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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 12:55

 

 

Il y a actuellement deux catégories d'optimistes naïfs en économie : ceux qui pensent que la Banque centrale va sauver l'économie européenne en injectant encore plus de liquidités (voir mon billet) et ceux qui voient dans les nouvelles technologies LE moyen d'atteindre le plein-emploi. Parfois, les deux ensembles ont même tendance à se recouper et on obtient alors des optimistes béats !

 

C'est pourquoi, dans le billet d'aujourd'hui, je me concentrerai plus particulièrement sur les espoirs un peu fou (et flou) de lutte contre le chômage que d'aucuns placent dans la révolution numérique...

 

La disparition des emplois de qualification intermédiaire

 

Le tableau ci-dessous présente comment a évolué l'emploi par niveau de qualification :

 

 

[ Source : France Stratégie ]

 

Ligne à ligne, on peut y voir une baisse du poids des indépendants, une stabilité du poids des employés et ouvriers peu qualifiés, une baisse du poids des ouvriers et employés qualifiés et une hausse du poids des professions intermédiaires et des cadres.

 

Ces chiffres nous montrent donc que l'on s'achemine, en France, vers une bipolarisation du marché du travail, c'est-à-dire une disparition des emplois intermédiaires et une concentration aux extrémités (emplois peu qualifiés et emplois très qualifiés).

 

Des attentes déçues

 

Le gouvernement laisse entendre que la révolution numérique, pour peu qu'elle soit associée à une flexibilisation accrue du marché du travail, permettra un retour au plein-emploi. Ceux qui ont encore de la mémoire dans un monde où une information en chasse l'autre, se rappelleront certainement que les dirigeants politiques des années 1990 prétendaient à peu près la même chose au sujet des NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication). Avec le résultat que l'on sait...

 

Toujours est-il que la flexibilisation dont il est question aujourd'hui correspond peu ou prou à la destruction complète du salariat, au profit de l'émergence d'une classe laborieuse d'autoentrepreneurs en concurrence sur un marché coté en continu de la fourniture de service... Les rémunérations seront dès lors très variables dans le temps et selon les personnes, ce qui posera d'innombrables questions sur le financement de l'État et de la Sécurité sociale, cette dernière ayant été bâtie sur les cotisations salariales et donc in fine sur la croissance.

 

Pourtant, à bien y regarder, le salariat fait encore de la résistance dans quasiment tous les pays développés et le nombre d'emplois offerts dans les nouvelles technologies reste désespérément faible malgré les promesses :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

A rebours des thuriféraires de la révolution numérique, je crains fort que celle-ci ne conduise à une situation sociale encore pire que celle que nous connaissons, en raison de la concurrence intense que ces nouvelles sociétés vont faire peser sur les industries traditionnelles, pourtant grandes pourvoyeuses d'emplois. Car, ce qui est nouveau, c'est que l'alliance de la robotique et des outils numériques menace aujourd'hui aussi les emplois intermédiaires (comptabilité, transport, etc.), tout en continuant à exercer une pression accrue sur les emplois peu ou pas qualifiés, notamment dans l'industrie.

 

Et contrairement à ce que certains affirment, il n'est pas certain que l'on assiste à un "déversement" des emplois perdus dans d'autres secteurs de l'économie, comme on a pu le voir après la Deuxième guerre mondiale où les emplois perdus dans l'agriculture se sont déversés dans l'industrie. L'utopie de la 4e révolution industrielle (intelligence artificielle, imprimante 3D, etc.) risque alors fort de muer en dystopie, façon Huxley (Le Meilleur des mondes)...

 

Je vous laisse en effet imaginer la tête qu'aura notre monde lorsqu'il sera possible pour la technologie de remplacer (pardon, compléter dans la novlangue des béats) l'Homme, et que ce dernier deviendra par conséquent inutile comme l'écrit à merveille Pierre-Noël Giraud, donc relégué à des tâches secondaires ou des petits boulots.

 

Bien entendu, face à cette conclusion, nos amis les béats ne manqueront pas de rétorquer qu'il suffit de mettre l'accent sur les compétences et donc investir massivement dans la formation. Oui, sauf qu'on ne sort toujours pas de la contradiction initiale : comment transvaser les nombreux emplois perdus dans l'industrie traditionnelle vers le peu d'offres de travail qu'offre le secteur des nouvelles technologies, question qui n'a que peu à voir avec le niveau de formation ? Oserai-je ajouter que de connaissances il n'est plus question, puisqu'il faut que le travailleur soit opérationnel au plus vite, ce qui fait de lui un futur non-pensant ou si vous préférez un futur esclave de ses compétences si vite périmées...

