracassante dans la campagne électorale des présidentielles. Il est vrai que les niveaux atteints en plein été font craindre le pire dans quelques mois, si aucune éclaircie n'arrive du Moyen-Orient. Aujourd'hui, nous allons donc faire un point sur l'évolution des prix des carburants et les propositions faites par les uns et les autres pour en limiter l'augmentation, d'autant que les mouvements de grogne commencent à émerger de-ci de-là.
Prix des carburants pour les automobiles
Le constat est simple : les carburants ont vu leur prix augmenté très fortement depuis un an, +25 % pour le S95-E10 et jusqu'à +43 % pour le gasoil B7 ! Le tableau ci-dessus résume fort bien l'évolution sur 1 an, 1 mois et même 1 semaine :
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[ Source : https://carbu.com/france/prixmoyens ]
Prix du fioul domestique
Pour l'instant, l'été caniculaire joue encore les prolongations, mais d'ici peu, il faudra bien penser à se chauffer. Or, d'après l'Insee, en 2022, 2,6 millions de résidences principales sont chauffées au fioul, soit 8,5 % d’entre elles.
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[ Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8722051 ]
Pour ces personnes, dont je fais partie, l'évolution du prix du fioul domestique est un véritable enjeu de pouvoir d'achat :
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[ Source : https://www.fioulreduc.com/prix-fioul ]
Des causes essentiellement géopolitiques
Bien évidemment, les facteurs géopolitiques ont une influence notable sur l'évolution des prix du pétrole. La guerre déclenchée par les États-Unis contre l'Iran à la fin du mois de février 2026, prévue pour durer quelques semaines, dépasse déjà les 6 mois. Les négociations échouent les unes après les autres, puisque chacun des belligérants refuse de céder sur quoi que ce soit, alors qu'il s'agit pourtant du principe même de tout compromis diplomatique. La guerre peut donc durer longtemps, pour le plus grand malheur de tous (et en premier des populations civiles), ce qui nous ramène à un cas d'école de la théorie des jeux...
En attendant, la situation dans le détroit d'Ormuz reste confuse et explosive, dans tous les sens du terme. Or, comme environ 20 % de la production mondiale de pétrole transite par ce détroit, tout blocage de cette artère principale met évidemment le marché du pétrole sous tension, quand bien même l'Arabie Saoudite continue à alimenter le marché. Mais, depuis quelques jours, une attaque de drones en provenance d’Irak a endommagé le pipeline utilisé par l'Arabie Saoudite pour contourner par voie terrestre le détroit d’Ormuz. Et voilà que maintenant les rebelles Houthis du Yémen ont pris le contrôle du détroit stratégique de Bab el-Mandeb et imposent depuis un blocus aux navires saoudiens, compliquant encore un peu plus l'approvisionnement en pétrole.
D'où l'évolution très défavorable du cours du baril de pétrole :
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Pour en revenir aux carburants, les nombreuses fermetures de raffineries en France et la polyvalence de ces dernières (gasoil et essence) ont desservi la consommation nationale. D'où, la nécessité d'importer près de 50 % du gasoil, contre environ 9 % pour l’essence sans plomb. Historiquement, les flux venaient de Russie, mais la Commission européenne a interdit depuis février 2023 l'importation de produits pétroliers russes.
Il restait que des carburants pouvaient être fabriqués dans des pays tiers à partir de brut russe et ensuite être importés au sein de l'UE. Mais, un nouveau tour de vis a été opéré au début de l'année 2026 par la Commission européenne. Au pire moment, puisque les États-Unis déclenchaient la guerre avec l'Iran... Le Royaume-Uni a ainsi décidé, il y a peu, de revenir sur cette décision, puisqu'il n'est plus membre de l'UE, même s'il faut compter désormais sur de fortes perturbations dans les raffineries russes et avec le moratoire de Poutine sur les exportations de gasoil.
Les facteurs qui influent sur les prix des carburants
Pour faire simple, résumons sur la figure suivante les principaux facteurs qui influent sur le prix à la pompe :
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* Le cours du baril est orienté à la hausse en raison de nombreux facteurs géopolitiques, que nous venons de détailler. C'est du reste la première explication à la hausse actuelle des carburants. Rien de particulier à faire, quel que soit le nom du mage politique en France.