 

Quant à la surveillance de masse (des masses ?), elle est déjà à l'oeuvre sans discernement depuis que les gouvernements se sont persuadés que le renseignement technique primait sur le renseignement humain !

 

Le chômage baissera fort opportunément

 

Enfin, il est à peu près certain que le taux de chômage baissera fort opportunément avant les élections présidentielles de 2017, ne serait-ce qu'en raison des 500 000 chômeurs qui vont glisser de la catégorie A à la catégorie D de Pôle Emploi. Mais cela ne changera rien aux conclusions d'un précédent billet consacré au chômage, où j'écrivais que la France fait face à un phénomène d'hystérésis du chômage, i.e. qu'après un choc, comme la crise de 2007, le taux de chômage de la zone euro ne baisse pas, mais au contraire semble monter durablement d'un cran.

 

Quant à la piste de la flexibilisation à outrance, c'est une erreur, comme l'a montré une étude récente du FMI. En effet, pour faire simple, les équipes de recherche du FMI ont cherché à étudier les conséquences de plusieurs réformes structurelles sur la croissance potentielle, au travers de la productivité globale des facteurs. Et parmi celles-ci, se trouve justement un changement de réglementation du travail qui doit évidemment s'entendre comme une flexibilisation et une déréglementation. La conclusion de l'étude est édifiante : aucun effet sur la croissance potentielle à moyen terme et même un effet négatif à court terme !

 

Gardons à l'esprit que le chômage n'est pas qu'un chiffre que l'on cherche à faire baisser par différents expédients. Non, le chômage, c'est aussi des vies (professionnelles et privées) brisées, même si les gouvernants en minimisent toujours la réalité, espérant de la sorte faire oublier au plus vite ce que l'OIT appelle déjà la décennie perdue... Quant aux questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel, elles ont carrément disparu des écrans radars du ministère du (non-) travail.

 

Répétons-le haut et fort, en l'absence d'une demande solvable pérenne, nos industries traditionnelles continueront à tourner au ralenti alors qu'elles sont indispensables à la reprise économique ! Et sur ces entrefaites, la multiplication du nombre de diplômés sans débouchés augmentera les déconvenues et le ressentiment d'une jeune génération déjà passablement chauffée à blanc.

 

En définitive, qui osera dire à Emmanuel Macron que la révolution numérique qu'il appelle de ses voeux nous conduira droit dans le mur et que, en l'état actuel des qualifications de la population active en France, ce sont plutôt des emplois peu qualifiés (et donc directement accessibles aux chômeurs) qu'il faut dans un premier temps chercher à préserver dans nos industries ? Le ministre imagine-t-il un instant ce que serait un monde dominé par Amazon, Twitter et autres sociétés de l'économie numérique ? Mais soyons cléments, car l'homme vient à peine de découvrir ce qu'est la vraie vie :

 

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article du Point.

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commentaires

Jean-Michel 07/02/2016 08:44

2 remarques en complément:

1) le plan 500 000 formations a toutes chances d'être une vaste arnaque: il n'y a pas assez de places en organismes de formation pour absorber tant de monde à court terme (disons en moins de 24 mois) et Pôle-Emploi en est tellement conscient qu'on y envisage (déclaration du patron Jean Bassères) d'inclure dans les 500 000 formations les MOOCS (cours en ligne sur internet via Pôle-Emploi Store) dans les formations du plan.
Evidemment se former seul sur internet c'est bien, mais ça ne donne aucune qualification et ça ne débouche sur aucun emploi....

2) Lorsque une formation "sérieuse" est disponible pour une vingtaine de personnes, il faut diriger entre 50 et 70 demandeurs d'emploi pour remplir les places.
Pourquoi?
Parce-que l'organisme de formation fait passer des tests sur les connaissances de base (français, calcul,...) et psychotechniques et qu'en moyenne 50 à 60% des candidats n'ont pas le niveau, ne sont pas jugés aptes à suivre la formation et sont donc refusés à l'entrée par l'organisme.

Dernière chose sur le miroir aux alouettes de l'économie numérique, à l'accueil des Pôle-Emploi il a fallu développer l'assistance à tous ceux qui sont incapables d'utiliser un ordinateur correctement, faire des recherches, s'inscrire, etc... et ça représente en fonction des régions entre 20 et 30% des gens accueillis. Et tous n'ont pas plus de 50 ans, bien loin de là!!!

Alors les imaginer évoluer dans l'économie numérique.....

Raphaël DIDIER 07/02/2016 14:37

Merci pour ces compléments très instructifs et pertinents, comme toujours !

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