* Les marges de raffinage (pour simplifier, écart entre le prix des produits raffinés et le cours du pétrole brut) ont beaucoup augmenté, en raison des pressions sur le gasoil - demande forte, offre contrainte. D'où la proposition de LFI de bloquer ou plafonner les marges de raffinage.
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* La marge de distribution, qui permet aux distributeurs de couvrir certains coûts (transport, stockage, certificats d’économies d’énergie, stocks stratégiques, exploitation de la station…) se calcule comme la différence entre le prix hors taxe des carburants à la pompe et les prix sortis des raffineries. Un chiffre revient souvent : 24 centimes par litres. Il n'est pas évident de distinguer les différents postes de cette marge de distribution, mais il est fort probable qu'il ne doit y avoir que quelques centimes par litre dans les hypermarchés, qui utilisent le carburant comme produit d’appel. Le gouvernement voulait d'ailleurs prendre un décret en avril 2026 pour plafonner temporairement cette marge, avant d'abandonner, car selon lui les marges moyennes étaient revenues à leur niveau d’avant-crise.
* Reste donc les taxes, très lourdes sur les carburants, qui servent autant à garnir le budget de l'État, qu'à orienter les choix de carburants des consommateurs (pensez à l'évolution des taxes sur le diesel considéré comme plus polluant) et même à modifier les comportements de ces derniers (la crise des gilets jaunes a commencé avec la taxation du carbone, d'où les craintes actuelles) :
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Or, outre que contrairement à une idée reçue, ce n'est guère mieux chez nos voisins en matière de taxation (sauf, bien sûr dans les paradis fiscaux...), faut-il rappeler que ces taxes abondent le budget général et, qu'en leur absence, des dépenses publiques ne pourront plus être financées à moins d'augmenter d'autres impôts par ailleurs ? Faut-il aussi rappeler que la TICPE (désormais appelée accise sur les produits pétroliers) étant perçue sur les volumes, une forte hausse du prix de l'essence réduit généralement la consommation de carburants, donc les recettes de TICPE pour l'État ?
Faut-il enfin rappeler qu'il n'est même pas certain que des baisses de taxes profiteraient exclusivement aux ménages, toute la chaîne en amont pouvant assez facilement capter une partie de cette ristourne fiscale. Une telle mesure serait donc susceptible de faire grossir les profits des intermédiaires sans baisse importante du prix TTC à la pompe, le tout avec un coût faramineux pour l'État. L'échec de la TIPP flottante mise en place par le gouvernement de Lionel Jospin en 2000 est là pour nous le rappeler... Bref, pas impossible, mais véritable usine à gaz nécessitant des ajustements de précision !
Il reste enfin la possibilité de taxer ce que certains considèrent comme des "superprofits" de TotalEnergies, i.e. un profit exceptionnel lié à la situation de crise actuelle et qui n'a rien à voir avec une amélioration du processus productif. Il est vrai que le groupe intervient tout au long de la chaîne de valeur, depuis l'extraction jusqu'à la distribution, et bénéficie donc autant de la hausse des cours du brut que des marges de raffinage et distribution. Et pour ne rien arranger, un jeu légal d’optimisation fiscale a permis au groupe de ne payer aucun impôt sur les sociétés en France en 2025, malgré des bénéfices record ! Pour éviter cette taxation, le groupe a préféré mettre en place un plafonnement très médiatique du prix à la pompe, du moins lorsqu'il reste du carburant à la station...
Mais, comme le sujet est politiquement très inflammable à quelques encablures des élections présidentielles, il n'est pas exclu que le gouvernement prenne des mesures d'urgence (donc pas forcément intelligentes...) pour calmer la grogne, quel qu'en soit le coût. C'est certainement le sens de l'incantation d'Emmanuel macron lors du Conseil des ministres du 16 septembre, qui a demandé une mobilisation totale du gouvernement sur "l’approvisionnement" et la "maîtrise des prix", tout en n'excluant pas "nouveaux dispositifs".